Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 13

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Je n'ay ozé, Sire, tant présumer que de retarder chose qui appartînt à sa santé, dont, ayant remis d'y aller au dict dimanche, le comte de Sussex m'a faict entendre, le samedy, à la nuict, qu'elle n'avoit peu prendre sa mèdecine, comme elle l'espéroit, le vendredy, s'estant trouvée ung peu mal, et s'estoit mise entre les meins de son mèdecin, dont ne sçavoit quand je la pourrois voyr; mais que, si j'avoys à luy communicquer quelque chose de la part de Vostre Majesté, je le pouvois escripre à milord trézorier qui le luy feroit très volontiers entendre. J'ay, le bon matin, dépesché ung des miens jusques là, affin d'entendre plus particullièrement de la santé de la dicte Dame, et pour dire au dict comte de Sussex que j'ay à présenter à elle des lettres de Vostre Majesté en créance sur moy, qui ne se peut faire sans que je soye présent, et que pourtant j'attandray paciemment sa commodicté et bonne disposition. Ce que j'ay faict, Sire, affin que je puisse remarquer, par ses propres parolles et contenance, en quoy elle persévère vers Vostre Majesté; car je sens bien que toutes choses ont commencé et continuent de nous devenir si contraires par deçà, depuis l'émotion de Paris, (et mesmes pour l'orrible tragédye qui s'est jouée à Rouen, à l'espectacle de laquelle plusieurs angloys ont esté présens, qui raportent qu'on y continue encore de contreindre ceulx de la nouvelle religion de se rebaptiser, ou bien l'on les tue sans rémission), que ceulx de ce conseil ne travaillent en rien tant, à ceste heure, que de cercher comment la dicte Dame se pourra retirer de vostre intelligence; et observent le temps, quand, et à quelle occasion, elle le pourra faire sans danger. Dont les partisans de Bourgogne ont le vent en poupe, et sont ceulx qui, plus que les aultres, bien que la ruyne des Protestans leur playse, agravent les meurtres et exécutions de France, et cellèbrent jusques au ciel le duc d'Alve de ce qu'il a seu, par sa valeur, et de vifve force, repoulser l'armée du prince d'Orange et reprendre Montz, et a gardé la capitulation à ceulx de dedans, et n'en a esté tué pas ung soubz la seurté de sa parolle. Et suis adverty, Sire, que le courrier Francisque, flammant, lequel Anthonio de Guaras avoit dépesché devers le dict duc, a esté redépéché de deçà, le jour après que le dict duc a esté dedans Montz; et luy et Guaras sont, depuis deux jours, à Windesor, dont je ne veulx perdre l'occasion, s'il m'est possible, de parler moi mesmes à ceste princesse, affin de tenir vostre party le plus relevé que je pourray vers elle, et, en l'assurant tousjours de vostre parfaicte amityé, la randre de plus en plus bien édiffiée de Voz Majestez Très Chrestiennes et des vostres sur tout ce qui est advenu par dellà.

J'entendz qu'il est arrivé ung navyre de la Rochelle et que quelqu'ung de ceulx, qui estoient dedans, est allé jusques à Windesore, mais ne sçay encores qu'il y négocie; seulement il a dict, en passant, que ceulx de sa ville, pour les choses advenues à Paris, n'avoient du commancement voulu prendre aultre dellibération que de faire tout ce que Vostre Majesté leur commanderoit, mais, entendant l'exécution, qui depuis a esté faicte ez aultres villes, ilz vouloient pourvoir à leur seureté. Quelqu'ung m'a dict que le vidame de Chartres, et Mr de Pontivy sont abordés deçà. Je mettray peyne de le mieulx sçavoir, et vous puys bien assurer, Sire, qu'il y arrive tous les jours beaucoup de voz subjectz de la dicte nouvelle religion.

