Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 12

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J'ay adjouxté que, si vous aviez de quoy honnorer davantage la dicte Dame, et luy donner plus de certitude de vostre droicte intention vers elle, et vers le bon propos d'entre elle et Monseigneur le Duc, par aultre moyen que cestuy cy, que vous le feriez; et que pourtant elle ne refusât l'honneur, l'advantage, la seureté et les aultres commodictez que la couronne de France luy offroit par ceste entrevue.

Sur quoy elle m'a prié de luy donner deux jours pour y penser, et qu'elle me feroit avoir responce.

Pendant lequel temps, j'ay faict, de mon costé, la meilleure dilligence que j'ay peu, et elle, du sien, à sonder l'intention de ceulx de son conseil, lesquelz se sont monstrés assez sourdz et muetz, de sorte qu'elle a esté elle mesmes contreincte de faire la déclaration de son intention là dessus; en quoy elle a esté, à ce que j'entendz, beaucoup aydée du comte de Lestre et de milord trésorier. Et le dict milord l'a rédigée depuis par escript en ung sommaire qu'il m'a mandé en angloys, et je l'ay faict traduyre, quasy de mot à mot en françoys, en la forme que je le vous envoye, qui explique si bien l'entier desir de la dicte Dame, et pareillement la conception de son conseil, que je ne veulx y rien adjouxter du mien, sinon vous assurer que nul n'a peu estimer que, en ce temps, je deusse rapporter une si bonne responce, comme j'ay faict, de la dicte Dame. Laquelle n'a laissé pour cella d'ordonner une monstre générale et une description des gens de guerre, et de grand nombre de mariniers, par tout son royaulme, et a faict préparer ses grandz navyres; desquelz l'on en met, dès demein, quatre des meilleurs dehors, avec six centz hommes, pour tenir le Pas de Callays. Et parce qu'en nulle manière les marchandz se veulent hazarder d'envoyer, de cest an, en leur nom, à Bourdeaulx, à cause de l'armée du Sr Strossy qui en a desjà pillé quelques ungs, et qui a arresté ung navyre du Sr Acerbo Velutelly, je suis recherché par l'ordre de ceulx mesmes de ce conseil, mais soubz mein, de suplier Vostre Majesté qu'elle me vueille promptement envoyer ung saufconduict en bonne forme, affin que les Angloys s'en puissent servir, et qu'ilz se mettent par là hors de la grande deffiance qu'ilz ont, laquelle leur Mestresse ne veult qu'ilz monstrent d'avoyr; et néantmoins, si le dict saufconduit ne vient bientost, elle leur croistra davantage; en quoy il importe assez, Sire, qu'en toutes les choses qui concernent icy vostre service, vous disposiez bien l'ambassadeur qui est de dellà. Et sur ce, etc.

Ce XXIXe jour de septembre 1572.

Commandez, s'il vous plaist, Sire, que le susdict navyre et marchandise du Sr Acerbo Velutelly, qui est un gentilhomme lucois très dévot serviteur de Vostre Majesté, et pareillement les vaysseaulx et marchandises des Angloys soient relaschées; et qu'il soit faict réparation aus dicts Angloys de ce qui leur a esté frèchement déprédé depuis le traicté de la ligue.

A LA ROYNE.

Madame, il m'a faict grand bien de trouver en voz dernières dépesches, tant au long et bien fort sagement desduictz, les propos que Mr de Walsingam vous avoit tenus, le deuxiesme, septiesme et treiziesme de ce moys, avec les vertueuses responces que Vostre Majesté luy avoit faictes; lesquelles m'ont servy de rempar et d'adresse, pour ozer comparoir en ceste court, contre les exécrables parolles qu'on y disoit assez ouvertement contre les François, à cause des meurtres naguières succédez en France contre ceulx de leur religion. Et me suis prévalu, Madame, le mieulx que j'ay peu, de voz raysons et remonstrances, avec ceste princesse et vers ceulx de son conseil, pour leur justiffier ce qui a esté faict.

