Contes de lundi

Part 18

Chapter 18190 wordsPublic domain

Des gens entraient, sortaient d'un air triste. On sentait là une de ces catastrophes trop grandes pour le logis, et qui débordent jusque dans la rue... En arrivant, j'entendis des sanglots. C'était au fond d'un petit couloir, dans une grande pièce encombrée et claire comme une salle d'étude. Il y avait là une longue table en bois blanc, des livres, des manuscrits, des vitrines à collections, des albums couverts en soie brochée; au mur, des armes japonaises, des estampes, de grandes cartes géographiques; et dans ce désordre de voyages, d'études, le colonel étendu sur son lit, sa longue barbe droite sur sa poitrine, avec la pauvre petite «_Ounclé_» qui pleurait à genoux dans un coin. M. de Sieboldt était mort subitement pendant la nuit.

Je partis de Munich le soir même, n'ayant pas le courage de troubler toute cette désolation à propos d'une fantaisie littéraire, et c'est ainsi que de la merveilleuse tragédie japonaise, je ne connus jamais que le titre: _l'Empereur aveugle_!... Depuis, nous avons vu jouer une autre tragédie, à qui ce titre rapporté d'Allemagne aurait bien convenu: sinistre tragédie, pleine de sang et de larmes, et qui n'était pas japonaise celle-là.

FIN