Part 46
Pendant le dîner, elle mit dans la conversation beaucoup plus d'intérêt que de coutume. Plusieurs jours se passèrent ainsi, durant lesquels Lucile se montrait constamment plus aimable et plus animée qu'à l'ordinaire. Lord Nelvil ne pouvait rien concevoir à ce changement. Voici quelle en était la cause: Lucile avait été très-blessée des visites de sa fille chez Corinne, et de l'intérêt que lord Nelvil paraissait prendre aux progrès que les leçons de Corinne faisaient faire à cette enfant. Tout ce qu'elle avait renfermé dans son coeur depuis si longtemps s'était échappé dans ce moment; et, comme il arrive aux personnes qui sortent de leur caractère, elle prit tout à coup une résolution très-vive, et partit pour aller voir Corinne, et lui demander si elle était résolue à la troubler toujours dans son sentiment pour son époux. Lucile se parlait à elle-même avec force jusqu'au moment où elle arriva devant la porte de Corinne. Mais il lui prit alors un tel mouvement de timidité, qu'elle n'aurait jamais pu se résoudre à entrer, si Corinne, qui l'aperçut de sa fenêtre, ne lui avait envoyé Thérésine pour la prier de venir chez elle. Lucile monta dans la chambre de Corinne, et toute son irritation contre elle disparut en la voyant; elle se sentit au contraire profondément attendrie par l'état déplorable de la santé de sa soeur, et ce fut en pleurant qu'elle l'embrassa.
Alors commença entre les deux soeurs un entretien plein de franchise de part et d'autre. Corinne donna la première l'exemple de cette franchise; mais il eût été impossible à Lucile de ne pas le suivre. Corinne exerça sur sa soeur l'ascendant qu'elle avait sur tout le monde; on ne pouvait conserver avec elle ni dissimulation ni contrainte. Corinne ne cacha point à Lucile qu'elle se croyait certaine de n'avoir plus que peu de temps à vivre; et sa pâleur et sa faiblesse ne le prouvaient que trop. Elle aborda simplement avec Lucile les sujets d'entretien les plus délicats; elle lui parla de son bonheur et de celui d'Oswald. Elle savait par tout ce que le prince Castel-Forte lui avait raconté, et mieux encore par ce qu'elle avait deviné, que la contrainte et la froideur existaient souvent dans leur intérieur; et, se servant alors de l'ascendant que lui donnaient et son esprit et la fin prochaine dont elle était menacée, elle s'occupa généreusement de rendre Lucile plus heureuse avec lord Nelvil. Connaissant parfaitement le caractère de celui-ci, elle fit comprendre à Lucile pourquoi il avait besoin de trouver dans celle qu'il aimait une manière d'être, à quelques égards, différente de la sienne; une confiance spontanée, parce que sa réserve naturelle l'empêchait de la solliciter; plus d'intérêt, parce qu'il était susceptible de découragement; et de la gaieté, précisément parce qu'il souffrait de sa propre tristesse. Corinne se peignit elle-même dans les jours brillants de sa vie; elle se jugea comme elle aurait pu juger une étrangère, et montra vivement à Lucile combien serait agréable une personne qui, avec la conduite la plus régulière et la moralité la plus rigide, aurait cependant tout le charme, tout l'abandon, tout le désir de plaire qu'inspire quelquefois le besoin de réparer des torts.
«On a vu, dit Corinne à Lucile, des femmes aimées non-seulement malgré leurs erreurs, mais à cause de ces erreurs mêmes. La raison de cette bizarrerie est peut-être que ces femmes cherchaient à se montrer plus aimables, pour se les faire pardonner, et n'imposaient point de gêne, parce qu'elles avaient besoin d'indulgence. Ne soyez donc pas, Lucile, fière de votre perfection; que votre charme consiste à l'oublier, à ne vous en point prévaloir. Il faut que vous soyez vous et moi tout à la fois; que vos vertus ne vous autorisent jamais à la plus légère négligence pour vos agréments, et que vous ne vous fassiez point un titre de ces vertus, pour vous permettre l'orgueil et la froideur. Si cet orgueil n'était pas fondé, il blesserait peut-être moins; car user de ses droits refroidit le coeur plus que les prétentions injustes: le sentiment se plaît surtout à donner ce qui n'est pas dû.»
