Code galant, ou, Art de Conter fleurette
Part 3
Dans les deux sexes, c'est de la manière dont on a employé la jeunesse que dépend le sort de l'extrême vieillesse: cela est vrai de meilleure heure pour les femmes. Comment une femme de quarante-cinq ans est-elle reçue dans le monde? d'une manière sévère ou plutôt inférieure à son mérite: on les flatte à vingt ans, on les abandonne à quarante.
Une femme de quarante-cinq ans n'a d'importance que par ses enfans ou par son amant.
Une mère excelle dans les beaux-arts: elle ne peut communiquer son talent à son fils que dans le cas extrêmement rare où ce fils a reçu de la nature précisément l'ame de ce talent. Une mère qui a l'esprit cultivé donnera à son jeune fils une idée, non seulement de tous les talens purement agréables, mais encore de tous les talens utiles à l'homme en société, et il pourra choisir. Les jeunes gens nés à Paris doivent à leurs mères l'incontestable supériorité qu'ils ont à seize ans sur les jeunes provinciaux de leur âge.
D'après le système actuel de l'éducation des jeunes filles, tous les génies qui naissent femmes sont perdus pour le public.
Quel est l'homme, dans l'amour ou dans le mariage, qui ait le bonheur de communiquer ses pensées, telles qu'elles se présentent à lui, à la femme avec laquelle il passe sa vie? Il trouve un bon coeur qui partage ses peines, mais toujours il est obligé de mettre ses pensées en petite monnaie s'il veut être entendu, et il serait ridicule d'attendre des conseils raisonnables d'un esprit qui a besoin d'un tel régime pour saisir les objets. La femme la plus parfaite, suivant les idées de l'éducation actuelle, laisse son partner isolé dans les dangers de la vie, heureux lorsqu'elle ne finit pas par l'accabler d'ennui.
Quel excellent conseiller un homme ne trouverait-il pas dans sa femme, si elle savait penser! un conseiller dont, après tout, hors un seul objet qui ne dure que le matin de la vie, les intérêts sont exactement identiques avec les siens.
Une des plus belles prérogatives de l'esprit, c'est qu'il donne de la considération à la vieillesse. L'arrivée de Voltaire à Paris fait pâlir la majesté royale. Mais quant aux pauvres femmes, dès qu'elles n'ont plus le brillant de la jeunesse, leur unique et triste bonheur est de pouvoir se faire illusion sur le rôle qu'elles jouent dans le monde. Les débris des talens de la jeunesse ne sont plus qu'un ridicule, et ce serait un bonheur pour nos femmes actuelles de mourir à cinquante ans[12].
[12] M. de Stendhal.
Mais me voilà bien loin de Jean-Jacques, dont je voulais à toute force faire un précepteur d'amour. Sur les pas d'un non moins bon modèle, je me suis laissé entraîner à un sujet non moins intéressant, et force m'est de revenir sur mes pas.
C'est un art difficile que de plaire à une veuve. Habile à profiter de ses avantages, elle se tient toujours sur un _qui vive_ que justifie sa hasardeuse position; placée au milieu d'ennemis cruels et charmans, une veuve a toujours un grand empire sur elle-même et sur les autres; son expérience la sert bien mieux que ne pourrait faire l'innocente ignorance; et cette remarque vient encore à l'appui de notre opinion.
Au reste, il n'existe pas de femme capable de résister toujours aux occasions, à la persévérance, aux séductions de l'esprit et de la tendresse. Montaigne dit avec grande raison: «Oh! le furieux advantage que l'opportunité!» C'est, en effet, le meilleur allié de l'amour. Jeune ou vieille, belle ou laide, toute femme est charmée qu'on lui adresse de délicats hommages; si l'orgueilleuse résiste quelquefois plus long-temps qu'une chaste, elle est encore flattée dans sa vanité; elle ne se courrouce pas toujours si on lui désobéit par un excès d'amour; ce sentiment se justifie de lui-même; et, pardonné une fois, l'amant peut tout oser: les femmes s'attachent par les faveurs.
