Chroniques de J. Froissart, tome 04/13

mi. Je sçai bien que vous estes gais et amoureus, et que volentiers

Chapter 240,393 wordsPublic domain

vous vos trouvés entre dames et damoiselles. Si dittes partout où vous venés que je le vous ai donné, et parmi tant je vous quite vostre prison. Vous estes mon prisonnier, et vous poés partir demain, se vous volés.»

Li chevaliers fu tous resjoïs de ces deus dons, le premier de l’onnour que li rois d’Engleterre li faisoit de donner si rice jeuiel que le chapelet que il portoit sus son chief, et l’autre don de ce que il li quitoit sa prison. Si se volt engenoullier devant le roi, mais li rois ne le volt souffrir. Et le remerchia grandement li dis mesire Ustasse et dist: «Très chiers sires et nobles rois, je ferai tout ce dont vous me cargiés.» Adonc fu là aporté vins et espisces, et en prist li rois et li chevalier, et puis casquns ala en son retret et passèrent la nuit.

Qant ce vint à lendemain, par le congiet dou roi, mesires Ustasses de Ribeumont se departi de Calais quites et delivres et à son honnour, ensi que vous savés, et prist congiet à ses compagnons. Et s’en retourna en France deviers le roi Phelippe et le duch de Normendie qui moult l’amoit, et leur recorda son aventure. Et toute celle anée il porta ce capelet de perles sus son chief, de quoi il furent grandes nouvelles en France et en aultres pais.

Et li rois d’Engleterre se departi de Calais, mais à son departement il institua mesire Jehan de Biaucamp à estre capitainne et gardiien de Calais, et en osta mesire Ainmeri de Pavie, et li donna terre ailleurs en la chastelerie de Calais, une forte maison que on dist Fretun. Et puis entra en mer avoecques ses gens et enmena avoecques lui en Engleterre ses prisonniers; et vinrent à Londres et trouvèrent là le conte de Ghines, le conte de Tanqarville, mesire Carle de Blois et des aultres barons et chevaliers de France qui avoient esté pris en Bretagne et en Gascongne et ailleurs, ensi que les armes amennent. Si se conjoïrent et festiièrent l’un l’autre, ne onques ne furent mis en prison serrée, mais recreu sus lors fois courtoisement, et pooient par tout Londres aler, jeuer et esbatre.

Et mesire Carles de Blois, li contes de Ghines et li contes de Tanqarville aloient voler des faucons et des lanerés au dehors de Londres et esbatre sus le pais, qant il voloient. Et pooient demorer quatre jours hors, et au chienqime retourner à Londres; et qant il s’estoient remoustré un jour, ils s’en pooient partir à l’endemain et retourner arrière en lors esbas. Fº 149.

P. 81, l. 18: Quant.--Le § 320 _manque dans les mss. A 1 à 6_, fº 175 vº, _dans les mss. A 8 à 10_, fº 154, _dans les mss. A 11 à 14_, fº 163, _dans les mss. A 15 à 17_, fº 172, _dans les mss. A 18, 19_, fº 179 vº, _enfin dans les mss. A 20 à 22_, fº 246 vº.--_Le_ § 320, _dans le ms. A 7_, fº 165 vº, _s’arrête à ces mots_: fu moult resjoïs (p. 83, l. 22), _et dans les mss. A 23 à 33_, fº 190, _à ces mots_: demain s’il vous plaist (p. 83, l. 18 et 49).

P. 81, l. 18: Quant.--_Ms. B 6_: Quant la bataille fut finée et la chasse cessée et tout le camp delivré, et que les Englès ne savoient point à qui combatre, car les cappitaines des François estoient que mors ou pris pour celle bataille, excepté aulcuns signeurs qui se sauvèrent, messire Moriaulx de Fi[e]ne, le sire de Rely, le sire de Cresekes; et laissèrent mors le sire de Quiquenpois, monseigneur Pepin de Werre et le sire du Bos et des aultres chevaliers: donc se retrait le roy en la ville de Calais. Fºs 420 et 421.

P. 81, l. 19: se retraist.--_Ms. B 3_: se tira. Fº 154 vº.

P. 83, l. 6: par droite sieute.--_Mss. A 23 à 29_: par droite sentence. Fº 190 vº.--_Mss. A 30 à 33_: par droit science. Fº 201 vº.--_Ms. B 3_: par droicte raison. Fº 155.--_Ms. B 4_: par droite science. Fº 145.

P. 83, l. 8: chief.--_Ms. B 6_: bien richement ouvré de grandes perles et grosses. Fº 422.

P. 83, l. 10: chapelet.--_Ms. B 6_: cappiel. Fº 422.

P. 83, l. 17: prisonnier.--_Ms. B 6_: je vous quiteray pour l’amour des dames et demoyselles vostre prison. Fº 422.

P. 84, l. 14: escus.--_Ms. B 6_: florins. Fº 423.

§ =321=. P. 84, l. 21: En celle anée[300].--_Ms. d’Amiens_: En ceste année trespassa de ce siècle la roynne de France, femme au roy Phelippe et suer au duc Oede de Bourgoingne. Ossi fist madamme Bonne, la duçoise de Normendie, fille au roy de Behaingne: si furent li pères et li filz vesvéz de lors deux femmes. Assés tost apriès, se remaria li roys Phelippes à madamme Blance de Navarre, fille au roy Carle de Navarre. Et ossi se remaria li dus Jehans de Normendie à la comtesse de Boulongne, duçoise de Bourgongne. Si se tinrent toudis lez trieuwez entre le roy de Franche et le roy d’Engleterre ens ès marcez de Picardie, mès ens ès lontains pays non; car toudis se herioient il et guerioient en Poito, en Saintonge et sur les frontièrez d’Acquitaine. Fº 98 vº.

[300] A partir de ce § 321 jusqu’au § 370 inclusivement, les mss. A ou mss. de la première rédaction _proprement dite_ présentent un texte complétement différent de celui des mss. B ou mss. de la première rédaction _revisée_: ce texte des mss. A est un fragment emprunté aux Grandes Chroniques de France; on le trouvera reproduit, comme supplément à nos variantes, à la fin de ce volume.

--_Ms. de Rome_: En celle prope anée trespassa de ce siècle la roine de France, fenme au roi Phelippe et soer germainne au duch Oede de Bourgongne. Aussi fist madame Bonne, duçoise de Normendie, qui fille avoit esté au gentil roi de Behagne. Si furent li pères et li fils vevés de leurs deus fenmes.

Assés tos apriès se remaria li rois Phelippes de France à madame Blance, fille au roi de Navare; et aussi se remaria li dus de Normendie à la contesse d’Artois et de Boulongne, qui veve estoit et avoit esté fenme à mesire Phelippe de Bourgongne, fil au duch Oede de Bourgongne.

Et estoit chils mesires Phelippes mors devant Aguillon, ensi que chi desus il est contenu en nostre histore. Et estoit demorés de li uns fils qui se nonma Phelippes et morut jones; mès il fu avant mariés à la fille le conte de Flandres: douquel conte je parlerai assés tos, pour un tant que il fiança et jura en l’abeie de Berghes en Flandres que il espouseroit madame Isabiel qui fille estoit au roi d’Engleterre, et point ne proceda avant ou mariage.

Et estoit ceste contesse d’Artois et de Boulongne, cousine germainne au duch Jehan de Normendie et conmère deus fois; mais de toutes ces proismetés dispensa papes Clemens qui resnoit pour ce temps. Fºs 149 vº et 150.

P. 84, l. 23: Oede.--_Ms. B 3_: Odes. Fº 155 vº.

P. 84, l. 25: demora à Creci.--_Ms. B 3_: fut tuhé devant Crecy.

P. 84, l. 26: vevés.--_Ms. B 3_: vefvés.--_Ms. B 4_: vesvés. Fº 145 vº.

P. 84, l. 29: Argesille.--_Ms. B 5_: Agresille. Fº 358.

P. 85, l. 2: devant.--_Le ms. B 5 ajoute_: le chastel.

P. 85, l. 5 et 6: regnoit pour ce temps.--_Ms. B 3_: presidoit en sainte eglise.

§ =322=. P. 85, l. 7: Vous avés.--_Ms. de Rome_: Vous avés bien chi desus oï conter conment Lois, li jones contes de Flandres, fiança, ensi que je disoie maintenant, la fille au roi d’Engleterre et conment, malescieusement et par grant avis, il se departi de Flandres et vint en France, et se tint dalés le roi Phelippe et madame se mère.

De toutes ces coses fu enfourmés li dus Jehans de Braibant. Si n’en estoit pas courouchiés, mais resjoïs, ensi que chils qui avoit sa fille à marier; mès bien veoit que à ce mariage par nul moiien il ne pooit venir, fors par le roi de France. Si envoia li dis dus grans messages à Paris deviers le roi, en li priant que il vosist consentir que li jones contes de Flandres espousast sa fille, et il demorroit dalés lui et bons François à tous jours mès, et feroit tant par force ou par amours que la conté de Flandres seroit en l’obesance de li, et aideroit la ville de Calais à recouvrer, et mist moult de belles proumesses et de grandes avant, pour atraire à ses volentés le roi Phelippe.

Qant li rois de France se vei priiés et si acertes dou duch de Braibant, et que si il s’umelioit enviers lui, si se laissa à dire et crei son consel. Et li fu dit que li dus de Braibant estoit uns grans sires et de grans pourcas, et que moult il pooit brisier le fait des Alemans par li et par son pais et moult grever les Flamens; si se acorda à ce mariage. Et fu li jones contes envoiiés à Arras, et là fu amenée la fille de Braibant; et là ot grans parlemens et trettiés secrès entre le duch de Braibant et le jone conte de Flandres et son consel. Et trop grandement en ce mariage i fu bien gardés li contes de Flandres, car on fist escrire et seeler au duch de Braibant, pour tant que on le veoit chaut et desirant à proceder en ce mariage que, se il moroit, la ville de Malignes et la ville d’Anwiers et toutes les apendances et signouries par icelles à elles retourneroient à tous jours mès au conte et as contes de Flandres. Et seela li dus et se obliga si fort par serement mis et jurés en la main dou roi de France et de ses conmis et sus tabelionnages publiques, que les couvenances souffirent bien au conte de Flandres et à son consel. Et parmi tant li mariages se passa, et espoussèrent en la chité d’Arras; et furent dispensé tout li article que li contes de Flandres avoit eu et les couvenances au roi d’Engleterre. Encores fu on tous resjoï de ce que il l’avoit deceu, et que par malisce il lor estoit escapés. Et dissent li papes et les cardinaus que bons sens naturels li avoit tout ce fait faire.

Et qant la congnissance en vint au roi d’Engleterre que li dus de Braibant, qui ses cousins germains estoit, avoit mariet sa fille au jone conte de Flandres par le moiien dou roi Phelippe et des François, et devoit avoir grans aliances dou dit duc, parmi ce mariage faisant, as François, si se contenta moult mal du duc et dist que jamais il n’aueroit parfaite fiance en li, et porta son anoi au plus biel que il pot, et dist bien que Lois de Male seroit encores uns baretères. Fº 150.

