Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 19

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Mr le vidame de Chartres et les Srs De Pardaillan et Du Plessis me sont venuz faire une grande pleincte, me remonstrantz qu'en nul temps il n'avoit esté veu qu'on eût jamais accusé l'absance d'aulcun, qui eût voulu fouyr bien loing pour éviter la persécution de sa religion; et qu'ilz vous suplient très humblement que, veu qu'il estoit bien cognu à Vostre Majesté qu'ilz n'estoient passez en ce royaulme, lequel est maintenant de vostre alliance, sinon pour céder à l'extrême violence qui s'exerçoit indifféremment en France contre ceulx de leur religion, et pour seulement deffendre, avec la fuyte, leurs vyes, affin de n'estre veus rebelles s'ilz se joignoient avec ceulx qui monstrent de la vouloir deffandre par les armes, qu'il fût vostre bon plésir ne vouloyr permettre qu'ilz soient notez du nom infamme de rébellion.

J'ay respondu que, par vostre dernière déclaration, du VIIe de décembre, il leur estoit pourveu d'une si bonne seureté, en leurs maysons, qu'ilz ne se pouvoient excuser d'y retourner.

Ilz m'ont réplicqué qu'il y en avoit si peu que, naguyères, l'on avoit esté bien près, à Roan et à Paris, de recommancer une aultre émotion sur ceulx qui restoient de leur religion, sans que la justice eût fait semblant de s'y ozer oposer.

Sur quoy, voulantz mener les propos plus avant, non sans quelque altération entre nous, je leur ay résoluement déclaré que je ne me pouvois rétracter de chose que j'eusse dicte, car c'estoit, sellon la charge que j'en avoys, par commandement exprès de Vostre Majesté; mais, pour ne les désespérer, je leur ay dict que je vous feroys très volontiers entendre ce qu'ilz m'alléguoient, dont m'ont prié de le vouloir accepter par escript, et le faire ainsy tenir à Vostre Majesté.

Et puis le dict Sr Vidame, à part, m'a dict que le comte de Montgommery offroit que, si j'avois à luy faire entendre quelque chose, en particullier, de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, ou de Messeigneurs voz frères, qu'il viendroit parler, avec tout respect, à moy, pour ouyr voz bons commandementz.

Je luy ay respondu que, en brief, j'attandoys une vostre dépesche, et que, s'il y avoit quelque chose qui le concernât, je le luy ferois incontinent sçavoyr.

Il semble que, depuis quatre jours, soit arrivé ung vaisseau de la Rochelle, et qu'il rapporte que Mr de La Noue s'en est retourné sans rien fère, et que mesmes il a esté tenu de bien court dans la ville, non sans danger de sa personne. Et, de tant que ceulx des habitans, qui sont icy, voyent bien que la continuelle instance, que je fay contre eulx, leur pourroit donner quelque empeschement en leurs affères, ilz trouvent moyen d'attitrer des marchandz angloys, qui ont accoustumé de trafficquer des mesmes choses qui leur sont besoing, et par ceulx là ilz font leur emplète, et puis les font embarquer en lieux escartés; de sorte qu'il est très difficille d'y trouver remède. Et mesmes semble que la Royne d'Angleterre, ny ceulx de son conseil ne l'y sçauroient mettre, sans y procéder par quelque bien extraordinayre voye; ce que, pour ne leur toucher l'affère de si près, il n'y a pas grand apparance qu'ilz le facent, ny qu'on les en doibve trop presser.

Néantmoins, de tant qu'il est certein qu'il coulera tousjours d'icy quelque rafraychissement, a la desrobbée, aux dicts de la Rochelle, il ne sera que bon que Mr de La Garde n'espargne pas les navyres angloys, qu'il trouvera, qui en abuseront; pourveu qu'il garde que, soubz tel prétexte, l'on ne traicte mal ceulx qui yront ailleurs pour exercer leurs commerces: car il se pourroit, à la fin, peu à peu fère une si bonne masse au port de la Rochelle, qu'elle ozeroit bien aller rencontrer voz gallères. De quoy il s'en faict desjà quelque bruict; et que mesmes les dicts de la Rochelle se veulent résouldre de n'attandre pas que l'armée de terre approche de leurs murailles, ains qu'ilz yront se retrancher le plus loing qu'ilz pourront pour l'arrester, mesmement, s'il ne vous vient poinct de Suysses, comme ilz en ont quelque espérance.