[Cul-de-lampe]
THÉORIES PHYSIOGNOMONIQUES.
«On nie la physionomie, et, en dépit de soi, on se trouve porté à croire qu'il y a quelque mérite sous un joli visage.»
(BOISTE, Dict.)
«Toi dont le coeur est fait pour la tendresse, Connais tout l'art du choix d'une maîtresse: Il veut des soins ingénieux, constans; Cherche, étudie et les lieux et les temps, Compare, oppose, et voit d'un oeil austère L'âge, les goûts, l'ame, le caractère....»
(BERNARD.)
C'est une déplaisante chose que les grands mots, et il faut en vérité compter un peu sur l'indulgence des lecteurs pour oser leur parler _physionomie_ et _sympathie_; et cependant il n'est aucun de ceux à qui ce petit ouvrage puisse tomber dans les mains, qui ne se livre chaque jour, même à son insu, à des observations du genre de celles que nous consignons ici. La jeune personne que l'on voit à la promenade, que l'on admire de prime-abord, dont on remarque la tournure et la grace, n'attire-t-elle pas par un charme sympathique? Et si, plus tard, on se retrouve au spectacle placé près d'elle, l'attention que l'on met à chercher son regard, à observer son geste, à écouter sa voix, à étudier son sourire, cette attention mélangée d'espérance et de curiosité, n'est-elle pas elle-même une étude physiognomonique?
Du moment où les hommes ont commencé de vivre en société réglée; aussitôt que, dans le choix d'une compagne, la douceur et le calcul ont chez eux remplacé la violence, un besoin nouveau a dû se faire sentir à leur esprit: c'était celui de connaître et d'apprécier les femmes, de deviner leur âge, leur caractère, leurs goûts, leurs qualités, leurs passions, leurs faiblesses; de savoir enfin si une conformité d'idées, d'habitudes et de moeurs pouvait assurer le bonheur d'une union durable.
Pour y parvenir, il leur a fallu d'abord étudier avec soin l'ensemble de la tournure et des traits, puis épier ensuite certains momens d'abandon, l'effet des impressions imprévues, quelques gestes et les mouvemens imprévus des affections diverses qui se retracent si vivement sur le visage de la femme, miroir mobile et fidèle de son ame. De là est née sans doute cette science, conjecturale d'abord, devenue certaine depuis, à l'aide de laquelle l'homme, initié en quelque sorte au mécanisme des passions, parvient à les combattre, à les démasquer, et souvent même les fait tourner à son avantage.
Notre but ici n'est pas de faire un traité de science aride ou de sévère morale: nous tracerons seulement quelques indications utiles et d'une application de tous les instans, en réunissant la plus grande partie des inductions à l'aide desquelles on peut se familiariser avec l'art si difficile de connaître les femmes. L'application et l'expérience modifieront sans doute pour chaque lecteur quelques unes de nos opinions: mais y a-t-il rien de général? Les graves professeurs disent que les règles se confirment par l'exception.
On tire des inductions physiognomoniques presque certaines des femmes d'après leur tournure, leur mise, les couleurs qu'elles préfèrent, leur marche, leurs mouvemens, les traits de leur visage, la texture des chairs, la voix, les gestes, les goûts dominans, d'après l'ensemble et enfin l'aspect de leur personne.
Les signes d'une seule partie du corps pris isolément n'ont beaucoup d'importance qu'autant qu'ils sont en convenance avec ceux des autres parties: en effet, tout le corps humain est un, et chaque symétrie a sa propre nature et ses dispositions particulières; on est frappé du rapport constant entre les divers membres, et la conformation d'un seul peut faire préjuger à coup sûr de celle de plusieurs autres.
Les divers organes doubles chez la femme, correspondent entre eux d'une manière frappante et exacte: ainsi, un joli pied dénote inévitablement une main petite et délicate; une jambe bien faite est un indice presque certain d'un joli bras, elle indique même l'élégance et l'harmonie de toutes les parties du corps. Quant aux organes intermédiaires et uniques, tels que le nez, la bouche, etc., il existe entre eux des relations sympathiques dont l'expérience démontre la justesse et dont les révélations piquantes ne sont pas un des moindres attraits de la science physiognomonique.
