Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 18

Chapter 183,749 wordsPublic domain

Sire, ayant le comte de Lestre sceu que j'alloys hier, qui estoit l'avant veille de Noël, à Hamptoncourt, il m'a envoyé prier qu'il m'y donnât à dîner, comme il a faict avec beaucoup de faveur; et a monstré qu'il ne creinct plus de trecter en privé avecques moy, ainsy que, ces quatre moys passés, il s'estoit bien engardé de le fère. Et le comte de Wourchester s'est trouvé en la compagnie, avec lequel j'ay devisé de son voyage vers Vostre Majesté, et l'ay sollicité de vouloir partir bientost, pour se rendre à Paris, incontinent après les Roys, ce qu'il a trouvé estre ung peu bien court; néantmoins m'a promis que, sellon le commandement que la Royne, sa Mestresse, luy en feroit, il mettra peyne de s'y disposer. J'en ay depuis parlé à la dicte Dame, laquelle m'a dict qu'elle eût bien voulu, premier que le dépescher, estre advertye s'il fault qu'elle prie une des princesses, et laquelle, de vostre court, ou bien qu'elle commète le dict comte pour tenir pour elle, car en voudroit uzer ainsy que l'auriez plus à gré.

Je luy ay respondu que j'attandz de brief une responce de Voz Majestez là dessus; qu'il ne fault pour cella laysser de faire partir le dict sieur comte, car elle pourra, puis après, s'il en est besoin, envoyer sa lettre et sa commission par la poste, là où il est besoing au dict sieur comte d'aller par journées, et ainsy nous sommes accordez qu'elle le fera partir le IIIe jour de l'an. Sur ce, etc.

Ce XXVe jour de décembre 1572.

CCXCIIIe DÉPESCHE

--du IIe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Audience.--Bonnes dispositions d'Élisabeth, de Leicester et de Burleigh en faveur de la France.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Assurance de la reine qu'elle persiste dans le traité d'alliance avec le roi, et dans la négociation relative au commerce.--Refus d'envoyer de nouveaux ambassadeurs en Écosse, et de chasser d'Angleterre les Français réfugiés.--Protestation d'Élisabeth qu'elle ne donnera aucun secours à la Rochelle.--Remerciement au sujet de la communication faite sur la négociation en France du cardinal Orsini.--Résolution de la reine d'envoyer sans délai le comte de Worcester en France; difficulté qu'elle fait de le charger de reprendre la négociation du mariage.

AU ROY.

Sire, de tant que, par vostre lettre du IXe et Xe du passé[15], je me suis trové non seulement bien respondu sur mes précédantes dépesches, mais encores fort amplement informé de certeins poinctz bien importans, que desirez estre de nouveau négociez avec ceste princesse, je n'ay fally de les luy déduyre toutz par le mesmes ordre que je les ay trouvés en vostre dicte lettre, et avec le plus de respect et d'expression qu'il m'a esté possible, pour tout ensemble les fère bien prendre et bien comprendre à la dicte Dame. Dont je ne les réytèreray icy; car c'est de Vostre Majesté mesmes que j'en ay heu la substance, et je y ay adjouxté seulement quelque forme de parolles; mais je charge le présent pourteur de vous dire, Sire, ce que la dicte Dame m'a respondu.

[15] A partir de cette époque, les lettres écrites par le roi et par la reine-mère à Mr de La Mothe Fénélon ont été publiées par Le Laboureur, qui les a jointes aux mémoires de Castelnau. Cette lettre, du 9 décembre 1572, est celle qui commence son recueil.--_Mémoires de Castelnau_, 3 vol. in-folio. Bruxelles, 1731, t. III, p. 265.

Il seroit long de vous racompter icy aulcunes réplicques que j'ay estimé ne debvoir obmettre de luy fère, lesquelles elle a prinses de bonne part; et, en me licenciant, m'a pryé que je voulusse communicquer, avec milord trézorier et avec le comte de Lestre, des mesmes poinctz que je luy avoys déduictz; ce que j'ay faict. Je les ay trouvés l'ung et l'aultre bien facilles et promptz à l'entretennement du traicté, doubteux et incerteins aulx propos du mariage; mais si estonnez, des choses naguières passées, qu'ilz ne sçavent comme prendre les présentes, ny comme juger de celles d'advenir. Ilz ont voulu avoyr temps pour rapporter le tout en l'assemblée de leur conseil et en conférer de rechef avec leur Mestresse. Sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1573.

