Part 26
Et que Vostre Majesté me commandoit qu'avec ceste instance, je luy continuasse aussy celle que je luy avoys desjà par plusieurs fois faicte des choses d'Escoce, de vouloir la dicte Dame procéder, conjoinctement avec Vostre Majesté, à procurer la paix du dict pays sellon le traicté; et que, de tant que j'estois seurement adverty que, contre la teneur d'icelluy, elle avoit faict marcher son artillerye et ses gens de guerre, par dellà, pour forcer le chasteau de Lislebourg, je luy voulois renouveller ma précédante protestation de l'infraction du dict traicté, et la supplier qu'elle voulût fère cesser son exploit de guerre; néantmoins que je luy offrois, si elle vouloit s'esclarcyr avec vous de tout ce qu'elle pouvoit estre en deffiance du dict costé d'Escoce, que vous seriez prest de le fère avec tant d'advantage pour elle, et repos de ses subjectz, qu'elle et eulx n'en pourroient rester sinon bien fort contantz; et pourtant qu'elle voulût fère donner passeport au Sr de Vérac pour continuer son voyage, ou bien pour s'en retourner, esconduict, devers Vostre Majesté.
La dicte Dame, considérant l'honnesteté du dict propos, conjoincte avec beaucoup de rayson, m'a respondu que Vostre Majesté, en ce que je luy avoys dict, luy faysoit toucher aulcuns poinctz qui estoient si honnorables pour elle, qu'elle ne vouloit fallir de bien fort grandement vous en remercyer, et se louer encores davantage de ce que, oultre les parolles, vous y adjouxtiez encore les effectz; qui vous prioit aussy de croyre, de sa part, que, touchant le comte de Montgommery, elle n'avoit esté aulcunement participante de ses dellibérations, et que son exploict, ainsy que Monsieur l'avoit bien esprouvé, ne procédoit d'une force royalle: et, touchant l'Escoce, qu'encores qu'elle eût presté de l'artillerye aulx seigneurs et Estats du pays, auxquelz, par rayson, elle ne l'avoit peu dénier, et eût faict marcher quelques gens pour la conduire; que néantmoins ce n'estoit pour y acquérir ung poulce de terre, ny pour y atempter rien contre le traicté, ny à la diminution de l'allience de France, et qu'elle me déclaroit que, à tout ce qui dépendoit de vostre mutuelle amityé, et qui concernoit la grandeur et réputation de Vostre Majesté, elle y vouloit moins préjudicier qu'à sa propre vye, et que, des instances que je luy avois sur ce faictes, elle en communicqueroit avec ceulx de son conseil pour, puis après, m'y satisfère.
Je luy ay, de rechef, agravé mes dictes instances, le plus que j'ay peu, et luy ay monstré combien elles estoient raysonnables et justes, et combien c'estoit chose elloignée de bonne foy que, pendant qu'elle vous faysoit entretenir de bonnes parolles, et qu'elle retardoit icy soubz quelque excuse le Sr de Vérac, elle permît que, en faveur du comte de Montgommery, du costé de France, et du comte de Morthon, du costé d'Escoce, ung si grand et si royal amy, comme vous luy estiez, fût offancé, qui espérois qu'elle y auroit du regrect davantage, après qu'elle auroit ouy ce qui me restoit à luy dire de vostre part:
C'estoit que Monseigneur le Duc, ayant envoyé remercyer Vostre Majesté de la communicquation que luy aviez voulu fère de la responce de la dicte Dame sur son faict, après l'avoyr bien considérée, et considéré le propos qui en avoit esté entre la Royne, vostre mère, et le Sr de Walsingam, et veu la lettre qu'elle luy avoit escripte à luy mesmes à la Rochelle par le Sr de Chasteauneuf, et entendu les honnorables rapportz que le dict Sr de Chasteauneuf luy avoit faictz de ce qu'il avoit veu et ouy en présence de la dicte Dame, il vous avoit fort honnorablement supplyé, et pareillement la Royne, vostre mère, par lettre de sa mein, du propre jour de la retraicte du comte de Montgommery, qu'il vous pleût ne luy tenir si restreinct le hault desir qui l'avoit faict aspirer aulx excellantes