P. 85, l. 11: en France.--_Mss. B 3 et 4_: en Flandres, il se partit de ses gens et s’en vint en France. Fº 155 vº.

P. 85, l. 14: ou cas que.--_Mss. B 3 et 4_: veu que.

P. 85, l. 20: tiroit.--_Ms. B 3_: traictoit.

P. 85, l. 21 et 22: excepté.... Flandres.--_Ms. B 3_: car le conte de Haynaut avoit eu l’autre.

P. 85, l. 24: laissier.--_Le ms. B 3 ajoute_: traicter. _Le ms. B 4 ajoute_: passer. Fº 145 vº.

P. 86, l. 6: veroit.--_Ms. B 3_: feroit.--_Ms. B 4_: voroit. Fº 146.

P. 86, l. 12: en le main.--_Ms. B_: au poing.

P. 86, l. 16: li consaulz.--_Ms. B 3_: les consulz. Fº 156.

P. 86, l. 23: ou cas.--_Ms. B 3_: ès condicions.

P. 86, l. 27: raroient.--_Ms. B 3_: recouvreroient.

P. 87, l. 3 et 4: monsigneur.... des Mons.--_Ms. B 3_: messire Godefroy, conte de Mons.

P. 87, l. 15 et 16: goy et possessé.--_Ms. B 3_: joyt et posseda.

P. 87, l. 22: seurent.--_Ms. B 3_: sauroient.

P. 87, l. 28: briefment.--_Ms. B 3_: legierement.

P. 87, l. 29: pour le temps de lors.--_Ms. B 3_: par lors.

P. 88, l. 7: Flandres.--_Ms. B 3 ajoute_: son filz.

§ =323=. P. 88, l. 8: En ce temps.--_Ms. de Rome_: En ce temps avoit grant ranqune entre le roi d’Engleterre et les Espagnols, pour auqunes malles façons et pillages que les dis Espagnols avoient fait sus mer as Englois. Et avint que dedens cel an li Espagnol, qui estoient venu en Flandres en lor marceandisses, furent enfourmé que nullement il ne pooient retourner arrière que par le dangier des Englois, et que on lor avoit clos la mer par samblant. Li Espagnol n’en fissent nul compte et parlèrent ensamble à Bruges et aillours là où il se trouvèrent, et se requellièrent et atendirent l’un l’autre et se pourveirent moult grandement de tout che qui necessaire estoit pour li deffendre de chanons, de barriaus de fier aguissiés, d’ars, arbalestres et d’arbalestriers, et engagièrent plus de chienq cens Flamens, François et Hollandois. Tout estoient retenu as saudées gens qui lor venoient.

Qant li rois d’Engleterre, qui avoit ses espies en Flandres, sceut que poins fu, et que li Espagnol devoient rapasser et retourner en lors pais, ils se mist sus mer à moult belle gent d’armes, chevaliers et esquiers, et moult ot de grans signeurs en sa compagnie. En celle anée avoit il fait et creé son cousin le conte Derbi, duch de Lancastre, et le baron de Stanfort, conte de Stanfort. Et estoient là en celle armée avoecques li, à doi fil, li princes de Galles et Jehans, contes de Ricemont, mais chils estoit encores moult jones; et l’avoit li princes amené avoecques li pour mostrer les armes, car moult l’amoit. Là estoient li contes d’Arondiel, li contes de Herfort, li contes de Norhantonne, li contes de Sasleberi, li contes de Suforc, li contes de Warvich, messires Renauls de Gobehen, messires Gautiers de Mauni, mesires Robers de Namur, bien acompagniés de chevaliers et d’esquiers de son pais, li sires de Basset, messires Thomas de Hollandes, messires Guis de Briane, li sires de Manne et pluisseurs aultres que je ne puis pas tous nonmer. Et se tinrent li rois et lors gens en lor vassiaus tous croissiés sus la mer, atendans les Espagnols. Fº 150 vº.

P. 88, l. 8: rancune.--_Mss. B 3 et 4_: hayne. Fº 156.

P. 88, l. 17 et 18: et leurs nefs et leurs vaissiaus.--_Ms. B 3_: en leurs navires et vaisseaux. Fº 156 vº.

P. 88, l. 22: leurs emploites.--_Ms. B 3_: leur exploict.--_Ms. B 4_: leurs exploites. Fº 146 vº.

P. 88, l. 25: enhay.--_Mss. B 3 et 4_: en hayne.

P. 88, l. 29: contre.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: nous.

P. 88, l. 29 et 30: recueilliet.--_Ms. B 3_: recueilliz.

P. 89, l. 4: d’Exesses.--_Ms. B 2_: d’Exestre.

P. 89, l. 8: sa femme.--_Ms. B 3_: sa mère.

P. 89, l. 21: Stanfort.--_Ms. B 3_: Stafort.

P. 89, l. 22: li princes de Galles.--_Ms. B 5_: le patriche de Galles. Fº 359.

P. 89, l. 26: l’amoit.--_Ms. B 6_: Là estoient avecques luy ses filz le prinches de Galles, le conte Derby, le conte de Stanfort, le conte de Norhantone, le conte de Warvich, le conte de Sufort, le conte d’Askessufort, le conte de Salbry, messire Renault de Gobehen, messire Gautier de Mauny, messire Jehan Camdos et toute le fleur des barons et des chevaliers d’Engleterre. Fº 424.

P. 89, l. 31 et 32: Bietremieus de Brues.--_Ms. B 3_: Bartelemy de Bruges.--_Ms. B 4_: Betremieux de Bruhes.--_Ms. B 5_: Bertelemy de Bruves.

P. 90, l. 9: n’attenderoient.--_Ms. B 3_: n’attendirent.

§ =324=. P. 90, l. 11: Quant li Espagnol.--_Ms. de Rome_: Qant li Espagnol orent fait leur emploite et lor marceandise, et il ºrent cargiet lors vassiaus de draps et de toilles, et de tout ce que bon et pourfitable lor sambloit pour retourner en lor pais, et bien supposoient que il seroient rencontré des Englois, mais de tout ce il ne faisoient point grant compte, puis que il estoient pourveu d’artelerie et de chanons. Et vous di que Espagnols se confient grandement en lors vassiaus, lesquels il ont grans et fors trop plus que les Englois n’aient, et tout s’asamblèrent devant l’Escluse. Qant il veirent que temps fu de departir, et que tout par ordenance il entendirent à entrer en lors vassiaus, il se desancrèrent et se departirent tout de une flote et estoient belle compagnie, bien soissante gros vassiaus, et prissent le parfont et les bendes d’Engleterre. Et dient li auqun que il s’en fuissent bien alé, se il vossissent, et que jà il n’euissent eu nul rencontre des Englois; mais orgoels les surmonta et outrequidance, et quidièrent bien desconfire le roi d’Engleterre et ruer jus les Englois, et disoient que il estoient fort assés pour tout cela faire. Toutes fois, il donnèrent au roi d’Engleterre et à ses gens otant à faire, par hardiment asambler et combatre, que onques aultres gens li donnassent painne, ensi que je vous recorderai assés briefment.

Li rois d’Engleterre qui estoit sur mer o tout sa navie, avoit jà ordonné toutes ses besongnes et devisé conment on se combateroit; et avoit mesire Robert de Namur fait mestre et gouvreneur de une nef que on appelloit la _Sale dou Roi_, là où tous li hostels dou roi estoit. Et se tenoit li rois d’Engleterre ou chief de sa nef, vestis d’un noir jaque de veluiel, et portoit sus son chief un noir chapelet de beveres qui bien li seoit; et estoit adonc, selonch ce que dit me fu par ceuls qui avoecques lui estoient, ausi joieus que ºnques on l’avoit veu. Et fist ses menestrels courner devant li une danse d’Alemagne que messires Jehans Camdos qui là estoit presens, avoit nouvellement raporté; et encores par esbatement il faisoit le dit chevalier chanter avoecques ses menestrès, et prendoit en ce grant plaisance. Et à le fois regardoit en hault, car il avoit mis une gette ou chastiel de sa nef, pour anonchier qant li Espagnol venroient.

Ensi que li rois estoit en ce deduit, et que tout si chevalier estoient moult liet de ce que il le veoient si joieus, la gaitte qui perchut la navie des Espagnols venir fillant aval vent, dist: «Ho! je vois une nef venant, et croi que elle soit d’Espagne.» Lors cessèrent li menestrel, et fu à la ditte gaitte assés tos apriès demandé se il en veoit plus: «Oil, respondi il, j’en voi deus et puis trois et puis quatre,» et puis dist: «Je voi la flote, et s’aprocent durement.» Donc sonnèrent trompètes ens ès vassiaus, et claronchiaus: grant plaisance estoit à l’oïr. Et lors se requellierent toutes nefs dou costé le roi d’Engleterre et se missent en ºrdenance, ensi comme il devoient aler. Et estoit li contes de Warvich amirauls de la mer, de par les Englois; et jà estoit tart qant li Espagnol aprochèrent. Et fist li rois aporter le vin et but, et tout si chevalier qui en son vassiel estoient; et puis mist li rois le bachinet en la teste, et aussi fissent tout li aultre. Tantos aprochièrent li Espagnol, qui bien s’en fuissent alé sans combatre, se il vosissent; car, selonc che que ils estoient bien freté et en grans vassiaus, et avoient le vent pour euls, ils n’euissent jà parlé as Englois, se il vosissent. Mais orgoels et outrequidance les fist traire avant, et par samblant de grant volenté conmenchier la bataille et par bonne ordenance. Fºs 150 vº et 151.

P. 90, l. 11: emploite.--_Ms. B 4_: exploite. Fº 146 vº.

P. 90, l. 12: marcheandise.--_Ms. B 6_: en Flandres, en Haynau et en Brabant. Fº 424.

P. 90, l. 12 et 13: vaissiaus.--_Ms. B 6_: dont il avoient plus de cent. Fº 424.

P. 90, l. 16: ne faisoient il compte.--_Ms. B 3_: ne faisoient il pas grant compte. Fº 157.

P. 90, l. 17: l’Escluse.--_Ms. B 4_: l’Escuze. Fº 147.

P. 90, l. 18: vaissiaus.--_Ms. B 6_: environ le mois de septembre. Fº 324.

P. 90, l. 19: artillerie.--_Ms. B 3_: d’arbalestriers, canons et grandes coulouvrines. Fº 157.--_Mss. B 4 et 5_: quarriaux d’arbalestres, de canons et de grant artillerie.

P. 90, l. 21: tous faitis.--_Ms. B 3_: expressement.

P. 90, l. 21: effondrer.--_Ms. B 3_: fondre.

P. 90, l. 22: cailliaux.--_Ms. B 3_: caillots.

P. 90, l. 29: estramières.--_Ms. B 3_: estandars.--_Ms. B 5_: enseignes. Fº 359.

P. 90, l. 30: ensegnies.--_Ms. B 3_: signets.

P. 91, l. 5: dix mil.--_Ms. B 3_: quarante mil.

P. 91, l. 10: vent.--_Ms. B 3_: tref.

P. 91, l. 10: par devers.--_Ms. B 3_: pour aller à.

P. 91, l. 17: ses hotelz.--_Ms. B 3_: son logiz.

P. 91, l. 19: veluiel.--_Ms. B 3_: vieil veau.--_Ms. B 5_: vermeil. Fº 359.

P. 91, l. 20: bièvre.--_Ms. B 4_: beuvres. Fº 147.--_Ms. B 5_: beneves.

P. 91, l. 23: menestrelz.--_Ms. B 3_: menestriers.--_Ms. B 4_: menestreux.

P. 91, l. 23: corner.--_Ms. B 3_: jouer.

P. 91, l. 26: chanter.--_Ms. B 4_: canter.

P. 91, l. 27 et 28: à le fois.--_Ms. B 3_: aucunes fois.

P. 91, l. 28: gette.--_Ms. B 3_: gaitte.--_Ms. B 4_: guette.

P. 91, l. 29: noncier.--_Ms. B 3_: annuncier.--_Ms. B 4_: nonchier.

P. 92, l. 3: li gette.--_Ms. B 6 ajoute_: qui estoit sur la hune. Fº 245.

P. 92, l. 16: flote.--Là estoit messire Robert de Namur qui fu ordonnés de par le roy d’Engleterre à estre mestre de se salle. Fº 425 vº.

P. 92, l. 24: vosissent.--_Ms. B 3_: eussent volu. Fº 157 vº.

§ =325=. P. 92, l. 29: Quant li rois.--_Ms. de Rome_: Qant li rois d’Engleterre qui estoit en sa nef, en vei la manière, si fist adrechier son vassiel contre une nef espagnole qui venoit tout droit viers li, et dist à celi qui gouvrenoit sa nef. «Adrèce nous à celi qui vient, car je voel jouster à lui.» Et chils le fist. Si se encontrèrent de grant randon les deus nefs, car elles estoient grandes et fortes et bien esquellies; et fu mervelles que elles ne se esquartelèrent dou cop que elles se donnèrent. Li mas de la nef dou roi à tout le chastiel consievi le chastiel de la nef espagnole ºù dedens il avoit douse hommes. Li chastiaus fu rompus et les hommes volés en la mer et noiiés.