INSTRUCTION DES CHOSES

dont le Sr de Vassal, suyvant la présente dépesche, aura à informer Leurs Majestez:

Que la Royne a respondu à mes demandes, Sire, qu'elle confesse que vous auriez occasion de vous fyer peu de son amityé, si cognoissiez qu'elle ne se confiât de la vostre, et pourtant qu'elle vouloit de bon cueur déposer les escrupulles, qu'elle avoit prins de ce qui s'estoit faict, sur l'assurance de ce que luy fesiez dire; et que je luy estois tesmoing qu'encor qu'elle n'eût approuvé l'acte, qu'aulmoins s'estoit elle tousjours efforcée de l'excuser d'elle mesmes, mais ne l'avoit peu justiffier vers les siens; qu'il n'estoit rien advenu, de son costé, qui vous deût faire changer de volonté; et, puisqu'il vous plésoit de persévérer au traicté, qu'elle ne s'en départiroit pour occasion qui se peût jamais présenter;

Que de rechef elle commanderoit fort volontiers à ceulx de son conseil de pourvoir aulx choses qui restoient à accomplir des articles du dict traicté, et que l'offre de Vostre Majesté de vouloir assoyr l'estappe aulx marchandz angloys, aussytost qu'ilz auroient choisy leurs lieux et places en France, avec les privilèges accordez, et l'émologation de voz parlementz, estoit très honnorable, mais qu'ilz refuzoient d'y entendre, parce que la peur les tenoit encores des évènementz de dellà; néantmoins qu'elle les en feroit de rechef exorter; et, quand bien ilz s'y rendroient opinyastres, le reste du traicté pour cella ne laysseroit de demeurer en sa vigueur, ny l'ancien commerce d'estre continué;

Que, pour la paix d'Escoce, elle ne voyoit pas que de nouveaulx ambassadeurs, encor qu'ilz fussent de plus grande qualité que les premiers, y peussent rien advancer, aulmoins pour le regard d'elle, qui ne sçauroit y faire ny dire davantage que ce qu'elle y avoit desjà dict et faict, et que le comte de Morthon, qui estoit à présent régent, avoit offert le chasteau de St André pour recouvrer le chasteau de Lislebourg, et d'aultres grandes récompances qui valoient vingt foys mieulx que le dict chasteau, mais ceulx de dedans estoient opinyastres; et qu'elle espéroit qu'ilz s'accorderoient à la fin par force:

Au regard de voz subjetz qui sont icy, qu'elle ne leur avoit peu dénier refuge pour l'occasion qu'ilz y estoient passez, et qu'il estoit en leur liberté de s'en retourner quand ilz voudroient; néantmoins que, de les en faire exorter, cella luy seroit imputé à cruaulté, jusqu'à ce qu'on vît que vostre justice ozât bien exécuter la punition qu'aviez commandé de faire des autheurs des meurtres et séditions passées;

Mais que, de donner secours ny assistance à ceulx de la Rochelle, elle seroit très marrye de le faire: bien avoit entendu que quelques ungs des habitans estoient descendus vers la coste de Ouest, lesquelz elle n'avoit point veus, et s'asseuroit qu'ilz ne trouveroient en ce royaulme chose aulcune qui leur peût servir pour maintenir leur rébellion, s'ilz la vouloient faire; vray est qu'elle ne pourroit, sans injure, deffendre que quelques ungs de ses marchandz, qui y avoient leur commerce de longtemps, et y avoient leurs biens engagés, ne l'y continuent, non toutesfoys d'y en fère establir de nouveau;