Il y a des cappitaynes de mer angloys, lesquelz, ayantz armé des navyres soubz l'espérance de la guerre qui se feroit pour secourir ceulx de la Rochelle, ne pouvantz maintenant obtenir congé d'y aller, veulent vendre leurs navyres. Et ung d'entre eulx m'a faict dire qu'il vendra très volontiers le sien à Vostre Majesté: dont, pour garder qu'il n'en accomode les dicts de la Rochelle, ny ceulx qui s'en pourroient servir à nuyre à voz subjectz, je luy ay mandé que je le vous escriprois, et que je luy en feroys avoyr bientost responce, ce qui, possible, induyra les aultres d'en fère de mesmes; dont vous plerra m'en mander vostre intention.

CCXCVIe DÉPESCHE

--du XXIIe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Négociation du comte de Worcester.--Armemens faits par les protestans pour secourir la Rochelle.--Armemens faits par la reine d'Angleterre; doutes sur le but qu'ils peuvent avoir.--Dessein des Anglais de s'emparer du prince d'Écosse.--Bonne disposition du conseil en faveur de la France.

AU ROY.

Sire, puisque le comte de Worcester est maintenant devers Vostre Majesté pour accomplir, le plus honnorablement qu'il pourra, la charge de tenir pour la Royne, sa Mestresse, la petite Madame sur les sainctz fontz de baptesme, il sera bon de tirer encores de sa légation le plus d'utilité qu'il sera possible pour le bien de vos affères; dont, s'il vous plaist, et à la Royne, vostre mère, de traiter bien à fondz avecques luy et avec Mr de Vualsingam du propos de Monseigneur le Duc, il m'a fort assuré qu'il a fort ample commission d'y entendre, et mesmes de ne partir d'auprès de Vostre Majesté, si la négociation prent bon train, qu'il ne la voye réduicte à quelque bonne conclusion. Par ainsy, Sire, il est expédiant de convenir avec eulx, en propres parolles et bien expresses, du poinct de la religion, car ilz s'attandent que Voz Majestez, premier qu'ilz s'advancent d'en rien dire, leur en facent ouverture par quelque bonne responce sur les précédantes propositions que le dict de Valsingam dict qu'il en a desjà, de longtemps, faictes à la Royne; en quoy semble qu'elle luy peut demander qu'il ayt à répéter ce qu'il estime luy en avoyr proposé, et par là en attacher si bien la praticque que toutes les difficultés s'en puissent facillement esclarcyr.

Le comte de Montgommery a esté appellé ces jours passez à la court, où son frère, Mr de St Jean, qui est arrivé icy le dix huictiesme de ce moys, l'a trouvé, lequel vous comptera tout ce qui s'est passé entre eulx; et nonobstant que ceulx de la Rochelle ne soient ouvertement ouyz par la Royne, ny de ceulx de son conseil, en leurs instances, elles sont toutesfoys secrettement reçues par aulcuns aultres qui peuvent assez, et hier est huict jours qu'il se tint ung conseil en une mayson privée de ceste ville sur les moyenz de pouvoir secourir la dicte ville; dont, de plusieurs propos irrésolus, qu'on m'a rapporté y avoyr esté tenus, semble qu'il se peut colliger ceste résolution, que, par tout le moys de febvrier, se pourront mettre ensemble trente cinq ou quarante navyres de ceulx de Fleximgues, et qu'il se ramassera bien, entre françoys et vualons, et aulcuns angloys désadvouez, jusques à troys mille hommes en tout; lesquelz de divers endroitz couleront facillement ez dicts navyres: et qu'avec cella s'entreprendra de mettre ung rafreschissement d'hommes et de vivres, et de monitions, dans la ville, non sans quelque dellibération de vouloir combattre vostre armée de mer, si l'occasion s'y présente, et, quoy que soit, de la forcer, si elle entreprend de leur empescher le passage.

En quoy ma souspeçon devint plus grande de ce que j'ay sceu que la Royne d'Angleterre a faict présant d'ung navyre de six centz tonneaulx, et de deux aultres de cent cinquante tonneaulx chacun, à son admiral, qui a donné incontinent le grand à son filz, et les deux aultres à deux gentilshommes ses parans; et si, a baillé commission à neuf ou à dix aultres gentilshommes, de bonne qualité, d'en armer chacun ung, pour estre prestz dans la fin du prochein moys de febvrier, ce que je puis bien interpréter se faire pour d'aultres considérations, mesmement pour se pourvoyr contre le Roy d'Espaigne; duquel ilz se sont formés une récente peur, parce qu'on leur a rapporté qu'il faict préparer ung grand équippage de mer en Biscaye pour passer luy mesmes en Flandres, et qu'ilz n'ont receu la responce ainsy bonne, comme ilz l'attandoient, du duc d'Alve sur l'accord de leurs différendz; ou bien qu'ilz veulent fère quelque secours au prince d'Orange et aux habitans de Holande et Fleximgues, desquelz ilz ont ordinayrement leurs députés avec eulx qui, à ce qu'on dict, n'offrent rien moins que de soubmettre volontairement les deux isles à la perpétuelle protection de la couronne d'Angleterre, et d'y establir présentement l'authorité de ceste princesse partout;

