Part 23
A quoy la dicte Dame ayant, avec toute faveur, receu le dict Sr de Chasteauneuf, et leu fort curieusement la lettre qu'il luy portoit, nous a respondu qu'elle participoit au mesmes regret de Mon dict Seigneur le Duc, aultant que luy, que le comte de Worchester ne l'eût peu voyr pour le remercyer bien fort de la bonne souvenance qu'il luy plésoit avoyr d'elle, et de l'honneste affection qu'il monstroit luy porter, laquelle luy estoit si expressément signiffyé par Voz Majestez Très Chrestiennes, et par les propres lettres de luy, et fort souvant par celles du Sr de Vualsingam, et quasy, à toute heure, par les bons rapportz que je luy en fesois, qui luy monstrois ordinayrement ce qu'il m'en escripvoit;
Et, à présent, estoit confirmée par ce nouveau message, qu'elle vouloit confesser de luy avoyr une très grande obligation, et qu'il méritoit d'apporter quelque meilleure et plus agréable faveur, que ne luy seroit la sienne, en ses premières armes, et mesmes qu'elle avoit regret de luy en bailler là où il estoit, qui voudroit de bon cueur que Monsieur, son frère, et luy, employassent tant de valeur, qu'il y a en eulx, en d'aultres entreprinses qui fussent contre les ennemys et non contre les subjectz de la couronne d'où ilz sont;
Et que, touchant vous fère responce à ce que demandiés pour luy, il estimeroit qu'elle y auroit trop respondu s'il la voyoit, car la trouvant ainsy vieille qu'elle estoit, elle le feroit bientost retirer de sa poursuyte; néantmoins que le dict Sr de Chasteauneuf l'assurât qu'elle la vous feroit bientost, et la vous feroit honnorable.
Et après avoyr monstré d'estre bien marrye du tort qu'on avoit faict en chemin au dict de Chasteauneuf, de luy avoyr osté la lettre qu'il portoit, et avoyr faict quelque difficulté d'y vouloir respondre, elle l'a fort gracieusement licencié; et, le jour après, luy a envoyé la responce à Mon dict Seigneur le Duc, avec laquelle il s'en retourne vers luy par le mesmes chemin qu'il estoit venu, et passera là où est le comte de Montgommery, affin qu'avec les choses que je luy ay communicquées de son entreprinse, il puisse encores mieulx informer Monseigneur de tout ce qu'il en aura veu davantage et apprins sur le lieu.
CCCVIIIe DÉPESCHE
--du dernier jour de mars 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
Réponse de la reine sur la négociation de Mr de Chateauneuf.--Sa persistance dans son refus de prendre un engagement formel sur le mariage, avant qu'une entrevue ait eu lieu.
AU ROY.
Sire, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit dict qu'elle m'envoyoit milord de Burgley pour me communiquer la responce qu'elle entendoit fère à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, sur les choses que je luy avoys proposées, le VIIe et XVIe de ce moys, du mariage d'entre elle et de Monseigneur le Duc vostre frère, elle n'a pas failly, le XVIIIe ensuyvant, de fère venir en mon logis le dict milord, qui m'a dict que la dicte Dame me prioit de croyre qu'elle avoit mis en grande considération ce que, sur voz dernières dépesches, du IIe et IIIIe de ce moys, je luy avoys remonstré, de l'entière et parfaicte amityé que Vostre Majesté luy portoit;--«Et comme, depuis la dernyère paix, en toutes les choses qui s'estoient offertes pour le faict d'elle en la Chrestienté, d'où qu'elles eussent procedé, fût ce de Rome, ou d'Espaigne, ou de Flandres, ou de son mesme pays, vous vous estiez tousjours porté en très parfaict amy à destourner ce qui pouvoit