Part 20
Sire, au sortir de dîner, le jour du mardi gras, milord trézorier et les comtes et seigneurs de ce conseil, après m'avoir rendu plusieurs grandz mercys de la bonne chère, et m'avoir faict une fort privée et ouverte démonstration de beaucoup de contantement, ilz m'ont dict que, pour ne rompre l'ancienne observance du jour, laquelle estoit de ne l'employer qu'à banqueter et se resjouyr, ilz se vouloient bien garder de traicter d'aulcune chose avecques moy, qui eût apparance d'estre guyères sérieuse, et pourtant qu'ilz remettroient, jusques à deux ou troys jours de là, de me respondre aulx querelles que je leur avoys faictes le XXVIIIe du passé; et ne me mouveroient celles qu'ilz avoient aussy à me fère sur aulcunes inconsidérations qu'on avoit naguyères uzées à Roan vers aulcuns angloys; seulement ilz me vouloient dire que la Royne, leur Mestresse, après ma dernière audiance, estoit demeurée si irritée contre les pirates, pour l'outrage faict au comte de Worcester, qu'elle avoit résolu d'en nétier la mer, dont avoit commandé qu'il fût mis promptement III bons navyres dehors pour les aller chasser de toutes les rades et costes de deçà, ce qui seroit faict dans sept ou huict jours. Sur quoy voyant qu'ilz avoient prescrit l'ordre de ne me vouloir travailler d'affères parce que j'estois leur hoste, je ne les en voulus ennuyer à eulx parce qu'ilz estoient les miens, et ainsy a esté remis de traicter de toutes noz négociations à quand j'yray trouver, la première foys, la Royne, leur Mestresse, à Grenvich. Or, Sire, ces troys navyres sont ceulx, que je vous ay desjà mandé, qu'elle avoit donnés à son admiral, lesquelz, parce qu'ilz avoient esté destinés à ung aultre effect, je souspeçonne fort que le prétexte de chasser les pirates sera de les envoyer toutz à la Rochelle, ou bien à fère la surprinse de quelque lieu le long de la coste de Normandye de Bretaigne, ou de Guyenne, s'ilz le trouvent mal gardé. Car à voyr les dilligences d'aulcuns malcontantz qui sont icy, et leurs ordinayres sollicitations en court, les armes et monitions qu'ilz acheptent, le nombre de grandes harquebuzes à forchette qu'ilz font forger, les navyres de guerre qu'ilz louent et marchandent, les hommes qu'ils entretiennent, et la presse qu'ilz leur font toutz les jours de se tenir pretz, et mêmes qu'ilz vont praticquant les soldatz, tant angloys que françoys, aussytost qu'il en arrive ung en ceste ville, ainsy qu'ilz sont après à suborner quatorze ou quinze françoys qui viennent d'Escoce (mais je leur ay obtenu passeport, et baillé quelques deniers pour se retirer à Dieppe), il est aysé à juger qu'ilz ont quelque desseing non petit, et qui est fort prest d'estre bientost exécuté. En quoy semble qu'il ne faut non seulement avoyr l'euil sur l'object de la Rochelle, car estiment qu'elle n'est pour estre forcée de longtemps, mais que, s'il leur reste quelque moyen de vous apprester de la besoigne ailleurs, qu'ilz ne faudront de l'essayer affin de divertir le siège du dict lieu de la Rochelle.
Il est arrivé ung courrier d'Escoce depuys troys jours, duquel l'on ne publie les nouvelles qu'il a apportées de dellà, mais quelqu'ung, qui en a descouvert quelque chose, m'a mandé que le capitaine Granges et Ledington, encor que milord de Morthon poursuive opiniastrément de les resserrer par une tranchée qu'il a faicte devant le chasteau de Lillebourg, qu'ilz se maintiennent néantmoins fort bravement contre luy, et monstrent de creindre bien peu ses effortz; que ce que le dict de Morthon traictoit de bailler le Prince d'Escoce aux Angloys, ainsy qu'il a esté sur le poinct de le consigner, cella a esté esventé par quelque lettre que j'avoys escripte d'icy; dont semble que l'entreprinse reste maintenant fort éloignée, nonobstant que les cinquante mille escus de la convention soient desjà sur les lieux, car les Escouçoys disent qu'ilz mourront plustost très-toutz que de souffrir qu'on le transporte hors du pays; qu'il estoit bruict que le frère du dict Granges estoit arrivé à Abredin avec le Sr de Vérac. Sur ce, etc.