Lucile remerciait sa soeur avec tendresse de la bonté qu'elle lui témoignait, et Corinne lui disait: «Si je devais vivre, je n'en serais pas capable; mais, puisque je dois bientôt mourir, mon seul désir personnel est encore qu'Oswald retrouve dans vous et dans sa fille quelques traces de mon influence, et que jamais du moins il ne puisse avoir une jouissance de sentiment sans se rappeler Corinne. Lucile revint tous les jours chez sa soeur, et s'étudiait par une modestie bien aimable, et par une délicatesse de sentiment plus aimable encore, à ressembler à la personne qu'Oswald avait le plus aimée. La curiosité de lord Nelvil s'accroissait tous les jours en remarquant les grâces nouvelles de Lucile. Il devina bien vite qu'elle avait vu Corinne; mais il ne put obtenir aucun aveu sur ce sujet. Corinne, dès son premier entretien avec Lucile, avait exigé le secret de leurs rapports ensemble. Elle se proposait de voir une fois Oswald et Lucile réunis, mais seulement, à ce qu'il paraît, quand elle se croirait assurée de n'avoir plus que peu d'instants à vivre. Elle voulait tout dire et tout éprouver à la fois; et elle enveloppait ce projet d'un tel mystère, que Lucile elle-même ne savait pas de quelle manière elle avait résolu de l'accomplir.
CHAPITRE V
Corinne, se croyant atteinte d'une maladie mortelle, souhaitait de laisser à l'Italie, et surtout à lord Nelvil, un dernier adieu qui rappelât le temps où son génie brillait dans tout son éclat. C'est une faiblesse qu'il lui faut pardonner. L'amour et la gloire s'étaient toujours confondus dans son esprit; et, jusqu'au moment où son coeur fit le sacrifice de tous les attachements de la terre, elle désira que l'ingrat qui l'avait abandonnée sentît encore une fois que c'était à la femme de son temps qui savait le mieux aimer et penser qu'il avait donné la mort. Corinne n'avait plus la force d'improviser; mais dans la solitude elle composait encore des vers, et depuis l'arrivée d'Oswald elle semblait avoir repris un intérêt plus vif à cette occupation. Peut-être désirait-elle de lui rappeler, avant de mourir, son talent et ses succès; enfin, tout ce que le malheur et l'amour lui faisaient perdre. Elle choisit donc un jour pour réunir dans une des salles de l'académie de Florence tous ceux qui désiraient entendre ce qu'elle avait écrit. Elle confia son dessein à Lucile, et la pria d'amener son époux. «Je puis vous le demander, lui dit-elle, dans l'état où je suis.»
Un trouble affreux saisit Oswald en apprenant la résolution de Corinne. Lirait-elle ces vers elle-même? quel sujet voulait-elle traiter? Enfin il suffisait de la possibilité de la voir pour bouleverser entièrement l'âme d'Oswald. Le matin du jour désigné, l'hiver, qui se fait si rarement sentir en Italie, s'y montra pour un moment comme dans les climats du Nord. On entendait un vent horrible siffler dans les maisons. La pluie battait avec violence sur les carreaux des fenêtres; et, par une singularité dont il y a cependant plus d'exemples en Italie que partout ailleurs, le tonnerre se faisait entendre au milieu du mois de janvier et mêlait un sentiment de terreur à la tristesse du mauvais temps. Oswald ne prononçait pas un seul mot, mais toutes les sensations extérieures semblaient augmenter le frisson de son âme.
Il arriva dans la salle avec Lucile. Une foule immense y était rassemblée. A l'extrémité, dans un endroit fort obscur, un fauteuil était préparé, et lord Nelvil entendait dire autour de lui que Corinne devait s'y placer, parce qu'elle était si malade qu'elle ne pourrait pas réciter elle-même ses vers. Craignant de se montrer, tant elle était changée, elle avait choisi ce moyen pour voir Oswald sans être vue. Dès qu'elle sut qu'il y était, elle alla voilée vers ce fauteuil. Il fallut la soutenir pour qu'elle pût avancer; sa démarche était chancelante. Elle s'arrêtait de temps en temps pour respirer, et l'on eût dit que ce court espace était un pénible voyage. Ainsi les derniers pas de la vie sont toujours lents et difficiles. Elle s'assit, chercha des yeux à découvrir Oswald, l'aperçut, et, par un mouvement tout à fait involontaire, elle se leva, tendit les bras vers lui, mais retomba l'instant d'après en détournant son visage, comme Didon lorsqu'elle rencontre Énée dans un monde où les passions humaines ne doivent plus pénétrer. Le prince Castel-Forte retint lord Nelvil, qui, tout à fait hors de lui, voulait se précipiter à ses pieds; il le contint par le respect qu'il devait à Corinne en présence de tant de monde.