estre contre elle, et advancer ce qui estoit à son repos; et que n'aviez jamays voulu admettre en vostre présence aulcuns de ses rebelles; et que, ceste année, vous vous estiez, au veu et au sceu de toutz les Chrestiens, ouvertement confédéré avec elle, et en aviez mutuellement juré le traicté, et aviez envoyé de notables ambassadeurs, de chacun costé, pour estipuler voz promesses, et aviez sur icelles escript lettres de voz propres meins l'ung à l'aultre, et que, pour confirmation de cella, vous faysiez, encores à présent, requérir l'accomplissement des articles et observance d'iceulx; et que vous ayant, ceste mesmes année, esté offert une aultre ligue avec de grandz avantages, vous l'aviez refuzée pour demeurer entier en la sienne; et que, ez choses d'Escoce, vous vous estiez toujours comporté en façon que vous aviez bien monstré de ne la vouloir offancer; et que de ce, d'où elle avoit peu prendre quelque deffiance de Vostre Majesté, pour les accidantz naguyères survenus en France, vous aviez eu, en l'évènement mesmes d'iceulx, et tousjours depuis, un grand soing qu'elle y fût respectée et ses subjectz conservés; et qu'aussytost que Dieu vous avoit donné lignée, vous l'aviez choisye pour une de voz comères, et, pour plus grande confirmation de vostre bienveillance, vous persévériez à desirer son alliance, et faisiez que Monseigneur le Duc, vostre frère, l'envoyoit en bonne façon rechercher:»
Que toutes ces choses, desquelles la recordation luy estoit fort agréable, lui donnoient occasion de réputer bien employés toutz les bons tours de très bonne amye, que, non moins expressément, elle avoit aussy rendus de sa part à Vostre Majesté, en voz plus grandz affères, et mesmes tout freschement de si bons, avec quelque hazard d'elle et de son propre estat, que de meilleurs ne vous en eût sceu rendre la feue Royne d'Espaigne, qui estoit vostre seur germayne, si elle eut esté en vye; et que, pour conduyre ceste concurrence d'amityé à plus de perfection, elle s'esforceroit de vous rendre, et à la Royne, vostre mère, sur le propos, dont je la pressois, de Monseigneur le Duc, la meilleure responce qu'il luy seroit possible; mais vouloit, devant cella, me fère entendre qu'il y avoit deux choses qui l'avoient longtemps retenue, et la retenoient encores beaucoup, de ne s'ozer advancer guyères en ce propos: l'une, qu'il s'estoit peu nother, du costé de Voz Majestez Très Chrestiennes, que n'y aviez guyères de volonté, et que, possible, ne le vouliez du tout; la segonde, que plusieurs considérations luy avoient tousjours faict, et luy faysoient encores, juger estre expédiant de ne s'obliger à pas ung mariage, sans qu'elle peût voyr et estre veue de celluy qui l'épouseroit.
Et, là dessus, s'estant mis le dict milord à discourir plusieurs choses et ouyr, aussy fort paciemment, celles que je luy ay voulues déduyre pour comprouver que l'intention de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc estoit pure et parfaicte vers la dicte Dame, il m'a faict la responce que j'ay mise en ce pacquet. Et sur ce, etc.
Ce XXXIe jour de mars 1573.
CCCIXe DÉPESCHE
--du IIIe jour d'apvril 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Laurent._)
Négociations au sujet du mariage et de l'expédition du comte de Montgommery.--Audience.--Affaires d'Écosse.--Autorisation donnée par la reine à Mr de Vérac de retourner en Écosse.--Déclaration du comte de Morton qu'il ne veut pas le recevoir.--État de la négociation des Pays Bas.
AU ROY.