Et la nef dou roi fu croqie et faisoit aige tant que li chevalier dou roi s’en perchurent, mais point ne le dissent encores au roi, et s’ensonniièrent les auquns à le widier. Donc regarda li rois la nef contre qui il avoit jousté, et li plaisi grandement et dist: «Acroqons nous à celle nef et entrons dedens; elle est plus forte que la nostre.» Donc respondirent si chevalier: «Sire, laissiés le aler, vous en auerés une millour.» Ceste nef espagnole passa ºultre; une aultre vint, qui estoit grose et belle et bien garnie. Si acroqièrent li chevalier lor nef à ceste à cros et à chainnes de fier.

Lors se conmença bataille forte et fière durement et archiers à traire as Espagnols, et Espagnols au traire et lanchier de grande volenté et non pas tant seullement en un lieu, mais en vint ou en trente. Et se acroqoient les nefs unes as aultres pour euls mieuls combatre. Et vous di que les Englois ne l’avoient pas d’avantage; car Espagnols jettoient pières de faix et grans barriaus de fier dont il estoient bien pourveu, car lors nefs estoient hautes: si avoient grant avantage à euls bien deffendre.

La nef Espagnole où li rois d’Engleterre et si chevalier estoient acroquiet fut moult bien deffendue, tant que elle pot durer; mais finablement elle fu conquise, et tout mis à bort chil qui dedens estoient. Et entrèrent dedens li rois et si chevalier, et les varlès entendirent à widier lors coses de la nef croqie et remetre en ce fort vassiel; et qant elle fu toute widie, il le descroqièrent et le laissièrent aler à l’enventure. Je croi bien que elle se esfondra quelque part, car elle traioit moult fort aige, et riens n’en savoit li rois.

Se li dissent si chevalier, et le peril où il avoit esté, puis entendirent à aler avant et à combatre lors ennemis les Espagnols qui se combatoient durement bien et ne faisoient nul compte des Englois, à che que il moustroient; et avoient arbalestriers qui traioient quariaus de forts arbalestres, et ce travilloient moult les Englois. Fº 151.

P. 93, l. 6: loiie.--_Ms. B 3_: lyée.

P. 93, l. 9: uns tempestes.--_Ms. B 3_: la tempeste y fust tumbée.

P. 93, l. 10: dou rebombe.--_Ms. B 3_: du rebonst.

P. 93, l. 11: consievi.--_Ms. B 4_: consivi. Fº 147 vº.--_Ms. B 3_: confondit.

P. 93, l. 14: mer.--_Ms. B 6_: et ot plus de quatorze hommes qui dedens estoient, qui furent tout noiés. Fº 426.

P. 93, l. 17: crokie.--_Ms. B 3_: acrochée.

P. 93, l. 19: widier.--_Ms. B 4_: huidier.

P. 93, l. 20: espuisier.--_Le ms. B 3 ajoute_: l’eaue.

§ =326=. P. 94, l. 26: Ceste bataille.--_Ms. de Rome_: Ceste bataille sus mer des Espagnols et des Englois fu moult dure; car ces deux nations sont toutes gens marins et qui bien sèvent conment ºn s’i doit et poet maintenir. Mais elle conmença trop tart; car se li aventure euist donné que dou matin avoecques la marée il se fuissent trouvé, avant que il euist esté tart, il euissent fait plus grant conquest l’un sur l’autre, que il ne fesissent.

Li jones princes de Galles et chil de sa carge se combatoient bien en sus et avoient lors nefs acroquies à vassiaus espagnols où moult avoit de fors hommes et de durs, qui grant fuisson faisoient d’appertisses. Et fu la nef dou prince tellement fourmenée de grans barriaus de fier aguissiés que li Espagnol lançoient contre les assielles, que elle fu petruissée en trois ou quatre lieues et rendoit grant aige; et ne l’en pooient garder chil qui i entendoient, dont il estoient tout esbahi, car la nef apesandisoit fort.

Li dus de Lancastre, assés priès de là, se combatoit à Espagnols et oy criier en englois: «Rescouse, rescouse au prince de Galles!» Si dist à ses chevaliers: «Alons deviers mon cousin le prince; je voi bien que il a à faire.» Donc chil qui tenoient le gouvrenal de sa nef, le fissent tourner à force, et li aultre estendirent lor single contremont; et tout combatant, vosissent ou non li Espagnol, il vinrent jusques à la nef du prinche que li Espagnol tenoient à dangier. Et qant li dus fu venus, li prinches sailli en sa nef; et aussi fissent tout si chevalier, et là se combatirent et moult longement à ces deus nefs espagnoles: desquelles li une fu conquise par bien combattre et tout chil mis à bort qui dedens estoient, et li aultre se sauva et s’en ala à plain voille sans damage. Fº 151.

P. 94, l. 28 et 29: se prendoient.... de.--_Ms. B 3_: se prenoient à. Fº 158.

P. 94, l. 30: usé de mer.--_Ms. B 3_: expers sur mer.

P. 95, l. 1 et 2: de sa carge.--_Ms. B 3_: soubz sa carge.

P. 95, l. 5: pertruisie.--_Ms. B 3_: persée.--_Ms. B 4_: pertrausie. Fº 147 vº.

P. 95, l. 11: espagnole.--_Les mss. B 3 et B 4 ajoutent_: qui estoit acrochée (_B 4_: acroquie) à la leur.

P. 95, l. 14: li dus de Lancastre.--_Ms. B 6_: le conte Derby. Fº 427.

P. 95, l. 14: arifflant.--_Ms. B 3_: astivement.--_Ms. B 5_: riflant. Fº 359 vº.

P. 95, l. 18: s’arresta.--_Ms. B 3_: s’acrocha.--_Ms. B 4_: s’acroka.

§ =327=. P. 95, l. 27: D’autre part.--_Ms. de Rome_: D’autre part, se combatoient li baron et li chevalier d’Engleterre, casquns en son vassiel et ordonnenche, ensi que à faire apertenoit. Et bien couvenoit que il fuissent fort et remuant et de grant emprise, car il trouvèrent dure gent et qui petit les prisoient. Toutes fois, qant il les orent assaiiés et veirent et congneurent que tant de vaillans hommes i avoit, il se combatoient en passant ensi comme l’escoufle vole; et ne retournoient point, puis que il avoient fait lor emprise.

Messires Robers de Namur estoit mestres de la _Salle dou Roi_, et avint que deus groses nefs espagnoles le vinrent environner et le conmenchièrent à asalir et l’acroqièrent de fait et de force; et l’enmenoient et euissent menet sans dangier, qant chil qui dedens estoient conmenchièrent à criier en hault: «Rescoués, rescoués la _Sale dou Roi_!» La vois fu oïe, et vinrent li sires de Biaumont en Engleterre et li sires de Basset à la rescouse.

Encores i ot fait une grande apertise d’armes des uns des varlès au dit mesire Robert; car, qant il vei que lor nef estoit acroqie et que li aultre nef l’enmenoit aval, l’espée toute nue en sa main, il salli de sa nef en la nef espagnolle et vint coper les mestres cordes qui gouvrenoient le single: par quoi il chei aval, et ne pot la nef aler plus avant. Et par ensi vinrent li desus nonmé chevalier et lors gens tout à point à la rescouse; et furent ces deus nefs espagnolles assallies de grant manière et conquises, et tout mis à bort chil qui dedens estoient. Fº 151 vº.

P. 95, l. 29: besongnoit.--_Le ms. B 3 ajoute_: car on les gardoit bien de sejourner. Fº 158.

P. 96, l. 5: estour.--_Ms. B 3_: esfort.

P. 96, l. 14: dou mestriier.--_Ms. B 3_: du maistre.

P. 96, l. 22 et 23: s’escueilla et salli en.--_Ms. B 3_: entra dedens.

P. 96, l. 24: cable.--_Ms. B 5_: chable. Fº 359 vº.

P. 96, l. 24: le voile.--_Ms. B 6_: le single. Fº 427.

P. 96, l. 31: cel avantage.--_Ms. B 3_: ceste aventure. Fº 158 vº.

§ =328=. P. 97, l. 4: Je ne puis.--_Ms. de Rome_: Moult de apertisses d’armes se fissent en pluisseurs lieus, lesquels ne vinrent pas tous à congnisance. Che soir furent les envaïes et batailles fortes des Espagnols as Englois sus la mer; et en i ot grant fuisson de mors et de bleciés, de une part et d’aultre, et plus assés des Espagnols que des Englois, ensi comme il fu apparans, car il i laissièrent quatorse nefs et les hommes et l’avoir qui dedens estoient. Et qant il veirent que les Espagnols estoient tous passés, car, que bien vous sachiés, tous n’asamblèrent pas, il tournèrent les singles viers Engleterre et vinrent prendre terre en Exsesses.

La roine d’Engleterre estoit logie en une abbeie en Exsesses et avoit ses varlès devant envoiiés, pour oïr nouvelles de son signeur le roi et de ses enfans, et sçavoit bien que à celle heure là il se combatoient. Si estoit en orissons à Dieu que il lor vosist donner et envoiier victore. Nouvelles li vinrent que li rois et si doi fil, li princes et li contes de Richemont, venoient et que la besongne avoit esté pour euls: si en fu grandement resjoïe et fist tantos alumer fallos et tortis et widier gens à force pour aler contre son signour et ses enfans et les aultres qui venoient, qui mieuls mieuls, car là où il estoient arrivet, il n’i a ne port ne haverne accoustumé d’ariver, fors à l’aventure.

Quant li rois vint en l’abeie où la roine estoit, il pooient estre bien deus heures en la nuit; si se conjoïrent grandement, ce fu raisons. Le plus des signours et des hommes demorèrent en lor navie, toute la nuit, et se aisièrent de che que il orent; mais li rois fu dalés la roine. Et à l’endemain si menestrel furent revesti, par cause de nouvelleté, de cotes de draps de Valenchiennes que li Espagnol en remenoient en lors pais, Flaiolet de Chimai, Jehan et Perrin de Savoie. Quant ce vint à l’endemain, tout li baron et li chevalier, qui à la besongne avoient esté, vinrent deviers le roi et l’abeie. Si les requellièrent liement et doucement li rois et la roine et les remerciièrent dou bon service que fait avoient; et puis prissent congiet, et retourna casquns en son lieu. Et li rois et la roine se departirent et vinrent à Londres. Fºs 151 vº et 152.

P. 97, l. 4: tous.--_Ms. B 3_: tout. Fº 158 vº.

P. 97., l. 7: aspre.--_Ms. B 6_: car sur mer Espaignos sont malle gent et ont grans vasseaulx et fors, et chil bateaulx estoient tout à l’eslite et bien proveus d’artillerie. Et jettoient en passant ºu en arestant et en combatant chil Espaignos de leurs nefs grande[s] pières de fais et gros baraulx de fer. Fº 428.

P. 97, l. 15: Wincenesée.--_Ms. B. 3_: Vincestre.--_Ms. B 5_: Wincenesse. Fº 360.

P. 97, l. 17: princes.--_Le ms. B 3 ajoute_: de Galles.

P. 97, l. 24: Espagnolz.--_Ms. B 6_: car madame d’Engleterre et son hostel estoit en le conté d’Exesses, en l’abeie de Liaus. Fºs 424 et 425.

P. 97, l. 31: reviel.--_Ms. B 3_: reveil.--_Ms. B 4_: revel. Fº 148 vº.

P. 97, l. 16 à p. 98, l. 6: A celle.... soy.--_Cet alinéa manque dans le ms. B 5_, fº 360.

§ =329=. P. 98, l. 7: Vous avés.--_Ms. de Rome_: Vous avés bien ichi desus oy recorder conment Ainmeris de Pavie, uns Lombars, deubt rendre et livrer as François le chastiel et la forte ville de Calais, et comment il en chei à ceuls qui là alèrent, et qui la marceandise avoient pour cachiet.

