Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 24

Chapter 243,670 wordsPublic domain

Au regard de l'entrevue, que Voz Majestez ne la luy vouloient aulcunement refuser, et permettriez très volontiers à Monseigneur le Duc qu'il se satisfît soy mesmes du grand desir qu'il avoit de la voyr, aussytost qu'il pourroit apparoir de quelque seureté; que ce n'estoit pour le refuser, ains pour accepter les vertueux et généreulx desirs qui le faysoient aspirer à ses bonnes grâces, que son intention estoit qu'il vînt par deçà; et que vous vous contanteriez qu'elle vous en baillât l'assurance en telle et si secrette façon qu'elle voudroit, par articles signés entre Voz Majestez seulement, ou par une lettre qu'elle pourroit respondre à celles que Voz Majestez, à cest effect, luy en escriproient; et qu'elle pouvoit considérer que, oultre l'opinyon qu'on pourroit prendre que Voz Majestez fussent mal fondées en leurs consciences, et réputassent Monseigneur le Duc de l'estre mesmes, et peu révérantz toutz troys à Dieu, si l'envoyez doubteux et incertein de pouvoir avoyr sa religion par deçà, il y couroit encores le hazard du refus, lequel engendreroit ung perpétuel crèvecueur à luy et ung regret par trop grand à Voz Majestez, de luy avoyr veu recepvoyr ceste honte et ce déplaysir;

Que vous confessiez bien que la grandeur d'elle et ses excellantes perfections méritoient bien que Monseigneur le Duc et ceulx qui pourchassoient pour luy la vinssent rechercher, et luy déférassent toutz les advantages qu'il seroit possible, et qu'elle le peût avoyr agréable, si elle le debvoit espouser, et, possible aussy, que luy, de son costé, monstrât qu'il se complésoit d'elle, parce que nul mariage peût estre bon sans correspondance d'amityé; mais que, pour le regard du premier, Voz Majestez y vouloient entièrement satisfère, aussytost qu'il vous pourroit apparoir quelque peu de seureté, et ne faudriez de fère incontinent passer Monseigneur le Duc, accompaigné des plus solennels ambassadeurs que vous pourriez, vers elle, pour la requérir et pour traicter du mariage, comme si jamays n'en eut esté parlé; quand à luy estre Monseigneur le Duc agréable, que vous espériez et vous assuriez fort qu'il le seroit, si prince desoubz le ciel le pouvoit estre; car il estoit bien nay, d'une très belle disposition et taille, et aultant accomply en excellentes et vertueuses qualités qu'il se pouvoit desirer; et, quand à se complère luy d'elle, elle mettoit en plusieurs sortes ce poinct hors de tout doubte, oultre qu'elle auroit les promesses de Voz Majestez et la sienne, et luy mesmes entre ses meins, dont ne tenoit plus qu'à elle seule qu'elle ne se rendît tout maintenant dame et mestresse de ce grand bien.

La dicte Dame, après avoyr ung peu pensé, m'a, d'une fort bonne et modeste façon, respondu qu'elle vouloit tousjours remercyer le Roy et Vostre Majesté du bon desir que monstriez avoyr à son alliance, et de l'honnorable pourchas que continués d'en fère, et de ce que, toutz deux, aviez mis peyne de chercher ung expédiant sur la principalle difficulté, qui estoit celle de la religion; mais qu'il sembloit que, sur l'aultre, qui estoit de l'entrevue, vous y aviez, Madame, trouvé ce dont elle vous avoit tousjours requise, que ne la voulussiez consentir, si jugiez qu'il y eût tant soit peu de chose mal honnorable pour Monseigneur le Duc; et qu'il luy sembloit que Vostre Majesté avoit fort bien réduict l'affère au poinct où il la falloit proprement délaysser: car, après vous avoyr faict entendre qu'elle avoit résolu de ne s'obliger jamays à aulcun mariage qu'elle n'eût veu celluy qu'elle espouseroit, et Vostre Majesté estant résolue que Monseigneur le Duc ne passe icy, sans qu'elle vous ayt promis de l'espouser, c'estoient deux résolutions si contrayres l'une à l'aultre, qu'il ne luy restoit sinon de mander à son ambassadeur de n'en parler plus, et à moy de me prier que je vous voulusse assurer, de la part d'elle, qu'elle n'avoit esté si meschante ny si desloyalle, après vous avoyr faict déclairer qu'elle se vouloit résoluement marier d'ung bon et grand lieu sellon elle, qu'elle eût faict proposer à Voz Majestez l'entrevue de Monseigneur le Duc et d'elle, en intention de vous offancer toutz troys en le refuzant, ains de l'espouser de bon cueur, s'il eût pleu à Dieu qu'ilz se fussent compleus l'ung de l'aultre, et qu'elle verroit ce que, sur la dépesche du gentilhomme que je vous avoys naguyères envoyé, vous m'en respondriez; qui toutesfoys ne sçavoit si elle debvoit plus consentir la dicte entrevue, puisque Vostre Majesté y voyoit du danger; car avoit tousjours estimée que le poinct de la religion pourroit estre très honnorable à l'ung et à l'aultre, s'il advenoit, par quelque occasion, que le dict mariage ne peût succéder.