Qu'elle vous remercyoit grandement de ne vous estre layssé surprendre des persuasions du cardinal Ursin, non qu'elle ne louât bien fort que vous vous liguissiez contre le Turcq, comme encores elle se voudroit bien obliger à une si saincte ligue, affin de résister au commun ennemy et adversayre du nom chrestien, lequel, s'il n'estoit réprimé, opprimeroit quelquefoys les plus grandes puissances et les premières authoritez, et toute la liberté de la Chrestienté; mais que le vray moyen de luy résister seroit de mettre toutz les princes chrestiens en bonne union, et les différendz de la religion en accord, non de liguer contre luy, ainsy en apparance, une partie des forces chrestiennes, en intention de ruyner les aultres, et que, si Vostre Majesté s'estoit à bon esciant excusée d'entendre à telles praticques, elle estimoit que vous cognoistriez bientost que vous auriez beaucoup faict pour vostre réputation; qu'elle vouloit fort fermement croyre, sans y mettre aulcun doubte, que ne layssiez de l'aymer, pour la diversité qui estoit entre vous de la religion, car, avant que vostre dernière amityé fût promise ny jurée, vous sçaviez toutz deux quelle estoit la religion l'ung de l'aultre, et qu'elle croyoit bien qu'elles estoient diverses en quelques parolles, mais nullement contrayres en substance; dont tout ainsy qu'elle vous réputoit prince chrestien, qui ne luy manqueriez de vostre foy ny de vostre parolle, qu'ainsy la trouveriez vous princesse fort chrestienne, qui vous tiendroit toutes les choses qu'elle vous avoit promises et jurées.

Et adjouxta qu'elle croyoit que Dieu, au pis aller, n'avoit pas encores déterminé de faire que l'Angleterre ne demeurât là où elle estoit; aulmoins ne comprenoit elle pas qu'il eût encores mis en pouvoir de le fère à ceulx d'entre les hommes qui, possible, le voudroient bien entreprendre.

Et ayant la dicte Dame là dessus faict ung peu de pause, je luy ay dict, voyant que le temps estoit court, qu'à mon advis il y avoit de quoy louer et approuver, et de quoy plus la remercyer en sa responce, qu'il n'y avoit lieu d'y rien replicquer, et pourtant je la priois de passer oultre aulx aultres choses que je luy avois dictes.

Elle a suivy qu'à son advis Vostre Majesté se contanteroit de l'élection qu'elle avoit faicte du comte de Wourchester, car estoit de mesmes mayson qu'elle, personnage nourry en la court, qui avoit esté uniquement aymé du feu Roy, son père, et lequel vous trouveriez très inclin à Vostre Majesté et prest à faire tout ce que vous voudriez, et vous accompaigner là où luy commanderiez, et estimoit que vous le recepvriez et favoriseriez ainsy qu'avez tousjours faict ceulx qu'elle vous avoit cy devant envoyez; que, d'adjouxter à la commission, qu'elle luy donroit du baptesme, celle du mariage, elle s'en trouvoit en quelque perplexité, parce que son ambassadeur ne l'avoit encores résolue des poinctz dont elle luy avoit, longtemps y a, donné charge qu'il s'en esclarcît avec la Royne, vostre mère; mais qu'avant le troysiesme de janvier que le dict comte partiroit, elle pourroit avoyr receu la responce de son ambassadeur pour luy en mettre quelque article en son instruction, ou bien le luy envoyeroit après; et qu'elle creignoit assez qu'encor que Voz Majestez dissent que les difficultez de l'extérieur, qui estoient ez personnes, fussent beaucoup amandées, que néantmoins celles de l'intérieur, qui restoient ez consciences et en la religion, ne se fissent de jour en jour plus grandes; dont voudroit de bon cueur qu'elles fussent vuydées: car y avoit apparence, comme je le luy avoys bien remonstré, qu'après ceste foys, l'on réputeroit que ce ne fût plus qu'entretènement et peyne perdue d'en parler.

CCXCIVe DÉPESCHE

--du IXe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Nouvelles assurances d'amitié de la part de la reine.--Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh, le comte de Sussex, et Mr Smith.--Préparatifs pour la Rochelle.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Blessure du roi.--Retard apporté au départ du comte de Worcester.--Remerciemens d'Élisabeth sur l'offre faite par la reine de Navarre de tenir Madame en son nom sur les fonts de baptême.--Reprise de la négociation du mariage.--Défense faite en Angleterre de préparer des secours pour la Rochelle.