En quoy elle, de sa part, a monstré qu'elle desiroit, de bon cueur, que la justiffication s'en peût faire si clère, que tout le tort de la foy rompue s'en imputât au feu Admiral et aux siens, et qu'elle, ny les aultres princes protestans n'eussent occasion de croyre que le Roy et Vous, Madame, ne les puissiez aymer, ny leur garder la foy et parolle des choses que leur promettez; car dict que, sans ces deux fondementz, il est impossible que rien se puisse bien establir entre vous, et que, de ne les observer à voz subjectz, nuls estrangers s'en pourront jamais puis après assurer. Mais ceulx de son conseil, encores qu'ilz ne m'ayent parlé que modestement de Voz Majestez, disantz ne vouloir condempner les actions des princes, ny se monstrer trop curieux en la républicque d'aultruy, néantmoins ilz ont déduict tant d'argumentz contre l'extrême violence dont a esté uzé, non contre l'Admiral et les siens, puisque vous les souspeçonniez de la conspiration, ny contre ceulx qui avoient porté les armes, encor que vous les heussiez assurés de vostre édict, ny encores contre ceulx qui estoient capables de les porter, puisqu'ilz les pouvoient prendre, mais contre les femmes, les enfans et pouvres viellardz, sans aulcune différance, que ce n'estoit plus la mort de ceulx là, ny la considération de la hayne qu'on portoit en France aux Protestantz, mais la condicion de la nation meuertrière, séditieuse et très inhumayne, qui leur faisoit creindre d'avoir jamais rien de commun avecques nous;

Et que je leur alléguois beaucoup de grandes raysons bien déduictes pour collorer ce faict, sellon que j'estois commandé de le faire, mais que l'éloquence du grand orateur d'Athènes, ny du Romain, n'y pourroient suffire; car ce n'estoient que parolles persuasives, là où les horribles effectz, qu'ilz voyoient devant les yeulx, les mouvoient au contraire; et que, veu l'exécution qui estoit auparavant advenue en Flandres, et meintenant plus grande en France, sur ceulx de leur religion, ilz jugeoient bien que c'estoit meintenant à eulx de regarder de près à leur faict, et que pourtant je ne trouvasse estrange s'ilz vouloient quelque preuve de l'intention de Voz Majestez vers ce royaulme, et de l'expédition du Sr Strossy, premier que de passer en rien plus avant vers nous, ny mesmes de laysser partir la flotte pour Bourdeaulx, (puisque ceulx de l'armée du dict Sr Strossy avoient commancé de maltrecter aulcuns de leurs marchandz, qui avoient faict voyle les premiers), jusques à ce qu'il leur viegne quelque nouvelle seureté de vostre part; et que ce que je leur alléguois, que nul plus grand ny plus certein gage leur pourroit estre baillé de Voz Majestez Très Chrestiennes que l'offre de l'entrevue et le mariage de Monseigneur le Duc, que, au contraire, ilz creignoient que vous prinsiez ung trop grand gage d'eux de leur bailler ung roy.

Je n'ay failly là dessus de leur réplicquer; et n'ay layssé ung seul poinct de voz lettres, ny pas une de toutes les considérations que j'ay peu ymaginer de moy mesmes, que je ne leur aye le tout déduict, avec le plus d'efficace que j'ay peu; mais il est trop difficile de gaigner une telle cause devant de telz juges.

Tant y a qu'en l'endroict de la Royne, leur Mestresse, j'ay interrompu, pour ce coup, la prompte responce, dont ilz l'avoient préparée pour me refuser l'entrevue, et ay tant faict qu'elle a prins deux jours pour en dellibérer, pendant lesquelz j'ay très instamment sollicité ceulx qui y pouvoient quelque chose, de s'y vouloir bien employer; et leur ay, avec les lettres de Mr de Montmorency, administré force raysons pour déduyre, et force promesses pour les faire persévérer. Et enfin j'ay rapporté la responce que Vostre Majesté verra, non si bonne que je la desirois, mais beaucoup meilleure que je ne l'espéroys, et telle qu'elle vous remect en chemin de pouvoir parachever les choses bien commancées, si, d'avanture, vous vous voulés ung peu accomoder à l'intention de ceste princesse et des siens. Et j'entendz que milord trésorier et le comte de Lestre y ont faict ung fort bon office; et disent aulcuns, Madame, qu'il est temps de faire des présentz par deçà; car, du costé de Bourgoigne, rien ne y est espargné. Mr de Walsingam a escript en bonne sorte du mariage, et bien fort honnorablement de Monseigneur le Duc, et s'est loué des bons rapportz que Mr de La Mole a faict à son retour par dellà. Sur ce, etc. Ce XXIXe jour de septembre 1572.

