Chroniques de J. Froissart, tome 08.2/13
Part 26
§ =688=. Ensi et de pluiseurs.--_Ms. d’Amiens_: Depuis ne demoura guaires de tamps que li roys englès ordonna et pria au comte Jehan de Lennebrucq d’aller avoecq les dessus dis chevaliers ens ou pays de Poito et de Saintonge, pour garder les frontierres contre les Franchois, liquelx comtes à l’ordonnanche dou roy obeï et descendi vollentiers et emprist liement le voiaige à faire. Avoecques le dit comte furent nommet chil qui iroient: premierement, messires Othe de Grantson, banereth et riche homme durement, messires Robers Tuifort, messires Jehans Courson, messires Jehan de Gruières, messires Thummas de Saint Aubin, messire Simons Housagre, messires Jehans de Mortain, messires Jehans Touchet et pluisseurs autres bon chevalier et escuier, tant qu’il furent bien deus cens hommes d’armes et otant d’archiers, et fissent leurs pourveanches tout bellement et à grant loisir de tout ce qu’il leur besongnoit, et leur fist li roys delivrer une grande somme de florins pour gagier et paiier un an tout entier trois mil combatans; puis se departirent dou roy li dessus dit seigneur, quant il eurent pris congiet à lui, et se missent au chemin et s’en vinrent à Hantonne. Là sejournèrent il en ordonnant et regardant à lors pourveances et en cargant leurs vaissiaux et en atendant le vens plus de trois sepmaines. Et quant il eurent tout cargiet et ordonné, et le vent pour yaux, il entrèrent en leurs vaissiaux, et puis se desancrèrent: si se partirent des mettes d’Engleterre, et singlèrent par deviers Poito et le Rocelle. Fº 178 vº.