AU ROY.

Sire, il n'est possible de voyr une plus grande satisfaction que celle que la Royne d'Angleterre a monstré de recepvoir les bons termes d'amityé qu'il vous a pleu me commander luy tenir, et elle aussy, de son costé, n'a layssé une seule sorte de bonnes parolles ny de bonnes démonstrations, qu'elle n'en ayt uzé pour me tesmoigner que très parfaictement elle vous y correspondît; chose qui seroit longue à mettre icy, et suffira s'il vous plaist que je touche sommèrement aulcunes responces qu'elle m'a faictes, que je joins dans un mémoire à part.

Et après, elle m'a pryé de vouloir conférer du tout avec milord trézorier, avec le comte de Sussex et avec Me Smith; qui pourtant nous sommes retirés, toutz quatre à part. Et après qu'ilz ont eu paciemment escouté la déduction des principaux poinctz, ilz ont monstré d'avoyr très bonne inclination de satisfère, en tout ce qu'ilz pourront, à Vostre Majesté.

Les françoys qui sont icy font tousjours quelque apprest d'armes, et le cappitayne Poyet faict faire demy cent de longues harquebuses à fourchette, mais semble qu'il s'en veult retourner à Fleximgues, car il parle comme ayant charge du prince d'Orange; et les aultres font bruict d'aller à la Rochelle; néantmoins ilz n'impètrent encores de ceste court toutes les choses qu'ilz demandent. Je les observeray et les feray observer, ainsy que me mandez, affin de vous advertyr de leurs déportementz. Et sur ce, etc.

Ce IXe jour de janvier 1573.

MÉMOIRE

des choses que la dicte Dame m'a faict entendre.

Quand à vostre blesseure[16], Sire, elle m'a dit que plusieurs occasions luy faisoient réputer peu heureuse l'année dont nous venions de sortir, mais que cest accident seul la luy faysoit réputer du tout malheureuse, car s'estoit imprimé que le coup d'espée n'avoit peu estre sinon fort grand, puisque le gentilhomme tiroit à tuer le sanglier; et que de nul présent plus précieulx pourroit estre elle estrénée à ce nouvel an, que de l'assurance que luy donniez que cella s'estoit passé sans dangier, dont elle en louoit et remercyoit Dieu de bon cueur; et cella seroit cause de quoy elle jouyroit plus à plein le grand plésir qu'elle avoit aussy receu d'entendre que la Royne, vostre mère, fût entièrement bien guérye de son rume: qui vous supplioit toutz deux de croyre qu'elle ne pouvoit ouyr qu'il vous advînt, et aulx vostres, si peu de mal qu'elle n'y participât incontinent, avec aultant de douleur comme s'il touchoit à elle mesmes;

Et, au regard de faire promptement partir le comte de Wourchester, qu'elle vous suplioit d'excuser ung peu, s'il n'estoit desjà en chemin, parce qu'elle l'avoit mandé venir en poste; et il luy avoit esté besoing de renvoyer jusques en sa mayson, qui est en Galles bien loing d'icy, pour quérir ses gens, son équippage et aucuns de ses parans qu'il vouloit mener en sa compagnie, mais qu'elle le feroit partyr dans troys jours sans faillir, bien que aulcuns luy avoient voulu dire qu'il ne seroit assuré, et que d'aultres eussent voulu songer que messieurs de Guyse le feroient arrester pour ravoyr la Royne d'Escoce, ce qui n'avoit esté sans qu'elle eût monstré que non seulement elle mesprisoit, mais qu'elle avoit en hayne toutz les advis qu'on luy donnoit pour luy ingindrer doubte ou souspeçon de la foy et amytié de Vostre Majesté;

