Part 27
Sire, quand la Royne d'Angleterre vous a deu rendre la responce, que je vous ay mandée par le Sr de Vassal, ceux de son conseil, qui ont esté appellés pour en dellibérer avec elle, luy ont trop curieusement interprété les circonstances de l'offre de l'entrevue, car luy ont donné entendre qu'elles monstroient plus d'artiffice pour contenir l'Angleterre pendant les troubles de vostre royaulme, qu'il n'aparoissoit en Voz Majestez, de volonté par après, de l'effectuer. De quoy ne les ayant le Sr de Walsingam, à son retour, peu assez bien esclarcyr, ou ne l'ayant ozé fère, ilz ont, à ce que j'entendz, induict la dicte Dame de respondre assez artificieusement aulx petites lettres de la Royne, vostre mère, et de Monseigneur le Duc; de quoy les siennes vous auront faict foy de ce qui en est, car je vous ay seulement représanté les propos qu'elle m'en a tenus. Tant y a, Sire, qu'il se voyt clèrement que la matière est si affectée en ceste court que, ny ceulx, qui la desirent, veulent qu'on la délaysse, ny ceulx, qui la creignent, permettent qu'elle soit conclue; et m'a l'on assuré qu'on l'entretiendra toujours en cest incertein, jusques à ce que, par ung langage cler et non condicionné de vostre part, Voz Majestez Très Chrestiennes auront contreinct la dicte Dame de vous y respondre de mesmes. Tant y a que puisque ceste princesse monstre quelque modération procédante d'elle mesmes, il semble, Sire, qu'il sera expédiant, en ce temps, que la supportiez ung peu sur l'impétuosité de ses subjectz; et que néantmoins renforciez si bien vostre armée de mer et pourvoyez en si bonne sorte à vostre frontière, ainsy comme avez faict jusques icy, que ceulx, qui y voudront entreprendre, n'en puissent rapporter que beaucoup de honte et beaucoup de dommage.
J'entendz que l'artillerye n'a encores faict grand effort contre le chasteau de Lillebourg, et que le comte de Morthon a commancé d'avoyr suspectz aulcuns des principaulx qui avoient suivy le party de la Royne d'Escoce, nonobstant l'accord qu'ilz ont faict avecques luy, dont demande davantage de forces de ce costé; et je creins assez qu'on luy en baillera. L'on m'a dict qu'il menoit un traicté de livrer le petit Prince d'Escoce aulx Angloys, et que ce qui est allé d'hommes, d'artillerye et de monitions, par dellà, et les ostages qu'on a prins de ce costé, a esté plus à ces fins qu'en intention d'espugner le chasteau; et que cella a esté aulcunement découvert, ou aulmoins l'on en a eu tant de souspeçon qu'il y a esté remédyé; et je sçay que la grand mère a dict icy que le petit Prince, son petit filz, estoit en très grand danger, dont prioit Dieu qu'elle le voulût préserver. Et sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour de may 1573.
CCCXXe DÉPESCHE
--du IIIe jour de juing 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)
Audience.--Négociation du mariage.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle ne livrera pas le comte de Montgommery au roi; protestation de sa part qu'elle ne lui donnera aucun secours.--Affaires d'Écosse.--Seconde audience.--Communication de la décision des états de Pologne, qui ont fait élection du duc d'Anjou pour leur roi.--Capitulation de Lislebourg.--Satisfaction de la reine sur l'élection du duc d'Anjou.
AU ROY.
Sire, avant que recepvoir vostre dépesche, du vingt quatriesme du passé, j'avoys esté parler du contenu en celle du dix huictiesme auparavant à ceste princesse pour, en premier lieu, la prier que si, sur le faict de l'entrevue, elle ne vous avoit par ses lettres et par son ambassadeur respondu si clèrement et sans condicion, comme le requéroit la réalité de l'offre que luy aviez faicte, elle me voulût dire maintenant quelque chose qui peût supléer à la satisfaction de ce que Voz Majestez Très Chrestiennes en desiroient; que s'estant le comte de Montgommery, ainsy qu'on vous l'avoit dict, retiré par deçà pour y recouvrer nouveaux secours, affin de tenter de rechef l'entreprinse, qu'il avoit une foys fallye, de mettre du refraychissement dans la Rochelle, que, non seulement elle ne voulût permettre qu'il en tirât pas ung de ce royaulme, mais qu'elle le feist saysir et ses complices, pour les remettre en voz meins, affin d'en fère justice, parce qu'ilz s'estoient desjà efforcés de vous fère la guerre, et de rompre la bonne confédération d'entre ces deux royaulmes; que Vostre Majesté avoit trouvé bien estrange qu'elle eût envoyé des forces et de l'artillerye en Escoce; et desiriez sçavoyr si elle vouloit demeurer aulx bons termes du traicté, de procurer conjoinctement une bonne paciffication dans le pays, ou bien y procéder par les armes, luy racomptant, au surplus, de l'estat du siège de la Rochelle, et des aultres exploictz qui se faysoient en vostre royaulme, sellon qu'il estoit contenu dans voz lettres.