Messires Joffrois de Carni, pour ce temps, se tenoit à Saint Omer et entendi que chils Lombars desus nonmés estoit amasés en une petite belle maison non pas trop forte dalés Calais, que li rois d’Engleterre li avoit donnet, laquelle maison on nonmoit Fretun, et se donnoit là dou bon temps, et avoit en partie moult de ses deduis, car il avoit une très belle damoiselle, fenme englesce, en sa compagnie. Et ne quidoit pas que jamais il deuist oïr nouvelles des François; mais si fist, car messires Joffrois de Carni ne pooit ºubliier la traison que chils Ainmeris de Pavie li avoit fait. Qant il senti que il estoit là arestés, il fist secretement un mandement des chevaliers et esquiers de là environ et prist tous les arbalestriers de Saint-Omer, et se partirent de nuit, et cevauchièrent tant que, droit sus le point dou jour, il vinrent à Fretun et l’environnèrent.

Qant ce vint au cler jour, chil qui le chastiel gardoient, veirent gens d’armes et arbalestriers tous apparilliés environ euls pour asalir. Si furent tout esbahi, et le nonchièrent tantos à lor mestre en disant: «Sire, avisés vous. Vechi les François qui vous sont venu à ce matin veoir, et sont plus de cinq cens. Et est messires Joffrois de Carni, ce nous est avis, chiés de ceste assamblée, car nous avons veu sa banière de geulles à trois esquçons d’argent.»

Qant messires Ainmeris de Pavie oy parler de messire Joffroi et des François, se li revinrent toutes angousses au devant; et li ala souvenir dou vendage que fait avoit dou chastiel de Calais, et les avoit decheus. Si ne sceut que dire et se leva tantos, car à celle heure, il estoit encores en son lit dalés son amie qui si belle estoit que à mervelles; et dist en li levant: «Margerite, je croi bien que nostre compagnie se desfera, car je n’ai pas chastiel pour moi tenir tant que fuisse confortés.» La damoiselle à ces mos conmença moult tendrement à plorer; li chevaliers se leva et vesti et arma et fist armer ses varlès, et tout compté ils n’estoient que euls douse. Lor deffense ne dura point longement, car il y i avoit là bien cent arbalestriers et cinq cens hommes.

Tantos li maison de Fretun fu prise, et messire Ainmeris de Pavie dedens, et la damoiselle aussi, et tout amenèrent à Saint Omer. Et là fut decolés li dis Lombars et mis en quatre quartiers as portes: et les auquns des varlès au dit Ainmeri furent pendut, et li aultre non. La damoiselle n’ot garde: li signeur en orent pité; aussi elle n’estoit en riens coupable de ce fait. Et le rouva uns esquiers de là environ, lequel on nonmoit Robert de Frelant: ºn li donna; et demora depuis avoecques li, tant que elle vesqi. Fº 152.

P. 98, l. 18 et 19: cilz Lombars estoit amasés.--_Ms. B 3_: ces Lombars estoient assemblez. Fº 158 vº.

P. 98, l. 20: Fretin.--_Mss. 3 à 5_: Fretun.

P. 99, l. 12: mesnies.--_Ms. B 3_: serviteurs. Fº 159.

P. 99, l. 13: le friente.--_Ms. B 3_: le bruit.--_Ms. B 5_: la frainte. Fº 360.

P. 99, l, 16: entente.--_Ms. B 3_: diligense.

P. 99, l. 19: à mains.--_Ms. B 3_: pour le moins.

P. 99, l. 26: ens ou marchiet.--_Ms. B 3_: dedens le marché.

P. 99, l. 29: le descoupa.--_Ms. B 3_: la descoulpa.

§ =330=. P. 100, l. 1: En l’an.--_Ms. de Rome_: En l’an de grace Nostre Signeur mil trois cens quarante neuf, alèrent li penant et issirent premierement d’Alemagne; et furent honmes liquel faisoient penitances publiques, et se batoient d’escorgies à neus durs de quir farsis de petites pointelètes de fier. Et se faisoient li auqun entre deus espaules sainier moult vilainnement; et auqunes sotes fenmes avoient drapelès apparilliés, et requelloient ce sanc et le metoient à lors ieuls et disoient que c’estoit sans de miracle. Et chantoient, en faisant lors penitances, cançons moult piteuses de la Nativité Nostre Signeur et de sa sainte souffrance.

Et fu emprise ceste penitance à faire pour faire priière à Dieu pour cesser la mortalité, car en ce temps de la mort ot boce et epedimie. Les gens moroient soudainnement, et morurent bien en ce temps par univers monde, la tierce partie dou peuple qui pour lors resgnoient. Et ces penans des quels je parloie maintenant, aloient de ville en ville et de chité en chité par compagnies, et portoient sus leurs chiés lons capiaus de fautre, casqune compagnie de une coulour. Et ne devoient par droit estatut et ordenance dormir en une ville que une nuit, et avoient terme d’aler: trente trois ans et demi ala Dieus Jhesu Cris par terre, ensi que les saintes Escriptures tesmongnent; et il alèrent casqune compagnie trente trois jours et demi, et adonc ils rentroient ens ès villes et chités ou chastiaus dont il estoient issu. Et ne despendoient point fuisson dou lour sus lors journées faisans; car les bonnes gens des villes et chités où il s’enbatoient les prioient de disner et de souper. Et ne gisoient que sus estrain, se force de maladie ne lor faisoit faire. Et qant il entroient dedens la maison des gens, là où il devoient disner ou souper, il se mettoient en genouls devant le suel par humelité et disoient trois fois la patre nostre et Ave Marie, et ensi et en tel estat qant il s’en departoient. Moult de belles paix se fissent, les penans alans entre les honmes, tant que de cas d’ocisions liquel estoient avenu et desquels cas en devant on ne pooit venir à paix; mais par le moiien de l’afaire des penans on en venoit à paix.

En lors ordenances avoit plusieurs coses assés raisonnables et traitables et là où nature humainne s’enclinoit que de l’aler ou voiage et de faire la penitance, mais point n’entrèrent ens ou roiaulme de France, car papes Innocens qui pour ce temps resgnoit et qui en Avignon se tenoit, et li cardinal considerèrent cel afaire et alèrent au devant trop fort, et proposèrent à l’encontre de ces penans que penitance puble et prises de li meismes n’estoient pas licite ne raisonnable. Et furent esquemeniiet de lor fait, et par especial le clergiet qui avoecques euls estoit et s’acompagnoit. Et en furent pluisseurs curet, chanonne et capelain, qui lor ºppinion tenoient, privet de lor benefisce; et qui absolution voloit avoir, il le couvenoit aler querir en Avignon. Si se degasta ceste ºrdenance et ala toute à noient, qant on vei que li papes et li rois de France lor estoit contraires et rebelles, et ne passèrent point oultre Hainnau; car se il fuissent alé à Cambrai ou à Saint Quentin, on lor euist clos au devant les portes.

Si tretos que ces penans aparurent et que les nouvelles en vinrent, li sexste des Juis considerèrent et imaginèrent lors destructions, et avoient sorti plus de deus cens ans en devant et dit par figure: «Il doivent venir chevaliers qui porteront mailles de fier et seront moult crueuls; mais il n’aueront point de chiefs, et ne s’estenderont point lors poissanches ne lors oeuvres hors de l’empire d’Alemagne; mais qant il seront venu, nous serons tous destruis.» Lors sors averirent, car voirement furent en che temps tous les Juis destruis, et plus en un pais que en aultre; car li papes, li rois d’Espagne, li rois d’Arragon et li rois de Navare en requellièrent grant fuisson et les tinrent à treu desous euls. Fº 152.

P. 100, l. 2: peneant.--_Ms. B 4_: penant. Fº 149.--_Ms. B 3_: penitens. Fº 159.--_Ms. B 5_: penitanciers. Fº 360.

P. 100, l. 3: d’Alemagne.--_Ms. B 6_: et resgnèrent ens ès marches de Flandres, de Hainau et de Brabant et n’entrèrent ºncques ou royalme de Franche, car li eglise leur fu contraire pour tant que il avoient empris ceste cose à faire sans le seut de leur prelas et de leurs curés. Fº 429.

P. 100, l. 4: se batoient.--_Ms. B 6_: d’escorgies de cuir, à neuls de cuir, à pointe de fer. Fº 429.

P. 100, l. 4: d’escorgies.--_Ms. B 5_: d’escorgées.

P. 100, l. 14: humilité.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: et couvenance.

P. 100, l. 21: par.--_Le ms. B 3 ajoute_: aucuns.

P. 100, l. 26: vaille.--_Ms. B 3_: valeur.

P. 100, l. 27: de raison.--_Ms. B 3_: et raisons.

P. 101, l. 3: èles.--_Ms. B 3_: alles. Fº 159 vº.--_Ms. B 5_: esles. Fº 350 vº.

P. 101, l. 3: pape.--_Ms. B 6_: car li eglise ne trouve mies que on les deuist mettre à mort, pour tant que il seroient saulvés se il se volloient retourner à no foy. Fº 430.

P. 101, l. 5: à là.--_Ms. B 3_: en Avignon.

P. 101, l. 5: garde de mort.--_Ms. B 3_: point paour de mourir.

P. 101, l. 6: sorti.--_Ms. B 3_: deviné par leur sort. Fº 159 vº.

P. 101, l. 9: exposition.--_Ms. B 5_: oppinion.

§ =331=. P. 101, l. 12: En l’an.--_Ms. d’Amiens_: En l’an de grace Nostre Seigneur mil trois cens cinquante, trespassa de ce siècle li roys Phelippes; si fu tantost couronnés li dus de Normendie sez filz, à grant solempnité, en le chyté de Rains, et fist grace à ses deux cousins germains, monseigneur Jehan d’Artois et monseigneur Carle, que li roys, ses pères, avoit tenu en prison bien seize ans et plus; et les mist dallés li et avança grandement. Fº 98 vº.

--_Ms. de Rome_: En l’an de grace Nostre Signeur mil trois cens et cinquante, trespassa de ce siècle li rois Phelippes de France, et fu enseupelis à grant solempnité en l’abeie de Saint Denis en France. Et puis fu Jehans, ses ainnés fils, dus de Normendie, rois, et sacrés et couronnés en l’eglise de Nostre Dame de Rains à très haute solempnité. Tantos apriès son couronnement, il s’en retourna à Paris et entendi à faire ses pourveances et ses besongnes, car les trieuwes est[oient[301]]. Fº 152 vº.

[301] Ici finit le manuscrit de Rome dont les trois derniers feuillets ont été lacérés. Voy. l’introduction au I{er} livre, en tête du tome premier de cette édition, p. LXXV et LXXVI.

P. 101, l. 19: pourveances.--_Ms. B 3_: provisions. Fº 160.

P. 101, l. 26: la langue d’och.--_Ms. B 3_: ce bon pais de Languedoc.

P. 101, l. 29: l’Angelier.--_Ms. B 3_: d’Angely.--_Ms. B 4_: l’Anglier. Fº 149.

P. 102, l. 3 et 4: cousins germains.--_Ms. B 6_: cousins germain[s] ºssi as enfans de Haynau, as enfans de Blois et as enfans de Namur. Fº 430.

P. 102, l. 5 et 6: plus de quinze ans.--_Ms. B 3_: par l’espace de quinze ans.

P. 102, l. 12: Jakeme.--_Ms. B 3_: Jacques.--_Ms. B 4_: Jaqme. Fº 149 vº.

P. 102, l. 13 et 14: les plus.... conseil.--_Ms. B 5_: lez lui et à son especial conseil. Fº 360 vº.

P. 102, l. 16: providense.--_Mss. B 3 et 4_: prudence.

P. 102, l. 19: Avignon.--_Les mss. B 3 à 5 ajoutent_: et se logea à Villenove dehors Avignon.

P. 102, l. 21: là.--_Ms. B 6_: environ six sepmaines. Fº 431.

P. 102, l. 23: plus de quinze.--_Ms. B 3_: quinze.

P. 102, l. 23: jours.--_Ms. B 6_: puis ala à Besiers, puis à Nerbonne, puis à Carquasonne, puis à la bonne cité de Toulouse. Fº 431.

P. 102, l. 28: en osta.--_Ms. B 3_: deposa.--_Ms. B 6 ajoute_: Sy s’en revint par Roherge, par Limosin et par le pais de Brie et de là arière en Franche. Fº 431.

P. 103, l. 3 et 4: d’Espagne.--_Ms. B 6_: filz à messire Lois d’Espaigne qui tant avoit esté bons chevaliers en Bretaigne. Fº 431.