Qu'elle n'avoit parolles assez expresses pour vous remercyer aultant qu'elle debvoit, et la Royne, vostre mère, de l'honneur et faveur que luy faysiez, et que luy fesiez faire par la Royne de Navarre, qu'elle deignât tenir pour elle la petite Madame, de quoy elle se santoit vous en avoyr, et à elle, une très grande obligation, et que son desir doncques seroit de l'en suplier; néantmoins, voyant que l'Impératrix vouloit que son depputé mesmes tînt pour elle, qu'elle adviseroit, avec son conseil, comme en debvoir uzer, affin qu'il ne s'y trovât manquement ny diversité de sa part; et ne pensoit pas, quoy que aulcuns escruppulleux luy eussent voulu remonstrer au contrayre, que sa conscience ny celle du comte peussent estre intéressez que luy mesmes pour elle intervînt en ce sainct acte; et, quand à adjouxter son nom à celluy de l'Impératrix, pour en faire dénommer de toutz deux leur petite fillieule, que cella luy faysoit cognoistre combien Voz Majestez avoient soing de n'obmettre aulcune sorte d'honneste respect que n'essayssiez de l'en gratiffier; ce qui luy donnoit occasion d'estre pareillement respectueuse vers tout ce qu'elle cognoistroit à jamais servir à vostre grandeur et réputation:

Au regard de donner ample instruction au dict sieur comte pour résouldre Voz Majestez du propos du mariage, qu'elle mettroit peyne de le faire avec des conjectures, néantmoins, dont elle seroit contreinte d'uzer, que, si Voz Majestez luy parloient en une sorte, qu'il vous ayt à respondre sellon celle là; et si aultrement, aultrement; veu qu'elle n'avoit peu estre encores esclarcye par son ambassadeur de certeins poinctz de la religion, qu'elle luy avoit commandé d'en parler à la Royne, vostre mère, laquelle ne luy avoit voulu respondre, sinon que, quand elles deux se verroient, elles s'en sçauroient bien accorder entre elles; et que, ne se parlant, à ceste heure, plus de l'entrevue, il falloit qu'on regardât ung peu à ce poinct, ny ne vouloit advouer, sur ce que je luy disois que Monseigneur le Duc se pourroit contanter de ce qu'elle avoit voulu concéder à Monsieur, frère de Vostre Majesté, pour l'exercice de sa religion, qu'elle luy en eût voulu rien concéder, puisque rien il n'en avoit voulu accepter, et qu'elle se vouloit bien garder de ne se trop haster, affin de ne broncher là où elle avoit cuydé trébucher l'aultre foys; et que son ambassadeur se trouvoit si estonné d'avoyr trop espéré le premier mariage, qu'encor qu'il ne desirât pas moins ce segond, si ne trouvoit elle qu'en pas une de ses lettres il ozât encores assurer que Voz Majestez, à bon esciant, aient une ferme dellibération de l'effectuer;

Que ce qui s'estoit parlé, entre elle et le Sr de Mauvissière, de Monseigneur le Duc, qu'il pourroit faire ung voyage à la desrobée jusques icy, que cella s'estoit dict, plus sur l'occasion de leur propos, que non qu'elle l'eût mis en avant elle mesmes, car avoit tousjours remis cella à ce que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, jugeriez que seroit honnorable pour luy de faire;

Et qu'elle vous remercyoit, le plus qu'elle pouvoit, de l'offre que luy fesiez qu'après les difficultez vuydées et les choses réduictes à quelque bon accord, que Voz Majestez mettroient lors peyne de luy satisfaire, et de luy defférer, et luy uzer beaucoup de respectz; qu'elle n'avoit garde d'en desirer jamais de plus grandz qu'elle ne debvoit, ny qui ne fussent égallement honnorables à Monseigneur le Duc et à la couronne dont il est, qu'ilz le pourroient estre à elle et à la sienne; et que, de tenir les choses en longueur, c'estoit ce qu'elle vouloit surtout éviter, et croyoit bien que Voz Majestez et toute la Chrestienté jugeoient assez d'où procédoit, à ceste heure, le retardement;

Au regard de ce que j'avois entendu que quelques ungs armoient en ce royaulme pour nuyre à voz subjectz, qu'elle me prioit de ne le vouloir aulcunement croire; car c'estoit chose qu'elle avoit expressément deffendu; et avoit mandé à toutz les gardiens de ses portz qu'ilz missent ordre de l'empescher; dont elle me pouvoit assurer que, des principaulx lieux et hâvres de son royaulme, il n'en sortiroit rien, de quoy j'eusse cy après occasion de me pleindre; mais qu'à la vérité la mer estoit desjà si pleine de pirates, et il y avoit tant de petits lieux et criques cachées le long de la coste de deçà, qu'elle n'y sçauroit mettre l'ordre qu'elle vouloit; mais que ce n'estoit que larrons de mer, lesquelz il failloit que le premier qui les pourroit prendre les fît pendre;