Une jeune fille vêtue de blanc, et couronnée de fleurs, parut sur une espèce d'amphithéâtre qu'on avait préparé. C'était elle qui devait chanter les vers de Corinne. Il y avait un contraste touchant entre ce visage si paisible et si doux, ce visage où les peines de la vie n'avaient encore laissé aucune trace, et les paroles qu'elle allait prononcer. Mais ce contraste même avait plu à Corinne; il répandait quelque chose de serein sur les pensées trop sombres de son âme abattue. Une musique noble et sensible prépara les auditeurs à l'impression qu'ils allaient recevoir. Le malheureux Oswald ne pouvait détacher ses regards de Corinne, de cette ombre qui lui semblait une apparition cruelle dans une nuit de délire; et ce fut à travers ses sanglots qu'il entendit ce chant du cygne, que la femme envers laquelle il était si coupable lui adressait encore au fond du coeur.
DERNIER CHANT DE CORINNE.
«Recevez mon salut solennel, ô mes concitoyens! Déjà la nuit s'avance à mes regards, mais le ciel n'est-il pas plus beau pendant la nuit? Des milliers d'étoiles le décorent; il n'est de jour qu'un désert. Ainsi les ombres éternelles révèlent d'innombrables pensées que l'éclat de la prospérité faisait oublier. Mais la voix qui pourrait en instruire s'affaiblit par degrés; l'âme se retire en elle-même, et cherche à rassembler sa dernière chaleur.
«Dès le premier jour de ma jeunesse, je promis d'honorer ce nom de Romaine, qui fait encore tressaillir le coeur. Vous m'avez permis la gloire, ô vous, nation libérale, qui ne bannissez point les femmes de son temple, vous qui ne sacrifiez point des talents immortels aux jalousies passagères, vous qui toujours applaudissez à l'essor du génie: ce vainqueur sans vaincus, ce conquérant sans dépouilles, qui puise dans l'éternité pour enrichir le temps.
«Quelle confiance m'inspiraient jadis la nature et la vie! Je croyais que tous les malheurs venaient de ne pas assez penser, de ne pas assez sentir, et que déjà sur la terre on pouvait goûter d'avance la félicité céleste, qui n'est que la durée dans l'enthousiasme et la constance dans l'amour.
«Non, je ne me repens point de cette exaltation généreuse; non, ce n'est point elle qui m'a fait verser les pleurs dont la poussière qui m'attend est arrosée. J'aurais rempli ma destinée, j'aurais été digne des bienfaits du ciel, si j'avais consacré ma lyre retentissante à célébrer la bonté divine, manifestée par l'univers.
«Vous ne rejetez point, ô mon Dieu! le tribut des talents. L'hommage de la poésie est religieux, et les ailes de la pensée servent à se rapprocher de vous.
«Il n'y a rien d'étroit, rien d'asservi, rien de limité dans la religion. Elle est l'immense, l'infini, l'éternel; et loin que le génie puisse détourner d'elle, l'imagination, de son premier élan, dépasse les bornes de la vie, et le sublime en tout genre est un reflet de la Divinité.
«Ah! si je n'avais aimé qu'elle, si j'avais placé ma tête dans le ciel, à l'abri des affections orageuses, je ne serais pas brisée avant le temps; des fantômes n'auraient pas pris la place de mes brillantes chimères. Malheureuse! mon génie, s'il subsiste encore, se fait sentir seulement par la force de ma douleur; c'est sous les traits d'une puissance ennemie qu'on peut encore le reconnaître.
«Adieu donc, mon pays; adieu donc, la contrée où je reçus le jour. Souvenirs de l'enfance, adieu. Qu'avez-vous à faire avec la mort? Vous qui dans mes écrits avez trouvé des sentiments qui répondaient à votre âme, ô mes amis, dans quelque lieu que vous soyez, adieu. Ce n'est point pour une indigne cause que Corinne a tant souffert; elle n'a pas du moins perdu ses droits à la pitié.