Ce VIIIe jour de febvrier 1573.
CCCe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Négociation secrète de l'ambassadeur avec Burleigh.--Favorables dispositions des Anglais.--_Mémoire._ Détails de la négociation.--Plainte de l'ambassadeur au sujet d'un traité qui aurait été signé par Elisabeth avec les protestans de la Rochelle.--Protestation de Burleigh avec serment que cette imputation est fausse.--Sa déclaration que si le roi veut faire punir les auteurs des massacres de la Saint-Barthèlemy, la reine lui montrera la même confiance qu'autrefois, et consentira à reprendre la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, affin d'interrompre l'effect de quelques dilligences que je voyois fère icy, qui m'estoient suspectes, j'ay prins occasion, par la dépesche de Vostre Majesté du XXIIIe de janvier, d'aller, la nuict passée, sur les dix heures d'après soupper, fère une négociation extraordinayre avec milord de Burgley, dont je mets le récit à part.
J'espère, Sire, que les choses se pourront modérer, si une nouvelle, qui vient tout à ceste heure d'arriver, ne les altère, c'est qu'on a escript de Barvic que quatre ou cinq centz françoys se sont désambarqués en Escoce, du costé du Nort, chose que j'estime qu'on a controuvée sur l'arrivée du Sr de Vérac par dellà; mais je mettray peyne d'en oster l'impression. Les troys navyres que je vous ay cy devant mandé estre ordonnés pour chasser les pirates de deçà, sortyront dans troys jours hors du port, et, si l'on ne leur envoye une nouvelle commission quand ilz seront sur mer, je sçay bien que celle qu'ilz emportent d'icy n'est pour atempter chose qui soit contre vostre service; et mesmes l'on a faict arrester quelques navyres chargés de bledz vers l'Ouest, qui estoient prestz d'aller à la Rochelle. Tant y a, Sire, que je ne veulx pour cella me rétracter de chose que j'ay escripte, ny que Vostre Majesté n'ayt encores bien suspecte la grande deffiance de ceux cy, car l'évesques de Londres et les principaulx protestantz de ce royaulme continuent ouvertement de retenir aultant de soldatz volontayres qu'il en arrive en ceste ville, et en ont desjà plus de troys mille enrollés. Ilz communicquent avec les malcontantz et tiennent plusieurs estroictz conseilz avec eulx. Ilz font des cueuillètes de deniers, et, oultre les sommes que je vous ay cy devant mandées, ilz contreignent les douze principalles compagnies des marchandz de Londres de contribuer vingt mille escus contantz qui se payent aujourdhuy. Et sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de febvrier 1573.
NÉGOCIATION AVEC MILORD DE BURGLEY.
Sire j'ay dict à milord de Burgley qu'à peyne eussiez vous espéré, du plus grand ennemy qu'ayez au monde, ung acte plus contrayre à l'amityé d'entre Vostre Majesté et la Royne, sa Mestresse, que celluy qui vous estoit naguières apparu d'elle par ung advis, dont m'aviez envoyé l'extrêt, touchant une confédération qu'elle traictoit de fère avec ceulx qui se sont soublevés en vostre royaulme, et que j'estois le plus honteux et confus gentilhomme qui fût en vostre service de ce, qu'après les bonnes parolles et promesses bien expresses qu'encores, depuis l'accidant de Paris, elle m'avoit prié de vous escripre de sa persévérance vers vous, il se trouvoit maintenant qu'elle s'alloit non seulement joindre, mais se rendre chef de la plus adversayre entreprinse qui se pourroit dresser contre Vostre Majesté et contre le repos de vostre estat, et que vous aviez en cella à accuser beaucoup ma facillité et sottise d'avoyr légièrement creu à parolles, mais beaucoup plus leur maulvayse foy, qui sçavoient bien que, depuis huict moys, la dicte Dame avoit très solennellement juré de vous estre bonne amye et vraye confédérée; et que Dieu, à qui elle en avoit faict le sèrement, estoit tesmoing qu'en tout ce temps, ny depuis la paix de l'an 1565, il ne s'estoit offert aulcune occasion en toute la Chrestienté, où il fût question du bien de l'estat et de la personne d'elle, que vous ne vous y fussiez monstré son vray amy, voyre son très parcial amy;
Et pourtant que je luy vouloys bien dire, si les choses passoient plus avant, bien que soubz mein, ou couvertes de quelque prétexte que ce fût, qu'il vous resteroit, vifve à jamais, la plus juste prétantion d'injure contre sa Mestresse et contre ce royaulme, dont prince ayt esté oncques provocqué, pour vous en revancher, quand vous verriez l'oportunité de le fère; et que je luy portois le dict advis qui arguoit fort la dicte Dame d'avoyr desjà deffailly vers vous; et luy portois aussy l'extrêt de vostre dicte lettre qui, au contrayre, monstroit tousjours combien vous persévériez droictement vers elle, affin que luy mesmes fût tesmoing qu'elle cherchoit de perdre sans occasion ung amy, dont la perte ne luy en pouvoit estre, ny aulx siens, petite ny légière.