Madame, voyant que la Royne d'Angleterre et les siens me déclaroient que l'entrevue ne pourroit estre sur mer, ny hors d'Angleterre, et qu'ilz voyoient encores beaucoup de doubtes, sur la venue d'une si grande princesse comme Vostre Majesté par deçà, avec le grand trein qu'elle y pourroit mener en temps si suspect, qui malaysément se passeroit sans qu'il advînt des parolles et reproches sur les choses advenues en France, j'ay dict que Vostre Majesté pourroit accorder de venir à Douvre avec telle compagnie que seroit advisé. Et, à la vérité, Madame, c'est le lieu le plus commode qui se puisse choysyr en ce royaulme, car, de Gerzé ny de Grenezé, l'on n'en veult ouyr parler.

CCLXXVIIe DÉPESCHE

--du IIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Défiance des Anglais.--Crainte qu'ils éprouvent d'une attaque subite de la part de la France.--Continuation des armemens.--Nouvelles des Pays-Bas; succès du duc d'Albe.--Importance de maintenir la Rochelle sous l'obéissance du roi.--Grand nombre de Français qui cherchent refuge en Angleterre.--Refus d'Élisabeth de livrer le comte de Montgommery.--Nouvelles d'Écosse.--Délibération au sujet de Marie Stuart, à qui l'on reproche d'avoir connu et célébré d'avance les massacres de Paris.--Difficulté toujours croissante que présente la négociation du mariage.

AU ROY.

Sire, après ma dernière dépesche, du jour de St Michel, je n'ay guières voulu retarder ceste cy, affin de vous donner advis de la réception de la vostre, du XXIIe du passé, en laquelle j'ay trouvé, par ung très sage et vertueux discours, la déduction de beaucoup de choses, lesquelles debvront assez satisfère ceste princesse et les siens, sinon qu'elle et eulx ne se veuillent payer d'aulcune rayson. Il est vray que les parolles, pour ce commancement, ne peuvent assez suffire pour les bien remettre, parce que les faitz, qui leur viennent, d'heure en heure, rapportés de dellà, les meuvent au contrayre; tant y a que je les yray trouver demein à Windezore, et ne leur obmettray rien de tout le contenu de voz lettres, et m'esforceray, aultant qu'il me sera possible, de les rassurer du costé de Vostre Majesté, car n'est pas à croyre combien ilz ont encores très suspecte l'armée du Sr Strossy, pensant qu'elle ayt une entreprinse en Escoce, ou bien en quelque endroict de ce royaulme, mesmement sur Portsemmue ou l'isle d'Ouyc; qui sont les deux plus importans lieux de la coste de deçà; dont y ont envoyé armes et mounitions, et ung ingénieur, avec commissaires et argent, pour besoigner en dilligence à la fortification, et remettre le tout en bon estat. Et, de mesmes, ont mandé de pourvoir, aultant que faire se pourra, du costé d'Escoce, se continuant icy l'aprest des grandz navyres, mais avec ung peu moins de presse que devant que j'eusse esté à Redine, et pareillement la monstre, laquelle j'estime qu'ilz continueront davantage; et feront encores plus grande description des gens de guerre sur la nouvelle qui est arrivée de la reprinse de Montz, et de la retraicte du prince d'Orange, et de la réduction d'ung ou deux lieux en Olande, qui ont chassé les Gueux. Il semble qu'à Fleximgues les françoys, qui y estoient, ayent esté mis dehors, et que les angloys y ayent esté receus.