«Belle Italie! c'est en vain que vous me promettez tous vos charmes: que pourriez-vous pour un coeur délaissé? Ranimeriez-vous mes souhaits pour accroître mes peines? Me rappelleriez-vous le bonheur pour me révolter contre mon sort?
«C'est avec douleur que je m'y soumets. O vous qui me survivrez! quand le printemps reviendra, souvenez-vous combien j'aimais sa beauté; que de fois j'ai vanté son air et ses parfums! Rappelez-vous quelquefois mes vers, mon âme y est empreinte; mais des muses fatales, l'amour et le malheur, ont inspiré mes derniers chants.
«Quand les desseins de la Providence sont accomplis sur nous, une musique intérieure nous prépare à l'arrivée de l'ange de la mort. Il n'a rien d'effrayant, rien de terrible; il porte des ailes blanches, bien qu'il marche entouré de la nuit; mais, avant sa venue, mille présages l'annoncent.
«Si le vent murmure, on croit entendre sa voix. Quand le jour tombe, il y a de grandes ombres dans la campagne, qui semblent les replis de sa robe traînante. A midi, quand les possesseurs de la vie ne voient qu'un ciel serein, ne sentent qu'un beau soleil, celui que l'ange de la mort réclame aperçoit dans le lointain un nuage qui va bientôt couvrir la nature entière à ses yeux.
«Espérance, jeunesse, émotions du coeur, c'en est donc fait! Loin de moi des regrets trompeurs! si j'obtiens encore quelques larmes, si je me crois encore aimée, c'est parce que je vais disparaître; mais si je ressaisissais la vie, elle retournerait bientôt contre moi tous ses poignards.
«Et vous, Rome, où mes cendres seront transportées, pardonnez, vous qui avez tant vu mourir, si je rejoins d'un pas tremblant vos ombres illustres; pardonnez-moi de me plaindre. Des sentiments, des pensées, peut-être nobles, peut-être fécondes, s'éteignent avec moi; et, de toutes les facultés de l'âme que je tiens de la nature, celle de souffrir est la seule que j'aie exercée tout entière.
«N'importe, obéissons. Le grand mystère de la mort, quel qu'il soit, doit donner du calme. Vous m'en répondez, tombeaux silencieux! vous m'en répondez, divinité bienfaisante! J'avais choisi sur la terre, et mon coeur n'a plus d'asile. Vous décidez pour moi; mon sort en vaudra mieux.»
Ainsi finit le dernier chant de Corinne; la salle retentit d'un triste et profond murmure d'applaudissements. Lord Nelvil, ne pouvant soutenir la violence de son émotion, perdit entièrement connaissance. Corinne, en le voyant dans cet état, voulut aller vers lui, mais ses forces lui manquèrent au moment où elle essayait de se lever: on la rapporta chez elle; et depuis ce moment il n'y eut plus d'espoir de la sauver.
Elle fit demander un prêtre respectable en qui elle avait une grande confiance, et s'entretint longtemps avec lui. Lucile se rendit auprès d'elle; la douleur d'Oswald l'avait tellement émue, qu'elle se jeta elle-même aux pieds de sa soeur pour la conjurer de le recevoir. Corinne s'y refusa, sans qu'aucun ressentiment en fût la cause. «Je lui pardonne, dit-elle, d'avoir déchiré mon coeur; les hommes ne savent pas le mal qu'ils font, et la société leur persuade que c'est un jeu de remplir une âme de bonheur, et d'y faire ensuite succéder le désespoir. Mais, au moment de mourir, Dieu m'a fait la grâce de retrouver du calme, et je sens que la vue d'Oswald remplirait mon âme de sentiments qui ne s'accordent point avec les angoisses de la mort. La religion seule a des secrets pour ce terrible passage. Je pardonne à celui que j'ai tant aimé, continua-t-elle d'une voix affaiblie; qu'il vive heureux avec vous! Mais quand le temps viendra qu'à son tour il sera près de quitter la vie, qu'il se souvienne alors de la pauvre Corinne. Elle veillera sur lui, si Dieu le permet; car on ne cesse point d'aimer quand ce sentiment est assez fort pour coûter la vie.»
Oswald était sur le seuil de la porte, quelquefois voulant entrer malgré la défense positive de Corinne, quelquefois anéanti par la douleur. Lucile allait de l'un à l'autre: ange de paix entre le désespoir et l'agonie.
