Contes et légendes. 1re Partie
Chapter 7
Janko continua sa route. Il arriva près d'un lac. Là il vit un pauvre petit poisson sur le rivage. Il le prit, et le mit dans l'eau en disant:
"Pauvre petit poisson, tu es fait pour vivre dans l'eau, et non sur la terre."
Le petit poisson, heureux de se retrouver dans son élément, le remercia, et dit:
"Bon Janko, nous te viendrons en aide!"
Le jeune homme continua son voyage, et arriva avant longtemps au carrefour, où les diables se disputaient et se battaient. Il les regarda un instant avec chagrin, puis il les sépara et rétablit le bon accord parmi eux. Les diables le remercièrent et partirent, en disant:
"Bon Janko, nous viendrons à ton secours."
Janko nota ce détail dans sa mémoire, et continua son chemin. Il arriva à une ville. Là il trouva tout le monde en détresse, car la fille du roi était dangereusement malade, et tous les médecins disaient qu'elle allait mourir. Janko alla à une auberge (= petit hôtel), appela l'aubergiste et dit:
"Allez vite au palais, et annoncez au roi que je suis le premier médecin du monde. Je guérirai sa fille malade." L'aubergiste alla bien vite au palais, et dit au roi:
"Le premier médecin du monde est à mon auberge. Il dit qu'il guérira la princesse."
Le roi, enchanté, fit venir Janko, et dit: "Monsieur le médecin, si vous guérissez ma fille, je vous la donnerai pour femme."
Janko prit sa petite bouteille et donna un peu de son eau magique à la princesse, qui se trouva mieux après la première dose, et qui au bout de quelques jours était complètement guérie.
Mais elle n'avait pas envie d'épouser le médecin, et dit à son père:
"Mon père, je refuse d'épouser ce jeune homme."
Le roi insista, et la princesse répondit:
"Eh bien, je l'épouserai, mais seulement à condition qu'il accomplisse les trois choses que je lui dirai."
Janko consentit à cette condition, et dit: "J'accomplirai ces choses si elles sont possibles et si Dieu m'aide."
La princesse prit deux sacs de graines de pavot et deux sacs de cendres. Elle mêla les graines de pavot et les cendres, appela Janko, et dit "Janko, si vous séparez les graines de pavot des cendres avant demain matin, je suis à vous."
Janko était bien embarrassé. Il n'était pas habile, et il alla dans la prairie, où il commença à pleurer et à prier Dieu de lui venir en aide. Tout à coup une quantité de fourmis arrivèrent, en disant:
"Ne désespère pas, Janko; tu nous as aidées, maintenant nous t'aiderons;" et les fourmis séparèrent les graines de pavot des cendres.
La princesse était surprise et désappointée, et dit à Janko:
"Vous avez accompli une des conditions, mais il faut que vous me procuriez la perle la plus précieuse du fond de la mer."
Janko alla au bord du lac, et pleura amèrement. Tout à coup un poisson parut à la surface de l'eau, et dit:
"Janko, pourquoi pleures-tu?"
Le jeune homme confia ses peines au poisson, qui lui promit la perle, en disant:
"Tu nous as aidés, nous t'aiderons."
Quelques minutes plus tard il arriva avec la perle désirée, que la princesse admira beaucoup. Puis elle dit à Janko:
"Vous avez accompli deux des conditions; maintenant je vous épouserai si vous me rapportez une rose de l'enfer."
Janko courut au carrefour, où il avait rencontré les diables, et frappa à la porte de l'enfer. Les diables ouvrirent la porte, et lui donnèrent la rose qu'il demandait.
La belle princesse reçut la rose avec grand plaisir et consentit enfin à épouser Janko, qui invita ses parents à la noce. Le frère Jozka fut aussi invité, et quand il entendit l'histoire de son frère, il comprit que l'égoïsme est un mauvais moyen de faire fortune, et qu'on a souvent besoin d'un plus petit que soi.
LE BERGER ET LE DRAGON.[23]
[Note 23: A Servian tale.]
Il y avait une fois un berger qui gardait ses moutons sur la montagne. C'était en automne, au temps où les serpents vont dormir dans la terre, et le berger en entendant un petit bruit, leva la tête pour voir quelle en était la cause.