Le dict de Burgley, après avoir considéré ce que je luy disoys, qui n'a esté sans beaucoup d'aultres remonstrances bien amples, et les plus vifves que je luy ay peu déduyre, lesquelles, pour briefveté, je ne metz icy, et qu'il a heu leu vostre lettre en ce qui concernoit les poinctz de l'amityé, du faict de la Rochelle, de l'offre de l'Irlandoys, celluy de la ligue contre le Turcq, celluy de messieurs de Guyse et celluy du mariage, il m'a respondu qu'il me prioit, devant toutes choses, de croyre que l'advis estoit aussy faulx et mensonger, comme l'estoit le Diable luy mesmes, autheur de faulceté et de mensonge. Et puis a adjouxté ung sèrement à Dieu, bien fort grand et digne d'estre creu, que la Royne, sa Mestresse, n'avoit escripte aulcune lettre, petite ny grande, à ceulx de la Rochelle, ny leur avoit encores, en façon du monde, rien respondu, bien que plusieurs choses de leur faict luy eussent à la vérité esté proposées; et que le dict advis estoit plustost une admonition que ceulx de la religion se donnoient les ungs aulx aultres, et ung advertissement entre eulx, que non une chose ainsy advenue; et qu'il vous suplioit, Sire, de vous donner paix et repos, quand à cella;
Qu'il avoit ung infiny plésir de voyr en vostre lettre beaucoup de particulliers tesmoignages de vostre bonne et vertueuse procédure vers la Royne, sa Mestresse, à laquelle nul, soubz le ciel, luy pouvoit reprocher qu'elle fût en aulcun deffault vers Vostre Majesté, mais bien luy estoit besoin, pour les choses advenues en France, qu'il luy apparût ung peu plus cler, qu'elle ne l'avoit peu voyr depuis huict moys en çà, si l'intention de Voz Majestez, et de Monsieur, et de Monseigneur le Duc, tendoient à la ruyne de ceulx de sa religion ou bien à conserver leur amityé, premier qu'elle estimât se debvoir si confidemment commettre à Vostre Majesté comme elle faysoit auparavant;
Mais que, si Vostre Majesté luy donnoit quelque esclarcissement de cella, en faysant punir quelques ungs de ces plus séditieux, qui, sans authorité publique, ont tué ceulx de la dicte religion, mesmement les femmes et enfans, qui ne pouvoient estre participans de la conspiration; et si faysiez cognoistre à ceulx qui sont échappés de ceste grande émotion, que vous n'estes poinct marry qu'ilz se soient retirez en lieu de refuge, pour la seureté de leurs vyes; et que ne permettiez procéder qu'avec temps et ordre vers les dicts de la nouvelle religion, si, d'avanture, vous ne voulés plus souffrir qu'il y en ayt qu'une en vostre royaulme, qu'aulmoins ilz ne soient forcés d'abandonner la leur, premier qu'ilz soient instruitz ou persuadés comme ilz doivent prendre l'aultre, sans violenter ny leurs personnes ny leurs consciences; que lors auroit elle apparente occasion de se commettre comme auparavant à Vostre Majesté, et luy, de le luy oser conseiller, parce que cella justiffieroit vos actions passées, et feroit voyr que l'accident auroit esté ou fortuit, ou provocqué par ceulx mesmes de la dicte religion, là où ung chacun demeureroit maintenant persuadé du contraire, avec quelque escandalle de vostre réputation vers toutz les Protestantz;