P. 36, l. 12 et 13: que li rois... d’Angle.--_Ms. A 8_: que monsigneur Guicart avoit faite au roy.
P. 36, l. 15: gagier.--_Ms. A 8_: paier.
P. 36, l. 19: XVIIe.--_Ms. A 8_: XVIe.
P. 36, l. 24: sçai par.--_Ms. A 8_: sçai comment ne par.
P. 36, l. 28: mainbour.--_Ms. A 8_: meneur.
P. 37, l. 5: breteschies.--_Ms. A 8_: bretanchées. Fº 347 rº.
P. 37, l. 7: Boukenègre.--_Ms. A 8_: de Boukenègre.
P. 37, l. 8 et p. 41, l. 3: Pyon.--_Ms. A 8_: Piou.
P. 37, l. 12: venir et ariver.--_Ms. A 8_: venir.
P. 37, l. 13: à l’ancre.--_Ms. A 8_: et ancrez.
P. 37, l. 18: calengièrent.--_Ms. A 8_: destourbèrent.
P. 38, l. 1: amiroient ne.--_Ms. A 8_: doubtoient et.
P. 38, l. 2: atendant.--_Ms. A 8_: afendant.
P. 38, l. 3: trairie.--_Ms. A 8_: crierie.
P. 38, l. 10: si grans.--_Ms. A 8_: grans.
P. 38, l. 14: malement.--_Ms. A 8_: mout malement.
P. 38, l. 16: et proèce remoustrées.--_Ms. A 8_: et remoustrée proèce.
§ =689=. A ce que je oi.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps avoit li roys Henris d’Espaigne, à le priière et requeste dou roy de France, mis sus mer une grosse armée d’Espagnols et de Chatelains, liquel estoient droite gens d’armes sus le mer de grant fait et de hardie emprise. Et estoient li dit Espagnol pourveu de trèse grosses gallées touttes armées et fretées, et gisoient à l’ancre devant le Rocelle, et avoient ja jeu plus d’un mois, fors tant que chiés de fois il waucroient sour les frontières de Poito pour veoir et savoir s’il trouveroit nullez aventures; mès de touttes les marées il revenoient par droite ordonnanche gesir devant le Rocelle, et se tenoient là à l’entente que pour atendre et combattre lez gens d’armes que messires Guichars d’Angle devoit amener ou pays. Si estoient patron de ceste navie Ambrose Boukenègre, Cavesse de Vake, dan Ferant de Pion et Radigo de la Rosele. En tout le royaume d’Espaigne, de Seville, de Ghalisce et de Portingal ne pewist on recouvrer de quatre milleurs amiraux ne patrons pour gouvrenner une grosse navie sus mer, et estoient chil bien pourveu de grant fuison de bons combatans et de droite gent d’eslite. Bien les veoient chil de le ville de le Rocelle et messires Jehans Harpedane, qui estoit pour le temps senescaux de le Rocelle, mès point ne les aloient combattre; et avint que li comtes de Pennebruc dessus nommés et messires Ghuichars d’Angle et leur navie nagièrent tant par mer, en costiant Normendie et Bretaingne et yaux adrechant pour venir en le Rocelle, qu’il aprochièrent les mettes dou pays et trouvèrent à leur encontre celle grosse navie d’Espaingne. Adont seurent il bien qu’il les couvenoit combattre: che fu l’avant vegille de le nuit Saint Jehan Baptiste, l’an mil trois cens settante et deus.
Quant li comtes de Pennebrucq et li chevalier qui là estoient en se compaignie, perchurent le navie des Espagnolx qui estoient en leur chemin, et ne pooient nullement venir ne ariver en le Rocele ne passer fors que parmy yaux, et le virent si grande et si grosse et pourveue de si gros vaissiaus enviers les leurs, si ne furent mies bien aseguret. Nonpourquant, comme bonnes gens, il s’armèrent tost et appertement, et fissent sonner leur trompettes et mettre leurs bannièrez et leurs penons hors avoecq ceux de Saint Jorge, et moustrèrent bon visaige, et requeillièrent et missent enssamble tous leurs vaissiaux, petis et grans, et aroutèrent leurs archiers tout devant, et pooient y estre quatorse nefs parmy leurs pourveanches. D’autre part, li Espagnol qui mout les desiroient à combattre, si trestos comme il les virent nestre ne approcier, il s’armèrent et ordonnèrent, et missent leurs bannières et leurs pennons de Castille hors, et fissent sonner lors trompettes et aller touttes mannières de gens à leur gardes, et montèrent amont as cretiaux et as garittes de leurs vaissiaux qui estoient bien breteskiés, et targièrent et paveschièrent tous leurs rimeurs, dont en chascune gallée avoit grant fuison, et s’estendirent tout au lonch affin que li Englès ne les pewissent fuir ne eslongier. Et quant il se furent enssi ordonné, comme gent de bon et grant couvenant, li quatre patron dessus nommet, dont chascuns estoit en une gallée par soi et entre ses gens, se missent en frontière tout dentre et aprochièrent les Englès vistement et radement. D’autre part, li Englès qui estoient tout comforté de le bataille, car combattre les couvenoit et atendre l’aventure ne ilz ne pooient fuir d’entre yaux ne reculler, ne ossi il n’ewissent daigniet, aprochièrent moult bellement et moult ordonneement. Si trestost que il furent li ung devant l’autre, comme gens de guerre et ennemy, sans noyent parlementer, il se commencièrent à envaïr, à atraire et à lanchier vistement et fortement. Là s’acquitoient li archier d’Engleterre souffisamment au traire, et estoient sour les bors de lors nefs, et traioient si roidement et si ouniement c’à painnes se pooit ne osoit nuls amoustrer. D’autre part Espagnol et Chateloing, qui estoient bien pavesciet et à le couverte en leurs vaissiaux, lanchoient dars et archigaies si trenchans, que qui en estoit à plain cop consieuwis, c’estoit sans remède: il estoit mors ou trop villainnement navrés. Che premier jour tournièrent il enssi en lanchant et escarmuchant, en jettant pierres et en traiant, dont il en y eut des uns et des autres pluiseurs ochis et navrés, tant que li marée dura et que li aige ne leur falli, car li mers seloncq son usage se retraiioit. Si couvint retraire les Englès, mais à ce premier estour il perdirent quatre nefs de leurs pourveanches, que li Espagnol conquissent sus yaux et encloïrent au departement dou hustin entre yaux, et furent mort et noiiet et jetté à bort le plus grant partie de ceux qui dedens estoient: tout che veoient leur mestre et leur signeur qui devant yaux estoient, mès amender ne le pooient. Fºs 178 vº et 179 rº.