Je n'ay fally de remonstrer à la dicte Dame combien vous aviez de justes occasions de requérir ceste secrette seureté, et de n'azarder le voyage de Mon dict Seigneur le Duc, sans plus de fondement de bonne espérance qu'elle ne vous en avoit encores donné, et qu'elle debvoit laysser conduyre ce mariage en la façon accoustumée des princes, par ambassadeurs et ministres; mais elle est demeurée ferme au poinct de l'entrevue, et d'attandre ce que me manderez par le Sr de Vassal.

Sur quoy m'estant gracieusement licencié de la dicte Dame, Mr le comte de Lestre m'est venu demander où j'en estoys demeuré avec elle; et je le luy ay particullièrement récité: lequel m'a dict qu'il y avoit de la rayson des deux costés, et qu'il en vouloit aller, sur l'heure mesmes, parler avec elle, et que, le jour après, il viendroit à Londres, où milord trézorier estoit, pour en conférer toutz deux avecques moy; comme il a faict, bien que, après avoyr, eulx deux, esté quelque temps ensemble, il n'a heu loysir davantage d'attandre, et le propos a esté seulement entre le dict milord et moy. Lequel m'a dict que, sellon troys choses, que le Sr de Walsingam avoit recuillies de voz propos, la Royne, sa Mestresse, et eulx avoient prins quelque conjecture que Vostre Majesté ne vouloit poinct le dict mariage; la première estoit le refus de l'entrevue, après l'avoyr d'aultrefoys voulue, et après avoyr offert, Vostre Majesté mesmes, d'y venir, qui estoit ung trêt qu'il estimoit non guyères dissemblable à celluy du premier propos, pour fère que la dicte Dame se trouve tousjours refuzée; la segonde est le party que Vostre Majesté a dict avoyr en mein pour Monseigneur le Duc, si n'estiez bientost respondue d'estuy cy; et la troysiesme, la commémoration qu'avez faicte de la Royne d'Escoce, comme le Sr de Vérac avoit charge de relever son party en Escoce, bien que vous fussiez depuis corrigée, quand le dict Sr de Walsingam vous avoit dict que le traicté portoit qu'il ne seroit poinct parlé d'elle.

Aulxquelles troys choses j'ay mis peyne de satisfère si bien au dict milord, qu'il a bien veu que la vérité surmontoit les dictz argumentz, et que le Roy et Vous, Madame, et Monseigneur le Duc, et toutz ceulx de vostre couronne, aviez une très droicte, très certayne et indubitable, bonne intention au dict mariage, et qu'il estoit desjà tout résolu de vostre costé, et le poinct de la religion entièrement esclarcy.