La souspeçon et deffiance croît de plus en plus en ceulx cy, et ne peulvent, par mes parolles ny par les propres lettres de Vostre Majesté, lesquelles je ne fay quelquefoys difficulté de les leur fère voyr, aulcunement se rasseurer; car disent que les effectz, lesquelz conveinquent et les parolles et les lettres, leur monstrent ce qu'ilz doibvent creindre. Et ont esté milord de Lestre et le comte de Lincoln, avec les mestres des fortiffications, à Porsemmue et en l'isle d'Ouic, pour mettre ces deux lieux en deffance. Je ne fay doubte que leur deffiance ne croisse aussy du costé d'Espaigne, mais il leur est plus facille de s'en mettre hors, à cause de leur ancienne allience, que de nous qui leur sommes nouveaulx, et non encores bien esprouvés amys. Sur ce, etc. Ce VIIe jour d'octobre 1572.

A LA ROYNE.

Madame, si je retarde un peu plus que de coustume de rendre responce aulx lettres que Voz Majestez m'ont escriptes, du XXIIe du passé, elles verront, par celles que j'escriptz présentement au Roy, que l'occasion en est, pour ung peu, l'indisposition qui a prins à la Royne d'Angleterre, et pour ne vouloir en ce temps rien trecter avec elle sinon par moy mesmes, n'ayant encores bien recognu quelz persévèreront d'estre ses conseillers vers la France depuis ceste émotion de Paris; dont je veulx attandre que la dicte Dame se porte mieulx pour parler à elle, et que par ses propos et ses contenances, je puisse mieulx conjecturer, que ne pourrois faire par ung tiers, qui ne me rapporteroit sinon les simples parolles de sa responce, quelle est son intention.

Et semble bien, Madame, s'il se pouvoit faire que ceulx de la nouvelle religion se voulussent ung peu rassurer, et que Mr de Walsingam représentât par deçà une partie de ces tant importantes occasions, qui ont meu Voz Majestez de leur faire supercéder des presches et des assemblées publicques, sans leur oster la privée liberté de leurs maysons, que cella serviroit beaucoup à l'advancement du propos de Monseigneur le Duc, et m'ayderoit grandement de conveincre aulcuns de la dicte religion, qui afferment qu'encores après les grandes exécutions passées, eulx, estantz depuis à Roan, ilz ont esté ung soyr advertys par leurs hostes de s'en fouyr, parce qu'ung nouveau mandement estoit secrettement arrivé de la court, par où l'on mandoit de mettre à mort ceulx qui restoient de la dicte religion qui ne la vouldroient renoncer. De quoy les Anglois s'animent davantage contre nous, et crient que toutz les édictz et trectés que le Roy faict pour ou avec ceulx de leur religion, ne sont que pour les tromper. Je feray tout ce que je pourray pour entretenir ceste princesse et les siens en bonne disposition, mais il fault que le plus grand moyen m'en viegne du Roy et de Vostre Majesté; que toutz deux me faciez parler avec eulx, tant du présent que de ce que prétandez pour l'advenir, en ce que vous sçavez qu'ilz ont à cueur, comme pouvez bien juger, Madame, que leur ambassadeur ne leur en déguysera rien, ou aultrement vostre parole viendra à estre de nulle authorité, et moy ridiculle, en tout ce que je leur diray ou promectray de vostre part. Et sur ce, etc. Ce VIIe jour d'octobre 1572.

CCLXXIXe DÉPESCHE

--du XIIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Conférence de l'ambassadeur avec le comte de Sussex, Leicester et Burleigh pendant la maladie de la reine.--Efforts de l'ambassadeur afin de renouer les diverses négociations.--Motifs donnés par Burleigh du peu de confiance que les Anglais doivent avoir dans le roi.--Assurance de l'ambassadeur que les protestans recevront toute protection en France.--État de la négociation du mariage.

AU ROY.

Sire, ce que, par mes précédantes, je vous ay escript, de quelque petite indisposition qui avoit prins à la Royne d'Angleterre, au retour de son progrès, cella peu à peu s'est converty en ung ou deux accès de fiebvre, et après en la picote ou petite vérolle, qui luy faict tenir le lict; dont n'ay ozé incister de parler à elle, par ce mesmement qu'il luy en estoit sorty au visage, mais non pas beaucoup.