P. 38, l. 28: ens ou.--_Ms. A 8_: au.
P. 39, l. 18: Harpedane.--_Ms. A 8_: Hardane. Fº 347 vº.
P. 39, l. 21: Cauderier.--_Ms. A 8_: Chauderon.--_Ms. B 1_: Chaudouvrier.
P. 39, l. 23 et p. 40, l. 9: kay.--_Ms. A 8_: gué.
P. 39, l. 32: peuist.--_Ms. A 8_: sceust.
P. 40, l. 1: en le.--_Ms. A 8_: dedens la.
P. 40, l. 10: naviier.--_Ms. A 8_: nager.
§ =690=. Quant ce vint.--_Ms. d’Amiens_: Enssi sus heure de vespres au retrait dou flos et que li wèbes leur falli, se departi li bataille, et retournèrent à l’ancre li Englès tous courouchiés, c’estoit bien raison; car il avoient ja perdu grosement jusques à quatre vaissiaux de lors pourveanches et les gens qui dedens avoient estet trouvé, et d’autre part li Espagnol se missent à l’ancre tout joieant, qui se tenoient tout comforté que à l’endemain il aroient le demorant. Moult estoit li tamps et li airs quois et seris, et ne faisoit point de vent. Si eurent che soir et le nuit enssuiwant li signeur d’Engleterre tamainte ymagination comment il se poroient maintenir et deduire contre ces Espagnolz, car point ne se veoient en jeu parti contre yaux, dont il n’estoient miez à leur aise. D’autre part, nullement il n’en pooient venir ne ariver à le Rocelle, car leurs nefs estoient trop grandes, et li aige trop basse, car c’estoit sus le decours de le lune; si n’avoit li mers point de force. Bien avoient des batiaux en leurs nefs et qui les siewoient, ens es quels li chevalier se pewissent bien estre mis, se il volsissent, et venir à rime jusques au kay de le Rocelle, mès il doubtoient le peril; car il ne pooient passer fors parmy leurs ennemis qui avoient ossi otelle pourveance de barges et de batiaux, et estoient tout enfourmé de ce fait; et au passer devant ou dalés lors ghalées, chil qui seroient d’amont leur jetteroient pierres et barriaux de fer et leur effonderoient leurs batiaux: si seroient perdu d’avantaige. Dont à yaux mettre en ce parti il n’estoient point d’acort; ossi dou retourner ne de prendre le parfont, il n’y veoient ne prouffit ne honneur pour yaux, car sitost que li Espagnol les veroient fuir, yaux qui ont leurs gallées armées et pourvewez de grant fuisson de rimeurs, leur seroient mout tost au devant, et les aroient à vollenté avoecq le blamme et le reproce qu’il aroient du fuir. De quoy, tout consideret et peset le bien contre le mal, il dissent que il atenderoient l’aventure de Dieu et se combateroient à l’endemain, tant qu’il poroient durer, et se venderoient plus chier que oncques gens ne fissent, siques sus ce pourpos et avis il s’arestèrent, et passèrent le nuit au plus biel qu’il peurent.