L'on a resserré icy les seigneurs catholiques qui estoient dans la Tour, et y a deux commissaires par la ville, et pareillement ez aultres lieux et villes de ce royaulme, pour s'enquérir des estrangers: dont estant, d'avanture, le jeune capitaine Monluc abordé par deçà, venant de Dannemarc et de Pouloigne, il a esté mené soubz quelque garde, par les officiers d'Arvich, jusques vers ceulx de ce conseil, et j'y ay envoyé ung gentilhomme pour le faire relascher, et luy faire bailler son passeport. L'on apprestoit beaucoup d'armes et de monitions et vivres pour envoyer en Flandres, mais le tout est maintenant réservé par deçà.

Troys françoys, qui se disent capitaines, sont arrivés depuis huict jours du dict Fleximgues, quasy dévalisez, et semble qu'ilz se sont desrobés pour cuyder rencontrer icy meilleure fortune, à cause des choses advenues en France, comme si incontinent les Angloys nous devoient déclarer la guerre; mais ce qui plus amortit les entreprinses, que ceulx de la nouvelle religion qui sont icy pourroient exciter, est d'entendre que la Rochelle demeure ferme en l'obéyssance de Vostre Majesté, et que vous y avez envoyé Mr de Biron. En quoy, Sire, je vous suplie très humblement de mettre principallement ordre que ceste ville persévère bien en vostre dévotion, car elle est de très grand moument pour y contenir aussy tout ce royaulme. Bien que la Royne d'Angleterre m'a assuré que son visadmiral, ny nul aultre angloys, n'y a esté envoyé de sa part, depuis les choses de Paris; et m'a assuré aussy qu'elle ne permettra que ceulx de voz subjectz, qui ont fouy deçà, arment nulz vaysseaulx pour piller la mer, néantmoins, je suis adverty que le capitaine Sores est arrivé à la Rye avec ung navire de cent cinquante tonneaulx et deux centz hommes dessus, et pareillement le capitaine Giron avec ung aultre vaysseau et hommes, et n'atendent que la permission d'elle pour continuer ce qu'ilz faysoient aux derniers troubles.

Villiers, Fuguerel, Pâris et quelques aultres ministres sont arrivés en ceste ville, et aulcuns d'eux ont passé jusques à la court, et y ont si fort exagéré les choses de France qu'ilz ont assuré que cent mille personnes ont esté tuées par dellà depuis l'émotion de Paris; acte qu'on trouve icy si cruel et tant contrayre à toute humanité qu'on excogite nouvelles sortes d'exécration pour détester ceulx qui l'ont faict, et ceulx qui l'ont faict fère. A quoy, Sire, je me suis efforcé de monstrer qu'il n'en est pas mort cinq mille, et qu'encor Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et toutz ceulx de vostre couronne, aviés très grand regret que cella ne s'est peu passer avec la perte de cent seulement, de ceulx qui, par leur malheureuse conspiration, sont cause de l'inconvénient des aultres. Les Srs Linguens, Vieurne, Bouchard, le contrerolleur le Noble, et leurs femmes, les Srs de Hèdreville, Bouville, Migean et son filz, Legras avocat, le lieutenant criminel, l'uyssyer Durant, le jeune Bourry et quelques aultres, de Roan et de Normandye, en assez grand nombre, mais ceulx là sont les principaulx, ont passé deçà, et les a l'on assez humaynement receus en ceste ville.

Le comte de Montgommery, à ce que j'entendz, est venu secrètement en la mayson du visadmiral du Ouest, son beau frère, et m'a la Royne d'Angleterre, quand je luy ay dernièrement parlé qu'elle voulût mander à ses officiers de Gerzé de le remettre entre voz meins, ou bien vous permettre de l'y envoyer prendre, soubz bonne seureté de ne meffayre de la valeur d'une paille à nul de ses subjectz, que, à la vérité, le capitaine de Gersé l'avoit advertye de sa fuyte, aussytost qu'il y estoit arrivé, et qu'elle avoit mandé au dict cappitayne qu'il sçavoit bien l'ordonnance de l'isle, de n'y debvoir recepvoir aulcun estranger; dont s'assuroit qu'il n'y estoit plus, et que, s'il estoit en nulle part d'Angleterre, que c'estoit si secrettement qu'elle ne l'y sçavoit pas; mais, s'il tomboit entre ses meins, et qu'il fût vériffié d'avoyr conjuré contre Vostre Majesté, que, de mille vyes, s'il en avoit aultant, il ne luy en resteroit pas une; vray est que, de le renvoyer en France, quand bien elle l'auroit en ses meins, où l'on ne faysoit aultre procès sinon sçavoyr qu'ung fût protestant pour incontinent le mettre à mort, que vous jugiés bien, Sire, que sa conscience, estant elle protestante, ne le pourroit permectre. Et depuis, Sire, j'ay faict parler, soubz mein, à ceulx qui ont notice de luy, de la permission qu'il pourra impétrer de Vostre Majesté de pouvoir vendre ses biens en la forme que me l'avez mandé, dont j'atandz d'avoyr bientost sa responce.

