part d'Angleterre, comme il est meintennant.
6.--Dessus complaincte justice est et sera faicte.
7.--Cestuy cy sera faict, si aulcun peult estre persuadé de pouvoir librement passer en France.
8.--Il est libre, par les trettez, aulx merchands d'Angleterre de ressortir en quelques portz que ce soit de France, et fault naturellement que les merchandz trafficquent où ilz trouvent meilleur traictement; à ceste cause, s'ilz peuvent estre mieulx trettez en aultres places qu'à la Rochelle, asseurément ilz y veulent, d'eulx mesmes, ressortir combien qu'ilz fussent commandez aller à la Rochelle.
9.--Le marché est entre certains marchandz de Londres avec aulcuns de la Rochelle, pour leur délivrer quelque quantité de sel et telles semblables choses, nécessaires pour l'usaige d'Angleterre, à certains priz, lequel ilz ne veulent estre manifesté, de peur que leurs marchez ne puyssent, par d'aultres marchandz, estre damnisez, car communément ung marchand cherche à préjudicier à l'aultre pour son gain particullier, et, pour ce, ont ilz accoustumé de garder leurs marchez secrètement, tant pour leurs prix que pour la quantité.
XXXVIIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de may 1569.--
(_Envoyée jusques à la Court par le Sr. de Vassal._)
L'ambassadeur se plaint de ne recevoir aucunes nouvelles de France.--Succès de ses négociations auprès d'Élisabeth pour empêcher l'envoi d'un secours sérieux à la Rochelle.--Crainte conçue en Angleterre d'une entreprise de la part des Espagnols vers Norfolc, et de la part de la France en Écosse.--Continuation des démarches faites auprès de l'ambassadeur d'Espagne.--Détails de l'accident subit arrivé à Marie Stuart, que l'on a crue morte.--_Mémoire général_ sur la situation des affaires de France, d'Espagne et d'Écosse.--Protection accordée aux protestants de France par Élisabeth, qui n'est retenue que par la crainte de la guerre.--Le conseil est toujours dans la même indécision au sujet de la paix ou de la guerre avec l'Espagne.--Vives instances faites auprès de l'ambassadeur pour connaître quelle serait la conduite de la France dans le cas où cette guerre serait déclarée.--Conduite habile de sir William Cécil pour détourner l'orage qui gronde autour de lui.--Le duc de Norfolc accuse devant le conseil Marie Stuart d'avoir fait cession au duc d'Anjou de ses droits à la couronne d'Angleterre.--Le conseil décide qu'il ne s'occupera point des demandes de la reine d'Écosse tant qu'elle ne se sera pas justifiée de cette accusation.--_Mémoire du cardinal de Chatillon_ à la reine d'Angleterre sur la situation des protestants en France.
AU ROY.
Sire, il est passé ung mois tout entier, despuys le XVIIe d'estuy cy, que je n'ay aulcune lettre ny nouvelles de Voz Majestez, et de tant qu'il semble que cella commance fère quelque faulte icy à vostre service, pour beaucoup de nouvelles qu'on y publye au désadvantaige de voz affères, ausquelles je n'ay de quoy respondre, je dépesche exprès ce gentilhomme pour en aller sçavoir sur le lieu; et vous diray cependant, Sire, que j'ay tant de foys expressément remonstré à la Royne d'Angleterre le proffict et seurté, qui luy venoit de la paix et amytié qu'elle a avecques Vostre Majesté, voz pays et subjectz, et le mal où elle alloit tumber, si elle permettoit plus d'abuzer ainsy, soubz main, de son authorité et des moyens de son royaulme contre vous, qui estiez de trop bon lieu pour ne sentir le mal qu'on vous feroit, qu'enfin elle a, en vostre faveur, escluz toutz pirates de se pouvoir dorsenavant aulcunement prévaloir de nul support, retrette ny descharge, ez portz de son royaulme, ayant révoqué ceulx de ses subjectz qui s'estoient miz à suyvre ce train, et chassé du tout les aultres, leurs familles et enfans, de sorte qu'il n'en comparoit guières plus en ceste mer estroicte, ainsy que les gouverneurs mesmes des principalles villes de vostre frontière m'en ont asseuré; et n'est sans que ceulx, qui sont icy pour ceulx de la Rochelle, ne s'y soyent merveilleusement opposez, pour les bons butins qu'ilz en raportoient à l'entretennement de leur guerre, et pour l'empeschement qu'ilz donnoient aulx catholiques de vostre royaulme, et des aultres pays voysins. Et a faict encores la dicte Dame, avec l'assistance d'aulcuns principaulx personnaiges que je y ay employez, que le Sr. du Puench de Pardaillan, qui luy a, parmy les honnestes messages de la Royne de Navarre, demandé secours d'hommes et d'argent, a esté renvoyé avec grand acceptation des messages, mais entier reffuz des forces et d'argent; de sorte que, si les choses ne changent bien fort, ilz ne peuvent fère estat d'icy que de ce que aulcuns particulliers de leur religion les pourront, de leurs propres moyens et substance, secourir. A quoy il est très difficile de remédier, et ceulx là sont, à la vérité, de tel crédit qu'ilz les peuvent, et icy, et en Allemaigne, assés accommoder de deniers, avec ce, que je croy sans aulcun doubte, quoy qu'on me veuille asseurer du contraire, que la dicte Dame mesmes leur permettra user de son crédit, pourveu qu'il n'y aille rien du sien, ou qu'elle soit bien asseurée du rembourcement, et que ce ne soit directement contre les trettez.
Elle est tumbée en grand souspeçon de deux entreprinses, qu'on l'a asseurée se dresser et se debvoir bien prochainement exécuter contre elle et contre son estat, l'une, du costé de France, et l'aultre, du costé de Flandres; dont m'ayant faict sonder si, avec aulcuns principaulx de ce royaulme, j'estois de la menée de l'une ny de l'aultre, j'ay donné telle rayson de moy, à celluy qui m'en a parlé, que je m'asseure qu'elle en demeure satisfaicte; mais cella a esté cause dont j'ay faict plus grand dilligence de pénétrer en ces deux faictz, et n'ay encores si grand notice de celluy de Flandres que je vous oze asseurer de ce qui en est; bien m'a l'on dict que certain personnaige, fort principal des Pays Bas, en a freschement donné l'adviz par ung petit escript, non plus grand que la main, où il asseure que la pratique est bien fort advancée, et que, ayant esté desjà offert par le duc d'Alve aulx seigneurs angloix, qui la mènent; mille Hespaignolz naturelz de certain tercero, et deux mille Vualons, avec cent cinquante mille escuz contantz, ilz demandent pour mieulx engaiger le dict duc à l'entreprinse deux mille Hespaignolz du tercero qu'ilz nomment, et ung capitaine désigné, et quatre mille Vuallons, avec cent mille escuz de plus; et de se préparer, du premier jour, à les mettre en terre de deçà vers Norfolc. Ce qui se rapporte aulcunement à certain adviz que, six sepmaines a, je vous ay donné.
Et pour le regard de celluy de France, j'ay sceu de certain qu'on donne entendre à ceste Royne qu'en France l'on en veult bien fort à elle, mais que, durant ceste guerre, l'on ne peult ny le veult on déclairer; mais, la guerre finye, s'il succède mal aulx protestans, ou qu'ilz soyent contrainctz à quelque paix mal advantaigeuze pour eulx, qu'il est desjà tout résolu de visiter l'Angleterre, avec la plus mortelle guerre et les plus déterminées entreprinses que jamais Roy de France y ayt faictes; et que, cependant, ung certain capitaine, qu'ilz nomment Saint Martin, lequel ilz disent estre à Monsieur le cardinal de Lorraine, est desjà arrivé a Paris, ensemble ung aultre gentilhomme avecques luy, ayantz toutz deux cartelz de mon dict sieur le cardinal, en motz couvertz, pour lever des deniers et aller incontinent en Bretaigne armer navyres et lever gens pour descendre en Angleterre, en faveur de la Royne d'Escoce, en ung port où ilz sont attanduz, et où ung Anglois et ung Escouçoys, qui ne sont nommez, les doibvent conduyre, qui est une invention, laquelle se descouvre d'elle mesmes estre trop affectée, pour fère embarquer ceste princesse à l'aultre party. A quoy je sçay desjà que respondre, si la dicte Dame m'en vient, tant soit peu, à toucher, et seray bien ayse que Vostre Majesté me donne encores, par ces premières, de quoy pouvoir plus clairement convaincre ceste persuasion.
Au reste ceulx cy disent que mon dict sieur le cardinal a naguières retiré ung des gens de leur ambassadeur, luy ayant auparavant donné trois cens escuz pour quelque communication, qu'il luy fit, de certains messages et paquetz des princes d'Allemaigne, qu'il portoit à la Royne d'Angleterre, de quoy la dicte Dame est bien offencée.
Les choses de deçà monstrent néantmoins continuer toutjour à la paix avec Vostre Majesté, ne voyant qu'il se face aulcun nouvel aprest pour me fère doubter du contraire, que celluy qui est desjà en mer. Il est vray qu'on mande souvant à dresser l'ordre des forces de ce royaulme; mais il se cognoist assés que c'est plus pour se deffendre, et pour obvier aulx esmotions qu'on y crainct, que pour fère quelque entreprinse hors du pays.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a esté, despuys trois jours, de rechef recerché de depputer commissaires sur le faict de ses prinses et saysyes, essayans ceulx de ce conseil d'atacher par ce moyen quelque pratique d'accord avecques luy; mais il a respondu qu'il n'y avoit lieu de nommer commissaires avant que ce qui a esté prins, comme en guerre, par les propres navyres de la Royne d'Angleterre, fût rendu; mais, cella faict, affin que toute forme d'hostillité soit hors de cause, qu'il se pourra après depputer commissaires sur le reste des prinses et des arrestz faictz par auctorité de justice, et qu'il sçayt bien que, de tout ce qui a esté saysy en Flandres, s'il en deffault une seule pièce de drap, le duc d'Alve la satisfera, et qu'ainsy convient il rendre, par deçà, tout ce qui a esté prins et arresté sur les subjectz du Roy, son Maistre. Il ne m'est permiz de veoir encores le dict sieur ambassadeur, mais nous pratiquons ensemble par messages, et je sentz bien qu'il incline fort à ung accord et est fort ayse d'y veoir peu à peu achemyner ceulx cy, et sans ce, qu'aulcuns des grandz l'asseurent que, tant qu'il tiendra plus ferme de son costé, tant plus ceulx cy plyeront de venir à son poinct, il fût desjà bien avant en tretté avecques eulx.
J'ay si bien instruict ce dict porteur des nouvelles de la Royne d'Escoce et de tout le reste de l'estat, que je cognoys à présent des affères de deçà, que, donnant foy, comme je vous suplie de fère, à ce qu'il vous dira, je n'ay, pour le surplus, qu'à prier dévottement le Créateur, etc.
De Londres ce XXIIIe de may 1569.
A LA ROYNE.