A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle espéroit que Voz Majestez, touchant l'entrevue, resteroient assez bien satisfaictes de ce qu'elle vous en avoit mandé par ses lettres, et faict dire par son ambassadeur, et qu'elle desiroit bien fort estre esclarcye si c'estoit par la seule importunité de Monseigneur le Duc, lequel elle estoit bien advertye, de plusieurs endroictz, qu'il avoit beaucoup d'honneste affection vers elle, ou bien si la volonté de la Royne, vostre mère, avoit concoru libérallement à ce que ceste offre se feist, attandu que auparavant elle l'avoit contredicte, sinon qu'elle veist le mariage tout assuré: dont attandoit là dessus une dépesche de son ambassadeur, après laquelle il n'y auroit plus de remises que celles que Voz Majestez Très Chrestiennes y voudroient mettre; qu'elle me pouvoit jurer, avec vérité, qu'elle ne sçavoit, en façon du monde, que le comte de Montgommery fût en ce royaulme, et, quand il y viendroit, elle vous respondroit de mesmes que feist le feu Roy, vostre père, à la feu Royne Marie, sa sœur,--«Qu'il ne vouloit estre le bourreau de la Royne d'Angleterre;»--Et ainsy, que Vostre Majesté l'excusât, si elle ne vouloit être le bourreau de ceulx de sa religion, non plus qu'il ne l'avoit voulu estre de ceulx qui n'estoient pas de la sienne, mais qu'elle vous promettoit qu'elle le guarderoit bien qu'il ne fît rien contre Vostre Majesté, et qu'il ne retournast plus à ce que, sans qu'elle le sceût, ny le consentît, il avoit une foys entreprins; et qu'il estoit bien vray, comme je le disoys, que la comtesse de Montgommery, accompaignée des parantz et amys de son mary, avoient esté vers elle pour la prier de beaucoup de choses, mais qu'elle leur avoit respondu qu'elle n'avoit esté du premier conseil du dict comte, et ne vouloit estre du segond; et avoit esté bien esbahie comme il n'avoit voulu accepter les bonnes offres de Vostre Majesté, et que la dicte comtesse luy avoit respondu qu'il s'estoit trop légièrement obligé, par promesse et par sèrement, à ceulx de la Rochelle, de leur admener le secours, non en intention que ce fût contre l'honneur et le service de Vostre Majesté, mais pour donner quelque respict aulx assiégés, et aulx aultres de leur party, de pouvoir impétrer aulcunes tollérables condicions, pour la seureté de leur vye et de leur religion, et qu'il avoit à se pleindre infinyement de ce que les Angloys ne luy avoient quasy rien tenu de ce qu'ils luy avoient promis: et que la dicte comtesse avoit exprimé cella, avec tant de larmes et avec tant d'humbles requestes, assistées de celles de ses amys, qu'ilz l'avoient assez esmue, mais néantmoins qu'elle ne leur avoit octroyé, ny octroyeroit, rien qui peût estre contre Vostre Majesté;
Que, des choses d'Escoce, elle m'avoit naguyères respondu, ce qu'elle me confirmoit de rechef, qu'elle ne prétandoit qu'il y fût attempté par armes, ny par traicté, aulcune chose, au préjudice ou diminution de l'allience de France, et que seulement elle avoit satisfaict au desir des Estatz du pays, aulxquelz elle estimoit que Vostre Majesté avoit aussy intention de satisfère; et que le Sr de Vérac pourroit maintenant cognoistre comme elle y avoit procédé; que, quand au siège de la Rochelle, et les aultres exploictz de guerre de vostre royaulme, elle les déploroit en toutes sortes pour voyr que la clémence du prince vers les subjectz, et l'obéyssance des subjectz vers leur prince, et la socialle amityé d'entre les mesmes subjectz, estoient converties en aultres bien contrayres effectz de fureur, de désobéyssance, et d'une très violente inimityé, dont n'y avoit personne, soubz le ciel, qui desirât plus d'y voyr bientost quelque bon remède qu'elle faysoit. Et a terminé ceste audience en plusieurs semblables propos, pleins de grande bienvueillance vers Vostre Majesté.
