Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 1

Chapter 13,653 wordsPublic domain

Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.

CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE

DE

BERTRAND DE SALIGNAC DE LA MOTHE FÉNÉLON,

AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE DU 1568 A 1575

PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS

Sur le manuscrits conservés aux Archives du Royaume.

TOME CINQUIÈME. ANNÉES 1572--1573.

PARIS ET LONDRES. 1840.

DÉPÊCHES, RAPPORTS,

INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES

DES AMBASSADEURS DE FRANCE

EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE

PENDANT LE XVIe SIÈCLE.

RECUEIL

DES

DÉPÊCHES, RAPPORTS,

INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES

Des Ambassadeurs de France

_EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE_

PENDANT LE XVIe SIÈCLE,

Conservés aux Archives du Royaume, A la Bibliothèque du Roi, etc., etc.,

ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS

_Sous la Direction_

DE M. CHARLES PURTON COOPER.

PARIS ET LONDRES.

1840.

LA MOTHE FÉNÉLON.

Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris.

A

S. E. MR GUIZOT

AMBASSADEUR DE S. M. LE ROI DES FRANÇAIS PRÈS LA COUR DE LONDRES.

CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ

COMME TÉMOIGNAGE DE RESPECT

PAR

SON TRÈS-HUMBLE ET TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR

CHARLES PURTON COOPER.

DÉPÊCHES

DE

LA MOTHE FÉNÉLON.

CCLIVe DÉPESCHE

--du IIIe jour de juing 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Négociation de Mr Du Croc en Écosse.--Demandes adressées secrètement par les partisans de Marie Stuart.--Propositions faites dans le parlement de mettre la reine d'Écosse à mort, de déclarer traître quiconque reconnaîtra son droit à la succession de la couronne d'Angleterre, et d'exiger l'exécution du duc de Norfolk.--Succès des Gueux dans les Pays-Bas; prise de Valenciennes par les révoltés.

AU ROY.

Sire, je vous ay escript, du XXVIIIe du passé, tout ce que, sur le partement du comte de Lincoln, j'ay peu aprandre des particullarités de sa légation, dont ne vous en toucheray, icy, davantage; et sera la présente pour accompaigner ung pacquet, que Mr Du Croc faict à Vostre Majesté, des choses qui luy ont succédé à son arrivée en Escoce, et de la bonne réception que ceulx des deux partys luy ont faicte, qui monstrent que, nonobstant les extrêmes difficultés de ce commencement, il y a aparance que la paix sera enfin embrassée des ungs et des aultres; et je juge, par une lettre, que j'ay receue en chiffres de ceulx de Lillebourg, que le dict Sr Du Croc s'est comporté si sagement en ses premières propositions qu'on n'a descouvert plus avant de son intention qu'aultant que de ses parolles générales l'on en a peu comprendre, et que ceulx, à qui sa commission est plus favorable, ont pour encores senty le moins de faveur. J'estime, Sire, que ce sera chose fort à propos que certeine demande du capitaine Granges et du Sr de Ledington, qui est portée par le dict chiffre, laquelle ilz veulent, pour ung temps, estre cellée au dict Sr Du Croc, leur soit accordée; car, par ce moyen, l'authorité de Vostre Majesté, demeurera plus grande au dict pays, et vostre allience mieulx confirmée. En confience de quoy je donray, par mes premières, grande espérance et mesmes assurance, comme de moy mesmes, aus dicts de Granges et de Ledington que Vostre Majesté les en gratiffiera; et n'aura, pour cella, le maréchal Drury, quand bien il le sçaura, occasion de se pleindre que Mr Du Croc ayt rien négocié par dellà contre ce qui a esté promis, icy, à la Royne, sa Mestresse. Cependant je vous supplie très humblement, Sire, me mander comme il vous plait qu'en vostre nom je leur en escripve, car c'est ung des principaulx poinctz dont ceulx de Lillebourg desirent estre promptement esclarcis: et l'aultre poinct après, est en quelle sorte il vous plaira qu'ilz facent l'accord. Le Sr de Vérac m'a mandé de le vouloir advertyr s'il s'en doibt retourner, ou non, attandu que Vostre Majesté ne luy en a rien escript. Sur quoy je luy conseilleray, par mes dictes premières, qu'il attande le commandement de Vostre Majesté; et je croy qu'il sera fort à propos qu'il ne bouge de là jusques à ce que la paciffication soit conclue, ou bien que l'abstinence de guerre soit bien accordée. J'ay envoyé au dict Sr Du Croc, avec vostre pacquet du Xe du passé, ung extrêt des articles du traicté qui concernent le faict d'Escoce. J'espère que bientost il vous mandera toutes aultres nouvelles de dellà.

