Constantinople de Byzance à Stamboul.

Part 10

Chapter 103,537 wordsPublic domain

L’appartement d’été de l’empereur Théophile se composait d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage comprenant une chambre à coucher et un salon. Un chroniqueur de l’époque nous donne d’assez nombreux détails sur la décoration d’une chambre à coucher impériale: «Le pavage est en mosaïque, au centre s’étale un paon enfermé dans un cercle de marbre. De ce cercle partent des rayons qui vont aboutir à un autre cercle, plus grand, en dehors duquel sont des marbres verts imitant des fleuves. Dans chaque coin se trouvent appliqués des aigles en mosaïque faits de petits cubes de différentes couleurs. Les parois de la pièce sont ornées de plaques de verre polychrome. Une bande d’or sépare les mosaïques qui ornent la partie supérieure des parois, sur lesquelles se détachent sur fond d’or les figures de Basile et de sa femme Eudoxie. Tous deux sont assis sur des trônes et portent les couronnes et les costumes impériaux. Sur les autres murs de la pièce sont représentés leurs enfants vêtus du même costume, et tenant entre les mains des livres de piété. Le plafond resplendissant d’or porte au milieu le signe victorieux de la croix en verres de couleur; tout près, se trouvent encore les images de l’Empereur, de l’Impératrice et de leurs enfants, levant tous la main vers la croix.»

Cet immense palais, habité si longtemps par les empereurs byzantins, fut abandonné vers le XIIe siècle, quand leurs successeurs allèrent résider au palais des Blaquernes.

Bien avant la prise de Constantinople par les Turcs, ce palais menaçait déjà ruine et ses débris étaient utilisés pour de nouvelles constructions. Buondelmonte, qui visita la capitale trente ans avant la conquête, n’avait plus rien trouvé sur l’emplacement de ce grand palais que quelques pierres provenant des ruines. Et quand Pierre Gylles visita Constantinople, il ne vit sur son emplacement que quelques traces de ruines[45].

[45] Banduri. _Topogr. Constantin._

PALAIS DE BOUCOLÉON

Ce palais se trouve sur les bords de la Propontide, dans l’enceinte du grand palais byzantin. Il a été appelé d’abord château de Hormisdas, du nom d’un prince sassanide qui s’était réfugié à Constantinople et avait habité ce palais au temps de Constantin. Il fut reconstruit par Justinien et, plus tard, agrandi et embelli par Constantin Porphyrogénète[46] qui y ajouta des statues et un groupe d’animaux sculptés en pierre, un lion luttant avec un bœuf.

[46] Constantin Porphyrogénète--_Vie de Basile._

Il paraît que de là vient son nom de Boucoléon[47]. Tout près de ce palais se trouvait un port appelé du même nom. Nicéphore Phocas qui habitait presque toujours ce palais où il fut tué par Jean Tzimizès son rival, l’avait fortifié en l’entourant de murs.

[47] Bous (Bœuf), Léon (lion). Il nous paraît plus vraisemblable de croire que l’étymologie du mot de boucoléon vient de _bucca leonis_, entrée des lions, parce que ce port avait à son entrée des statues de lions.

PALAIS DE LA MAGNAURE

Le triclinium de la Magnaure ou Magna-aula (magna, grande, aula, cour) se trouvait au nord du palais impérial entre la Chalcé et Sainte-Sophie; les Empereurs y donnaient audience aux ambassadeurs. Ce triclinium, bâti par Constantin, n’était qu’une basilique à nef centrale et à bas côtés. Au fond, sur une estrade qui occupait toute la largeur de l’édifice et qui recouvrait un hémicycle, se trouvait le trône impérial. De chaque côté de l’abside, deux colonnes soutenaient des draperies et des rideaux. Au-dessus du bas côté s’élevaient les galeries réservées aux dames de la cour. Au pied de l’estrade, on apercevait deux lions artificiels dressés sur leurs pattes et qui poussaient des rugissements comme des lions vivants. Sur des arbres d’or, des oiseaux de toutes sortes, artistement imités et perchés sur les branches, faisaient retentir la salle de leurs chants joyeux.