Et que le propos du mariage ne tarderoit après d'estre approuvé par toutz ceulx de ce conseil, comme chose qu'ilz voyent bien qui est plus nécessayre à leur Mestresse et à son royaulme, que non à Voz Majestez Très Chrestiennes ny au vostre; (et les difficultez ne paroistroient grandes, pourveu que la dicte Dame se peût apercevoir que, nonobstant la souspeçon qu'elle a prins de ce que, en mesmes temps qu'on traictoit avec elle pour Monsieur, l'on envoya fère des practiques pour le marier en Pouloigne, et que Monseigneur le Duc s'est maintenant absenté, quand le comte de Worchester a deu arriver par dellà, et que la Royne, vostre mère, a différé longtemps de respondre aulx poinctz de la religion;) si néantmoins vous y vouliez maintenant procéder de bonne et vraye intention, car ne falloit doubter que elle, de son costé, ne l'y eût toujours heue très bonne, et clère, et nette.
Et a poursuivy son discours en plusieurs aultres propos, desquelz j'ay heu occasion d'espérer que de ceste nostre conférance pourroit sortir quelque proufit pour vostre service. Dont luy ay seulement réplicqué que j'acceptois, de tout mon cueur, l'atestation qu'avec sèrement il me faysoit que l'advis estoit faulx; et que, sur la parolle sienne, j'entreprendrois de vous promettre, Sire, que vous trouveriez plus de vérité en l'assurance, que je vous avoys donnée, et que je vous confirmois de rechef, de la persévérance de sa Mestresse vers vostre amityé, que non en tout ce qu'on vous avoit voulu, et qu'on vous voudroit, fère doubter de la sienne.
Et, touchant les justes déportementz de Voz Majestez Très Chrestiennes vers ceulx de la nouvelle religion, et de vostre droicte intention au propos du mariage, oultre qu'il avoit veu l'esclarcissement de cella en termes bien exprès dans vostre dicte lettre, je luy avoys encores apporté la lettre de la Royne, vostre mère, de mesmes dathe, en laquelle, après le narré principal, il y verroit adjouxté ung bien peu de motz de sa mein, qui luy donroient pleyne satisfaction de ces deux poinctz.
Et ainsy, la luy ayant baillée à lire, il l'a trouvée merveilleusement à son goust; et je luy ay faict gouster davantage ce qu'elle mesmes y adjouxtoit par postille, qu'elle ne croyroit jamais que la Royne d'Angleterre peût laysser de vous estre bonne sœur et amye, pour avoyr mis vostre estat et vostre vye en seureté, et qu'à ce coup elle vous voulût faire cognoistre, par sa résolution sur le propos de Monseigneur le Duc, sa bonne volonté:
Que c'estoient bien peu de parolles, mais, parce qu'elles procédoient d'une grande princesse qui les escripvoit de sa royalle mein, qu'elles justiffioient, plus que à suffizance, les actions de Voz Majestez sur tout l'accidant qui estoit advenu à ceulx de la nouvelle religion; et déclaroient si ouvertement vostre sincérité au propos du mariage, que je ne voulois, ny à l'ung ny à l'aultre, adjouxter une seule sillabe du mien.
Le dict milord estant demeuré tout court, et non, à mon advis, mal satisfaict, m'a prié de luy laysser la dicte lettre, affin de la pouvoir communicquer à sa Mestresse, ce que j'ay très volontiers faict. Et ainsy nous sommes départis.
CCCIe DÉPESCHE
--du XVIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Nouvelles d'Allemagne et d'Écosse.--Crainte que l'on doit avoir en France des secours préparés en Angleterre pour la Rochelle.--État de la négociation des Pays Bas.
AU ROY.