Elle a depputé milord trézorier et les deux comtes de Sussex et de Lestre pour entendre ce que j'avoys à luy dire de la part de Vostre Majesté; ausquelz j'ay récité le contenu de vostre lettre du XXIIe, ainsy qu'elle est bien ample et pleine de beaucoup d'honnestes particullarités, si bien déduictes pour la satisfaction de ceste princesse et de tout ce royaulme, qu'il ne m'a esté besoing d'y adjouxter quasy ung seul mot du mien; et seulement j'ay uzé de la plus grande expression qu'il m'a esté possible pour leur confirmer ce que je leur disoys, et les assurer que leur Mestresse trouvera toute vérité et certitude en ce que Vostre Majesté luy promect.

Ilz m'ont presté fort bénigne audience; et, après avoir conféré ensemble, milord trézorier, pour les troys, m'a dict qu'ilz avoient grand plésir de cognoistre par mon discours que Vostre Majesté continuoit en une semblable bonne et sincère disposition vers leur Mestresse, qu'il sçavoit bien qu'elle persévéroit vers vous; et que, de toutes les particularités que je venois de leur réciter, qui estoient beaucoup en nombre, ilz n'en avoient ouy pas une qui ne fût pour luy apporter du contantement, et plus celle que nulle aultre, par où apparoissoit qu'en toutes choses vous aviez desir de la contanter; dont ne feroient faulte de luy rapporter fort fidellement le tout, aulx mesmes termes que je le leur avois dict, ou le plus près d'iceulx qu'il leur seroit possible; et que, s'il me plaisoit leur donner ung extrêt de vostre lettre, ou bien l'original, qui estoit signé de vostre mein, puisqu'il ne contenoit sinon les bonnes choses que je leur avois rapportées, qu'ilz donroient ce plésir à leur Mestresse de la luy lire entièrement.

Je leur ay respondu que, possible, auroient ilz pensé que, comme ministre affectionné à la paix, et desirant toujours une bonne intelligence entre ces deux royaulmes, j'avoys entreprins, affin de rabiller les choses, de faire cest office de moy mesmes, sans en avoir charge; mais je les priois que, comme je n'avoys jamais rien faict de semblable, qu'ainsy voulussent ilz croyre qu'à ceste heure, moins que jamais, vouldrois je advancer une seule parolle à leur Mestresse ny à eulx, sans en avoir ung bien exprès commandement, et pourtant qu'ilz pouvoient voyr les propres lettres de Vostre Majesté, lesquelles j'avois en la mein, et les leur ay incontinent exhibées; car aussy avoys je proposé de les monstrer à la dicte Dame, ayant seulement immué une sillabe d'ung mot, et adjouxté par interligne ung aultre mot, et changé ung bien peu la substance du déchiffrement qui y estoit; duquel je ne leur ay faict que lecture en passant, sans leur en laysser rien par escript.