Depuys, aussytost que le courrier a esté arrivé avec la dépesche, du vingt quatriesme du présent, j'ay renvoyé supplier la dicte Dame de me vouloir ouyr sur aulcunes choses, que me commandiez de luy fère incontinent sçavoir. De quoy elle s'est assez esbahye que ce pouvoit estre, et m'a pryé que je luy concédasse ung jour pour satisfère à ses mèdecins, qui luy avoient ordonné quelque chose pour le mal de teste que j'avois veu qu'elle avoit.
Cepandant, Sire, l'aultre courrier angloys, qui m'a apporté vostre aultre dépesche, du vingt cinquiesme du passé, est arrivé, sur laquelle, après avoyr, à meins joinctes, et les genoux en terre, loué et remercyé Dieu de l'élection de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, à la couronne de Pouloigne, j'en suis allé porter la nouvelle à la dicte Dame, et luy en ay faict l'expresse conjouyssance, que Voz Majestez me commandoient, avec le récit en quoy en sont les choses, sellon que voz ambassadeurs vous l'avoient escript; et que vous la priez de croyre que, tant plus vous viendroit d'augmentation de grandeur et de puissance, et plus d'accessions de biens et d'honneur à vostre couronne, plus Voz Majestez se confirmoient de vouloir honnorer et aymer la dicte Dame; et pourchassiez tousjours beaucoup plus instamment, en temps de voz prospéritez, que non en voz adversitez, l'accomplissement de son mariage avec Monseigneur le Duc, vostre frère, luy faysant là dessus une particullière mencion du grand desir que Mon dict Seigneur le Duc avoit de la venir bientost mettre en possession de l'entier et pur don qu'il luy avoit faict de luy mesmes.
A quoy la dicte Dame, surprinse de quelque admiration d'une si grande nouvelle, comme est celle de l'élection de Mon dict Seigneur, m'a respondu qu'elle vous remercyoit infinyement de la bonne et prompte part, qu'il vous plaisoit luy fère, de la joye, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, en aviez reçue; qui estoit si grande en elle, qu'elle avoit de quoy mutuellement s'en resjouyr à non moindre mesure avec Voz Majestez; et qu'il y avoit plusieurs considérations de la concurrence des compéditeurs, de la rarité de l'acte, et de l'occasion des temps, qui rendoient ceste élection très ample et très honnorable pour vostre couronne, et bien heureuse pour voz meilleurs alliez, desquelz elle vous prioit de croyre que nul en sentiroit le plaisir plus parfaict et accomply qu'elle.
Et s'estant eslargie en divers propos et en aulcunes assez curieuses demandes là dessus, sçavoyr: si l'Empereur se trouvoit offancé? si Mon dict Seigneur feroit maintenant la guerre aux Turcs? s'il l'auroit contre le Moscovite? s'il espouseroit la princesse de Pouloigne? quand il pourroit partir pour ce voyage? et s'il laysseroit le siège de la Rochelle pour y aller? Et luy ayant respondu à tout avec le plus de discrétion que j'ay peu, elle est venue, quand à Monseigneur le Duc, à me dire qu'elle luy restoit très obligée à jamais pour sa persévérance vers elle, laquelle toutesfoys elle pensoit bien que ne seroit semblable, ou aulmoins ne dureroit guyères, s'il l'avoit une foys veue ainsy passée d'aage comme elle est; et que les doubtes et difficultez, qu'elle voyoit en cest affère, et l'escrupulle que la Royne, vostre mère, avoit faict de l'honneur de Mon dict Seigneur le Duc, son filz, en cest endroict, joinct que deux ans s'estoient desjà écoulés depuis le propos encommancé, elle estoit quasy réduicte à ne debvoir plus penser de se maryer, ny donner la peyne à Monseigneur le Duc de venir.
