Part 2
Sire, aussytost que Mr de Montmorency, estant arrivé à Bouloigne, a veu que le vent luy pouvoit servir, il a passé la mer, ensemble Mr de Foix et tous les seigneurs et gentilshommes qui sont en leur compagnie, le VIIIe de ce moys; et, le mesme jour, ilz ont esté, du comte de Pembroc et des milords de Vuindesor et de Boucaust, et aultre bon nombre de noblesse de ce royaulme, fort bien et fort honnorablement recueillis à Douvre, ainsy que Mr de Foix m'a assuré qu'il le vous avoit amplement escript du dict lieu, et ont séjourné là ung jour entier pour se refère du travail de la mer. Et, le lendemain, se sont acheminés à Conturbery, à Setemborne et à Rochester, où ilz ont de mesmes esté partout fort bien reçus, et sont arrivez le vendredy, XIIIe du moys, à Gravesines; auquel lieu je les suys allé trouver. Et, peu après, le comte d'Ochestre, accompagné de milord Grey, de milord Staffort, de milord Comthom, de milord Cheyne, et aultre bon nombre de gentilshommes, leur y est venu au devant, avec les barges de la Royne; sur lesquelles il nous a tous reconduictz, l'après dînée, en ceste ville de Londres, à laquelle ainsy que sommes arrivés, la Tour a faict son debvoir de tirer force coups de canon; et, quand avons esté descendus à Sommerset Place, le dict comte d'Ochestre a présenté à Mr de Montmorency, de la part de la Royne, sa Mestresse, ung petit St George à mettre au coul, et luy a baillé les estatutz de l'ordre d'Angleterre; et puis le hérault d'armes luy a ataché la jarretière, ce que mon dict sieur de Montmorency a receu, avec plusieurs bien dignes et honnorables parolles de mercyement à la dicte Dame, avec mencion expresse du congé qu'il avoit de Vostre Majesté de le pouvoir accepter, accollant le dict sieur comte qui le luy présentoit, et le baysant fort cordialement à la joue, comme l'ung des confrères. Et, peu d'heures après, le comte d'Exex, accompagné d'aultre troupe de noblesse, l'est venu visiter pour luy dire, et à Mr de Foix, la bien venue de la part d'elle. Et, le matin ensuyvant, le comte de Sussex, encores plus accompaigné que nul des précédans, luy est venu faire plusieurs honnestes complimens qu'il luy a mandés, et a dîné en la compagnie; puis, sur les quatre heures du soyr, nous a conduictz, avec les mesmes barges du jour précédent, à Ouestmenster. Et là, avec ung concours fort grand des seigneurs et dames de ceste court, et de ceulx qui se sont trouvés en ceste ville, elle a fort favorablement receu, premièrement, mon dict sieur de Montmorency avec une très grande démonstration d'ung vray et inthime contantement, et après, Mr de Foix avec plusieurs gracieuses parolles de grande privauté et confience, et puis tous les gentilshommes françoys, ung à ung, avec tant d'honneste faveur que je ne puis dire, Sire, sinon que ceste princesse a monstré combien elle vous veult honnorer, et combien par effect elle veult satisfaire au debvoir de l'amityé qu'elle vous promet de parolle.