Ce a esté, Sire, par les soixante six depputez du parlement, qui se tient maintenant icy, que les deux billetz, dont je vous ay cy devant faict mencion, ont esté proposés contre la Royne d'Escoce: l'ung, de la faire mourir; et l'aultre, de déclarer traître quiconques, à jamais, métroit en compte, ou relèveroit, le tiltre qu'elle prétend à la succession de ceste couronne; et y ont adjouxté ung troysiesme, de la sentence de mort contre le duc, demandant qu'elle fût exécutée. Lesquelz billetz, après que la Royne d'Angleterre a heu remercyé les dicts depputés du soing qu'ilz avoient d'elle et de sa seureté, parce qu'ilz fondoient là dessus l'occasion de leurs troys propositions, elle les a priés de se déporter entièrement de la première; et ayant encores considéré, de plus près, la segonde, elle ne l'a voulu admettre, et m'ont ses conseillers mandé que je ne sois plus en peyne de cella, car leur Mestresse estoit dellibérée de respecter tant vostre amityé qu'elle ne laysseroit passer en cest endroict rien qui pût offancer l'honneur et réputation de Vostre Majesté; en quoy j'entendz, Sire, que la contradiction, que ceulx de la noblesse y ont faicte, y a beaucoup valu; et a beaucoup servy de rabatre aussi la proposition contre le dict duc, car ont remonstré qu'ilz avoient faict leur debvoir de procéder par les loix à le condampner, mais qu'il n'apartenoit aulx subjectz de recalculer rien maintenant sur la clémence de la Royne, leur Mestresse. Or, demeure la détermination des dicts trois poinctz encores en quelque suspens par l'opiniastreté de ceulx de la segonde chambre, dont le duc court grand péril ceste sepmayne. Et semble qu'il sera depputé troys évesques, troys comtes, troys barons et troys chevalliers, pour aller ouyr et examiner sur quelques poinctz la dicte Royne d'Escoce.

Le bruict de la prinse de Valenciennes[1], par les Gueux, et ce, qu'on présume que les Huguenotz veulent ayder de tout leur pouvoir et moyen leur entreprinse, et qu'on dict que le prince d'Orenge marche avec trente enseignes d'allemans et six mille chevaulx, et le jeune comte d'Ayguemont avec aultres deux mille chevaulx, pour les venir secourir, eschauffe ung peu ceulx cy de s'en vouloir mesler. Vray est que Anthonio de Guaras, lequel a receu pouvoir expécial, par lettres du duc d'Alve, d'assister, icy, ez choses qu'il verra appartenir au service du Roy d'Espagne, a faict mettre en prison deux capitaines qui levoient des gens de guerre pour aller à Fleximgues. Je croy bien qu'ilz ont esté depuis relaschés, et qu'ilz sont desjà embarqués pour suyvre leur voyage avecques leurs gens; tant y a que le dict de Guaras a grand accès en ceste court, et est favorablement ouy; et j'entendz qu'il faict de fort grandes offres, de la part du dict duc d'Alve; lesquelles ceulx cy trouvent recepvables et ne les rejettent nullement. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1572.

[1] Valenciennes fut pris, le 24 mai 1572, par La Noue et le Sr de Famars; mais ils ne purent se rendre maîtres du château, dans lequel don Juan de Mendosa s'était jeté. Peu de jours après, les protestans durent abandonner la ville.