Sur quoy luy ayant faict et redoublé toutes les réplicques, que j'ay estimé opportunes, pour rejetter bien loing ceste sienne dellibération, elle m'a dict qu'elle attandroit ce que, sur sa dernière responce, il vous plairoit luy fère entendre. Et puis, d'elle mesmes, a adjouxté que, depuis vingt quatre heures, elle avoit entendu que le comte de Montgommery estoit arrivé à l'isle de With, et que soubdein elle luy avoit dépesché sir Artus Chambernan pour l'advertyr qu'elle ne tenoit en si peu vostre amityé, qu'elle luy voulût permettre de venir en sa court, au retour de telz exploictz qu'il venoit de faire, et qu'elle vous assuroit, Sire, qu'il ne tireroit aulcun moyen de ce royaulme pour vous nuyre; et, quand aulx choses d'Escoce, si le Sr de Vérac trouvoit maintenant sur le lieu qu'elles n'allassent sellon le traicté, qu'elle seroit preste de les redresser fort volontiers de sa part. Qui est, en substance, tout ce que, pour ceste foys, j'ay peu recueillir des propos de la dicte Dame.
Et, au partir d'elle, j'ay conféré avec milord trézorier, avec milord de Lestre et Me Smith, les troys ensemble, et puis fort amplement avec chacun à part, pour voyr si, de leur propos, je pourrois tirer aulcune conjecture sur les choses de vostre segonde lettre que j'ay moy mesmes déchiffrée. Et, après qu'ilz ont eu, aussy bien que leur Mestresse, admiré l'élection de Monseigneur, ilz m'ont dict, touchant le propos de Monseigneur le Duc, que, quand Vostre Majesté voudroit remettre les choses au mesme trein qu'elles estoient auparavant l'évènement de Paris, ou aulmoins non tant hors de chemin comme elles vont maintenant, que vous retrouveriez leur Mestresse, et eulx, au mesme endroict que vous les aviez layssés. Et m'ont confirmé, au reste, ce que leur Mestresse m'avoit dict du comte de Montgommery et de l'Escoce, et qu'après qu'ilz auront plus amplement devisé avec la dicte Dame ilz traicteront, ung jour de ceste sepmayne, davantage avecques moy. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1573.
Je suis en quelque traicté avec la comtesse de Montgommery, par interposées personnes, de fère retourner son mary à l'obéyssance de Vostre Majesté; et, s'il vous plaist, Sire, que je luy permette de venir parler à moy, l'on me donne espérance que je le pourray réduyre. L'on me vient d'advertyr que le comte de Morthon et les Angloys, qui sont devant le chasteau de Lillebourg[19], ont capitulé avec ceulx de dedans, et que le chasteau recognoit maintenant le jeune Prince à Roy.
[19] Le château d'Édimbourg s'était en effet rendu par capitulation le 29 mai 1573, après trente-quatre jours de siège.
A LA ROYNE.
Madame, je n'allay jamais avec plus d'ayse, ny avec plus de parfaicte affection, porter aulcune nouvelle, en part du monde, que je feys, hier, à ceste princesse, celle de l'élection qu'ont faict les Estatz de Pouloigne de Monsieur, vostre filz, pour leur Roy, et vous prometz, Madame, que j'ay miz peyne de fère voyr à la dicte Dame combien il plaist à Dieu de bénire voz enfans; qui les ayantz faictz princes très royaulx d'extraction, les faict encores devenir Roys par élection, et qu'elle pouvoit cognoistre par là combien elle confirmeroit son vouloir avec celluy de Dieu, de fère aussy élection de Monseigneur le Duc, vostre troysiesme filz, pour la venir accompaigner à ceste couronne.
Elle a monstré de réputer ceste nouvelle pour la plus grande et la plus honnorable pour le Roy, et la plus comble de félicité pour Vostre Majesté, et la plus pleyne d'esplandeur et de gloyre pour Monsieur, et encores la plus heureuse pour la France, que nulle aultre qui fût advenue, depuis que le royaulme est estably; et m'a dict que, oultre la part que luy aviez faicte de vostre joye, elle en prenoit ugne aultre en elle mesmes de celle qu'elle imaginoit estre si accomplye en vous, qu'elle surabondoit beaucoup pour elle, et pour toutz ceulx qui, comme elle, aymoient et honnoroient parfaictement Vostre Majesté.