Le jour ensuyvant, qui a esté dimanche, quinziesme de ce moys, après que le pouvoir et la forme du sèrement ont esté monstrés à milord de Burgley, et après que Mr de Montmorency, accompagné de Mr de Foix et de moy, a heu présanté à la dicte Dame, à l'issue de ses prières, le dict pouvoir, et luy a heu, en très honnorable façon et avec parolles à ce convenables, faict la réquisition en tel cas requise. Elle, uzant d'une expression grande à monstrer combien volontiers et plus cordiallement, que de nul aultre acte qu'elle heût faict de son règne, elle alloit accomplir cestuy cy, et combien elle réputoit heureux ce jour, auquel elle s'alloit conjoindre d'une perpétuelle confédération avec Vostre Majesté; appellant Dieu à tesmoing pour la punir, si, dans son cueur, il ne voyoit une vraye intention d'en produire les effectz comme estantz les vrays fruictz trop meilleurs et plus grandz que par ses parolles, qui n'en estoient que les feuilles, elle ne le nous pouvoit exprimer; elle a dict, tout hault, que, premier que jurer, elle vous vouloit bien déclarer qu'elle n'avoit, pour encores, randu en Escoce le chasteau de Humes, n'estant bien résolue auquel des deux partis ce seroit, de peur d'y augmanter le trouble, néantmoins que sa résolucion estoit de le remettre ez mains des Escouçoys. Sur quoy nous luy avons requis que la dicte rédiction se fît avec le sceu de Vostre Majesté, ce qu'elle nous a accordé. Et, après, s'estant aprochée de l'autel et estandu la mein sur les évangiles de Dieu, le livre touché entre les mains d'ung de ses évesques, a fort sollennellement juré l'entretènement de tout le contenu au traicté de confédération, jouxte la forme qui en avoit esté auparavant dressée par Mr de Foix, laquelle estant rédigée par un escript en parchemin, elle l'a signée de sa mein sur ung poulpitre d'or soubstenu par quatre comtes, à ce assistans grand nombre de seigneurs françoys et toutz les principaulx seigneurs et dames de sa court. De quoy mon dict sieur de Montmorency, pour tous troys, en a requis l'acte, qui nous a esté concédé avec ung infiny contentement de la dicte Dame et de toutz ceulx qui, des deux partis, y ont assisté.
Elle nous a, au partir de sa chapelle, mené toutz troys en sa privée chambre, et, peu après, à la sale de présence, où elle a voulu qu'ayons dîné en sa table, et toutz les aultres françoys en une aultre grande sale auprès, avec les seigneurs de sa court; et, l'après dînée, ayant entretenu quelque temps à part mon dict sieur de Montmorency, elle nous a ramené toutz troys seuls en sa mesmes chambre privée, pour entendre le reste de leur charge; laquelle mon dict sieur de Montmorency, après qu'elle a heu lues les petites lettres, la luy a fort dignement proposée, et Mr de Foix y a adjouxté la confirmation, là où il en a esté besoing. A quoy elle, après les mercyements bien honnorables, dont elle a sceu, sellon sa coustume, fort à propos et fort expressément, uzer vers Voz Majestez Très Chrestiennes, est entrée en ung petit discours des choses du passé et des difficultés présentes; et, sans rien rejecter de ce qui luy estoit maintenant mis en termes, ny monstrer aussy d'en rien accepter, a remis la responce à une aultre foys, après qu'elle y auroit ung peu pensé. Puiz, ayant faict la faveur à mon dict sieur de Montmorency de le mener en la propre chambre où elle couche, elle l'a licencié pour quelques heures, affin qu'il s'allât retirer en la sienne, qui luy estoit préparée là auprès; en laquelle il n'a guyères séjourné que les comtes de Lestre et de Sussex le sont venus prendre pour le mener voyr le combat des ours, des taureaux et du cheval, du cinge, et puys à l'esbat dans les jardins jusques à ce que la dicte Dame y est sortie, attandant l'heure du festin; qui a esté dressé fort grand et magnifique sur une terrasse du chasteau, dans une feuillée fort belle et ample, bien ornée de beaucoup de compartimens et de deux des plus beaux et riches buffetz de l'Europe. Et, de rechef, elle a faict manger Mr de Montmorency, Mr de Foix et moy, à sa table, et tout le reste des seigneurs françoys et angloys, meslés avec les dames de la court, en une aultre fort longue table près de la sienne, fort opulentment traictés, prolongeant les services jusques environ minuict, qu'elle nous a menés sur une aultre terrasse qui regarde dans une grande court du dict chasteau; où nous n'avons guyères tardé qu'ung viellard avec deux jeunes pucelles est entré, qui a requis secours pour elles en ceste court: et soubdein se sont présentés vingt chevalliers sur les rancz, dix blanz menés par le comte d'Essex, et dix bleus menés par le comte de Rotheland, qui ont, pour l'occasion des dictes pucelles, attaqué ung brave combat à l'espée, à cheval; lequel a duré jusque sur l'aube du jour que la Royne, par l'adviz des juges du camp, a déclaré les dictes pucelles libres, et s'est retirée pour s'aller dormir, et a licencié mon dict sieur de Montmorency et toute sa troupe pour s'aller reposer.