CCLVe DÉPESCHE

--du Ve jour de juing 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de L'Espinasse._)

Résolution prise par Élisabeth de rejeter les propositions faites dans le parlement contre Marie Stuart.--Exécution du duc de Norfolk.--Arrivée du comte de Lincoln en France.--Nouvelles d'Écosse; nécessité d'envoyer des secours à Lislebourg.--Craintes que les succès des Gueux dans les Pays-Bas donnent aux Anglais.--Détails sur l'exécution du duc de Norfolk.

AU ROY.

Sire, de la communicquation que j'ay faicte de voz deux dernières lettres, du IIe et Xe passé, à la Royne d'Angleterre, elle a comprins qu'il y avoit desjà ung très bon acheminement, de vostre costé, à tous les debvoirs de la bonne amytié qu'avez nouvellement conclue avec elle; de quoy est advenu qu'elle a faict à ses plus expéciaulx conseillers, ainsy qu'on me l'a fort assuré, une remonstrance comme s'ensuit:

«Que, puysqu'entre les grandz dangers qui s'estoient, depuis quelque temps, manifestés au monde contre elle, Dieu avoit voulu, du milieu de ceulx, que les feus Roys d'Angleterre, ses prédécesseurs, avoient tousjours réputés leurs plus grandz ennemys, luy succiter à elle ung très grand et parfaict amy, qui ambrassoit sa protection et sa deffence, sellon le traicté de ligue qu'elle avoit faicte avec Vostre Majesté, qu'elle ne vouloit, en façon du monde, qu'on proposât rien en son parlement qui vous peût offancer; et, qu'ayant considéré les deux billetz, qui avoient esté mis en avant contre la Royne d'Escoce, desquelz elle avoit desjà cassé celluy qui touchoit à sa vie, elle vouloit qu'on se désistât encores de celluy qui concernoit la succession qu'elle prétandoit en ce royaulme; car elle voyoit bien ne se pouvoir faire que Vostre Majesté, pour le debvoir de parantage, et pour les aultres obligations que vous avez avec ceste princesse, n'en fussiez offancé, sellon qu'elle le comprenoit bien par les lettres que je luy en avois communicquées; (car, à la vérité, Sire, je les luy ay assés faictes sonner en ce sens). Et a adjouxté qu'on trouveroit aussy bien estrange, par toute la Chrestienté, qu'on la condampnât sans l'ouyr; mais que, pour satisfaire à ses Estatz, elle vouloit bien que, dorsenavant, l'on soubsmît la dicte Royne d'Escoce à l'obligation des plus rigoureuses loix qu'on pourroit faire contre elle, si elle atamptoit jamais rien plus au préjudice de ce royaulme.»

De quoy, monstrantz les dicts Estatz n'estre assez contantz, ont incisté qu'aulmoins l'on ne leur refuzât l'exécution du duc de Norfolc, qui estoit desjà condampné; ce qui a esté si chauldement mené, par ceulx qui avoient la matière à cueur, que la Royne d'Angleterre n'y a peu résister. Dont estant ce pouvre seigneur mené sur l'eschafault, à heure non accoustumée, de fort grand matin, a confessé, en présence de ceulx qui s'y sont trouvez, qu'il avoit fort offancé Dieu comme pécheur, et avoit offancé la Royne, sa Mestresse, en ce que, contre sa promesse qu'il luy avoit faicte de ne traicter avec la Royne d'Escoce, (ce que toutesfoys il ne luy avoit confirmé par sèrement), il avoit escript des lettres et en avoit receu de la dicte Dame, et avoit pareillement receu une lettre du Pape, non qu'il l'eût pourchassée, mais Ridolfy la luy avoit adressée; et qu'au reste il assuroit, avec toute vérité, de n'avoir jamais rien atempté de faict, de parolle, ny encores de pensée, contre la Royne, sa Mestresse, ny contre ce royaulme; et de cella il en bailloit sa mort à tesmoing, devant Dieu et devant les hommes. Et ainsy, d'un visage constant et magnanime, s'est exhibé luy mesmes au supplice, au grand regret des gens de bien. Et son corps a esté raporté dans la Tour en ung cercueil couvert de velours noir; et luy a esté faict quelque forme d'exèques.