Madame, l'on faict courir icy beaulcoup de nouvelles en deffaveur des affères de Voz Majestez, et s'esforce l'on, par là, de remettre en termes les secrettes entreprinses contraires à la paix, que j'ay miz beaulcoup de peyne d'interrompre; dont ceulx, qui m'y ont tenu la main, m'envoyent souvant enquérir de ce qui en est, et, pour ne leur en sçavoir donner compte, ilz pensent que je les veulx taire ou dissimuler, parce que je ne les sçay bonnes; ce qui les faict estre plus froidz et timides sur mes remonstrances, et donne lieu aulx aultres de m'y procurer une longueur, ou bien ung changement, en ce qu'ilz peuvent, qui est cause que je suplie très humblement Vostre Majesté de me fère avoir plus souvant de voz nouvelles, affin que le retardement d'icelles ne face dommaige à vostre service, auquel dommaige j'espère bien d'y pouvoir aulcunement remédyer; mais beaulcoup mieulx, si je y suys aydé par lettres et adviz de Voz Majestez, avecques lesquelles, quant bien il vous debvra venir quelque mal de ce costé, si ne peult estre destorné du tout, elles m'ayderont au moins d'en rabattre une partie, et de vous pouvoir advertyr du reste si à propos qu'il y pourra estre tout à temps remédyé.
J'ay, oultre les lettres de Voz Majestez, baillé ung mémoire au Sr. de Vassal, présent pourteur, pour le vous monstrer, lequel j'ay faict tout exprès bien fort ample, affin qu'après l'avoir veu, comme je suplie Vostre Majesté d'en prendre la peyne, parce qu'il contient tout ce que je sçay estre icy à présent en termes, il vous playse l'envoyer à monseigneur vostre filz, qui desire estre informé, par le menu, de toutes ces choses, auquel, parce que je ne luy ay rien escript, cinq sepmaines a, il vous plairra commander luy en fère une prompte dépesche; et n'adjouxteray, pour le surplus, à la présente, sinon que Mr. le cardinal de Chatillon a faict venir quatre centz pièces de vin, blanc et clairet, de la Rochelle, desquelles il a, ces jours passés, distribués à la Royne d'Angleterre et à toutz ceulx de ce conseil les douze vingtz, et a réservé les huict vingtz pour sa provision, ce qui faict juger à plusieurs qu'il ne sent les choses en France en termes pour y pouvoir retorner de long temps; et a emprumpté envyron deux mille escuz d'ung marchant de ceste ville, à qui trois principaulx seigneurs de ceste court en ont respondu.
Il se parle que madame la princesse de Condé passera bien tost de deçà, ce qui se sçaura mieulx au retour de la flotte de la Rochelle. Ceux du dict lieu de la Rochelle, qui sont descenduz au cap de Cornoaille, ainsy que je l'ay mandé par mes précédantes, ne sont, à ce qu'on m'a dict, guyères gens de qualité. Tout ce qui surviendra d'heure à heure, je mettray peyne d'en advertir Vostre Majesté, à laquelle baysant, en cest endroict, très humblement les mains, je prieray Dieu qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXIIIe de may 1569.
Despuys ce dessus, la Royne d'Escoce, escripvant à ceste Royne sur la particularité que verrez en mon mémoire, consernant monseigneur vostre filz, a donné charge au porteur de me venir dire comme, le Xe de ce moys, ayant sur les huict heures du matin prins des pillules, soubdain luy estoit venu ung tremblement et vomyssement, et estoit tumbée plusieurs foys en convulsion, et luy avoit duré jusques à une heure après midy, mais qu'elle estoit, grâces à Dieu, assés bien revenue, et espéroit qu'elle se porterait mieulx. Ceste Royne luy a envoyé des médecins, et semble qu'elle se laysse conduyre à la vouloir remettre en son estat. J'espère pouvoir, au nom de Voz Majestez, assés ayder à l'accommodement des affères de la dicte Dame, sans incommoder les vostres. Elle a grand faulte d'argent pour ses menues nécessitez.
MÉMOIRE AU SR. DE VASSAL DE CE QU'IL DIRA, OULTRE LE CONTENU DE LA DÉPESCHE, de ma part, à Leurs Majestez:
Que, suyvant le discours de Mr. le cardinal de Chatillon, qui a esté trouvé sur monsieur le prince de Condé, le jour de sa deffaicte, ceste Royne a, du commencement, donné plusieurs bonnes espérances de secours et de faveur à ceulx de la Rochelle, et mesmes de se déclairer pour leur party, quant il en seroit temps;
Non en aulcune déterminée entreprinse, que je sache, contre le Roy, mais en la généralle cause de la deffance de la nouvelle religion, pour laquelle ceulx du dict lieu, par leurs continuelz messages, et aussi les princes d'Allemaigne, par leurs depputez, l'ont très instantemant sollicitée qu'elle en vollût avec eulx entreprendre la deffance;
Et luy en ont représanté l'exécution bien facille, soit en France, ou en Flandres, mesmement en France, de tant qu'on en est desjà aulx mains, et que pour en venir à bout disent ne rester que la déclaration de sa volonté et aulcuns siens moyens, qui ne luy seront aulcunement mal aysés.
Et se sont esforcez luy persuader qu'elle le debvoit et le pouvoit légitimement fère, sans aulcune infraction des trettez de paix, qu'elle a avec les princes catholiques, de tant que ce sont eulx premiers, à ce qu'ilz disent, qui ont conjuré et entreprins d'exterminer ceulx de la religion dont elle est, et que la deffance est très légitime à ung chacun;
Et que, quant bien il luy fauldra ouvertement venir à quelque déclaration contre le Roy et contre le Roy d'Espaigne, ce ne luy sera qu'advantaige, à tout le moings, d'avoir la guerre à l'ung d'eulx, pour des raysons qu'ilz luy allèguent, pleynes à la vérité de passion, neantmoins telles que ceste princesse, bien que de soy incline à la paix, s'est layssée conduyre, dès l'entrée de ces troubles, à leur octroyer tout le secours et assistance que, soubz main et sans se déclairer, elle a peu, avec une secrette permission et tollérance, en son royaulme, de toutes choses qui s'y feroient en faveur et proffict de ceulx de sa religion, ainsy que despuys l'on en a veu l'exécution en plusieurs sortes sur les subjectz de Leurs deux Très Chrestienne et Catholique Majestez.
Mais affin qu'elle ne passât oultre à se déclairer ouvertement contre le Roy, il y a esté pourveu de bonne heure par des moyens qui ont eu assés bon effect, lesquelz, estantz aussi essayez pour le Roy d'Espaigne, ne luy ont encores réuscy si clairement qu'il desiroit.
Dont, puys peu de jours, ceulx, qui portent icy son faict et qui conseillent la paix, lesquelz sont de tant d'authorité que, sans eulx, rien de bien important ne se peult résouldre en ce royaulme, en ont, de rechef, faict mettre la matière en dellibération par prétexte de tretter d'une remonstrance que j'avoys faicte à ceste Royne, pour fère cesser les désordres qui se commettent en mer; et j'entendz, qu'après ung peu de contencion entre ceulx des deux partiz, il a esté, de rechef, pour le regard de la France, unanimement résolu, par les ungs et par les aultres, avec aprobation de ceste Royne, que la paix et commerce se continueront, demeurant encores les choses de Flandres en quelque suspens.
Et m'ayant le comte de Lestre naguyères prié à diner avec le duc de Norfolc, le marquis de Norempton, le comte de Betfort, milor Chamberlan, l'Amyral d'Angleterre et le secrétaire Cecille, qui sont les principaulx de ce conseil, des deux opinions, ainsy que, entre aultres choses, très instantment je les requérois de repurger leur mer et leurs portz de pirates, ilz m'ont remonstré, qu'estans en suspens avec le Roy d'Espaigne, ilz avoient besoing d'entretenir et supporter leurs capitaines de mer, et de ne fère, qu'en remédiant aulx désordres pour contanter le Roy, ilz vinsent à diminuer pourtant leurs forces, me sondans, ceulx de l'ung party, là dessus, si je voulois donner parolle que le Roy ne prendroit la cause du Roy d'Espaigne ny ne se déclaireroit contre la Royne, leur Mestresse, et que tant mieulx elle donroit ordre à ce que je desiroys.
Sur quoy, voyant l'aguet de l'aultre party sur ce que je dirois là dessus, j'ay respondu n'y avoir lieu de me demander, à présent, une telle déclaration; car je n'avois aussi aulcune charge de la leur fère: ains seulement d'asseurer la Royne, leur Mestresse, et eulx, qui sont de son conseil, qu'ilz trouveront une très ferme et constante correspondance de paix en l'endroict du Roy, Mon Seigneur, s'ilz ne le provoquent de la rompre; et quant à l'amytié et l'alliance, d'entre Leurs Majestez Très Chrestienne et Catholique, qu'elle est notoire à tout le monde, mais ce n'est au préjudice de l'Angleterre, ny n'est matière qui concerne ce que nous avions présentement à tretter.
Dont m'ayantz toutz, d'une voix, promiz ung si bon remède que j'en demeureroys contant, ilz ont, despuys, faict publier certaine ordonnance, dez la fin d'avril, sur le reiglement de la mer, en laquelle ilz n'ont ozé néantmoins fère expécialle mencion de la France, pour ne monstrer d'exclurre, du tout, les pays et subjectz du Roy Catholique, comme n'estans encores en manifeste ropture avecques luy; et me semblant que ceste grande générallité, en faveur de toutz navigans, ne satisferoit assés aulx choses particullières que je requéroys pour le Roy et ses dictz subjectz, je leur ay baillé une remonstrance par chefz et articles.
A laquelle ilz m'ont faict les responces qu'on a veu au marge de chacun chef, lesquelles sont assés sellon la paix, mais non, du tout, convenables aulx légitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la réparation des tortz et violences qu'il est besoing de fère aulx subjectz du Roy, de quoy sont cause les accordz précédans et les promises tollérances, et aussi, que les prinses ont esté aulcunement despartyes entre ceulx qui ont authorité; mais j'essayeray d'avoir mieulx, s'il est possible, et d'obtenir, par le menu, ce que, par déclaration généralle, l'on a faict difficulté de me bailler.
Or, nonobstant la susdicte résolution de paix avecques le Roy, ceste princesse ne laysse d'entretenir toutjour en bonne espérance monsieur le cardinal de Chatillon et ceulx de ce party, qui est cause que, souvant, il vient nouveaulx messagiers, de la Rochelle, ainsy que naguyères le Sr. du Puench de Pardaillan et Saint Symon ont passé dessà, en la compaignye de Mr. le vydame de Chartres, et ont confirmé, de la part de monsieur le prince de Navarre, les mesmes intelligences, commencées avec feu monsieur le prince de Condé, pour la commune deffance de leur religion; et, par telz accez, avec l'assistance des depputez des dictz princes d'Allemaigne, ilz s'esforcent d'encourager la dicte Dame à leur entreprinse.