Aujourdhuy il va à Windesor pour y recepvoir l'ordre à la cérémonie accoustumée, accompagné de toute ceste court, et au retour, il passera à Hamptoncourt, remettant, Sire, toutes aultres choses à ce que, en la lettre générale de nous troys, et en les leurs aultres particullières, ils vous escripvent plus amplement, pour adjouxter seulement icy que je suis infinyement bien ayse que, par les lettres de Voz Majestez, du VIIe de ce moys, je voy qu'il est à tout cecy très bien correspondu de dellà à honnorer et bien traicter le comte de Lincoln et ceux qui sont avecques luy. Sur ce, etc. Ce XVIIe jour de juing 1572.
CCLVIIIe DÉPESCHE
--du XXIIe jour de juing 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le courrier Barroys._)
Négociation de MMrs de Montmorenci et de Foix.--Audience.--Proposition du mariage.--Réunion du conseil pour délibérer sur la demande.--Affaires d'Écosse.--Détails sur la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, nous avons, le dix huictiesme de ce moys, receu la lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté nous escripre, du XIIIe, avec le postcript du XIIIIe, et avons trouvé par icelle que nous, de Montmorency et de Foix, estions arrivés en ceste ville de Londres le mesme jour que vous aviez donné la première audience à monsieur l'admiral d'Angleterre; et avions aussy toutz trois receu le sèrement de ceste Royne, le mesme jour, que luy l'avoit receu de Vostre Majesté; et vous envoyons la coppie de la forme du dict sèrement et acte d'icelluy, que Vostre Majesté trouvera conformes à celluy de la forme et acte du vostre, qu'il vous a pleu nous envoyer.
Quand au mariage, nous avons escript à Vostre Majesté, par lettres du XVIIe, envoyez par courrier exprès, ce que nous y avons faict jusques alors; et, le mesme jour, du XVIIe, moy, de Montmorency, suys allé, accompagné de plusieurs seigneurs et gentilshommes de ce pays, à Windesore distant d'icy de vingt milles, où est la chapelle de l'ordre de la Jarretière pour y estre instalé et prendre la possession accoustumée. Par tout le chemin, j'ay tousjours esté, moy et ma suyte, comme auparavant, et suis encores, deffrayé et servy aulx despens et par les officiers de ceste Royne, avec grande abondance; et ay veu ez maysons du dict Windesor et Hamptoncourt, et principallement à Hamptoncourt, la plus grande quantité de riches et précieulx meubles que je vys jamais, et que l'on se sauroit imaginer. Je n'ay esté de retour que jusques au XIXe au soir, et, pendant ce voyage, j'ay parlé plusieurs foix du dict mariage au comte de Lestre, et à milord de Burgley, qui ont monstré le desirer, et promis de s'y emploier de leur pouvoir. Je leur ay aussy faict entendre que nous en voulions avoir responce au plus tost, et, pour ce faire, desirions parler à la Royne d'Angleterre; ce que fut cause qu'elle nous manda toutz troys le lendemein, vingtiesme, pour aller parler à elle après disner, sans cérémonies et en privé; et fusmes conduictz par eau en son jardrin, et l'allasmes trouver en une gallerie, où elle nous accueillit fort gracieusement. Et, après quelques devis du susdict voyage, nous luy dismes que nous avions receu lettres de Vostre Majesté, par lesquelles il vous plaisoit nous faire entendre combien vous avoit esté agréable de voyr le dict sieur amiral et le bon nombre de noblesse qui l'accompaignoient, nous commandant de la remercyer très affectueusement des très bons et honnestes propos qu'il vous avoit tenus de sa part.
