Code galant, ou, Art de Conter fleurette
Part 4
Dans la colère ou même le mécontentement, l'ame s'échauffe, les membres se raidissent, le sang bouillonne.
Dans la terreur ou la crainte, les membres semblent affaissés, le coeur manque et se glace, les traits se décomposent entièrement.
Toutes les autres passions, chez les femmes, ne sont en quelque sorte que des modifications ou des nuances de ces quatre primitives: l'amour et l'aversion, n'étant, en effet, que des affections purement relatives aux individus, ne peuvent être continuelles et sont inhérentes à celles-ci.
Ainsi, chez les femmes, tout décèle le caractère, même les choses en soi les plus indifférentes. Madame de Staël a dit: «Une sotte ne prend pas son éventail et ne se tient pas debout comme une femme spirituelle.» De là naissent les préférences involontaires, les sympathies imprévues.
La réflexion profonde, la constance, l'inspiration, se manifestent chez les femmes dans un regard fixe, arrêté et d'une assurance modeste. Au contraire, des regards vides, mobiles, douteux, appartiennent à un esprit irréfléchi; de petits yeux enfoncés annoncent souvent une nature envieuse et maligne; de gros yeux saillans et gris, un esprit simple et vulgaire; un oeil noir, vif et animé indique un tempérament ardent et irascible; des yeux bleus ou verts, au regard languissant, décèlent une ame tendre, douce et craintive.
Ce sont donc les yeux qu'il faut étudier surtout dans la physionomie des femmes, pour pénétrer leurs plus intimes pensées. Il est rare qu'une femme coupable soutienne hardiment un mensonge sous les regards d'un juge observateur et physionomiste. L'abbé de Mancy assure que «les Chinois ne s'enquièrent pas autrement de la fidélité de leurs femmes; l'épouse qui soutient avec assurance le regard du mari irrité triomphe du soupçon et recouvre sa tendresse.» Une telle épreuve serait peut-être moins décisive dans un pays encore plus civilisé que la Chine. Faut-il s'en plaindre, doit-on s'en applaudir? nous laissons aux maris à décider la question.
De ce petit traité, où nous avons rassemblé les principales observations physiognomoniques consignées dans une foule d'épais in-quarto, le lecteur retirera sans doute quelque fruit. Avant de s'aventurer à être aimable ou même galant près d'une femme, il l'étudiera et raisonnera son attaque d'après une théorie basée sur l'expérience et que le résultat démentira bien rarement. L'art physiognomonique est assurément une des principales branches accessoires du grand art de plaire; mais, en lui accordant la confiance qu'il mérite, il ne faut pas non plus se trop fier à son secours. C'est de l'ensemble des moyens que résulte seulement le succès. En comparant l'art de conter fleurette à un jeu d'enfant, on pourrait dire que la physiognomonie _donne barre_ sur le beau sexe, mais il s'agit ensuite de bien courir pour l'attraper.
[Cul-de-lampe]
APOLOGIE
_De la Coquetterie_.
Mademoiselle de Scudéry, dans ses _Conversations morales_, après avoir ingénieusement défini la coquetterie un déréglement de l'esprit, fait venir le mot coquette de l'italien _civetta_, chouette: elle prétend que la chouette attire la nuit quantité de petits oiseaux autour d'elle, et que, par allusion, on a appelé de son nom les femmes qui s'attiraient des adorateurs.
Ménage, en s'appuyant de Pasquier, trouve l'origine de coquette dans le mot _coq_, et dit qu'on donna le nom de coquet et coquette aux hommes et aux femmes qui eurent la prétention de plaire à plusieurs, comme les coqs lorsqu'ils font l'amour à leurs poulettes.
Les Anciens n'ont point connu la coquetterie, sans doute parce que les deux sexes étaient trop isolés chez eux, où on ne se réunissait guère qu'en famille: dans les fêtes publiques, en effet, dans les cérémonies religieuses, les hommes et les femmes étaient presque toujours séparés. On ne connaissait point alors ce que nous appelons la société, ces réunions où le désir de paraître aimable porte chacun à faire valoir les agrémens de sa personne, les grâces de son esprit, le charme de ses talens, les avantages de son rang ou de sa fortune. On chercherait en vain dans leurs écrits quelque indice du caractère de la coquetterie: les poètes n'ont peint que des femmes vertueuses et fidèles, des femmes adultères et déréglées, et des courtisanes.
