Part 3
Se meurt de tes propres discordes; Cet unisson où je t'accorde Ne saurait-il durer qu'un jour?
Tremblant d'une agonie si proche. Il murmure un frêle reproche, Et s'évanouit sans retour...
CONNAISSANCE DE L'ART
_À Léon-Paul Fargue._
CONNAISSANCE DE L'ART
Je suis l'Arabesque sublime Qu'admis au contact de l'intime, Les plus grands parmi les humains, En des périodes de transe, Ont façonné de leur substance Comme un ouvrage de leurs mains.
Mille destinées merveilleuses Près de ma ligne prometteuse Tourbillonnent comme un essaim
Consolant les humains fugaces Qui les poursuivent dans l'espace Et les emportent dans leur sein.
Tantôt la destinée commence, Le peuple, éperdu d'innocence, Marche, les veux levés au ciel, Tantôt la destinée s'achève Et le peuple épuisé de rêve Se console auprès du réel.
Ainsi l'art qui est espérance, Soucieux de cette cadence, Va du réel à l'idéal, Ce flux et ce reflux tragiques Font l'alternative harmonique Qui joint le mortel au vital.
Je t'attendais, ô Solitaire... En échange de mon mystère, Chargé des débris de ton cœur. Tu viens m'offrir toute la terre, Tes amours avec leurs misères El tes joies avec leurs douleurs,
Tu palpites de mon haleine. Ma courbe t'attire et t'entraîne. Tu es l'éternel délaissé, Tu voudrais prolonger mes rives Et sur ma ligne fugitive Lier l'avenir au passé.
Eh! bien, écoute ta hantise, Car elle seule réalise Ce qu'un calcul ne peut oser;
L'amour des volutes graciles Incite aux méthodes subtiles Mais il ne fait qu'analyser.
Si le sourire des Charites Te manque, si ta main hésite, Abandonne-nous en plein vol; Rien ne m'attire vers mon terme, Qu'importe qu'un cycle se ferme Quand on plane au-dessus du sol!
Plus belle que toutes les Belles Entre mes rives parallèles, Torrent de vie canalisé, Vois la passionnante frise Qu'en songe chacun réalise Mais que nul n'a réalisé!
De mes rives horizontales L'une est une vie qui s'exhale Et tend au repos éternel, L'autre est la femme qui s'étale, Qui veut la caresse brutale Afin d'engendrer le réel.
Je vais de l'une à l'autre couche, Et si mon allure te touche, C'est que tu sens confusément Que c'est l'image de ton être, Que je ne meurs que pour renaître Comme l'homme, éternellement.
Le cycle expire et recommence Au point d'adorable tangence Où ses rives l'ont embrassé:
Comme Antée la courbe maligne Puise, au contact des rectilignes, L'élan nouveau du nuance.
Cette résille d'intégrales Fait fi des promesses verbales, Seul le geste enfante l'essor. Mais l'harmonie la plus savante Roule une courbe enveloppante De l'apogée jusqu'au point mort.
Je fais mon arme du silence Où tout s'exprime et se balance Mieux que par les meilleurs discours: Tour à tour, ardente ou languide. Je forme les pleins et les vides Et le volume et son contour.
Le difficile est le passage... Vois-tu par quel divin message, Quel lien gracile et subtil, La foule d'idées et d'images Se fait entendre sans langage, D'un bout à l'autre de mon fil?
Entre les groupes qui la tentent, Vois: mon arabesque oscillante Satisfaisant à ton plaisir. Crée des attirances nouvelles: Des formes immatérielles Peuplent les vides de désirs.
Je recherche la vie tremblante, Elle me fuit comme Atalante Traçant un dangereux sentier:
Si je dévie de la spirale, Je m'égare dans un dédale, J'entends sonner un rire altier.
Cette proie je te la destine, C'est la nourriture divine, Mélange de terre et de ciel, Ma recherche te passionne! Ton esprit serpente et tâtonne: «Est-ce idéal, est-ce réel?»
Ta méditation épuise Le suc de ces transes exquises; Tandis que le recueillement Te fait goûter toute ma grâce, L'instant voluptueux s'efface Et te dévore tendrement.
Ah! donne-toi, beau Solitaire, Vois: j'ai la douceur d'une mère Et la tendresse des amants; Mon trait dessinera tes veines, Si tu dis tes joies et tes peines, Si tu les traces de ton sang...
Vois: tu as prolongé ma ligne... Tu fus vraiment marqué du signe! Ton cœur a longuement erré: J'ai pris le meilleur de toi-même, Je te rejette, vide et blème....
Que t'importe, tu as créé!....
FIN
TABLE
Avant-propos de Paul Valéry Connaissance de la volupté _La déesse_ _La concubine_ _La vierge_ _L'épouse_ _La vestale_ Connaissance du désir Connaissance de l'exaltation Connaissance de l'art
End of Project Gutenberg's Connaissance de la Déesse, by Lucien Fabre