Pour donner plus de vie à cette scène du passé, il faut écouter Luitprand, envoyé extraordinaire du roi d’Italie à la cour de Byzance, au Xe siècle. «L’Empereur, dit-il, étant assis sur son trône, des lions automatiques commencent à rugir, les oiseaux chantent. Je me prosterne devant lui, et, après être resté quelque temps dans cette position, selon le cérémonial, je lève les yeux et aperçois l’Empereur enlevé par une machine à une hauteur considérable.»

Sur l’emplacement du palais de la Magnaure, se trouve actuellement le ministère de la Justice, qui dernièrement devint le siège du Parlement, et devait primitivement servir d’université, mais il ne fut jamais affecté à cette destination. En creusant les fondations de cet édifice en 1847, on trouva, à une profondeur de trois mètres, l’ancien pavé et la base de la célèbre statue argentée d’Eudoxie la Gauloise, objet de la haine de Chrysostome. Elle portait l’inscription suivante en langue grecque: «Voici la statue argentée où les souverains président aux tribunaux de la capitale[48].» A côté de ce palais se trouvait le Sénat ou basilique. Un portique orné de six grandes colonnes de marbre blanc s’ouvrait, d’après M. Labarte, sur le forum Augustéon.

[48] Cette base est conservée au Musée.

PALAIS DES BLAQUERNES

Lorsque Théodose II avait construit la grande muraille pour agrandir la ville, le quartier des Blaquernes, qui était situé à l’extrémité nord-ouest de la ville, près de la Corne d’Or, et qui renfermait alors l’église de ce nom ainsi qu’une résidence impériale, ne fut pas compris dans l’enceinte des murs. Ce n’est que deux siècles plus tard que l’empereur Héraclius fit construire de nouveaux remparts devant les Blaquernes, qui, devenus très peuplés, avaient besoin d’être protégés contre les attaques ennemies. D’après M. Schlumberger, la partie des murs théodosiens restés en arrière des nouveaux murs et qui étaient devenus inutiles furent détruits. Le palais qui se trouvait dans ce quartier avait été bâti d’abord par Anastase (491-518). Il servit pendant plusieurs siècles de maison de plaisance aux Empereurs. Puis il s’étendit et couvrit de ses nombreux bâtiments un espace de 300.000 mètres carrés (l’espace compris entre _Egri-Kapou_ et l’Ayasma des Blaquernes).

C’est Manuel Comnène Ier qui, négligeant complètement le grand palais, élut pour résidence le palais des Blaquernes (1143).

L’enceinte fortifiée du palais comprenait de vastes jardins, des cours à portiques, différentes habitations pour le Basileus, sa famille, ses grands officiers et ses gardes, des églises, des chapelles et d’autres édifices religieux. Le Portique carien, érigé par l’empereur Maurice en 586 et dont on retrouve actuellement les substructions à l’est de la porte d’_Eïvan Seraï_, consistait en une cour entourée de portiques et qui conduisait au palais. L’ensemble de ces monuments formait un quartier que les historiens grecs appelaient palais au toit doré. Actuellement on ne voit plus que la portion de l’enceinte commune à la grande muraille de la ville, et quelques pans de murs ensevelis sous terre.

Le terrain étant disposé suivant des pentes très abruptes, d’immenses voûtes et des murailles épaisses durent être construites pour supporter les nombreuses terrasses dont on reconnaît parfaitement aujourd’hui les ruines. Ces terrassements dominaient une vallée assez profonde qui existe encore.

