Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 28

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Or, Sire, le Sr de Vérac vous comptera en quoy en restent les choses, et qu'est ce qu'avons entendu de la capitulation du dict chasteau de Lillebourg, et du malcontantement qu'en ont eu les principaulx seigneurs d'Escoce, qui se sont départis, à ceste occasion, la pluspart, d'avec le dict Morthon, et ce qui nous semble qui pourroit estre maintenant uzé par dellà pour vostre service, ensemble d'aulcuns propos que j'ay esté d'advis qui fussent suivys avec ceulx de la Rochelle, qui sont icy. Sur ce, etc. Ce IXe jour de juing 1573.

CCCXXIIIe DÉPESCHE

--du XVIIe jour de juing 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Délibération des seigneurs du conseil sur la négociation du mariage.--Mission donnée au capitaine Orsey de passer en France.

A LA ROYNE.

Madame, ayant la Royne d'Angleterre trouvé en la lettre, que vostre Majesté luy a escripte, du XXe du passé, aultant de satisfaction comme elle en demandoit pour le faict de l'entrevue, et plus qu'elle n'en avoit espéré, je l'ay fort instamment priée que, puisque la volonté du Roy et celle de Vostre Majesté, et toutes celles qui sont dans le cueur de Monseigneur le Duc, avec sa mesmes personne, venoient estre si entièrement remises en sa mein qu'elle n'avoit rien plus que doubter de vostre costé, qu'elle voulût aussy du sien maintenant se résouldre si bien à la correspondance, laquelle vous aviez tousjours espéré d'elle, que n'eussiez aulcune occasion de vous en douloir; et que pourtant elle voulût accepter la dicte entrevue, et fère expédier les seuretés que je demandois. A quoy la dicte Dame a monstré, en plusieurs sortes, qu'elle y avoit si bonne disposition que j'ay espéré de pouvoir promptement tirer d'elle une responce du tout conforme à ma demande; mais milord de Burgley, qui n'a ozé procéder seul en cella, a trouvé moyen de fère assembler les seigneurs de ce conseil pour leur proposer le contenu de vostre dicte lettre, affin que, par l'honnesteté d'icelle, et de l'offre que Vostre Majesté y fesoit, ils fussent induictz d'approuver non seulement l'entrevue, mais tout ce qui se doibt espérer d'icelle.

Dont est advenu que la dicte Dame m'a faict communicquer les argumentz qu'ilz ont débatus entre eulx, qui, encores que milord de Burgley ayt monstré de fère grand cas qu'il eût gaigné ung poinct, qu'il dict estre fort nécessayre à l'advancement du propos, (c'est de l'avoir faict de rechef approuver par le dict conseil;) si, luy ay je faict cognoistre qu'il ne pouvoit revenir à vostre satisfaction qu'en lieu que la Royne, sa Mestresse, et eulx debvoient accepter vostre offre, et vous envoyer incontinent les seuretés, elle et eulx ayent mis en termes quelque aultre chose. Et, à dire vray, Madame, encores que je trouve, en ceste princesse et en toutz les siens, une trop plus ouverte et meilleure disposition vers cest affère que, dix moys a, je ne les y avoys veus, et que le comte de Lestre semble s'y affectionner grandement, et le dict milord de Burgley aussy, à l'envy l'ung de l'aultre, et que le comte de Sussex, Me Smith et aultres monstrent d'y convenir, et allèguent toutz des occasions grandes et nécessayres du dict mariage pour leur Mestresse et son estat, si ne me peut nullement playre ceste leur responce; et j'ay tant de preuves de l'inconstance et changementz de leurs dellibérations que je ne puis prendre grande espérance, ny ne veulx fère guyères espérer à Vostre Majesté d'eulx, sinon aultant que j'en toucheray avec la mein, et que j'en verray par effect. Dont vous supplye très humblement, Madame, que, pendant que l'affère est fervant et chauld, il vous playse incister qu'il soit du tout accomply ou bien du tout délayssé.

Et m'a quelqu'un adverty que toutes choses sont icy maintenant pour vous, et qu'il y a une occulte occasion dans ce royaulme qui vous dispose assez bien cest affère pour le rendre effectué avant le prochein septembre, s'il est bien vifvement mené, mais, s'il ne s'accomplit entre cy et là, il n'y a apparance qu'il se puisse jamays plus conduyre. Le cappitayne Orsey, lequel elle envoye maintenant par dellà, a esté pensionnayre du feu Roy, vostre mary, et monstre avoir bonne inclination à la France; il est tout entièrement du comte de Lestre; et la Royne faict cas de luy. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de juing 1573.