Sire, ceste princesse et l'ung de ses expéciaulx conseillers, car l'aultre est allé pour quinze jours en sa mayson de Quilingourt, monstrant que, par la responce qu'ilz vous ont maintenant envoyée, ilz pensent avoyr faict une assez grande ouverture, pour découvrir bien avant ce qu'avez en l'intention touchant le propos de Monseigneur le Duc, (et sont assez en suspens si Voz Majestez voudront accorder l'entrevue sous ung incertein évènement, et mesmement après vous avoyr admonestés que, si vous debviez tant soit peu rester offancés, au cas que le mariage ne succédât, qu'elle ne vouloit, en façon du monde, que la dicte entrevue se fît: qui, à la vérité, est ung poinct fort considérable, et lequel elle estime n'estre chose indiscrète ny impertinante à elle de le mettre en avant,) je luy ay d'ailleurs recordé, Sire, comme de moy mesmes, ainsy que me le mandiez fère, du XVIIe du passé, les mesmes instances, que je luy avoys cy devant faictes, touchant le comte de Montgommery, et que vous la priez bien fort de ne laysser à l'arbitre d'ung tel homme, qui faict le malcontant et le désespéré, la seureté de vostre mutuelle amityé, ny celle de vostre confédération, car il y pourroit fère du préjudice, qui vous randroit offancé, et elle, à la fin, malcontante; et je me oposoys, de rechef, qu'on ne le layssât sortir d'aulcun port de ce royaulme, sans prendre assurance qu'il n'yroit poinct contre Vostre Majesté. De quoy se trouvant la dicte Dame en quelque perplexité, elle m'a respondu qu'elle avoit prins de luy la dicte assurance que je demandoys, et pensoit luy avoir faict cognoistre qu'elle vous estoit très bonne seur; dont il s'estoit party fort malcontant d'elle, et avoit dict ne sçavoyr s'il alloit à la Rochelle, ou en sa mayson trouver ses amys qui l'y attandoient, ou bien en Holande, mais qu'elle avoit bien sceu qu'au partir d'icy, ung des gens du comte Ludovic le vint rencontrer en chemin, qui heurent une longue conférance ensemble, et qu'elle ne pensoit que pas ung de ses subjectz, sinon son beau filz seul, l'allât accompaigner.
J'ay pareillement remonstré à cette princesse, touchant les choses d'Escoce, que (se traictant avec le Sr de Quillegreu, son ambassadeur, de faire une ligue par dellà sans vous en parler, toute séparée de celle qu'aviez très ancienne avec l'Escoce; et de transporter le filz, aussy bien que la mère, qui sont les seuls princes de ceste couronne, et les plus estroictz confédérez que vous ayez en la vostre, sans vostre sceu, par deçà; et de vouloir expugner le chasteau de Lillebourg, et ruyner ceulx de dedans, qui ont tousjours heu recours à vous, et que mesmes elle y vueille envoyer à cest effect de ses forces et des monitions; ainsy que de toutes ces choses l'on vous avoit adverty de dellà, et que mesmes l'on n'aspiroit à rien tant que d'y effacer du tout la mémoire de vostre nom, et de la France), qu'il estoit impossible que n'en fussiez beaucoup offancé; et de tant qu'elle se souvenoit bien que, pour vostre regard, elle n'y avoit oncques senty aulcune sorte d'offance depuis vostre règne, vous la vouliez bien fort prier de fère cesser ces poursuytes; lesquelles je luy voulois bien dire que romproient à la fin les traictés, et que son bon plésir fût de se ranger, comme vous feriez aussy, à uzer vers l'Escoce et les Escouçoys en la forme de vostre dernier traicté; et qu'estant le Sr de Vérac, lequel vous aviez dépesché pour aller trouver le petit Prince d'Escoce, abordé par temps contrayre en ce royaulme, elle luy voulût faire bailler son passeport pour s'y conduyre, soubz bonne promesse, que vous luy fesiez, qu'il n'y procureroit rien, qui ne fût sellon la bonne amityé et les bons traictés que vous aviez avec elle.
La dicte Dame, discourant là dessus plusieurs choses, de l'occasion que ceulx du chasteau de Lillebourg luy avoient donnée de ne s'entremettre plus de leur faict, et des divers rolles que le Sr de Ledington jouoit au monde, et des divers rapportz que Carcade avoit faictz, m'a enfin assez gracieusement respondu qu'elle vouloit, en tout et partout, observer les traictés.
Et luy ayant, à l'heure mesmes, le dict Sr de Vérac baysé la mein, elle luy a libérallement accordé son passage; mais, le jour d'après, comme il est allé poursuyvre son passeport, milord de Burgley luy a respondu qu'il estoit cependant venu nouvelles d'Escoce, par lesquelles apparoissoit que le comte de Morthon ne vouloit que le dict Sr de Vérac allât par dellà, par ce mesmement que les lettres qu'il portoit n'estoient inscriptes avec le tiltre qu'il appartenoit à leur jeune Prince, et qu'il avoit résolu de n'admettre pas ung dans le royaulme qui ne l'advouhât, et ne s'addressât à luy, come à Roy; et de souffrir que le dict Sr de Vérac se tînt à Barvic jusques à ce qu'il eût démeslé tout ce différand avec le dict de Morthon, la Royne, sa Mestresse, ne le vouloit pas. A quoy nous avons répliqué que le dict Sr de Vérac n'ozeroit rebrousser chemin, ny délaysser, en façon du monde, son voyage, sinon que la dicte Dame luy déniât son passeport.
