Part 20
Pour les preuves de ce travail de dépouillement des sources de Grégoire de Tours, je renvoie à mon étude intitulée: _les Sources de l'histoire de Clovis dans Grégoire de Tours_, parue à la fois dans la _Revue des questions historiques_, t. XLIV (1888), et dans le tome II du _Congrès scientifique international des catholiques, tenu à Paris du 8 au 13 avril 1888_ (Paris, 1889), ainsi qu'à mon _Histoire poétique des Mérovingiens_ (Paris-Bruxelles, 1893).
Pour la connaissance plus approfondie de Grégoire de Tours, lire: G. Monod, _Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne_, 1re partie. Paris 1872 (8e fascicule de la _Bibliothèque de l'école des hautes études_), et Arndt-Krusch, M. G. H., _Scriptores Rerum Merovingicarum_, t. I; Hanovre, 1884, (préface de la 1re et de la 2e partie de ce tome).
CHRONIQUE DITE DE FRÉDÉGAIRE
(Éd. Ruinart, à la suite de son _Grégoire de Tours_, Paris, 1699; Monod, dans la _Bibliothèque de l'école des hautes études_, fascicule 63, Paris, 1885; Krusch, M. G. H., _Scriptores Rerum Merovingicarum_, t. II, Hanovre, 1888)
La compilation historique que depuis Scaliger (1598) il est convenu, on ne sait pourquoi, de mettre sous le nom de Frédégaire, est l'œuvre de trois auteurs différents. La magistrale démonstration de cette vérité est due à Krusch, dans _Die Chronicæ des sogenannten Fredegar_ (_Neues Archiv der Gesellschaft für aeltere deutsche Geschichtskunde_, t. VII, 1882), dont la substance a passé dans la préface de l'édition de Frédégaire par le même savant. Selon Krusch, le premier de ces trois auteurs est un Burgonde qui, vers 613, a fait un résumé du _Liber generationis_ de saint Hippolyte, de la chronique de saint Jérôme et de celle d'Idacius; il y a ajouté la légende sur l'origine troyenne des Francs, et quelques menus faits empruntés à des _Annales burgondes_.
Le deuxième est un Burgonde d'outre-Jura qui, vers 642, a ajouté à cette compilation un résumé des six premiers livres de l'_Historia Francorum_ de Grégoire de Tours, sous le nom d'_Epitome_, et l'a fait suivre d'une continuation originale allant jusqu'à 642. C'est lui qui nous intéresse, tant à cause du résumé en question que des additions qu'il y a faites.
Le troisième enfin est un Austrasien dévoué à la famille carolingienne, qui, vers 658, a ajouté quelques chapitres, en particulier 84-88, destinés à glorifier ses héros.
Ces résultats viennent d'être en partie confirmés, en partie complétés ou rectifiés par M. G. Schnürer dans son ingénieuse dissertation intitulée: _Die Verfasser der sogenannten Fredegar-Chronik_, Fribourg en Suisse 1900, (fascicule 9 des _Collectanea Friburgensia_).
L'_Epitome_ de Frédégaire qui forme le livre III de la chronique dans l'édition de Krusch, est un résumé consciencieux, mais non toujours exact, des six premiers livres de Grégoire de Tours. Il s'y est glissé plus d'une bévue, et l'auteur a inséré des légendes puisées à la source populaire, qui amplifient le côté épique de certains récits. Dans l'ensemble, Frédégaire ajoute très peu de chose à l'histoire authentique de Clovis; mais il ne manque pas d'intérêt par rapport à son histoire poétique, pour laquelle il nous a conservé de précieux éléments.
Ranke a essayé de prouver, dans l'appendice du tome IV de sa _Weltgeschichte_, que l'_Epitome_ n'est pas un résumé de Grégoire, mais un texte original reposant sur la base d'un récit historique antérieur à la rédaction de l'_Historia Francorum_ de ce dernier. Dans cette hypothèse, Frédégaire, là où il s'écarte de Grégoire, mériterait plus de confiance que ce dernier. Je crois avoir réfuté d'une manière péremptoire cette bizarre et insoutenable opinion, dans mon étude intitulée: _l'Histoire de Clovis d'après Frédégaire_ (_Revue des questions historiques_, t. XLVII, 1890).
