Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 17

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Sire, le deuxiesme de ce moys, Mr de Mauvissière et moy sommes allez trouver la Royne d'Angleterre à Hamptoncourt, laquelle l'a beaucoup mieulx et plus favorablement receu que l'occasion des choses passées ne me le faysoit espérer, et croy, à la vérité, qu'en l'endroict d'ung aultre, elle n'eut si bien uzé qu'au sien; qui a bien voulu, dès l'entrée, luy commémorer les honnestes charges que, d'autrefoys, il a heu vers elle[13], qui luy avoient faict dès lors cognoistre sa vertu, et que ce où il s'estoit depuis loyallement porté en bon et fidelle subject, d'advertir Vostre Majesté d'éviter la dangereuse entreprinse de Meaulx[14], luy avoit faict mériter qu'elle et toutz les aultres princes en ouyssent bien parler; et qu'au reste il avoit tousjours heu une si bonne inclination à tout ce qui estoit de la commune amityé d'entre Voz Majestez, et avoit uzé de tant de sortes de courtoysies envers ceulx qu'elle avoit envoyé en France et envers toute la nation, qu'elle se sentoit obligée d'en avoyr mémoyre à jamais; et pourtant qu'elle remercyoit Vostre Majesté de luy avoir envoyé ung tel messager, et qu'il fût le très bien venu.

[13] Michel de Castelnau, sieur de Mauvissière, avait déjà été chargé à différentes époques de diverses missions en Angleterre. En 1576, il succéda comme ambassadeur à La Mothe Fénélon. Voir ses _Mémoires_ auxquels Le Laboureur a fait de nombreuses additions. Bruxelles, 1731, 3 vol. in-fº.

[14] V. tom. 1, p. 27 _note_.

A quoy luy ayant le dict Sr de Mauvissière faict l'humble mercyement qui convenoit, il luy a présenté, avec les recommandations de Vostre Majesté, de la Royne, et de la Royne, vostre mère, et de Monsieur, les lettres de toutz quatre, réservant celle de Monseigneur le Duc, après le récit de sa créance; et luy a faict, en fort bonne façon, entendre sa dicte créance, laquelle elle a monstré d'avoyr bien fort agréable.

Elle nous a respondu que nul, après Voz Majestez Très Chrestiennes, avoit receu ung plus accomply plésir qu'elle de l'heureuse nayssance de vostre petite fille, et l'eût senty plus grand, si ce eut esté ung filz, et qu'elle réputoit l'offre, que luy fesiez d'estre vostre commère, pour ung des plus certeins signes de vraye et parfaicte amityé qui se pouvoit uzer non seulement entre princes, mais entre toutes aultres plus inthimes et conjoinctes personnes; et pourtant qu'elle vous remercyoit, et remercyoit la mère, et la grand mère, et les oncles, de la plus grande affection de son cueur, de ceste vostre tant bonne et tant cordialle démonstration vers elle. Et, après s'estre ung peu enquise comme nous estimions que l'Impératrix en uzeroit, et laquelle des princesses de vostre court pourroit elle prier de fère l'office pour elle, elle a suivy à dire que ce, où elle se trouvoit le plus empeschée, estoit d'envoyer quelqu'ung par dellà, après ce qui y estoit advenu, non pour deffiance qu'elle heût de Vostre Majesté, mais qu'elle n'avoit ung seul personnage de qualité qui n'estimât qu'elle le tînt en fort petit compte, et qu'elle se vouloit deffayre de luy, si elle luy parloit de le vouloir envoyer en France, néantmoins qu'elle aviseroit d'y uzer le plus honnorablement qu'il luy seroit possible.

Et s'estant le propos adonné à parler des choses de Paris, le dict Sr de Mauvissière luy a confirmé ce que j'en avois devant dict à la dicte Dame et aux siens. Et elle y a respondu quasy de mesmes qu'elle avoit faict les aultres foys, monstrant creindre que les choses passassent jusques à elle et jusques à troubler son estat, ce que nous avons mis peyne de luy fort dissuader. Et après, il luy a présenté la lettre de Monseigneur le Duc, et l'a accompaignée de plusieurs honnestes propos de l'affection et du vray amour qu'il luy porte, et du singullier desir que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur avez que l'accomplissement du mariage s'en ensuyve.

