Contes Et Historiettes A L Usage Des Jeunes Enfants Qui Commenc
Chapter 9
--Il demeure dans une belle maison au milieu d'un jardin, bien loin de la ville.»
René n'en sut pas dire davantage.
«Comment faire?» dit le vieillard, en appuyant son front chauve sur sa main.
Alors Sylvine, toute bonne qu'elle était, eut une mauvaise pensée.
«Mon père, dit-elle, je le garderai; le bon Dieu n'a-t-il pas eu pitié de ma peine en le mettant sur mon chemin?
--Ma fille, éloigne cette tentation-là; car le garder serait un véritable crime.
--Oh! mon père, si vous saviez comme je l'aime déjà!»
Il fut convenu, malgré elle, que Jacques irait dans la journée à cette même ville où M. Desnues avait inutilement demandé des nouvelles de son enfant, et qu'il s'informerait des parents de René. Les démarches furent sans résultat. Il rentra tout décontenancé, et Sylvine se réjouit dans son coeur de ce qu'on ne retrouvait pas les parents du petit.
Le soir et le lendemain, René ne cessa de demander sa mère, et pleura souvent.
Sylvine voyait avec joie que personne ne venait le réclamer.
Le troisième jour, Jacques ayant des légumes à vendre, son beau-père l'engagea fortement à aller les porter au bourg où se trouvait l'autre relais, lui recommandant par-dessus tout de s'informer du père de l'enfant. Le paysan chargea son âne et partit.
L'auberge où Mme Desnues était malade se trouvait être la première maison du bourg; ce fut là que Jacques s'arrêta tout naturellement pour offrir ses légumes. L'hôtesse, avisant de beaux choux-fleurs dans les paniers de l'âne, en prit quelques-uns et dit:
«Cela sera peut-être agréable à la pauvre dame qui ne veut rien prendre.
--Vous avez donc quelqu'un de malade ici? dit Jacques.
--Eh! mon Dieu oui, une pauvre mère qui a perdu son enfant.
--Il est mort, son enfant?
--Non: elle l'a perdu tout endormi, sur la grande route.»
Jacques se fit raconter comment la chose était arrivée.
Quand il se fut ainsi assuré qu'il avait trouvé le fils de la dame malade, il comprit qu'il était de son devoir de le dire, nonobstant le chagrin qu'aurait sa chère Sylvine.
Il alla auprès de M. Desnues et lui dit:
«Mon officier, ma femme et moi nous avons trouvé l'autre nuit, en revenant de la foire, un petit enfant endormi sur la route. Il dit qu'il s'appelle René et qu'il est de Metz.»
En entendant ces mots, M. Desnues embrassa le paysan avec effusion, sans pouvoir prononcer une parole, tant sa joie était grande. Une petite servante, qui avait tout entendu, monta les escaliers quatre à quatre, et, ouvrant avec fracas la porte de la chambre de la malade, elle cria:
«Le petit est retrouvé!»
Mme Desnues, oubliant son extrême faiblesse, se leva vivement, descendit en courant l'escalier, et, traversant la cuisine, elle vint tomber dans les bras de son mari en s'écriant:
«Où est-il? où est René?»
Puis elle perdit connaissance.
Pendant qu'on la faisait revenir à elle, l'officier acheta tous les légumes de Jacques, qui les porta dans la cuisine, tandis que M. Desnues faisait atteler une mauvaise carriole qui se trouvait dans la cour. Il dit à Jacques d'y monter avec lui et de le mener où était son fils.
La pauvre mère, entendant cela, voulut aller aussi retrouver son enfant, quelque prière qu'on lui fît pour qu'elle attendît au lit le retour de René. Elle monta en voiture, et Jacques les eut bientôt conduits à sa cabane.
Mme Desnues aperçut la première son enfant, assis dans la cour et paraissant assez triste. Sylvine, à genoux près de lui, lui faisait manger une appétissante soupe au lait. Le bruit de la voiture ayant attiré l'attention de René, il laissa la soupe et s'élança en criant:
«Papa! maman! ah! vous voilà donc!»
Mme Desnues, en l'embrassant avec transport, s'aperçut alors que la paysanne pleurait.
«Ma pauvre femme, lui dit-elle en lui tendant la main, je ne puis assez vous dire combien je suis reconnaissante des soins que vous ayez prodigués à mon enfant. C'est vous et votre mari qui l'avez sauvé; sans vous, quelque voiture l'aurait écrasé peut-être. Demandez-moi ce que vous voudrez et je vous le donnerai.»
Mais Sylvine, toute chagrine de ce qu'on lui reprenait le petit René, pleurait toujours et ne répondait rien.
«Qu'avez-vous, ma bonne femme? lui dit l'officier; dites-moi ce qui vous afflige, et s'il est possible d'y remédier, je m'y emploierai de tout mon pouvoir.
--Ah! mon officier, dit Jacques les yeux baissés et tournant avec embarras son chapeau entre ses doigts, c'est que, voyez-vous, ma femme s'est affolée du petit, et elle dit que si on le lui ôte, elle en mourra; parce que, voyez-vous, madame, nous n'avons jamais eu d'enfant; et elle s'était mis dans la tête que le bon Dieu avait placé le petit chérubin exprès, tout endormi sur notre chemin, pour le lui donner.
--Venez avec nous, dit M. Desnues, je vous donnerai une petite maison; vous cultiverez mon jardin et votre femme soignera la basse-cour. Ainsi vous ne quitterez pas René.»