Il vit un grand nombre de serpents qui en arrivant près d'un certain rocher le touchaient d'une herbe qu'ils tenaient à la bouche. Au moment où l'herbe touchait le rocher, le rocher s'ouvrait, et les serpents entraient ainsi, l'un après l'autre, dans la montagne.
Le berger appela son chien; il lui confia les moutons, et cueillant un brin d'herbe il toucha le rocher, qui s'ouvrit. Le berger entra dans une grotte, dont les murs étaient couverts d'or, d'argent et de pierres précieuses. Au centre de la grotte il y avait un trône, et sur ce trône il y avait un serpent immense. Tous les autres serpents groupés autour de lui dormaient comme lui.
Le berger examina la grotte, regarda les serpents, et quand il eut tout vu il dit: "C'est assez maintenant," et voulut partir. Mais le rocher était fermé, et comme il ne pouvait pas sortir il s'enveloppa dans son manteau, se coucha à terre, et dormit comme les serpents.
Il se réveilla seulement quand il entendit un bruit étrange, et quand il ouvrit les yeux il vit que tous les serpents étaient réveillés. Ils étaient groupés autour du trône, et ils demandaient tous à la fois:
"Est-il temps, ô mon roi, est-il temps?"
Le roi des serpents resta immobile encore quelques minutes, puis il dit:
"Il est temps!" En disant ces mots il descendit de son trône, et se dirigea vers le rocher, suivi de tous les autres serpents. Arrivé au rocher, le roi le toucha. Le rocher s'ouvrit; les serpents sortirent tous, suivis de leur roi. Mais quand le berger voulut sortir aussi, le rocher se referma.
"Roi des serpents, laissez-moi sortir!" cria le berger de toutes ses forces.
"Non, non," dit le roi; "restez-là, mon ami."
"Mais, j'ai assez dormi!" dit le berger. "Mon troupeau m'attend; laissez-moi sortir."
"Je vous laisserai sortir seulement à condition que vous juriez solennellement que vous ne révèlerez à personne où vous avez dormi, ni comment vous êtes entré dans la grotte aux serpents!" dit le roi.
Le berger jura trois fois, le rocher s'ouvrit, et il se trouva sur la montagne. Mais quel changement! Ce n'était plus l'automne, c'était le printemps! Le berger pensa à sa femme, et descendit la montagne aussi vite que possible, car il avait peur d'être grondé parce qu'il était resté si longtemps absent.
Quand il arriva près de la maison il vit un monsieur à la porte, et il entendit qu'il disait à la femme:
"Ma bonne femme, votre mari est-il chez lui?"
"Mais non, monsieur," répondit la femme.
"Il est parti pour la montagne l'automne dernier, et comme il n'est pas revenu, je crains (j'ai peur) que les loups ne l'aient mangé." Et elle commença à pleurer.
"Les loups ne m'ont pas mangé!" cria le berger. "Me voilà."
Quand la femme vit le berger, elle cessa de pleurer, et dit:
"Eh bien, paresseux, où avez-vous été tout l'hiver?"
L'homme, n'osant dire la vérité, répondit: "J'ai été dans le parc aux moutons où j'ai dormi tout l'hiver!"
"Imbécile," dit la femme, en colère.
Le beau monsieur dit: "Allons donc, berger, ce n'est pas vrai, ce que vous dites là. Si vous me dites où vous avez passé l'hiver, je vous donnerai une grande somme d'argent."
Tourmenté par sa femme et par le beau monsieur, le berger raconta enfin tout ce qui lui était arrivé. Le beau monsieur, qui était magicien, le força alors à le conduire à la montagne, et à ouvrir le rocher en le touchant avec l'herbe merveilleuse. Quand le rocher fut ouvert, le magicien prit son livre et commença à lire. Tout à coup on entendit un bruit terrible, et un dragon sortit.
Ce dragon était le vieux serpent, le roi. Il était furieux contre le berger, qui avait révélé le secret de la grotte aux serpents. Le magicien donna vite une corde au berger, en disant: "Jetez-lui ce licol au cou!"