A quoy elle a respondu que Dieu luy est tesmoing que les choses en estoient venues à si bons et si procheins termes, de sa part, qu'elle ne pensoit qu'il s'y deût trouver plus de difficulté; mais qu'elle voyoit, à ceste heure, que l'extérieur, de l'inégalité des aages, et l'intérieur, de la différance des consciences en la religion, y remettoient plus d'empeschement qu'elle n'eût pensé, et qu'il faudroit qu'elle renouvellât toutz ceulx de son conseil pour prendre quelque bonne résolution là dessus, parce que nul de ceulx, qui y estoient à présent, n'en pouvoient estre d'advis; néantmoins qu'elle ne layssoit de se santir pour jamais très obligée à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, et encores à Monseigneur le Duc, et qu'elle adviseroit pour ce soyr comme nous respondre le lendemein à toutes ces choses, affin de donner le plus de satisfaction à Vostre Majesté qu'il luy sera possible.

Et n'ayant Mr de Mauvissière rien obmis de tout ce qui la pouvoit rendre bien disposée, et luy ayant aussy, de ma part, touché aulcunes particullaritez pour l'induyre à vous debvoir fère de meilleures responces que jamais, je luy ay baillé la lettre que Mon dict Seigneur le Duc m'avoit escripte, laquelle elle a volontiers reçue et retenue; et nous nous sommes pour ceste foys licenciez d'elle. Et, après avoyr fayct les meilleurs et les plus exprès offices que nous avons peu vers ses conseillers, lesquelz, à la vérité, nous avons trouvez fort froidz, nous sommes, pour ce soyr, allez loger à ung mille de la court.

Et, le grand matin, elle nous a mandé qu'elle nous prioit de luy donner temps de nous faire sa responce jusques à vendredy, qui sera demein; dont avons advisé, Sire, de vous faire cepandant ce mot, affin que Vostre Majesté sache en quelz termes est toute ceste négociation. Sur ce, etc.

Ce IVe jour de décembre 1572.

CCLXXXIXe DÉPESCHE

--du Xe jour de décembre 1572.--

(_Envoyée jusques à la court par Mr de Mauvissière._)

Réponse de la reine sur la négociation de Mr de Mauvissière.--Acceptation du titre de marraine.--Objections faites contre le mariage.

AU ROY.

Sire, après que la Royne d'Angleterre a heu à loysir dellibéré des troys poinctz de la créance de Mr de Mauvissière, sçavoir est: d'estre vostre commère, de continuer l'amityé, et de passer oultre au propos de Monseigneur le Duc; et qu'elle a heu, comme j'ay esté bien adverty, faict cognoistre à ceulx de son conseil qu'elle continuoit d'avoyr toujours bonne inclination à la France, leur mettant en grand compte ceste présente signiffication de vostre singullière bienvueillance vers elle, et leur remonstrant que les quatre lettres de Voz Majestez et de Monsieur, et la cinquiesme de Monseigneur le Duc, escripte de sa mein, et les propos que le dict Sr de Mauvissière et moy luy avons tenus, l'assuroient que vous la fesiez vostre commère tout exprès pour luy tesmoigner, et à toutz ses subjectz, et encores pour manifester à tout le monde, que vous la vouliés aymer et respecter aultant, et possible plus, que prince ny princesse de vostre alliance, ainsy que, parmy les choses qui sont advenues en France, vous avez heu ung grand soing de faire garder à elle et à ses dictz subjectz ung fort grand respect, elle a conduict iceulx de son dict conseil à luy aprouver qu'elle nous ayt, vendredy dernier, faict la responce qui s'ensuit:

«Qu'elle accepte de bon cueur l'honneur que luy faictes de vouloir qu'elle soit l'une des marraines de vostre fille aynée, et prend cella pour une bien fort grande et singullière récompense de la droicte affection dont elle s'est resjouye de sa nayssance, et qu'il ne luy heût sceu advenir, en ce temps, chose aulcune de plus grande satisfaction que de se voyr par Vostre Majesté, et par la Royne Très Chrestienne, et la Royne, vostre mère, et Messeigneurs voz frères, recherchée de signe de vostre plus estroicte amityé vers elle, dont elle vous en rend le plus grand mercys qu'elle peut, et n'estime que faciez peu pour elle de la convyer à estre compagne en ce sainct acte d'une si excellante princesse comme est l'Impératrix, laquelle elle honnore en toutes sortes pour sa grandeur et pour ses vertueuses qualités, et espére que d'elle procèdera tant de bien et de bonheur à leur petite filleule, oultre celluy qu'elle tirera de la bonne fortune du père et de la mère, et des princes dont elle descend, que tout le mal qui luy pourroit venir de son costé, n'y pourra à peyne paroistre; et, encor que de ces premières couches de la Royne Très Chrestienne son plésir ne puysse estre si parfaict, comme si celluy de Vostre Majesté heût esté du tout accomply par la nayssance d'ung beau filz, si répute elle à grande bénédiction de Dieu que vostre mariage, qui est en toutes sortes très honnorable, vous ayt desjà rendus toutz deux l'ung père et l'aultre mère de ceste heureuse princesse, ayant espérance qu'il vous adviendra, sellon le commun dire, que, _qui par filles commance de masles hérite_; et qu'elle a desjà advisé que de deux seigneurs, qui sont des plus grandz de son royaulme, l'ung yra trouver Vostre Majesté pour assister, pour elle, au baptesme, et pour faire tout ce que Vostre Majesté luy ordonnera; mais parce que l'ung ny l'aultre ne sont à présent en court, et qu'elle ne sçayt encores lequel se trouvera le plus disposé de faire le voyage, qu'elle différoit de les nous nommer; et qu'elle vous prie, au reste, Sire, de croyre que, comme en la faysant vostre commère, vous luy monstrez, et donnez à cognoistre à ung chacun, que vous voulez persévérer en son amityé, que aussy, de son costé, en acceptant de l'estre, et par toutz aultres bons effectz en quoy la voudrez employer, elle vous fera voyr, et à toute la Chrestienté, qu'elle veut de mesmes persévérer très constamment en la vostre;

«Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, il me peut bien souvenir où les choses en sont demeurées au partir de Quilingourt, et que, pour estre despuis survenus plusieurs divers accidans, elle a mandé à son ambassadeur, après mon audience de Redinc, de tirer de Voz Majestez Très Chrestiennes, le plus dextrement qu'il pourra, l'esclarcissement d'ung certein poinct, duquel par ses lettres, qu'il a depuis escriptes, encor qu'il y récite plusieurs propos que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy en avez tenus, qui sont très honnorables et qui la rendent très obligée de vous en remercyer, ilz sont néantmoins si généraulx qu'elle n'y peut trouver la satisfaction de ce qu'elle desire; et pourtant qu'elle vous prye de prendre en bonne part qu'elle vous dye encores ceste foys qu'il ne luy est possible de vous résoudre si clèrement là dessus, comme vous le voudriez, et comme elle desireroit le pouvoir faire.»--Et est entrée en deux divers discours, l'ung, de l'entrevue, comme ung voyage en poste n'eut peu estre réputé ny mal séant ny mal honnorable, ny, possible, inutille à Monseigneur le Duc pour cest effect; et l'aultre, de la religion, comme le Pape, par aulcunes lettres et briefz qu'elle a naguyères veus, qu'il a escript à ses rebelles, résidans en Flandres, l'appelle illégitime et prétandue royne usurparesse de ce royaulme, ce que pourroit, possible, fère raviser Monseigneur le Duc de ne se vouloir si mal loger que de l'épouser; et pareillement Vostre Majesté de ne vouloir avoyr de eux deux ung nepveu, ni la Royne, vostre mère, ung petit filz qui fût réputé sismatique; avec d'aultres propos qui monstrent que ceulx de son conseil l'ont merveilleusement agitée de beaucoup d'escrupulles et de plusieurs grandes difficultés.