P. 40, l. 19: tous li wèbes.--_Ms. A 8_: la marée.
P. 40, l. 30: et se.--_Ms. A 8_: et.
P. 41, l. 1: Evous.--_Ms A 8_: et puis vindrent. Fº 348 rº.
P. 41, l. 6: cros et havès de fier à kainnes.--_Ms. A 8_: crochès et chaines.
P. 41, l. 7: peuissent.--_Ms. A 8_: pouoient.
P. 41, l. 10: Guichart.--_Ms. A 8_: Guichart d’Angle.
P. 41, l. 15: d’assallir et de yaus targier.--_Ms. A 8_: d’assallir.
P. 41, l. 22: ne onques.--_Ms. A 8_: que onques.
P. 41, l. 24: des leurs.--_Ms. A 8_: de leurs gens.
P. 42, l. 3: où il eut fait tamainte.--_Ms. A 8_: où l’en fist mainte.
P. 42, l. 15: li.--_Ms. A 8_: yceulx.
§ =691=. Qui se trueve.--_Ms. d’Amiens_: Celle meysme nuit et tout le soir estoit en grant priière et pourcach messires Jehans de Harpedanne, un chevalier englès et senescaux de le Rocelle pour le temps, enviers chiaux de le ditte ville; et leur disoit et moustroit comment leurs gens se combatoient as Espagnolz, et qu’il ne s’aquitoient mies biens quant il ne les aloient aidier; mès, quoyque li chevaliers les sermonast ne amonestast, il n’en faisoient nul compte, et moustrèrent bien li pluisseur par samblant qu’il avoient plus chier le dammaige des Englès que l’avantaige. A ce dont estoient en le Rocelle doy gentil chevalier de Poito, li sires de Tannay Bouton et messires Jaquemes de Surgières, liquel pour yaux acquitter dissent qu’il se meteroient en barges et en batiaus et venroient dallés leurs gens, et priièrent estroitement et fortement à ciaux de le ville qu’il volsissent aller avoecq yaux, mès oncques nus ne dist: «Vollentiers,» ne ne s’avancha de l’aler. Quant ce vint à l’endemain qui fu la nuit Saint Jehan Baptiste l’an mil trois cens settante et deus, et que li flos de le mer fu revenus, li chevalier, qui en le Rocelle se tenoient, ne veurent mies estre là trouvé sejournant, et il veyssent leurs gens combattre, mèz s’armèrent au plus tost et dou mieux qu’il peurent, et entrèrent et se fissent menner et naviier à esploit de rimmes à l’endroit de leurs gens qui ja se combatoient, et tant alèrent tourniant les gallées et les Espagnols qui entendoient au combattre, qu’il vinrent jusques à yaux, et entrèrent ens es nefs dou conte de Pennebrucq et de monsigneur Ghuichart d’Angle, qui leur seurent mout grant gret de leurs secours et de leur venue. Ja estoit li estours et li hustins commenchiet très le point dou jour, qui fu ossi fors et ossi bien combatus que on vey oncques gens sus mer combattre; car li assallant estoient droite gens de mer, fort et rade, et bien durant et esploitant en tel besoingne, et li Englès très bien deffendant ossi vassamment et radement que on vey oncques gens, et ne l’avoient mies li Espagnol d’avantaige, car li chevalier englès, gascon et poitevin, qui là estoient, se combatoient et deffendoient leurs corps et leur navie de très grant vollenté et mout durement, comment que la parchon n’estoit mies juste pour yaux; car li Espagnol estoient grant fuisson, et se n’y avoit si petit varlet entre yaux, qui ne fesist otant que uns homs d’armes en lors gallées, car il jettoient d’amont pierres de fais, plommées et gros barriaux de fier, dont il debrissoient et deffroissoient tous lez vaissiaux des Englès. Là fu li jones comtes de Pennebrucq très bons chevaliers, et fist merveillez d’armes de se main, et ossi furent messires Othes de Grantson, messires Guichars d’Angle, messires Aimeris de Tarse, li sires de Tannai Bouton, li sires de Puiane, messires James de Surgières, messires Jehans Harpedane, messires Jehans Tuifort, messires Jehans de Gruières, messires Jehans Toursès, messires Jehans de Lantonne, messires Simons Housagre, messires Jehans de Mortain, messires Jehanz Touchet et li autre chevalier et escuier, et estoient par ordonnanche espars par leurs vaissiaux pour mieux entendre à leurs gens et rencoragier les lassés et les esbahis.