Que, touchant ce que Mr le baron de La Garde escripvoit, de douze vaysseaulx angloys qui s'estoient esforcés d'entrer au port de la Rochelle, et favoriser ceux qui y portoient des vivres, qu'elle sçavoit bien la responce que son ambassadeur avoit faicte là dessus, que, s'il y eut eu douze bons navyres angloys, l'on ne les eût pas légièrement empeschés d'aller là où ilz eussent voulu; et cuydoit, à la vérité, que ce n'en estoient poinct; néantmoins, puisque le dict Sr de La Garde le mandoit, et, sur ce qu'il se pleignoit d'aucuns aultres angloys qui, avec mes passeportz, que je leur avoys baillé pour aller à Bourdeaulx, s'estoient voulu couler dans la dicte ville, qu'elle s'en feroit enquérir pour les faire toutz rigoureusement punir, ainsy qu'elle estoit après à faire chastier ceulx qui avoient mené des angloys à Fleximgues, sans qu'elle l'eût ordonné; et qu'elle vous prioit prendre ceste seurté d'elle qu'elle ne secourra en façon du monde les dicts de la Rochelle, et que mesmes l'on luy avoit dict que troys des habitans estoient par deçà qui proposoient d'en admener deux navyres chargés de greins et de vivres; mais que, s'ilz s'attandoient à cella, ilz endureroient longtemps la feim.

[16] Cette blessure, reçue par le roi à la chasse, était très-légère.

Et après, la dicte Dame est venue à quelques particullaritez que je luy avoys touchées d'une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit escripte, en quoy elle m'a parlé assez aygrement.

CCXCVe DÉPESCHE

--du XVe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._)

Départ du comte de Worcester avec charge de traiter du mariage.--Négociation des Pays-Bas.--_Mémoire._ Réclamation du vidame de Chartres et des Srs Pardaillan et Du Plessis contre l'ordre du roi qui leur enjoint de rentrer en France.--Disposition du comte de Montgommery à faire sa soumission.--Nouvelles de la Rochelle; préparatifs faits secrètement en Angleterre pour secourir cette ville.

AU ROY.

Sire, le comte de Vourchester a esté retardé jusques aujourdhui XVe, qu'on a achevé de le dépescher, et, après m'estre venu dire l'adieu en mon logis, il s'est mis incontinent sur la Tamise. Il s'en va pourveu d'une très bonne intention vers ces deux royaulmes, et d'une bien ample commission, ainsy qu'il m'a dict, de sa Mestresse, pour traicter avec Voz Majestez du poinct de l'allience qui se recherche maintenant entre vous; qui sont deux choses, lesquelles je m'assure, Sire, qu'avec la considération des aultres bonnes et grandes qualités siennes, vous le feront avoyr agréable.

L'on attand tousjours icy en grande dévotion la responce du duc d'Alve sur l'accord des différandz des Pays Bas, et semble que, si elle n'arrive dans le caresme prenant, que ceulx cy veulent prendre quelque aultre expédiant. Je desire, de plus en plus, Sire, que faciez bientost partir le Sr de Vérac pour Escoce, car j'entendz que les deux praticques, de mettre le Prince d'Escoce ez meins de la Royne d'Angleterre, et le chasteau de Lislebourg ez meins du comte de Morthon, se poursuyvent fort à l'estroict; et me vient l'on d'advertyr que le Sr de Quillegreu est arrivé depuis deux jours pour cest effect en ceste ville, et qu'il se tient caché au logis de milord trézorier, son beau frère. L'on offre de grosses sommes pour cella. J'ay escript à ceulx du dict chasteau la bonne provision que Vostre Majesté a ordonné pour les affères du dict pays, et qu'ilz auront bientost par dellà de voz nouvelles, si desjà elles ne sont arrivées. Et sur ce, etc. Ce XVe jour de janvier 1573.

MÉMOIRE.