Dont nous avons mis peyne de luy en diminuer l'impression, luy remonstrant, quand au premier, qu'il n'a tenu et ne tient qu'à elle qu'elle ne soit desjà satisfaicte de l'entrevue; et, quand au segond, que vous avez tousjours monstré, avant la bulle, et depuis encores, en ce présent acte, que vous la réputés pour vraye et légitime et indubitable Royne d'Angleterre. Et se sont conduictz les propos à plusieurs particullaritez bien gracieuses de la vraye et droicte intention, et de l'affection non feinte, dont persévérez tousjours à desirer son allience; y adjouxtant, Mr de Mauvissière, plusieurs expéciallités qu'il luy a assuré avoir freschement ouyes de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de Monsieur, et encores de plus expécialles de Monseigneur le Duc qu'elle n'a poinct dissimulé de les avoyr bien agréables. Et nous a faict cognoistre en somme qu'elle ne veut qu'on délaysse aulcunement la poursuyte de ce propos; puis a prié le dict Sr de Mauvissière de vouloir retourner le lundy ensuyvant pour prendre ses lettres et son congé.

Dont je laysse à luy, Sire, de vous rendre plus ample compte de tout le reste de sa légation, et seulement je adjouxteray icy qu'il l'a accomplie ainsy dignement et avec la dextérité qu'il a accoustumé toutes les aultres charges que Vostre Majesté luy a souvant commises. Et sur ce, etc.

Ce Xe jour de décembre 1572.

CCXCe DÉPESCHE

--du XVIe jour de décembre 1572.--

_(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience de congé donnée à Mr de Mauvissière.--Son départ.--Armemens faits en Angleterre par le capitaine Sores pour la Rochelle.--Demande d'un sauf-conduit pour le vice-amiral d'Angleterre chargé de passer en France.--Succès du duc d'Albe dans les Pays-Bas.--Difficulté que présente la négociation du traité de commerce.--Nouvelles d'Écosse; le comte de Morton régent.--Meilleur traitement fait au comte d'Arundel.--Mort du comte de Derby.

AU ROY.

Sire, estant Mr de Mauvissière allé prendre congé de la Royne d'Angleterre, le VIIIe de ce moys, il m'a raporté qu'elle luy avoit confirmé les mesmes bonnes responces qu'elle nous avoit faictes à toutz deux, et qu'elle luy avoit davantage expéciffié une particullarité de l'entrevue; laquelle je m'assure, Sire, que n'aura failly de la vous racompter: qui me semble assez conforme à ce qu'elle m'en avoit, dez le commancement, proposé, dont je verray, en ma première audience, si elle y persévère, et comme ses conseillers y sont disposez. Elle luy a, le lendemein, envoyé sa dépesche avec ung honneste présent, mais il a esté contreinct de temporiser encore quelques jours, premier que de partir, affin de pourvoir à la seureté de son passage, ayant eu advertissement qu'on le guettoit sur la mer; chose que la dicte Dame et les siens ont monstré de leur déplaire bien fort; et j'espère qu'il aura passé bien seurement, et que Vostre Majesté aura entendu par luy mesmes tout ce qui a résulté de son voyage par deçà, et en quelle disposition les choses y restent après luy.

A ceste heure, Sire, j'ay à vous dire qu'il s'équippe en divers endroictz de ce royaulme dix huict navyres de guerre, desquels (encor qu'il y en y ayt une partie au nom du prince d'Orange, pour passer deux compagnies de wualons en Holande) si semble il que des dix principaulx, (sçavoyr est: cinq françoys, troys angloys et deux escouçoys, qui sont fort bien équippés et les mieulx fournis et pourveuz d'arquebuzes, corseletz, picques, morrions, pouldres et aultres monitions de guerre, qu'ilz ont esté prendre à Porsemmue, et fort bien avitaillés de toutes choses,) le cappitayne Sores en sera le général, et son nepveu le lieutenant; et que de Plemmue, et de Excester, sont partis, depuis douze ou quinze jours, deux navyres chargés de beufz et aultres vivres pour la Rochelle, et que de présent il se charge encores ung aultre navyre de bledz au dict Excester, d'environ cent cinquante tonneaulx, pour y aller. De quoy je ne faudray de m'en pleindre à ma première audience, sellon qu'il m'a esté desjà respondu par les seigneurs de ce conseil que, quand je les advertiray de telles choses, qu'ilz y mettront si bon ordre que j'auray occasion de m'en contanter.