_LIBER HISTORIÆ_
(Éd. Dom Bouquet, _Recueil des historiens de Gaule et de France_, t. III; Krusch, M. G. H., _Scriptores Rerum Merovingicarum_, t. II, Hanovre, 1888).
Cet ouvrage, connu jusque dans ces derniers temps sous le titre de _Gesta regum Francorum_, que M. Krusch eût peut-être bien fait de lui laisser dans l'intérêt de la clarté, est l'œuvre d'un moine de Saint-Denis qui paraît originaire du pays de Laon ou de Soissons, et qui l'acheva en l'année 727. Un Austrasien, chaud partisan de la maison carolingienne, l'a remanié quelques années plus tard, et l'a en partie abrégé, en partie complété. L'ouvrage est, comme l'_Epitome_ de Frédégaire, un résumé des six premiers livres de Grégoire de Tours, continué par le récit des événements qui s'écoulèrent de 584 à 727. Le résumé, qui seul nous intéresse, n'est pas toujours exact, car l'auteur n'a pas toujours compris Grégoire; lui aussi est retourné puiser à la source populaire indiquée par l'évêque de Tours, et a ajouté à sa narration divers ornements légendaires. Il a visé encore à augmenter la précision géographique d'un bon nombre de renseignements donnés par ce dernier, et il les a complétés le plus souvent par conjecture. Comme Frédégaire, il n'ajoute rien à l'histoire réelle de Clovis; mais il nous sert à constater une nouvelle phase de son histoire poétique. Voir sur l'auteur et sur son ouvrage Krusch, dans la préface de son édition, et mon mémoire intitulé: _Étude critique sur le_ Gesta regum Francorum (_Bulletin de l'Académie royale de Belgique_, 3e série, t. XIII, 1889).
Le _Liber Historiæ Francorum_, confondu de bonne heure avec la chronique de Grégoire de Tours, est devenu, au moyen âge, et déjà chez Hincmar, la source de presque tous les auteurs qui se sont occupés des origines franques.
Les écrivains que nous avons à citer encore ne peuvent plus être regardés comme des sources de l'histoire de Clovis; tout au plus méritent-ils de nous intéresser en ce qu'ils nous montrent la manière dont cette histoire a été conçue au cours des temps, et les efforts consciencieux d'une érudition dépourvue de critique pour arriver à la reconstituer au moyen des matériaux dont on disposait. Sous ce rapport, la tentative la plus remarquable est celle d'Aimoin, moine de l'abbaye de Fleury-sur-Loire, qui vivait encore en l'an 1008, et duquel nous possédons plusieurs ouvrages, tels que les livres II et III (en partie) des _Miracles de Saint Benoît_ (éd. de Certain, Paris, 1857), ouvrage écrit en 1005, et la _Vie d'Abbon de Fleury_, fragment d'une histoire inachevée de l'abbaye de ce nom (Mabillon, _Acta Sanctorum O. S. B._, t. VI). Avant ces deux ouvrages, Aimoin avait écrit son _De Gestis regum Francorum libri IV_, à la demande de son abbé Abbon (1004), auquel il l'a dédié. L'ouvrage, qui devait aller jusqu'à Pépin le Bref, est interrompu à la seizième année du règne de Clovis II (653). C'est un travail de compilation, dans lequel il a fondu tout ce qu'il a pris dans les meilleures sources, à savoir, Grégoire de Tours, Frédégaire, le _Liber Historiæ_ et autres. On n'y trouve naturellement rien de nouveau, mais on devra y constater une mise en œuvre qui ne manque pas d'intérêt, et le premier essai sérieux d'une histoire de France. L'ouvrage d'Aimoin nous est conservé en deux versions: l'une, qui représente son travail original, se trouve éditée par A. Duchesne, t. III, et par Dom Bouquet, t. III. L'autre, interpolée et continuée jusqu'en 1165, contient, au livre I, l'épitaphe de Clovis attribuée à saint Remi. La meilleure notice que nous possédions sur cet intéressant écrivain est toujours celle de l'_Histoire littéraire_, au tome VII.