En quoy, encor qu'ilz voyent, quant se vient au poinct de se déclairer ou fornyr deniers, qu'elle leur use de tant de deffaictes et remises, qu'ilz n'ont occasion, si les choses ne changent bien fort, d'espérer d'elle ce grand secours qu'ilz se promettent, ilz ne quictent pourtant la partie;
Et obtiennent toutjour ce qu'ilz peuvent par le moyen de ceulx qui sont les plus affectionnez à la matière, ainsy que, naguyères, ilz ont tant faict que ce second voyage de la Rochelle a esté accomply, nonobstant les empeschemens que je me suys efforcé d'y mettre; et mesmes, voyantz qu'il m'avoit esté donné parolle, avecques sèrement, par la dicte Dame et les principaulx de son royaulme, qu'il n'yroit en la flotte gens de guerre, ny armes, artillerye, ny monition aulcune, d'où le Roy peult estre offancé, ilz ont néantmoings, en quelques vaysseaulx françoys, qui sont allés de compaignye, faict embarquer le Sr. Du Doict, Rouvray et Valfenyères et environ soixante Françoys avecques leurs morrions et haquebutes, ensemble XX hommes, entenduz en mynes et contremynes, et quelques charpentiers, massons, boulangiers, cordonniers, mareschaulx et aultres artizans, mais non en grand nombre, que le conseiller Cavaignes a eu secrette commission de fère lever au pays d'Ouest.
Et y a dangier qu'ilz se prévallent aussi du nom de la dicte Dame à trouver des deniers en Allemaigne, mesmement s'ilz peuvent fère qu'il n'y coure rien du sien, sinon son seul crédit, car, estant la flotte pour Hembourg desjà en mer, toute parée pour le premier bon vent qu'il fera, en nombre de XXVIII vaysseaulx, bien équipez, oultre sept des grandz navyres de guerre de ceste Royne, les mieulx pourveuz et armez qu'il est possible, avec deux mille cinq cens hommes de combat, et Me. Oynter pour les conduyre, l'on y porte, à ce premier coup, si bon nombre de draps et laynes, qu'on les estime à sept cens mille escuz, qui sera un commancement de grand crédit pour la dicte Dame et pour le corps de son royaulme par dellà.
Et le Sr. de Quillegrey a escript du dict Hembourg que le lieu y est beau, bien cappable et assés commode pour recepvoir et débitter les dictes marchandises, encor que la navigation soit longue, et, en quelque sayson de l'an, incommode à cause des glaces, et que les merchans ne pourront avoir si souvant nouvelles de leur traffic, comme ilz faisoient d'Envers; mois qu'au reste il a trouvé le pays bien disposé envers ceste Royne, et qu'elle y pourra lever beaulcoup de gens de guerre, de pied et de cheval, pour son service, quant il luy plairra, vray est qu'ilz veulent estre bien payez.
Enfin, les merchans de ceste ville, qui avoient toutjours persisté de vouloir employer les deniers de leurs draps et de leurs laynes au dict Hembourg, en aultres merchandises, pour les transporter par deçà, ont accordé de recepvoir, icy, quarante mille livres esterlin, qui sont cent trente trois mille escuz, et mettre de dellà, ez mains du dict Quillegrey, pareille somme, oultre qu'on dict qu'on y a porté un nombre d'angellotz en espèces, ainsy que je l'ay ci devant mandé.
En quoy, encor qu'on me donne entendre que c'est pour fère fondz au dict lieu, affin de s'en servyr, au besoing, ez affères que la dicte Dame pourra avoir contre le duc d'Alve, si crains je que ces deniers, ou partie d'iceulx, aillent à fère quelque nouvelle levée ou payement d'Allemans pour fère durer la guerre de France; car ceulx de la nouvelle religion ont, de long temps, miz en avant qu'on pourroit, sur le crédit de la dicte Dame et sans aulcunement la nommer, fère tenir, par la voye mesmes d'Envers ou de Franquefort, de l'argent au duc de Deux Pontz, comme estant proprement sien, ou à luy envoyé, et se rembourcer, puys après, icy, de ces prinses de mer, et, en tout évènement, il faut fère estat que ce sera aultant d'argent contant en Allemaigne pour ceulx de la nouvelle religion.
Ceulx de ce conseil, qui tendent à la paix, ont, puys peu de jours, faict office si exprès envers la dicte Dame pour la retirer de toutes ses pratiques, qui se mènent au préjudice des trettez qu'elle a avec les princes ses voysins, que si les propres conseillers du Roy, du Roy Catholique et de la Royne d'Escoce eussent esté présens, l'on m'a asseuré qu'ilz n'y eussent peu rien fère de mieulx en ce, mesmement, qui peult concerner, pour leur regard, l'honneur de la couronne de ceste princesse, la foy de ses promesses, son sèrement, la mauvaise estime qu'elle s'acquiert de favoriser une cause tant contraire à l'authorité des princes, et si adversaire à sa propre qualité, et qui luy attirera la guerre sur les braz; sans rien obmettre de la nécessité de ses finances, ny de celle de ses subjectz, qui, par faulte de commerce, commancent de murmurer, et se préparer à quelque rebellion, l'estreignant si fort, par ces propoz, qu'on m'a dict que, hors de mettre, par forme de parler, la main sur elle, ilz n'eussent peu se monstrer plus fermes ny entiers en ce qu'ilz luy ont remonstré.
Ce qu'ilz ont faict de tant plus hardyment que toutz les grandz et plus nobles du royaulme y ont concouru, incoulpans certain particullier, d'auprès d'elle, de toutz les désordres passez, et ont limité contre luy si bien toutz les faictz dont ilz le veulent charger, pour ne toucher à nul des aultres du conseil, qu'ilz entreprennent toutz d'ung accord de le déboutter.
Mais luy, qui, seul, jusques à ceste heure, a conduict les affères au gré de sa Mestresse, et avec grand soing de la contanter, met peyne de se meintenir, et, encor qu'il se soit desjà retiré de n'expédier plus toutes choses, comme il fezoit, de luy mesmes, sans ordonnance du conseil, il ne laysse aller toutesfoys la principalle détermination des affères à nul des aultres.
Et c'est luy mesmes qui a faict, pour le regard du Roy, que, pour ne contrevenir par sa Mestresse aulx premières promesses faictes à ceulx de la Rochelle et aulx princes protestans d'Allemaigne, l'on m'ayt usé de quelque ambiguyté aulx responces, dont dessus est faicte mencion.
Et, pour le regard du Roy Catholique, que estans les remonstrances de son ambassadeur présantées à ce conseil, ès quelles il est le plus chargé, il a trouvé moyen de fère atacher aulcuns du dict conseil à icelluy sieur ambassadeur sur une forme de parler, dont il a usé en son escript, qu'il leur a monstré n'estre assés honnorable pour leur qualité, sur laquelle luy ayant faict fère certaine responce avec d'aultres bien légières sur le principal de la matière; le dict sieur ambassadeur, l'ayant veue, y a pour toute réplique adjouxté ces motz de sa main: _Esta no es respuesta para l'ambaxador del Rey d'Españia_, laquelle ayant semblé à ceste Royne et à eulx tenir ung peu d'arrogance, sont demeurez sans entrer plus avant avecques luy.
Et pour le regard de la Royne d'Escoce, de tant que ceste Royne commance d'avoir suspecte sa demeure en son royaulme, et crainct la faveur et support, qu'en plusieurs sortes, elle s'acquiert des principaulx de la noblesse et du peuple du pays, icelluy particullier semble la persuader meintennant qu'elle la doibt renvoyer et remettre en son pays.
Néantmoins, pour donner colleur aulx choses qu'il a menées jusques icy de son affère, il a faict contencieusement débattre, dans le dict conseil, ce que la dicte Royne d'Escoce y a naguières proposé, tendant--«à requérir le secours promiz pour estre remise en son estat, ou bien luy estre permiz qu'elle en puisse aller pourchasser ailleurs, et que, de tant que la Royne d'Angleterre l'a toutjours asseurée qu'elle le luy bailleroit, toutes les foys qu'avec son honneur et sa seureté elle le pourroit fère, qu'elle a envoyé l'évesque de Ross, son conseiller, avec ample pouvoir pour tretter de toutes choses apartenans à l'honneur et à la seureté de la dicte Dame et à la couronne d'Angleterre en cest endroict, au proffict, toutesfoys, d'elle et de ses enfans légitimes procréés de son corps.»
Sur laquelle remonstrance estant le dict sieur évesque appellé au dict conseil, après qu'icelluy particullier a eu, devant l'assistance, débattu avecques luy aulcunes difficultez, il a trouvé moyen de fère porter la parolle par le duc de Norfolc, qui est le premier du dict conseil, en ceste sorte: --c'est qu'ayant demandé à l'assemblée congé de parler, il a dict au dict évesque que, pour estre la matière de telle importance qu'elle touche le droict et le tiltre de ce royaulme, toutz estoient obligez, sur le péril de leurs vies et de leur honneur, de n'y procéder, ny légièrement, ny témérèrement, ny en termes couverts et déguysez; par ainsy, qu'ilz le vouloient bien clairement advertir comme il ne leur sembloit que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, fût en estat pour debvoir estre secourue de la Royne, leur Mestresse, ny pour pouvoir contracter de rien avecques elle, de tant qu'il estoit notoire qu'elle avoit cédé le droict et tiltre qu'elle pouvoit avoir à la couronne d'Angleterre à monsieur d'Anjou, dont le pape en avoit faict la confirmation; et que, mesmes, aulcuns du conseil de France avoient miz en avant le mariage de luy avec la dicte Royne, leur Mestresse, pour mieulx establir le royaulme à leurs descendans; et que, sans avoir plus grand certitude de ce que la dicte Royne d'Escoce pourroit avoir faict en cella au proffit de monsieur d'Anjou, ou de monsieur de Guyse, ou de quelque aultre, qu'ilz ne voyent qu'on doibve entrer en aulcun tretté avecques elle[68].
[68] Voir l'addition faite à la XXXVIIIe Dépesche, à la fin de ce volume, où sont réunies toutes les pièces relatives à ce point historique.
A quoy le dict sieur évesque de Ross a respondu que, sur ce mesmes propos, la Royne, sa Mestresse, luy avoit, par lettre et de parolle, respondu qu'elle n'avoit jamais pensé à rien de semblable, et que c'estoit une invention forgée, d'ung très mauvais instrument, pour rendre la Royne d'Angleterre offancée contre elle, et que la vérité estoit toute au contraire, dont desiroit, de bon cueur, qu'on l'ouyst encores parler là dessus; mais pendant qu'on envoyeroit devers elle pour avoir ceste déclaration le dict évesque les prioyt trouver bon que la Royne, leur Mestresse, escripvît en Escoce une bonne lettre, pour fère cesser toutz attemptatz et entreprinses de guerre jusques à ce qu'on aura pourveu à cella.