Je desire bien, Sire, qu'il vous playse m'envoyer bientost le saufconduict que le visadmiral d'Angleterre demande pour aller trouver Vostre Majesté, car par son moïen tout cest appareil se pourra interrompre ou aulmoins l'entreprinse s'en pourra rejecter ailleurs.

La responce que ceulx cy espéroient avoyr du duc d'Alve par les deux derniers ordinayres, sur le renouvellement des accordz, n'est encores venue, mais, en lieu de cella, ilz ont receu plusieurs nouvelles des heureulx exploitz du dict duc, desquelles ilz ne se réjouyssent nullement.

J'ay naguières continué à iceulx seigneurs du conseil mon instance, touchant accomplir l'article du commerce, affin que le traicté ne puisse estre argué d'invalidité pour n'avoir sorty effect, ce qu'ilz m'ont advoué estre fort raysonnable, mais que c'estoit ung faict qui dépendoit de leurz marchandz, lesquelz s'y monstroient à présent fort rétifz; dont sera bon, Sire, qu'en faciez toucher quelque mot par dellà au Sr de Walsingam; et j'espère qu'à la fin ilz passeront oultre.

Je n'ay eu, longtemps y a, aulcunes bien certeynes nouvelles d'Escoce; tant y a que, par aulcunes de mes intelligences, je suis adverty que l'abstinence y a esté gardée durant les deux moys, lesquelz sont desjà expirés dès le VIe du présent, et que le comte de Morthon y a esté, par le party du Prince, subrogé régent au lieu du feu comte de Mar, et la garde du dict Prince a esté continuée à la vefve et au frère du dict comte de Mar, à eulx adjoinct le comte d'Angoux, qui est nepveu et héritier présumptif du dict de Morthon. Je ne sçay comme les choses se comporteront maintenant par dellà, mais il ne s'y doibt espérer guyères d'amandement pour estre retumbées du tout en la mein du dict de Morthon, parce qu'il s'est monstré tousjours le principal adversaire de la Royne, sa Mestresse, et très grand ennemy de la paix.

L'on a, depuis deux jours, emplyé ung peu la liberté du comte d'Arondel en sa mayson, et de se pouvoir promener à l'entour d'icelle; mais ceulx qui sont dans la Tour demeurent tousjours fort restreinctz, et encores ung peu plus que les aultres, les deux segondz filz du comte Dherby, depuis quinze jours, que le vieulx comte, leur père, est mort. Sur ce, etc.

Ce XVIe jour de décembre 1572.

CCXCIe DÉPESCHE

--du XXIIIe jour de décembre, 1572.--

(_Envoyée exprès jusque à Calais par Jehan Volet._)

Désignation du comte de Worcester pour représenter Élisabeth au baptême.--Désignation du docteur Dale destiné à remplacer Walsingham.--Insistance de l'ambassadeur pour obtenir son rappel.--Interruption des armemens pour la Rochelle.--Protestation du vidame de Chartres de son dévouement au roi; son refus de rentrer en France.--État de la négociation des Pays-Bas.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.

Sire, je n'ay receu, à cause de l'empeschement de la mer, vostre dépesche, du IIIe de ce moys, jusques au quinziesme, et, le mesme jour, le Sr de Sabran est arrivé avec celle qu'il vous a pleu me faire, du IXe et Xe ensuyvant, ès quelles deux j'ay trouvé plusieurs bien amples satisfactions, et, à mon advis, bien considérées, touchant aulcunes particullaritez, dont je vous avoys auparavant escript. Je m'en vays demein trouver ceste princesse à Hamptoncourt, affin de luy faire bien entendre tout ce que je y ay comprins de l'intention de Voz Majestez, et, incontinent après, je vous manderay sa responce. Cepandant je vous diray, Sire, que le comte de Wourchester a très volontiers accepté d'aller devers Voz Majestez pour le baptesme, et je le solliciteray de partir bientost affin qu'il puisse arriver à Paris, incontinent après les Roys. C'est ung seigneur, duquel Voz Majestez et toutz les vostres aurez contantement, et qui s'esforcera de sa propre inclination, avec le commandement de sa Mestresse, de faire de fort bons offices. Il est parent de la Royne d'Angleterre et porte le surnom de _Sommerset_, et n'eût l'on sceu faire élection d'ung plus grand ny d'ung plus noble que luy en ce royaulme, pour honnorer l'acte; et si, est bien estimé de sa Mestresse et bien voulu de tout ce royaulme. L'on ne luy a pas encores ordonné sa compagnie, mais, aussytost qu'on luy en aura baillé le rolle, il m'a promis qu'il me l'apportera, et je l'envoyeray à Vostre Majesté affin que puissiez mieulx ordonner de sa réception et de son traictement.