A ceste bataille, qui fu, devant le Rocelle, dez Espagnols as Englès, eut ce jour fait mainte[s] bellez appertises d’armes, car là s’esprouvoient li hardit et li bien combatant; mais au voir dire li Espagnol avoient moult grant avantaige de bien assaillir et de requerre leurs ennemis, car il estoient en grans et gros vaissiaux, c’on dist gallées, touttes frettées et armées, qui se remoustroient deseure tous les vaissiaux des Englès, et pooient veoir li Espagnol par dedens leurs vaissiaux, et point li Englès en chiaux des Espagnolz; et estoient li jet et li cop lanchiet et ruet des vaissiaux des Espagnols en chiaux des Englès de plus grant force et de plus grant virtu sans comparison, pour ce qu’il descendoient de plus haut que ne fuissent chil des Englès. Si traioient li archier d’Engleterre mout fortement et très ounniement, mès li Espagnol estoient bien paveschiet contre ce, et ne leur fist li très mies trop grant dammaige. Ensi en che hustin et en celle rihotte se tinrent li Englès tout ce jour, et qui quidoient toudis que chil de le Rocelle les dewissent comforter et secourir, mès il n’en avoient nul talent, enssi qu’il apparu; car oncques plus nuls ne s’en partirent, fors li troi chevalier dessus nommet, qui se veurent acquiter de leur honneur, ensi que tout loyal chevalier par droit et raison doient faire en telz besoingnes. Là estoient li quatre patron et cappitainne des Espagnols, chascun en une gallée et entre ses gens en bon couvenant, et moustroient bien chière et fait de hardit homme, et resbaudissoient grandement leurs gens, et disoient en leur langage: «My enfant, esploitiés vous et ne vous esbahissiés de cose que vous voiiés; car ceux chy sont nostre, et apriès venront tout li autre.» De ces parolles avoient li chevalier englès et gascon, qui les entendoient, grant indination, mès amender ne le pooient: si en faisoient leur pooir et leur devoir à leur milleur entente, et s’abandonnoient de grant vollenté et chascun pour rencoragier l’un l’autre. Enssi continuèrent ilz et perseverèrent le plus grant partie dou jour, et tant furent li Englès et chil de leur costé fort requis, combatu et apresset, qu’il furent durement lasset et foullé, et ne se peurent plus tenir, et en furent li Espagnol mestre, et lez conquissent par force d’armes, mès moult leur cousta de leurs gens, car là avoient ossi bonne chevalerie tant pour tant que on pewist point recouvrer, et bien le moustrèrent, car point ne se vorrent rendre jusques à tant que force leur fist faire et que autrement leurs nefs ewissent estet touttes effondrées et yaux perdu sans merchy. Là furent mort de leur costé messires Aimeris de Tarse, gascons, bons chevaliers et preux durement et qui estoit yssus de tamainte dure besoingne, et avoecq lui messires Jehans de Lantonne, messires Simons Housagre et messires Jehans de Mortain, messires Toucet et pluisseurs autres, et pris li comtes de Pennebruc, messires Ghuicars d’Angle, messires Othes de Grantson, li sires de Puiane, li sires de Tannai Bouton, messires Jehans de Harpedane, messires Robers Tuifort, messires Jehans de Gruières, messires Jaquemes de Surgières, messires Jehans Toursès, messires Thummas de Saint Aubin et bien dis et set chevaliers, tous de nom: oncques nuls n’escappa de ceste armée, que n’en fuissent tout mort ou tout pris; et fu li vaissiaus peris et effondrés, où li finanche estoit, que li roys englès envoiioit en Poito pour gagier trois mil combatans et paiier, se il besongnoit, un an. Si poés bien croire que il y avoit grant somme de florins, et oncques ne fist aise ne prouffit à nullui, dont ce fu dammaigez qu’il en escheï enssi; et en furent li Espagnol meysmement courecié, quant il le sceurent; mès ce fu si tart qu’il n’y peurent pourveir de remède.