Jusqu'au seizième siècle, les peuples modernes ressemblèrent sous ce rapport aux anciens, et ne laissèrent apercevoir dans leurs moeurs aucune trace de coquetterie.
Ce fut sous Catherine de Médicis seulement que la coquetterie prit naissance: c'était un caractère nouveau.
Le cercle que cette princesse établit à la cour inspira à la noblesse et à la bourgeoisie le désir d'en former de semblables: ce fut en quelque sorte une révélation que l'on pouvait trouver des agrémens et des plaisirs hors des réunions dont l'amitié ou la parenté était l'ame. On reçut dès-lors chez soi une personne pour son esprit, une autre pour sa fortune, une troisième par déférence pour son rang; on consentit bien encore à en voir quelques unes à cause de leurs qualités ou de leurs vertus; mais le but, en se formant une société, étant de se divertir, d'augmenter en quelque sorte la somme de plaisirs, dont chaque maître de maison veut la plus grosse part, la frivolité présida au choix de ceux qu'on y admit sans amitié, sans lien de parenté, sans amour. Les deux sexes ainsi réunis n'auraient eu qu'une conversation froide et insignifiante si le penchant naturel qui les harmonise l'un à l'autre n'eût également agi sur les coeurs: il porta les hommes à ne pas voir avec indifférence des femmes dont la bienveillance se colorait pour eux des dehors de l'amitié; obligés à moins de retenue qu'elles, ils crurent devoir donner à leur politesse toute l'apparence de l'amour. Le langage des femmes, quoique réservé, fut aimable et piquant, parce que la grace dont la nature les a douées perce toujours, même à leur insu, dans leurs discours comme dans leurs actions; celui des hommes fut vif, spirituel, parce que, ne pouvant dissimuler qu'ils connaissaient l'amour, ils se seraient voués au ridicule en feignant la naïveté, pardonnable à peine à l'ignorance. Cependant les femmes reconnurent qu'il y avait plus de flatterie que de sentiment dans les hommages qu'on leur rendait; elles sentirent le danger de se montrer sensibles à des adulations intéressées; mais ces adulations leur plaisaient trop pour que leurs belles résolutions de résistance pussent être de longue durée: alors l'esprit, toujours fidèle à les servir, l'esprit, inné chez elles avec la malice, vint à leur secours et leur offrit le plus puissant auxiliaire, la coquetterie.
Par imitation de la cour, toutes les femmes devinrent bientôt coquettes. Brantôme nous apprend dans le _Panégyrique de Catherine de Médicis_, que cette reine avait à sa suite trois cents filles ou dames d'honneur, dont la douce occupation était de séduire et de fixer près de leur souveraine les seigneurs étrangers et nationaux. Suivant lui, habiles et gracieuses comme les nymphes d'Armide, elles réussissaient si bien dans leurs décevantes entreprises, que l'on disait de la cour de France: «C'est le paradis de la terre.» Quelques auteurs ont prétendu que la politique Catherine avait tiré parti de cette brillante et nouvelle sorte de garde du corps; si l'on en croit leurs accusations, les dames de la cour lui révélaient les secrets des captifs qu'elles tenaient dans leurs fers: la chose est possible, mais, certes, la faute en est plus à l'insidieuse princesse qu'à la complaisante coquetterie de ses aimables agens diplomatiques.
Quoi qu'il en soit, nulle cour ne s'était, d'après les chroniqueurs, montrée aussi brillante, aussi aimable que celle de Henri II; la cour de Charlemagne même lui fut, disent-ils, inférieure: «Car cet empereur-roi ne donnait à ses dames que deux ou trois tournois par an; et, après chaque tournoi, comtes, chevaliers, paladins retournaient dans leurs châteaux, Charles n'ayant pas près de lui, comme Catherine, un cercle où la beauté, l'esprit et les graces fussent en rivalité pour dompter les courages et soumettre les coeurs.»