Sire, le gentilhomme angloys qui estoit passé oultre jusques au duc de Saxe est revenu, depuis trois jours, par la voye de Holande, par laquelle, peu devant luy, l'homme du comte Palatin estoit arrivé, et semble que son retour en ceste court ayt réchauffé la dellibération de la guerre en faveur des Protestantz, qui auparavant s'alloit peu à peu attiédir, ayant, à ce qu'on dict, rapporté beaucoup plus de satisfaction du dict duc, sur les choses que la Royne d'Angleterre luy a faictes proposer, qu'on ne l'espéroit de luy; qui, pour enseignes de sa bonne affection en cest endroict, a gratiffié le messager d'une cheyne de huict centz escus, avec une médaille de son effigie au bout, qu'il porte à la vue de tout le monde.
Et, le mesmes jour, le Sr de Languillier est arrivé de la Rochelle, et, peu après, le poste de Vuarvic a aporté la certitude comme le Sr de Vérac et Carcade, frère du cappitaine Granges, sont arrivés à Abredin d'Escosse, sans aultre nombre de françoys que de huict ou dix harquebusiers, qu'ilz avoient prins dans leur navyre pour se garder des pirates, mais il compte aussy comme le dict Carcade, s'estant depuis conduict jusques au lieu de Blacmet, le comte de Morthon l'est allé assiéger, et l'a prins avec tout ce qu'il portoit de lettres, d'instructions et d'argent, et qu'il guette le Sr de Vérac pour luy en faire aultant.
Je creins, Sire, de beaucoup d'endroictz, beaucoup de choses, dont auray l'œil en beaucoup de partz pour vous donner le plus d'advertissementz que je pourray; mais il semble bien que debvés surtout fère dilligemment recognoistre en Allemaigne qu'est ce qu'on y prépare, car de là viendra le plus grand effort; et m'a l'on dict que le comte Ludovic assure que sans doubte il y aura bientost une armée en campagne, mais ne se publie encores où elle marchera; qui prévoys néantmoins que les Angloys, en quelle part qu'elle aille, y adresseront aussy leur entreprinse. Dont je desire infinyement que, par une bonne dilligence d'avoyr plustost réduict, ou par amour ou par force, ceulx de la Rochelle, et ceulx qui suyvent leur party en France, à vostre obéyssance, Vostre Majesté oste toutz moyens à ces estrangers de s'entremettre de leur faict.
Guaras attand encores la responce pour le Duc d'Alve, et n'espère de moins sinon qu'on la luy fera fort bonne, et qu'après les procheynes lettres, que le dict duc renvoyera, le commerce et les portz seront réouvertz entre les deux pays pour deux ans, et que, pendant iceulx, il sera depputé des personnages, de chacun costé, pour mettre toutz les aultres différendz en bons termes d'accord. Sur ce, etc.
Ce XVIe jour de febvrier 1573.
CCCIIe DÉPESCHE
--du XXIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée jusques à Bouloigne par le courrier._)
Armemens faits par le comte de Montgommery.--Projets divers qu'on lui suppose.
AU ROY.