Et, là dessus, le dict milord nous a offert que, si nous voulions sonder la volonté du dict comte de Morthon par lettres, qu'il les luy feroit apporter par la poste, et aurions sa responce dans six jours. De quoy ne nous contantantz, comme aussy milord de Leviston et le Sr de Molins, qui veulent aussy passer en Escoce, se trouvent icy arrestés et malcontantz, icelluy de Burgley nous a promis d'en conférer de rechef avec la dicte Dame pour, puis après, nous fère entendre sa volonté, mais j'entendz qu'il prolongera cella jusques à ce que la responce de ceulx du dict chasteau de Lillebourg soit arrivée; auxquelz, depuis mon audience, la dicte Dame a mandé qu'ilz ayent à se renger au party de la paix, comme les aultres, et remettre le dict chasteau ez meins du dict de Morthon, ou bien qu'elle luy envoyera gens, argent et monitions, pour les y forcer; et cepandant quelqu'ung m'a dict qu'elle a escript à Barvic de fère encores temporiser les soldats qui estoient pretz d'y aller. Je creins enfin qu'il faudra que le dict Sr de Vérac preigne son chemin par ailleurs.
Au regard de l'accord des Pays Bas, ceulx cy ont desjà respondu à Guaras que la Royne, leur Mestresse, avoit très agréable la déclaration du duc d'Alve, et qu'aussytost que la ratiffication en serait venue d'Hespaigne, elle feroit publier la liberté du commerce et ouverture des portz, et mesmement, si le dict duc donnoit ordre que la rivyère d'Envers fût ouverte; qui sont des remises qui monstrent y avoyr encores quelque accrochement: et ne cessent pour cella les Angloys de passer en Holande et à la Brille comme prétandans, si les choses prospèrent au prince d'Orange, ainsy qu'ilz disent qu'elles font, de suyvre son party, et aussy, s'il accorde avec le Roy d'Espaigne, comme il en est quelque bruict, qu'ilz pourront encores mieulx que jamays uzer lors du commerce que le dict duc leur offre. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour d'apvril 1573.
CCCXe DÉPESCHE
--du VIe jour d'apvril 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Forces de l'expédition du comte de Montgommery.--Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth n'est pas résolue à abandonner l'alliance de France.--Négociation avec l'Espagne.--Affaires de la Rochelle et d'Écosse.
AU ROY.
Sire, je suis adverty que, après beaucoup de difficultez, qui ont esté faictes au comte de Montgommery pour traverser son entreprinse, il a enfin dressé ung assez beau appareil de mer, et que, dans le Xe de ce moys, au plus tard, il s'embarquera, et qu'il a de quoy mectre troys mil hommes bien armés en terre; que sa flote sera de plus de cinquante cinq vaysseaulx de toutes sortes, et qu'il en y aura envyron quarante de combat, dont les cinq sont aultant bien équippés qu'il y en y ayt en ceste mer, et qu'il est encores assez incertein où il dressera son entreprinse. D'ailleurs, Sire, il m'est venu ung aultre advis comme le Sr de Languillier, avec les nouvelles qu'il a rapportées de la Rochelle, presse si fort le dict de Montgommery de partir, qu'il luy faict anticiper son embarquement de quelques jours devant le dict dixiesme, et qu'il faict estat que, entre le XIIIIe et XXe de ce moys, il se pourra présenter avec son armée devant la ville; et que, à cause des empeschementz qu'on luy a rapporté qu'il trouvera à l'entrée du port et auprès de la place, il dellibère, s'il ne peult combattre l'armée de mer de Vostre Majesté, de prendre terre en l'isle de Rhé, ou en quelque aultre lieu voysin de là, que la cavallerye n'y puisse aller; et, de là en hors, tenant ses vaysseaulx les plus près qu'il pourra de ce qu'il aura mis en terre, s'esforcer par marées d'envoyer tout le secours et refraychissement qu'il luy sera possible aulx assiégés. J'entendz que le dict de Montgommery a descouvert que quelques ungs vouloient attempter à sa vye, dont a envoyé requérir icy commission pour les pouvoir fère mettre en arrest, et m'a l'on dict que Maysonfleur en est l'ung.