perfections de la dicte Dame, que luy en volussiez maintenant retrancher l'espérance; et que pourtant luy voulussiez permettre qu'il peût, incontinent après la réduction de la Rochelle, luy venyr bayser les meins, s'assurant qu'elle ne luy dénieroit ce qui seroit raysonnable de l'exercice de sa religion; et que, de sa part, il luy feroit cognoistre par luy mesmes, mieulx qu'il ne le pourroit fère par un tiers, ny par ses propres lettres, combien il avoit voué d'affection et de vray amour et de servitude à ses bonnes grâces: et que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, qui estiez très disposés vers elle et vers la perfection de ce propos, luy aviez entièrement accordé sa requeste; et me commandiez de luy dire qu'incontinent que la Rochelle seroit prinse, vous permettriez à ce jeune prince d'accomplir le vertueux et royal desir qu'il avoit de la venir voyr, et que Voz Majestez Très Chrestiennes la prioient de le recevoir pour ung éternel gage de vostre perdurable amityé vers elle, et de la perpétuelle confédération d'entre voz deux couronnes, ainsy qu'elle en trouveroit l'offre plus expresse par deux lettres que j'avoys à luy présenter de la Royne, vostre mère, et de luy; et que je la supliois de vouloir penser meintenant de sa seureté, affin qu'il fût aussy favorablement receu de ses subjectz, et en son royaulme, comme je m'assurois qu'il le seroit très honnorablement d'elle et des siens en sa court.
La dicte Dame, d'ung visage contant et d'une façon bien modeste, m'a respondu qu'elle remercyoit infinyement Vostre Majesté de la perdurable et constante bonne volonté qu'aviez vers elle, et pareillement Monseigneur le Duc, qui l'obligeoit beaucoup plus qu'elle n'auroit jamays moyen de luy satisfère; mais elle remercyoit davantage la Royne, vostre mère, comme luy ayant plus d'obligation qu'à toutz deux, parce que, nonobstant qu'elle eût estimé l'entrevue pleine de danger et peu advantageuse pour son filz, elle avoit néantmoins condescendu qu'il y vînt; et que le plus mortel regret qu'elle pourroit avoyr au monde seroit si, ne se faysant poinct le mariage, il advenoit que Vostre Majesté et elle, et vostre frère, en restissiez mal contantz; dont n'estoit de merveille si elle se trouvoit en peyne. Et, après avoyr fort curieusement leue la lettre de la Royne, vostre mère, sans en perdre ung seul mot, elle m'a demandé si, depuis ceste vostre résolution, son ambassadeur avoit poinct eu conférance avec Voz Majestez. Et luy ayant dict que ouy, elle m'a prié trouver bon qu'elle peût attandre quelque jour, affin que, sur ce qu'elle entendroit de luy, elle sceût mieulx prendre l'expédiant qui luy seroit nécessayre. Je n'ay rien pressé davantage; ains, après luy avoir encores tenu quelques gracieux propos sur la lettre de Monseigneur le Duc, je me suis licencié d'elle.
Il n'y avoit lors, Sire, en ceste court aulcunes nouvelles de la retrette du comte de Montgommery, sinon celles que j'avoys apportées, ny ne sçavoit on qu'il estoit devenu, mays, hier au soyr, arrivèrent deux des siens, l'ung qui dict luy avoyr esté envoyé de la Rochelle, pendant qu'il estoit à l'ancre devant la ville, et l'aultre se nomme le cappitaine Ber, lesquelz racomptent les choses non guyères aultrement que Vostre Majesté me les a escriptes; mais ilz adjouxtent que le dict de Montgommery est descendu depuis à Belle Isle, et que, le XXVIIIe du passé, il a prins par composition le chasteau, et qu'il dellibère de fortiffier toutz les portz et advenues du lieu, et que certeins navyres, qu'il avoit envoyé vers la coste d'Hespaigne, luy avoient desjà ramené deux ou trois prinses qui valoient plus de cinquante mille escus, et que bientost le Sr de Languillier viendroit icy affin solliciter de rechef ung plus notable et plus grand secours que le premier pour la Rochelle. Sur ce, etc.
Ce VIIIe jour de may 1573.