Ou bien que c'est pour entendre aulx choses d'Escoce, desquelles l'on m'a confirmé que le Sr de Quillegreu a véritablement esté troys jours entiers en la mayson de milord trézorier aulx champs, et s'en est retourné le XVIIIe du présent pour parachever la praticque de recouvrer par deçà le Prince d'Escosse, par l'entremise des gentilshommes qui ont la garde de sa personne, et mesmement de celluy qui entrera en quartier à ce prochein mars, y tenant la mein le comte de Morthon. Et, pour cest effect, il emporte dix mille escus, et y en sera employé jusques à cent mille, s'il est besoing; joinct qu'on dict que les principaulx de la noblesse d'Escoce monstrent de se vouloir départir de l'intelligence du dict de Morthon, et que ceulx du chasteau de Lillebourg ont commancé de canonner dans la ville, et y ont tué le cappitaine Hacman et ung aultre gentilhomme, parce qu'icelluy de Morthon a prins prisonnier milord de Sethon: ce que, si ainsy est, ceulx cy font bien leur compte que les armes se reprendront par dellà, incontinent après le dernier de ce moys; dont veulent estre pourveus, et vont couvrant, plus qu'ilz ne firent onques, et dissimulant leurs dellibérations.

Néantmoins, Sire, je veulx, par plusieurs conjectures, et encores par quelques advis, présumer que ce qui se prépare maintenant en ceste mer estroicte tend tout au faict de la Rochelle comme à ung affère qui est présent, et lequel tient toutz aultres affères, du costé de deçà, en grand suspens; dont je vous suplie très humblement, Sire, en faire advertyr Monsieur, frère de Vostre Majesté, affin qu'il y pourvoye si bien qu'il ne puisse estre ny empesché ny surprins d'aulcun accidant. Et cependant par une ouverte et franche négociation avec les ambassadeurs de ceste princesse, Voz Majestez pourront essayer de remédier à ces choses, ou aulmoins de les divertir, affin qu'elles ne puissent empescher l'heur de voz affères, ny retarder la victoire de Mon dict Seigneur; ce que j'estime ne sera trop difficille à conduyre, car milord trézorier m'a mandé que, si le comte de Worcester trouve que vous soyez ainsy bien disposez, devers ceste princesse, comme je me suis efforcé de le leur persuader, qu'il ne fault doubter que les choses n'aillent aussy bien, entre Voz Majestez et vos deux couronnes et subjectz, comme vous le pourriez desirer. Sur ce, etc. Ce XXIIe jour de janvier 1573.

CCXCVIIe DÉPESCHE

--du XXVe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par un marchand de Londres._)

Résolution des protestans de hâter l'expédition de leurs secours pour la Rochelle.

AU ROY.

Sire, suyvant ce que je vous ay mandé, du XXIIe du présent, que la résolution avoit esté prinse icy entre quelques particulliers de secourir la Rochelle, j'ay à vous dire maintenant qu'ilz préparent à furie d'en exécuter promptement l'entreprise sans la vouloir différer, ny à la fin de febvrier, ny au commancement de mars, comme ilz l'avoient une foys pensé, parce qu'ilz se persuadent qu'estant desjà Monsieur devant la place, il se pourroit bien fère, ayant avec luy Monseigneur le Duc, et aultres princes, et bon nombre de grandz cappitaines, et une brave armée, qu'il la forçât par sa dilligence et valeur beaucoup plus tost qu'ilz ne peussent y avoyr pourveu. Dont tout ce qui estoit de pirates, au long de la coste plus procheyne d'icy, a faict desjà voylle vers le cap de Cornaille, et les françoys, qui estoient en ceste ville, s'y retirent toutz pour s'y aller embarquer, car c'est la poincte plus voysine de la Rochelle; sinon aulcuns des principaulx qui ne bougent encores. Et je voy bien, Sire, par les allées et venues que font aulcuns cappitaines de mer angloys en ceste court, qu'ilz veulent estre de la partye, de quoy je ne faudray d'en aller porter pleincte au premier jour.

