Part 25
Sire, ung messager est venu, du quartier d'Ouest, qui assure que le comte de Montgommery s'est ambarqué, le XVIe du présent, à Plemmue. Il est allé par mer jusques à Falmue, qui est à la poincte de Cornoaille, pour, de là en hors, fère voyle à l'Isle Dieu, où il prétend de recueillir toutz ses vaysseaulx. Je n'ay aultres nouvelles d'Escoce, depuis mes précédantes, du XVIIe de ce moys, sinon que de la part de ceulx qui ont suivy le party de la Royne d'Escoce, qui mènent quelques praticques en faveur de ceulx du chasteau de Lillebourg pour les fère comprendre dans l'accord; que le comte de Rothes a esté devers eulx dans la place, et que le cappitaine Granges a offert de la luy remettre en ses meins, ou bien ez meins de celluy que ceulx de la noblesse nommeront, en luy baillant néantmoins, premier qu'il s'en descharge, une bonne somme de deniers contantz pour s'acquicter des grandz debtes qu'il a faictz pour la fournyr et conserver durant le temps qu'il en a esté cappitaine, en luy baillant aussy le chasteau de Blacnes pour sa seureté, et pour celle aussy de ceulx de son party. De quoy il n'y a encores rien de faict, et m'a l'on dict que les trèze centz harquebusiers, que la Royne d'Angleterre avoit faictz approcher vers ces quartiers là pour les envoyer au comte de Morthon, lesquelz, à la vérité, ont esté jusques sur la frontyère d'Escoce, s'en estoient retournés; ce que, si ainsy est, Sire, elle a voulu monstrer de n'aller poinct contre la protestation que je luy ay faicte, et à ceulx de son conseil, de n'y envoyer poinct de forces s'ilz ne vouloient enfraindre le traicté. Néantmoins l'on continue de m'advertyr qu'elle passera oultre à fère passer les dictz harquebousiers et l'artillerye pour forcer ou pour intimyder ceulx du dict chasteau, s'ilz ne viennent à composition. Et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'apvril 1573.
CCCXIVe DÉPESCHE
--du XXVIe jour d'apvril 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Nouvelles du comte de Montgommery.--Affaires d'Écosse.--Mise en liberté de lord de Lumley et des sirs Thomas et Edouard de Stanley.--Le comte de Soutampton retenu à la Tour.--Nouvelles arrivées à Londres des succès remportés par les protestans de la Rochelle.
AU ROY.
Sire, jusques au XXIIe du présent, le partement du comte de Montgommery n'a esté bien sceu en ceste court, mais, ce matin là, il est arrivé ung courrier du Ouest qui assure de l'avoyr veu à la voylle, le XVIe auparavant, hors du port de Falammue, avec le nombre de vaysseaulx que je vous ay desjà mandé. Je sçay bien, Sire, que le Sr de Walsingam vous aura parlé de ceste expédition, sellon qu'on luy a escript d'icy ce qu'il auroit à vous en dire; dont je desire bien entendre la vertueuse et prudente responce que Voz Majestez luy auront faicte, affin que je la suive par deçà. Je voys bien que ceulx cy mettent à exécution les dellibérations qu'ilz avoient prinses en une leur assemblée de conseil, qui a esté tenue au commancement de ce moys; et, suivant icelles, ilz layssent aller ceste flotte du comte de Montgommery en France, et layssent couler en Flandres, nonobstant le dernier accord, le secours qu'ilz avoient promis au prince d'Orange: et ne fays aussy doubte qu'ilz n'envoyent en Escoce les trèze centz hommes et les douze pièces de batterie, que le comte de Morthon attand d'eulx; car j'entendz que le capitaine Granges demeure fermement opiniastre de ne quicter le chasteau de Lillebourg, que premièrement l'on ne luy ayt fourny contant vingt mille livres d'esterlin, qui sont soixante six mille sept centz soixante quinze escus, et qu'on l'ayt mis en possession du chasteau de Blacnes pour la seureté sienne et des siens.
Le conseil, ces jours passez, a vacqué à l'examen de ces seigneurs catholicques, qui estoient dans la Tour, dont milord Lommeley, les sires Thomas Standley, Edouard Standley, Gérard, et aultres, sont remis en liberté, bien que encores soubz quelque guarde; mais le comte de Surthampton, ayant esté mené en la présence du dict conseil, après avoyr esté ouy, je ne sçay pour quelle occasion, plus que les aultres, a esté ramené dans la Tour. Sur ce, etc.
