Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 21

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Depuis cella, elle a faict deffendre à aulcuns cappitaines anglois, lesquelles s'apprestoient d'aller en cours, que, sur peyne de vye, ilz n'aillent poinct à la Rochelle, et une partie de la contribution des marchandz ne se poursuit plus avant. Je ne ne sçay si pourtant le comte de Montgommery s'arrestera; mais il semble que non, et qu'il est résolu ou de deffandre la Rochelle, ou bien de faire sa composition, en composant pour icelle. Le vidame s'est du tout retiré de l'entreprinse, et monstre de n'avoyr aultre affection qu'à vostre service, et de diminuer, s'il peut, aulx princes protestantz la malle impression qu'ilz pourroient avoyr prinse de l'évènement de Paris, et a opinion qu'il s'y pourra utillement employer. Les sieurs de Pardaillan, Du Plessis, Maysonfleur et aultres monstrent de ne vouloir suyvre le dict de Montgommery, ains de passer plustost en Olande, ainsy que le cappitaine Poyet faict estat d'y retourner. Sur ce, etc.

Ce XXVIIe jour de febvrier 1573.

MÉMOIRE.

Sire, j'ay discouru à la dicte Dame les propos qu'avez eus avec ses ambassadeurs touchant l'observance du traicté, et touchant le faict du mariage, et comme vous vous estes donnés assez de satisfaction les ungs aulx aultres, pour les bons termes où semble qu'avez mutuellement remis les affaires; et que cependant vous desirés, Sire, quand à ce qui appartient au traité, estre esclarcy de quelle intention elle pouvoit estre sur les advis qu'on vous avoit baillez par escript; lesquelz je l'ay supplyée vouloir prendre la peyne elle mesmes de les lyre, et de vouloir considérer sur iceulx que, si les choses estoient ainsy, comme je me doubtois assez d'une partye d'icelles, qu'il ne pouvoit estre qu'il ne vous restât à jamays une très juste occasion de vous plaindre de sa foy, de sa parolle, de sa promesse, de son sèrement, et de la lettre expresse qu'aviez devers vous, escripte de sa mein, en ce mesmement qu'au lieu d'espérer secours d'elle, jouxte vostre dernier traité, il se trouvoit maintenant qu'elle traictoit avec ceulx de voz subjectz qui s'estoient soublevés; et qu'elle layssoit sortir de Londres, et des ports de deçà, ung équippage fourny d'argent et d'armes, d'hommes, de vaysseaulx, d'artillerye, de monitions et de toutz aultres moyens prins en son royaulme, pour vous aller fère la guerre au vostre; qui au contrayre fesiez escrupule de prester seulement l'oreille au moindre de ses fuytifz, et qui mesme, quand au propos de Monseigneur le Duc, persévériez plus que jamays d'en pourchasser une heureuse conclusion, sellon que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez ouvert là dessus le fondz de voz desirs au dict sieur comte et au Sr de Vualsingam, si bien que c'estoit maintenant à elle d'en résouldre tout l'effect.

Et me suis esforcé, Sire, de luy desduyre, par le menu, toutes les particullaritez de voz lettres, et toutes celles que j'ay estymé appartenir aux deux affaires affin de la retirer entièrement de l'ung, et la fère advancer, le plus que je pourrois, en l'aultre; qui pourtant m'estandray à racompter icy davantage tout ce que je luy ay dict, affin de donner tant plus de lieu à ce que j'ay peu recueillir de ses responces.

Lesquelles, en subtance, sont, Sire, qu'elle avoit ung singulier plésir de voyr que le voyage du comte de Worchester eût produict le bon effect qu'elle desiroit, de vous avoyr apporté aultant de contentement pour le baptesme de Madame, vostre fille, comme vous luy aviez faict d'honneur de la convier d'en estre l'une des commères; et qu'elle prioit Dieu de la rendre aussy heureuse comme elle estoit grande, et comme elle s'assuroit qu'elle seroit vertueuse princesse, et de la fère ung commancement d'une si accomplie lignée à Voz Majestez Très Chrestiennes, que bientost elle eût une suyte d'aultant de frères, comme, pour la succession de vostre grandeur, vous en pouviez desirer; qu'elle ne pouvoit ouyr chose qui plus la contantast, que la continuation de vostre amityé, et qu'elle vous offroit pour jamays la sienne;