Le plus précieux avantage dont la femme puisse être favorisée, celui qui agit le plus puissamment sur l'imagination de l'homme, c'est la grace: elle l'emporte même sur la beauté. Une femme qui n'est que belle et bien faite excite l'admiration: le sentiment qu'inspire une gracieuse élégance a bien plus de vivacité et de douceur. Parmi les inductions physiognomoniques à l'étude desquelles il est bon de se livrer, nous placerons donc au premier rang _la tournure_.
DE LA TOURNURE, DES MOUVEMENS DU CORPS, ET DE LA MARCHE.
La tournure et les divers mouvemens du corps chez les femmes, lorsqu'elles marchent, présentent des signalemens certains pour la double connaissance du physique et du moral.
Les jeunes femmes qui se courbent habituellement en marchant, et dont les mouvemens sont contraints et ramassés, unissent à un caractère dissimulé un fond d'égoïsme; celles, au contraire, qui marchent franchement, dont les mouvemens sont larges et faciles, sont naturelles, généreuses et sincères.
La femme modeste marche les yeux baissés; la femme à forte passion a le pas délibéré, la tête haute. Les caractères tracassiers _trottent-menu_; une marche nonchalante, des mouvemens alourdis révèlent un caractère trompeur, un tempérament paresseux.
Des mouvemens brusques et fréquens sont le signe d'un caractère inconstant, inquiet et soupçonneux; la constance, la bonne foi, la discrétion, se trahissent par des mouvemens réguliers et posés, sans nonchalance. En général, une marche prompte et des mouvemens vifs annoncent chez une femme des passions fougueuses, de l'emportement dans l'esprit. Les naturels modérés ont des mouvemens réfléchis et pleins d'accord.
DE LA MISE ET DU CHOIX DES COULEURS.
On reconnaît encore au choix des vêtemens certaines parties du caractère chez les femmes. Les jeunes personnes, il est vrai, préfèrent le blanc et les nuances claires, tandis que les femmes d'un âge mûr choisissent des teintes foncées: rien de plus naturel, la jeunesse, au caractère gai, vif, sémillant, aime tout ce qui est brillant comme son humeur, tandis que la froide vieillesse recherche les nuances sombres et semble porter le deuil de l'énergie et du plaisir qui l'ont fuie; mais d'autres raisons déterminent la coupe des vêtemens, la manière de les porter, et ces raisons, on les trouve dans la tournure de l'esprit et dans la nature du caractère.
Ainsi, les femmes du Midi, plus actives que celles du Nord, aiment les vêtemens étroits et courts. Celles des départemens de l'Ouest, plus graves, plus réfléchies, portent des vêtemens amples et longs; celles de l'Est, qui pour la plupart mènent un genre de vie inactif et sédentaire, ont un costume très long et d'une coupe toute particulière. Cette différence notable de l'habillement des femmes dans les diverses parties de la France prend nécessairement sa source dans la diversité des caractères et des moeurs. En appliquant cette observation avec discernement, on doit tirer des inductions précises, et quoique la variété des costumes dans chaque ville soit bien légère, elle se trouve encore assez sensible pour révéler quelque qualité, quelque travers. Parmi vingt femmes on n'en voit jamais deux mises exactement de la même manière, et lorsqu'on veut étudier un caractère aussi léger que celui de la femme, il importe de ne rien négliger. La couleur d'une écharpe, la forme d'une collerette, la manière de draper un châle, tout doit préoccuper et fournir matière à observation dans la personne que l'on veut deviner avant de chercher à lui plaire.
DU RANG ET DE LA FORTUNE.
A voir passer une pension de jeunes demoiselles, l'observateur doit deviner le rang et la fortune de la famille à laquelle chaque jeune fille appartient. Il y a dans la marche, dans le regard, dans la manière quelque chose qui trahit la position sociale, indépendamment de la mise et de la beauté.