Ce XXVIe jour d'apvril 1573.
Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr que, de Roan, est arrivé ung advis en ceste court, comme la nuict, du VIIe de ce moys, ayant Monsieur voulu fère donner une camisade à ceulx de la Rochelle, les siens y ont esté repoulsés, avec la perte de troys centz gentilshommes, et que Mr de Guyse et le Sr Strossy y ont esté blessés à la mort, et pareillement y ont esté blessés Mr le marquis Du Mayne et Mr de Nevers, l'ung au bras, et l'aultre à la jambe; et que, à Bordeaux et en la Gascoigne, y a quelque révolte, que Vostre Majesté a esté contreincte d'y envoyer des forces. Qui sont nouvelles qui convyeroient les Angloys, si elles estoient vrayes, de favorizer encores davantage l'entreprinse du comte de Montgommery; dont je desire leur pouvoir fère bientost voyr tout le contrayre.
CCCXVe DÉPESCHE
--du premier jour de may 1573.--
(_Envoyée jusques à la court par Jacques Laurent._)
Audience.--Détails sur l'expédition du comte de Montgommery.--Résolution des Anglais d'envoyer des troupes en Écosse pour réduire Lislebourg.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Perte essuyée par les troupes royales à l'assaut de la Rochelle.--Accord des Vénitiens avec les Turcs.--Vives plaintes du roi contre les secours donnés à la Rochelle, et la conduite tenue par Élisabeth, tant à l'égard de l'Écosse que de la négociation du mariage.--Explications données par la reine d'Angleterre.
AU ROY.
Sire, ainsy que Jacques, le courrier, est arrivé avec les lettres de Vostre Majesté, du XXIIIe du passé, j'estois tout prest d'aller trouver ceste princesse sur l'occasion de vostre précédante dépesche, du XXIe auparavant; et m'a semblé que je ne debvois, pour les segondes lettres, changer rien de ce que j'avoys à dire à la dicte Dame sur les premières, estant mesmement bien adverty qu'elle, et ceulx de son conseil, ne sçavoient comment prendre le contremandement de monsieur de Walsingam; et que, d'ailleurs, l'on leur faysoit accroyre que Monsieur, frère de Vostre Majesté, avoit perdu presque toute la noblesse, qu'il avoit avecques luy, en ung assault qu'il avoit faict donner à la Rochelle, le VIIe du dict moys: qui estoient deux choses, dont l'une pouvoit beaucoup irriter la dicte Dame, et l'aultre l'animer à quelque entreprinse. A l'occasion de quoy j'ay été trouver la dicte Dame, à laquelle j'ay tenu le propos que verrez dans un mémoire à part.
Il y a plus de trois moys, Sire, que, jour par jour, je vous ay adverty comme cette entreprise du comte de Montgommery s'apprétoit; et vous ay faict sa flotte, et son armement, ung peu plus grandz et plus fortz qu'ilz ne sont, et que, entre le XIIIIe et XXe d'avril, il se présenteroit devant la Rochelle, dont j'espère qu'il n'aura trouvé à y gaigner que force coups et beaucoup de honte. Il luy arryvera encores dix ou douze petitz vaysseaulx, car son nombre, ainsy qu'on m'a rapporté, estoit de soixante et deux, et que, en tout, il y avoit quelque équippage de guerre, mais n'en y avoit que XXII ou XXIII qui fussent de combat, ny d'iceulx sinon cinq ou six qui fussent pour fère grand effort. Et pour le présent, ceste princesse ne faict aulcun aultre préparatif, par mer ny par terre, sauf qu'elle persévère, ainsy que je suis bien adverty, et son parler ne le contredict poinct, de vouloir mander au comte de Morthon le secours qu'elle luy a promis. Et j'entendz que à Barvic s'espéroient, ces jours passés, quelques seigneurs d'Escoce pour ostages et respondantz des canons et monitions qu'on luy envoyera. Si le dict de Montgommery est repoulsé, il y a grande aparance que ceulx cy ne remueront rien plus vers la France, mais, s'il luy succède bien, je creins assez qu'ilz se layssent facillement tirer à y fère quelque entreprinse davantage. Et sur ce, etc. Ce 1er jour de may 1573.