Nous allons peut-être bien étonner les femmes en leur disant qu'il leur est plus facile de demeurer fidèles que coquettes; leur surprise cessera quand nous expliquerons ce que l'on doit entendre par la coquetterie dans l'acception véritable du mot.
La coquetterie est le triomphe perpétuel de l'esprit sur les sens: une coquette doit inspirer de l'amour sans jamais l'éprouver; il faut qu'elle mette autant de soin à repousser loin d'elle ce sentiment qu'à le faire naître chez les autres; elle contracte l'obligation d'éviter jusqu'aux apparences d'aimer, de crainte que celui de ses adorateurs qui passerait pour préféré ne fût regardé comme plus heureux par ses rivaux; son art consiste à leur laisser continuellement concevoir de l'espérance, sans leur en donner; une coquette, enfin, ne peut avoir que des caprices d'esprit. Or, nous le demandons aux dames, est-ce donc chose si facile que de soumettre les besoins du coeur aux jouissances de l'esprit?
Un mari, s'il est répandu dans le monde, doit désirer que sa femme soit coquette; ce caractère assure sa félicité; mais il faut, avant tout, que ce mari ait assez de philosophie pour accorder à sa femme une confiance illimitée. Un jaloux ne peut croire que sa femme reste insensible aux efforts constans que l'on tente pour toucher son coeur; il ne voit dans les sentimens qu'on lui porte qu'un larcin fait à sa tendresse pour elle. De là beaucoup de femmes qui n'auraient été que coquettes, par l'impossibilité de l'être, deviennent infidèles; car les femmes aiment les hommages, les flatteries, les petits soins: le monde n'attache pas un assez grand prix aux sacrifices qu'elles peuvent faire à leur vertu pour qu'elles ne satisfassent pas ce goût de leur vanité.
A ceux qui crieraient au paradoxe et qui nieraient que la coquetterie fût réellement une qualité de l'esprit imposant la chasteté aux sens, nous citerons La Bruyère: «Une femme, dit-il, qui a un galant se croit coquette; celle qui en a deux ne se croit que coquette.»
Abusons-nous moins du nom de coquette qu'on ne faisait du temps de La Bruyère? Nous appelons coquette une jeune personne, une femme qui aime la toilette pour s'embellir seulement aux yeux d'un mari, d'un amant.
Nous appelons encore coquette une femme qui est soumise à la mode, sans remarquer que souvent chez elle il n'y a aucune intention de plaire, qu'elle obéit uniquement aux exigences de son rang et de sa fortune.
Enfin, nous appelons coquettes des femmes qui passent d'un attachement à un autre; et, par un même abus de ce mot, on entend dire tous les jours que Ninon était la reine des coquettes par des personnes qui ont ri du billet à La Châtre. Boileau prétend que, de son vivant, Paris ne comptait que trois femmes fidèles: le trait du satirique n'est ni de bon goût ni de bon sens; il eût pu dire, avec plus de raison, qu'on n'y pouvait citer trois femmes véritablement coquettes. Le dictionnaire devrait substituer galanterie et galant à coquet et coquetterie.
Mais si la véritable, l'innocente coquetterie devient chaque jour plus rare, la faute n'en est-elle pas aux hommes? Préférant aujourd'hui les sensations aux sentimens, ils se lasseraient bientôt d'une coquette qui ressemblerait à celles de Médicis ou à la Clarisse de mademoiselle de Scudéry; on comprend à peine aujourd'hui, au théâtre, ces rôles de coquettes que les auteurs comiques ont peints cependant d'après nature: ce caractère n'est plus maintenant qu'une idéalité. Excusons, toutefois, les femmes: il est naturel que, convaincues de l'impossibilité de se faire un cercle de _chevaliers de l'espérance_, elles aient dédaigné un caractère qui ne leur pouvait réussir.