Et ainsy, la détermination de toutz ces affères a esté mise en suspens, et pour la prolonger davantaige j'entendz qu'icelluy particullier s'esforce d'imprimer à sa dicte Mestresse que toutz les principaulx princes d'Allemaigne ont juré la conqueste des Pays Bas et d'en chasser les Espaignolz, chose qui n'est peu desirée d'elle, ny mal agréable à ses subjectz, et dict qu'il n'est sans apparance que le Roy, mesmes, soit de l'intelligence; par ainsy, qu'elle ne doibt en rien haster ses affères mais seulement se pourvoir.
Et cependant, il ne laysse d'essayer beaucoup de moyens pour se réconcilier avec les ungs et avec les aultres, et mesmes avec l'ambassadeur d'Espaigne, luy mandant qu'il s'employera, plus dilligemment que nul aultre, à l'acomodement de ces saysyes, et en toutz les affères qui concernent, icy, le service du Roy, son Mestre, et cerche de trouver des prinses sur ceulx qu'il sent luy estre irréconciliables.
Or, dellibèrent ces seigneurs, encores une foys, à ce qu'on m'a dict, sur ces mesmes matières d'importance fère une aultre recharge à la dicte Dame pour l'induyre à prendre aultres adviz que ceulx du dict particullier, mesmement, pour les affères de Flandres. A quoy, si elle ne veult entendre, ou qu'elle se monstre aussi opinyastre à suyvre ses conseilz, comme elle a faict jusques icy, toutz, d'ung accord, sont résoluz de s'en aller hors de la court et laysser la dicte Dame seule avec luy, et semer, en l'opinyon du peuple, qu'ilz s'absentent ainsy, pour ne consentir aulx désordres et mauvais gouvernement de ce royaulme, s'asseurans que bien tost la dicte Dame se trouvera habandonnée de ses subjectz, ou bien qu'il surviendra telle chose en son estat, qu'elle sera contraincte de recourir à eulx, et que bien tost ilz viendront à bout de ce qu'ilz prétendent.
MÉMOIRE DE MR. LE CARDINAL DE CHATILLON, envoyé de Chin, où il est à présent, à la Royne d'Angleterre et aux seigneurs de sa court, à Grenuich, le XXVIe de may 1569.
Despuys le XXVe avril il y a eu ung grand rencontre en Xainctonge.
Le comte de Brissac, le Sr. Estrossy, le comte d'Alez, le vycomte de Pompadour et le Sr. de La Châtre l'ayné y ont esté thuez, et Mr. de Tavanes et plusieurs aultres grandz seigneurs prins et blessez.
Le duc de Deux Pontz est à Vezellay l'Abbaye et Mr. le cardinal de Lorraine, etc.
Monsieur d'Aumalle ne l'a encores combattu, bien que le Roy et la Royne le luy ayent commandé, disant qu'il attand le marquiz de Baden.
Cependant l'on faict tout ce que l'on peult pour praticquer le dict duc, tant par promesses que aultrement, et est l'on, à présent, à trouver deniers pour fère fère monstre à ses gens, cuydant par ce moyen l'atirer.
Le baron des Adretz, qui avoit esté envoyé pour luy empescher le passaige, a esté deffaict.
Les Provençaulx et Daulphinoys se sont saysys de Eysselles pour empescher le passaige aux Italliens.
Le Roy est en chemin pour venir à St Maur des Fossez, où monsieur le mareschal de Montmorency et monsieur le Chancellier sont mandez, et dict on que c'est touchant quelque division survenue à la court, où Mr. le cardinal de Lorraine, etc.
Monsieur le Chancellier tient le lict et s'excuse d'y aller, l'on ne sçay encores que fera le dict sieur Mareschal.
Ung gentilhomme de Mr. Dandellot, vennant d'Allemaigne, a esté prins et thué, de sans froid, son paquet luy ayant esté premièrement osté.
Les lettres qu'il portoit estoient, la plus part, en chiffres, signés par le prince d'Orange et par le Sr. de Mouy, et aultres, contennans, en somme, que la cause de leur longueur et retardement est faulte d'argent.
* * * * *
(Celluy qui portoit le dict mémoire à heu charge de parler sur les deux articles qui font mencion de monsieur le cardinal de Lorraine, mais je n'ay encores peu sçavoir que c'est; car il n'en a rien dict qu'à la Royne d'Angleterre et à bien peu des aultres.)
XXXVIIIe DÉPESCHE
--du XXVIIIe de may 1569.--
(_Envoyée jusques à Calais par Olivyer Camberno._)
Départ de l'envoyé du duc de Deux-Ponts, qui est présumé se rendre en France.--Son signalement est donné pour faciliter son arrestation.--Préparatifs de défense faits en Angleterre contre les entreprises qui pourraient être tentées, soit par les Pays-Bas, soit par la France.--Emprunt fait par Élisabeth.--Arrestation d'un courrier envoyé de France à l'ambassadeur, et enlèvement des dépêches dont il était porteur.--_Lettres de Marie Stuart_ à Élisabeth et à l'évêque de Ross.--Déclaration de la reine d'Écosse au sujet de la cession qu'elle est accusée d'avoir faite au duc d'Anjou.
AU ROY.
Sire, ce qui me faict haster ceste dépesche, n'y ayant que cinq jours que je vous ay amplement escript les choses de deçà par le Sr. de Vassal, est que, ce matin, ung, qu'on dict estre ambassadeur du duc de Deux Pontz, a prins congé de la Royne d'Angleterre pour aller trouver son maitre; et j'entendz qu'il va par France; mais ne sçay par quel endroict. Tant y a que sa dépesche et celle du secrétaire de Mr. Norriz, naguières envoyé par deçà, se font en mesmes temps, comme s'ilz debvoient aller de compaignye; et, hyer, on me vint demander ung passeport pour ung Jehan Bonhomme, soy disant serviteur du dict Sr. de Norriz, lequel j'accorday fort volontiers, parce que ung des grandz de ceste court me l'envoya requérir, conforme à ung aultre passeport qu'il me fit monstrer de Monseigneur le Duc, donné à Paris le troiziesme de ce moys, et soubz signé du gouverneur de Dièpe, du IXe ensuyvant, où le dict Bonhomme et le dict secrétaire sont ensemblement nommez: et, aujourdhuy, le dict secrétaire est venu, à l'accoustumé, prendre le sien à part pour s'en retourner, ce qui m'a faict souspeçonner que le dict ambassadeur du duc de Deux Pontz se pourroit bien advanturer de passer à Paris avec mon passeport, soubz le tiltre de Bonhomme. A quoy Vostre Majesté pourra fère prendre garde, mais, pour enseigne de luy, affin qu'on ne preigne ung pour aultre,--il est homme de moyenne taille, assez replet, la barbe espaisse, non de tout noyre, le teint bon et vermeille, habillé à l'alemande, ung manteau noir à bizette d'argent et ung groz chappeau de soye vellu.--Peult estre qu'il s'embarquera pour la Rochelle, sellon qu'il l'a donné entendre en quelque sien propos; néantmoins, j'ay donné le semblable adviz aulx gouverneurs de Callays et de Dièpe, pour fère prendre garde aulx passaiges.
L'on continue de redresser et relever les fortz, et de fortiffier les places de toute la coste de deçà, despuys Germue jusques au cap de Cornoaille, qui est tout l'endroict de ce royaulme qui faict front à la coste de France et de Flandres; et dilligente l'on, mesmement, la réparation de Porsemue. J'estime que c'est pour le souspeçon des deux entreprinses que je vous ay dernièrement mandées. Au surplus, Sire, ce qui me faict, icy, meintennant plus de peyne est de veoir l'extrême dilligence qu'on mect de trouver toutjour deniers ayant aulcuns persuadé à ceste Royne de lever promptement, par lettres de son privé scel adressantes aulx particulliers bien aysés de son royaulme, ung emprunct de cent mille livres esterlin, qui est trois cens trente trois mille escuz, et d'enjoindre bien estroictement aulx merchans de ceste ville de ne faillyr à l'accomplissement du party de XL mille livres esterlin, qu'ilz ont promiz mettre ez mains du Sr. de Quillegrey en Hembourg, pour en estre rembourcez de deçà; ce que je crains, comme je vous ay desjà mandé, Sire, estre faict au proffict et intention de ceulx de la nouvelle religion, nonobstant qu'on me veuille asseurer du contraire: mais je suys après à procurer, s'il est possible, que l'ordre du susdict emprunct de cent mille livres, soit interrompu, et icelluy, des XL mille {lt} d'Hembourg, révoqué, non sans espérance d'y pouvoir, en l'un et l'aultre, fère venir de l'empeschement, ou au moins du retardement.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, est souvant recerché d'entrer en composition sur le faict de ces prinses et saysies, mais il a pour si suspect le secrétaire Cecille, qui est celluy qui luy en faict principallement parler, que, pour attandre que l'ouverture en viègne d'aultre main, la matière s'en prolonge toutjour davantaige; mais j'ay quelque adviz que, par le moyen d'un Itallien, nommé Berty, secrétaire d'Estat en Flandres, et du Sr. Guydo Cavalcanty, qui est icy, il se dresse une secrecte et mutuelle pratique, des deux costez, pour accorder ces différandz: ce que je ne voys, toutesfoys, qu'il puysse réussyr encores de long temps, si le Roy d'Espaigne n'y veult laysser courir assés de sa réputation, et beaulcoup des biens de ses subjectz.
Il a faict si bon vent, despuys six jours, pour la flotte d'Hembourg, que j'estime qu'elle est desjà arrivée de dellà, sans qu'il soit nouvelles qu'elle ayt rencontré l'empeschement que ceulx cy craignoient du duc d'Alve, passant près de Zélande, et le mesmes vent aura servy aussi pour le retour de celle de la Rochelle, dont j'estime que, dans deux ou trois jours, nous en sçaurons des nouvelles.
La Royne d'Escoce a esté extrêmement mallade, et me fut mandé, hyer, à vespres, qu'elle estoit trespassée, mais, sur les unze heures de nuict, j'ay eu contraire adviz qu'elle se porte mieulx, et qu'elle est en bonne voye de guéryson; ce qui m'a esté encores confirmé, ce matin, de lieu bien asseuré. J'espère recouvrer la coppie d'une lettre qu'elle a escripte, durant son grand mal, à ceste Royne, touchant la cession du droict et tiltre de ce royaulme, qu'on luy objecte qu'elle a faicte à Monsieur, frère de Vostre Majesté, dont, par ma première dépesche, je la vous envoyeray; et prieray atant le Créateur, etc.
De Londres ce XXVIIIe de may 1569.
Despuys la présente escripte, je suys adverty que le secrétaire de Mr. Norriz est desjà party par la poste, et que le dict ambassadeur du duc de Deux Pontz s'en va, avec chevaulx de louage, prendre congé de Mr. le cardinal de Chatillon, qui est à Chin, et qu'il reviendra encores en ceste ville, d'où ne partira qu'après demain; par ainsy, ilz n'yront de compaignye. Au reste, le postillon de Callays vient d'arriver, à qui l'on a osté, à Canturbery, vostre paquet qu'il me portoit, et ne sera sans que j'en demande rayson, et que je me pleigne bien fort, si l'on ne me la faict. J'ay despuis recouvert la copie de la lettre de la Royne d'Escoce, que je vous envoye.