Hier vint nouvelles comme monsieur l'admiral d'Angleterre estoit descendu à Boulogne, le pénultiesme jour du passé, premier que Mr de Piennes ny le Sr de Mauvissière y arrivassent, et que la présence de Mr de Foix, avec la diligence de Mr de Cailliac, avoient grandement suply à sa réception; en laquelle, s'il y a heu quelque manquement, il a esté bien honnorablement excusé par une honneste lettre, que Mr de Foix m'a escripte là dessus, laquelle a esté bien fort agréable en ceste court.

Le Sr de L'Espinasse vous comptera, Sire, les difficultés ès quelles Mr Du Croc, son beau père, se retrouve en Escoce; où semble qu'il importe grandement, pour vostre réputation, qu'il soit pourveu promptement à ceulx de Lillebourg qu'ilz ne soient ruynés, et que le chasteau ne viègne ez meins de ceulx qui sont à la dévotion de la Royne d'Angleterre; car de ces deux poinctz dépend non seulement la conservation de vostre ancienne allience, mais que l'estat, qui souloit estre françoys, ne deviègne du tout angloys. Dont vous plerra, Sire, pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix seront icy, nous ordonner de prendre quelque résolution là dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil, pour réduyre ce pays à une bonne paciffication; et cependant mander quelque honnorable promesse à ceulx de Lillebourg, accompagnée d'aulcun présent effect pour les consoler; dont seroit bien à propos, Sire, que Mr de Flemy les allât trouver avec ce qu'il leur pourroit apporter de refraichissement.

Le progrès des entreprinses, qui s'entend des Pays Bas, commence de mettre ceulx cy en quelque souspeçon qu'elles tendent d'impatroniser Vostre Majesté de cest estat, ce qui leur seroit formidable; et ne vouldroient qu'en façon du monde cella succédât, s'ilz n'y participoient. Sur ce, etc. Ce Ve jour de juing 1572.

A LA ROYNE.

Madame, j'ay esté en une merveilleuse peyne pour la partinacité de laquelle ceulx de ce parlement ont incisté que la Royne d'Escoce fût punie de mort, et que le tiltre, qu'elle prétend à la succession de cette couronne, fût aboly pour elle et pour les siens à jamais, car cella tournoit merveilleusement à l'indignité du Roy; et non seulement faisoit mal sonner le traicté de la ligue, qu'il a faicte avec ceste princesse, mais diffamoit beaucoup tous les aultres honnestes pourchas d'allience, que Voz Majestez Très Chrestiennes ont mené, et continuent de mener encores avec elle. Je rends grâces à Dieu que ce danger est, pour ceste fois, évité; de quoy la dicte Royne d'Escoce en doibt recognoistre l'obligation, après Dieu, au seul respect que la Royne d'Angleterre a heu de ne vouloir ou de n'ozer, en ce temps, offancer le Roy. Il est vray que le pouvre duc de Norfolc a passé; lequel, par l'acte dernier de sa vye, a confirmé davantage au monde une très grande justiffication de luy, et a layssé ung grand regret et une grande compunction du cueur à ung chacun. Il a parlé fort clèrement de tout son faict; dont la Royne d'Angleterre peut, à ceste heure, demeurer esclarcye si je y ay esté jamais en rien meslé, ainsy que ses ambassadeurs vous en avoient quelquefoys touché quelque mot. J'ay requis que le collier de l'ordre du Roy, qu'il avoit, fût remis entre mes mains, ce qui ne m'a esté encores accordé; tant y a que je supplye très humblement Voz Majestez trouver bon que je m'en charge, sellon qu'il me faict aussy grand besoing d'en avoir ung pour la dignité de ceste charge, aux jours de solennité.