P. 103, l. 5 et 6: d’Audrehen.--_Ms. B 6_: En ceste meisme année, il envoia ses deux marisaulx, monsigneur Edouart, signeur de Bieaugeu et monsigneur Guy de Nelle et grand foison de bons chevaliers de Franche et de Poitou et de Saintonge par devant Saint Jehan d’Angely. Fº 431.

P. 103, l. 7: nouveleté.--_Ms. B 3_: nouvelle venue.--_Ms. B 4_: nouvelle arivée. Fº 149 vº.

P. 103, l. 19: hostel.--_Le ms. B 3 ajoute_: et les provisions qu’ilz avoient. Fº 160 vº.

§ =332=. P. 103, l. 27: Quant.--_Ms. d’Amiens_: Quant chil de le ville Saint Jehan l’Angelier se virent asegiet dou roy de Franche et que nulx comfors de nul costé ne leur aparoit, si en furent durement esbahy, et envoiièrent messaigez en Engleterre deviers le roy, en priant que il lez volsist secourir et comforter, car il en avoient grant mestier. Tant esploitièrent li messaige qu’il vinrent en Engleterre deviers le roy, et li moustrèrent les lettrez qu’il portoient de par ses gens de le ville de Saint Jehan.

Quant li roys oy ces nouvelles, si dist que vollentiers les recomforteroit il, car c’est raisons. Si coumanda à messire Jehans de Biaucamp et à pluisseurs autrez qu’il se volsissent traire de celle part. Dont se pourveirent messires Jehans de Biaucamp et si compaignon, se partirent d’Engleterre et nagièrent tant par mer qu’il arrivèrent à Bourdiaux. Si se rafreskirent là, et priièrent au seigneur de Labreth, au signeur de Lespare, au signeur de Pumiers, au signeur de Muchident et as autres Gascons, qu’il se volsissent appareillier de aller avoecq lui aidier à rafreschir le ville de Saint Jehan, et que li roys d’Engleterre, leurs sirez, leur mandoit.

Chil seigneur furent tout appareilliet à l’ordonnanche de monseigneur Jehan de Biaucamp, et se pourveirent tost et hasteement, et se departirent de Bourdiaux. Si estoient en nombre cinq cens armures de fier, quinze cens archiers et troi mil bidaus, et assamblèrent grant fuisson de bleds, de vins et de chars salléez tout en soummiers, pour rafreschir chiaux de Saint Jehan, et chevaucièrent en cel arroy tant qu’il vinrent à une journée priès de Saint Jehan.

Nouvellez vinrent en l’ost des Franchois que li Englès venoient rafrescir le ville de Saint Jehan. A ce donc estoit retrais li roys Jehans à Poitiers, et avoit laissiet ses gens et ses marescaux là au siège. Si eurent consseil li Franchois que une partie de leurs gens iroient garder le pont de le rivierre de Charente, et li autre demoroient au siège. Si se partirent messires Guis de Neelle, marescaux de France, li sires de Pons, li sires de Parthenay, li sires de Tannai Bouton, li sires d’Argenton, messires Guichars d’Angle et bien quatre cens chevaliers, et estoient bien mil hommes d’armes, de bonne estoffe. Si se avanchièrent et vinrent desoubz Taillebourcq, au pont de le Charente, tout premiers, ainschois que li Englès y pewissent venir. Si se logièrent bien et biel sus le rivierre et furent signeur dou pont.

A l’endemain au matin, vinrent là li Englèz et li Gascon qui furent tout esbahi quant il virent là ces seigneurs de France là logiés enssi, et perchurent bien qu’il estoient decheu et qu’il avoient falli à leur entente. Si se consillièrent grant temps, car à envis retournoient, et envis sus le pont se mettoient. Tout consideré il se missent au retour et fissent touttes leurs pourveanches et leurs soummiers retourner.

Quant chil seigneur de France en virent le mannière et que li Englèz s’en ralloient: «Or tos passons le pont; car il nous fault avoir de leurs vitailles.» Dont passèrent il outre communaument à grant esploit, et toudis s’en alloient li Englès. Quant il furent tout oultre et li Englès en virent le mannierre, si dissent entr’iaux: «Nous ne demandons autre cose; or tos allons les combattre.» Lors se missent il en bon arroy de bataille, et retournèrent tout à ung fès sur les Franchois.

Là eut de premières venuez grant hurteis et fort lanceis, et maint homme reverssé par terre. Finablement, li Englès et li Gascon, par leur proèche, obtinrent le place. Et furent là desconfi li Franchois, tout mort et tout pris; oncquez homme d’onneur n’en escappa. Si retournèrent li dit Englès et Gascon deviers Bourdiaux à tout ce gaaing, et en remenèrent arrierre leur pourveanches. Fºs 98 vº et 99.

P. 104, l. 7: Biaucamp.--_Ms. B 3_: Beaumont. Fº 160 vº.

P. 104, l. 8: Byaucamp.--_Mss. B 3 à 5_: Beaumont.

P. 104, l. 9: Jame.--_Ms. B 3_: Jehan.

P. 104, l. 10: Brues.--_Ms. B 3_: Bruges.--_Ms. B 4_: Bruhes. Fº 149 vº.--_Ms. B 5_: Bruues. Fº 360 vº.

P. 104, l. 29: havene.--_Ms. B 3_: havre.

P. 104, l. 30: kay.--_Ms. B 3_: chays.

P. 105, l. 7: Blaves.--_Ms. B 3_: Blaye.--_Ms. B 4_: Bloves. Fº 150.

P. 105, l. 10: cinq cens.--_Mss. B 3 à 5_: six cens.

P. 105, l. 11: brigans.--_Ms. B 6_: bidaus. Fº 433.

P. 105, l. 13: Carente.--_Ms. B 3_: Charante.

P. 105, l. 17: amas.--_Mss. B 3 et 4_: armée.

P. 105, l. 18: Jehan.--_Ms. B 6_: Sy s’acordèrent à chou que le sire de Bieaugeu demor[r]oit au siège tout cois à tout le moitié de l’ost; et messire Guy de Nielle, marisaulx de Franche, messire Renault de Pois, ung vaillant chevalier, messire Guichart d’Angle, le sire de Partenay, le sire de Matelin et pluiseurs aultres grant barons et chevaliers, qui là estoient à tout l’autre moitié de l’ost, iroient garder le pont de la forte rivière de Quarente: par lequel pont il couvenoit ces Englès passer, s’il volloient venir en la ville de Saint Jehan, et se n’y avoient que cinq lieues. Fºs 433 et 434.

P. 105, l. 19: Saintré.--_Ms. B 3_: Santerré.

P. 105, l. 21: Puiane.--_Ms. B 3_: Puyarne.--Ms. B 4: Pivaire.

P. 105, l. 22: Tannai Bouton.--_Ms. B 3_: Tonnay Bouton.

P. 106, l. 16: passer.--_Ms. B 6_: car otant voldroit soixante hommes au delà le pont, si comme il disoient, par deviers les Franchois, comme feroient dix mille de leur costé. Fº 434.

P. 106, l. 18 et 19: les assallir.--_Ms. B 3_: l’assallir. Fº 161.

P. 106, l. 30: gens.--_Ms. B 3_: nombre.

P. 107, l. 3: ou froais.--_Ms. B 3_: au froy.--_Ms. B 4_: de froais.

P. 107, l. 8: droit.--_Ms. B 3_: fin.

P. 107, l. 25: ablement.--_Ms. B 3_: asprement.

P. 107, l. 30: desconfirent.--_Ms. B 6_: mais il detinrent le camp et prinrent le marescal du roy monseigneur Gui de Nelle, monseigneur Guichart d’Engle, che bon chevalier, monseigneur Renault de Pons, le seigneur d’Esprenay, monseigneur Bouchicau, monseigneur Ernoul d’Audrehem, le sire de Matelin et pluiseurs bons chevaliers de Poitou et de Saintonge et ossy de Vermendois et de Franche qui estoient là alés avec le marescal, tant qu’il eurent bien soixante bons prisonniers, et se logèrent celle nuit en celle plache. Bien le sceut le sire de Biaugeu, mais il n’osoit laissier le siège que cil de Saint Jehan ne se ravitaillaissent. Fº 436.

P. 107, l. 32: Neelle.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: et grant foison de bons chevaliers et escuiers de Picardie qui furent tous prins ou tuez. Fº 161.

§ =333=. P. 108, l. 12: Vous devés.--_Ms. d’Amiens_: Ces nouvelles vinrent en l’ost que messires Guis de Neelle, marescaux de France, li sirez de Pons, li sirez de Partenay et tout li baron et li chevalier qui là [estoient] avoient estet pris; si le segnefiièrent au roi de Franche qui se tenoit à Poitiers, qui en fu moult courouchiéz, mès amender ne le peult, tant c’a ceste fois. Si renvoia nouvelles gens d’armes au siège, et ne veult mies que ºn s’en departesist enssi.

Quant chil de Saint Jehan l’Angelier entendirent ces nouvellez, que leur secours estoit perdus et que point n’en aroient, ne que ravitaillé ossi point ne seroient, si furent plus esbahi que ºncques mès, car il estoient durement astraint; si eurent consseil de tretiier à ces seigneurs de Franche qui là estoient. Si tretiièrent sus cel estat que, s’il n’estoient comforté, dedens un mois, de gens fors assés pour lever le siège, il se renderoient. Li sires de Biaugeu envoya ce tretiet deviers le roy de France qui se tenoit à Poitiers, assavoir se il le vorroit faire, ou non. Il l’acorda et se parti de Poitiers et vint en l’ost dallés ses gens; et pour tant qu’il savoit que li deffaulte de vivres estoit si grans en le ville de Saint Jehan, qu’il moroient de famine, il y envoya de tous vivrez, bien et largement, tant qu’il en furent tout raempli: laquel cose il tinrent à grant courtoisie. Li roys Jehans tint là sa journée bien et puissamment, ne oncques nus n’aparut pour lever le siège.

Si couvint que cil de Saint Jehan se rendesissent, car à che estoient il obligié, et en avoient livré bon ostaigez. Si furent franchois comme en devant, et jurèrent feaulté et hoummaige à devoir et à paiier au roy de Franche. Si y mist li roys de recief ºfficiiers de par lui, et y fist ung senescal dou pays d’un chevalier que on appelloit messire Jehan de Montendre. Et puis s’en parti li dis roys et dounna touttez ses gens congiet, et retourna en France et vint sejourner à Paris. Fº 99.

P. 108, l. 18: et pris.--_Ms. B 3_: et presque toute. Fº 161 vº.

P. 108, l. 19: Saintré.--_Ms. B 3_: Santres.

§ =334=. P. 110, l. 11: envoiiés.--_Le ms. B 4 ajoute_: du roy d’Engleterre et de son conseil. Fº 151.

P. 110, l. 12: Calais.--_Le ms. B 3 ajoute_: qui estoit de son conseil. Fº 162.

§ =335=. P. 110, l. 25: En celle.--_Ms. d’Amiens_: En ceste meysme saison que li sièges fu par devant Saint Jehan l’Angelier, avint en Bretaingne ung moult mervilleux fait d’armes que on ne doibt mies oubliier, mès le doit on mettre avant pour tous bacelers encorragier. Et affin que vous le puissiés mieux entendre, vous devés savoir que toudis estoient guerres en Bretaingne entre les parties des deus dammes, coumment que messires Carlez de Blois fust eprisonnés. Et se guerioient les partiez des deus dammes par garnisons qui se tenoient ens ès castiaux et ès fortez villes de l’une partie et de l’autre.

Si avint ung jour que messires Robers de Biaumanoir, vaillant chevalier durement et dou plus grant linage de Bretaingne, estoit castelains dou Castiel Joselin, et avoit avoec lui grant fuisson de gens d’armez de son linage et d’aultres saudoiiers, et s’en vint courir par devant le ville et le castiel de Plaremiel, dont il estoit castelains ungs saudoiiers allemans que on clammoit Blandebourch, et avoit avoecq lui grant fuisson de saudoiiers allemans, englès, bretons et d’autrez pays, et estoient de le partie de la contesse de Montfort.