Que, touchant le premier des deux advis, que je luy avoys monstré, il ne se trouveroit poinct qu'elle eût jamais faict ligue avec aulcuns subjectz, et mesmes, sans la persuasion de l'Empereur, elle n'eut point contracté celle qui duroit encores d'entre elle et les princes de l'Empire, parce qu'ilz n'estoient souverains; et que, touchant ceulx de vostre royaulme, elle vous prioit ne l'estimer jamays princesse de vérité, si elle en avoit faict, ny si elle estoit entrée en aulcune confédération avec eulx; et, quand elle en voudroit venir là, ce ne seroit soubz mein, affin de ne décevoir ceulx de la Rochelle, de ne les secourir si petitement et à cachète, sçachant que, à une force royalle comme la vostre, il en faudroit oposer une aultre royalle, ou ne s'en mesler poinct, par ainsy qu'elle se déclareroit ouvertement;

Et que, du comte de Montgommery, elle me pouvoit jurer, avec vérité, qu'elle n'estoit aulcunement informée de son faict, et qu'elle ne pensoit pas qu'il peût trouver tant d'argent à Londres comme je disoys, parce que les marchandz n'estoient trop volontayres de prester à ung estrangier, sans bons gages et sans bonne seureté;

Qu'il estoit bien vray que plusieurs de ses subjectz avoient esté priez de prendre les armes pour ceste cause, et plusieurs en grand nombre, et qui ont de bons moyens, s'estoient très vollontiers offertz de le fère, pourveu qu'elle le leur voulût permettre; et qu'elle vouoit à Dieu qu'elle le leur avoit très expressément deffandu, et commanderoit de nouveau à ses conseillers de ne laysser rien sortir hors de ce royaulme, qui peût aller contre les affères de Vostre Majesté, et qu'elle sçavoit bien qu'on ne la pourroit tromper en cella sinon, possible, soubz la couleur des marchandz, qui la contreignoient de leur permettre d'armer leurs vaysseaulx pour se deffandre contre les pirates, ou bien ilz vouloient délaysser du tout le trafficq en ce royaulme;

Qu'elle vous estimoit d'ung si vertueux naturel que vous ne pourriez mescognoistre qu'elle ne vous eût esté très bonne amye en voz précédans affères, comme elle dellibéroit de l'estre en ceulx cy, ainsy que le Roy d'Espaigne commançoit aussy de s'appercevoyr que l'amityé d'elle ne luy pouvoit estre sinon bien utille; de quoy il luy avoit desjà donné de si bonnes enseignes, d'avoyr changé la maulvaise opinion qu'il en avoit eu auparavant, qu'elle feroit cognoistre à toute la Chrestienté qu'elle n'en vouloit plus doubter;

Et qu'elle vous prioit, Sire, que la faulceté de ces advis, qu'on vous avoit maintenant donnés, vous fût cause de n'adjouxter plus de foy à ceulx qu'on vous bailleroit cy après, comme elle ne vouloit aussy croyre toutz ceulx qu'on luy escripvoit de France: d'où l'on l'advertissoit qu'aulcuns personnages de crédit avoient assuré qu'aussytost que vous auriez réduict la Rochelle, vous commanceriez la guerre à l'Angleterre, pour l'occasion de restituer la Royne d'Escoce, qui vous serviroit de bon prétexte en cella, mesmement à ceste heure que la déclaration estoit arrivée de Rome, comme le comte de Boudouel n'estoit plus son mary, et qu'on disoit que Monsieur, frère de Vostre Majesté, y vouloit prétendre pour luy; à quoy elle a adjouté, avec ung soubsrire, qu'elle s'y opposeroit, et allègueroit que c'estoit à elle, à qui il avoit premier promis mariage;

Que, à la vérité, il avoit esté interçu, au frère du cappitayne Granges en Escoce, des lettres de Vostre Majesté, lesquelles, encor que fussent en chiffres, il avoit néantmoins exposé sa créance par escript, qui estoit d'avoir charge d'admonester ceulx du chasteau de Lislebourg de ne faire point de paix, et que, dans le moys de may, Vostre Majesté leur envoyeroit de bonnes forces pour les secourir, avec monsieur de Guyse;