MÉMOIRE.
Sire, j'ay dict à la Royne d'Angleterre que, par vostre dépesche du XXIe du passé, Vostre Majesté me commandoit de fère deux offices vers elle: l'ung, de luy donner compte d'aulcunes choses, et l'aultre, de luy fère pleincte de quelques aultres, et que, en l'une et en l'aultre, Vostre Majesté monstroit une si expresse signiffication d'amityé et de bienveillance vers elle, que je m'assurois qu'elle prendroit le tout de fort bonne part. Et là dessus je luy ay particullarisé le contantement que ses deux ambassadeurs, l'ung prenant son congé, et l'autre entrant en sa charge, vous avoient toutz deux donné des bons et honnorables propos qu'ilz vous avoient tenus, touchant l'observance des traictés et la continuation de la ligue; et que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, leur aviez bien faict cognoistre que, en tout tant de princes qu'il y avoit au monde, elle ne trouveroit jamays tant de bonne correspondance comme en vous et en ceulx de vostre couronne: car vostre naturel estoit, encor que nul proufit vous deût jamays revenir de son amityé, de l'aymer tousjours néantmoins parfaictement, et que vous ne cesseriez de luy vouloir toutjour beaucoup de bien jusques à ce que vous apercevriez, à bon esciant, qu'elle vous voulût beaucoup de mal;
Et me commandiez aussy de luy compter comme vous espériez de brief la réduction de la Rochelle, vous ayant Monsieur escript qu'il estoit dellibéré, après ce premier assault[18], lequel ne luy avoit du tout bien succédé, (et auquel, à la vérité, il avoit fait perte de quelques ungs, mais non en grand nombre, ny de gens de nom, sinon le jeune Sr de Clermont Tallard et le cappitaine Causeings,) d'y fère ung segond effort si bon et si grand, et presser si vifvement les assiégés qu'il en viendroit bientost à bout; et que Vostre Majesté luy avoit envoyé les Suysses qui pouvoient estre desjà arrivez au camp.
[18] Ce premier assaut, dans lequel les catholiques perdirent plus de 300 hommes, fut donné le 6 avril 1573. Le jeune Clermont Tallard y reçut une blessure dont il mourut; Caussens fut tué, le 18, dans la tranchée.
Et luy ay, après cella, touché quelque mot de l'accord des Vénitiens avecques le Turcq, pour luy fère voyr qu'elle avoit esté mal persuadée de croyre que fussiez intervenu en aulcun marché, au préjudice d'elle, dans la ligue qu'ilz avoient faicte avecques le Roy d'Espaigne et le Pape. Puis, luy ayant récité l'accidant du vaysseau angloys qui avoit esté combatu et mené à Fescamp, et l'ordre que Vostre Majesté avoit donné de le fère dellivrer et de satisfère à tout le dommage qu'il avait souffert, et que, jusques à ung poil, vous vouliez exactement observer le traicté de la ligue, j'ay finy en cest endroict mon premier propos.
Et suis venu au segond, de la pleincte: sur lequel je luy ay dict que je me trouvois en peyne comme bien uzer sur tout ce que me commandiés de luy en dire, car m'appelliés à tesmoing, et je vouloys bien rendre ce tesmoignage à Vostre Majesté et à la Royne vostre mère, que, en tout ce que j'avoys jamays cogneu de vostre intention vers la dicte Dame, toutz deux l'aviez eue très bonne et droicte, et fondée en une perdurable amityé vers elle; mais que je ne sçavois par quel accidant elle ne s'estoit jamays entretenue ung moys entier, sans entrer en quelque souspeçon ou meffiance de Voz Majestez: ce qui avoit engardé et engardoit encores que, de son costé, ne se peût former une si assurée intelligence, entre vous et voz deux royaulmes, comme Voz Majestez Très Chrestiennes, et, possible, elle mesmes, le desireroient, et qu'elle vous avoit mis à ne sçavoyr que espérer de son intention;
De tant que, en lieu de vous secourir sellon le traicté, et sellon son sèrement, et sellon la promesse qu'elle vous en avoit faicte de sa mein, vous voyez maintenant aller de son royaulme le secours à voz ennemys; et, en lieu de procurer conjoinctement, par voz communs ambassadeurs, la paix en Escoce, elle engardoit que celuy de Vostre Majesté n'y peût passer, et envoyoit des forces au dict pays, quand elle les debvoit dans quarante jours retirer, si elle en y avoit, ainsy qu'elle avoit juré de le fère; et, touchant le propos de Monseigneur le Duc, qu'elle avoit monstré de ne prendre de bonne part la bonne et vertueuse responce que la Royne, vostre mère, avoit faicte au Sr de Walsingam. Qui estoient trois inconvénientz que Voz Majestez Très Chrestiennes avoient imaginé que pouvoient procéder de ce que la dicte Dame n'estoit parfaitement bien informée de vostre intention, et comme véritablement vous l'aviez bonne et entière vers elle, ny pareillement de celle de Monseigneur le Duc, lequel vous avoit supplyé, par ses lettres, d'en esclarcir Mr de Walsingam, premier qu'il s'en retournât.