CCCXXIVe DÉPESCHE

--du XXe jour de juing 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Bouloigne par le Sr Cavalcanti._)

Déclaration faite par Burleigh à l'ambassadeur que, si la paix n'est pas promptement rétablie en France, la reine d'Angleterre est décidée à prendre parti pour les protestans.--Efforts de l'ambassadeur pour s'opposer à cette résolution.--Affaires d'Écosse.--Mission du capitaine Orsey.

AU ROY.

Sire, le cappitayne Orsey partira dans bien peu d'heures, d'icy, pour aller trouver Voz Majestez, avec la responce que faict, de sa mein, la Royne, sa Mestresse, aulx lettres que la Royne, vostre mère, luy avoit escriptes. Sa dicte Mestresse et ceulx de ce conseil ont entendu les effortz qui ont esté faictz, ainsy qu'ilz disent, le XXVIIIe du passé et le Ve d'estuy cy, à la Rochelle; et m'a milord de Burgley mandé qu'elle et eulx sont fort esmeus de voyr que les choses vont à l'extrémité, et que Vostre Majesté ne veult entendre à la modération qui se pourroit bien trouver en cecy, s'il vous playsoit conférer avec les princes, intéressez en la cause de la religion, des moyens d'assurer une bonne et perdurable paix en vostre royaulme; et que la dicte Dame et eulx seroient enfin contreinctz de vous remonstrer que voz subjectz ne combattent pour vous dénier rien de ce qu'ilz vous doibvent, ny pour usurper rien qui appartienne à vostre grandeur, car recognoissent estre très obéyssantz subjectz de vostre Majesté, qui ne tiennent fermées leurs portes que pour ne souffrir la violence qu'on leur veult fère, d'abjurer leur religion, sans tenir ny ordre, ny forme, pour les instruyre, et persuader à une aultre, que seulement avec l'espée et la mort: chose qu'ilz sçavent bien que Vostre Majesté ne soufriroit qu'il se fît de mesmes, en Angleterre, vers ceulx qui sont réputez catholicques romains; et que le dict de Burgley m'avoit souvent remonstré, et remonstroit encores, que ceste cause touchoit de si près à la conscience et à la seureté de la Royne, sa Mestresse, et à la tranquillité de son estat, qu'il me vouloit librement dire que l'amityé ne pourroit aulcunement durer entre ces deux royaulmes, si Vostre Majesté continuoit de poursuyre l'extermination de leur religion, ainsy qu'il a commancé.

Je ne luy ay encores rien respondu là dessus, réservant de le fère, en présence, quand j'iray parler à sa Mestresse. Je notte bien que c'est ung trêt qui m'advertit de prendre garde à leurs déportementz, et à ce qui pourra résulter de la conférance du comte de Montgommery avec ung gentilhomme de ceste court, qu'on a envoyé parler à luy, jusques en la mayson de madame Messen, à trente mille d'icy, et à ce aussy que je pourray descouvrir qui se résouldra avec ung agent du comte Palatin, duquel l'on attand, d'heure en heure, la venue en ceste court. Néantmoins j'espère que, sur la dépesche de Vostre Majesté, du Xe du présent, laquelle je viens de recepvoir, je pourray remectre les choses en quelques meilleurs termes, et plus conformes de vostre desir. Et desjà j'ay si bien imprimé à plusieurs de ceste court que Vostre Majesté mettroit, de bref, la paix en son royaulme, et ay trouvé moyen de le fère ainsy entendre au comte de Montgommery, que ny eulx ne parlent si fort de luy bailler nouveau renfort, ny luy inciste plus tant de l'avoyr comme il faysoit auparavant. Et desjà Lorges, son filz, et la plupart des françoys, qui sont revenus de devant la Rochelle, s'embarquent pour passer en Hollande et à Fleximgues, ensemble plusieurs angloys, de ceulx qui parlent françoys, et plusieurs walons avec eulx.