Que, nonobstant tout cella, nul, soubz le ciel, desiroit plus la paix de vostre royaulme qu'elle faysoit; qui vous vouloit bien advertir, Sire, et vous prioit de luy adjouxter foy en cecy, que, si ne trouviés moïen de paciffier voz subjectz sur la seureté de leurs vyes, et au faict de leurs consciences, ou aulmoins de ne les contreindre du tout en la liberté que leur aviez cy devant permise par voz édictz, que vous estiez pour vous trouver en plus d'affères, ceste année, que n'en aviez eu aulx précédantes;

Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, elle vous remercyoit et la Royne, vostre mère, de tout son cueur, pour la bonne affection que vous y aviez, et mercyoit Monseigneur le Duc de sa persévérance vers elle; et que ses ambassadeurs ne luy avoient escript ung seul mot de ce faict; dont, après que le comte seroit arrivé, elle adviseroit, sur le rapport qu'elle entendroit de luy, et sur ce que je luy en disois, de vous faire une si bonne responce qu'elle espéroit que Voz Majestez s'en contanteroient.

Voylà, Sire, quasy en propres termes, ce qu'elle m'a respondu.

Ce que la dicte Dame dict des affères, que pourrés avoyr ceste année, est sur le rapport que luy a faict le secrettère du comte Palatin.

Et quand à ces advis qu'on luy a mandés de France, et les lettres qui ont esté surprinses en Escoce, ne fault doubter que ne luy ayent augmanté la deffiance, laquelle elle avoit desjà assés grande auparavant; en quoy si, d'advanture, ce n'estoit que vaynes parolles, il y pourroit, possible, par aultres parolles estre satisfaict, mais, si c'est à bon esciant, il faudra, Sire, qu'y pourvoyez par quelque bon effect, à cause que desjà je commance à descouvrir que, soubz couleur de fournir la garnison de Barvic, l'on parle d'envoyer des gens et toutes sortes de monitions de guerre vers la frontière d'Escoce.

Au regard de ce qu'elle a dict du Roy Catholique, je ne fais plus de doubte que, dans peu de temps, les portz et le commerce ne soient ouvertz pour deux ans entre ce royaulme et les pays du dict Roy, sellon que luy mesmes a escript ceste foys, de sa mein, de fort bonnes lettres à la dicte Dame, à milord de Burgley et aultres de ce conseil, pour le requérir.

CCCIVe DÉPESCHE

--du IIIe jour de mars 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par Estienne._)

Négociation avec les seigneurs du conseil pour empêcher le départ de l'expédition préparée par le comte de Montgommery.

AU ROY.

Sire, après que j'eus parlé à ceste princesse, le XXIIIIe du passé, voyant que, pour lors, je ne pouvois avoyr aulcune conférence avec les seigneurs de ce conseil, à cause qu'ilz estoient sur leur partement pour ce petit progrès qu'elle estoit allé fère à vingt mille d'icy, j'ay depuis envoyé le Sr de Vassal après eulx, avec de mes lettres, conformes aulx propos que j'avoys tenu à leur Mestresse, pour les exorter de vouloir bien mesurer, par vos bons déportementz vers elle, combien elle se porteroit de préjudice à elle mesmes, et à la confédération qu'elle avoit faicte bien seure et estable avecques vous, et au party qui seul aujourdhui la poursuivoit d'alliance, si elle et eulx permettoient que rien sortît de ce royaulme qui allât au dommage de voz affères; et qu'ilz pouvoient bien penser que vous ne réputeriez jamais aulcune sorte d'inimityé plus dommageable de leur costé, que si, se monstrantz en parolle voz amys, ilz se portoient en effect voz couvertz ennemys, et que vous imputeriez à eulx tout le mal que le comte de Montgommery s'esforceroit de vous fère, plus que non pas à luy, qui n'y pouvoit apporter que la maulvayse volonté, là où il prendroit, d'eux et de ce royaulme, toutz les aultres moyens de vous nuyre.