Et, peu après, rentrant sur le faict du dict mariage, elle continuoit tousjours de mettre en avant le jeune aage de Monseigneur le Duc, monstrant prendre plésir de continuer ce propos, et principallement d'entendre ce que nous luy disions de sa doulceur, bonté et louables meurs, et aultres qualités; et enfin elle demanda comment est ce qu'on feroit de la religion, sur quoy nous luy respondismes que nous estions assurés que l'on n'en seroit en aulcun différend, parce que, si d'ailleurs elle trouvoit bon le dict mariage, elle auroit soing de la conscience, honneur et réputation de Mon dict Seigneur le Duc, comme de la sienne propre, comme aussy luy auroit tout esgard à son contantement d'elle et de ses subjectz, et à l'union et repos de son royaulme.
Sur quoy elle réplicqua que c'estoient parolles générales, et qu'elle desiroit entendre le particullier. Nous respondismes que, pour le grand desir que Voz Majestez et Mon dict Seigneur avoient à ce mariage, nous espérions que vous vous contanteriés de ce qu'elle avoit voulu accorder à Monsieur. Et, sur ce qu'elle disoit qu'elle ne luy avoit rien accordé, nous luy respondismes qu'il étoit vray, mais que nous entendions ce qu'elle avoit donné charge à Me Smith de luy accorder. Et, disant la dicte Dame que nous n'en pouvions rien sçavoir, nous luy dismes que nous en appellions à tesmoing sa propre conscience, et que nous sçavions qu'elle estoit si vertueuse qu'elle ne vouldroit rien taire de la vérité. Elle assura que non, et que jà, à Dieu ne pleust que en chose de telle importance, elle voulût tant offancer sa conscience que d'y apporter rien de faulx. Sur ce, ne réplicquant la dicte Dame autre chose, nous prinsmes congé d'elle.
Ce jourdhuy nous avons entendu, et de lieu seur, que la dicte Royne déduysoit, sur le soir, bien au long au comte de Lecestre et à milord de Burgley tout ce que nous luy avions dict; et enfin requit le dict de Burgley de luy en dire son advis. Qui luy dict qu'il luy sembloit qu'elle debvoit aujourdhuy assembler son conseil pour en dellibérer, estant l'affaire de si grand poidz et importance qu'il méritoit l'assemblée et conférence de toutz ceulx qu'elle avoit honnorés de ce lieu, et estimoit luy estre fidelles. Ce qu'elle estima bon, et, à ces fins, toutz les seigneurs de ce conseil ont esté mandés pour ceste après dînée, où l'affaire doibt estre proposé par icelluy de Burgley; et de ce que nous entendrons en avoir esté résolu nous en advertirons incontinent Vostre Majesté.
Quant au commerce, et affères d'Escoce, il ne nous a pas semblé à propos d'en parler devant qu'avoir résolution du principal, lequel, venant à réuscyr sellon vostre intention, emporte avec soy tout le reste. Cependant nous avons escript à Mr Du Croc que nous ne faudrons, pour les affères d'Escoce, de nous emploier de nostre pouvoir, et comme nous en avons charge et commandement de Vostre Majesté, le priant d'assurer ceulx de Lillebourg que l'intention vostre est de pourvoir à leur seureté, et ne les laisser oprimer par leurs adversaires. Et sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juing 1572.
A LA ROYNE.
Madame, ce seroit chose trop longue de vous racompter en combien d'honnestes façons la Royne d'Angleterre s'est efforcée de caresser et honnorer messieurs voz depputés, et leur faire, et à toute leur compaignie, depuis qu'ilz sont en ce royaulme, le plus grand et le meilleur traictement qu'il est possible de penser, et comme elle a donné ordre que cella leur soit continué jusques à ce qu'ilz remonteront en mer. Dont vous diray seulement, Madame, que Mr de Montmorency et Mr de Foix, chacun en son endroict, et moy avec eulx, du mien, ne cessons, parmy ces bonnes chères, d'acheminer toutjours, aultant qu'il nous est possible, le propos de Monseigneur le Duc vostre filz, et n'obmettons ung seul de toutz les poinctz que nous imaginons y pouvoir servir que nous ne l'y amployons.