Il m'a réplicqué que, puisque Monseigneur le Duc estoit de si belle disposition, et de belle taille, et avoit de si belles et vertueuses qualitez, comme je disoys, pourquoy est ce que Vostre Majesté creignoit l'entrevue, car me pouvoit jurer, devant Dieu, qu'il ne voyoit aultre dellibération en sa Mestresse que de se marier pour satisfère à ses subjectz, et servir à la nécessité du temps; et qu'elle ne s'arresteroit poinct à la couleur du visage; et le faict de la religion se pourroit assez bien accomoder entre eulx, sellon ce qui en estoit desjà proposé; mais qu'elle estoit entièrement résolue de voyr celluy qu'elle espouseroit, fût ce le plus grand prince de la terre, premier que de luy promectre mariage; et qu'il sçavoit bien certaynement que ce n'estoit en intention de refuzer Mon dict Seigneur le Duc, qu'elle demandoit l'entrevue, ains pour l'espouser, si Dieu vouloit qu'ilz se peussent complère. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour d'apvril 1573.

MÉMOIRE AU ROY.

Sire, je suis allé trouver la Royne d'Angleterre, et, après l'avoir fort grandement mercyée, ainsy qu'il vous plaisoit me commander de le fère, de ce qu'elle avoit envoyé réprimer les pirates, et de ce qu'elle avoit faict rendre à voz subjectz ce qui avoit esté recoux d'eulx, qui leur appartenoit, et singullièrement de ce qu'elle n'avoit layssé au comte de Montgommery, ny à ceulx qu'il avoit praticqués par deçà, toute la faculté et les moyens d'exécuter leur maulvayse volonté et leurs maulvais desseings qu'ilz avoient contre Vostre Majesté; je luy ay dict que, par ung article d'une de voz lettres, vous vous esbahyssiez néantmoins comme j'osoys vous assurer si confidemment, comme je faysois, de la parfaicte amytié d'elle et de l'observance des traictés, là où vous aviez trois argumentz devant les yeulx qui vous donnoient occasion de creindre le contrayre.

L'ung estoit ceste persévérance en laquelle le dict Montgommery continuoit de prendre icy les armes, pour s'aller esprouver sinon contre vostre personne, aulmoins contre celle de Messieurs voz frères, qui estoient campés devant la Rochelle, pour les empescher en la réduction de ceste place à vostre obéyssance, chose que vous ne pouviez en façon du monde bien gouster; le segond, qu'en mesmes temps les marchandz angloys, qui estoient à Roan et ez aultres villes de vostre royaulme, vendoient leurs biens et laissoient à vils prix leurs marchandises pour se retirer à grand haste deçà la mer, pour quelque advertissement qui leur estoit venu d'icy, ou bien du Sr de Walsingam, comme si elle avoit proposé de vous commancer bientost la guerre; et le troisiesme, que le Sr de Vérac, lequel vous envoyez en Escoce, estoit arresté par deçà, bien qu'il fût garny de vostre passeport, et de voz lettres et pacquetz;

Qui estoient troys trêtz, sur lesquelz me commandiez de vous esclarcyr de l'intention d'elle, affin de ne vous trouver surprins de quelque mal, du costé que vous n'espériez que bien; car c'estoient tousjours les plus nuysans coups, ceulx qu'on n'avoit pas préveus: et que, de tant que vous luy renouvelliez et confirmiez de rechef devant Dieu, et sur l'obligation de vostre honneur et de vostre conscience, de luy garder invyolablement la confédération que luy aviez jurée, et d'empescher que vous, ny voz subjectz, ny pas un, vers qui vous eussiez moyen ou puissance, l'enfrennissent à jamais au préjudice d'elle, ny du repoz de sont estat, que vous la priez et l'adjuriez qu'elle voulût uzer de mesmes droictement vers vous; et que, suyvant cella, elle fît cesser l'apareil et les entreprinses du dict de Montgommery, et fît que les marchandz angloys, qui estoient en France, y continuassent doulcement leur commerce, comme ilz avoient accoustumé, et qu'au Sr de Vérac fût baillé son passeport pour continuer le voyage que luy aviez commandé en Escoce.