Quant li dis messires Robiers vit que nuls de le garnison n’istroit, il s’en vint à le porte et fist appeller ce Blandebourch sus asegurancez, et li demanda se il avoit layens nul compaignon, deux ou trois, qui volsissent jouster de fiers de glaves encontre autres troix pour l’amour de leurs dammez. Blancquebourcq respondi et dist que leurs dammez ne voroient mies que il se fesissent tuer si simplement que d’une seulle jouste, car c’est une aventure de fortune trop tost passée.

«Mès je vous dirai que nous ferons, se il vous plaist. Nous prenderons vingt ou trente de nos compaignons de nostre garnison et nous metterons à plains camps, et là nous combaterons tant que nous porons durer: si en ait le milleur à qui Dieux le vorra donner!»--«Par ma foy! respondi messires Robiers de Biaumanoirs, vous en parlés en bonne manierre, et je le voeil enssi; or, prendés journée.» Elle fu prise au merquedi prochain venant, et donnèrent là entr’iaux certainnez trieuwez jusques ad ce jour, et retournèrent mesirez Robiers et ses gens sus cel estat. Si se pourveirent de trente compaignons, chevaliers et escuiers, et les prissent en leurs garnisons, et Branquebourch ossi de trente autrez compaignons tous à eslite. Fº 99.

P. 110, l. 28: exempliier.--_Ms. B 3_: donner exemple. Fº 162.

P. 111, l. 11: Plaremiel.--_Ms. B 5_: Paremiel. Fº 361.

P. 111, l. 11: uns.--_Les mss. B 3, 4 ajoutent_: uns bons escuiers alemant, hardis homs d’armes malement. Fº 151.--_Le ms. B 5 ajoute_: un escuier alemant.

P. 111, l. 24: de fers de glaves.--_Ms. B 3_: de pointes de lances.

P. 111, l. 25: amies.--_Ms. B 3_: dames.

P. 112, l. 4: sus le hart.--_Ms. B 3_: à peine de la hart. Fº 162 vº.

P. 112, l. 13: creante.--_Ms. B 5_: creance.

P. 112, l. 14: creante jou.--_Ms. B 3_: je le prometz.

P. 112, l. 22: yaus.--_Le ms. B 3 ajoute_: mettre.

§ =336=. P. 112, l. 23: Quant li jours.--_Ms. d’Amiens_: Quant li jours fu venus, li trente compaignon Branquebourch oïrent messe, puis se fissent armer et s’en allèrent en le pièce de terre là où li bataille devoit y estre. Et descendirent tout à piet et coummandèrent à tous ciaux qui là estoient, que nulx ne fuist si hardis qui s’entremesist d’iaux, pour cose ne pour mescief qu’il veist. Et ensi fissent li trente compaignon de monseigneur Robert de Biaumanoir. Chil trente compaignon que nous appellerons Englèz, à ceste besoingne atendirent longement lez autrez trente que nous appellerons Franchois.

Quant il furent venu, il descendirent à piet, et fissent adonc le coummandement dessus dit. Et quant il furent l’un devant l’autre, il parlementèrent un petit enssamble tout soissante, puis se retraissent un petit arrière, li ungs d’une part et li autre d’autre part. Et fissent touttez leurs gens traire arrière de le place, bien loing. Puis fist li ungs d’iaux ung signe, et tantost se coururent seure, et se combatirent fortement tous en ung tas. Et rescouoient bellement li ungs l’autre, quant il veoient leurs compaignons à mescief.

Assés tost apriès ce qu’il furent assamblé, fu ochis li ungs dez Franchois. Mès pour ce ne laissièrent mies li autre le combattre; ains se maintinrent moult vassaument d’une part et d’autre, ºssi bien que tout fuissent Rollans et Oliviers. Je ne say dire à le verité: «Chilz s’i maintint le mieux, ne chilz autrez;» mès tant se combatirent longement, que tout perdirent force et alainne et pooir entirement.

Si les couvint arester et reposer, et se reposèrent par acort li uns d’une part et li autre d’autre. Et s’en donnèrent trieuwez jusques adonc qu’il se seroient reposé et que li premier qui se releveroit, rapelleroit les autrez. Adonc estoient mort quatre des Franchois et deux des Englès. Il se reposèrent longement d’une part et d’autre. Et telz y eult qui burent dou vin que on leur aporta en boutaillez, et restraindirent leurs armures qui desrouttez estoient, et fourbirent leurs plaies et rebendelèrent. Fº 99.

P. 113, l. 5: des leurs.--_Ms. B 3_: des François. Fº 162.

P. 113, l. 13: se coururent sus.--_Ms. B 5_: s’entrecoururent sus. Fº 361 vº.

P. 113, l. 22: plus avant.--_Ms. B 3_: mieulx. Fº 162 vº.

P. 114, l. 2 et 3: leurs armeures.... plaies.--_Ms. B 3_: leurs arnois qui estoient gastez et nestoiarent leurs playes. Fº 162 vº.

§ =337=. P. 114, l. 4: Quant.--_Ms. d’Amiens_: Quant il furent assés reposé, li premiers qui se releva, fist signe et rapella les autres. Si recoummencha li bataille si forte comme en devant, et dura moult longement; et se tinrent ceste seconde enpainte moult vaillamment. Mès finablement li Englès en eurent le pieur; car, enssi que je oy recorder chiaux qui les virent, li ungs des Franchois, qui estoit à cheval, les debrisoit et defouloit laidement: si ques Blandebourch, leur cappittainne, y fu tués, et huit de leurs compaignons. Si les enmenèrent messires Robiers de Biaumanoir et li sien en leur garnison. Enssi alla il de ceste besoingne. Fº 99.

P. 114, l. 8: et espois et daghes.--_Ms. B 3_: et espoisses dagues. Fº 163.

P. 114, l. 18: le pieur.--_Ms. B 3_: du pire. Fº 163.

P. 114, l. 20: les.--_Le ms. B 3 ajoute_: Anglois.

P. 114, l. 21: mesaisiement.--_Ms. B 4_: mesaisement. Fº 151 vº.

P. 114, l. 22: huit.--_Ms. B 6_: vingt. Fº 445.

P. 114, l. 24: aidier.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: qu’il ne les couvint rendre ou mourir.

P. 114, l. 28: rancenèrent.--_Ms. B 4_: ranchonnèrent. Fº 152.

P. 114, l. 29: resanet.--_Ms. B 3_: gueriz.

P. 114, l. 31: Englès.--_Ms. B 6_: Je n’oys oncques mais dire ne raconter que sy faite astine ne entreprise ne fust pour recommander, et partout là où il venroient, cheulx qui y furent et qui en escapèrent en vie. Et osy furent il, il n’est pas doubte, car bien vingt deus ans puissedy j’en vich ung seoir à la table du roy Charle de Franche, que on apelloit monseigneur Ievain Caruiel. Et pour chu que il avoit esté l’eun des Trente, on l’onnouroit deseure tous aultres. Et ousy il moustroit bien à son viaire qu’il sçavoit que cops d’espées, de daghes et de haches valloient, car il estoit moult plaiiés. Et ossi oy jou dire de che tamps que messires Engherans d’Uedins avoit esté avoecques en l’election, et pour che estoit il sy honnourés et amés dou roy de Franche. Se che fu voir, il en valy mieulx, et tout chil qui y furent, car che fut ung honnourable fait d’arme, et avint entre Plaremiel et Castiel Josselin l’an de grace mil trois cens cinquante un, le vingt septième de jullet. Fº 445 et 446.

P. 115, l. 1 à 11: Et.... outrecuidance.--_Cet alinéa manque dans le ms. B 5_, fº 361 vº.

P. 115, l. 3: Yewains.--_Ms. B 3_: Gauvain. Fº 163.--_Ms. B 4_: Jovains. Fº 152.

P. 115, l. 3: Charuelz.--_Ms. B 3_: Caruel.--_Ms. B 4_: Keruels.

P. 115, l. 7: bien.--_Ms. B 3 ajoute_: les enseignes.

§ =338=. P. 115, l. 12: Nous parlerons.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le departement dou siège de Saint Jehan l’Angelier, et que li roys de France fut retrèz à Paris, il envoya son marescal, le seigneur de Biaugeu, à Saint Omer, pour là garder lez frontières contre les Englès. A ce donc estoit cappittainne de Calais messires Jehans de Biaucamp, et avoit grant fuison de bons compaignons avoecq lui, qui souvent yssoient et couroient sus le pays, d’une part et d’autre. Dont il avint une fois qu’il se partirent de Callais à trois cens armurez de fer et quatre cens archiers, et vinrent à un ajournement courir devant Saint Omer et queillirent le proie et l’enmenoient devant yaux.

Ces nouvellez vinrent au seigneur de Biaugeu que les Englès chevauchoient et avoient estet jusques ens ès fourbours de Saint Omer. Tantost il fist sounner ses trompettes et armer touttes mannierres de gens d’armes qui laiiens estoient, dont il avoit grant fuison; et tous premiers se parti à ce qu’il avoit de gens, sans atendre les autres, et vint sus les camps et fist desvoleper se bannierre. Si pooient y estre en ceste premierre routte environ six vingt armures de fier, et toudis veno[ient] gens. Si poursuiwirent les Englès bien quatre lieuwez, et tant que assés priès d’Arde il les raconssuirent. Li Englèz ne veurent plus fuir, mès se requeillièrent et entrèrent en un pret. Fº 99 vº.

P. 115, l. 28: trois cens.--_Ms. B 6_: quatre cens. Fº 446.

P. 115, l. 31: Saint Omer.--_Ms. B 6_: entre Arques et Saint Omer. Fº 446.

P. 116, l. 2: terne.--_Ms. B 3_: tertre. Fº 163.--_Ms. B 4_: tierne. Fº 152.

P. 116, l. 8: retraire.--_Ms. B 3_: eulx retirer.

P. 116, l. 28 et 29: ensi.... fait.--_Ms. B 3_: quant ilz furent prestz. Fº 163 vº.

P. 116, l. 29: caudement.--_Ms. B 3_: hastivement.

P. 116, l. 32: Drues.--_Ms. B 3_: Drieuvez.

P. 117, l. 1 et 2: Guillaumes.--_Mss. B 3 et 4_: Gauvaing.

P. 117, l. 6: Cuvilers.--_Ms. B 4_: Civiliers.

P. 117, l. 7: Vermendois.--_Ms. B 6_: Et sy avoit bien six cens bringans à pavais, dont Anbrose Bonnefin et Gorge de Pistoie et Franchois de Rose estoient meneurs et capitaines. Si gardoient et deffendoient le pais à leur pooir. Si chevauçoient une fois devers Calais pour querir leur aventurez, et chil de Calais aloient ung aultre jour. Ensy aloient il de l’un à l’autre; et toudis le comparoient les povres gens. Fºs 439 et 440.

P. 117, l. 27: cent.--_Ms. B 6_: quatre cens. Fº 447.

P. 118, l. 4: Evous.--_Ms. B 3_: Et vint.

P. 118, l. 4: venu.--_Ms. B 6_: et ceulx de son ostel tant seulement, et vint jusques au pret, montés sur son coursier, se banière devant luy, et monseigneur Oudart de Renty, monseigneur Bauduin d’Ennequin, messire Baudart de Cuvillers, le seigneur de Haveskerke ossy delés luy. Et toudis ly venoient gens, mais encores n’estoient point venu le conte de Porsiien et sa banière ne messire Gilles de Bourbon ne messire Gicart de Biaugeu son frère.

Quant le sire de Biaugeu fu venus jusques as Englès, et il les vit ens ou pret, tantost imagina leur afaire et dist à ses gens: «A piet, à piet! Nous ne les poons combattre aultrement.» Adonc se mist il à piet; ossi firent tous ly aultres. Quant il fu à piet, il regarda entour luy et se vit en petite compaignie. Sy demanda à messire Bauduin de Cuvillers: «Où sont tous nos gens?» Respondy le chevalier: «Il vous sievent, et vous vos estes trop hastés. Che seroit bon que d’ieaux atendre: il venront tantost; et vous n’avés pas gens pour chy asallir à yaulx à jeu party.»

Adonc se retourna le sire de Biaugeu et dist par mautalent: «Baudart, Baudart, se vous avés paour, sy retournés et les atendés.»--«Sire, nanil, dist le chevalier; ains vous sievray, mès je vous le disoie pour bien.»