L'on a escript en ceste court qu'il a esté faict de rechef un grand massacre de ceulx de la nouvelle religion à Chasteaudun, de quoy les souspeçons renouvellent aulx Angloys que la conjuration, de les exterminer toutz, soit vraye, si, d'avanture, ilz n'entendent que Vostre majesté en face fère quelque punition.
Je viens d'avoyr relation comme, depuis cinq ou six jours, dix jeunes gentilshommes escouçoys ont esté mandés ostages en Angleterre pour douze pièces d'artillerye, et pour les monitions que ceste princesse a prestées au prétendu régent et aulx Estatz d'Escoce, et que troys compagnies d'angloys, de trois centz hommes chacune, les sont allez conduyre par dellà, et que desjà l'on besoigne à une platte forme pour assoyr la dicte artillerye contre le chasteau de Lillebourg.
CCCXVIIe DÉPESCHE
--du XIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Combes._)
Retour de Walsingham en Angleterre.--Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh.--Offre de la médiation de l'Angleterre et des princes protestans d'Allemagne pour rétablir la paix en France.--Nouvelles d'Écosse.--Rupture de la négociation tendant à la capitulation de Lislebourg.
AU ROY.
Sire, le jour de la Panthecoste, le Sr de Walsingam est arrivé devers la Royne, sa Mestresse, à Grenvich, où elle et ses deux principaulx conseillers l'ont fort curieusement examiné, deux jours durant, à part, des choses de France, et puis ont mandé le reste du conseil pour l'ouyr aujourdhuy davantage; dont ne fault doubter que, du rapport qu'il fera, bon ou maulvais, n'ayt à dépendre ce qu'avez à espérer, de bien ou de mal, de ce costé. Et, de tant que milord trézorier m'a librement dict que, lors du premier congé du dict Sr de Walsingam, il s'en venoit persuadé que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, estiez plus animés que jamays contre voz subjectz de la nouvelle religion, et entièrement résolus à la ruyne des Protestantz, et que vous, ny elle, ne vouliez nullement le mariage de Monseigneur le Duc avec leur Mestresse, il ne fault doubter que, si ne l'avez, ceste segonde foys, renvoyé mieulx édiffié de voz bonnes intentions, qu'en lieu d'allience et confédération avec les Angloys, Vostre Majesté n'ayt à les compter pour ceulx qui ouvertement, ou soubz mein, seront ordinayrement en armes contre la France. Milord trézorier m'a fort conjuré de vouloir bien penser de la sincère volonté de la Royne, sa Mestresse, vers Vostre Majesté et vers la Royne, vostre mère, et pareillement de celle de luy vers l'entretènement de tout le traicté, mais qu'il n'estoit pas possible que la dicte Dame ni luy, avec toute l'ayde qu'il luy sçauroit fère, peussent surmonter l'universel consens, dont le conseil et toute la noblesse d'Angleterre convenoient à se bander contre les dellibérations de Voz Majestez Très Chrestiennes, en ce que vouliez poursuyvre à oultrance l'oppression de la religion protestante, et exterminer ceulx de voz subjectz qui en faysoient profession; et que, de tant qu'il me pouvoit fère clèrement voyr, s'il vouloit, mais vous l'expérimantiez assez, que l'entreprinse ne vous estoit nullement aysée, il vous vouloit, pour le debvoir de la ligue, très humblement supplier de ne vous y opiniastrer tant, que la Royne, sa Mestresse, et les princes protestantz fussent, à la fin, contreinctz de vous monstrer que vostre entreprinse ne leur seroit tollérable; et que s'il vous plésoit fère deviser avec elle, ou avec quelqu'ung des dictz princes, de remettre la paciffication en vostre royaulme, qu'il estoit très assuré qu'ilz seroient moyen qu'avec une bonne parolle, et avec quelque démonstration de clémence, Vostre Majesté regaigneroit plus d'authorité sur ses subjectz et recouvreroit mieulx l'obéyssance qu'ilz luy doibvent, et se soubsmettroient plus facillement à Monsieur que si vous y employez toutes les forces, et tout l'estat de vostre couronne; et qu'il desiroit grandement que la Royne, vostre mère, voulût prendre cest affère en sa mein.