Une partie du palais était adossée à la grande muraille sur laquelle s’ouvraient des fenêtres et des balcons dominant la campagne. C’est dans ce palais qu’Isaac l’Ange, en 1204, reçut les croisés. Ces derniers furent émerveillés de la splendeur des jardins, de l’ampleur des voûtes, et de la magnificence des parois toutes tapissées de mosaïques à fond d’or, des cours pavées de marbre précieux, des ruisseaux d’eau courante coulant dans des canaux d’albâtre. Les seigneurs Francs, quand ils furent reçus dans ce palais par Alexis, furent éblouis par les richesses prodigieuses étalées non sans intention: la vaisselle d’or, les innombrables vêtements de cérémonies, les étoffes brodées de soie.

Les empereurs latins de Constantinople habitèrent aussi ce palais et y tinrent leur cour. Nicéphore Grégoras et Pachymère racontent que Michel Paléologue, après avoir reconquis Byzance, dut aller demeurer au grand palais, les Blaquernes étant dans le plus affreux délabrement, toutes noircies de fumée et pleines d’immondices et d’ordures. Après sa réparation, le palais des Blaquernes redevint et resta l’unique résidence des Paléologues jusqu’à la chute de Constantinople.

Ce qui subsiste aujourd’hui des fondations montre suffisamment l’étendue occupée par ce palais, dont les proportions et la magnificence ont toujours fait l’admiration des historiens.

Pulchérie, épouse de Marcien, y avait fait construire la célèbre église des Blaquernes. Cette église touchait au mur du palais même et sa porte ouvrait dans l’enceinte du palais.

«La porte de l’enceinte de l’église des Blaquernes, dit M. Schlumberger, vaudrait bien comme intérêt l’escalier de Versailles! Aujourd’hui, c’est l’Empereur en litière, entouré, tantôt de ses fameux Vaerings, tantôt d’un cortège d’eunuques ou d’une longue chaîne de prêtres et de caloyers, jetant un regard inquiet sur la foule des dignitaires où il cherche à tout instant le meurtrier de l’heure qui vient et le successeur heureux qui fera jeter au cirque son cadavre mutilé; demain c’est le patriarche à la longue barbe blanche, qui accourt tremblant sous ses vêtements d’or; il sait qu’un basileus tout enfiévré d’un sombre esprit théologique l’a fait mander au palais pour lui donner le choix entre l’option d’une hérésie qui damnera son âme ou l’exil mortel sur quelque affreux rocher de Marmara. Aujourd’hui ce sont des princesses, mères, femmes ou filles de quelque empereur assassiné ou déposé, qu’on entraîne à la hâte vers l’église pour raser leur chevelure, arracher leur tunique de pourpre brodée de perles et les jeter ensuite, sous la robe brune des religieuses, dans quelque couvent devenu leur demeure pour le reste de leurs jours.»

Près du palais on avait construit un cirque qui servait à l’amusement des Empereurs. Non loin de là, on voit encore aujourd’hui deux grandes tours, la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. La tour d’Isaac l’Ange fut construite en 1188 pour servir de défense au palais des Blaquernes qui se trouve derrière elle. On y pénétrait par la cour du palais impérial. Un des murs de la tour d’Isaac l’Ange était percé de trois fenêtres cintrées. Au-dessus de ces fenêtres, une rangée de pierres saillantes semble avoir dû porter un balcon disparu. Les trois autres murs n’ont chacun qu’une fenêtre; celle du côté sud sert de communication entre la plate-forme des murs et l’intérieur de la tour. Celle du côté du port conduit sur le toit de la tour basse d’Anémas, ainsi nommée d’après Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé sous Alexis Comnène. Ces tours furent plus tard reliées entre elles intérieurement.

Sous la tour d’Anémas se trouvent les fameuses prisons d’Anémas découvertes dernièrement par le Dr Paspati. Ces prisons, très curieuses, sont dans un meilleur état de conservation que d’autres cachots similaires; mais la visite en est rendue très dangereuse par les cavités dans lesquelles on risque de se précipiter. Outre ce danger réel, les ordures jetées par les habitants des quartiers voisins rendent l’abord de la place des plus désagréables.