J'attandray la procheyne dépesche de Vostre Majesté, premier que de parler à nul des françoys qui sont icy, et ne monstreray, lors, que vous vous soulciez guyères de tout l'effort du dict de Montgommery, comme aussy me semble, Sire, que n'en debvez fère trop de cas, ayant Monsieur ainsy bien pourveu, du costé de la Rochelle, et les gouverneurs, le long de la coste, comme me le mandez: qui ne seroit que encourager davantage le dict de Montgommery et ceulx qui le favorisent, si l'on l'alloit rechercher et luy fère maintenant de nouvelles offres, et mesmement que les affères de Vostre Majesté ne s'en porteront qu'avec plus de réputation, si donnez ordre, ayant desjà préveu son entreprinse, qu'elle ne puisse réuscyr à effet.
Et, quand aulx souspeçons et deffiances que Vostre Majesté a quelque occasion de prendre de ceste princesse et des siens, sellon que très sagement il vous playst me le discourir en vostre dépesche du XXVe du passé, vous aurez, Sire, sellon mon jugement, receu quelque satisfaction là dessus par la dépesche du Sr de Vassal, vous suppliant très humblement de fère prendre bien garde du costé d'Allemagne et d'Espaigne. Néantmoins, quant aulx choses d'icy, je ne puis penser pour encores, Sire, que ceste princesse se vueille du tout alliéner de Vostre Majesté; et, bien que je la voye fort recherchée, du costé d'Espaigne, pour le mariage du filz de l'Empereur, et pour l'accord des différendz des Pays Bas, et pour le restablissement du commerce en Envers; et puis assez persuadée que Voz Majestez ayent juré la ruyne de ceulx de sa religion; et ung peu par trop prompte aulx choses d'Escoce; et aulcuns de ses conseillers soient menés, les ungz par présantz et les aultres par passion, à l'allienner, tant qu'ilz peuvent, de la France, si ne me veulx je encores du tout désespérer de la dicte Dame. Et avez, Sire, quand à son mariage, beaucoup meilleures erres d'elle pour Monseigneur le Duc, par la responce que vous ay naguyères envoyée, que n'en a peu tirer encores l'agent d'Espaigne pour le Roy de Hongrie; et, au regard de l'accord des Pays Bas, les choses en sont aux termes que le vous ay escript.
Quant à la persuasion, en quoy la dicte Dame et les siens sont, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, soyez animés à la ruyne des Protestantz, je leur ay faict voyr combien les condicions qu'offrez à ceulx de la Rochelle, et aultres de leur opinyon en France, sont au contraire, ce qui les a assez remis; et donnent à cognoistre maintenant qu'ilz desirent la paix de vostre royaulme, avec quelque accommodement, à ceulx de leur religion, d'ung exercice ou d'une tollérance beaucoup moindre et plus modérée qu'ilz ne l'avoient auparavant.
Et, touchant les choses d'Escoce, ce sont celles qui plus donnent de peur et de souspeçon à ceste princesse et à tout ce royaulme, et lesquelles elle voudroit, devant toutes aultres, accommoder à son repoz; dont sera bien difficille qu'on la puisse retenir de s'en mesler plus avant, possible, qu'elle ne debvroit. Toutesfoys j'ay mis et mettray toute la peyne, qu'il me sera possible, de luy représenter tousjours là dessus l'infraction des traictés, qui est chose qu'elle monstre en toute sorte de vouloir éviter. Elle demeure encores en cella de ne nous vouloir octroyer ny refuzer le passeport du Sr de Vérac, et les mesmes difficultés faict elle à milord de Leviston et au Sr de Molins; et néantmoins il faudra que bientost elle se résolve ou à l'ung ou à l'aultre, et possible n'aura elle avec tant de facillité rengé cependant les choses par dellà comme elle l'a espéré. Sur ce, etc.
Ce VIe jour d'apvril 1573.