Combien nous devons regretter la coquetterie! si elle venait à s'emparer des femmes, quel changement précieux dans nos moeurs! Nos petits-maîtres, que la facilité des succès rend suffisans au point de négliger d'être aimables, s'étudieraient alors à le devenir; le ton, les manières, les discours acquerraient un charme qu'ils ont à peu près perdu; on verrait revenir ces brillantes réunions dont le désir mutuel de plaire faisait le charme et l'essence; on reverrait cette fleur de politesse, ce doux mensonge qui imite l'amour et la constance, dans la crainte de l'insuccès; peut-être se trouverait-il de ces coquettes qui brillèrent sous Louis XIII et son successeur, de ces femmes qui ne se bornaient pas à s'efforcer de plaire et de se faire aimer par les agrémens de leur personne et de leur esprit, mais qui avaient encore l'ambition d'inspirer à leurs adorateurs des sentimens élevés: les hommes alors écouteraient encore la raison en croyant ne prêter l'oreille qu'à l'amour.
Eh quoi! va-t-on me dire, d'un vice, ou tout au moins d'un défaut, voulez-vous faire une vertu? Je répondrai que, dans l'impossibilité d'être parfaits, nous devons tâcher d'être aimables; si l'on peut concilier l'esprit de société avec la fidélité en amour, il vaut mieux combattre les progrès de l'inconstance avec la coquetterie, que de la laisser dégénérer en galanterie.
La coquetterie arrête le temps pour les femmes, prolonge leur jeunesse et rend durable la saison des hommages: c'est un juste calcul de l'esprit.
La galanterie, au contraire, précipite la marche des ans, diminue le prix des faveurs et hâte le jour où elles sont dédaignées. Résumons-nous donc en exprimant ce voeu du plus profond de notre coeur: Puissent les femmes devenir chaque jour plus coquettes!
MACÉDOINE D'APHORISMES, _Pensées, Lieux Communs, etc._
Il est permis d'être amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot.
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Eprouve ton coeur avant de permettre à l'amour d'y pénétrer, disait l'école de Pythagore: le miel le plus doux s'aigrit dans un vase qui n'est pas net.
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M. de Portalis, qu'il faut bien se garder de confondre avec S. Exc. le ministre actuel des affaires étrangères, disait, dans la séance du 16 ventose an XVI: «Le mari et la femme doivent incontestablement être fidèles à la foi promise; mais l'infidélité de la femme suppose plus de corruption et a des effets plus dangereux que l'infidélité du mari: aussi l'homme a toujours été jugé moins sévèrement que la femme. Toutes les nations, éclairées sur ce point par l'expérience et par une sorte d'instinct, se sont accordées...» Voilà une belle déclaration des droits de l'homme: La Fontaine répond: «Ah! si les bêtes savaient peindre!»
_Remarque._ Les hommes qui ont perdu leur femme sont tristes; les veuves, au contraire, gaies et heureuses. Il y a même un proverbe parmi les femmes sur la félicité du veuvage. Il n'y a donc pas égalité dans le contrat d'union.
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Les enfans connaissent tout le prix des larmes: c'est par elles qu'ils commandent, et quand on ne les écoute pas, ils se font mal exprès.--Les jeunes femmes agissent de même: elles se _piquent_ d'amour-propre.
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Le premier amour d'un jeune homme qui entre dans le monde est ordinairement ambitieux. Il se déclare rarement pour une jeune fille douce, aimable, innocente. Un adolescent a besoin d'aimer un être dont les qualités l'élèvent à ses propres yeux. C'est au déclin de la vie qu'on en revient à aimer le simple, le naturel, désespérant du sublime. Entre ces deux périodes se place l'amour véritable, qui ne pense à rien qu'à soi-même.
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«Apprenons aux dames à se faire valoir, à s'estimer, à nous amuser et à nous piper. Faisant filer leurs faveurs et les étalant en détail, chacun, jusqu'à la vieillesse misérable, y trouve quelque bout de lisière, selon son vaillant et son mérite.» (Montaigne.)
L'empire des femmes est beaucoup trop grand en France, l'empire de la femme beaucoup trop restreint.
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L'amour est la seule passion qui se paie d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même.
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Quelle sotte chose que l'opinion publique! Un homme de trente ans séduit une jeune personne de quinze: c'est elle qui est déshonorée!