A toutes lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu que, devant toutes aultres, elle vous prioit de vivre en très parfaicte assurance d'elle, et qu'elle ne vous deffaudra ny d'amityé ny de ligue, ainsy qu'elle le vous a juré, tant qu'elle sera en ce monde, si premièrement vous ne la luy rompés:

Et, quand au faict du comte de Montgommery, qu'elle m'y avoit desjà amplement respondu, et vous y avoit faict satisfère par son ambassadeur, et qu'elle y avoit uzé, du commancement, et continuoit d'y uzer encores, en façon que sa conscience l'assuroit fort que vous sentiés beaucoup plus d'obligation que d'offance d'elle en cest endroict;

Qu'elle feroit commander aulx principaulx marchandz de Londres de continuer, par leurs facteurs, leur commerce en France, comme ilz avoient accoustumé, et de les advertir bien de ne fère, ny dire, chose qui ne soit sellon la bonne intelligence d'entre ces deux royaulmes;

Et, quand au passeport du Sr de Vérac, que j'avoys bien veu, en ma précédante audience, la volonté qu'elle avoit eu de le luy octroyer, mais que, le soyr mêmes, estoit arrivé ung pacquet du comte de Morthon, par lequel il la prioit de ne le laysser poinct passer, estimant que cella pourroit renouveller quelque altération en la bonne paix, où le païs estoit à présent, et par ainsy que je l'excusasse; car, tant s'en falloit qu'elle voulût retarder la dicte paix, que au contrayre elle la vouloit advancer et establir, parce que celle de son royaulme en dépandoit;

Et que, de tant qu'il n'y avoit rien plus que le chasteau de Lillebourg qui l'empeschât, elle me vouloit bien dire, et avoit mandé à son ambassadeur de le notiffier à Vostre Majesté, qu'elle permettoit à ses subjectz, qui sont vers la frontière d'Escosse, d'aller secourir le jeune Roy, son nepveu, à réduyre le dict chasteau à son obéyssance, ainsy que, jouxte les traictés, elle en avoit esté requise par luy et par les Estatz du pays.

J'ay réplicqué, Sire, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez prié le Sr de Walsingam de luy remonstrer qu'elle ne voulût plus estre vostre amye et bonne seur à demy, ains entièrement, comme vous luy vouliés estre vray frère et tout entier amy, à jamais; et que, déposantz toutz deux les jalousies et deffiances d'entre vous, il ne fût plus uzé d'aulcune sorte de simulation, ny de ces façons couvertes, et soubz mein, l'ung vers l'aultre, et que pourtant elle advisât si elle aymoit mieulx, à ceste heure, complayre au comte de Morthon, d'arrester icy le Sr de Vérac, que de satisfère à Vostre Majesté, de luy donner moyen de continuer son voyage; et que je pouvois jurer, suyvant ce que m'aviez escript, qu'il n'avoit commission de fère chose aulcune par dellà que sellon le traicté de la ligue, et de procéder en tout conjoinctement avec son ambassadeur;

Et, quand à mander de ses forces en Escoce, que cella vous osteroit le moyen de vous pouvoir excuser d'y envoyer des vostres, qui aviez jusques icy respondu à ceulx qui vous en avoient pressé, que vous aviez une mutuelle promesse avec elle de n'y envoyer des françoys non plus qu'elle des angloys; et, quoy que soit, je la prioys d'attandre qu'est ce que Vostre Majesté respondroit là dessus à son ambassadeur; car je sçavoys bien que le dernier traicté portoit que, dans quarante jours, l'ung et l'aultre debviez retirer les gens de guerre que pouviez avoyr au dict païs, tant s'en falloit qu'elle y en deût envoyer, et que je ne pouvois fère de moins cepandant que de protester de l'infraction du traicté; mais que je la supplyois de me laysser débattre ce faict avec les seigneurs de son conseil, affin que je luy peusse tenir ung plus agréable propos.