Et voycy, Madame, l'advancement que nous y avons peu donner, c'est que ne nous sommes en rien layssez vaincre des argumentz de la dicte Dame, bien qu'ilz soient grandz, et nous sommes efforcés de la randre vaincue par les nostres, qui, à la vérité, sont plus grandz et plus urgentz que les siens; mais ils sont fort contredictz par les adversaires, comme j'espère bien aussy qu'ilz seront soubstenus par ceulx qui y ont bonne affection. La matière est ung estat si doubteux que ceulx, qui ne la veulent, commancent bien fort de la creindre, et ceulx qui la desirent ne voyent où debvoir espérer encores rien de certein, et ce qui tient et les ungs et les aultres en merveilleux suspens est que aujourdhuy l'on la met en dellibération de conseil; dont ce qui s'en entendra cy après Vostre Majesté le sçaura bientost. Mais j'estime, Madame, que bonne partie de la conclusion de ce propos a de résulter du bon acheminement que Voz Majestez y donront par dellà avec le comte de Lincoln, et avec les ambassadeurs d'Angleterre, et de ce qu'ilz escripront et rapporteront de la vraye et indubitable intention de Voz Majestez, de l'honneste affection et non feincte de Monseigneur le Duc, et de la bonne opinion qu'ilz imprimeront de luy et de ses vertueuses qualitez par deçà, et du contantement avec lequel vous les aurez en toutes sortes de faveur, de bonnes chères, de présentz, de promesses et d'honnorables entretènementz, renvoyez par deça la mer; vous supliant très humblement, Madame, commander, de bonne heure, que l'apparat soit aussy bon et meilleur pour eulx à leur retour, partout où ilz passeront, comme a esté à l'aller, sellon que je vous puis dire, avec vérité, Madame, que tout ce qui se faict icy pour Mr de Montmorency et Mr de Foix, et les siens, est très magnifique, très sumptueux et royal. Sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juing 1572.
Si l'affaire continue de cheminer comme il a commencé, il parviendra bientost à une ou aultre conclusion, et j'ay occasion d'espérer que plutost elle sera bonne que maulvayse, sinon que l'ordinayre instabilité de ceste court y change quelque chose. Je desire que Vostre Majesté escripve une lettre, de sa mein, au comte de Lester pour le mercyer de l'advancement qu'il a donné à ce propos, et pour le prier d'y mettre luy mesmes la perfection, et l'assurer de la récompense. Nous uzons cepandant de toutes les promesses et honnestes persuasions que nous pouvons vers les dames qui sont les plus près de ceste princesse, et vers toutz ceulx qui ont quelque moyen de nous ayder. Je remercye très humblement Voz Majestez de l'honneur et faveur qu'il leur plaist me faire du collier de l'ordre. L'on m'avoit, une foys, respondu qu'il estoit égaré et perdu, mais ayant remonstré qu'il y avoit une promesse par escript de le debvoir rendre, l'on l'a faict trouver, et a esté remis en mes mains depuis deux jours.
CCLIXe DÉPESCHE
--du XXVIIIe jour de juing 1572.--
Négociation du mariage du duc d'Alençon.
Icy défault une dépesche, mais, en lieu d'icelle, suplèe ung discours que Mr de Foix a adressé.
Ce _Discours_, qui renferme le détail de toute la négociation de Mrs de Montmorenci, de Foix et de La Mothe Fénélon, touchant le mariage du duc d'Alençon, ayant été imprimé en entier dans l'édition que Le Laboureur a donnée des _Mémoires de Castelnau_ (t. 1er, p. 652), nous croyons inutile de le reproduire. Il n'a pas été d'ailleurs transcrit sur les registres de l'ambassadeur, mais il s'en est trouvé dans ses papiers plusieurs copies, qui sont littéralement conformes à celle qui a été publiée par Le Laboureur.
CCLXe DÉPESCHE
--du premier jour de juillet 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._)
État de la négociation de MMrs de Montmorenci et de Foix.--Plaintes de Marie Stuart.--Nouvelles des révoltés de Flessingue.--Riches présens faits à MMrs de Montmorenci et de Foix.--Explication sur la négociation du mariage du duc d'Anjou.
AU ROY.