Roricon est beaucoup moins connu qu'Aimoin, et mérite moins de l'être. Il paraît avoir été prieur de Saint-Denis, à Amiens, vers l'an 1100, et il est auteur d'un _Gesta Francorum_ en quatre livres allant depuis les origines de la nation jusqu'à la mort de Clovis, en 511. Il ne fait guère qu'amplifier le _Liber Historiæ_ et certains épisodes légendaires de Frédégaire. Il ne faut pas prendre ses préfaces idylliques pour autre chose que des fictions littéraires. La seule chose qui lui appartient en propre, c'est d'avoir placé à Amiens la capitale de Clodion et de Childéric; mais cette hypothèse, que nous avons rencontrée ci-dessus, t. I, p. 183, note, et p. 220, ne sert qu'à nous faire connaître le séjour de Roricon lui-même. Son œuvre a été publiée par A. Duchesne, t. I, et par dom Bouquet, t. III. La meilleure notice sur cet auteur est toujours celle de l'abbé Lebeuf dans les _Mémoires de l'Académie des Inscriptions_, t. XVII (1751).
Il est inutile de continuer cette énumération. L'histoire des Mérovingiens gardera à travers tout le moyen âge la forme que lui ont donnée le _Liber Historiæ_ et Aimoin, et tous les auteurs qui l'étudieront la raconteront d'après eux. Les _Chroniques de Saint-Denis_ ne sont, pour la période qui nous occupe, que la traduction d'Aimoin. Sigebert de Gembloux, Hermannus Contractus, Otton de Frisingue et tous les autres chroniqueurs ayant quelques vues générales se bornent à copier ces sources de seconde main, fidèlement mais servilement. Le premier progrès de la science historique, ce fut de percer la couche sous laquelle a été enterrée la vraie source, qui est Grégoire de Tours, et de faire de nouveau jaillir ses informations originales dans l'historiographie. Le second, auquel je crois avoir contribué, consiste en ce qu'au lieu de reproduire simplement Grégoire de Tours, on s'est informé de ses sources à lui, et qu'on a tâché de se rendre un compte exact de la valeur respective de ses divers renseignements. Une histoire scientifique de Clovis ne pouvait pas être écrite avant que ce travail fût terminé.
§ II.--VIES DE SAINTS
Nous sommes obligés de faire une classification à part pour les nombreuses vies de saints dont les héros ont été en rapports réels ou fictifs avec Clovis. L'intérêt et la valeur de ces documents sont fort variables, selon le degré de leur authenticité, et aussi selon la nature des relations qui y sont consignées. On trouvera ci-dessous, rangées par ordre alphabétique de sujets, les notices que je leur ai consacrées. L'ordre adopté n'est certes pas le plus scientifique: j'eusse de beaucoup préféré les ranger d'après la date des documents, si celle-ci était connue pour tous, ou encore d'après la place que les divers saints prennent dans l'histoire de Clovis, si cette place était vraiment attestée par l'histoire. Je crois n'avoir omis aucun document. Ma liste est plus complète que celle de dom Bouquet, III, 369-405. Je ne me suis d'ailleurs pas contenté des extraits de dom Bouquet, mais mon étude critique a porté sur les textes entiers. Le travail ci-dessous, sans être original, est toujours personnel, et les indications sont tenues au courant de la science.
SAINT ARNOUL DE TOURS (18 juillet)[362].--Le texte le plus ancien de la vie de saint Arnoul de Tours est celui que les Bollandistes ont publié dans le _Catalogus codicum hagiographicorum... bibliothecæ Parisiensis_, t. I, pp. 415-428, et dont celui des _Acta Sanctorum_ n'est qu'un résumé. Cette histoire de saint Arnoul n'est qu'un roman pieux, qui semble dépourvu de tout fondement historique; elle contient un tissu d'invraisemblances et de fictions manifestes. Le _Translatio sancti Arnulfi_ (_Analecta bollandiana_, t. VIII, p. 97) augmente encore le caractère légendaire de la vie, en identifiant l'évêque Patrice, oncle de sainte Scariberge, qui est la femme d'Arnoul, avec saint Patrick, apôtre de l'Irlande. Il est d'ailleurs inutile d'ajouter que les diptyques de l'Église de Tours ignorent absolument le nom d'Arnoul. (Voir Mgr Duchesne, _les Anciens catalogues épiscopaux de la province de Tours_; Paris, 1890.)