Je l'ay bien fort remercyé de la bonne affection qu'il avoit à la paix de vostre royaulme; mais je luy ay dict, sans toutesfoys rejetter son conseil, qu'il ne deffailloit ny bonnes parolles ny clémence de la part de Vostre Majesté, ny le bon office de la Royne, vostre mère, et de Messeigneurs voz frères, et aultres grandz princes de vostre royaulme, pour la réduction de voz subjectz, mais c'estoit l'habitude que quelques ungs s'estoit faicte, depuis douze ans en çà, de reprendre trop facillement les armes, qui rendoit tout le reste opiniastre: et n'ay point suivy plus avant.
L'ung de ceulx que j'avoys secrettement envoyé en Escoce vient d'arriver, qui rapporte qu'encor qu'il n'ayt recouvert la responce de ceulx du chasteau de Lillebourg, que néantmoins il leur a fait tenir mon chiffre, et ilz luy ont fait signal de l'avoyr receu; et que cella est advenu sur le poinct que le comte de Rothes avoit esté desjà cinq foys parlemanter à eulx, et sur le poinct qu'ilz estoient prestz de livrer le dict chasteau au comte de Morthon, en, par luy, baillant celluy de Blacnes, garny de quatre pièces d'artillerye, en baillant aussy le revenu de Saint André pour le cappitaine Granges, mais que toute ceste praticque avoit esté lors rompue. Dont le dict de Morthon, à la persuasion du Sr de Quillegreu, avoit envoyé emprunter l'artillerye et les neuf centz harquebousiers de la Royne d'Angleterre; et que néantmoins l'on disoit que le dict chasteau n'estoit pour estre forcé, mais bien creignoit on qu'il y eût de l'intelligence dedans, ou bien que le cappitayne prétandoit de le rendre avec plus d'honneur quand il verroit le canon, et assuroit on qu'il y avoit vivres dedans jusques à la Saint Michel, et prou pouldre, mais peu de bouletz. Sur ce, etc.
Ce XIIe jour de may 1573.
CCCXVIIIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
Audience.--Négociation du mariage.--Affaires de la Rochelle et d'Écosse.--Envoi de la réponse d'Élisabeth sur la demande de l'entrevue avec le duc d'Alençon.
AU ROY.
Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins le loysir, durant toutes ces festes de Pantecoste, de dellibérer avec les seigneurs de son conseil de ce qu'elle avoit à me respondre sur l'offre de l'entrevue, et sur les aultres deux instances, que je luy avoys faictes, du comte de Montgommery et des choses d'Escoce; après qu'elle a eu bien examiné le Sr de Walsingam, de l'intention qu'il pouvoit avoyr cognue là dessus de Voz Majestez Très Chrestiennes, elle m'a faict, depuis troys jours en çà, et non plus tost, appeler devers elle pour me dire que, devant toutes choses, elle vous remercyoit infinyement de la favorable expédition que, par deux foys, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez donnée à son ambassadeur, qui le luy aviez renvoyé le plus satisfaict et le plus contant que nul aultre gentilhomme qu'elle eût jamays mandé en charge; et que, si, de ceste vostre faveur, la récompanse se pouvoit fère par une grande recognoissance d'elle, et par une très grande obligation de luy, vous ne vous plaindriés jamais du payement, mais qu'il luy deffailloit bien à elle le moyen, comme sur une aultre plus grande obligation qu'elle vous avoit pour la tant expresse déclaration, qu'il luy avoit apportée, de vostre parfaicte et perdurable amityé vers elle, elle vous y peût bien satisfère; néantmoins que là où les parolles propres, pour vous en rendre ung assez suffisant grand mercy, luy deffailloient, elle adjouxteroit davantage de la recognoissance dans son cueur pour vous produyre les bons effectz que pourriez desirer de sa correspondance: et a accompaigné cella d'une si bonne expression qu'elle a monstré de le dire de bon cueur: que, touchant l'octroy que luy aviez voulu defférer de l'entrevue, lequel elle recognoissoit procéder d'une singullière faveur et très grande grâce de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de Monseigneur le Duc, elle mettroit peyne de vous y fère la plus honnorable et cordialle responce, qu'elle pourroit, par ses lettres qu'elle vous feroit présenter, et avec quelques parolles de son intention par son ambassadeur: que, du comte de Montgommery, elle estoit bien assurée qu'il n'y avoit plus ny hommes ny vaysseaulx angloys en sa compagnie, s'estant toutz les navyres marchandz, qu'il cuydoit conduyre dans la Rochelle, retirés par deçà, et qu'il n'y en yroit poinct d'aultres, et que, si j'entendoys qu'il en allât aultrement, que je l'en advertisse; car me juroit qu'elle y mettroit bon remède, estant résolue de vous guarder, comment que ce fût, inviolablement l'amityé: que, des choses d'Escoce, l'entreprinse du chasteau de Lillebourg estoit bien advancée, en laquelle, ny en chose qui se traictât par dellà, vous ne trouveriez qu'il s'y fît rien à vostre préjudice; et puisque le comte de Morthon ne respondoit rien sur le voyage du Sr de Vérac, il monstroit bien qu'il ne vouloit pas qu'il y allât; néantmoins qu'elle remettoit en la liberté du dict Sr de Vérac de s'y acheminer ou de s'en retourner en France.