Et là dessus, Sire, je luy ay parlé amplement de l'audience que la Royne vostre mère avoit donné au Sr de Walsingam en vostre gallerie de Fontainebleau, à quoy elle s'est rendue fort attentive; et néantmoins m'a assez faict cognoistre que le dict de Walsingam luy en avoit mandé quelque particullarité qui ne l'avoit bien contantée. Et de tant, Sire, que j'ay mis le récit de cella en la lettre de la Royne, je adjouxteray seulement icy que, ayant depuis débatu les affères d'Escoce avec les dictz du conseil, il me semble les avoyr ramenés à quelque rayson; et m'a esté octroyé que le Sr de Vérac puisse envoyer son homme jusques au comte de Morthon, pour quérir son passeport, si, d'avanture, il le veult bailler.

CCCXIIe DÉPESCHE

--du XVIIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par le Sr Christofle Dumont._)

Nouvelles de la Rochelle.--Reprise du commerce entre l'Angleterre et l'Espagne.--Conférence de l'ambassadeur et de Burleigh sur les affaires d'Écosse.--Fausse nouvelle de la prise de Lislebourg.

AU ROY.

Sire, de tant que le comte de Montgommery faict son embarquement à plus de cent soixante dix mil d'icy, et que celluy, que j'ay envoyé pour le recognoistre, ne revient poinct, ains m'a l'on dict qu'il a esté découvert et qu'on l'a arresté; et que le dict de Montgommery a envoyé se pleindre que je descouvrois beaucoup de ses affères, et les luy traversoys, qui creignoit que ce fût par le moyen du jeune Sr de Pardaillan, l'on m'a observé, et toutz les miens, beaucoup de plus près qu'on ne souloit. Dont ne vous puis mander, pour ceste heure, Sire, sinon la confirmation de ce qu'en avez veu par mes précédantes, du XIIIe de ce moys, auxquelles je vous supplie très humblement adjouxter foy. Et vous diray davantage que j'ay sceu que quelques ungs de la Rochelle, lesquelz s'institulent mayre, juratz et payrs de la ville, ont escript une lettre, du XVIe de mars, au dict de Montgommery, par laquelle ilz luy mandent que le Sr de La Noue, avec quelques aultres, les ont layssés, de quoy ilz sont fort ayses, pour ce qu'ilz ne pouvoient vivre sans quelque souspeçon de luy, puisqu'il avoit passé par la court, non qu'il ne se fût porté en fort vaillant gentilhomme et en homme de bien, tant qu'il avoit esté avec eulx.

Au surplus, Sire, les articles de l'ouverture du commerce pour deux ans, entre les pays du Roy d'Espaigne et l'Angleterre, sont passés, et le duc d'Alve les a signés pour le Roy Catholique et milord trézorier pour la Royne sa Mestresse; à laquelle le dict Roy Catholique a mandé, de sa mein, qu'il vouloit de bon cueur que les choses passassent à l'honneur et advantage d'elle, comme de celle de qui, pour beaucoup de respectz, il desiroit conserver l'amityé; et elle luy a pareillement escript, de sa mein, qu'elle luy vouloit defférer le semblable, comme à celluy par qui elle recognoissoit que la vye et l'estat luy avoient esté conservés.