Et milord trézorier avec plésir a prins la dicte lettre, et, après en avoyr, à parcelles, quasy leu la pluspart, il m'a dict que sa Mestresse seroit bien ayse de la voyr; à quoy non seulement j'ay condescendu, mais je l'ay prié de la luy monstrer; et eulx trois, avec une protestation que ce ne seroit pour servir de responce, jusques à ce qu'ilz auroient parlé à leur Mestresse, m'ont prié que je prinse de bonne part ce que, par manière de conférance, ilz me vouloient dire: c'est que Dieu leur estoit tesmoing combien la Royne, leur Mestresse, et eulx avoient esté et estoient en grande peyne de dissuader au commun de ce royaume que Vostre Majesté ne leur heût desjà dénoncé la guerre, comme prince du tout déterminé à la ruyne des Protestans; car, par plusieurs coppies, qui leur avoient esté envoyées de divers endroictz de France, de certeines lettres, escriptes le XXIIIIe d'aoust, au nom de Vostre Majesté, pour advertyr les gouverneurs que l'exécution du feu Amiral estoit advenue par la querelle de la mayson de Guyse, voyantz qu'incontinent après il estoit sorty d'aultres lettres pour déclarer que cella estoit advenu pour une conspiration que luy et ceulx de la nouvelle religion avoient faicte contre Vostre Majesté, ilz vouloient inférer que vous vouliés par là prendre une apparante occasion, (laquelle nul, à la vérité, ne pourroit nier que ne fût juste, si elle estoit bien advérée), de vous porter pour capital ennemy de toutz les Protestans, et que les exécutions, qui depuis s'en estoient ensuivyes, le monstroient assez; mesmes que plusieurs angloys, qui avoient esté à Roan, lors de la sédition, rapportoient qu'elle estoit advenue par mandement de Vostre Majesté, jusques à affermer qu'ilz avoient veu de voz propres lettres à cest effect, et qu'ilz me vouloient bien dire aussy que la conjouyssance que Mr le cardinal de Lorrayne, personnage principal de vostre conseil, avoit faicte au Pape, au nom de Vostre Majesté, laquelle il avoit faicte publier en lettres d'or sur la porte de l'hostel St Louis à Romme[6], en portoient grand tesmoignage; et que tout cella estoit cause que, oultre l'indignation de la noblesse, et des meilleurs du royaulme, qui se voyoient comme toutz admonestés par là de debvoir prendre les armes pour leur deffance, leurs marchandz estoient venus semondre tout ce conseil de leur laysser transporter leur traffic, et mesmes de s'aller pourvoir de vin et d'aultres denrées, ailleurs que de la France, baillantz des démonstrations, par articles, que cella seroit à la seureté et utilité de l'Angleterre; mais qu'ilz avoient faict tout ce qu'ilz avoient peu pour modérer les ungs et radoulcir les aultres, par les mesmes bonnes remonstrances, qu'ilz avoient apprinses de moy, de l'intention de Vostre Majesté. Et néantmoins, si l'on ne leur monstroit quelque meilleur effect de vostre part, ilz n'estimoient pas qu'ilz se puissent assez rasseurer pour s'ozer encores commètre ny eulx, ny leurs biens, à la France; et que l'effect, à leur advis, seroit bon, et rendroit les leurz bien édiffiez de beaucoup de choses passées, si Vostre Majesté faisoit faire punition exemplaire d'aulcuns de ces plus principaulx séditieulx de Roan, ainsy que vostre lettre, laquelle les avoit bien fort resjouys, monstroit que vous estiez résolu de le faire; et quand à eulx troys, ilz croyoient que l'Angleterre les réputeroit pour traistres, si, premier que avoyr veu quelque chose de cella, ilz conseilloient l'entrevue de la Royne, vostre mère, avecques leur Mestresse.

[6] Voir la _Conjouyssance de Mr le cardinal de Lorrayne_, en date du 7 septembre 1572; _Supplément à la Correspondance Diplomatique de La Mothe Fénélon_.

Je leur ay respondu briefvement que leur dicte Mestresse et eulx voyoient, par voz lettres et par voz parolles, une si bonne et droicte intention de Voz Majestez Très Chrestiennes et de toutz les vostres vers ce royaulme, qu'ilz n'en debvoient nullement doubter, ny faire ces argumentz au contrayre, et l'expérimenteroient encores meilleure, quand il en faudroit venir à l'espreuve.

Ilz ont suivy à me dire qu'ilz estimoient que Vostre Majesté ne pourroit trouver maulvès que les pouvres françoys, de leur religion, qui fuyoient icy, pour saulver leurs vyes, y fussent receus.