Sur quoy, ayantz les dicts du conseil conféré de rechef avec leur dicte Mestresse, et s'estantz assemblés par deux foys là dessus, ilz m'ont enfin mandé, par le mesmes Sr de Vassal, que la dicte Dame me prioit d'escripre ardiment à Vostre Majesté qu'elle n'envoyeroit, ny donroit permission qu'on envoyât, d'icy, aulcuns vaysseaulx ny hommes, ny armes, artillerye, monitions, ny vivres en France; car ne vouloit enfreindre le traicté, ny vous faulcer son sèrement, tant que luy garderiez le vostre; et, quand au comte de Montgommery, elle m'avoit desjà respondu qu'elle n'estoit bien advertye de son faict, ny eulx pareillement, et que ce ne seroit tout ce qu'on m'en avoit rapporté; que, au surplus, ilz me vouloient dire librement que leur Mestresse ny eulx n'avoient peu trouver de bonne digestion que Monseigneur le Duc, qui estoit bien capable de traicter luy mesmes de son faict, fût party de Paris troys foys vingt quatre heures après le jour préfix du partement du comte de Worchester de ceste court; ce qui leur donnoit argument de penser que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ne vouliez poursuivre ceste alliance, que jusques après avoyr bien pourveu à voz affères, et que, d'un certein propos, qui avoit esté tenu en ung bon et grand lieu de France, il avoit esté recueilly ung advis par lequel l'on les advertissoit que Vostre Majesté avoit commancé de donner secrettement ordre, en Normandye et Bretaigne, à un embarquement pour passer des gens de guerre en Écosse; et que Monsieur, frère de Vostre Majesté, en seroit le conducteur, et que Mr le chevallier et Mr de Guyse, et aultres grandz du royaulme, debvoient estre de la partye; et que mesmes le cappitayne Sarlabos assembloit desjà pour cest effect, au Hâvre de Grâce, le plus de soldatz qu'il pouvoit: ce que la dicte Dame ne vouloit encores résoluement croyre, ains attandoit qu'elle en vît quelque chose plus avant.

J'espère, Sire, que j'yray trouver bientost la dicte Dame sur l'occasion de vostre dépesche du XIIIIe du passé, et sur le retour du comte de Worchester qui arriva hier, et mettray peyne de luy rabbattre ceste impression, aultant qu'il me sera possible. Cependant le dict de Montgommery s'appreste en la plus grande dilligence qu'il peut, et bien que, à cause de mes instances, il ne pourra, possible, tirer tout ce qu'il espéroit d'hommes et d'argent d'icy, si ne layssera il, à ce que je voy, de se mettre sur mer, et ne sera son embarquement de grand monstre, car n'y aura que quelques ungs des siens qui partiront avecques luy, sur ung ou deux vaisseaulx, mais, au rendés vous, se doibvent assembler, comme on dict, soixante à quatre vingtz navyres, et envyron cinq mille hommes, entre marinyers et soldatz. Je n'attandz que l'heure qu'il parte d'icy, dont le feray suivre par ung homme exprès, affin qu'il me rapporte quand et comment il s'embarquera. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de mars 1573.

CCCVe DÉPESCHE

--du IXe jour de mars 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Rapport favorable du comte de Worcester à son retour.--Opposition mise aux armemens pour la Rochelle.--Rejet de la proposition faite en Angleterre d'envoyer une armée en France.--Préparatifs de départ du comte de Montgommery.--Négociation des princes protestans d'Allemagne pour former une ligue avec Élisabeth.--Nouvelles d'Écosse.--Communication faite par l'ambassadeur aux protestans de France.--Accord conclu en Écosse pour la reconnaissance de Jacques VI.

AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre m'a envoyé prier de différer mon audience jusques à demein, qu'elle sera de retour en ung lieu qui est bien près d'icy, où je ne faudray, tout à une foys, de tretter avec elle du contenu en voz deux dernières dépesches; et cependant je vous diray, Sire, que les bonnes démonstrations et bonnes parolles dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, avez uzé au comte de Worchester, et le bon rapport qu'à son retour il a faict icy de toutz deux, et le moyen que m'avez donné par voz lettres de rendre plusieurs évidentz tesmoignages à ceste princesse de vostre droicte intention vers elle, ont faict naistre beaucoup d'empeschemens, au comte de Montgommery et à ceulx de la Rochelle, de ne pouvoir ouvertement, ny soubz mein, impétrer tout ce qu'ilz pourchassoient en ceste court, ny, à beaucoup près, tout ce qu'ilz pensoient leur y estre desjà octroyé; car ung milord, qui est aultant digne de foy qu'il y en ait en ce royaulme, m'a assuré que les choses de Paris avoient bien si merveilleusement immué toute l'affection, que les Angloys commançoient avoyr assez bonne vers nous, en une extrême indignation contre nous, que ung bon nombre de la noblesse estoient venus, d'ung commun accord, se offrir de mener trente mille hommes bien armés en France à leurs despens, s'il playsoit à leur Mestresse de le leur permettre, et oultre cella, d'advancer, du leur, demy million d'or pour ceste guerre, pourveu qu'ilz le peussent recouvrer, dans deux ans, par des moyens qui ne toucheroient rien au revenu de la dicte Dame, ce qu'à la vérité elle n'a jamais voulu concéder; ains je sçay qu'elle l'a fort rejetté. Mais ny encores le dict de Montgommery n'a pu avoyr le tiers de l'argent que l'évesque de Londres et luy avoient praticqué en ceste ville, ny pareillement toutz les vaysseaulx qu'il pensoit; et mesmes y a beaucoup de gentilshommes angloys qui avoient donné parolle, et s'apprestoient pour l'accompaigner, à qui a esté deffandu de ne bouger; et une partie des pirates ont esté prins ou escartés par le bon debvoir que l'admyral d'Angleterre a faict faire contre eulx, suyvant ce que ceste princesse et les siens luy en ont commandé pour interrompre principallement l'entreprinse du dict de Montgommery; qui pourtant ne la délaysse, ains partira, à ce que j'entendz, mardy prochein de ceste ville.

L'homme du comte Palatin est encores icy, et tout ce que, jusques à ceste heure, j'ay peu découvrir de sa négociation, est qu'il a fort instamment pressé ceste princesse de vouloir entrer ouvertement avec les princes protestantz en la deffance de leur religion, et nomméement en France, pareillement aussy en Flandres, et de contribuer, comme la plus riche, aulx principaulx frays de ceste guerre. A quoy j'entendz que la résolution a esté prinse, mais fort secrettement, par ceulx de ce conseil, de luy respondre que, pour aulcunes bonnes et grandes considérations, concernantz la seureté de sa couronne, la dicte Dame ne pouvoit ny vouloit entrer aulcunement en guerre contre Vostre Majesté, ny aussy se déclarer, pour encores, plus avant qu'elle avoit faict contre le Roy d'Espaigne; mais, quand aux frays de la guerre, en tout ce que les dictz princes jugeroient estre bon de fère et d'entreprendre pour la deffance de leur religion, elle ne voudroit estre veue de n'y contribuer aultant ou plus largement que nul aultre prince ou princesse de la Chrestienté; et, là dessus, se sont poursuyvies d'aultres négociations particullières et bien estroictes, que je ne sçay pas encores quelles elles sont. Tant y a qu'ung secrettère du comte Ludovic, qui est arrivé depuis six jours, s'y est allé incontinent mesler bien avant.

J'ay advis, de plusieurs costés, comme le Sr de Vérac est véritablement abordé en ce royaulme. Je ne faudray d'en fère une bien expresse mencion à la dicte Dame. Je n'ay receu, longtemps y a, aulcunes nouvelles d'Escoce, et croy que les choses n'y passent du tout ainsy qu'il a esté rapporté à Mr le cardinal de Lorrayne. Il est bien vray que, en ceste court, l'on a opinion qu'il s'y pourra fère bientost quelque paix, car la noblesse se debvoit assembler pour cest effect dès la my febvrier, et ne faut doubter, puisque Carcade est prins, que ceulx du chasteau de Lillebourg ne se trouvent en grande nécessité, aulxquelz, depuis naguières, j'ay escript par deux foys. J'espère qu'ilz auront receu mes lettres.