On y accède par une petite ouverture cintrée percée dans un pan de mur au pied de la tour d’Anémas. Un passage de dix mètres de long, très bas et très étroit, conduit à une petite salle voûtée, humide et qui ne reçoit par cette même entrée qu’une faible lumière. En passant à droite par une petite ouverture, on arrive à une autre salle faiblement éclairée par un trou pratiqué dans la voûte. Sur le passage s’ouvre un puits béant qui coupe le cachot dans toute sa largeur. En face de l’entrée, un autre passage menant à droite communique avec une autre galerie.

On monte par un escalier à l’étage supérieur de la tour, où se trouve une salle mesurant 7 mètres de haut sur 12 mètres de long et 10 mètres de large. Elle ne prend jour que par un mince filet de lumière passant par un trou pratiqué dans une fenêtre cintrée. On peut alors voir le trou rond qui éclaire l’étage inférieur. L’escalier continue jusqu’au sommet de la tour. Dans la petite salle d’entrée, une ouverture à gauche conduisait aux cellules des prisonniers. Aujourd’hui, on n’aperçoit qu’un grand bâtiment d’une soixantaine de mètres de longueur, plein de décombres. Jadis cette grande salle était divisée en deux étages, contenant chacun une enfilade de petites chambres séparées les unes des autres par des murs de 1m, 50, percés de grandes ouvertures cintrées. Un corridor de 1m, 75 de large courait tout le long des chambres.

PALAIS DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE

Ce palais, appelé aussi palais de Bélisaire[49], ou palais de l’Hebdomon et nommé _Tekfour Serail_ par les Turcs, se trouve enclavé dans les murs de Théodose. D’après Gyllius, il faisait partie du palais de Constantin à l’Hebdomon hors des murs. Le nom d’«Hebdomon» lui venait du septième quartier des auxiliaires Goths qui, en leur qualité d’ariens, campaient hors des murs sur l’emplacement qu’on appelait Hebdomon. Ce palais, restauré par Justinien, a été appelé aussi _Palatium Justiniani_.

[49] Dans le plan de Melling, dessiné en 1815, nous voyons les ruines d’un autre palais de Bélisaire à côté du forum de Constantin, là où se trouve actuellement l’imprimerie Osman bey.

Le Dr Mordtmann et M. Van Millingen[50], dans leurs travaux sur l’archéologie byzantine, cherchent à démontrer que le palais appelé aujourd’hui _Tekfour Serail_ n’est qu’une partie du palais des Blaquernes. Le Dr Mordtmann veut prouver, en se basant sur la manière dont cet édifice est construit, qu’il existait déjà au temps de Théodose et qu’il formait la partie supérieure du palais des Blaquernes. Il est certain en tout cas que de fausses suppositions l’ont fait prendre pour le palais de l’Hebdomon.

[50] Van Millingen, _Byzantine Constantinople_.

C’est un bâtiment rectangulaire où les briques alternent avec des blocs de marbre blanc et jaune. Les murs indiquent clairement qu’il était composé de trois étages et que l’étage supérieur dépassait la hauteur des murailles. Le rez-de-chaussée comprenait une salle voûtée de 17 mètres de longueur, soutenue par deux rangées de colonnes. La façade nord des bâtiments repose sur quatre arceaux séparés par un pilier carré.

Le premier étage consistait en une grande salle rectangulaire dont il est assez difficile aujourd’hui de reconstituer exactement les divisions intérieures. Des six fenêtres cintrées qui éclairent cet étage, quatre correspondent aux arcades de l’étage inférieur. Au second étage, se trouve une grande salle semblable, éclairée sur toutes ses faces par des fenêtres cintrées.

A l’est, au-dessous des trois fenêtres en plein cintre, un balcon supporté par deux arceaux formait saillie.

Le palais continuait le long des murs vers le nord. Il était précédé d’une cour formant atrium, orné de propylées soutenus par dix grandes colonnes. Le toit reposait sur une corniche en marbre sculpté.