L'apareil de la réception de messieurs voz depputés est si honnorable par deçà, et la provision si grande pour les bien traicter, avec toute leur compagnie, dez qu'ilz descendront à Douvres, que je ne veulx fallir de le recorder à Voz Majestez affin de faire uzer de quelque correspondance vers monsieur l'admiral d'Angleterre; car c'est chose qu'on regarde bien fort en ceste court: et desjà s'est dict quelque mot qu'il n'avoit esté assez favorablement receu à Bouloigne, mays une lettre de Mr de Foix, qui m'est arrivée fort à propos, en a aporté la satisfaction. Et se dict, Madame, que le présent de Mr de Montmorency sera d'envyron vingt mille escus; tant y a que je mettray peyne de le sçavoir plus au vray. Sur ce, etc.

Ce Ve jour de juing 1572.

CCLVIe DÉPESCHE

--du IXe jour de juing 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Chamberland._)

Préparatifs faits à Londres pour recevoir. MMrs de Montmorenci et de Foix.--Résolution secrète arrêtée dans le parlement de soumettre la reine d'Écosse aux lois d'Angleterre.--Nécessité de s'opposer à cette résolution.--Défense faite en France de porter secours aux révoltés des Pays Bas.

AU ROY.

Sire, à ce matin, bon matin, j'ay receu des lettres de Mr de Montmorency et de Mr de Foix, de devant hier, VIIe de ce moys, à Boulogne, qui me mandent que ce sera à la première marée de ce jourdhuy, IXe, qu'avec l'ayde de Dieu, ilz passeront la mer; de quoy toute ceste court est grandement ayse, laquelle adjouxte toutjour quelque chose de plus à l'ordre de leur réception, affin de la faire plus honnorable. Eulx deux, par la fréquence des lettres qu'ilz m'ont souvant escriptes sur la légitime excuse de leur retardement, m'ont beaucoup aydé de pouvoir solager ceulx cy en leur atante; lesquelz ont desjà tant faict qu'ilz ont prolongé le parlement jusques après la St Jehan, affin d'avoyr plus grande compagnie de noblesse en ceste ville quand ilz arriveront; et le comte de Pembroth, milord de Vuindesor et milord Bocaust, avec bon nombre de noblesse, n'ont jamais bougé de Douvres, depuis le dernier de l'aultre moys.

Ceulx du dict parlement, quand ilz ont veu qu'ilz avoient gaigné le poinct de l'exécution du duc de Norfolc, ont remis sus, plus instamment que jamais, la poursuyte contre la Royne d'Escoce, avec tant de partinacité, instigués par les ennemys de la pouvre princesse, que je viens d'estre adverty que le décret, de privation du tiltré de ceste succession, s'en ensuyvra contre elle; et qu'ilz la soubsmettront à la rigueur des lois du Royaulme pour tout ce que, dez ceste heure en là, elle pourra atempter contre la Royne d'Angleterre ou contre le repos de son estat. Qui sont actes peu correspondans à la considération d'entre Voz Majestez, et sur lesquelz, encor qu'on se puisse assez esbahyr comme j'en auray esté adverty, car le tiennent fort secret, je ne larray pourtant de m'y oposer en vostre nom, si Vostre Majesté me le commande, et en façon néantmoins si gracieuse et modeste que la Royne d'Angleterre n'aura occasion quelconque, aulmoins qui soit juste, de le trouver maulvais; dont suplie très humblement Vostre Majesté m'en faire une prompte responce affin que, tout à temps, j'en puisse faire la remonstrance.

Ceulx cy ont entendu la deffence, que Vostre Majesté a faicte publier en la frontière, que nulz gens de guerre françoys aillent en Flandres, de quoy ilz se sont assez esbahys, et n'empeschent pourtant, de leur part, qu'il ne coule tousjours des soldatz d'icy à Fleximgues; mesmes beaucoup d'Anglois commencent d'y passer, et forniront les dicts de Fleximgues de grand nombre de vivres et de monitions de ce royaulme.

J'estime que messieurs voz depputés pourront arriver en ceste ville vendredy prochein, et que la ratiffication du traicté se fera le quinziesme de ce moys; et sur ce, etc.