Et, au regard des choses d'Escoce, l'on m'a confirmé encores aujourdhuy, Sire, qu'elles vont ainsy que je le vous ay mandé par mes précédantes; et m'a l'on dict davantage que le Sr de Ledington est mort, et que le comte de Morthon est après à fère tenir quelque assemblée d'Estatz, où ceulx cy s'attandent bien qu'il y fera proclamer la Royne d'Angleterre protectrice du jeune Roy, et du royaulme d'Escoce, durant sa minorité.

J'ay mis peyne de disposer le cappitayne Orsey sur trois principalles particullaritez: sçavoir, celle de la ligue, du mariage et du faict du dict Escoce, le mieulx qu'il m'a esté possible; et je croy qu'il se portera, en l'acquit de sa légation, que sa Mestresse luy a donnée là dessus, comme homme qui desire de la voyr vivre en grande et bien estroicte amityé avec Vostre Majesté. Sur ce, etc.

Ce XXe jour de juing 1573.

Le cappitayne Orsey vous fera supplication pour le comte de Montgommery.

CCCXXVe DÉPESCHE

--du XXIIe jour de juing 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._)

Audience.--Négociation du mariage.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle a chargé le capitaine Orsey d'offrir sa médiation entre le roi et les protestans de la Rochelle.--Conditions sous lesquelles elle pense que se pourrait faire le traité.

AU ROY.

Sire, aussytost que j'ay faict sçavoir à la Royne d'Angleterre que je desiroys parler à elle, elle m'a incontinent mandé venir, et a faict différer d'aultant le partement du cappitayne Orsey, affin que, si de mes propos elle comprenoit qu'il y eût quelque changement ez dellibérations de Voz Majestez, elle peût aussy fère changer quelque chose en sa dépesche; mais les propos, que je luy ay tenus, sont ceulx de vostre lettre du Xe du présent, qui concernent le faict du mariage, l'entrevue de Monseigneur le Duc, la continuation du traicté, le présent estat des choses d'Escoce, la dilligence que le Roy de Pouloigne faict de réduyre, non moins par condicions honnestes, et pleines de vostre clémence, que par force d'armes, ceulx de la Rochelle à vostre obéyssance, l'approbation de l'élection du dict Roy de Pouloigne par le commun consens de toutz les Estatz bien unis du royaulme. Et après, je suis venu à luy débattre bien fort la responce de ceulx de son conseil, et que je la prenois comme une forme de deffecte, affin que la dicte Dame s'explicquât elle mesmes à quoy elle prétandoit de fère servir ce voyage du dict cappitayne Orsey, et en quelle sorte elle entendoit de s'employer à la paix de vostre royaulme. Et puis luy ayant dict, en passant, que j'estois adverty que les ennemys de son mariage, quand ilz avoient veu qu'on esclarcissoit bien fort les principalles difficultez, s'estoient desjà efforcés d'y susciter beaucoup d'escrupulles à Voz Majestez, je luy en ay faict prendre plusieurs à elle de ces négociations qui se font avec son ambassadeur, sans toutesfoys nommer ny luy, ny ceulx qui négocient avec luy; et n'ay rien obmis de ce que j'ay estimé qui pouvoit servir de tirer, sur ces particullaritez, quelque notice de l'intention de la dicte Dame.

Et elle a monstré qu'elle estoit déjà toute préparée de ce qu'elle me debvoit dire, et m'a respondu que Vostre Majesté, et la Royne, vostre mère, ne debviez prendre, sinon de bonne part, qu'elle eût communiqué à ceulx de son conseil l'offre que luy aviez faicte de l'entrevue, affin qu'elle ne procédât seule en ung affère, où toutz ceulx de son royaulme estoient avec elle intéressés; et qu'après avoyr ouy leurs advis, lesquelz, à dire vray, elle avoit trouvé fondés en de bien grandes considérations, elle n'avoit peu du tout leur contredire, ains avoit prins avec eulx cest honnorable expédient de fère précéder le voyage du cappitayne Orsey, affin que si Monseigneur le Duc avoit, puis après, à passer deçà, sa venue fût et plus agréable à tout ce royaulme, et plus utille à l'effaict pour quoy elle se faysoit; qu'elle avoit esleu le cappitayne Orsey, comme affectionné à vostre couronne, pour fère ceste légation, laquelle n'estoit dissemblable à celle que plusieurs aultres princes, de non meilleure qualité qu'elle, avoient bien envoyé fère, d'aultres foys, aulx feus Roys, vostre ayeul et père, en temps moins pressé qu'estui cy, qui ne s'en estoient retournés esconduictz:

«C'est, dict elle, de vous prier que vueillez donner la paix à voz subjectz, et regaigner l'obéyssance, qu'ilz vous doibvent, par clémence, en préservant leurs vyes et leur religion; et qu'elle vous offre son office en cella pour servir, premièrement, comme Royne, à la réputation et grandeur de Vostre Majesté, et, puis, comme chrestienne, à la conservation de ceulx de sa religion; et que, s'il vous plaist que le gentilhomme, qu'elle envoye, passe jusques vers le Roy de Pouloigne, vostre frère, pour davantage manifester et rendre plus cognue ceste sienne bonne intention, et mesmes le fère entendre à ceulx de la Rochelle, qu'il sera prest de s'y acheminer; et qu'elle vous supplie de croyre qu'elle tient en tel compte l'offre et la déclaration de Voz Majestez vers elle, qu'elle sera infinyement bien ayse que vous recognoissiez et trouviez, par l'effect de ceste légation, qu'elle veut commander d'en avoyr recognoissance; car Dieu void dans son cueur qu'elle la vouhe et dédie toute à l'honneur et commodicté de Vostre Majesté et de vostre royaulme, sans qu'elle y cherche la valeur d'un festu pour elle; et, vous prie que vueillez recepvoir en ceste façon ce gentilhomme, et en ceste façon en uzer; et, si voyez que ne vous en puissiez ainsy accommoder, que vous le renvoyez ardiment comme il est allé;

«Que par ceste mesmes légation, elle mande vous donner compte des choses d'Escoce, et vous fère voyr qu'il n'a esté faict préjudice, par dellà, d'ung travers d'un poil, à rien qui concerne l'allience de vostre couronne, et l'observance des traictés; qu'elle mande la responce, de sa mein, à la lettre de la Royne, Vostre mère, et se conjouyt infinyement avec elle de la prospérité du Roy de Pouloigne, son filz, et l'advertit de ne se laysser trop aller aulx persuasions de son aultre filz Monseigneur le Duc; qu'elle ne faict doubte que plusieurs ne facent de bien maulvayses sollicitations contre le propos du mariage; et qu'elle me vouloit bien dire que l'ambassadeur d'Espaigne a trouvé moyen de se rencontrer, une foys seulement, avec le sien, à Melun, pour luy en parler; et qu'après avoyr discouru des choses de Flandres, il luy a miz en avant le filz de l'Empereur, duquel luy a dict qu'encor qu'il n'ayt esté esleu Roy de Pouloigne, il ne layrra pourtant d'avoir ung beau et grand royaume.»

Et s'est la dicte Dame arrestée assez longtemps à discourir de toutz les susdictz propos, sans que je l'aye interrompue; puis je luy ay réplicqué, en bref, que, puisqu'elle dressoit tout l'effect du voyage, du cappitayne Orsey, à l'honneur et commodicté de Vostre Majesté, je la supplioys de luy commander de suyvre entièrement ce qui luy viendroit, ordonné de vostre part, de celle de la Royne Mère, du Roy de Pouloigne et de vostre conseil, qui sçaviez mieux en quoy son office vous pourroit estre honnorable et utille que nulz aultres; et que, si elle me vouloit déclarer ung peu quelz moyens elle estimeroit bon que voz Majestez uzassent en cest endroict, je vous en advertiroys incontinent. Bien la voulois prier de considérer que les douze ans derniers monstroient estre très nécessayre que vous procédissiez avec grand caution vers ceulx de la nouvelle religion, et qu'ilz fussent, de leur costé, plus modérez, à l'advenir, qu'ilz ne l'avoient esté par le passé.