[Note 362: Les dates marquées entre parenthèses à la suite des noms des saints sont celles de leur fête; on les trouve sous ces dates dans le recueil des Bollandistes; _S. R. M._ désigne le recueil des _Scriptores Rerum Merovingicarum_, éd. B. Krusch, qui contient aux tomes II et III un bon nombre de vies de saints du sixième siècle.]
SAINT CÉSAIRE D'ARLES (27 août).--Sa vie se trouve dans Mabillon, _Acta Sanctorum O. S. B._, t. I, dans les Bollandistes, _Acta Sanctorum_, t. VI d'août (1743), et dans _S. R. M._, t. III. Écrite par ses disciples quelques années après sa mort (pas après 549) et dédiée à sa sœur l'abbesse Césarie, elle est divisée en deux livres, dont le premier, de beaucoup le plus important, est le seul qui intéresse l'histoire de Clovis. Ce livre premier a pour auteurs les évêques Cyprien de Toulon et Firmin d'Uzès, sans compter un inconnu du nom de Viventius. Il y a peu d'écrits hagiographiques de cette valeur; il mérite une entière confiance, et il nous a raconté, dans un tableau plein de vie, l'épisode le plus intéressant de la guerre de Provence, faite par le fils de Clovis aux lieutenants de Théodoric. Saint Césaire a trouvé de nos jours deux biographes de valeur: ce sont C. F. Arnold, _Cæsarius von Arelate und die gallische Kirche seiner Zeit_, Leipzig, 1894, et l'abbé Malnory, _Saint Césaire, évêque d'Arles_, Paris, 1894, (103e fascicule de la _Bibliothèque de l'École des Hautes Études_.)
SAINTE CLOTILDE (3 juin).--La vie de sainte Clotilde (Mabillon, _Acta Sanctorum O. S. B._, t. I; _Acta Sanctorum_ des Bollandistes, t. I de juin; _S. R. M._, t. II) n'a guère été écrite que vers le dixième siècle, à preuve la légende de la sainte Ampoule, qu'elle emprunte, en l'amplifiant encore, à la vie de saint Remi par Hincmar, et une allusion à la filiation mérovingienne de Charlemagne et de ses descendants. La partie purement biographique de ce texte n'est qu'une reproduction du _Liber Historiæ_; mais, ce qui lui donne de l'intérêt, c'est qu'il a conservé un certain nombre de traditions relatives à des fondations d'églises par sainte Clotilde. Bien qu'on ne puisse revendiquer pour toutes ces traditions un caractère de rigoureuse authenticité, leur âge et leur accent de sincérité les rend hautement respectables, et je n'admets pas le jugement sommaire de M. Krusch écrivant au sujet de l'auteur: _Omnes quas novit sancti Petri ecclesias gallicanas a Chrotilde vel constructas vel ampliatas esse finxit_. M. Krusch oublie que l'immense majorité des églises du haut moyen âge était dédiée à saint Pierre, tantôt seul, tantôt associé aux autres apôtres, et qu'il n'est pas étonnant que quatre ou cinq fondations connues de Clotilde soient sous son patronage. Il y a quantité de vies modernes de sainte Clotilde, mais, reposant toutes sur des données légendaires, elles n'ont plus aujourd'hui aucune valeur. Celle que j'ai écrite moi-même pour la collection _Les Saints_ (_Sainte Clotilde_, Paris, 1897), a rencontré deux espèces de contradicteurs: ceux qui, comme M. l'abbé Poulain, étrangers à la méthode critique et à la bibliographie du sujet, ont ignoré que les légendes racontées par Grégoire de Tours sont définitivement rayées de l'histoire, et ont cru pouvoir les raconter une fois de plus d'après lui, (_Sainte Clotilde_, Paris, 1899), et ceux qui refusent à l'historien le droit de reconstituer une physionomie d'après les quelques traits qui en restent, en s'aidant des indications fournies par ceux-ci et des lois psychologiques.
SAINT DIÉ, solitaire à Blois (24 avril).--La vie de saint Dié, en deux rédactions dont la plus développée est, comme d'ordinaire, la plus récente, veut que Clovis ait recherché ce saint lors de son expédition contre les Visigoths, se soit recommandé à ses prières, et, à son retour victorieux, lui ait fait des libéralités en terres et en argent, _sigillo suo largitate communita_, dit-elle au sujet de la donation en terres. Le saint aurait fondé un monastère, et sur son tombeau aurait surgi une église qui, détruite par les flammes, aurait été rebâtie sous Charles le Chauve. On avait oublié la date de sa mort; selon l'hagiographe, elle fut révélée en songe à l'abbé Blodesindus. Ce document, en ce qui concerne la partie relative à Clovis, semble s'inspirer de la vie de saint Solein, dont on gardait le corps à Blois; il mentionne même ce saint et rappelle qu'au moment où Clovis fit la connaissance de Dié, il n'était encore que le catéchumène de l'évêque de Chartres.