CCCXIe DÉPESCHE
--du XIIIe jour d'apvril 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._)
Audience.--Négociation du mariage.--Déclaration de la reine-mère qu'elle ne peut accorder à l'entrevue sans avoir une assurance, au moins secrète, qu'Élisabeth consent au mariage.--Persistance de la reine d'Angleterre dans sa proposition.--Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh.--_Mémoire._ Détails de l'audience sur les affaires générales.--Demande faite à Élisabeth de déclarer ses véritables intentions à l'égard du roi.--Assurance d'amitié de la part de la reine.--Affaires d'Écosse.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle envoie des troupes en Écosse pour réduire Lislebourg.--Protestation de l'ambassadeur contre cette infraction au traité d'alliance.--Promesses qui lui sont faites par les seigneurs du conseil.
A LA ROYNE.
Madame, estant adverty que ceste princesse ne se trouvoit assez satisfaicte d'aulcunes choses, que le Sr de Vualsingam luy avoit escriptes, de la dernyère audience que luy aviez donnée à Fontènebleau, j'ay voulu voyr si, en ne m'esloignant poinct de la teneur de vostre lettre, du XXIXe de mars, je luy pourrois en quelque si honneste façon réciter ce que m'escripviez, de la dicte audience, qu'elle s'en peût contanter; mais, encor qu'elle ayt bien prins la pluspart de ce que je luy ay dict, si a elle monstré néanlmoins de santir bien fort celle portion où il luy semble qu'elle demeure refuzée.
Mon parler a esté que, devant toutes choses, Vostre Majesté me commandoit de la saluer de voz meilleures et plus cordialles recommandations, et que le Roy, vostre filz, et Vous, aviez receu, de la meilleure et plus inthime affection de vostre cueur, ce que son ambassadeur vous avoit déduict, de l'intention d'elle vers le propos de Monseigneur le Duc; qui ne vouliez faillir de la remercyer infinyement de la faveur qu'elle portoit au dict propos, et de ce qu'elle ne rejectoit l'instance que le Roy, son frère, et Vostre Majesté, qui estiez sa mère, luy faysiez pour luy; et que le dict Sr de Walsingam vous avoit commancé son récit par celluy que j'avoys faict icy à elle, après le retour du comte de Wourcester, et vous avoit dict que, si l'entrevue se faisoit, il auroit espérance que la résolution de l'affère s'ensuyvroit, et que le poinct de la religion seroit accordé; duquel, s'estant, puis après, mis à discourir, il avoit dict que le desir d'elle seroit que Monseigneur le Duc se contentât de la liberté de conscience, sans avoyr aulcun exercice, privé ny externe, de sa religion en ce royaulme: ce qui vous avoit mis en peyne; et néantmoins aviez promptement esclarcy le dict Sr de Walsingam de la volonté du Roy et vostre: c'est que vous offriez, avec le plus d'honneur et de respect que vous pouviez, Monseigneur le Duc à la dicte Dame, et avecques luy vous mesmes, et toutz les moyens et commodictés de vostre couronne, et la priez, de la plus pure et droicte affection qui fût en vostre âme, qu'elle le voulût accepter comme entièrement sien, et qu'il se viendroit mettre en sa possession, toutes les foys qu'elle vouldroit, en ce qu'elle voulût avoyr esgard aulx choses qui pouvoient estre de l'honneur du Roy et vostre, et de celluy de vostre couronne, et de la réputation de vostre filz en cest endroict; qui, proposiez bien, toutz troys, de ne rechercher jamais d'elle, sinon ce qui seroit pour l'honneur sien, sa grandeur, sa satisfaction, et son perpétuel contantement et repoz, et que vous la priez aussy que, de sa part, elle fît en sorte que n'eussiez à sentir ny regret, ny offance, de vostre honneste pourchas;
Que, quand à la religion, le Roy et Vous, vous estiez restreincts, et aviez faict restreindre avecques vous ceulx de vostre conseil, au plus extrême poinct qui se pouvoit requérir en cella, qui estoit d'avoyr l'exercice en privé, à huys clos, l'huyssier à la porte; ce que si elle n'octroyoit, c'estoit, à bon esciant, couper du tout le propos, et monstrer que non à la religion, mais à la volonté, estoit tout l'empeschement;