A LA ROYNE.
Madame, j'ay receu, despuys quarante jours, une seule lettre du Roy, du VIIe du passé, et icelle assés briefve, parce qu'on me la cuydoit envoyer par homme exprès, instruict de toutes choses, ainsy que je l'ay comprins de la lettre mesmes; ce qui est cause, Madame, estant ainsy long temps sans sçavoir de voz nouvelles, que je suys contrainct de négocier souvant à tastons avecques ceulx cy, qui n'ont les yeulx cloz ny ne les tiennent, en rien, plus ouvertz que sur voz présens affères, affin de régler les leurs et toutes leurs entreprinses par les évènemens d'iceulx; et aulcuns principaulx personnaiges, qui vous sont icy bien affectionnez, ne peuvent, ny ozent, en l'incertitude de tant de nouvelles qui courent, mettre en effect les bons offices qu'ilz desireroient uzer en faveur de vostre service, parce qu'ilz veulent avoir fondement de vérité ez choses qu'ilz feront et diront en cella. Dont vous plairra, Madame, trouver bon que j'aye plus souvent de voz nouvelles, tant pour leur en despartir, que pour pouvoir mieulx servir à voz intentions par deçà, lesquelles Vostre Majesté sçayt combien j'ay en très grande affection de les bien exécuter et accomplir.
Je ne vous feray redictes du contenu en la lettre que j'escriptz au Roy, seulement suplieray Vostre Majesté de me fère respondre aulx principaulx chefs des choses que, par le Sr. de La Croix et par mon secrétaire, et despuys par le Sr. de Vassal, je vous ay mandées, et croyre que ceulx cy sont si agitez de divers desirs et desseings, sur la présente entreprinse du duc de Deux Pontz, qu'il y a assez de peyne à les contenir et à rompre les parties qui se mectent toutz les jours en avant parmy eulx; et croy que le semblable se faict ez aultres estatz et pays voysins: mais Dieu, par sa bonté, conservera Voz Majestez et vostre royaulme, et je le suplie, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXVIIIe de may 1569.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A M. L'ÉVESQUE DE ROSSE.
--de Wynkfeild, le Xe de may 1569.--
Monsieur de Rosse, ayant la commodité de vous envoyer la présente, j'ay bien vollu vous donner adviz de ma disposition, craignant qu'en soyez en peyne, après avoir peult estre entendu l'estat où j'estois ce matin, quasi semblable à celluy où m'avez veue à Jedowart[69]. J'avois sur les huict heures prins des pillules, et, soubdain, m'est venu un tremblement et vomissement, et suys tumbée plusieurs foys en convulsion, ce qui m'a duré jusques à une heure après midy; mais, grâces à Dieu, je me sens assés bien revenue en moy, et espère que je me porteray mieulx. Si aulcuns de mes amys en ont, d'avanture, ouy quelque chose, vous pouvez les en mettre hors de peyne: et atant je prie Dieu vous avoir, monsieur de Rosse, en sa saincte garde.
[69] Jedburg, petite ville d'Écosse dans le comté de Roxburg, sur la Jed. En 1566, Marie Stuart se trouvant dans cette ville, fut saisie subitement d'une maladie tellement violente que l'on avait désespéré de la sauver.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--du XVe de may 1569.--
Madame, ayant entendu, par l'évesque de Rosse, mon conseiller, que quelques objections estoient faictes pour empescher la prompte démonstration de vostre bonne volonté vers moy, allégant que j'avois faictz quelques contractz avecques monsieur d'Anjou, le frère du Roy, monsieur mon frère, qui vous pouvoit préjudicier, je me suys bien vollue esforcer, n'ayant encores recouvert ma santé, par ces mal escriptes lettres vous asseurer sur ma conscience, honneur et crédict, que jamais n'ay faict nul contract avecques luy, ny aultre, d'aulcune chose, ny n'entray jamais en ceste opinion de fère chose à vostre préjudice, despuys que suys en aage de discrétion, ny tant mal advantaigeuse pour ce royaulme et à moy, que de fère aulcun contract, ny transmission; de quoy je vous donray telle preuve, asseurance ou seureté, qu'il vous plairra deviser, comme l'évesque de Rosse vous dira plus au long, vous supliant le croyre et m'excuser, car je suys en assés foible disposition pour vous escripre comme j'en ay subject et volunté, seulement me suys je esforcée vous rendre ce tesmoignage de ma main, auquel j'appelle Dieu en tesmoing: et prie Dieu qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Ce dimenche matin XVe de may 1569.
ADDITION A LA XXXVIIIe DÉPÊCHE.
PIÈCES RELATIVES A LA CESSION FAITE PAR MARIE STUART
_de ses droits à la couronne d'Angleterre._
Parmi les accusations portées par la reine d'Angleterre contre la reine d'Écosse, la plus grave, sous le rapport politique, était le reproche qu'on lui adressait d'avoir cédé à un prince étranger ses droits à la couronne d'Angleterre. Marie Stuart, héritière présomptive du trône, comme plus proche parente d'Élisabeth, prétendait même que la couronne lui appartenait à l'exclusion de sa cousine. Déjà elle avait constaté ses prétentions, en prenant les armoiries d'Angleterre, après la mort de la reine Marie; il était donc à craindre qu'elle ne transférât ses droits à un prince assez puissant pour les faire valoir par la force des armes. Tous les historiens parlent de la cession qui aurait été faite au duc d'Anjou: le président de Thou rappelle le bruit répandu qu'elle avait eu lieu en faveur de Philippe II (t. II, lib. XLIV, p. 675. Lond. 1733, in-fº), et la suite de cette correspondance montre que l'Espagne, en promettant son secours à Marie Stuart, la demandait pour don Juan (_voyez_ 2e vol., p. 423). Tout ce qui est relatif à ce point important d'histoire est encore fort obscur; les pièces que nous réunissons ici, et qui sont toutes, sauf une seule, entièrement inédites, peuvent servir à jeter quelque jour sur un fait si intéressant. Il en résulte que la cession existait réellement et qu'elle avait été faite, non pas au profit du duc d'Anjou, mais de Henri II et de ses successeurs. Les motifs politiques qui ont pu engager Charles IX, le duc d'Anjou, Catherine de Médicis et Marie Stuart elle-même à en nier l'existence, s'expliquent naturellement par la position dans laquelle se trouvait la reine d'Écosse prisonnière de la reine d'Angleterre.
Ces pièces, qui sont toutes extraites des Archives du Royaume, se composent des titres suivants:
1º. Un acte de donation faite par Marie Stuart au profit de Henri II, le 4 avril 1558, vingt jours avant son mariage avec le Dauphin, du royaume d'Écosse et _de tous ses droits au trône d'Angleterre_, si elle venait à mourir sans enfants;
2º. Un autre acte du même jour, également au profit de Henri II, mais contenant seulement engagement du royaume d'Écosse et abandon de tous les revenus de ce royaume jusqu'à l'entier remboursement des sommes dues à la France, qui étaient évaluées par approximation à un million d'or;
3º. Un dernier acte souscrit le même jour par Marie Stuart et contenant une renonciation formelle à toute déclaration qu'elle pourrait être forcée de faire, sur la demande des États d'Écosse, au préjudice des dispositions consenties par elle en faveur de la France;
4º. La déclaration faite par Charles IX, sur la demande d'Élisabeth, le 10 juillet 1569, constatant que Marie Stuart n'avait point fait au duc d'Anjou cession de ses droits au trône d'Angleterre;
5º. Même déclaration souscrite par le duc d'Anjou, le 17 juillet 1569.--Semblable déclaration a été faite par Catherine de Médicis, par le Cardinal de Lorraine et l'évêque de Glascow, mais ces derniers actes ne se sont pas retrouvés dans les papiers de l'ambassadeur.
Les divers historiens qui ont fait allusion à ces pièces ne les ont pas eues sous les yeux. Keith est le seul qui annonce avoir vu dans la bibliothèque des avocats d'Édimbourg les trois premiers de ces actes, mais il ne mentionne même pas la clause la plus importante, relative à la cession des droits au trône d'Angleterre, ce qui autoriserait à croire que cette clause avait été supprimée dans la copie dont il parle. Tous les autres historiens ont parlé de ces trois actes d'après Keith. Carte est le seul qui paraisse avoir eu une connaissance plus précise de ce fait; mais il ne cite aucune autorité, et se borne à une simple énonciation dont il ne tire même aucune conséquence. Camden, Rapin Thoiras, Robertson, mademoiselle de Kéralio, se contentent de rappeler le reproche adressé à Marie Stuart d'avoir cédé ses droits au duc d'Anjou, mais aucun d'eux ne parle de la cession faite à Henri II[70].
[70] _Voyez_ KEITH, p. 73. Edimb. 1734, fº;--CAMDEN, p. 159. Lond. 1615, in-4º;--JEBB, t. II, p. 260. Lond. 1725, in-fº;--RAPIN THOIRAS, t. VI, p. 272. Lahaye 1733, in-4º;--CARTE, t. III, p. 349. Lond. 1752, fº;--WILLIAM MAITLAND, t. II, p. 901. Lond. 1757, fº;--ROBERTSON, t. I, p. 157. Lond. 1781, 8º;--GILBERT STUART, t. I, p. 453. Lond. 1784, 8º;--Mademoiselle de KÉRALIO, t. III, p. 415. Par. 1787, in-8º;--SISMONDI, t. XVIII, p. 71. Par. 1834, in-8º.
I.
DONATION FAITE PAR MARIE STUART AU ROI HENRI II.
--du IVe d'avril 1557-[1558].--
(_Archives du royaume, Trésor des Chartes_, J. 679, no. 59.)
TRÈS HAULTE ET TRÈS EXCELLENTE PRINCESSE, MARIE, ROYNE D'ESCOSSE, présente en personne,
Considérant la singullière et parfaicte affection que les Roys de France ont tousjours eu en la protection et manutention du royaume d'Escosse contre les Angloys, anciens et invétérez ennemys d'elle et de ses prédécesseurs; et encores plus le bon traictement qu'elle a eu et receu de la bonté de très hault, très puissant et très excellent prince Henry, par la grâce de Dieu, Roy de France, à présent régnant, qui, durant sa pupillarité et bas aage, a maintenu, comme encores faict, son estat à ses fraiz et impenses.