Je luy ay réplicqué, Sire, sur les deux derniers poinctz que, de tant que, pour l'amour d'elle, vous aviez faict fère une publication, incontinent après la retraicte du dict de Montgommery, qu'on eût à bien recepvoir les Angloys en vostre royaulme, que je la supplioys de fère aussy, pour l'amour de vous, publier maintenant une deffence au sien que nul eût à suyvre les entreprinses du dict de Montgommery, puisqu'il avoit monstré acte d'hostillité contre vous; et, touchant l'Escoce, qu'elle me déclarât ouvertement si elle vouloit demeurer aulx termes du traicté, à procurer, conjoinctement avec Vostre Majesté, la paix du pays, ou bien si je vous manderois qu'elle délibéroit d'y poursuyvre les choses par les armes; et que je la supplioys de trouver bon que je débatisse plus amplement ces deux faictz avec les seigneurs de son conseil, affin que j'eusse tant plus de commodité de traicter avec elle de l'aultre principal, et plus agréable propos, sur lequel, de tant que la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc m'avoient commandé de recouvrer, le plus tost que je pourrois, la responce qu'elle voudroit fère à leurs lettres, et de procurer qu'elle la leur fît si clère, sur la réalité de leur offre, qu'il n'y peût rester aulcune ambiguyté, je la supplioys bien humblement me donner moyen de leur bien satisfère.
Elle a respondu qu'elle trouvoit bon de me bailler ses lettres, et de me toucher encores quelque mot de ce qu'elle manderoit dedans; c'est qu'elle estoit en peyne de ce que la Royne, vostre mère, avoit estimé mal honnorable que Monseigneur le Duc vînt icy sans assurance de mariage, et que néantmoins, sans l'avoyr eu, elle offroit maintenant l'y laysser venir; dont desiroit estre satisfaicte de la diversité de l'occasion, et estre bien assurée que, au cas que le mariage ne peût succéder, que Mon dict Seigneur le Duc n'en sentiroit pourtant aulcune offance en son honneur, ny n'en viendroit aulcune diminution en vostre mutuelle amityé; et que, ce faict, s'il plaisoit à Mon dict Seigneur le Duc de passer en ce royaulme, il y seroit le très bien venu, et elle mettroit peyne de l'honnorer sellon sa grandeur et sellon celle de vostre couronne d'où il estoit, comme s'il fût ung empereur, et, aultant qu'il seroit en elle, et en toutz ses moyens, et de ceulx de son royaulme, de le pouvoir mieulx fère; et que, des seuretés, oultre que Voz Majestez n'en debvoient nullement doubter, elle les bailleroit si bonnes et si grandes comme je les voudroys demander; et qu'on luy avoit bien voulu fère remarquer, en ceste offre de l'entrevue, que ce n'estoit sinon après la prinse de la Rochelle, et que, si la Rochelle n'estoit prinse, l'on ne luy offroit rien, ou bien que, puis après, l'on se mocqueroit, possible, d'elle, mais qu'elle considéroit bien que cella estoit plus procédé de l'affection que Voz Majestez avoient à la réduction de ceste place, que non pour mettre, de vostre part, aulcung retardement au propos.