SAINT ÉLEUTHÈRE DE TOURNAI (20 février).--Les documents relatifs à ce saint ont été publiés par les Bollandistes dans les _Acta Sanctorum_ au tome III de février, et reproduits d'après eux par Ghesquière, _Acta Sanctorum Belgii_, t. I. La plus ancienne rédaction de sa vie serait, d'après Henschenius, antérieure aux invasions des Normands. La seconde, qui contient et qui continue la première, est d'un auteur qui se dit contemporain de Hédilon, évêque de Noyon-Tournai (880-902). C'est dans cette dernière que se trouve le récit de la confession faite par Clovis à saint Éleuthère, avec quantité d'autres épisodes invraisemblables. La valeur historique de cet ouvrage est très faible, quoi qu'en dise Ghesquière, _o. c._, p. 453. On en jugera par ce seul fait que, dans les deux rédactions, le saint est donné comme contemporain à la fois de Dioclétien et de Clovis!
SAINT EPTADE (24 août).--Sa vie est dans les _Acta Sanctorum_ des _Bollandistes_, au t. IV d'août (lire le commentaire de Cuperus) et dans les _S. R. M._, t. III. Ce document, bien que le texte en soit fort corrompu, présente divers caractères de bonne ancienneté, et le récit paraît bien reposer sur une base historique. C'est l'opinion de Pétigny, _Études sur l'histoire, les lois et les institutions à l'époque mérovingienne_, t. II, p. 647, de Binding, _Das Burgundisch-Romanische Kœnigreich_, pp. 188 et 196, de Lœning, _Geschichte des deutschen Kirchenrechts_, t. II, p. 176, de Kaufmann, _Forschungen zur deutschen Geschichte_, t. X, pp. 391-395, d'Arnold, _Cæsarius von Arelate_, p. 242, et de Mgr. Duchesne, _Bulletin critique_, 1897, pp. 451-455. Binding, _o. c._, est le premier qui en ait constaté la valeur historique. A. Jahn, _Die Geschichte der Burgundionen und Burgundiens_, t. II, pp. 106-112, a essayé vainement de contester l'authenticité de ce document. M. Krusch, qui fait sienne la démonstration de Jahn en y ajoutant de nouvelles considérations, n'est pas plus heureux dans la préface qu'il a mise en tête de la Vie (_S. R. M._, t. III) et dans une dissertation du _Neues Archiv._ (t. XXV, pp. 131-257) en réponse à l'article ci-dessus mentionné de Mgr Duchesne. Ses deux raisons sont: 1º que le _Vita_ fait du saint un évêque-abbé, dans l'intention d'arracher son monastère à la juridiction de l'évêque, alors que c'est seulement à la fin du septième siècle que la Gaule a connu ce genre de dignitaires; 2º que le passage du _Vita_, c. 6: _Erat beatissimus vir totius prudentiæ, in sermone verax, in judicio justus, in consiliis providus, in commissu fidelis, in interventu strenuus, in veritate conspicuus et in universa morum honestate praecipuus_ est emprunté à Grégoire de Tours, _Historia Francorum_, II, 32, où il est dit d'Aredius: _Erat enim jocundus in fabulis, strenuus in consiliis, justus in judiciis et in commisso fidelis_. A quoi l'on peut répondre: 1º que nulle part le _Vita_ ne parle de saint Eptade comme d'un abbé, et que l'accusation d'avoir voulu étayer l'immunité du monastère de Cervon sur la double qualité revendiquée pour le fondateur s'évanouit devant cette simple constatation; qu'au surplus, même dans l'hypothèse que le biographe aurait considéré le saint comme le premier abbé de Cervon, l'intention qui lui est prêtée est absolument chimérique, attendu que c'est en qualité d'évêque d'Auxerre, élu canoniquement, et non d'évêque-abbé qu'il figure ici. Quant au second point, l'identité d'une formule probablement très répandue dès le sixième siècle ne prouve rien, d'autant plus que le texte du _Vita_ est fort défiguré et que M. Krusch lui-même l'appelle _einen ausnehmend verzweifelten Fall von Textcorruption_ (_o. c._, p. 157). Il faudrait d'autres arguments pour démentir l'auteur, qui dit formellement au c. 14 qu'il fut un contemporain du saint et qui insinue au c. 22 qu'il fut son familier (_qui erat illi familiaris, quem nominare necesse non est_).