Pour ces causes et aultres à ce la mouvans, et par ce que tel est son plaisir et volunté;
A dict et déclairé que, advenant le cas qu'elle décedde sans hoirs procréez de son corps (que Dieu ne veuille), elle a donné et donne par ces présentes, par pure et libre donation, faicte pour cause de mort, au Roy de France qui est ou sera, le royaulme d'Escosse selon qui se consiste et comporte, oultre tous et telz droictz qui lui _peuvent ou pourront, ores et pour l'advenir, compecter et appartenir au royaulme d'Angleterre_, et aultres terres et seigneuryes, qui par ce titre lui sont escheuz ou pourront escheoir et advenir; ensemble tous et chacuns les droictz, tant en pensions que aultrement, qui, à cause de ce, peuvent et pourront, ores et pour l'advenir, compecter à icelle Dame envers et contre toutes personnes, mesmes envers et à l'endroict du Roy de France et ses successeurs Roys, sur les terres de son royaulme, en quelque sorte que ce soit, dont les Roys ou Roynes d'Angleterre leur pourroient faire demande, débat ou querelle, desquelz icelle Dame, ou cas susdict, a fait à iceulx Roys de France don, quictance, cession et transport par ces présentes.
Ce que a esté stipulé et accepté pour le Roy, et ses successeurs Roys, par Monseigneur le Cardinal de Sens, garde des sceaulx de France à ce présent, et par nous notaires et secrétaires de la Couronne de France soubssignez, stipulé et accepté au prouffict d'icelle Couronne de France par ces présentes receues et expédiées par nous à la requeste d'icelle Dame; laquelle, pour plus grande approbation d'icelles, les a vollu signer de sa propre main, ce jourdhuy IIIIe jour d'avril l'an mil cinq cens cinquente sept, avant Pasques, à Fontainebleau.
MARIE.
CLAUSSE. BOURDIN.
II.
AUTRE DONATION FAITE PAR MARIE STUART AU ROI HENRI II.
--du IVe d'avril 1557-[1558].--
(_Archives du royaume, Trésor des Chartes_, J. 679, no. 60.)
TRÈS HAULTE ET TRÈS EXCELLENTE PRINCESSE, MARIE, ROYNE D'ESCOSSE, présente en personne, a dict et recogneu estre deuement informée des grans fraiz et impenses cy davant employées, tant par le feu Roy Françoys (que Dieu absolve) que par le Roy, à présent régnant, et du grant nombre de finances que chascun jour, ores et à l'advenir, le Roy a esté et est en volunté d'employer à la protection, tuition et deffence du royaume d'Escosse, et pour maintenir l'estat d'icelluy contre les Angloys, anciens ennemyz d'elle et [de] ses progéniteurs, de façon que, sans les dictz fraiz et impenses jà faictes et à faire, icelluy royaume d'Escosse eust esté et seroit en évident péril de totalle ruyne, tellement que la conservation en est entièrement deue aux Roys de France, dont estoit impossible à icelle Dame faire récompense comme elle disoit.
Pour ces causes et aultres, ayant prins le conseil de ses meilleurs et plus singulliers amys, mesmement de Monseigneur le révérendissime et illustrissime Cardinal de Lorraine et de Monseigneur le duc de Guyse ses oncles, et aussi parce que ainsi lui a pleu et plaist;
Icelle Dame a dict et déclairé qu'elle veult et ordonne que, advenant son trespas sans hoirs de son corps, le Roy de France, qui est ou sera, ayt et joysse du royaulme d'Escosse, fruictz, revenus et émolumens d'icelluy, et en retienne la plaine possession jusques au payement et parfaict remboursement d'ung million d'or, ou de telle aultre somme qui se trouvera deue pour entière satisfaction et récompence d'iceulx fraiz et impenses, loyallement et par effect employées à la manutention, deffence et protection de l'estat d'icelluy royaulme, et ce, sans précompte ou déduction des fruictz sur les sommes susdictes ou aultres, qui ainsi se trouveront estre deues.
Et pour cet effect, advenant la condition que dessus, dès à présent comme dès lors, et dès lors comme dès à présent, icelle Dame a ceddé et dellaissé, cedde et dellaisse par ces présentes au Roy et ses successeurs, Roys de France, la possession vuyde et vacue du royaulme d'Escosse, pour en joyr par eulx comme dessus, sans ce que aulcun empeschement leur puisse en ce estre faict ou donné par personne quelconque; ce qui a esté accepté, [pour] le Roy et ses successeurs Roys de France, par Monseigneur le Cardinal de Sens, garde des sceaulx de France, à ce présent, et par nous soubzsignez, notaires et secrétaires de la Couronne de France, stipulé et accepté pour icelle Couronne par ces présentes receues et expédiées par nous à la requeste d'icelle Dame, laquelle, pour plus grande approbation du contenu en icelles, les a voulu signer de sa propre main.
Ce jourdhuy IIIIe jour d'avril l'an mil cinq cens cinquente sept, avant Pasques, à Fontainebleau.
MARIE.
CLAUSSE. BOURDIN.
III.
PROTESTATION DE MARIE STUART
_Contre toute renonciation aux actes qui précèdent._
--du 4 avril 1557-[1558].--
(Léonard, _Recueil des traités de Paix, etc._, t. II, p. 510. Paris 1693.)
ACTE SECRET[71], par lequel Marie, reine d'Écosse, annexe et unit son royaume à la couronne de France, au cas qu'elle vienne à décéder sans enfants.--Fait à Fontainebleau, le quatrième avril 1557 avant Pâques. Communiqué en original par messieurs Godefroy.
[71] Cet acte, dont l'original a été depuis longues années soustrait du Trésor des Chartes, se trouvait joint aux deux précédents du même jour, dont il est inséparable. Communiqué à Léonard par MM. Godefroy, il a été inséré à sa date dans le Recueil des traités, et reproduit dans la collection de Du Mont (_Corps diplomatique_, t. V, part. I, p. 21). Il en est fait mention en ces termes dans l'Inventaire du Trésor des Chartes de Dupuis (t. VIII, fº 401 Vo, no. 58):--«Protestation par Marie, reine d'Écosse et son mary le Dauphin, qu'elle entend que la disposition par elle faite [au profit du roi de France] ayt lieu et sortisse effect, par laquelle elle avoit ordonné, si elle décédoit [sans hoirs] de son corps, que le royaume d'Escosse fût uny à la couronne de France, quelque consentement qu'elle ayt donné aux articles envoyés par les estats du dict royaume d'Escosse et à ce que le dict royaume fût affecté, en deffaut des dicts hoirs à aulcuns seigneurs du pays.--A Fontainebleau, l'an 1557, le 4 avril.»
MARIE, REINE D'ESCOSSE, considérant l'ancienne ligue, alliance, parfaite et perpétuelle union, d'entre les Rois et Roiaumes de France et d'Escosse, et qui inviolablement a été gardée, entretenue; et observée jusques à présent; aussi le gracieux et honorable traitement, dont elle a été favorisée, par la grandeur et excellence du Très Chrétien Roi de France, pour de plus en plus confirmer, établir, et du tout asseûrer l'affectionnée dévotion de ces deux roiaumes, sur toutes choses auroit et a desiré de lier, joindre, annexer et unir le roiaume d'Écosse à la Couronne de France; et pour cet effet, en cas qu'elle décèderoit sans hoirs de son corps, auroit fait certaines dispositions au profit des Rois de France, lesquelles elle veut sortir leur plein et entier effet.
Toutefois est de nouvel avertie par la communication qu'elle a eue des articles et instructions des députez du païs d'Écosse, que, sous la faveur et secrète pratique de certaines personnes, l'on veut affecter son roiaume, en défaut d'hoirs de son corps, à aucuns seigneurs du païs, ôtant par ce moien à elle, vraie Reine, toute faculté et liberté d'en pouvoir aulcunement disposer, à son très grand regrêt et préjudice.
A quoi, pour le présent, elle n'a moien de contredire apertement, pour plusieurs grandes et justes occasions de crainte, dont elle est retenue; même reconnaissant qu'elle est hors de son roiaume, éloignée de la vue de ses sujets, non asseurée des places fortes de son païs: et que si telles choses étoient ouvertement par elle débatues, se pouroient émouvoir grands troubles et combustions tournans à la ruine de son roiaume; vû mêmement le tems présent de l'ouverture de la guerre, qui est au roiaume d'Angleterre, païs ennemi du roiaume de France, et du sien.
Pour ces causes, a protesté et proteste, que, quelque accord ou consentement qu'elle ait fait ou fasse aux articles et instructions envoiez par les États de son roiaume, signamment en ce qui concerne la succession de son roiaume, au cas qu'elle décède sans hoirs de son corps; elle veut et entend, que les dispositions par elle faites en icelui cas, pour et au profit des Rois de France, demeurent entières, et sortent leur plein et entier effet, nonobstant les accords et consentemens qu'elle fait ou fera ci après, si aucuns elle en fait sur iceux articles et instructions, ou aultrement, comme chose qui sera faite directement contre son gré, vouloir, et intention, dont elle a demandé acte à Monsieur le Garde des sceaux, qui lui a été octroié, présens les soussignez notaires et secrétaires de la Couronne de France.
Et ont été pareilles déclarations et protestations faites par Monsieur le Daufin, et par lui pareillement requis acte d'icelles, ce qui lui a été octroié par Monsieur le Garde des sceaux, présens les soussignez notaires et secrétaires de la Couronne de France.
Pour plus grande aprobation de quoi, Mon dict Sieur le Daufin, et icelle Dame Reine, ont voulu signer ces présentes de leur propre main, ce jourdui 4 jour d'avril, l'an 1557 avant Pâques, a Fontainebleau,
MARIE. FRANÇOIS.
CLAUSSE. BOURDIN.
IV.
DÉCLARATION DU ROY DE FRANCE sur la donation du tiltre de la couronne d'Angleterre allégué estre faicte par la Royne d'Escosse à monsieur le duc d'Anjou.
--du Xe de juillet 1569.--
(_Archives du royaume, Cartons des Rois, K. 96._)
CHARLES, par la grâce de Dieu, Roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut:
La Royne d'Escosse, nostre très chère et très amée belle seur et cousine, nous a faict entendre que voullant traicter avec la Royne d'Angleterre, aussi nostre très chère et très amée bonne seur et cousine, des différendz qui sont de long temps entre elles, pour le tiltre de la Couronne d'Angleterre, il luy a esté allégué par icelle, nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre, et les gens de son conseil, avoir entendu par divers advis que nostre dicte belle seur la Royne d'Escosse avoit ceddé, assigné et donné tout le droict et tiltre qu'elle a ou peult prétendre à la couronne d'Angleterre à nostre très cher et très amé frère le duc d'Anjou et de Bourbonnoys, nostre lieutenant général, représentant nostre personne par tous noz royaume et pays de nostre obéyssance, et que telle cession et donation a esté aprouvée et confirmée de l'autorité de Nostre Sainct Père le Pape; et que davantage nostre dict frère, comme cessionnaire de la dicte Royne d'Escosse, voulant poursuivre par armes le droict qui pour telle raison luy pourroit appartenir, avoit délibéré de faire incursion en Angleterre soubz ce prétexte et couleur. A l'occasion desquelz advertissemens, nostre dicte bonne seur avoit différé de convenir et accorder les susdictz différendz avecque icelle nostre dicte belle seur la Royne d'Escosse, comme prétendant [que] par tel moyen il n'est plus en son pouvoir d'en contracter avec asseurance, si premièrement il n'appert de nostre déclaration de la vérité de ce faict, et semblablement de celle de la Royne, nostre très honorée dame et mère, et de nostre dict très cher et très amé frère.