Sur quoy Vostre Majesté avoit bien voulu, pour ces troys occasions, mander au dict Sr de Walsingam, et pareillement au Sr docteur Dayl, de vous venir toutz deux retrouver, encor qu'il eût desjà prins congé. Et cepandant vous estoit arrivé la nouvelle comme le comte de Montgommery estoit venu, avec cinquante vaysseaulx, mouiller l'ancre à la portée du canon de vostre armée de mer devant la Rochelle, le XIXe du passé, à quatre heures du soyr, chose de quoy Monsieur ne s'estoit mis en peyne, car avoit pourveu que le dict de Montgommery n'en peût rapporter que honte et dommage; néantmoins que cella vous venoit à regret d'entendre que la Primeroze, et aultres vaysseaulx de la dicte Dame, et ceulx de Hacquens, et autres de ses subjectz, fussent en la flote, et eussent incontinent arboré les enseignes et les croix rouges, comme si elle vous eût dénoncé la guerre. De quoy, à mon advis, Vostre Majesté feroit une fort grande pleincte à ses ambassadeurs, et je la suppliois aussy de me dire qu'est ce que j'avoys à vous y respondre.
La dicte Dame, se trouvant pour une partie du propos en assez de satisfaction, et en beaucoup de perplexité pour l'autre, m'a dict qu'elle vouloit joindre son contantement à celluy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez prins des propos qu'elle avoit commandé à ses ambassadeurs de vous tenir, et qu'elle vous confirmoit de rechef fort fermement tout ce qu'ilz vous avoient dict, de la persévérance de son amityé et de l'observance du traicté, et que vous ne verriez jamais rien sortir de son costé, d'où vous n'eussiez occasion de luy continuer à jamays vostre perpétuelle bienvueillance; qu'elle souhaytoit ung si bon succès à Monsieur, frère de Vostre Majesté, qu'il vous peût en brief recouvrer l'obéyssance de ceulx de la Rochelle, et leur fère voyr à eulx que vous leur vouliez estre prince débonnayre et clément, et qu'elle regrettoit bien fort que vous fussiez en ceste nécessité, de fère combatre ainsy voz subjectz les ungs contre les aultres, avec une si grande perte comme elle avoit entendu, en ce dernier assault, des meilleurs et plus vaillantz de vostre royaulme; dont desiroit que Vostre Majesté et la prudence de la Royne, vostre mère, y peussiez trouver quelque bon remède; qu'elle réputoit sages les Vénitiens, de s'estre mis en paix, bien creignoit que le Turc s'en prévalût davantage contre la Chrestienté, de quoy elle seroit marrye, mesmement s'il en advenoit quelque dommage à l'Empereur, et qu'à la vérité elle avoit eu occasion de tenir jusques icy assez suspecte la ligue qui avoit esté faicte pour ceste guerre, dont verroit, à ceste heure, ce qui en succèderoit; et qu'elle vous remercyoit grandement du soing, qu'aviez eu, de pourvoyr au faict de ce vaysseau anglois qui avoit esté mené à Fescamp; et qu'elle, de son costé, continueroit de pourvoir aussy à la conservation et indempnité de voz subjectz, aultant qu'il luy seroit possible:
Et, quand aulx troys chefz de pleincte que je luy avoys déduictz, elle s'assuroit fort, pour le regard des deux premiers, que ses ambassadeurs vous y avoient très amplement satisfaict, si ses lettres là dessus n'avoient esté perdues, et qu'elle prenoit, sur l'obligation de sa conscience et de la foy qu'elle avoit à Dieu, de ne préjudicier, ny du costé de France, ny du costé d'Escoce, de la largeur d'une ongle, à la teneur du traicté et de la ligue qu'elle avoit avec Vostre Majesté; et que, si la creincte de Dieu et l'escrupulle de son sèrement, et l'amityé qu'elle porte aux princes ses voysins, n'eussent esté trop plus grandes, que les moyens et occasions de s'agrandir et de s'accroistre ne luy ont deffally, et pourroit estre comptée aujourdhuy au reng des plus grandz conquéreurs;