Elle m'a respondu fort librement qu'elle voudroit qu'octroyssiez à voz subjectz leur religion, avec quelque exercice modéré, qui ne fût ny injurieulx, ny insolant, contre voz aultres subjectz de la religion catholicque; et qu'il vous pleût, après une si longue guerre, et après tant de troubles et de ruynes de vostre royaulme, incliner maintenant à cest expédiant par l'intermission d'elle, comme d'une princesse qui est en ligue avec Vostre Majesté, et qui a intérest à la conservation de voz forces, de vostre estat et grandeur; et que, de tant que aulcuns accidantz passés mettent voz subjectz en deffience, de ne pouvoir assez trouver de seureté ez édictz de la paciffication, parce qu'ilz disent que leurs ennemys uzent de beaucoup de moyens, et de beaucoup de conseils et d'effortz, pour tousjours les rompre, que veuillés déclarer à elle ce qu'il vous plerra leur offrir, et que, sur vostre parolle, elle leur en respondra; et a espérance qu'ilz s'y confirmeront, et se soubmettront franchement à vostre obéyssance, ou bien, si voyez que, par aultre chemin, vous vous puissiez mieulx servir de son office, elle est preste de s'y employer. En quoy, si faictes acheminer le dict cappitayne Orsey vers le Roy de Pouloigne, et à ceulx de la Rochelle, elle entend que luy baillés ung ou deux gentilhommes pour le dresser en ce qu'il aura à fère et dire, et pour estre présentz à tout ce qu'il négociera avec eulx. Et s'est fort esforcée, la dicte Dame, de me fère voyr qu'elle procédoit de la plus pure, et nette bonne volonté en cest endroict qu'il est possible, mais n'a trop dissimulé que le voyage du cappitayne Orsey ne fût aussy pour voyr quel est devenu, à ceste heure, Monseigneur le Duc.

Et, après m'avoyr parlé du progrès qu'elle va fère ceste année vers Douvre, et du costé de France, elle m'a dict comme elle avoit eu advertissement que monsieur le comte de Retz avoit assemblé une armée de mer, pour se revencher de Belle Isle sur ses isles de Gersay et de Grènesay; mais elle ne pensoit pas qu'il se voulût prendre à elle des faultes du comte de Montgommery, ny que vous le luy voulussiez permettre, et qu'elle me prioit d'en fère ung article dans ma première dépesche.

Je luy ay respondu que, par celle que j'avois naguyères receu de Vostre Majesté, vous ne monstriez d'avoyr aulcune semblable volonté, ny que Mr le comte de Retz eût dressé cest armement pour cest effect; et ainsy je me suis licencié d'elle. Sur ce, etc.

Ce XXIIe jour de juing 1573.

CCCXXVIe DÉPESCHE

--du XXVIIe jour de juing 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Jehan Volet._)

Fausse nouvelle de la capitulation de la Rochelle.--Assaut donné à la ville par le roi de Pologne.--Nouvelles d'Écosse et des Pays-Bas.

AU ROY.

Sire, sur une assés légière nouvelle, que le docteur Dailh a escripte à la Royne, sa Mestresse, le bruict a couru, deux jours durant, en ceste ville, et est allé bien loing dans ce royaulme, que ceulx de la Rochelle s'estoient rendus à Vostre Majesté ez meins du Roy de Pouloigne, vostre frère, le XVIIe du passé. De quoy ceste princesse, et les siens, entendant que c'estoit à des condicions qui n'estoient sinon assez tollérables, ilz ont faict semblant d'en estre bien ayses, et ont monstré de se disposer à quelque chose de mieulx qu'ilz n'estoient auparavant vers la France; mais, le troisiesme jour, il est arrivé ung second courrier du dict docteur Dailh, qui a porté nouvelles bien contrayres: c'est que le traicté de la composition estoit du tout rompu, parce que ceulx de dedans demandoient plus que ne portoit le dernier édict de Vostre Majesté; et que, pendant encores qu'on parlementoit avec eulx, le Roy de Pouloigne avoit faict donner feu à une mine, et, quand et quand, assault, et une escalade, dont il avoit esté repoussé et sa personne mesmes blessée, et que les choses tendoient, sans aulcun remède, à l'extrémité. De quoy les Angloys, et pareillement ce nombre de voz subjectz qui sont icy, ont commancé à penser de toute aultre chose que la paix, et croy que, sans le voyage du cappitayne Orsey, ilz l'eussent desjà plus manifesté qu'ilz n'ont. Et m'a l'on dict que celluy qui vint, sur la fin du mois de may, de la Rochelle, a dict que les assiégés estoient fermement résolus d'attandre le dernier poinct de la dicte extrémité, et mettre lors le feu en leur ville, pour fère une irruption et salie sur vostre armée de mer, ou sur celle de terre, affin d'essayer par les armes tout ce que peut le désespoir.