Adonc fist le sire de Biaugeu cheluy qui portoit sa banière passer oultre le fosset; et il mesmes prit sa lance et en apoiant il sally oultre. Et à che qu’il sally, il vint ung Englès qui le requelly de sa glave, et le fery par desous ou fusiel, car il n’estoit point armés de braies, de mailles, ne d’aultre armure deffensable à chel endroit. Fºs 448 et 449.

P. 118, l. 8: tourniier.--_Ms. B 3_: tournoier.

P. 118, l. 11: hurée.--_Ms. B 3_: levée. Fº 163 vº.

P. 118, l. 12: sallir.--_Le ms. B 3 ajoute_: à. Fº 164.

P. 118, l. 16: s’escueilla.--_Ms. B 3_: se reculla.--_Ms. B 4_: s’esquellia. Fº 152 vº.

P. 118, l. 17: banière.--_Ms. B 3_: estandart.

P. 118, l. 20: s’abusça.--_Ms. B 3_: trebucha.

P. 118, l. 24: embara.--_Ms. B 3_: l’abatit.--_Ms. B 4_: embati.

P. 118, l. 30: vaillamment.--_Ms. B 6_: Adonc s’avanchèrent les deus chevaliers et aultres qui estoient là venus avecques luy, messire Oudart de Renty, messire Bauduin d’Annekin, le sire de Mannier, le sire de Haveskerque, messire Lois d’Ecalles, messire Bauduin de Cuvillers, et y firent mervelles d’armes. Fº 450.

P. 118, l. 32: foursené.--_Ms. B 3_: forcennez. Fº 164.

P. 119, l. 2: estekeis.--_Ms. B 3_: estry.

P. 119, l. 6 et 7: un oel.--_Ms. B 3_: Jehan Oel.

P. 119, l. 13: le trettié.--_Ms. B 3_: le trait. Fº 164.--_Ms. B 4_: le traittiée.

P. 119, l. 15: esmerveilliés.--_Ms. B 3_: esbay.

P. 119, l. 28: reporter.--_Ms. B 6_: «.... ensevelir en nostre pais, en l’abeie de Belleville là où nostre anciseur gisent.» Son frère tout en plorant ly eult en couvent. Oncques depuis ces parolles le sire de Biaugeu ne parla; là morut. Dieu en ait l’ame, car il fut moult vaillant chevalier et preudons et bien congneu en pluiseurs pais. Meismement le roy Englès et les seigneurs d’Engleterre en furent courchiés de sa mort pour le proesche et le bien de luy. Fºs 451 et 452.

P. 120, l. 3: geules.--_Les mss. B 3, 4 ajoutent_: à trois lambaux (B 4: labiaus. Fº 153) de gueules. Fº 164.

P. 120, l. 10: requerre.--_Ms. B 3_: conquerre.

§ =339=. P. 120, l. 14: Tout à piet.--_Ms. d’Amiens_: Li sires de Biaugeu, qui estoit chaux et boullans de combattre, descendi à piet et fist descendre les siens, et alla autour de ce pret; et n’y pooit entrer à sen aise pour un fosset qui y estoit, si ques par mautalent il prist son glaive et sailli oultre. En saillans, uns Englès li bouta son glaive ou fusiel où point n’estoit armés, et li embara ou corps et là l’abati navret à mort. Quant ses gens virent le grant mescief, il saillirent oultre qui mieux mieux. Et là eult deus chevaliers qui se fissent tuer sus le corps le signeur de Biaugeu. Si ne durèrent li Franchois qui là estoient, point longement, et furent tout mort et tout pris chil premiers.

Evous venant grant secours de Saint Omer, messires Guichart de Biaugeu, frère au dessus dit, le comte de Porsiien, messire Guillaumme de Bourbon et bien trois cens armures de fier; si se boutèrent en ces Englès. Et là eut de rechief grant bataille et dure, et maint homme reverssé d’une part et d’autre. Et vous di que li Franchois ne l’avoient mies d’avantaige, car li Englès s’i esprouvoient trop vaillamment: et ewissent, enssi que on suppose, esté desconffi, se li brigant, bien sept cens, ne fuissent là venu, mès chil parfissent le besoingne et desconfirent les Englès. Si furent tout mort et tout pris, et rescous cil qui pris estoient, et li proie ºssi rescousse; car li sires de Bavelingehen, par où li foureur les menoient, yssi hors de se fortrèce, et ossi fissent chil d’Arde. Si le rescoussent et furent tout mort et tout pris chil qui le menoient, mès li sirez de Biaugeu morut là sus le place, dont tous li Franchois lurent moult courouchiet; si le ramenèrent à Saint Omer. Si le fist messires Guichars, ses frères, enbausoummer et mettre en un sarqu, et le renvoya en son pays arrierre en Biaugeulois. Si fu assés tost apriès envoiiés à Saint Omer messires Ernoulx d’Audrehen, et fais marescaux de Franche. Chilx garda ung grant tems le frontière contre lez Englès. Fº 99 vº.

P. 120, l. 26: son hardement.--_Ms. B 3_: l’ardiesse. Fº 164 vº.

P. 121, l. 5: essannés.--_Ms. B 3_: lassé.--_Ms. B 4_: ensannés. Fº 153.

P. 121, l. 9: plus de cinq cens.--_Ms. B 6_: six cens. Fº 453.

P. 121, l. 40: pavais.--_Ms. B 3_: pennons.

P. 121, l. 13: hodet.--_Ms. B 3_: ennuyez.

P. 121, l. 17: Biauvers.--_Ms. B 3_: Bauvères.--_Ms. B 5_: Beauvais. Fº 361 vº.

P. 121, l. 17: Tuiton.--_Ms. B 4_: Tuton.

P. 121, l. 24: devia.--_Ms. B 3_: trespassa.

P. 121, l. 24: place.--_Le ms. B 5 ajoute_: Dieux pardoint à tous trespassés et à nous tous nos pechiés.

P. 121, l. 31: le proie.--_Ms. B 3_: la prise.

P. 121, l. 32: devint.--_Mss. B 3, 4_: de nuyt.

P. 122, l. 4: embusce.--_Ms. B 6_: Et estoient bien six vingt hommes d’armes et trois cens à piet et mis en ung bosquet entre Ardre et Ghines. Fº 454.

P. 122, l. 4 et 5: armeures de fer.--_Ms. B 4_: hommes d’armes.

P. 122, l. 11: Saint Omer.--_Mss. B 3, 4 ajoutent_: où on l’avoit levée.

P. 122, l. 16: peurent.--_Ms. B 6_: Ceste bataille fu l’an de grace mil trois cens cinquante un, le septième jour de septembre entre le bastille d’Ardre et le ville de Hoske. Après le desconfiture, les Franchois retournèrent à Saint Omer et enmenèrent leur prisonniers monseigneur Jehan de Biaucamp et les aultres et raportèrent le seigneur de Biaugeu tout mort, dont che fu pité, et monseigneur Guichart son frère moult fort navré, et ensevelirent les mors et entendirent as navrés. Assés tos après fut fait ung escange de monseigneur Jehan de Biaucamp et d’un aultre chevalier englès, que on nommoit messire Olivier de Clitfort, pour monseigneur Guy de Nelle, mariscal de Franche, et pour monseigneur Ernoul d’Audrehen. Si s’en ralèrent cilz chevaliers à Calais, et li aultres revinrent en Franche. Sy fu assés tos après esleu à y estre mariscal de Franche ou lieu de monseigneur de Biaugeu et fu envoié à Pontorson, car là avoit une grosse route d’Englès qui couroient le pais et venoient de le marche de Bretaigne. Sy se tint là messire Ernoul d’Audrehen ung grant temps en garnison, et avoit grant plenté de chevaliers et d’escuiers qui gardoient et deffendoient le pais de Normendie à che chosté. Fºs 454 et 455.

P. 122, l. 21: faire frontière.--_Ms. B 3_: fortifier.

P. 122, l. 26: d’autre.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: courtoisement.

§ =340=. P. 122, l. 28: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés bien oy recorder coumment li comtez de Ghines, connestablez de Franche, fu pris à Kem en Normendie, et li comtez de Tancarville, et prisonnier en Engleterre. Li dis connestablez de Franche acquist grant grace en Engleterre dou roy premierement, de le roynne et de tous les seigneurs, car il estoit doulx et courtois chevaliers durement. Si fu là prisonniers l’espasse de cinq ans et plus, et se mist à finanche à soissante mil escus. Et le recrut li roys englès sus se foy à renvoiier se raenchon dedens ung jour qui mis y fu, ou de revenir tenir prison en Engleterre.

Si rapasa le mer li dis comtes de Ghines, et vint en France et se traist deviers le roy, dont il quidoit estre moult bien [amés], et le salua et enclina enssi comme son seigneur. Li roys Jehans li dist: «Comtes de Ghinnez, sieuwés nous.» Adonc se partirent de là et entrèrent en une cambre. Se li moustra une lettre, et li dist: «Veistes vous oncques mès ces lettrez chy?» Li connestables fu durement souspris et mua couleur quant il vi la lettre, che dist on. Quant li roys le vi abaubi, se li dist: «Ha! ha! mauvais traistres, vous avés bien mort deservi; si morés, foy que je doy à l’ame à mon père.» Si le fist tantost prendre et mettre en prison.

Cescuns fu dolens et esmervilliés dou connestable qui enssi en fu menés, car il estoit durement animés. Et si ne savoit nulx pensser ne adeviner pourquoy ly roys le faisoit. Et comment que ce fust, li roys jura à l’endemain, par devant lez amis dou connestable qui prioient pour li, que jammais ne dormiroit se li aroit fait copper le teste, ne jà pour ung, ne pour autre, ne l’en respiteroit; si ques le nuit meysmes li connestables eut la teste coppée en le tour dou Louvre: dont li roys en fu durement blamméz, mès on n’en eult autre cose. Fºs 99 vº et 100.

P. 122, l. 29: Clemens.--_Le ms. B 3 ajoute_: sixiesme. Fº 165.

P. 123, l. 2: Jehan.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: qui moult l’amoit.

P. 123, l. 8: et.--_Ms. B 4_: en. Fº 153 vº.

P. 123, l. 8 et 9: de Romme.--_Ms. B 3_: des cardinaux.

P. 123, l. 14: aherdans.--_Mss. B 3, 5_: adherens.

P. 123, l. 23: Kem.--_Ms. B 5_: Caen. Fº 362.

P. 123, l. 26: d’Eu et.--_Le ms. B 3 ajoute_: le conte.

P. 123, l. 29: able.--_Mss. B 3, 5_: habile.

P. 123, l. 29: frice.--_Ms. B 4_: frische.--_Ms. B 3_: frisque.

P. 124, l. 11: l’enclina.--_Ms. B 3_: s’enclina.

P. 124, l. 22: assouplis.--_Mss. B 3, 5_: esbay.

P. 124, l. 22: et pris deventrainnement.--_Ms. B 3_: et transy.

P. 125, l. 4: royaume.--_Le ms. B 5 ajoute_: et tenu prison pour cinq ans. Fº 362.

P. 125, l. 5: onques.--_Le ms. B 3 ajoute_: riens. Fº 165 vº.

P. 125, l. 10: teste.--_Ms. B 6_: sans loy et sans jugement, et le fist le roy faire de sa puissanche. Je ne say se che fut à droit ou à tort, car de leur secret ne de leurs parlers ne de leur afaire je ne voel mie parler trop avant; j’en poroie bien mentir: se vault mieux que je m’en taise que j’en die chose que j’en soie repris. Fºs 456 et 457.

P. 125, l. 12: je le tieng.--_Ms. B 3_: il estoit.

P. 125, l. 12: vaillant.--_Ms. B 3_: noble.

§ =341=. P. 125, l. 20: Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps estoient trieuwez en Franche par le pourcach dou cardinal de Bouloingne, qui se tenoit en le cité de Paris, dallés le roy. Or avint que ungs escuiers de Pikardie, qui gardoit le fort castiel de Ghines, s’acorda si bien as Englès et à monseigneur Jehan de Biaucamp, cappittainne de Callais, que, parmy une somme d’argent et de florins, il delivra as Englès le castiel de Ghinnes. Et en furent bouté hors à une journée chil qui le gardoient, et en eurent li Englès le possession.