Dont ne doubtoit que, pour vostre regard, Sire, vous ne l'eussiez bien cognu, et que ne la réputissiez pour vostre parfaictement bonne seur, dont ne desiroit sinon que, si ung semblable accidant, d'avanture, luy survenoit, qu'elle vous y peût expérimanter de mesmes son bon frère; que les jalousies ne deffailloient jamays à ceulx qui avoient à garder quelque estat, et qu'elle, qui n'avoit ny mary, ny lignée, ny aparant successeur, debvoit estre plus jalouse que nul autre du sien, mesmement qu'elle sçavoit que Vostre Majesté faysoit divers fondementz sur elle et sur la Royne d'Escoce, pour vous apuyer des deux costez, et garder, en tout évènement, l'intelligence de ce royaulme; mais c'estoit en vain, car ceulx de ce royaulme mettroient plustost en pièces la Royne d'Écosse que de la laisser régner sur eulx après elle:
Qu'elle avoit beaucoup d'obligation à Voz Majestez, et à Monseigneur le Duc, pour vostre persévérance au propos du mariage, lequel sembloit néantmoins que l'aviez voulu terminer et finir par vostre dernière responce, et que si, pour les troys occasions susdictes, vous aviez contremandé le dict Sr de Walsingam, elle desiroit qu'il vous y peût bien satisfère.
Au regard de l'arrivée du comte de Montgommery à la Rochelle, et de toutes ces choses que, par une partie de vostre lettre, laquelle je luy avoys leue, Vostre Majesté me commandoit de luy remonstrer, elle me promettoit et juroit, en foy et parolle de princesse chrestienne et véritable, que, en toute sa flote, il n'y avoit ung seul homme, ny ung seul vaysseau, ny pour ung escu d'aulcune sorte d'armement, qui fût provenu d'elle, ny de sa permission ou commandement; et que la Primeroze, plus d'ung an a, n'estoit du nombre de ses vaysseaulx, et qu'elle ne pensoit qu'ung seul gentilhomme angloys, si n'estoit, possible, son beau filz, fût avecques le dict de Montgommery; et qu'il avoit esté contreinct de ramasser ce qu'il avoit peu, de vaysseaulx et d'hommes, françoys et flammantz, pour exécuter son entreprinse; et qu'elle avoit veu des lettres que le dict de Montgommery avoit escriptes à quelques ungs de sa court, par où il se pleignoit amèrement d'avoyr esté mal traicté et fort trompé des Angloys; et, quand avoyr arboré les croix rouges, ce n'estoit chose que les navyres marchandz n'eussent accoustumé de fère en temps suspect; par ainsy qu'elle vous prioit de croyre que, en tout cella, il n'y avoit rien de sa coulpe, et que Vostre Majesté trouveroit estre véritable ce que son ambassadeur avoit eu charge de vous en dire.
Je n'ay manqué de réplicquer, par le menu, à chacun poinct de son dire, et à toutes ces souspeçons; et luy ay dict, sur ce dernier, que vous la priez bien fort qu'elle mesmes voulût juger en son cueur si ung prince pouvoit estre si peu sensible que, en l'offançant, et luy faysant beaucoup de mal, l'on peût retenir et conserver son amityé.
Elle est retournée, là dessus, à me parler en si expéciaulx termes de sa bonne intention, et de la certayne et indubitable bonne affection qu'elle avoit à Voz Majestez et à la conservation de vostre grandeur, et m'a tant conjuré de vous escripre de bonne sorte ce qu'elle m'avoit dict de sa justiffication en cest endroict, qu'elle a bien monstré de ne me vouloir renvoyer malcontant.