Un soir, on crut que Corinne était mieux, et Lucile obtint d'Oswald qu'ils iraient ensemble passer quelques instants auprès de leur fille: ils ne l'avaient pas vue depuis trois jours. Corinne, pendant ce temps, se trouva plus mal, et remplit tous les devoirs de sa religion. On assure qu'elle dit au vieillard vénérable qui reçut ses aveux solennels: «Mon père, vous connaissez maintenant ma triste destinée; jugez-moi. Je ne me suis jamais vengée du mal qu'on m'a fait; jamais une douleur vraie ne m'a trouvée insensible; mes fautes ont été celles des passions, qui n'auraient pas été condamnables en elles-mêmes, si l'orgueil et la faiblesse humaine n'y avaient pas mêlé l'erreur et l'excès. Croyez-vous, ô mon père! vous que la vie a plus longtemps éprouvé que moi, croyez-vous que Dieu me pardonnera?--Oui, ma fille, lui dit le vieillard, je l'espère; votre coeur est-il maintenant tout à lui?--Je le crois, mon père, répondit-elle; écartez loin de moi ce portrait (c'était celui d'Oswald), et mettez sur mon coeur l'image de Celui qui descendit sur la terre, non pour la puissance, non pour le génie, mais pour la souffrance et la mort; elles en avaient grand besoin.» Corinne aperçut alors le prince Castel-Forte qui pleurait auprès de son lit. «Mon ami, lui dit-elle en lui tendant la main, il n'y a que vous près de moi dans ce moment. J'ai vécu pour aimer, et sans vous je mourrais seule.» Et ses larmes coulèrent à ces mots; puis elle dit encore: «Au reste, ce moment se passe de secours; nos amis ne peuvent nous suivre que jusqu'au seuil de la vie. Là commencent des pensées dont le trouble et la profondeur ne sauraient se confier.»
Elle se fit transporter sur un fauteuil près de la fenêtre, pour voir encore le ciel. Lucile revint alors; et le malheureux Oswald, ne pouvant plus se contenir, la suivit, et tomba sur ses genoux en approchant de Corinne. Elle voulut lui parler, et n'en eut pas la force. Elle leva ses regards vers le ciel, et vit la lune qui se couvrait du même nuage qu'elle avait fait remarquer à lord Nelvil quand ils s'arrêtèrent sur le bord de la mer en allant à Naples. Alors elle le lui montra de sa main mourante, et son dernier soupir fit retomber cette main.
Que devint Oswald? Il fut dans un tel égarement, qu'on craignait d'abord pour sa raison et sa vie. Il suivit à Rome la pompe funèbre de Corinne. Il s'enferma longtemps à Tivoli, sans vouloir que sa femme ni sa fille l'y accompagnassent. Enfin l'attachement et le devoir le ramenèrent auprès d'elles. Ils retournèrent ensemble en Angleterre. Lord Nelvil donna l'exemple de la vie domestique la plus régulière et la plus pure. Mais se pardonna-t-il sa conduite passée? le monde, qui l'approuva, le consola-t-il? se contenta-t-il d'un sort commun après ce qu'il avait perdu? Je l'ignore; je ne veux à cet égard ni le blâmer ni l'absoudre.
TABLE
De Corinne, par madame Necker de Saussure I Livre Ier. Oswald 1 Livre II. Corinne au Capitole 21 Livre III. Corinne 40 Livre IV. Rome 56 Livre V. Tombeaux, Églises et Palais 90 Livre VI. Moeurs et Caractère des Italiens 105 Livre VII. La Littérature italienne 132 Livre VIII. Les Statues et les Tombeaux 157 Livre IX. La Fête populaire et la Musique 191 Livre X. La Semaine sainte 205 Livre XI. Naples et l'Ermitage de Saint-Salvador 231 Livre XII. Histoire de lord Nelvil 250 Livre XIII. Le Vésuve et la Campagne de Naples 279 Livre XIV. Histoire de Corinne 301 Livre XV. Adieux à Rome et Voyage à Venise 328 Livre XVI. Le Départ et l'Absence 364 Livre XVII. Corinne en Écosse 398 Livre XVIII. Le Séjour à Florence 430 Livre XIX. Le Retour d'Oswald en Italie 452 Livre XX. Conclusion 482
FIN DE LA TABLE
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