Le pauvre berger obéit malgré lui, et tout à coup il se trouva assis sur le dos du dragon, qui volait rapidement par-dessus les montagnes et les mers. Le pauvre berger était très effrayé, car le dragon allait toujours plus vite, et montait toujours plus haut. Enfin le berger aperçut une petite alouette, et lui cria:
"Alouette, chère petite alouette, oiseau cher à Dieu, allez, je vous en prie, auprès du Père céleste; racontez-lui mes peines. Dites-lui qu'un pauvre berger lui souhaite le bonjour, et qu'il le prie de le secourir."
L'alouette fit la commission du berger. Le Père Éternel eut compassion du pauvre homme; il écrivit un mot, en lettres d'or, sur une feuille qu'il cueillit d'un arbre dans le Paradis. Il donna cette feuille à l'alouette, et lui ordonna de la laisser tomber sur la tête du dragon.
L'alouette s'envola, laissa tomber la feuille sur la tête du dragon, et à l'instant même le dragon et le berger tombèrent à terre. Quand le berger revint à lui, il vit qu'il était sur la montagne, et au bout de quelques minutes il s'aperçut qu'il avait eu un mauvais rêve, car son chien était à côté de lui, les moutons autour de lui, et c'était en automne tout comme quand il s'était endormi quelques heures avant.
LES DEUX AUMÔNES.[24]
[Note 24: This story is adapted from a legend published in "Le Magasin Pittoresque," a popular French periodical.]
Une pauvre vieille femme était assise au bord de la route. Elle avait froid, car la neige tombait; et elle avait faim, car elle n'avait rien mangé de toute la journée. Elle était assise là, et elle attendait patiemment, espérant qu'un voyageur compatissant lui donnerait un peu d'argent pour acheter du pain et du bois pour faire un peu de feu dans sa pauvre petite maison où il faisait si froid.
Le premier homme qui passa la regarda avec compassion, et dit: "Pauvre femme, voilà un temps bien dur pour mendier sur la route. Dieu vous assiste," et il continua son chemin, d'un pas rapide, sans lui donner un seul sou, car il avait de gros gants, et il aurait été obligé de les ôter pour mettre la main dans sa poche. Il aurait eu froid aux doigts en déliant les cordons de sa bourse, et il n'eut pas le courage de s'arrêter.
La pauvre vieille femme, toute désappointée qu'elle était, remercia cependant le voyageur de ses bonnes paroles, et quand il lui dit: "Dieu vous assiste!" elle répondit: "Merci bien, mon bon monsieur, Dieu vous le rende."
Peu de temps après un second voyageur passa en voiture. Il était tout enveloppé dans une ample fourrure, il vit la pauvre femme, et, touché de sa misère, il mit une main dans sa poche et de l'autre baissa la fenêtre de la voiture.
"Oh!" dit-il, "quel terrible froid!" et il appela la pauvre vieille femme, qui arriva aussi vite que possible. Il lui tendit l'argent et s'aperçut seulement alors qu'il s'était trompé, et que c'était une pièce d'or et non pas la petite pièce blanche qu'il pensait donner. "C'est beaucoup trop!" dit-il, et il allait retirer la main, mais le froid lui fit lâcher la pièce d'or, qui tomba dans la neige.
Il ferma la fenêtre, la voiture repartit et il se dit philosophiquement: "C'est trop, mais enfin je suis bien riche, et je puis me payer la fantaisie de faire une bonne action de temps en temps."
La pauvre mendiante, à genoux dans la neige, cherchait la pièce d'or, et ses mains froides fouillaient sans cesse, car la malheureuse femme était non seulement pauvre et âgée, mais elle était aussi aveugle.
Pendant ce temps l'homme riche était rentré chez lui. Assis devant un bon feu, après avoir bien dîné, il dit:
"Il ne fait pas aussi froid que je croyais. J'ai trop donné à cette pauvre femme. Fera-t-elle bon usage de cette pièce d'or? Enfin, ce qui est fait, est fait. J'ai été généreux, très généreux, et Dieu, sans doute, me récompensera, car il aime les bonnes actions."
L'autre voyageur était arrivé à l'auberge où il avait trouvé un bon feu et un bon dîner qui l'attendait. Mais la pensée de la pauvre femme lui revint à la mémoire. Il regretta beaucoup de ne pas lui avoir donné un peu d'argent, et au lieu de s'asseoir devant le feu et de manger la bonne soupe chaude que le domestique apportait, il lui dit: "Mettez deux couverts; je reviens à l'instant!" et sortit en toute hâte.