Pour ce est il que Nous estans de ce bien et deuement informez, déclarons et affirmons, par foy et parolle de Roy, que la dicte cession et donation de droict et tiltre, que peult prétendre nostre dicte belle seur la Royne d'Escosse à la couronne d'Angleterre, n'a jamais esté faicte par elle, ny aultre ayant pouvoir ou commission d'elle, en faveur de nostre dict frère, et qu'elle n'a non plus esté approuvée par Nostre Sainct Père le Pape, ny eu jamais nostre dict frère aucune volonté et intention d'entreprendre invasion à l'encontre de nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre ou son royaume, à l'occasion de telle cession ou donation, ains sont choses qui ne furent jamais proposées, et tous telz rapportz faulx, calomnieux et malicieusement controuvez par personnes, qui sont jaloux et envyeux de la conservation de la mutuelle amytié et bonne intelligence qui est entre nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre et Nous;
Et tout ce que dessus certiffions et asseurons estre véritable sur noz honneur et conscience.
En tesmoing de ce nous avons signé les présentes de nostre main et à icelles faict mectre nostre séel.
A Orléans le dixième de juillet mil Ve soixante neuf et de nostre règne le neufiesme.
Ainsi signé CHARLES.
Et séellé de cire jaulne.
Et sur le dos,
Par le Roy, BRULLART.
V.
DÉCLARATION DE MONSIEUR LE DUC D'ANJOU sur la donation du tiltre de la couronne d'Angleterre allégué luy estre faicte par la Royne d'Escosse.
--du XVIIe de juillet 1569.--
(_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K 96.)
HENRY, fils et frère du Roy, duc d'Anjou et de Bourbonnoys, Comte de Forestz et premier Pair de France, Lieutenant Général du Roy, représentant sa personne par tous ses pays, terres et seigneuries de son obéyssance; à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut:
La Royne d'Escoce, nostre très chère et très amée seur, nous a faict entendre que voullant traicter avecque la Royne d'Angleterre, nostre cousine, des différendz qui sont de long temps entre elles pour le tiltre de la couronne d'Angleterre, il luy a esté mis en avant et allégué, par la dicte Royne d'Angleterre et les gens de son Conseil, avoir entendu par plusieurs et divers adviz que nostre dicte belle seur la Royne d'Escosse nous avoit donné tout le droict et tiltre qu'elle a et peult prétendre à la couronne d'Angleterre, et que telle cession et donation a esté approuvée et confirmée par l'authorité de Nostre Sainct Père le Pape, et que davantage Nous, comme cessionnaire de la dicte Royne d'Escosse, voulant poursuivre par armes le droict qui pour telle raison nous pourroit appartenir, aurions délibéré faire incursion en Angleterre soubz ce prétexte et couleur. A l'occasion desquelz advertissements la dicte Royne d'Angleterre auroit différé de convenir et accorder les susdictz différendz avec icelle nostre dicte belle seur la Royne d'Escosse, prétendant par telle moyen n'estre plus en son pouvoir contracter avecq asseurance, si premièrement il n'appert de nostre déclaration contenant la vérité du faict, et semblablement de celle du Roy, nostre très honoré Seigneur et Frère, et de la Royne nostre très honorée Dame et Mère.
Pour ce, est il que Nous estant de ce bien et deuement informez, déclarons et affirmons, en foy et parolle de Prince, que la dicte cession et donation de droict et tiltre, que peult prétendre nostre dicte belle seur la Royne d'Escosse à la couronne d'Angleterre, ne nous a jamais esté faicte par elle, ny aultre ayant pouvoir ou commission d'elle, non seullement pensée, ne qu'elle n'a non plus esté approuvée par Nostre dict Sainct Père le Pape, et que jamais n'avons eu aulcune volonté ny intention d'entreprendre aucune guerre ny invasion à l'encontre de la dicte Royne d'Angleterre, ou son royaume, à l'occasion de telle cession et donation; et telz adviz qui luy ont esté donnez et rapportz faictz ne peuvent estre que faulx et malicieusement controuvez de personnes, qui sont jaloux et envyeux de la conservation de la mutuelle amitié et bonne intelligence qui est entre le Roy, Nostre dict Seigneur et Frère, et la dicte Royne d'Angleterre.
Nous, à ces causes, certiffions et asseurons à tous qu'il appartiendra tout ce que dessus estre véritable sur notre honneur et conscience.
En tesmoing de quoy, nous avons signé les présentes de nostre main et à icelles faict mettre le séel de noz armes.
Donné au camp de Ambazac, le dix septiesme jour de juillet l'an mil cinq cens soixante neuf.
Ainsi signé HENRY.
Et séellé de cire rouge.
Et sur le dos,
Par Monseigneur duc, filz et frère du Roy,
SARRES.
FIN DU PREMIER VOLUME.
TABLE
DES MATIÈRES DU PREMIER VOLUME.
ANNÉE 1568.
Pages
NOTICE biographique. j
COMPTE RENDU AU ROI par La Mothe Fénélon à son retour d'Angleterre. XXIII
OBSERVATIONS sur le manuscrit. XXXVII
_1re Dépêche._--16 novembre.--
AU ROI. 1
Audience de réception. _Ib._
A LA REINE. 6
Mort de la reine d'Espagne. 7
_2e Dépêche._--22 novembre.--
AU ROI. 10
Départ de M. De La Forêt. _Ib._
Armement pour la Rochelle. _Ib._
Convocation à Hamptoncourt. 11
A LA REINE. 14
Affaires d'Écosse, nouvelles d'Allemagne. _Ib._
_3e Dépêche._--29 novembre.--
AU ROI. 16
Préparatifs de guerre. 17
Projets du duc de Norfolk. _Ib._
La Conférence d'York transférée à Londres. 18
Élisabeth prétend juridiction sur Marie Stuart. 19
Lettres que l'on veut produire. _Ib._
Suspectes de faux. _Ib._
A LA REINE. 20
Desseins des Protestants anglais contre la France. _Ib._
Danger de la reine d'Écosse. 22
Nécessité de lui envoyer de Paris un bon avocat. 23
_4e Dépêche._--5 décembre.--
AU ROI. 24
Secours pour la Rochelle. _Ib._
Désaccord sur les affaires de la reine d'Écosse. 25
Combat de Jaseneuil. _Ib._
Lettres de marque contre les Bretons. 26
A LA REINE. 27
Audience de l'ambassadeur. _Ib._
Détails sur les troubles de France. _Ib._
Affaires d'Écosse. 33
_5e Dépêche._--10 décembre.--
AU ROI. 35
Succès remportés en France. _Ib._
Audience. _Ib._
Négociations des députés de la Rochelle. 37
Remontrance de Marie Stuart. 38
A LA REINE. 41
Effet produit par les succès de France. _Ib._
Arrivée à Plymouth du trésor d'Espagne. 43
_6e Dépêche._--15 décembre.--
AU ROI. 44
Départ de la flotte de Me. Winter. _Ib._
Projet d'Élisabeth sur l'Écosse. 45
Apparence de troubles en Irlande. _Ib._
Proposition de guerre contre la France. 46
Elle est discutée dans le conseil d'Angleterre. _Ib._
Opinion de sir William Cecil. _Ib._
La guerre ne sera pas déclarée ouvertement. 47
A LA REINE. 49
Bonne disposition d'Élisabeth pour la France. _Ib._
Entreprise contre la reine d'Écosse. 50
_Consultation_ sur ses remontrances. 51
_7e Dépêche._--21 décembre.--
AU ROI. 54
Expédition maritime. _Ib._
Déclaration d'Élisabeth touchant la France. 55
A LA REINE. 57
Affaires d'Écosse. _Ib._
_8e Dépêche._--28 décembre.--
AU ROi. 59
Saisie du trésor d'Espagne. _Ib._
Audience. 60
Assurance de paix. _Ib._
A LA REINE. 64
Nouveaux détails d'audience. 65
_Lettre secrète_ à la reine. 66
Projets de mariage. 67
Coalition contre Cecil. 69
Proposition d'un blocus continental. 70
_Mémoire général._ 73
_Déclaration_ de Marie Stuart pour être entendue. 80
_Réponse_ d'Élisabeth. 82
ANNÉE 1569.--PREMIÈRE PARTIE.