L'on a retiré à Barvic les forces et l'artillerye, que la Royne d'Angleterre avoit prestées au comte de Morthon, et aulcuns gentilshommes, des pensionnayres de ceste princesse, qui estoient allez à l'entreprinse de Lillebourg, sont desjà de retour, en court. Guaras, agent du duc d'Alve, a tant faict vers ceulx de ce conseil que deux cappitaynes angloys, qui alloient en Ollande, ont esté arrestez, mais il en est allé d'aultres. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIe jour de juing 1573.

CCCXXVIIe DÉPESCHE

--du IIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Blessure du roi de Pologne.--Nouvelles agitations en Irlande.--Desir du comte de Montgommery de travailler à la pacification.--Nouvelles d'Écosse.--Réclamation faite par Marie Stuart de ses diamans qui étaient à Lislebourg.--Mission de Mr Duverger, auprès de la reine d'Écosse.

AU ROY.

Sire, j'ay faict voyr à la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de son conseil, par la lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté m'escripre, du XVIIIe du passé, la vérité de ce qui est advenu de la blessure du Roy de Pouloigne[20], vostre frère, lesquelz ont monstré d'avoir beaucoup de playsir que le mal ne fût si grand, comme l'on le leur avoit escript. Et m'a, la dicte Dame, mandé qu'elle se conjouyssoit grandement avec Vostre Majesté, et avec la Royne, vostre mère, de ce que Dieu avoit retiré cestuy vostre frère et filz, du grand et non préveu péril, où il s'estoit trouvé; et de ce qu'il luy faysoit, de jour en jour, venir sa réputation de tant plus clère et illustre, qu'il luy donnoit à l'augmanter par de bien grandes et hazardeuses entreprinses; et qu'elle desiroit de bon cueur que les instances, qu'elle vous avoit envoyé fère par le cappitayne Orsey, vous vînssent à gré, affin que cella servît de divertir ce qui pouvoit rester encores de mal à venir de la fin de ceste guerre.

[20] Le roi de Pologne, dans une reconnaissance faite le 14 juin, avec le duc d'Alençon, le roi de Navarre et quelques seigneurs, ayant été aperçu du haut des remparts, un soldat le mit en joue; mais de Vins, son écuyer, gentilhomme provençal, se jeta au-devant du coup, et tomba frappé d'une balle. Le roi reçut dans ses vêtemens les postes dont le fusil était chargé, mais il ne fut pas blessé.

Les choses d'Irlande semblent de s'altérer, de jour en jour, davantage, non toutesfoys que la dicte Dame les répute beaucoup dangereuses, parce qu'elle voyt que Vostre Majesté et le Roy d'Espaigne estes tirés à d'aultres plus pressantz affères.

Le sir Artus Chambernon m'est venu dire qu'il a esté voyr le comte de Montgommery, son beau frère, et l'a trouvé fort disposé au service de Vostre Majesté; et à desirer, plus que sa vye, la réunion de voz subjectz de sa religion à vostre obéyssance, soubz la protection et observance de vostre dernier édict de paciffication.

Je n'ay, à présent, rien de particullier, d'Escoce, sinon qu'on dict qu'ung chacun y vit en paix, et que le cappitayne Granges est détenu encores soubz quelque garde en la ville de Lillebourg, où l'on luy faict fort bonne chère, et, qu'encor que la pluspart des principaulx de la noblesse soient de maulvayse intelligence avec le comte de Morthon, il n'y a toutesfoys que le milord Claude et Adam Gordon qui monstrent, plus extérieurement que les aultres, de n'approuver son authorité, et dellibèrent d'aller servir le roy de Suède, avec trois mil escoucoys, contre le Moscovite. La Royne d'Escoce m'a faict fère instance, icy, pour les bagues qu'elle a dedans le chasteau de Lillebourg, mais ne m'y a esté encores rien respondu. Monsieur le président de Tours est arrivé pour aller devers elle, auquel j'ay mis peyne, ainsy qu'il vous a pleu me le commander, de luy assister, aultant qu'il m'a esté possible, pour luy fère avoyr son passeport, et lettres des seigneurs de ce conseil au comte de Cherosbery, dont il s'y achemine demein. Sur ce, etc.

Ce IIIe jour de juillet 1573.

CCCXXVIIIe DÉPESCHE

--du VIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)