Dès la plus tendre enfance, la vanité et la richesse contractent une habitude de raideur, de protection qui demeure indélébile; la modeste aisance, l'honorable médiocrité, impriment un cachet de bienveillance, une allure d'honnêteté; la pauvreté, en rétrécissant les idées et les sensations, donne une timidité, une réserve méticuleuse, que ne peuvent effacer ni l'éducation ni le changement de situation. Il suffit d'une bien légère dose d'observation pour distinguer à la tournure la fille du banquier de celle du duc et pair, la femme du commis de celle de l'artiste.
DE LA VOIX.
Une voix haute et grave dénote une certaine ardeur amoureuse; une voix grêle et aiguë indique la froideur et l'égoïsme; une voix faible et criarde annonce une humeur irascible; une voix molle caractérise un naturel doux et sensible; la voix nasillarde, une mauvaise constitution; enfin la voix cassée témoigne chez les femmes qu'elles sont privées de la plus belle de leurs prérogatives, celle de devenir mères.
Un langage naturellement humble et tremblant, ou le parler arrogant et haut, sont des signes également caractéristiques.
Une parole prompte, mais bégayante, est le propre des esprits étourdis, précipités; l'excessive lenteur dans l'articulation des mots est une conséquence de la pesanteur de l'esprit.
Une élocution simple annonce chez une femme la pureté de caractère; celles qui grasseient sont ordinairement composées et mignardes; celles qui prononcent fortement les sons âpres et gutturaux sont égoïstes et intéressées.
On a dit avec esprit: «Parle afin que je te connaisse,» et Plutarque trouvait plus d'indications du caractère moral dans quelques mots lâchés sans réflexion, que dans les traits de la physionomie. Ces signes sont en effet rarement trompeurs, et l'on doit d'ailleurs remarquer que le sens des paroles d'une femme se trouve presque toujours en rapport avec la voix dont elle les prononce.
DU CHANT.
Rien n'indique mieux la disposition intérieure de la femme et son plus ou moins de penchant à la sensibilité que le genre de chant et le rhythme musical auxquels elle accorde la préférence. Ainsi, celles qui aiment les airs simples et graves annoncent un esprit réfléchi et ont dans l'imagination quelque chose de fin et d'élevé.
Les airs compliqués, chromatiques, à rhythme vif et bigarré, décèlent, dans la femme qui les chante de préférence un naturel ardent, inconséquent, étourdi. Quelque grave censeur citera peut-être à l'appui de cette observation la préférence que les grandes dames du noble faubourg accordent à l'Académie Royale-de-Musique, et l'ardeur dont les élégantes de la Chaussée-d'Antin et du quartier de la Bourse suivent les représentations des Bouffes. Les premières, en effet, admirent Gluck, vénèrent Sacchini; les autres raffolent de Rossini et de Weber.
Les femmes qui mettent le mode harmonique au-dessus de la mélodie annoncent moins de sensibilité que celles qui préfèrent cette dernière; au reste, il existe mille nuances révélatrices dans la manière dont plusieurs femmes disent le même air: chacune l'embellit et l'empreint de ses sensations et de ses sentimens.
La respiration, cette partie si importante de l'art du chant, mérite aussi l'attention sérieuse de l'observateur. On juge à une respiration faible, lente ou rare qu'une femme est délicate, timide ou froide; au contraire, une respiration pleine, prompte, sonore est le signe d'un tempérament sain et robuste.
DES GOUTS DIVERS.
Dans leurs affections, dans leurs préférences, dans leurs inimitiés, les femmes décèlent également leur caractère et leur naturel. Les coeurs simples aiment les enfans, tandis que les esprits sérieux se plaisent avec les vieillards.
L'esprit léger, la délicatesse de sentiment, se montrent dans le goût de la peinture et des fleurs.
Un vif amour pour de brillans spectacles, pour les ornemens de luxe, les décorations futiles, appartient à un naturel vain et entiché de préjugés.
Un esprit mâle s'annoncera dès l'enfance en préférant des jeux et des occupations propres à développer la force et les passions; un esprit faible ne fera jamais que des poupées.