Le Sr de Vérac et moy avons obtenu qu'il puisse dépescher, par la poste, son homme devers le comte de Morthon, en Escoce, pour aller quérir son passeport, affin de continuer son voyage, s'il le luy envoye, ou bien s'en retourner, s'il le luy refuze. Milord trézorier, quand je luy ay débatu que sa Mestresse ne pouvoit, sans enfreindre les traictés, envoyer des forces en Escoce, m'a dict qu'il ne falloit que Vostre Majesté eût opinyon qu'elle voulût entreprendre, ny en Escoce, ny en nulle part du monde, chose aulcune que pour la seule nécessité de sa seureté et pour le repos de son estat; et que, si elle pouvoit avoyr ces deux poinctz, avec vostre amityé, ne falloit doubter qu'elle ne vous gardât invyolablement la sienne avec aultant d'affection comme pour sa propre vye; mais que les choses luy estoient, en cest endroict, fort suspectes; dont voudroit, à ceste heure que ceulx de la noblesse du pays se trouvoient aulcunement unis à l'obéyssance du jeune Roy, que, à l'occasion du chasteau de Lillebourg et de ceulx qui sont dedans, l'on ne retournât plus aulx armes, et que pourtant le cappitaine Granges, milord de Humes et le Sr de Ledington, qui seuls maintenant excitoient le trouble, se voulussent contanter des seuretés qu'on leur vouloit bailler, toutes semblables à celles que le duc, le comte de Honteley et les principaulx, qui avoient suivy le party de la Royne d'Escoce, avoient prins pour eulx mesmes; et qu'ilz voulussent libérallement rendre le chasteau pour estre miz ez meins du comte de Rothes, ainsy que les Estatz du pays l'avoient ordonné; et qu'il tardoit à la Royne, sa Mestresse, que milord de Humes se fût rengé à l'obéyssance du dict jeune Roy, affin de luy rendre incontinent son chasteau, lequel elle avoit tout à plat refusé à ceste occasion au susdict de Morthon, affin de n'en frustrer le propriétayre, bien qu'elle n'eût promis de le rendre sinon en général aulx Escouçoys; et que le dict de Morthon s'estoit monstré fort modéré en cest accord de l'Escoce, car avoit rendu toutz les biens et estats qu'il tenoit, et le duc et ses enfants avoient recouvert leurs terres et les abbayes d'Arbret et de Peselay, et pareillement l'estat de chancellier avoit esté baillé au comte d'Arguil, et celluy d'admiral à ung aultre; et le comte de Honteley et luy estoient, à présent, grandz amys; qu'il me vouloit bien advertyr néantmoins de deux choses: l'une, qu'il avoit esté faict ung acte de parlement entre les Escouçoys pour requérir la Royne, sa Mestresse, de les recevoir en ligue avec elle, pour la deffance de leur commune religion, contre toutz ceulx qui se voudroient monstrer ennemys d'icelle; l'aultre, que madame de Levisthon avoit esté faicte prisonnyère, à cause d'une lettre de créance qu'elle avoit escripte à la comtesse de Mar; dont celluy qui la portoit avoit esté prins, et déposoit que c'estoit pour pratiquer, avec elle et avec Me Alexandre Asquin, de transporter le jeune Roy en France; et que, si Vostre Majesté avoit prins quelque souspeçon de la Royne, sa Mestresse, par les appretz du comte de Montgommory par deçà, et pour voyr retirer les marchandz anglois hors de France, et pour vouloir envoyer quelque secours aulx Estatz d'Escoce, qui le demandent, qu'elle avoit plus d'occasion de se craindre des dellibérations de Vostre Majesté parce qu'elles tendoient à la ruyne d'elle, estant mesmement guydées par les ennemys de sa couronne, là où elle ne prétandoit, par toutes ses entreprinses, qu'à se conserver.

A quoy j'ay respondu fort court que nulle sorte de nouvelle ligue se pouvoit fère en Escoce, ny envoyer des forces dans le pays, sans contrevenir aulx traictés, et que c'estoit la Royne, sa Mestresse, qui tâchoit d'avoyr le Prince entre ses meins; mais que si, pour se mectre hors de toutes ces difficultés, elle vouloit s'esclarcyr avec Vostre Majesté du faict du chasteau de Lillebourg, et du dict Prince, et de l'entière paix du pays, et de toutes aultres choses qu'aviez à desmeller ensemble, que vous seriez prest de le fère. Ce qu'il a trouvé fort bon, mais je creins que, pour cella, le dict secours pour l'Escoce ne sera suspendu, tant ceulx cy ont à cueur la reddition du chasteau de Lillebourg, laquelle ilz font, à toute heure, presser davantage. Et sur ce, etc.

Ce XVIIe jour d'apvril 1573.

Ainsy que je signois la présante, l'on m'est venu dire qu'ung courrier arrivoit d'Escoce, qui disoit que le chasteau de Lillebourg s'étoit rendu par composition à l'obéyssance du jeune Roy. J'entendray mieulx comme il en va: car, dès hier, on m'avoit bien dict que le comte de Rothes avoit esté dedans, mais non rien davantage.

CCCXIIIe DÉPESCHE

--du XXIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Départ de l'expédition du comte de Montgommery.--Affaires d'Écosse.

AU ROY.