Il ne se parle de rien plus chauldement en ce royaulme que de secourir les dicts de la Rochelle, et ce qui eschauffe davantage les Angloys à vouloir ayder l'entreprinse, est qu'il vient ordinayrement des lettres et nouvelles du dict lieu, par lesquelles l'on mande que, s'il se peut présenter quelques forces vers la Guyenne en faveur de ceulx de la religion, qu'indubitablement il s'y suscitera une fort grande révolte, et qu'il s'y pourra facillement reconquérir bonne partye du pays, que les dicts de la religion y avoient occupé aux derniers troubles. En quoy, pour se pouvoir prévaloir d'une si bonne occasion, si, d'avanture, elle se offroit, l'on m'a adverty qu'il a esté mandé, vers le quartier d'Ouest, de tenir prestz dix mil hommes et mille chevaulx, des mieulx choysis d'Angleterre. Et sur ce, etc.

Ce XXVe jour de janvier 1573.

CCXCVIIIe DÉPESCHE

--du IIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo_).

Audience.--Insulte faite en mer au comte de Worcester.--Plaintes contre les pirates et contre les armemens destinés pour la Rochelle.--Vives assurances de la reine que les pirates seront réprimés, et qu'elle interdira à ses sujets de porter aucun secours à la Rochelle.--Protestation de dévouement au roi faites par les chefs des protestans français réfugiés à Londres.

AU ROY.

Sire, pendant que j'ay heu ainsy suspectes les allées et venues d'aulcuns particulliers de ce royaulme en ceste court, à cause qu'ilz s'esforçoient de persuader à la Royne d'Angleterre qu'elle se deût entremettre des affères de ceulx de la Rochelle, en leur baillant quelque assistance soubz mein; et qu'ilz luy remonstroient que, si elle vous layssoit venir à bout, comme vous voudriez, de ceulx de sa religion en vostre royaulme, qu'indubitablement vous passeriez bientost oultre à poursuyvre la mesme cause par deçà, suyvant la promesse qu'en aviez desjà jurée au Pape, conjoinctement avec le Roy d'Espaigne, ainsy qu'ilz sçavoient très bien par des advis bien seurs, qu'on leur en avoit mandé de France, de Flandres et d'Allemaigne, et encores plus expressément de ceulx qui leur estoient venus de Rome, et que l'entreprinse se feroit soubz couleur de secourir la Royne d'Escoce; de quoy l'impression n'en estoit petite en l'esprit de ceste princesse, j'ay prins argument d'aller trouver ceste princesse par prétexte de me vouloir pleindre à elle du meschant et malheureux tour qui a esté faict au comte de Worcester.

Et, après l'avoyr supliée que, de tant que toutes les sortes de respect que les hommes doibvent à Dieu, aux princes et au droit des gens, avoient esté violés en cest endroict, et que l'outrage touche conjoinctement Vostre Majesté et elle, qu'il luy pleût commander d'en estre faict une si dilligente poursuyte que les autheurs d'ung si exécrable excès n'en demeurassent impunis[17]. J'ay suivy à luy dire qu'elle se pouvoit bien souvenir comme, à ma dernière audience, elle m'avoit promis de fère donner quelque bon ordre contre ces pirates; et depuis, les seigneurs de son conseil me l'avoient aussi confirmé; mays tant s'en falloit qu'il y eût esté pourveu que, au contrayre, j'entendois que le nombre en augmentoit toutz les jours, et que, en divers portz de ce royaulme, se faysoit une grande dilligence, par des françoys et flammans fuytifz, d'armer des vaysseaulx, et mesmes aulcuns des meilleurs capitaines de mer angloys, et nomméement maistre Hacquens et aultres apprestoient les leurs pour aller toutz ensemble, ainsy que bruict en couroit, faire la guerre aulx papistes françoys, et n'en laisser pas ung sans le piller, et jetter les hommes dans la mer, et aller combatre voz gallères et aller avitailler la Rochelle, et, en somme, nuyre à Vostre Majesté en tout ce qu'ilz pourroient. Qui estoit chose que vous ne pouviez ny vouliés espérer d'elle, et qu'il ne se pouvoit pas fère qu'elle vous peût compter pour si principal amy, comme vous luy estiez, s'il vous advenoit que de son royaulme sortissent actes si ennemys comme seroit de troubler la navigation et le commerce à voz subjectz, et de s'esforcer de donner empeschement à la réduction d'une vostre ville; dont, de tant que j'estoys constitué icy procureur de vostre mutuelle amityé, je luy voulois bien dire qu'il yroit en cella, si les choses passoient oultre, de ropture d'icelle, et de l'infraction du traicté; et que je la suplioys ne trouver maulvais si je me oposois, aultant qu'il m'estoit possible, qu'il ne se fît pas.