Outre le grand palais sacré, le palais des Blaquernes et ceux sur lesquels nous venons de donner quelques détails, on peut citer une série de palais appartenant aux différents siècles, tels que le palais de l’impératrice Sophie, le palais d’Eleuthère, le palais Valentinien, le palais de Bonus, le palais de Jucundiana, le palais de Justinien, le palais de Kalaman, le palais de Pighi, le Philopation, le palais Placidien, Saint-Mamas, le palais d’Arcadius, le palais de Toxaros, etc.

Le palais de l’impératrice Sophie qui se trouvait près du port Sophien fut remplacé par le palais d’_Esma Sultane_. Le palais de Valentinien a été construit par l’empereur Valentinien pour ses filles. L’emplacement de ce palais est aujourd’hui occupé par les bâtiments de _Mechichat_ (Cheïhuslamat). Le palais de Bonus, construit par Romain II Lécapène, se trouvait sur la colline où est située actuellement la mosquée de _Sultan Selim_. L’Empereur venait y passer la nuit pour assister le lendemain à la messe des Saints Apôtres. Le palais Kalaman se trouvait dans le quartier des Génois.

HIPPODROME

L’hippodrome, où se déroulèrent tant d’événements historiques, où 30.000 hommes périrent pendant la révolte de Nika, occupait la grande place appelée aujourd’hui _At Meïdan_, c’est-à-dire place aux chevaux. Il s’étendait en outre sur une partie de l’emplacement de la mosquée d’Ahmed, et sur le terrain où s’élèvent actuellement l’école des Arts et Métiers et les nouveaux bâtiments du ministère des Mines et Forêts. Son axe est indiqué par l’obélisque, la colonne serpentine et la colonne murée qui existent encore.

L’hippodrome a été construit d’abord par Septime-Sévère, sur le modèle du Circus Maximus de Rome. Constantin y ajouta les degrés, la sphendonè et les tribunes, et orna les portiques de statues. Cet édifice fut modifié plusieurs fois au cours des siècles.

L’hippodrome qui avait 370 mètres de long sur 180 de large pouvait contenir 100.000 personnes[51]. Outre les petites portes, qui conduisaient aux gradins, quatre portes monumentales s’ouvraient aux extrémités des côtés latéraux.

[51] Selon Gylles la longueur de l’hippodrome était de deux stades (370 mètres).

Du côté sud, le terrain s’inclinait vers la mer; cette partie de la piste de l’hippodrome fut exhaussée par des soubassements composés de hauts murs voûtés. Elle formait la partie hémisphérique de l’hippodrome qui s’appelait sphendonè.

Du côté de Sainte-Sophie, s’élevait un bâtiment rectangulaire comprenant la tribune impériale et les loges des grands dignitaires et des sénateurs, et qu’on appelait _Kathisma_[52]; il n’avait aucune communication avec l’arène ni avec les gradins du cirque. L’Empereur y arrivait directement du palais. Au-dessous de la loge impériale, se trouvait, sur une terrasse en forme de balcon garni de colonnes, une autre tribune, réservée aux gardes de l’Empereur; elle était appelée le Pi, à cause de sa forme qui rappelait la lettre grecque π. Deux escaliers faisaient communiquer cette terrasse avec la tribune impériale.

[52] Aujourd’hui, sur l’emplacement de l’ancien Kathisma, se trouve la fontaine érigée par Guillaume II, empereur d’Allemagne.

Aux grandes fêtes, les musiciens jouaient sur cette plate-forme. Au-dessous du Pi, à droite et à gauche, étaient les portiques par où les chars entraient dans le cirque. Ces loges, qui avaient à Rome le nom de Carceres, étaient appelées à Constantinople Manganon.

Au-dessus de la loge impériale s’élevait une tour ornée de quatre chevaux de bronze, œuvre de Lysippe de Chio, et que, d’après une légende, Théodose avait enlevés à l’île de Chio; une autre légende voulait qu’on les eût apportés de Corinthe à Rome et de Rome à Byzance[53].