Il y a quelques années, M. A. Thomas, dans un article intitulé: _Sur un passage de la Vita sancti Eptadii_ (_Mélanges Julien Havet_, Paris, 1895, pp. 593 et suivantes), a discuté l'interprétation du passage du _Vita Eptadii_ qui est relatif à l'histoire de Clovis. Il ne veut pas y lire le nom de la Cure (_Quoranda_) mais celui du Cousin (_Quossa_), son affluent.
Je lui emprunte le texte de ce passage d'après les deux manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, parce qu'il a été défiguré d'une manière fort arbitraire par les conjectures de M. Krusch dans l'édition des _S. R. M._
Ms. 17002, fonds latin. Ms. 3809, fonds latin.
Eodem tempore quosse ad Eodem vero tempore ad fluvium fluvium quorundam pacis mediante quendam pacis mediante concordia duorum regum concordia duorum regum potencia, supersticiosa complexa potentia id est Burgundionum et id est Burgondionum genus et Francorum, convenit ac regem Francorum hec rege Gundobado Gondebadum precellentissimus precellentissimus rex Francorum rex Francorum Clodoveus suppliciter Clodoveus suppliciter exoravit exoravit ut beatissimum ut hunc beatissimum virum virum Dei Eptadium civitati sue Dei Eptadium civitatis sue Autissiodorensi concederet antistitem autisiodorense prestaret antestitem ordinandum. ordinandum.
On trouve de bons renseignements sur le culte local de ce saint dans Henry, _Vie de saint Eptade_, Avallon, 1863.
SAINTE GENEVIÈVE DE PARIS (3 janvier).--Cette vie a été diverses fois rééditée depuis 1643, qu'elle a paru dans le 1er volume des _Acta Sanctorum_ des Bollandistes. Trois éditions critiques en ont paru coup sur coup dans les vingt dernières années: celle de M. Ch. Kohler (_Etude critique sur le texte de la vie latine de sainte Geneviève de Paris_, dans le 48e fascicule de la _Bibliothèque de l'École des Hautes Études_, Paris, 1881), celle de M. l'abbé Narbey (_Quel est le texte de la vie authentique de sainte Geneviève? Étude critique suivie de sa vie authentique et de la traduction_, dans le _Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Paris_, 1884), et enfin celle de M. Krusch dans _S. R. M._, t. III, 1896. Ces savants sont totalement en désaccord sur le point de savoir comment il faut établir le texte de la vie. M. Kohler, qui en a étudié vingt-neuf manuscrits, les classe en quatre familles dont la première représente, selon lui, le texte le plus ancien, diversement interpolé ou altéré dans les trois autres familles. Selon M. Narbey, au contraire, suivi par M. Krusch, le plus ancien se retrouverait dans les manuscrits de la seconde famille de M. Kohler, et c'est d'après ceux-ci, dont le nombre est porté à treize par les recherches de M. Krusch, que ce dernier, comme M. Narbey lui-même, a établi son texte. Cette discussion n'est pas close d'une manière définitive, car, comme le fait remarquer Mgr. Duchesne, rien n'empêche que les manuscrits de la deuxième famille Kohler, tout en présentant un texte moins altéré au point de vue de la langue et de l'orthographe, ne fût-ce que parce qu'ils sont en général plus anciens, aient été d'autre part l'objet des interpolations dont les manuscrits de la première famille Kohler sont exempts d'après ce dernier éditeur. On ne peut donc pas dire que malgré tous les travaux sur ce document hagiographique, nous soyons aujourd'hui en possession d'une édition définitive. MM. Kohler et Krusch ont d'ailleurs mis parfaitement en lumière, chacun dans un sens opposé, les indices qui plaident en faveur de l'antériorité de l'une et de l'autre des deux familles.