Il arriva bientôt à l'endroit où il avait vu la vieille femme et la trouva fouillant dans la neige.
"Que cherchez-vous là, ma bonne femme?"
"Une aumône, qu'un monsieur m'a jetée!"
"Oh! elle est perdue dans la neige. Venez avec moi; nous irons à l'auberge, où un bon feu nous attend, et la soupe aussi."
Le voyageur s'aperçut alors pour la première fois que la vieille femme était aveugle, il la prit donc par le bras et la conduisit à l'auberge, où il l'installa à table, devant le feu, et lui fit manger un bon dîner.
Deux anges ce jour-là prirent la plume, l'un pour effacer la mention de la pièce d'or sur le livre où le maître de la voiture inscrivait tous ses bienfaits, et l'autre pour inscrire sur le livre du piéton le bon dîner de la pauvre mendiante.
L'AMOUR D'UNE MÈRE.[25]
[Note 25: This is a popular tale in Touraine, in Central France. It is merely the French version of the tale told by every nation, and has innumerable counterparts. Tours is the capital of the province of Touraine. The Loire is one of the great rivers in France, which it divides into two almost equal parts.]
Au centre de la France, au bord de la Loire, et tout près de la ville de Tours, demeurait une fois un vigneron appelé Jean Bourdon. Il était bon travailleur, mais il était violent de caractère, et il ne supportait pas patiemment sa pauvreté.
Un jour en rentrant de sa vigne, il se disait sans cesse: "Oh! si mon oncle était seulement mort, je serais riche, bien riche, et je ne serais plus obligé de travailler."
Quelques minutes après il vit son oncle près d'une carrière au bord du chemin. Le démon lui parla, et dit: "Poussez votre oncle; il tombera dans la carrière, et sera mort; tout le monde pensera que c'est un accident, et vous serez riche, bien riche, car vous êtes son seul héritier."
Le vigneron exécuta immédiatement cette mauvaise pensée, et ce fut seulement après que le crime eut été commis, qu'il comprit qu'il était un assassin et qu'il méritait la prison et même la mort. Il regretta amèrement sa violence, et continua son chemin en tremblant, et en regardant sans cesse de tous côtés pour voir si quelqu'un était en vue qui pourrait le dénoncer à la police. Il trembla plus fort encore quand il sentit une main sur son épaule, et quand une voix moqueuse lui dit à l'oreille:
"Eh bien, votre oncle est mort. Vous l'avez tué pour hériter de sa fortune. J'ai tout vu, mais si vous me donnez ce que je vous demande, je ne vous dénoncerai pas."
"Oh oui, je vous donnerai tout ce que vous voudrez, tout. Je vous le promets," s'écria le pauvre homme, qui avait bien peur.
"Très-bien, je demande votre fils. Je le réclamerai dans trois jours à moins que vous ne deviniez mon nom."
En disant ces mots, le démon--car c'était un démon,--disparut, et le pauvre vigneron rentra chez lui. Mais il était si triste à la pensée de perdre son fils, et si tourmenté de remords à la pensée de son crime, qu'il lui fut impossible de manger ou de dormir.
Sa femme, inquiète de le voir si pâle, lui demanda enfin ce qu'il avait, et le pauvre homme lui avoua tout. La femme ne lui reprocha pas sa conduite, mais elle courut toute tremblante à l'église où elle raconta toute l'histoire au curé, qui était un brave homme, et qui avait la réputation d'un grand savant et d'un grand saint.
Le curé lui parla longtemps, et quand elle revint à la maison, elle dit à son mari: "Allez à l'endroit où vous avez vu le démon, et appliquez-vous à deviner son nom en priant Dieu de vous aider." L'homme alla à l'endroit où il avait commis son crime, mais le souvenir de ce crime l'empêcha de concentrer assez ses pensées. Il répétait sans cesse: "Oh! que j'aimerais savoir le nom de ce démon," mais comme il pensait plus à son crime qu'à autre chose, il ne trouva pas le nom du démon.
Le second jour la femme alla à l'endroit. Elle était décidée à sauver son enfant, et elle concentra si bien toute son attention, que bientôt elle entendit une petite voix sous terre, qui chantait tout doucement:
"Dormez, mon enfant, dormez bien. Votre papa, le démon Rapax, est parti pour vous chercher un petit compagnon; dormez, dormez bien."