Ce IXe jour de juing 1572.

CCLVIIe DÉPESCHE

--du XVIIe jour de juing 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par ung courier de Mr de Montmorency._)

Arrivée de MMrs de Montmorenci et de Foix.--Serment solennel prêté par la reine pour la confirmation du traité.--Demande officielle de la main d'Élisabeth pour le duc d'Alençon.--Détails circonstanciés de la réception faite à MMrs de Montmorenci et de Foix, de l'audience qui a suivi, et des fêtes qui leur ont été données.

AU ROY.

Sire, nous, de Montmorency et de Foix, sommes arrivés icy vendredy, XIIIe de ce moys, ayant en chemin receu toutes les caresses et honneurs possibles. Le lendemein, après disner, sommes toutz troys allés trouver la Royne d'Angleterre, à laquelle nous avons présenté les lettres de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, concernant la confirmation et ratiffication du traicté, lesquelles elle a reçues avec déclaration de l'opinion de voz vertus, et grand estime qu'elle fait de vostre amytié; de sorte que tout ce premier jour s'est passé en propos courtois et gracieux. Le lendemein matin, nous sommes allés recepvoir d'elle le sèrement accoustumé, avant lequel presté, elle nous a aussy déclaré n'avoir restitué le chasteau de Humes, scitué en Escoce, comme elle est obligée par le traicté de confédération, d'aultant qu'elle s'est trouvée en peyne auquel des deux partis elle le debvoit rendre, ou au Sr de Humes, ou au régent, mais qu'elle protestoit que son intention estoit de le randre aux Escouçoys, et satisfaire en toutes choses au dict traicté; dont nous l'avons priée de faire la dicte restitution au plus tost, et avec le consantement et volonté de Vostre Majesté, ce qu'elle a promis de faire. Et, après le dict sèrement faict, elle nous a menés en sa chambre, où nous luy avons présenté les lettres escriptes de la mein de Vostre Majesté, de la Royne, et de Noz Seigneurs voz frères, desquelles elle a leu à l'instant la vostre, remettant alors les aultres jusques après dîner; à l'yssue duquel elle nous a ramenés en la mesmes chambre, et dict à moy, de Montmorency, que je luy exposasse la créance. Sur quoy nous l'avons priée de lire premièrement la lettre de la Royne, vostre mère, ce qu'elle a faict tout hault; et après, dict qu'elle se santoit très obligée en son endroict, d'aultant qu'elle luy avoit présenté toutz ses enfans, réitérant à moy, de Montmorency, que je luy exposasse donc nostre dicte créance. Ce que j'ay faict, sans rien obmettre de ce qui estoit contenu en noz instructions, et conforme à vostre intention.

La dicte Royne, pour responce, est entrée en quelques discours des choses passez, que nous remétrons de vous dire à quand nous serons auprès de Vostre Majesté, dont la fin a esté qu'estant l'affaire de grande importance, qu'elle en vouloit dellibérer, tellement que, ce jourdhuy, elle a envoyé milord de Burgley devers nous pour entendre sur ce faict plus amplement vostre dicte intention, nous proposant plusieurs difficultés, auxquelles nous avons mis peyne de satisfaire le mieulx qu'il nous a esté possible; de sorte qu'il s'en est retourné, nous promettant de faire, de sa part, tous bons offices: comme aussy nous a assuré le comte de Lestre, de son costé, auquel nous avons déclaré le bien qu'il doibt espérer de Vostre Majesté, si cest affaire peut bien réuscyr; de façon que nous n'avons rien oublié, à l'endroict de luy, ny de toutz les aultres, que nous avons cuydé pouvoir servir pour conduire cest affaire à bonne fin; duquel nous ne voyons pas encores aulcune assurance, aussy n'avons nous occasion d'en mal espérer; et, de ce que nous verrons de lumière, de jour à aultre, nous ne faudrons de vous en advertir, et suyvant voz commandementz, de vous en aporter une dernière résolution. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de juing 1572.

AU ROY.