Je leur ay respondu que je n'avoys nul commandement de parler de cella, et qu'il sembloit bien que, sellon le dernier traicté de plus estroicte confédération, les Françoys pouvoient venir icy, et les Angloys passer en France, sans aulcune difficulté; mais je les supliois que la recordation de leurs fuitifz, qui avoient trecté avec le duc d'Alve, les gardât de vous donner semblable souspeçon d'eulx; que, quand leur Mestresse voudroit intercéder vers Vostre Majesté pour aulcuns des dicts françoys, oultre que vos édictz les assuroient assez, encores, pour l'honneur d'elle, seroient ilz davantage assurés et bien trectés en vostre royaulme; néantmoins que d'avoyr estroicte praticque avec ceulx qui se monstreroient ou malcontantz, ou qui voudroient dresser des entreprinses, au préjudice de la paix de vostre royaulme, que cella ne se pourroit faire, sans que vous en heussiez beaucoup de jalouzie.

Ilz m'ont réplicqué qu'à la vérité, le vidame de Chartres estoit en ceste court, où il estoit venu pour eschaper le danger de sa vye; de quoy ilz ne luy pouvoient faire tort, non plus qu'aulx habitans de la Rochelle, d'avoir, à ce qu'on disoit, fermé leurs portes à ceulx qui ne faysoient conscience de tuer indifféremment, et sans forme de justice, toutz ceulx de leur religion; mais que je pouvois asseurer Vostre Majesté que leur Mestresse, ny nul de son conseil, ne presteroit l'oreille à pas ung qui voulût rien troubler en vostre royaulme. Et, pour le regard de ce que, par une particullarité de mon dire, laquelle, Sire, je n'ay pas insérée icy, je leur avoys remonstré qu'on souspeçonneroit une grande altération entre Voz Majestez, si les Angloys n'alloient ceste année à Bourdeaulx, qu'ilz trouvoient bon, pour obvier à cella, qu'ilz y allassent, soubz la seureté que je leur monstrois de voz lettres, et soubz celle que je leur promectois; que pourtant ilz les feroient partir du premier jour, et qu'ilz pensoient aussy, Sire, que, s'il vous playsoit de faire dépescher nouvelles lettres de vostre grand sceau, ez endroictz où le trafficq de leurs marchandz s'adonne en France, pour les y faire bien recepvoir, et deffendre de ne leur meffaire ny mesdire, sur grandz peynes, et qu'il leur en fût monstré, icy, ung extrect, que cella, possible, les encourageroit davantage, et aussy de mettre ordre, touchant les biens et marchandises qu'ils avoient commis en divers lieux à ceulx de la nouvelle religion, qui ont esté tués, ou s'en sont fouys, qu'il leur en soit faict droict et restitution.

En quoy je leur ay fort promis que Vostre Majesté ne feroit point de difficulté à tout cella. Et ainsy, après les avoyr fort soigneusement enquis du bon portement, et disposition de leur Mestresse, je me suis gracieusement licencié d'eux.

Et le jour d'après, milord trézorier m'a mandé que la dicte Dame avoit prins beaucoup de contantement de la lettre de Vostre Majesté, et avoit longuement devisé, avec eux troys, de la responce qu'elle y debvoit faire, et qu'il estoit après à la rédiger par escript, pour, puis après, me la faire entendre; dont je l'attandz dans deux ou troys jours. Je creins assez qu'une partie de la flotte pour les vins n'aille à la Rochelle, qui pourtant vous suplie très humblement, Sire, de pourvoir bientost à la réduction d'icelle ville; car de là dépend le repos de vostre royaulme, et la paix avec les estrangers. J'ay faict parler au Sr de Colombières, qui est en ceste ville, lequel monstre de n'avoir nulle plus grande affection que de demeurer vostre très obéissant et fidelle subject, pourveu qu'il le puisse faire avec la seureté de sa vye. Il vous pléra m'en mander vostre intention. Je n'ay aultres nouvelles d'Escoce, sinon qu'on y a prorogé l'abstinence pour huict jours, affin de moïenner l'accord, mais l'on doubte assez qu'il se puisse faire. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour d'octobre 1572.