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En amour, quand on _divise_ de l'argent, on augmente l'amour; quand on en _donne_, on le tue.
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Une femme appartient de droit à l'homme qui l'aime et qu'elle aime _plus que la vie_.
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Mademoiselle de Scudéry, qui était, du reste, une fort respectable demoiselle, assure que «La mesure du mérite se tire de l'étendue du coeur et de la capacité d'aimer.»
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Votre rival le plus dangereux est celui qui vous ressemble le moins.
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Dans une société très avancée, _l'amour-passion_ est aussi naturel que l'amour physique chez les sauvages.
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«Si une femme ne me cède que par pitié, dit Montaigne, je préfère ne vivre point que de vivre d'aumône.»
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Il n'y a d'unions à jamais légitimes que celles qui sont commandées par une grande passion.
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«Si vous voulez déployer l'amour et le considérer un peu de près, à découvert, à peine trouverez-vous une autre affection qui ait les douleurs plus aiguës, ni les joies plus véhémentes, ni de plus grandes extases et ravissemens d'esprit.»
C'est l'antique Plutarque qui s'exprime ainsi dans les _symposiaques_, et, d'honneur, il n'est pas un écolier de rhétorique qui, en traduisant ce passage, ne brûle de reconnaître l'exactitude de la définition du philosophe.
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Les hommes s'attachent moins à la réalité de l'objet qu'à l'image arbitraire que la prévention y substitue. Aussi, l'objet des passions n'est pas ce qui les dégrade ou ce qui les ennoblit, mais la manière dont on envisage cet objet.
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«J'appelle _plaisir_ toute perception que l'ame aime mieux éprouver que de ne pas éprouver.
»J'appelle _peine_ toute perception que l'ame aime mieux ne pas éprouver qu'éprouver.[14]»
[14] Maupertuis.
Désiré-je m'endormir plutôt que de sentir ce que j'éprouve, nul doute, c'est une _peine_: donc les désirs de l'amour ne sont pas des peines, car l'amant quitte pour rêver à son aise les sociétés les plus attrayantes.
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«Il ne faut pas penser à gouverner un coeur tout d'un coup et sans aucune préparation: il sentirait d'abord l'empire et l'ascendant qu'on veut prendre sur lui, il secouerait le joug par honte ou par caprice. Il sent toutes les petites choses; et de là le progrès jusqu'aux plus grandes est immanquable.» (Labruyère.)
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On finit toujours au dernier moment de la visite par traiter son amant mieux qu'on ne voudrait.
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La plupart des hommes, par vanité, par méfiance, par crainte du malheur, ne se livrent à aimer une femme qu'après l'intimité.
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Une femme croit entendre la voix du public dans le premier sot ou la première amie perfide qui se déclare auprès d'elle l'interprète fidèle du public.
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Un homme parfois découvre que son rival est aimé, et celui-ci ne le voit pas, à cause de sa passion.
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Plus un homme est éperdument amoureux, plus grande est la violence qu'il est obligé de se faire pour oser risquer de fâcher la femme qu'il aime en lui prenant la main.
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Il faut aussi parfois citer les génies positifs: osons donc invoquer en faveur de la galanterie les paroles du grave Leibnitz. Ouvrez, Lecteur, le chapitre vingt du titre deux, _sur les Progrès de l'Entendement humain_: «Aimer, c'est être porté à prendre du plaisir dans la perfection.» Nous n'aimons point proprement ce qui est incapable de plaisir ou de bonheur. L'amour de bienveillance nous fait avoir en vue le plaisir d'autrui, mais comme faisant ou plutôt constituant le nôtre; car s'il ne rejaillissait pas sur nous en quelque façon, nous ne pourrions pas nous y intéresser, puisqu'il est impossible, quoiqu'on dise, d'être détaché du bien propre.
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Madame de Genlis, qui a raffolé vingt ans du théâtral Louis XIV, dit dans _Mademoiselle de Clermont_: «Par la suite, l'expérience lui apprit que pour les femmes le véritable amour n'est qu'une amitié exaltée, et que celui-là seul est durable: c'est pourquoi l'on peut citer tant de femmes qui ont eu de grandes passions pour des hommes avancés en âge.»