Qui se treuve en tel parti d’armes que li dessus dit, il couvient qu’il prende en gré l’aventure que fortunne li envoie. Che jour l’eurent moult dur li Englès pour yaux et par le coupe de monsigneur Ghuicart d’Angle et de monsigneur Ammeri de Tarse qui là demoura, et dou signeur de Puiane, qui avoient enfourmé le roy englès qu’il estoient gens assés pour ariver em Poito, de trois cens ou de quatre cens, siques li roys sour leur requeste se fourma et leur acompli leur demande, dont il leur mesvint; et, au voir dire, il s’estoient trop foiblement parti d’Engleterre, seloncq le grant fuison d’ennemis qu’il avoient par mer et par terre. Apriès celle desconfiture, et que li Espagnol eurent quis et cherchié touttes les nefs dez Englès et pris les barons et les chevaliers et fait entrer en leurs gallées, et qu’il se furent tout saisi de leurs armures et les eurent fianchiés, il se tinrent tout quoy à l’ancre devant le Rocelle en atendant le marée et le flos de le mer qui devoit revenir, en menant grant joie et grant reviel. Bien virent et congneurent tantost chil de le Rocelle que leurs gens estoient desconfi, dont li pluisseur en requoy furent tout joieant, et ne volsissent mies que la besoingne fuist autrement allée pour nul avoir, et especialement li plus grant maistre de le ville; car il leur estoit segnefiiet et dit pour certain que on devoit prendre douse de leurs bourgois à election, sus lesquels li roys englès et ses conssaux estoient mal enfourmet, et mener comme prisonniers en Engleterre. Pour celle cause et celle doubte il s’en portèrent et passèrent plus bellement; nonpourquant il se faindirent adont pour apaisier les ennemis, et cloïrent leurs portes mout estroitement, et s’armèrent touttes mannières de gens, et alèrent as cretiaux, as portes, as tours et as gharittes par connestablies, et ne laissièrent nullui entrer ne yssir; car il disoient enssi qu’il ne savoient que li Espagnol penssoient et se ilz les venroient assaillir. Pour tant se tenoient il sour leur garde, mès li Espagnol n’en avoient nul tallent fors de partir au flos revenu et de tourner vers Espaingne et là menner leur concquest et leurs prisonniers à sauveté. Che soir esceï trop bien à monseigneur James de Surgières, un chevalier de Poito, qui là estoit pris; car il parla si bellement et si sagement à son mestre qu’il fu quittes parmy trois cens frans franchois qu’il paiia tous appareilliés, et fu renvoiiés arrièrre en le Rocelle, delivrés sicomme vous avés oy; et pour l’onneur de chevalerie on mist tout les chevaliers qui là avoient estet mort, en une barge, et les envoiièrent li Espagnol en le Rocelle. Là furent il recheu et ensepveli en sainte terre.
Quant li flos de le mer fu revenus et que li mestre patron et souverain des Espagnols, loist assavoir: Ambroise Boukenègre, Cabesse de Vake, dan Ferrant de Pyon et Radigo de la Roselle, eurent ordonné leur besoingnes et mis gens et maronniers ens es nefs englèces qu’il avoient concquis pour gouvrenner et amener avoecq yaux, ilz sachièrent les singles amont et se desancrèrent, et se partirent trompant et cornemusant et faisant grant feste, et entrèrent ou parfont pour prendre le mer d’Espaingne. Fºs 179 rº et vº, 180 rº.
P. 42, l. 28: coi que.--_Ms. A 8_: combien que.
P. 43, l. 1: recorder en.--_Ms. A 8_: en. Fº 348 vº.
P. 43, l. 16 fuissent.--_Ms. A 8_: estoient.
P. 43, l. 25: coron.--_Ms. A 8_: boux.
P. 44, l. 10: d’Agoriset.--_Ms. A 8_: d’Angonse.
§ =692=. Cilz Yewains.--_Ms. d’Amiens_: Nous lairons un petit à parler d’iaux et parlerons d’une armée que Yeuwains de Gallez et messires Jehans de Ray, bourgignons, avoient au commandement dou roy de Franche en celle saison mis sus, et estoient venut sus les ysles de Coustentin, et pooient y estre environ uit cens hommez d’armes et avoient tout le temps gardé le mer et les pas de Normendie, et estoient arivet chil Franchois en l’isle de Grenesée, dont Ammons Rose, uns escuiers dou roy d’Engleterre, estoit cappitainne. Quant il sceut que Yeuwains de Galles et se routte devoient prendre terre en l’isle dont il estoit gardiiens, il requeilla chiaux dou pays et chiaux qu’il avoit amenés d’Engleterre avoecq lui, et s’en vint sus un certain pas où il penssoit que li Franchois prenderoient terre. Là eut grant bataille et dure, et moult fu trait, lanchiet et assailli, et coust(um)a moult grandement li passaiges as Franchois, ainschois qu’il pewissent ariver. Toutteffois finablement il le concquissent, et en y eut bien mors de le partie as Englèz sis cens et se sauva à grant meschief Ammon Rose, et se bouta ou castiel de Cornet, qui est priès de là. Depuis celle desconfiture n’y eut riens retenu sus tout le pays, car il n’y a nulle forterèche. Si ardirent et essillièrent li dit Franchois tout cesti ysle, et y ranchonnèrent hommes et femmez, et apriès entrèrent en l’isle de Gersée, et l’ardirent et ranchonnèrent ossi, et puis vinrent mettre le siège devant le castiel de Cornet, où Ammon Rose et aucun gentil homme d’Engleterre estoient retret. Là y eut pluisseurs assaux, mès il ne fu mies adont gaegniés, car li roys de Franche manda au dit Yeuwain de Gallez et à monsigneur Jehan de Ray qu’il se partesissent de là et s’en allaissent en Espaingne parler au roy Henry et impetrer ou nom de lui vint et cinc ou trente grosses gallées pour venir assegier le Rocelle; car li roys savoit ja que cil qui le devoient rafrescir, li comtes de Pennebrucq et li autre dessus nommet, estoient tout mort et tout pris. Si se departi du siège de Cornet li dis Yeuwains, et entra en mer à tout trèse barges tant seullement, et prist le droit chemin d’Espaingne, et singlèrent tant qu’il arivèrent en Galisce, à ung port et à une ville qui s’apelle le bourcq Saint Andrieu. Fº 180 rº.
P. 44, l. 31: par quel.--_Ms. A 8_: pour quelle.
P. 45, l. 5: et.--_Ms. A 8_: il. Fº 349 rº.
P. 45, l. 7: en gouvrenance.--_Ms. A 8_: gouvernement.
P. 45, l. 13: ci.--_Ms. A 8_: ci dessus.
P. 45, l. 16: Harflues.--_Ms. B 4_: Harfleux.
P. 45, l. 23: le dit isle.--_Ms. A 8_: la ditte.
P. 45, l. 28: dura.--_Mss. A 8_ et _B 4_: se tint.
P. 46, l. 1: de là.--_Ms. A 8_: près de là.
P. 46, l. 1: avoit esté.--_Ms. A 8_: fu.
P. 46, 1. 9: est.--_Ms. A 8_: estoit.
P. 46, l. 18: desous.--_Ms. A 8_: declin.
P. 47, l. 4: oy.--_Ms. A 8_: vi.
P. 47, l. 6: à toutes gens congiet.--_Ms. A 8_: congié à ses gens. Fº 349 vº.
P. 47, l. 9: de.--_Ms. A 8_: de devant.