[17] Le navire qui portait le comte de Worcester en France avait été attaqué, et ce n'était qu'à grand' peine que le comte avait pu parvenir à s'échapper.

La dicte Dame, d'une fort bonne et agréable façon, m'a respondu qu'elle pensoit que le seul bonheur de l'occasion, pour laquelle elle vous dépeschoit le comte de Worchester, laquelle estoit saincte et privilégiée envers Dieu, et le debvoit estre envers les hommes, l'avoient ainsy préservé de ce grand dangier, et espéroit que, maulgré toutz empeschementz, vous vous trouveriez satisfaict d'elle et servy du dict comte en ce que vous desiriez; et que de tant que l'outrage, qui luy avoit esté faict, touchoit fort à elle, qu'elle ne permettroit qu'on en délayssât jamais la poursuyte, jusques à ce que la punition s'en fît à bon esciant, comme aussy elle vous prioit, parce que vous y estiez de mesmes intéressé, que, si l'acte procédoit de quelque lieu de vostre obéyssance, ainsy qu'on le souspeçonnoit, qu'il vous pleût ne le laisser impuny, et que, quand le cas seroit davantage vériffié, qu'elle le vous feroit entendre; que cella faysoit assez de foy que les pirates n'avoient guyères d'intelligence avec elle, et que, oultre l'ordre que, à mon instance, elle avoit mandé donner en cella pour bien les réprimer, qu'elle avoit mandé, de rechef, qu'il y fût très soigneusement pourveu;

Et, quand à debvoir sortir quelque empeschement de ce royaulme à voz subjectz en leur commerce et navigation de ceste mer, et pareillement à Vostre Majesté en la réduction de la Rochelle, qu'elle vous suplioit de demeurer mieulx persuadé d'elle que cella; et que, tant qu'il vous playroit luy garder l'amityé, qu'elle la vous rendroit de son costé la plus parfaicte et entière que prince ny princesse que vous heussiez en toute vostre alliance; et qu'elle ne sortiroit, pour chose qui peût advenir, de ce qui estoit droict et juste vers vous, si vous ne deveniez injuste vers elle, ce qu'elle ne vouloit si mal espérer des promesses et sèrement que luy avez faictz, bien qu'on luy avoit voulu persuader le contrayre; et qu'elle ne pensoit pas que pas ung fût si hardy d'ozer mettre hors d'aulcun port de ce royaulme aulcung appareil qui fût pour vous aller nuyre; car elle l'avoit trop expressément deffandu: ny Me Hacquens n'avoit aulcune hayne aulx Françoys, mais bien l'avoit fort grande aulx Espaignolz, qui l'avoient fort maltraicté; et pourveu qu'il se gardât d'offancer le Roy d'Espaigne, car cella ne luy comporteroit elle jamais, elle ne seroit pas marrye qu'il se peût venger de ceulx qui l'avoient oultragé.

Et, après aulcunes aultres bien honnestes responces, qui concernoient d'aultres poinctz que je luy avoys proposés, lesquelz seroient longs à mettre icy, elle s'est mise à discourir du voyage de Monsieur et de Monseigneur le Duc, frères de Vostre Majesté; et qu'elle s'esbahyssoit comme vous les vouliez hasarder toutz deux à une mesmes entreprinse, ou bien qu'elle pensoit qu'ilz s'estoient volontayrement ainsy absentés, l'ung et l'aultre, pour ne voyr poinct son depputé quand il arriveroit; et que cependant Mr le cardinal de Lorrayne estoit de retour, avec déclaration, pour la Royne d'Escoce, qu'elle puisse prendre encores ung aultre mary.

A quoy je n'ay manqué de réplicquer là où j'ay cognu en estre besoing, et elle m'a bien fort gracieusement licencié.

Or, estoit Mr le comte de Montgommery présent, quand j'ay parlé à la dicte Dame, mais n'a faict semblant de nous voyr ny de nous saluer, tant y a que Mr le vidame et les Srs de Pardaillan et Du Plessis, qui sont venus communicquer avecques moy, m'ont signiffié que le dict comte et eulx, et toutz les gentilshommes qui sont icy, ont ung singullier desir d'estre remis en vostre bonne grâce; et le dict sieur vidame se promet de fère en sorte que vous cognoistrez, Sire, qu'il n'aura employé ce temps, qu'il est absent, qu'à vous fère tant de service qu'il le puisse mériter. J'espère bien que de ceste négociation viendra quelque changement, ou aulmoins quelque suspencion, ez dellibérations qui se faisoient par deçà. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de febvrier 1573.

CCXCIXe DÉPESCHE

--du VIIIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Crainte que les Anglais ne préparent secrètement quelque entreprise contre la France.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.