CCCXVIe DÉPESCHE
--du VIIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Audience.--Retraite du comte de Montgommery de devant la Rochelle.--Déclaration du roi touchant les affaires d'Écosse.--Consentement donné par le roi à l'entrevue avec le duc d'Alençon, qui desire passer en Angleterre après la réduction de la Rochelle.--Explications données par la reine sur sa conduite à l'égard de l'Écosse.--Satisfaction qu'elle éprouve de la résolution prise par le duc d'Alençon.--Nouvelle de la prise de Belle-Isle par le comte de Montgommery.
AU ROY.
Sire, si je n'eusse bien assuré à la Royne d'Angleterre que Vostre Majesté n'avoit contremandé son ambassadeur que pour davantage l'esclarcyr, premier qu'il repassât la mer, de tout ce qu'aviez à desmeller avecques elle, affin que, quand il seroit par deçà, il la peût parfaictement assurer de l'indubitable volonté de Voz Majestez Très Chrestiennes vers l'observance du traicté, et du desir qu'avez, plus grand que jamays, que le bon propos d'entre elle et Monseigneur le Duc s'effectue, elle eût facillement creu que ce n'estoit pour une si gracieuse occasion comme celle là qu'il eût esté arresté; et n'en a peu perdre du tout le doubte jusques à ce que le Sr de Vassal est arrivé, le premier de ce moys, avec vostre dépesche, du XXVIe du passé, et l'homme du dict sieur ambassadeur, troys jours après, avec celle du XXIXe.
Sur lesquelles deux je suis allé dire à la dicte Dame que Vostre Majesté sçavoit ung bien fort bon gré à son dict ambassadeur de ce qu'il n'avoit refuzé la peyne de retourner tout incontinent et bien fort volontiers vers vous, et qu'il ne tarderoit guyères d'estre devers elle, et de luy apporter beaucoup de satisfaction des choses que luy aviez déduictes en ceste dernière conférance; de sorte qu'elle cognoistroit n'y avoyr princes en toute la Chrestienté, qui eussent mieulx mérité de l'amityé d'elle que Vostre Majesté, la Royne, vostre mère, et Messeigneurs voz deux frères, et qu'il ne se pourroit imaginer nul plus grand, ny plus énorme péché, que de la fère mal espérer de la vostre, et de l'induyre à permettre quelque effect qui vous peût offancer; et que cependant me commandiez de luy racompter ce qui avoit succédé de l'exploit du comte de Montgommery devant la Rochelle, et comme, par l'espace de deux jours, qu'il s'estoit tenu devant la ville, il avoit faict son effort de mettre du secours dedans, et d'atacher quelque combat de mer, mais, voyant que la prévoyance et pourvoyance de Monsieur avoient remédyé à son entreprinse, il s'estoit, l'aultre jour après, envyron la marée de minuit, getté au large, et avoit reprins la mesmes route qu'il estoit venu; et qu'aussytost que Vostre Majesté avoit sceu son départ, vous aviez mandé aulx gouverneurs de voz provinces que, nonobstant que des vaysseaulx et des enseignes d'Angleterre eussent été veues avecques luy, qu'on ne layssât pourtant de bien recepvoyr partout les Angloys, parce que vous demeuriez persuadé qu'elle n'avoit eu intelligence du faict du dict de Montgommery, ny n'avoit aulcune male volonté contre vous, ny contre voz subjectz; et la suplioys que, pour ce tant singullier tesmoignage de vostre bienvueillance vers elle, elle voulût, après cest acte d'hostillité du dict de Montgommery, juger ainsy de luy comme d'ung qui s'estoit efforcé de se déclarer ennemy et rebelle de Vostre Majesté; et que, de tant qu'il estoit allé contre le traicté de la ligue, et contre la seureté qu'elle avoit prins de luy qu'il n'y feroit poinct de préjudice, qu'elle voulût contremander ceulx de ses subjectz qu'il avoit avecques luy, et fère retirer les vaysseaulx angloys qu'il avoit à sa suyte, et deffandre que nulz aultres, dorsenavant, eussent à favorizer ses entreprinses;