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La pruderie est une espèce d'avarice, la pire de toutes.
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L'influence de l'éducation et des moeurs de l'enfance se fait toujours sentir, même à travers le génie. Ainsi Rousseau tombe amoureux de toutes les _dames_ qu'il rencontre, et pleure de ravissement parce que le duc de L***, un des plus plats courtisans de l'époque, daigne se promener à droite plutôt qu'à gauche pour accompagner un M. Coindet, ami de Rousseau.
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Combien un mari sage doit applaudir à ces paroles de Montaigne: «C'est folie de vouloir s'éclaircir d'un mal auquel il n'y a point de remède, auquel la honte s'augmente et se publie surtout par la jalousie, duquel la vengeance blesse plus nos enfans qu'elle ne nous guérit. Faites que votre vertu étouffe votre malheur, que les gens de bien en maudissent l'occasion, que celui qui vous offense tremble seulement à le penser.»
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Pittacus disait que chacun a son défaut, que le sien était la mauvaise tête de sa femme.
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«Il ne faut point confier ses amours à aucune femme: elles sont toutes nées jalouses et envieuses. Les femmes ne se plaisent point les unes aux autres: mille manières qui allument dans les hommes de grandes passions forment entre elles l'aversion et l'antipathie.» (Labruyère.)
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Une femme galante veut qu'on l'aime: il suffit à la coquette d'être trouvée belle. Celle-là cherche à engager, celle-ci se contente de plaire. La première passe successivement d'un engagement à un autre, la seconde a plusieurs amusemens à la fois. Ce qui domine dans l'une, c'est la passion et le plaisir; dans l'autre, c'est la vanité et la légèreté. La galanterie est un vice du coeur, la coquetterie un déréglement de l'esprit. La femme galante se fait craindre, et la coquette se fait haïr.
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«Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours: elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles; et l'homme le plus simple qui a de la passion persuade plus que le plus éloquent qui n'en a point.» (La Rochefoucauld.)
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L'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre.
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Que d'honnêtes femmes ressemblent à ces trésors cachés qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les recherche pas.
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Les coquettes se font honneur d'être jalouses de leurs amans, pour cacher qu'elles sont envieuses des autres femmes.
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Dans la vieillesse de l'amour, comme dans celle de l'âge, on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.
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Dans les premières passions, les femmes aiment l'amant; dans les autres, elles aiment l'amour.
Notre Code paraîtrait sans doute incomplet si l'on n'y trouvait, en regard de l'esquisse de nos coutumes actuelles, un aperçu des moeurs galantes si renommées du moyen-âge.
L'histoire des cours d'amour, que nous empruntons à l'excellent ouvrage de M. de Stendhal, offrira au lecteur de piquans contrastes, de singulières analogies et un piquant intérêt.
DES COURS D'AMOUR.
Il y a eu des cours d'amour en France, de l'an 1150 à 1200. Voilà ce qui est prouvé. Probablement l'existence des cours d'amour remonte à une époque beaucoup plus reculée.
Les dames réunies dans les cours d'amour rendaient des arrêts, soit sur des questions de droit, par exemple: L'amour peut-il exister entre mariés?
Soit sur des cas particuliers que les amans leur soumettaient[15].
[15] André, le chapelain, Nostradamus, Raynouard, Crescinbeni, d'Arétin.
Autant que je puis me figurer la partie morale de cette jurisprudence, cela devait ressembler à ce qu'aurait été la cour des maréchaux de France, établie pour le point d'honneur par Louis XIV, si toutefois l'opinion eût soutenu cette institution.
André, chapelain du roi de France, qui écrivait vers l'an 1170, cite les cours d'amour
Des dames de Gascogne, D'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne (1144, 1194), De la reine Éléonore, De la comtesse de Flandre, De la comtesse de Champagne (1174).
André rapporte neuf jugemens prononcés par la comtesse de Champagne.
Il cite deux jugemens prononcés par la comtesse de Flandre.
Jean de Nostradamus, _Vie des poètes provençaux_, dit, page 15: