Claude et Juliette

Chapter 3

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--Diable! le moment n'est pas favorable. Il y a des dames. Pasithéa, c'est notre ami Claude, celui qui a fait ton portrait et qui s'est fait sabrer pour toi. Veux-tu le recevoir.

--Y penses-tu? dit Juliette.

--Parbleu! si j'y pense. Tu es charmante en bonnet de nuit, et Claude sera bien aise de te voir.»

Claude reconnut la voix de celle qu'il aimait. Il sortit, la mort dans l'âme, sans dire un mot à Buridan. Il alla à Vincennes, et de là à Passy. Il rentra chez lui sans pouvoir apaiser la fièvre qui le dévorait. Il haïssait Juliette, et Buridan, et lui-même, et toute la nature. Il était tenté de les tuer tous les deux, mais sa douceur naturelle reprit le dessus. Après tout, pensa-t-il, aucun des deux n'est cause de mon malheur. Pourquoi ai-je aimé celle qui ne pouvait pas m'aimer? Je le savais d'avance; j'ai dû m'y résigner. Le mal est en moi, et non ailleurs. Tant que je vivrai, je serai malheureux; mourons donc.

Ayant résolu de se tuer, il chargea son pistolet, et écrivit à Juliette la lettre suivante:

«Juliette, je vous aimais, et vous êtes la maîtresse d'un autre! Quand vous recevrez ce billet, je serai mort. Adieu!»

Il cacheta ce billet, le porta lui-même à la poste, et l'affranchit avec un sang-froid singulier. En rentrant, il s'assit, appuya sur son coeur le canon du pistolet, et fit feu. La balle traversa le coeur. Claude mourut sur le champ.

Le soir, Juliette, assise près de Buridan, lut tout haut la lettre funèbre, et poussa un cri. Buridan courut chez son ami. On lui montra le corps inanimé du malheureux peintre. Le testament de Claude était ainsi conçu:

«Je lègue ma fortune, qui se compose de vingt mille francs, à Châteauroux, ma ville natale. Je désire que le conseil municipal fasse construire un grand gymnase gratuit, destiné à développer dans le peuple la force et la beauté du corps, qui sont si nécessaires au bonheur et à la tranquillité de l'âme.»

Deux mois après la mort de Claude, Juliette, abandonnée par Buridan, revenait tristement à Passy.

«Ah! si j'avais pu aimer Claude, disait-elle à sa tante, je ne serais pas si malheureuse aujourd'hui.»

Claude eut tort de se tuer. Tôt ou tard, il aurait oublié Juliette; il aurait aimé et on l'aurait aimé. «Toute âme est soeur d'une âme.»

FIN