Sire, après que j'ay eu remonstré au grand trézorier d'Angleterre les choses, que Vostre Majesté m'avoit escriptes touchant la confédération qui se présumoit entre la Royne, sa Mestresse, et ceulx de la Rochelle, l'on n'a depuis rien plus traicté de ces matières suspectes dans ce conseil; ains le dict grand trézorier et les comtes de Lestre et de Lincoln se sont absentés, et n'est demeuré gens d'affaires près de la dicte Dame que le seul comte de Sussex et mestre Smith: ce qui est cause, Sire, que je ne puis, si proprement que je voudrois, descouvrir, à ceste heure, comme va la particullarité des praticques de deçà. Néantmoins je voy bien que aulcuns fâcheus, et pleins de passions, ne cessent de poursuyvre, de mayson en mayson, et d'oreille en oreille, leurs accoustumées sollicitations plus que jamays; et que le comte de Montgommery va cherchant ceulx cy, et pareillement qu'il est cherché d'eulx, et qu'il traicte ordinayrement avec le secrettère du comte Palatin, et que la retenue des soldatz, tant françoys que aultres, qui a esté faicte en ceste ville, monstre de n'attandre que l'ordre et commandement de luy. En quoy, à mon jugement, Sire, il semble estre passé si avant, en prenant de l'argent de ceulx de Londres, et encores, à ce que j'entendz, quelque somme de ceste court, qu'il est aysé à juger qu'il s'est obligé à quelque entreprinse. Et parce qu'on ne publie au vray quelle elle est, qui, possible, luy mesmes ne la sçayt encores de certein, je vous diray, Sire, quelle opinyon en ont ceulx qui antent avec luy et avec les siens, et qui oyent souvant leurs discours: c'est que, si les moyens ne luy viennent plus grandz que, pour encores, ilz ne luy apparoissent, qu'il s'yra jetter, avec ce qu'il a de soldatz, dans la Rochelle; mais, s'il peut avoyr les moyens si gaillardz qu'il ayt de quoy mettre des gens en terre, sans dégarnir ses vaisseaulx, qu'il hazardera de surprendre ou de forcer quelque place, le long de la côte de Normandie, de Bretaigne ou de Guyenne, et qu'en toute sorte il tentera de maîtriser la mer avec cinquante navyres de guerre petits ou grands qu'il peut mettre ensemble en dellibération de combatre les gallères et vaysseaulx de Vostre Majesté, si l'occasion s'y offre. Et s'entend aussy, parmy eulx, qu'il pourra fère une entreprinse en Escoce pour y réduyre les choses, à la dévotion des Angloys, qui les ont à cueur, aultant que nulles aultres qui les concernent; et s'efforcera de prendre le chasteau de Lillebourg et de transporter le Prince d'Escoce par deçà: qui ay bien advertissement, Sire, qu'on prépare de l'artillerye, des pouldres et des monitions, en la Tour de ceste ville, pour les envoyer à Barvic tout exprès, à ce qu'on dict, pour en accomoder le comte de Morthon, lequel monstre d'avoyr résoluement déterminé de venir à bout de ceulx du dict chasteau de Lillebourg. Il se parle aussy que cest apprest de mer du dict de Montgommery est pour aller en cours piller quelque isle, ou bien pour dévaliser quelqu'une des flotes qui reviendront des Indes. Et aultres disent qu'il yra trouver le prince d'Orange, et que mesmes il essayera de tirer des harquebousiers de la Rochelle, et des aultres lieux de France, pour en accommoder le dict prince.
Je supplye très humblement Vostre Majesté d'advertyr vostre armée de mer de se préparer et se tenir sur ses gardes. Sur ce, etc. Ce XXIe jour de febvrier 1573.
CCCIIIe DÉPESCHE
--du XXVIIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Brouar._)
Préparatifs du comte de Montgommery.--Protestation de dévouement de la part du vidame de Chartres et de plusieurs autres réfugiés.--_Mémoire._ Audience.--Plainte de l'ambassadeur au sujet de l'alliance qu'Élisabeth aurait faite avec les protestans de France.--Insistance pour la conclusion du mariage.--Déclaration de la reine qu'elle n'a pas formé d'alliance avec les protestans de France, et qu'elle ne veut donner aucun secours à la Rochelle.--Communication faite par elle de divers avis qui lui sont adressés de France.--Ses plaintes à raison des projets imputés au roi sur l'Écosse.
AU ROY.
Sire, premier que le comte de Worchester soit arrivé icy, lequel est encores attendant le vent à Bouloigne, j'ay esté bayser les mains de cette princesse à Grenwich, pour luy rendre, de la part de Vostre Majesté, et des deux Roynes Très Chrestiennes, l'exprès mercîment, qui est contenu en vos lettres, du IIIIe et VIIe du présent, pour la peyne qu'elle avoit prinse d'envoyer tenir la petite Madame, vostre fille, sur les saincts fontz de baptesme; en quoy je n'ay obmis de luy gratiffier le présent, et l'eslection du dict comte, et ce, qu'en toutes choses elle avoit procédé si honnorablement en cest endroict, qu'il ne s'y eût peu desirer ny plus de dignité, du costé d'elle, ny plus de contantement pour Voz Très Chrestiennes Majestez: et je mets dans un mémoire à part ce qui s'en est ensuivy.