[53] Pendant la quatrième croisade on expédia les chevaux à Venise; Bonaparte les fit placer sur l’arc de triomphe du Carrousel à Paris. Mais en 1814 ils furent de nouveau transportés à Venise où ils ornent maintenant le portail de Saint-Marc.

Le Kathisma comprenait une salle à manger, une salle de réception et plusieurs pièces où l’Empereur recevait les hauts fonctionnaires avant les fêtes et donnait des repas, car les jeux de l’hippodrome formaient une partie intégrante de la vie publique. L’Empereur devait avoir dans le cirque des appartements privés pour revêtir les habits officiels avant d’entrer dans sa loge et enfin pour se reposer pendant les jeux, qui duraient parfois toute une journée.

Le Kathisma communiquait avec l’église Saint-Etienne, dont plusieurs fenêtres s’ouvraient sur l’hippodrome. D’après Labarte, les dames de la cour, qui ne siégeaient pas avec les hommes pendant les cérémonies publiques, pouvaient assister aux jeux du haut de ces fenêtres. C’est dans cette église que Léon l’Arménien fut assassiné et transporté ensuite à l’hippodrome. M. Millet et plusieurs archéologues russes, se basant sur les événements qui se déroulèrent au temps de Théodose II, veulent montrer que la tribune impériale ne se trouvait pas au centre du Kathisma, mais à son extrémité orientale, c’est-à-dire à la partie contiguë au palais. Peut-être les Empereurs avaient-ils choisi cette place pour avoir une meilleure vue sur la piste de l’hippodrome. Mais il n’en est pas moins vrai qu’une tribune officielle existait au centre du palais de Kathisma.

Les spectateurs étaient assis sur les gradins qui se continuaient en forme d’amphithéâtre. Sur le sommet de ces gradins existait un promenoir à colonnades, orné de statues.

Pour protéger les spectateurs contre les bêtes fauves et pour empêcher les discussions souvent violentes des partis adverses, l’arène était séparée des gradins par un fossé. Les jeux des bêtes fauves ayant été remplacés un peu plus tard par des courses de chars, par des luttes et des combats, ce fossé fut supprimé, mais on construisit un mur pour empêcher les bleus de se jeter sur les verts et réciproquement.

Dans l’axe longitudinal du cirque s’élevait une terrasse longue et étroite appelée «Spina» et sur laquelle on avait disposé divers monuments et statues, la colonne de Théodose (obélisque), la colonne murée, la colonne serpentine, qui portait autrefois le célèbre trépied de Delphes; toutes ces colonnes étaient alignées dans la même direction. Parmi les statues en bronze ou en marbre, on remarquait un homme luttant avec un lion, un taureau mourant, l’Hercule colossal de Lysippe, un loup combattant une hyène, un cheval indompté, un aigle enlevant un serpent, Adam et Ève, Hélène inspirant l’amour aux guerriers, les statues des empereurs Gratien, Valentinien, Théodose, celles des conducteurs de chars couronnés, et la fameuse statue à trois têtes, dont Jean (Yanis) l’Iconoclaste fit abattre les têtes.

Au centre d’un bassin se dressait, au haut d’une colonne, la statue de l’impératrice Irène. «Les statues de Gratien, de Valentinien, de Théodose, dit M. Dethier, étaient à cheval, à pied; c’est au choix d’un interprète hardi. Je m’étonne que même M. Labarte ait eu la bonne volonté d’y trouver une statue équestre d’un Théodose (p. 53), mais toujours se garde-t-il d’affirmer que c’est Théodose Ier. D’ailleurs ces statues étaient très petites et ornaient les gradins des bancs de l’hippodrome.»

Sur toute l’étendue de l’hippodrome une grande tente (velum) doublée de pourpre était tendue pour protéger les spectateurs contre les ardeurs du soleil. Tout Byzance affluait sous cette tente, et sur les gradins se pressaient des hommes de toutes races, aux costumes les plus divers, bigarrés de toutes les couleurs.

Dans la suite, les jeux de l’hippodrome se firent plus rares et l’on ne donnait plus de représentations qu’aux jours de grande fête.