J'ay communicqué, par Mr le vydame de Chartres et le jeune Sr de Pardaillan, aulx aultres gentilshommes françoys, la vertueuse responce que Vostre Majesté m'a mandé de leur fère, et leur en ay baillé tout l'article de vostre lettre par escript, affin qu'il n'y puisse estre rien varié. Ilz m'ont prié d'en rendre leurs très humbles grâces à Vostre Majesté, et qu'après qu'ilz auront dellibéré ensemble, ilz adviseront d'envoyer quelqu'ung d'entre eulx devers Vostre Majesté. Et sur ce, etc.

Ce IXe jour de mars 1573.

Depuis ce dessus, m'est venu advis comme l'accord a esté faict en Escosse, et que toutz les principaulx de la noblesse se sont rengés à recognoistre le Prince, et n'y a rien plus que le chasteau de Lillebourg qui tiegne pour la Royne d'Escosse. Je creins assez qu'on entreprendra de le assiéger, et que les Angloys y envoyeront gens et monitions.

CCCVIe DÉPESCHE

--du XIIIe jour de mars 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._)

Audience.--Expédition du comte de Montgommery.--Nouvelles d'Écosse et d'Allemagne.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Satisfaction montrée par la reine de la mission du comte de Worcester.--Négociation du mariage.--Discussion de l'article sur l'exercice de la religion.--Proposition faite à cet égard par l'ambassadeur.--Plaintes au sujet de l'expédition du comte de Montgommery.--Plaintes de la reine à raison de la conduite des Français en Écosse.--Assurance qu'elle ne donnera aucun secours au comte de Montgommery.

AU ROY.

Sire, de tant que je metz dans un mémoire à part ce qui s'est passé en la conférance que j'ay heu avec la Royne d'Angleterre, je vous diray au surplus que le dict de Montgommery, le jour d'après, a faict une extrême sollicitation en ceste court, mais j'espère qu'il luy aura esté plus osté que accreu de moyens. Il n'a peu encores partir, mais j'entends qu'il s'acheminera aujourdhuy vers l'Ouest, résolu, comme le commun dict, de s'aller jecter dans la Rochelle, avec moins de forces beaucoup qu'il n'avoit promis d'y mener. Aultres assurent que son entreprinse est ailleurs, ez confins d'entre la Normandye et Bretaigne, et qu'il tirera toute faveur des isles de Grènezé. J'ay mis gens après. Je pense avoyr comprins de ceste princesse qu'il y a résolution prinse en Escoce de bastre le chasteau de Lillebourg, si les Srs de Granges et de Ledington ne le veulent rendre, et qu'elle ne fera difficulté d'y envoyer des forces et des monitions à cest effect; de tant qu'elle dict que ceulx de la noblesse monstrent toutz d'y convenir. Dont adviserez, Sire, ce que sera expédient d'y pourvoir, attandu qu'elle a tout ce qui faict besoing à cella desjà tout prest et apporté à Barvic.

Le secrettère du comte Ludovic s'estant meslé dans la négociation de l'homme du comte Palatin a faict et conclud, icy, par le moyen d'ung Henry Pol, riche marchand d'Envers, lequel il a faict expressément passer deçà, ung party de soixante mil escus à estre payez au commancement d'avril, par trois égalles porcions, en Hembourg, Francfort et Strasbourg; et dict on que le dict Palatin a assuré une levée de quatre mille reytres à icelluy Ludovic. Sur quoy, de tant qu'il est échappé au dict de Montgommery de dire qu'il entreprendroit bien de l'aller recueillir jusques à la frontière, il semble que ce seroit pour la France; mais je n'en ay encores d'aultre indice.

Le duc de Saxe a mandé icy ung homme exprès pour fère entendre à ceste princesse que l'Empereur avoit esté adverty de la légation qu'elle avoit envoyé fère vers luy, et comme il avoit gratiffié le messager d'une cheyne et de sa médaille, chose qui ne debvoit avoyr esté sceue ny en France, ny en Flandres; et que, dorsenavant, elle ne voulût monstrer d'avoyr aulcune intelligence avec luy, ains qu'elle layssât jouer tout le jeu au Palatin. Sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de mars 1573.

MÉMOIRE.