_9e Dépêche._--2 janvier.--
AU ROI 84
Succès de France. _Ib._
Nouvelles d'Allemagne. 86
Menaces contre les Bretons. 87
A LA REINE. 88
Cartels relatifs aux affaires d'Écosse. 89
_10e Dépêche._--6 janvier.--
AU ROI. _Ib._
Négociation pour le trésor d'Espagne. _Ib._
Pirates en mer. 90
Crainte pour Calais. 91
Accusation contre les dénonciateurs de Marie Stuart. 92
A LA REINE. 93
Retour de la flotte venant de Bordeaux. _Ib._
_11e Dépêche._--10 janvier.--
AU ROI. 94
Saisie générale sur les Anglais dans les Pays-Bas. _Ib._
A LA REINE. 95
Représailles des Anglais. _Ib._
_Mémoire général._ 96
Détails sur cette saisie. _Ib._
Armements en Angleterre. 98
Ligue proposée par le comte de Murray. 101
Cartel de lord Lindsay à lord Herries. 102
Marie Stuart remise au comte de Shrewsbury. 103
_Mémoire secret_ pour la reine. 104
_Proclamat. d'Élisabeth_ (6 janvier).--Interdiction de commerce avec l'Espagne.--Saisie générale sur les Espagnols en Angleterre. 107
_12e Dépêche._--17 janvier.--
AU ROI. 113
Arrestation de l'ambassadeur d'Espagne. 114
Négociations. 116
Retour de Me. Winter. 117
A LA REINE. _Ib._
Crainte de guerre.--Affaires d'Écosse. 118
_Réponse_ de l'ambassadeur d'Espagne à la proclamation du 6 janvier. 119
_13e Dépêche._--20 janvier.--
AU ROI. 123
Audience. 124
A LA REINE. 135
Crainte de guerre malgré les assurances de paix données par Élisabeth. _Ib._
_Discours_ envoyé de la Rochelle. 137
Opérations militaires des protestants. _Ib._
_Lettre_ venant de la Rochelle. 147
_14e Dépêche._--24 janvier.--
AU ROI. 150
Le sieur d'Assoleville envoyé par le duc d'Albe. _Ib._
Saisie faite à Rouen sur les Anglais. _Ib._
Secours fournis à la Rochelle. 153
Discussions dans le conseil. 154
Départ du comte de Murray. 155
A LA REINE. 156
Demande d'explications sur la saisie de Rouen. _Ib._
_15e Dépêche._--30 janvier.--
AU ROI. 158
Le sieur d'Assoleville arrêté. _Ib._
Préparatifs de guerre. 160
Secours fournis au comte de Murray. 161
A LA REINE. 163
Négociation sur la saisie de Rouen. _Ib._
_Mémoire._--Explications données par Me. Winter sur son voyage à la Rochelle. 164
_Mémoire secret._ 169
_Fin du discours_ envoyé de la Rochelle. 172
_Réclamation_ des marchands anglais contre la saisie de Rouen. 174
_Ordonnance d'Élisabeth_ (29 janvier).--Défense de vendre les prises faites sur les Français. 175
_16e Dépêche._--6 février.--
AU ROI. 176
Négociations avec l'Espagne. _Ib._
Secours secrets pour la Rochelle. 178
A LA REINE. 180
Retraite du prince d'Orange. _Ib._
_Désastre_ éprouvé par sir John Hawkins à la Vera-Cruz. 182
Sa flotte détruite par les Espagnols. 183
_17e Dépêche._--10 février.--
AU ROI. 184
Audience. _Ib._
A LA REINE. 189
Crainte d'une entreprise sur la Normandie 190
_18e Dépêche._--15 février.--
AU ROI. 191
Assurances de paix. _Ib._
Négociations sur les prises. 192
Affaires des Pays-Bas. 194
Marie Stuart conduite à Tutbury. 195
Troubles en Irlande. _Ib._
A LA REINE. 196
Favorable disposition d'Élisabeth. _Ib._
_Proclamation d'Élisabeth_ (3 février),--ordonnant des apprêts de guerre. 199
_19e Dépêche._--20 février.--
AU ROI. 200
Grands préparatifs de guerre. _Ib._
A LA REINE. 203
Condamnation d'un livre sur la religion. 204
Divisions en Angleterre. _Ib._
_Lettre de Marie Stuart_ à Élisabeth (10 février). 206
_20e Dépêche._--25 février.--
AU ROI. 209
Charles IX refuse sa médiation pour les affaires des Pays-Bas. 210
Négociations de l'Espagne. 211
Prises faites par les Anglais. 212
A LA REINE. _Ib._
Affaires d'Espagne. 213
_Liste des capitaines_ de réputation qui se mettent en mer. 214
_21e Dépêche._--1er mars.--
A LA REINE. 215
Départ du secrétaire La Vergne pour se justifier en France. _Ib._
_22e Dépêche._--8 mars.--
AU ROI. 217
Sommation faite à Élisabeth de déclarer si elle veut la paix ou la guerre. _Ib._
Audience. _Ib._
A LA REINE. 223
Hésitation du conseil. _Ib._
_Mémoire général._ 225
_Mémoire secret._ 233
Coalition contre sir William Cecil. _Ib._
_Remontrances de l'ambassadeur._ 237
_Plainte_ des négociants français. 241
_Déclaration du conseil_ (3 mars), que la paix sera maintenue. 243
_23e Dépêche._--13 mars.--
AU ROI. 252
Plaintes contre le sieur Norrys, ambassadeur en France. _Ib._
Audience. 253
Prises sur les Espagnols. 255
Départ du sieur d'Assoleville. 256
Il n'a pu remplir sa mission. _Ib._
A LA REINE. _Ib._
Saisie sur les Anglais à Calais, Rouen et Dieppe. 257
Proposition de traité pour les prises. _Ib._
_Mémoire secret._ 258
Conspiration pour le renversement de Cecil et le rétablissement de la religion catholique en Angleterre. _Ib._
_24e Dépêche._--16 mars.--
AU ROI. 263
Mesures prises contre les pirates. _Ib._
A LA REINE. 265
Qu'il soit usé de même en France. _Ib._
_Ordonnance d'Élisabeth_ contre les pirates (10 mars). 266
_25e Dépêche._--21 mars.--
AU ROI. 268
Négociations des protestants de France. _Ib._
Apprêts de guerre. 269
Départ d'une flotte pour la Rochelle. 270
Plaintes du sieur Norrys. 272
A LA REINE. 274
Prière qu'il soit donné satisfaction au sieur Norrys. _Ib._
_26e Dépêche._--25 mars.--
AU ROI. 277
Audience. _Ib._
A LA REINE. 281
Assurances d'amitié données par Élisabeth. _Ib._
_Lettre de Marie Stuart_ à Élisabeth (14 mars). 283
_Lettre de Marie Stuart_ à l'ambassadeur (15 mars). 286
_27e Dépêche._--29 mars.--
AU ROI. 287
Victoire de Jarnac (13 mars). 288
A LA REINE. 291
Condoléance sur sa maladie. _Ib._
_28e Dépêche._--6 avril.--
AU ROI. 292
Conversation avec le comte de Leicester. 293
Combat naval entre les Anglais et les Espagnols. 296
A LA REINE. 298
Saisie générale faite dans toute l'Espagne sur les Anglais. 299
_Convent. de Glascow_ (13 mars).--Accord entre le duc de Chatellerault et le comte de Murray. 300
_29e Dépêche._--12 avril.--
AU ROI. 302
Audience du sieur de Montafie, envoyé de France après la bataille de Jarnac. _Ib._
A LA REINE. 306
Nouvelles assurances de paix données par Élisabeth. _Ib._
_30e Dépêche._--17 avril.--
AU ROI. 308
Faux bruits semés à Londres. _Ib._
Audience. 309
A LA REINE. 314
Nouveaux détails d'audience. _Ib._
_31e Dépêche._--20 avril.--
AU ROI. 317
Désir d'Élisabeth de voir une pacification en France. 318
A LA REINE. 319
Recommandation pour le sieur Norrys. _Ib._
_Mémoire général._ 320
_Mémoire secret._ 329
Traité proposé par les seigneurs catholiques d'Angleterre. 330
Avis de l'ambassadeur. 333
_32e Dépêche._--23 avril.--
AU ROI. 336
Sortie de la flotte pour la Rochelle. _Ib._
Affaires d'Écosse et des Pays-Bas. 338
A la Reine. 339
Assurance que la flotte ne porte pas de secours aux protestants. _Ib._
Justification contre les reproches faits par M. de Cossé. 340
_Proclamation du comte de Murray._--Approbation d'Élisabeth.--Marie Stuart déclarée complice du meurtre de Darnley. 342
_Lettre d'Élisabeth_ à Marie Stuart (31 mars). 344
_Lettre de Marie Stuart_ à Élisabeth (15 avril). 346
_Lettre de Marie Stuart_ à l'ambassadeur. 348
_Protestation_ de l'ambassadeur d'Espagne contre la conduite tenue à son égard. 349
_33e Dépêche._--20 avril.--
AU ROI. 353
Relâche de la flotte de la Rochelle. _Ib._
Continuation du voyage malgré l'opposition de l'ambassadeur. _Ib._
Audience. 354
Conférence avec les seigneurs du conseil. 355
Déport de la flotte pour Hambourg. _Ib._
A LA REINE. 357
Condoléance d'Élisabeth sur la maladie de la reine.--Détails d'audience. _Ib._
_Remontrances de l'ambassadeur_ à Élisabeth (25 avril). 358
_Avis_ donné par M. Norrys sur les guerres de France. 362
_Proclamation d'Élisabeth_ contre les pirates (27 avril). 364
_34e Dépêche._--6 mai.--
AU ROI. 366
Instructions pour la flotte de la Rochelle. _Ib._
Entrée du duc de Deux-Ponts en France. 367
Arrivée des députés de la Rochelle. _Ib._
Nouvelles de la flotte de Hambourg. 368
Mission de l'évêque de Ross. 369
Résultat de l'assemblée de l'Islebourg. _Ib._
Le duc de Chatellerault et lord Herries emprisonnés. _Ib._
A LA REINE. 370
Incertitude sur la continuation de la paix. _Ib._
_35e Dépêche._--12 mai.--
AU ROI. 372
Vives sollicitations de Marie Stuart. _Ib._
Délibérations du conseil. 373
Objets du culte catholique brûlés publiquement. 374
A LA REINE. 375
Recommandation pour Marie Stuart. _Ib._
Attente d'événements importants. _Ib._
_Lettre de Marie Stuart_ à l'ambassadeur (18 avril). 376
_Autre_ (30 avril). 378
_Lettre du comte de Hunteley_ à Marie Stuart. 379
_Lettre de Marie Stuart_ à Élisabeth (24 avril). 380
_Autre_ (25 avril). 381
_Autre_ (28 avril). 382
_Mémoire._ 384
Division entre les seigneurs d'Angleterre.--Négociations pour les affaires d'Espagne.--Nécessité de secourir le château de Dumbarton. _Ib._
_36e Dépêche._--16 mai.--
AU ROI. 385
Négociations des députés de la Rochelle. _Ib._
Secours pour le duc de Deux-Ponts. 387
Négociations avec les Pays-Bas. 388
A LA REINE. 389
Bruits semés à Londres. _Ib._
_Lettre de Marie Stuart_ à l'ambassadeur (7 mai). 390
_Remontrances_ de l'ambassadeur sur le commerce. 391
_Réponse_ aux remontrances. 394
_37e Dépêche._--23 mai.--
AU ROI. 396
Répression de la piraterie. 397
Crainte à Londres d'entreprises de la part des Français et des Espagnols. 398
Négociations pour les Pays-Bas. 400
A LA REINE. 401
Défaut de nouvelles de France. _Ib._
Maladie de Marie Stuart. 403
_Mémoire général_ sur les affaires de France, d'Espagne et d'Écosse. _Ib._
Marie Stuart accusée d'avoir fait cession à un prince français de ses droits sur l'Angleterre. 412
_Mémoire du cardinal de Chatillon_ à Élisabeth (26 mai).--État des protestants en France. 414
_38e Dépêche._--28 mai.--
AU ROI. 416
Départ de l'envoyé du duc de Deux-Ponts. _Ib._
Préparatifs de défense. 417
Emprunt fait par Élisabeth. 418
Négociations pour les Pays-Bas. _Ib._
A LA REINE. 420
Nouvelles plaintes contre le défaut de nouvelles de France. _Ib._
_Lettre de Marie Stuart_ à l'évêque de Ross (10 mai), sur la maladie violente dont elle a été attaquée. 421
_Lettre de Marie Stuart_ à Élisabeth (15 mai).--Protestation qu'elle n'a fait aucune cession de ses droits. 422
_Addition à la 38e Dépêche._
PIÈCES relatives à la cession faite par Marie Stuart de ses droits à la couronne d'Angleterre. 423
_Donation_ faite par Marie Stuart au profit de Henri II et ses successeurs, du royaume d'Écosse et de ses droits au trône d'Angleterre (4 avril 1558.) 425
_Autre donation_ des revenus du royaume d'Écosse, seulement jusqu'à parfait remboursement des sommes dues à la France (4 avril 1558.) 427
_Renonciation_ à tous actes qui pourraient emporter révocations des dispositions qui précèdent (4 avril 1558.) 429
_Déclaration_ du roi Charles IX (10 juillet 1569), qu'aucune cession n'a eu lieu. 431
_Déclaration_ du duc d'Anjou (17 juillet 1569), attestant le même fait. 433
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.