Sire, de tout ce qui s'est négocié, icy, pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix y ont esté, et combien avant, eulx et moy, y sommes allés, et où nous en sommes demeurés, je laisse à eulx de le vous particullariser par le menu; et vous diray seulement, Sire, que ce que la présence d'ung seigneur de grande qualité, qui a la réputation d'estre fort entier et véritable, et plein de toute sorte d'honneur et de vertu, peult en cella, Mr de Montmorency l'y a tout aporté; et ce que les sages advertissementz, et prudentes considérations, et vifves remonstrances pleines de rayson, y ont peu donner d'efficace, Mr de Foix l'y a fort abondamment et fort dignement presté. Et je n'ay obmis, de ma part, rien de ce que je y ay peu aporter de ma dilligence, y ayans, toutz troys, fort soigneusement observé le temps, et l'ayant faict observer par ceulx d'icy qu'avons cognu y avoir bonne intention; de sorte que rien n'y a esté précipité, ny aussy rien délayssé. Et croy bien, Sire, quand à l'acte de confirmation et sèrement du traicté, et à donner impression à ceste princesse de vous demeurer perpétuellement confédérée, qu'il ne se peut desirer rien de plus, ny de mieulx, de ce qui en a esté faict.
Et, au regard du propos de Monseigneur le Duc, ceste princesse l'a prins de fort bonne part, et a fort grandement remercyé Voz Majestez qui le luy présentiés, et a fort honnorablement parlé de luy qui se offroit à elle. Ses conseillers l'ont générallement approuvé, et ont réduict toutes les difficultés à deux seules, qui sont de l'aage et de la religion; et encores, si la première se peult vaincre, que la seconde se modèrera. Sur quoy a esté prins le dellay d'un moys pour y faire une résolue responce, laquelle dépend assez du raport que feront ceulx qui retournent de France; lesquelz, pour ceste occasion, je me resjouys infinyement que Vostre Majesté les ayt renvoyez ainsy bien contantz, comme elle le nous escript, du XXIIIe et XXVe du passé.
Et, quant aux aultres poinctz, concernant les deux lettres que ceste princesse vous debvoit escripre: l'une, de sa mein, pour l'expression de la cause de la religion au traicté, et l'aultre de l'interprétation du XXVIe article; pareillement de la paix d'Escoce; et du transport du commerce d'Angleterre en vostre royaulme; il a été satisfaict au premier, et Mr de Montmorency en a emporté la lettre: laquelle, ainsy qu'elle est, a esté dressée par ceste princesse, qui estime estre en meilleure forme que l'aultre que milord de Burgley luy avoit minituée, dont nous a en faillu contanter.
Et le segond a esté tant débatu qu'il a esté remis d'ouyr là dessus Me Smith, après qu'il sera arrivé, premier que d'en dépescher nulle lettre.
Pour le troysiesme, il sera promptement envoyé une déclaration en Escoce, contenant que résolution a esté prinse entre ceste princesse et nous, voz depputés, d'admonester les deux partys, qui sont par dellà, de faire commancer que soyt une vraye et seure abstinence d'armes affin de traicter des moyens d'accord entre eulx; et, s'il y a quelque différend sur les condicions de la dicte abstinence, qu'ilz se raporteront à ce que les deux ambassadeurs, qui sont devers eulx, en ordonneront.
Le quatriesme, qui est du commerce, demeure à estre traité, icy, à loysir, par les marchandz de ceste ville avecques moy, dans les quatre moys du dellay, qui a esté préfix à cella.
Et, oultre ce dessus, Mr de Montmorency et Mr de Foix ont proposé aulcunes choses honnorables, de vostre part, pour la personne de la Royne d'Escoce, en quoy ilz n'ont esté du tout esconduictz; et mesmes ont heu permission de pouvoyr envoyer devers elle, dont ilz y ont dépesché le secrettère d'Ardoy. Elle m'a escript deux fort amples lettres, du Xe et XVe du moys passé, et m'a envoyé aultres deux lettres pour Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et m'a prié de vous faire entendre le misérable estat, auquel elle et ses affères sont réduictz; dont, de tant que je ne le vous sçaurois mieulx représanter que par ses propres lettres, je les ay adjouxtées à ce pacquet, et loue infiniement le bon et vrayement royal office qu'avez faict pour elle vers ces seigneurs angloys, qui estoient par dellà, lequel servira grandement à ceste pouvre princesse.