Et, bien qu'elle m'ayt faict, là dessus, quelques assez curieuses demandes, et m'ayt tenu des propos assez remis et froidz, touchant l'aultre faict de Monseigneur le Duc, si m'a elle dict que ceste nouvelle élection de Monsieur vous debvoit fère espérer l'accomplissement du reste de la prophétie, qu'on vous avoit donnée, que vous verriez toutz voz enfans Roys, et que mesmes ce ne seroit sellon la maulvayse interprétation que aulcuns en faysoient, que cella se debvoit entendre de la mesmes couronne de France, l'ung après l'aultre, car Dieu feroit que vous les verriez toutz troys, à la foys, roys de troys grandz royaumes, et a monstré la dicte Dame de fouyr d'un costé, et de se fère poursuyvre par ung aultre, sur le dict propos de Monseigneur le Duc. Dont est besoing, Madame, de la fère parler, ceste foys, si cler qu'il n'y puisse rester aulcune particulle d'ambiguyté. Et je trouve, Madame, que surtout il est expédiant que le comte de Lestre soit promptement gratiffié de quelque honneste présant, et pareillement milord trézorier, et toutz deux entretenuz de quelques gracieuses lettres de la mein de Vostre Majesté et de Monseigneur le Duc. Car l'on s'esforce, à grand pris, de les attirer à ung aultre party fort contrayre au vostre, et ne pourra ce qu'employerez en cest endroict estre perdu, car aulmoins retiendront ceulx cy ceste princesse, et ce royaulme, tousjours à vostre intelligence pour cepandant conduyre voz affères ailleurs. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1573.
CCCXXIe DÉPESCHE
--du VIe jour de juing 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétère._)
Conseil tenu en Angleterre à l'occasion de l'élection du roi de Pologne.--Sollicitations de nouveaux secours pour le comte de Montgommery et la Rochelle.--Certitude de la reddition de Lislebourg.--Communication secrète faite au roi par le prince d'Orange.
AU ROY.
Sire, après avoyr, dimenche dernier, notiffié à la Royne d'Angleterre l'heureuse élection du Roy de Pouloigne, vostre frère, toutz ceulx de son conseil se sont, le lundy et mardy, assemblés à Grenvich pour prendre, sur ceste grande nouvelle, nouvelles résolutions ez choses de France; qui ne sçay encores quelles elles sont. Il est vray que s'estantz lors les amys du comte de Montgommery présentés, avec plus d'instance que jamays, pour luy impétrer ung nouveau renfort, ou quelques nouvelles provisions, ilz n'ont pas esté tant esconduictz des dictz du conseil comme ilz ont esté reboutés de la dicte Dame.
J'ay sceu aussy, Sire, qu'après le dict conseil à Grenvich, un party de cent mille escus a esté conclud et arresté en ceste ville, pour en estre faict le payement, par tout ce moys de juing, à Noremberg, Hambourg et Couloigne, mais la pluspart à Noremberg, au mandement du duc de Cazimir ou du duc Christofle son frère, (dont vous plaira, Sire, fère prendre garde en Allemaigne;) et que, d'aultre costé, l'on a ordonné que le comte d'Essex, avec troys ou quatre mille angloys, et bonne provision d'argent et de monitions, passera en Irlande pour réprimer les saulvages qui commancent de rechef à tumultuer.
L'on a aussi dépesché en Escoce pour advertyr le Sr de Quillegreu que, commant que ce soit, il y ayt à mettre l'accord; mais cepandant est arrivé l'advertissement comme le chasteau de Lillebourg est rendu au jeune Roy, bien qu'on ne publie encores à quelles condicions: dont je creins qu'il y ayt couru de l'argent, et que, pour la réputation, l'on a voulu que le canon ayt tiré, premier que parler de se rendre.