Je luy ay répliqué, Sire, qu'à la vérité il n'avoit esté faict mencion de la Rochelle, sinon parce que Monseigneur le Duc n'avoit peu, avec son honneur, parler aultrement, ny laysser ceste entreprinse de guerre, qui touchoit grandement à voz affères et à la réputation de Monsieur, et à la sienne mesmes, pour venir à une aultre entreprinse, qui estoit pleyne de tout plésir et contentement; et, quand au doubte, dont elle desiroit estre satisfaicte, premier que déclarer sa volonté sur l'entrevue, qu'il n'estoit besoing d'attendre plus grand esclarcissement que celluy qui apparoissoit assez de ce qu'après une tant expresse protestation, qu'elle vous avoit faicte en cella, Voz Majestez n'avoient layssé de luy offrir l'entrevue; et qu'elle debvoit excuser l'affection maternelle qui avoit faict desirer à la Royne, premier que d'envoyer son filz, de pouvoir mettre ung peu plus de seureté en son affère que les difficultez, que le Sr de Walsingam luy avoit proposé de la religion, ne luy permettoient d'en prendre, lesquelles difficultez sembloient estre ung refus; et que je luy voulois dire tout librement que, si Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, sçaviez certaynement ou pensiez qu'elle deût refuzer Mon dict Seigneur le Duc, qu'en nulle façon du monde vous luy permettriez d'y venir, mais que, sur ce qu'elle m'avoit dict qu'elle n'estoit si maulvayse ny si desloyalle qu'elle eût voulu mettre en avant la dicte entrevue, en intention de le refuzer, ains pour l'épouser de bon cueur, s'il plaisoit à Dieu qu'ilz se peussent complayre, et qu'elle vouloit résoluement se marier, vous luy aviez consenty qu'il la peût venir voyr; et pourtant je la supplioys de remettre maintenant, sans aulcune condicion, à Voz Majestez Très Chrestiennes et à luy, d'accomplir son voyage, quand vous verriez qu'il luy seroit commode et honnorable de le fère.
Sur cella elle m'a respondu qu'elle avoit bien cognu, par les propos de messire Walsingam, que la Royne, vostre mère, avoit prins pour chose arrestée ce qu'il luy avoit seulement dict par manyère de devis, du faict de la religion, de Monseigneur le Duc, qu'il se debvoit contenter de la liberté de conscience sans aulcung exercice privé ny externe de sa dicte religion, mais elle avoit tousjours prétandu que cella seroit réservé entre eulx deux; et que, de la déclaration que je vous avoys mandée, qu'elle se vouloit marier, et qu'elle n'avoit intention de refuzer Mon dict Seigneur le Duc, s'ilz se pouvoient complaire, qu'elle estoit très vraye, néantmoins qu'elle desiroit bien fort pouvoir estre esclarcye du doubte que la Royne, vostre mère, avoit eu de l'honneur de luy, bien que, sur les raysons que je venois de lui déduyre là dessus, lesquelles luy sembloient fort considérables, elle y penseroit encores, premier que d'escripre ses lettres, et que je pourrois, quand je traicterois avec ses conseillers des aultres deux poinctz, leur parler aussy de cestuy cy.
Et me licenciant ainsy de la dicte Dame avec plusieurs aultres bien honnestes parolles, elle commanda à milord trézorier, au comte de Sussex et mestre Smith, qui estoient là présentz, de conférer à loysir avecques moy. De laquelle conférance, Sire, après que les choses ont esté débatues, de chacun costé, aultant avant qu'il s'est peu fère, et dont le Sr de Vérac est intervenu en celles qui concernoient l'Escoce, iceulx du conseil ont volu encores rapporter le tout à leur Mestresse. Et, depuis, s'en est ensuivy que la dicte Dame a faict, quand à l'entrevue, la responce qui est contenue ez lettres qu'elle escript à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc, et qu'elle a mandé au pays d'Ouest de n'aller pas ung à la Rochelle, ou que ce sera à leur damp, et qu'elle a fait expédier passeport au Sr de Vérac jusqu'à Barvic, où luy et le Sr de Sabran se sont desjà acheminés, affin que, si l'on faict difficulté à l'ung, l'aultre puisse passer en Escoce. Et sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de may 1573.
CCCXIXe DÉPESCHE
--du XXVIIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Motifs qui ont déterminé la réponse d'Élisabeth au sujet de l'entrevue demandée.--Nouvelles d'Écosse.
AU ROY.