De même que le diagnostic d'une complexion vigoureuse est d'aimer les alimens âpres, secs et grossiers, la recherche des friandises est l'indice d'un caractère tendre et d'une santé délicate. La femme qui préfère une nourriture succulente doit avoir l'esprit lourd; celle qui sera sensible et apte aux travaux de l'esprit recherchera les alimens maigres et végétaux.
Le goût pour des substances épicées, piquantes, pour les liqueurs spiritueuses, dénote un tempérament vif et violent; les alimens farineux, les boissons douces, sont préférés des caractères lents et des passions tendres.
L'usage des odeurs suaves annonce chez les femmes un penchant prononcé vers la volupté.
On a remarqué chez les femmes dont le goût est prononcé pour les liqueurs spiritueuses et les vins pétillans une grande franchise, de la générosité, une sorte de témérité; l'extrême sobriété, au contraire, est souvent le partage d'un caractère dissimulé et craintif. Les femmes qui, dans les grandes villes, à Paris surtout, ne font en général usage que d'eau pour boisson, fournissent rarement l'occasion de quelque remarque de ce genre. Heureux toutefois celui qui peut les surprendre et les juger dans ces momens où l'abandon fait percer le naturel et le dégage de feinte et d'apprêts.
DU STYLE.
Buffon a dit avec esprit et justesse, «Le style est l'homme même.»[13] On peut, en effet, se former une idée de ce qu'étaient nos grands écrivains en lisant leurs pages immortelles. Pascal, mélancolique, spirituel et profond, se peint dans ses écrits; à lire Fénélon, on devine son ame douce, sa figure noble et bienveillante; l'héroïsme de caractère, la sûreté du maintien, sont empreints dans P. Corneille et dans Bossuet; en lisant la correspondance de Voltaire on voit à nu son caractère, on saisit sa physionomie.
[13] Quintilien, avant lui, exprime ainsi la même idée: «César écrivait du même style dont il combattait.»
On lit quelque part: «Une femme qui écrit une lettre envoie son portrait.» Cela serait vrai si les femmes écrivaient toujours sans prétention; mais la plupart s'étudient à mettre l'esprit à la place du naturel: le sentiment ou l'abandon suffirait. Il faut être quelque peu observateur pour reconnaître, au milieu des lieux communs des finesses, des exagérations d'une lettre de femme, l'endroit où elle se trahit et dévoile son caractère avec sa pensée.
DES MOEURS ET DES OCCUPATIONS FAMILIÈRES.
C'est surtout dans les actions ordinaires, dans les actions quotidiennes de la vie que le naturel des femmes se décèle: alors, en effet, elles n'ont pas le loisir de s'apprêter, de se contrefaire; observées à l'improviste, elles se montrent vraies et telles qu'on voudrait toujours les voir. La liberté d'un repas, quelque occupation de la vie domestique, un élan subit d'obligeance ou de secours, témoignent les goûts dominans; chaque soin, chaque geste alors fait reconnaître une capacité.
La femme d'une humeur solitaire devient à la longue orgueilleuse ou chagrine: elle se plaira dans les exercices de dévotion; celle, au contraire, qui, fort jeune, aime déjà le monde, aimera plus tard la dissipation.
Les moeurs, chez les femmes, déterminent trop rarement le choix des études; leur éducation est soumise à trop de concessions, à trop de convenances; mais, dès leur entrée dans le monde, les goûts, les penchans qui ont été comprimés se développent. A ce moment, l'amour des lettres et des beaux-arts annonce un esprit juste, noble et élevé; celles qui préfèrent dans la musique l'harmonie à la mélodie; dans la peinture, le coloris à la composition; dans la poésie, le style au sujet, suivent plus l'impression de leurs sens que celle de leur ame. Elles sont pour l'ordinaire vives, dissipées et inconstantes; elles ont plus d'imagination que de jugement, plus d'esprit que d'instruction, car les femmes dont les goûts sont diamétralement opposés sont tendres, rangées, studieuses, naturellement réfléchies et concentrées en elles-mêmes.