La femme rentra toute joyeuse, et quand le démon se présenta le lendemain pour réclamer son enfant, elle lui cria joyeusement: "Eh, bonjour, Monsieur Rapax, comment vous portez-vous?"
Le démon, tout surpris, partit sans l'enfant, et quelques minutes après le vigneron faillit mourir de joie en voyant son oncle, qu'il croyait avoir tué, et qui venait l'inviter à souper. Le méchant démon Rapax, sachant que le vigneron était violent et envieux, l'avait trompé pour obtenir l'enfant. Grâce à la bonne petite femme il n'avait pas réussi, mais une chose bien certaine c'est que Bourdon ne fut plus jamais violent, il avait trop peur de commettre un crime, et il savait que le remords n'est pas une sensation agréable.
LE CHEVEU MERVEILLEUX.[26]
[Note 26: This is one of the Servian national tales; different versions of it can be found in Wratislaw's "Folk Tales," and in the "Magasin Pittoresque."]
Il y avait une fois un homme très pauvre, qui avait beaucoup d'enfants. Sa famille était si nombreuse qu'il lui était impossible de trouver assez à manger pour ses enfants. Tous les jours il disait à sa femme: "Ma femme, les enfants ont faim. Il m'est impossible de trouver assez à manger pour eux. Je pense que la meilleure chose à faire serait de me tuer avec eux."
"Patience!" disait la pauvre femme; "patience, mon ami, ne vous tuez pas aujourd'hui."
Une nuit le pauvre homme vit en songe un enfant qui lui disait:
"Pauvre homme, vous êtes bien malheureux; mais écoutez-moi bien, et vous serez heureux. Demain matin vous trouverez sous votre oreiller un miroir, du corail et un mouchoir. Prenez ces trois objets, ne parlez à personne, et allez dans la montagne. Vous trouverez une petite rivière. Suivez le cours de la rivière, et vous arriverez à la source.
"Là vous verrez une belle jeune fille. La jeune fille vous parlera, mais ne répondez pas. Si vous parlez, elle vous changera en poisson ou en un autre animal. Asseyez-vous à côté de la jeune fille. Elle placera sa tête sur vos genoux. Alors vous chercherez avec soin. Quand vous aurez trouvé un cheveu rouge, arrachez-le.
"Sauvez-vous immédiatement avec ce cheveu rouge. La jeune fille vous poursuivra. Jetez le mouchoir, le corail et le miroir, l'un après l'autre, et elle s'arrêtera pour les regarder. Continuez votre route, vous arriverez à la ville, vous vendrez le cheveu à un homme riche pour une grande somme d'argent, et vous serez assez riche pour élever tous vos enfants."
Le lendemain matin, quand le pauvre homme s'éveilla, il mit la main sous son oreiller. Il trouva le mouchoir, le corail et le miroir. Il partit pour la montagne. Il arriva à la rivière. Il suivit le cours de la rivière, et il arriva à la source. Là il vit une belle jeune fille, qui lui dit:
"D'où venez-vous, brave homme?"
Il ne répondit rien. Elle répéta la question, mais il ne parla pas. Il s'assit à côté d'elle sans parler. Elle plaça sa tête sur les genoux de l'homme. L'homme chercha avec soin et bientôt il trouva un cheveu rouge. Il arracha le cheveu rouge et partit en courant. La jeune fille poursuivit l'homme. Elle courait plus vite que lui. Quand il vit qu'elle allait l'atteindre, il jeta le mouchoir. La jeune fille, qui n'avait jamais vu de mouchoir, s'arrêta pour l'examiner, et l'homme continua à courir.
Quand la jeune fille eut assez examiné le mouchoir, elle continua la poursuite. Quand l'homme vit qu'elle allait l'atteindre, il jeta le corail. La jeune fille s'arrêta pour examiner le corail avant de continuer la poursuite. Quand l'homme vit qu'elle allait l'atteindre, il jeta le miroir. La jeune fille s'arrêta pour s'admirer, et l'homme arriva chez lui et raconta toutes ses aventures à sa femme.