J'ay receu une lettre, d'assez vielle dathe, de Mr Du Croc, par laquelle j'ay comprins que luy et le Sr de Quillegreu debvoient partir ensemble, le XXIe du passé, et que l'assemblée de la noblesse du pays se faysoit le lendemein, XXIIe du passé, incerteins toutz deux de ce qui pourroit succéder. Et puis adjouxte en chiffre que l'abstinence a esté très profitable à ceulx de Lillebourg, car ilz se sont pourveus de vivres, dont ilz avoient grand faulte; et que le comte de Morthon ne s'est voulu trouver au mandement que le comte de Mar a faict de la noblesse, dont semble que ce soit luy qui vueille empescher la paix; et que le comte de Hontely et son frère sont pour faire parler d'eux, si la guerre recommance; et que les adversaires de la paix se repantiront, pour peu de moyen que ceulx du bon party ayent de dehors, ou pour le moins ilz feront qu'on se contantera de rayson.

Il n'y a rien de plus vray, Sire, qu'on a mis en dellibération icy comme l'on pourroit procéder contre la Royne d'Escoce pour la faire mourir, et qu'on a envoyé la reserrer davantage, parce qu'on a observé que le samedy, dont l'exécution se fit le dimanche après à Paris, elle se monstra beaucoup plus joyeuse, (et veilla quasy toute la nuict à se resjouyr), qu'elle n'avoit faict depuis sa prison. De quoy l'on a conjecturé qu'elle sçavoit l'entreprinse, et que quelqung des miens, que naguyères j'avoys envoyé vers elle, la luy avoit faicte sçavoir; dont, comme de moy mesmes, j'ay bien voulu dire à la Royne d'Angleterre qu'il sembloit qu'on se voulût prendre icy à la Royne d'Escoce de ce qui avoit esté faict à Paris, et que je la supliois de considérer que la pouvre princesse n'en pouvoit mais, et n'en avoit jamais rien sceu, dont n'en debvoit estre plus mal trectée, et que ce ne seroit qu'engendrer nouvelles querelles. A quoy elle m'a respondu que la dicte Royne d'Escoce avoit assez de ses propres péchés sans luy impétrer ceulx d'aultruy. Et depuis, j'ay intercédé pour elle vers aulcuns de ce conseil, qui ne luy sont mal affectionnés; lesquelz m'ont promis qu'ilz s'employeroient de tout ce qu'ilz pourroient en sa faveur, et qu'à la vérité toutes choses luy sont à présent plus contraires que jamais en ce royaulme, toutesfoys que, pour encor, il n'y a rien d'ordonné contre elle. Sur ce, etc.

Ce IIe jour d'octobre 1572.

A LA ROYNE.