Celui qui n'a pas vu une jeune fille au milieu de sa famille ne peut porter sur elle un jugement assuré; là seulement le naturel éclate sans contrainte, les goûts et les penchans se montrent à découvert.
DU VISAGE ET DE SES DIVERS TRAITS.
La beauté du visage n'est pas chez les femmes tout-à-fait de convention, ainsi qu'on le pense trop communément. Voltaire a dit: «Interrogez un crapaud sur le beau, il vous répondra que c'est sa crapaude avec ses gros yeux et sa peau gluante.» Le nègre doit faire son type de beauté noir comme lui sans doute; mais n'y a-t-il pas un état positif de perfection, de régularité, d'harmonie, d'organisation dans chaque espèce? Chacune n'a-t-elle pas sa beauté propre, indépendante de nos préférences et de nos préventions? La figure de la femme est le miroir des affections de son ame, il y a long-temps qu'on l'a remarqué; mais on n'a jamais assez insisté sur cette observation, que chacune des parties du visage donne plus directement l'indication d'un genre particulier d'affection.
Il serait utile de classer ces traits si révélateurs en trois régions, savoir:
1º Les yeux et le front.
Ayant des rapports plus intimes avec le cerveau, ils expriment principalement les sentimens de l'ame, de l'esprit et de la pensée.
2º Les joues et le nez.
Ils rendent les passions physiques et les émotions mimiques de la douleur et de la volupté.
3º La bouche et le menton.
Ils correspondent spécialement aux affections les plus secrètes, trahissent la pensée la plus déliée, le plus vague désir.
C'est par les yeux, ces lumières de l'ame, d'où jaillit l'éclair de la pensée, que brillent l'intelligence et le feu du génie. C'est dans l'expression des regards que se font lire les sentimens, que se peignent les volontés, que se manifestent les sensations. Le plaisir fait pétiller les yeux, le dépit les allume, la tristesse les abat, l'étonnement les fixe, la crainte les agite, le respect les abaisse, la tendresse les adoucit, la curiosité les ouvre, le courroux les enflamme et l'ennui les appesantit. Chez les femmes surtout, les sourcils ajoutent beaucoup à l'expression du caractère; on peut dire que la tristesse, la jalousie et le dépit les habitent. Les rides du front, heureusement si rares chez les femmes, marquent les agitations auxquelles leur coeur est en proie.
Ce qu'on appelle ordinairement physionomie spirituelle ou sotte se peint de préférence dans le haut du visage, les yeux, les sourcils et le front.
Les douleurs du corps et les sensations physiques se peignent également, quoique d'une manière bien diverse, par les mouvemens nerveux des joues et des coins de la bouche.
Enfin, le coloris de la physionomie, la rougeur de la honte, l'animation du désir, la pâleur de la crainte; le jeu des muscles gonflés dans la colère, relâchés dans l'abattement, suspendus dans l'étonnement, renversés dans le désespoir; le mouvement de la tête, penchée dans l'amour, tombante dans la tristesse, tendue dans le désir, élevée dans l'indignation: tout concourt, même par les traits les plus fugitifs, à peindre au vif les affections de la femme.
Ainsi, une impression fréquente se change chez elles en une sorte de nature, et les femmes qui sont souvent affectées par une passion vive contractent dans leur tournure et leur physionomie certains traits indicatifs de cette passion. Enclines qu'elles sont à quelque action vertueuse ou vicieuse, elles en saisissent l'air sans y penser, et cet air, en se modifiant dans toute leur personne, lui imprime un caractère particulier. Pour reconnaître cette sorte d'indice, il faut examiner les passions qui, le plus généralement, agitent le coeur d'une femme, ainsi que la manière dont ces passions agissent extérieurement sur elle.
Dans la joie ou le plaisir, le visage s'épanouit, la poitrine se développe, s'élargit en quelque sorte, toutes les sensations sont portées à l'extérieur.
Dans la tristesse ou le chagrin, tous les membres se retirent, le visage se renfrogne et la poitrine semble se rétrécir.