Le lendemain l'homme alla à la ville. Il se plaça sur le marché, et commença à crier: "J'ai un cheveu rouge à vendre. J'ai un merveilleux cheveu rouge à vendre." Quelques minutes après un homme arriva et dit: "Je vous donnerai un sou pour votre cheveu rouge. "Ce n'est pas assez!" dit l'homme. Un autre homme arriva: "Je vous donnerai le double, deux sous," dit-il. "Ce n'est pas assez."
Les autres acheteurs arrivèrent, et ils commencèrent à dire l'un après l'autre: "Je vous donnerai le triple, trois sous."
"J'en donnerai quatre."
"J'en donnerai cinq."
Ils continuèrent ainsi et un homme dit enfin: "Je donnerai vingt sous, un franc."
Les enchères continuèrent, et la foule augmentait toujours. Le prix du cheveu rouge augmentait rapidement aussi. Enfin le roi arriva et dit: "Je vous donnerai dix mille francs." L'homme accepta cette somme et alla à la maison, où il se trouva assez riche pour élever ses enfants. Le roi porta le cheveu merveilleux dans son palais, le coupa dans sa longueur et trouva une inscription, qui racontait les choses importantes qui s'étaient passées depuis le commencement du monde, et il ne regretta jamais d'avoir payé dix mille francs ce cheveu merveilleux.
UN CONTE DE MA MÈRE L'OIE.[27]
[Note 27: This is one of the folk tales told along the banks of the Danube. It forms part of the Slavonic folk lore.]
Dans une contrée traversée par le Danube il y avait une fois un roi qui se trouva forcé, peu de temps après son mariage, de quitter la reine, sa femme, et de partir pour la guerre. Son absence fut longue, très longue, et la reine attendait son retour avec impatience. Elle voulait lui montrer son fils qu'il n'avait jamais vu, car l'enfant était né après son départ.
C'était dans les temps où il n'y avait ni poste, ni téléphone, ni télégraphe, ni chemins de fer, ni bateaux à vapeur, et la pauvre reine n'avait pas de nouvelles de son mari, et le roi n'avait pas de nouvelles de sa femme. Enfin la guerre fut terminée, et le roi se mit en route pour son royaume. Un jour il se trouva en grand danger de périr dans un torrent, et il dit:
"Oh! ma chère femme, je vais périr ici, sans vous revoir!"
Un corbeau arriva et dit: "Roi, promettez-moi que vous me donnerez la chose que vous avez de plus chère au monde, mais que vous ne connaissez pas, et je vous sauverai."
Le roi pensa; "La chose qui m'est la plus chère au monde c'est, sans doute, ma femme. Pour le plaisir de revoir ma femme, je donnerais volontiers une chose que je ne connais pas!"
Le roi accepta donc la proposition du corbeau, qui dit: "Je suis généreux, ô mon roi, et je vous laisserai cette chose pendant sept ans avant de la réclamer."
Le corbeau sauva donc le roi, qui arriva à la maison, où il vit la reine, et où sa surprise fut grande de trouver un joli petit enfant, qui était son fils. Mais son chagrin fut presqu'aussi grand que sa surprise, quand il pensa à la promesse qu'il avait faite au corbeau.
Le temps passa vite, trop vite, et quand le petit garçon eut sept ans, le corbeau arriva, et disparut aussitôt avec l'enfant royal.
Le corbeau transporta le petit prince dans une vallée profonde, inconnue, solitaire, et le donna à un pauvre homme qui demeurait là avec sa femme et sa petite fille, qui n'avait que cinq ans, mais qui était très avisée.
Les deux enfants étaient très heureux ensemble. Le père et la petite fille aimaient beaucoup le petit prince, mais la mère ne l'aimait pas, et elle le maltraitait beaucoup, car elle était méchante et un peu sorcière.
Un jour cette femme dit à son mari: "Jean est trop avisé; il faut nous débarrasser de lui."
L'homme protesta en vain; la femme appela Jean, et dit: "Jean, vous êtes grand maintenant, mais vous ne travaillez pas assez. Il faut que vous abattiez cette forêt, d'ici à demain, et que vous bâtissiez un pont qui chantera quand je passerai dessus."
Le pauvre Jean était très triste. Il appela sa petite amie Catherine, et dit: "Catherine, votre mère est bien cruelle! Elle dit qu'il faut que j'abatte la forêt, d'ici à demain, et que je bâtisse un pont qui chantera quand elle passera dessus."