Sylvine fut si heureuse en entendant ces bonnes paroles, qu'elle ne savait plus ce qu'elle faisait. Elle saisit les mains de Mme Desnues et les lui baisa; puis elle baisa aussi le bas de sa robe; et, ayant pris René dans ses bras, elle se mit à chanter en dansant.
Jacques afferma sa cabane, son jardin et son champ; puis sa femme et lui suivirent les parents de l'enfant.
TABLE DES MATIÈRES.
L'Imprudence. La Rougeole. Le Bon Frère. L'Obligeante Petite Fille. La Mouche. La Complaisance. La Grand'Mère aveugle. La Paresse. Le Loup. Contente de peu. Le Conseil. L'Obéissance. Le Serin. Le Feu. La Prière. La Petite Maman. Le Secours mutuel. Le Petit Malade. Le Colin-Maillard. La Liberté. Le Petit Agneau. Le Petit Taquin. La Petite Gourmande. Le Petit Glorieux. Les Tartelettes. La Petite Curieuse. L'Enfant trouvé. La Petite Louise. Le Petit Berger. La Petite Fanchette. L'Enfant avisé. La Tentation. Le Bon Petit Garçon. La Petite Ménagère. Le Petit Colporteur. La Bonne Petite Fille. Les Petits Imprudents. La Bonne Petite Soeur. Le Ramoneur. La Désobéissance. L'Ange gardien. La Boudeuse. La Petit Voleur. La Petite Paresseuse. L'Enfant gâté. L'Enfant perdu.
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
OUVRAGES DE Mme CARRAUD PUBLIÉS PAR LA MÊME LIBRAIRIE.
Maurice ou le travail, livre de lecture courante à l'usage des écoles primaires. 1 vol. in-12, avec 8 gravures dans le texte, cart. 1 fr. 10c.
Lettres de famille ou modèles de style épistolaire pour les circonstances ordinaires de la vie. 1 vol. in-12, cart. 1 fr. 10 c.
Les veillées de maître Patrigeon, entretiens familiers sur le travail, la propriété, la richesse, l'agriculture, la famille, etc. 1 vol. in-12, broché. 1 fr. 25 c.
Ouvrage couronné par l'Académie française.
Une servante d'autrefois. 1 volume in-12, broché. 1 fr. 25 c.
Le livre des jeunes filles, simple correspondance. 1 vol. in-12, broché. 3 fr. 50 c.
Petite Jeanne (la) ou le Devoir. Livre de lecture courante à l'usage des écoles primaires des filles, 1 vol. in-12, cartonné, contenant 8 vignettes. 1 fr. 10 c.
_Le même ouvrage_, illustré de 20 vignettes. 1 vol. in-12, broché. 2 fr. 25 c.
Historiettes véritables pour les enfants de 4 à 8 ans. 1 vol. in-12, illustré de 94 vignettes, broché. 2 fr. 25 c.
Les métamorphoses d'une goutte d'eau, etc. 1 vol. in-12, illustré de 50 vignettes, broché. 2 fr. 25 c.
Les goûters de la grand'mère. 1 vol. in-12, illustré de vignettes, broché. 2 fr. 25 c.
La reliure de ces trois derniers volumes en percaline rouge se paye en sus: tranches jaspées, 1 fr.; tranches dorées, 1 fr. 25 c.
PARIS--IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR PUBLIÉS PAR LA MÊME LIBRAIRIE
Maurice, ou LE TRAVAIL. 1 vol. in-12, cartonné. 1 fr. 10
Lettres de famille, ou MODÈLES DE STYLE ÉPISTOLAIRE, pour les circonstances ordinaires de la vie. 1 vol. in-12, cartonné. 1 fr. 10
La Petite Jeanne, ou LE DEVOIR, livre de lecture courante à l'usage des écoles primaires de filles. 1 vol. in-12, cartonné. 1 fr. 10
_Le même ouvrage_, illustré de 20 vignettes, broché. 2 fr. 25
Les Métamorphoses d'une goutte d'eau, suivies des AVENTURES D'UNE FOURMI, des GUÊPES, de LA GOUTTE DE ROSÉE, etc. 1 vol. in-12, illustré de vignettes, broché. 2 fr. 25
Historiettes véritables pour les enfants de quatre à huit ans. 1 vol. in-12, illustré de 94 vignettes, broché. 2 fr. 25
Les Goûters de la grand'mère. 1 vol. in-12, illustré de vignettes, broché. 2 fr. 25
Ces quatre derniers volumes font partie de la _Bibliothèque rose illustrée_. La reliure en percaline, tranches jaspées, se paie en plus 75 c.; en percaline, tranches dorées, 1 fr.
Une servante d'autrefois. 1 vol. in-12, broché. 1 fr. 25
Les Veillées de maître Patrigeon, entretiens familiers sur le travail, la propriété, la richesse, l'agriculture, la famille, etc. 1 vol. in-12, broché. 1 fr. 25
Ouvrage couronné par l'Académie française.
Ces deux derniers volumes font partie de la Bibliothèque de _Littérature populaire_. Le cartonnage en papier se paie en plus 20 c., et en percaline gaufrée, 50 c.
Le Livre des jeunes filles, simple correspondance. 1 vol. in-12, broché. 3 fr. 50
BOURLOTON.--Imprimeries réunies, A. rue Mignon, 2, Paris.--10453