Le Sr de Lumbres, en venant de Hollande, a esté prins sur mer par des pirates angloys, qui ne le cognoissoient poinct, et l'ont descendu par deçà. Il doibt aller trouver demein ceste princesse à Grenvich; et aujourdhui, bon matin, il a mandé secrettement quérir ung de mes plus confidans gentilshommes pour me communiquer chose qui importoit à vostre service, dont luy ay envoyé le Sr de Vassal; et il m'a mandé qu'il estoit dépesché vers Vostre Majesté par le prince d'Orange son mestre, et qu'il me prioit de vouloir envoyer quérir en dilligence son passeport par ung des miens, à qui il commettroit son pacquet pour luy passer la mer avec ung de ses gens qui l'yroit attandre à Abbeville, parce qu'on avoit aulcunement icy suspecte sa venue. Sur ce, etc.
Ce VIe jour de juing 1573.
CCCXXIIe DÉPESCHE
--du IXe jour de juing 1573.--
(_Envoyée à la court par le Sr de Vérac._)
Départ de Mr de Vérac pour retourner en France.--Son audience de congé.--Ses plaintes de n'avoir pu se rendre en Écosse.--Excuses données par la reine.--Ses protestations qu'elle n'a voulu porter aucune atteinte au traité.--Favorable disposition d'Élisabeth sur la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, n'ayant esté possible au Sr de Vérac, en façon du monde, de passer en Escoce, par l'empeschement que le comte de Morthon, ou bien ceulx cy, et, par advanture, eulx et luy tout ensemble, luy ont faict, il va retrouver maintenant Vostre Majesté pour luy compter le succès de son voyage, et comme (sur la pleincte que j'ay faicte à la Royne d'Angleterre que, ayant le dict Sr de Vérac couru tout ce royaulme, et veu les bords de celluy d'Escoce, il s'en retournoit sans s'estre apperceu que, en l'ung ny en l'aultre, luy eut esté uzé ce qui se debvoit à l'allience ancienne, ny ce qui s'espéroit de la rescente confédération avec Vostre Majesté,) la dicte Dame s'en est non petitement troublée. Laquelle a incontinent appelé ceulx de son conseil, en présence du dict Sr Vérac, pour se plaindre bien fort aygrement à eulx de ceste faulte, et a monstré, avec parolles et visage plein de courroux, qu'elle vouloit bien fort en demeurer excusée vers Vostre Majesté; et, m'ayant tiré à part, m'a juré que son intention avoit esté que le dict Sr de Vérac passât, ou bien, si le comte de Morthon ne le vouloit aulcunement permettre de luy, que ce fût aulmoins le Sr de Sabran; et que, quand il playroit à Vostre Majesté d'y envoyer quelqu'ung, elle offroit, dez à présent, le passage sans aulcune difficulté; et que, quand à ce qui estoit advenu du chasteau de Lillebourg, elle vous envoyeroit ung gentilhomme exprès pour vous en donner si bon compte, que Vostre Majesté cognoistroit qu'elle n'y avoit procédé sinon jouxte le traicté, pour ayder à réduyre a l'obéyssance du jeune Prince, son nepveu, ceulx qui tenoient fort dans le dict chasteau, et garder qu'ilz ne nuysissent à elle, sans y avoyr rien retenu en sa puissance, ny rien altéré de l'ancienne allience que Vostre Majesté a avec les Escouçoys.
A quoy je luy ay respondu que le dict Sr de Vérac ne pouvoit fère qu'il ne vous racomptât au long ce qui luy estoit advenu, et ce qu'il avoit apprins en son voyage, et qu'à Vostre Majesté, puis après, seroit de juger si les articles du traicté avoient esté bien guardés, ou non, en ceste entreprinse d'Escoce; car, puisque j'étois l'un de ceulx, qui avoient été présentz, quand elle avoit levé la mein à Dieu pour les jurer, je ne voulois mal juger de sa conscience, ains voulois laysser ce propos pour luy fère entendre ce que Vostre Majesté me commandoit de luy dire de celluy de l'entrevue. Et ainsy ay passé à luy réciter, par le menu, tout le contenu de vostre lettre du XXXe du passé; et lui ay baillé celle que la Royne, vostre mère, luy escripvoit; qui me semble, Sire, qu'après qu'elle l'a eue leue fort distinctement, et qu'elle a eu fort bien prins les raysons que je luy ay déduictes, et celles que, sur les siennes, je luy ay réplicquées, elle est demeurée mieulx disposée vers l'entrevue et vers le mariage, que je ne l'y avoys vue de longtemps, et m'a promis de vous y mander bientost une si bonne responce, qu'elle espéroit qu'elle vous contanteroit.