Madame, je ne m'attandz pas que, jusques à ce que l'ambassadeur d'Angleterre ayt de rechef escript par deçà, sur ce qu'il aura négocié avec Voz Majestez, touchant la responce que sa Mestresse m'a faicte, le XXVe du passé, laquelle je vous ay envoyé le XXIXe, je puisse de rien faire advancer davantaige la dicte Dame au faict de l'entrevue, ny sur le propos du mariage, car elle a bien fort meurement dellibéré ce qu'elle m'a ceste fois respondu, et n'est pour y rien changer qu'elle ne voye plus avant. Néantmoins j'yray trecter avec elle sur les particullarités de la dépesche de Voz Majestez, du XXIIe du passé, lesquelles luy debvront apporter du contantement. Et ne fays doubte que je ne la trouve elle bien disposée, car me semble qu'elle ne reçoit, sinon fort bien, tout ce qui luy est dict de ce propos, et toutes ses parolles et démonstrations monstrent assez qu'elle demeure bien inclinée au mariage, et qu'elle a très bonne opinyon de Monseigneur le Duc vostre filz; mais elle a bien tant de respect à ce que ceulx de son conseil luy disent, et à conserver le repos de son royaulme, qu'il ne se fault pas attandre, Madame, qu'elle fasse jamais rien ny contre l'advis des ungs, ny contre ce qui pourra avoyr la moindre apparance du monde de préjudicier à l'aultre. Par ainsy, j'ay meintenant plus à faire, à contanter ceulx de son dict conseil et à les rasseurer de l'espouventement qu'ilz ont prins des choses qui sont freschement advenues en France, que non pas de la bien persuader à elle; et voy bien que de son ambassadeur dépend quasy la meilleure résolution du faict, sellon qu'il rendra ceulx cy bien édiffiez de Voz Majestez et des choses qui passeront de delà: dont, Madame, à Vostre Majesté sera de le tenir bien disposé. Je n'ay obmis de l'excuser vers sa Mestresse, touchant la responce qu'il vous avoit faicte à la fin de juillet, et comme Vostre Majesté la prioit d'en attribuer la faulte, qui y pourroit estre, à vous mesmes et non à luy; et luy ay touché aussy, en passant, comme le Roy ny Vous, Madame, n'aviez peu interpréter à mal ce qu'il avoit retiré Briquemau en son logis: desquelles deux choses la dicte Dame a esté bien fort ayse, et m'a prié de vous assurer qu'en tout ce qu'il escript, et en toutz les offices qu'il faict, il monstre de n'estre moins affectionné à Voz Majestez Très Chrestiennes que à elle mesmes.

Au surplus, j'ay bien noté, par le propos des privés conseillers de la dicte Dame, qu'auparavant que ces choses de Paris advinsent, elle s'attendoit d'estre une des commères aux premières couches de la Royne, vostre belle fille, affin de confirmer davantage la plus estroicte amityé et confédération, qui a esté nouvellement faicte entre Voz Majestez; mais elle ny eulx ne croyent, à ceste heure, que vous en ayez jamais heu la volonté, et j'ay bien opinyon, Madame, que, si c'estoit chose que Voz Majestez estimassent estre bonne de faire, qu'elle seroit bien fort à propos pour retenir ceste princesse et tout ce royaulme en vostre dévotion.

La dicte Dame a heu grand plésir que je luy aye faict voyr, par une de voz lettres, comme le visage de Monseigneur le Duc se va tous les jours rabillant, et qu'encores vous y voulez faire applicquer les remèdes du mèdecin, qui est allé par dellà; en quoy elle m'a dict qu'elle s'estoit fort esbahye, veu l'extrême bonne affection qu'avez tousjours monstrée vers toutz voz enfans, que ne luy heussiez faict pourvoir de bonne heure à ce grand inconvénient, qui tant luy gastoit le visage. Sur ce, etc.

Ce IIe jour d'octobre 1572.

CCLXXVIIIe DÉPESCHE

--du VIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Maladie d'Élisabeth.--Retard apporté à l'audience demandée par l'ambassadeur.--Nouvelle irritation causée en Angleterre par les nouveaux massacres de Rouen.--Efforts des partisans de l'Espagne pour faire rompre l'alliance avec le roi.--Nécessité de rassurer les protestans en France.

AU ROY.

Sire, j'espérois, vendredy dernier, troysiesme de ce moys, aller trouver la Royne d'Angleterre à Windesore pour luy faire entendre les particullarités que, par vostre lettre du XXIIe du passé, il vous a pleu me commander de luy dire, qui sont toutes d'un si grand contantement et d'une si honneste satisfaction pour elle, qu'elle ne le sçauroit desirer davantage; mais elle me manda, le jeudy au soir, que je l'excusasse pour le dict vendredy, car avoit dellibéré de prendre mèdecine, et encores pour tout le jour d'après, car sçavoit que ne pourroit se trouver bien; mais que je pourrois venir le dimanche, ou bien que, si c'estoit chose pressée, qu'elle remettroit sa mèdecine à une aultre foys.