Tout présentement, je viens de recepvoir vostre dépesche du IIIIe du présent avec le saufconduict.

A LA ROYNE.

Madame, en faysant la négociation, que verrez par la lettre du Roy, avec troys seigneurs de son conseil, j'ay mis peyne de tirer d'eux en quelle bonne intention leur Mestresse persévéroit d'estre vers le propos de Monseigneur le Duc, et si elle estoit point disposée à l'entrevue, en quoy les deux plus inthimes m'ont monstré que Mon dict Seigneur le Duc estoit tousjours en fort bon concept vers elle, et qu'elle avoit très bonne opinyon de luy; mais qu'elle et eulx deux estoient merveilleusement contredictz en la poursuite de ce propos, jusques à ce qu'il se puisse bien voyr que l'estat de ce royaulme n'est pour en recepvoir aulcune altération, ains pour en confirmer davantage son repos; et le troysiesme m'a dict que, de tant que les responces, qu'elle nous avoit faictes jusques icy, ne la constituoient en aulcune obligation, que la difficulté seroit grande comme pouvoir conduire les choses en façon qu'elle et ses subjectz s'y vueillent maintenant obliger, après une si expresse déclaration de Voz Majestez et de toute la France contre la cause de leur religion, toutesfoys que je ne pourrois de mon costé procéder par nulle meilleure voie que par celle que je suivoys, et qu'ilz verroient, toutz troys, avec leur Mestresse, comme elle se pourroit bien conduire en cest endroict, dont m'y seroit bientost faict responce. Et, au regard de l'entrevue, que se trouvant leur Mestresse en une indisposition que les dames ne vuellent guières qu'on les voye, et mesmes qu'elle n'est pour sortir d'ung moys de sa chambre, dont l'yver sera bien avant, qu'ilz ne voyent comme cela se puisse bien commodément faire de cest an; joinct l'aultre rayson qu'ilz m'avoient desjà desduicte, laquelle, Madame, j'ay mise en la lettre du Roy. Et, quant aller aux isles de Gerzé ou Grènezé, que ce seroit aultant à leur Mestresse comme si elle passoit du tout en France, (car aussy en sont elles vingt foys plus près que de l'Angleterre), comme pour aller chercher mary par dellà.

Je n'ay deffailly de réplicques, lesquelles ilz m'ont promis de les faire toutes entendre à la dicte Dame, dont attandz meintenant sa responce.

Milord trézorier a jecté bien loing de faire meintenant nul voyage en France, à cause de ses indispositions de la goutte et colicque, mais le comte de Lestre m'a respondu qu'il seroit tousjours prest d'aller là où sa Mestresse luy commanderoit, et mesmes vers Voz Majestez Très Chrestiennes, quand il pourroit servir au propos de l'amityé et du mariage, et à la réconciliation de ceulx de sa religion. Et toutz deux m'ont rendu très humbles merciementz pour l'honnorable tesmoignage, que je leur ay monstré en voz lettres, que Voz Majestez leur rendoient, et la bonne estime en quoy vous les teniez; qui pourtant se santent d'avoir de plus en plus très grande obligation à vostre service. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour d'octobre 1572.

CCLXXXe DÉPESCHE

--du XVIIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Grognet._)

Réponses faites au nom d'Élisabeth aux demandes du roi.--Efforts de l'ambassadeur pour combattre les intrigues de l'Espagne.--Nouvelles de la Rochelle; crainte que les armemens faits à Londres n'aient pour but de rallumer la guerre civile en France.--Affaires d'Écosse.--Danger de Marie Stuart.--Le vidame de Chartres réfugié en Angleterre.--Demande d'instruction sur la conduite que doit tenir l'ambassadeur à l'égard des protestans français réfugiés en Angleterre.--Nécessité où s'est trouvé l'ambassadeur d'accorder que l'entrevue se pût faire à Douvres.--Danger que pourrait avoir cette entrevue.--Demande par l'ambassadeur de son rappel.

AU ROY.