Il avoit esté commandé, à deffault du Sr Caro, à sire Jehan Hastingues de s'aprester pour aller succéder à Mr de Walsingam, mais il a tant faict que, par maladye ou aultres occasions, il s'en est excusé, dont ung homme de robe longue, nommé le docteur Dail, lieutenant en la court de l'admiraulté, s'appreste maintenant pour y aller. Et encores, Sire, que je me veulx bien garder de n'estre indiscret à contrarier par trop vostre volonté sur ma demeure par deçà, si espérè je tant d'icelle que, pour plusieurs considérations, dont les unes appartiennent à vostre réputation, et les aultres sont dignes de compassion vers moy, j'impètreray bientost que Vostre Majesté me retire.

Je ne faudray de me pleindre demein à ceste princesse et à ceulx de son conseil de l'apprest de dix ou douze navyres, lesquelz, encor qu'ilz s'advouent au prince d'Orange, ilz monstrent néantmoins de vouloir trajecter des hommes et des monitions à la Rochelle; ilz n'entrent point dans les portz, mais ilz demeurent à l'ancre en la rade et à l'abry de la coste de deçà. Quand aulx vaysseaulx que les françoys apprestoient, ilz demeurent en suspens par commandement de la dicte Dame, et croy bien que, si le visadmiral trouve Vostre Majesté bien disposé sur les choses qu'il luy proposera, que tout cest appareil yra descendre ailleurs.

J'ay monstré à Mr le vidame de Chartres la déclaration, en forme, que Vostre Majesté m'a envoyé, et l'article qui le concerne dans ma lettre. Il m'a respondu que ce luy est ung singulier et souverein bien d'avoir quelque tesmoignage, tant petit soit il, de vostre bonne intention vers luy. Il trouve le terme de son retour, dans la chandeleuse, merveilleusement brief, veu qu'il y court le danger de sa vye et de sa conscience; mais il proteste bien qu'il ne s'arrestera en part du monde, où il y ayt tant soit peu d'apparence qu'on y praticque rien ny contre le service, ny contre l'intention de Vostre Majesté; et le jeune Pardaillan monstre avoyr la mesmes volonté; car sont les deux qui me sont venus voyr, et qui affirment bien fort qu'ilz ne sont passés, et qu'ilz ne demeurent icy que pour la seule occasion de fouyr à la mort.

La responce du duc d'Alve; touchant l'accord des différendz des Pays Bas, met tant à venir que ceulx cy commancent de s'ennuyer, et de mal espérer d'icelle, bien qu'il n'ayt encores rien refuzé de son costé, et seulement il uze de remises sur l'attante des dépesches d'Espaigne, mais l'on ne prend cella icy en payement.

J'ay heu, Sire, la confirmation de ce que je vous avoys cy devant escript, que le comte de Morthon a esté subrogé régent en Escoce par ceulx du party du Prince, et semble qu'ilz continuent encores l'abstinence, après le VIe de ce moys. Je loue grandement les bonnes résolutions qu'avez prinses sur les affères de ce pays là, desquelles, s'il m'est possible, je donray advis à la Royne d'Escoce et à ceulx de Lislebourg, bien qu'il y ayt très grande difficulté d'escripre meintenant ny à elle ny à eulx. Et sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour de décembre 1572.

CCXCIIe DÉPESCHE

--du XXVe jour de décembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Communications privées renouées, pour la première fois depuis la Saint-Barthèlemy, par l'ambassadeur avec Leicester.--Préparatifs de départ du comte de Worcester.

AU ROY.