Ces nouvellez vinrent à Paris au roi de Franche, comment li fors castiaus de Ghinnes estoit perdus. Si en fu li roys durement courouciés, et s’en complaindi au cardinal de Bouloingne coumment li Englès en trieuwes avoient pris et emblé se forterèce. Li cardinaux en escripsi à monseigneur Jehan de Biaucamp, et li manda que il avoit les trieuwez enfraintez et que ce fust deffait et qu’il remesist le castiel arrière. Messirez Jehans de Biaucamp respondi et rescripsi enssi, et dist que il n’eschievoit nul homme en trieuwez et hors trieuwez à vendre et achater maisons, terrez et hiretaiges. Si demora la cose en cel estat, et n’en peurent li Franchois avoir autre cose. Fº 100.

P. 125, l. 20: Assés.--_Ms. B 6_: Encores endementiers que ly cardinaulx de Boulongne estoit à Paris, le roy de Franche qui avoit saisy le conté d’Eu et de Ghines, avoit donné le conté d’Eu à monseigneur Jehan d’Artois, son cousin germain, et le conté de Ghines tenoit il encore. Et avoit mis dedens le castiel de Ghines ung castelain, escuier, que on nommoit de Bielconroy. Dont il avint que messire Jehan de Biaucamp, qui estoit gardien et souverain de Calais de par le roy d’Engleterre, fist tant parlementer à che castelain de Ghines qu’il ly eult en couvent de livrer le castiel à certain terme. Et me samble que che devoit estre par nuit, quant tout les compaignons dormyroient, parmy une somme de florins, mais ne say quelle. Et l’argent fut paiiet, et ly castieau livrés. Et y vinrent chil qui entrèrent par batiel et par derière sus les marès qui sont grant et large d’iauve: il n’y fait oncques sy secq qu’il n’y ait toudis plus de deux lieues d’iaves de large. Les Englès entrèrent dedens baudement et trouvèrent tout les saudoiiers qu’il estoient encores en leur lit. Il ne leur firent nul mal, car la chose estoit faite ensy, mais il leur disoient: «Or sus, ºr sus, seigneurs, vous avés trop dormy; levés vous, et sy vidiés le castiel, car cheens ne demor[r]és plus.»

Les sauldoiiers furent moult esbahis, quant il virent ces Englès en leur cambre entrer: il volsissent bien estre en Jherusalem. Et lors s’armèrent et se partirent de laiens le plus tost qu’il porent tout desconfis et barretés. Et estoient entre aulx moult esmervilliés de ceste aventure; sy se mespensèrent de che Hue de Bielcoroy, pour che que pluiseurs fois puis huit jours il avoit esté plus de fois hors que les aultres fois acoustumé n’estoit: si le prirent, car il estoit adonc avoecques yaus et li mirent seur le traison et oncques ne s’en seult escondire ne escuser. Et fut menés à Saint Aumer et delivré à messire Joffroy de Cargny, qui pour le tamps gouvrenoit la ville de Saint Omer et les frontières d’ileuc de par le roy de Franche: liquelx mit à mort ce Hue de Bielcoroy, seloncq la congnoissance qu’il fist. Fºs 460 et 461.

P. 125, l. 26: de.--_Ms. B 4_: à. Fº 154.

P. 126, l. 15: n’eskiewoit.--_Ms. B 3_: creignoit. Fº 155 vº.--_Ms. B 4_: n’esqueroit. Fº 154.

§ =342=. P. 127, l. 1 et 2: deseurain.--_Ms. B 3_: derrain. Fº 166.

P. 127, l. 8: ensongne.--_Ms. B 3_: exoine.

P. 127, l. 18: couls.--_Ms. B 4_: cousts. Fº 154 vº.

P. 127, l. 24: consent.--_Ms. B 3_: consentement.

P. 127, l. 26: n’estoit.--_Les mss. B 3 et B 4 ajoutent_: souffisant.

P. 128, l. 1: maison.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: noble.

P. 128, l. 9: detenue.--_Ms. B 3_: entretenue.

§ =343=. P. 129, l. 1: en ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps et en celle saison avoit li roys de France un chevalier dallés luy, que durement il amoit, avoecq qui il avoit estet nouris d’enfance, que on clammoit monseigneur Carle d’Espaigne, et estoit ses compains de touttez coses, et le creoit devant tous autrez. Et le fist li roys Jehans connestablez apriès le mort dou comte de Ghines, et li dounna une terre qui avoit estet en debat entre le roy son père et le roy de Navarre, dont par l’ocquoison de celle terre, grant envie et haynne s’esmurent entre les enfans de Navarre et monseigneur Carle d’Espaigne. Li connestables s’afioit si en le puissance dou roy et en s’amour, qu’il n’amiroit de riens le roy de Navare. Dont il avint un jour qu’il estoit en Normendie entre l’Aigle et une autre ville, si fu là espiiés, et le trouvèrent les gens le roy de Navarre, et fu ochis en son lit d’un Navarois qui s’appelloit le Bascle de Maruel. Ces nouvellez vinrent au roi de France que ses connestablez estoit mors; si en fu trop durement courouchiés sus le roy de Navarre, et le enqueilli en si grant haynne, quoyque il ewist sa fille espousée, que oncques puis ne l’amma, si comme vous orés recorder avant en l’istoire. Fº 100.

P. 129, l. 17: felonnie.--_Ms. B 3_: villennie. Fº 166 vº.

P. 129, l. 21: temps.--_Ms. B 6_: Ceste hayne ne peult ºncques yssir de son cuer, quelconque samblant que il moustra, mais tous jours pensoit à luy faire contraire et s’en descouvry à aulcuns de son consail. Ung jour s’avisa le roy de Franche qu’il le manderoit qu’il venist parler à luy à Paris à ung certain jour et qu’il ne le laissa nullement. Or avint que dedens che mandement aulcuns du secret consail du roi de Franche s’en descouvry en confession au cardinal de Boulongne en grant bien et ly reghey aulcune chose de l’intencion du roy son seigneur, pour tant qu’il doubtoit que grant mal n’en venist.

Quant le cardinal entendy che que le roy Jehan avoit vollenté de faire, il le fist sçavoir au roy de Navare son cousin tout secretement qu’il ne venist mie au mandement du roy, car il doubtoit que mal ne l’en venist: si ques par che point le roy de Navare ne ly venist point au jour; mais il se tint tous garnis et prouveus en le conté d’Evrues pour attendre le roy de Franche ºu ses gens, se il le volloient guerier.

Quant le roy de Franche vit che, il fut moult courouchiés, et ymagina et apensa que messire Robert de Lorris avoit revellé son consail et che qu’il volloit faire. Sy en fut le dit messire Robert ung grant tamps en le malleyvolense du roy, et l’en convint vidier du royalme de Franche. En che tamps revint le cardinal de Boulongne en Avignon. Fºs 466 et 467.

P. 129, l. 23: grandement.--_Le ms. B 3 ajoute_: en hayne.

P. 129, l. 24: dur parti.--_Ms. B 3_: grant soucy.

P. 129, l. 26: doubtés.--_Ms. B 3_: soucyés.

P. 129, l. 28: n’aroit.--_Le ms. B 3 ajoute_: au monde.

P. 129, l. 28: de.--_Ms. B 3_: que.

P. 130, l. 1: leur entente.--_Ms. B 3_: à leur volenté.

P. 130, l. 5: demandoient.--_Ms. B 3_: poursuivoient.

P. 130, l. 5 et 6: et qui.... sur lui.--_Ms. B 3_: et qui avoient conspiré sa mort contre lui.

P. 130, l. 11: pour.--_Le ms. B 5 ajoute_: y.

P. 130, l. 20: aïr.--_Ms. B 5_: haïr. Fº 362 vº.

P. 130, l. 23 et 24: dalés.--_Ms. B 3_: avec.

P. 131, l. 9 et 10: villes.... mies.--_Ms. B 3_: villages, mais plainctz ne furent mye. Fº 167.

§ =344=. P. 131, l. 25: un grant temps.--_Ms. B 6_: bien dix sepmaines. Fº 467.

P. 131, l. 29 et 30: li articles.--_Ms. B 3_: les articles. Fº 167.

P. 132, l. 2: France.--_Ms. B 6_: Ce fu environ après Pasques, et à le Saint Jehan Baptiste ensievant devoit fallir le respit entre le roy de Franche et le roy d’Engleterre. En che meisme tamps, vint le roy de Navare en Avignon et se complaindy au pape et à aulcuns cardinaus du roy de Franche qui ensy le hayoit, et se luy sambloit qu’il ly faisoit grant tort. Après se party le roy de Navare et s’en revint en son pais. Fºs 467 et 468.

P. 132, l. 2: inspirée.--_Ms. B 3_: expirée.

P. 132, l. 6: reschei.--_Ms. B 3_: escheut.--_Ms. B 4_: eschei. Fº 155 vº.

P. 132, l. 19: au duc.--_Le ms. B 5 ajoute_: Jehan. Fº 363.

P. 132, l. 19: pareçons.--_Ms. B 3_: portions.--_Ms. B 4_: parchons.--_Ms. B 5_: part.

§ =345=. P. 133, l. 16: Li rois.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés chi dessus bien oy recorder coumment li roys de France hayoit en coer le jone roy de Navare et ses frères, pour le mort de son connestable messire Carlez d’Espaingne. Oncquez ceste haynne ne li peult yssir dou coer, quel samblant qu’il li moustrast, et s’en descouvri à aucuns de son consseil.

Or avint que li roys de Franche le manda ung jour que il venist parler à lui à Paris. Li roys de Navare, qui nul mal n’y penssoit, se mist au chemin et s’en venoit à Paris droitement. Sus sa voie li fu segnefiiet que, se il alloit à Paris deviers le roy, il aroit à souffrir dou corps. Si retourna li roys de Navare à Chierebourcq, dont il estoit partis, et grant hiretaige en Normendie qu’il tenoit de par sa femme.

Li roys sceut ces nouvelles coumment il estoit retournéz; si en souppeçonna aucuns de son consseil qu’il ne l’ewissent revelé, et en fu dou tout mescrus messires Robers de Loris. Et l’en couvint wuidier France et aller demorer en Avignon dalléz le pappe, tant que li roys ewist passés son mautalent.

Quant li roys de Navarre et si frère se virent en ce parti et que li roys de France les haioit couvertement, si se coummencièrent à doubter de lui, pour tant qu’il estoit trop crueulx. Et se pourveirent d’autre part et fissent grans allianches au roy d’Engleterre, qui leur jura à aidier et conforter contre le dit roy de Franche, et pourveirent leurs castiaux et leurs garnisons. Fº 100.

P. 133, l. 17: hayne le fait.--_Ms. B 3_: indignation la mort. Fº 107 vº.

P. 133, l. 18: pooit.--_Ms. B 4_: pooient. Fº 155 vº.

P. 133, l. 21: costés.--_Ms. B 6_: Quant le roy de Navare eult esté et visseté son royalme de Navare bien ung an, il entendy que le roy de Franche avoit envoiiet puissance de gens d’armes sus les frontières d’Evrues pour ardoir et essillier son pais. Sy se mist le roy de Navare en mer à tout grant foison de gens d’armes et arriva en Normendie à Chierbourch qui se tenoit pour luy. Sy pourvey ses fortresses du mieulx qu’il pot pour contrester contre les Franchois.

Assés tost après s’apensèrent les deux frères de Navare qu’il s’aliroient au roy d’Engleterre pour estre plus fors en leur guerre, ºu cas qu’il ne pooient avoir pais au roy de Franche. Et eurent chertains couvenanches ces deux rois ensamble. Et devoit le roy d’Engleterre le saison après, à grant puissance de gens de gherre, ariver en Normandie sur le pooir du roy de Navare et par là entrer en Franche.

Et bien supposoit le roy de Franche aulcune cose dont, affin qu’il fust plus fors et mieulx amés en Normendie, et que plus y euist d’amis, il pardonna à sire Godefroy de Harcourt tout son mautalent et cheaulx qui son père le roy y avoit eus, et ly rendy toute sa terre de Coustentin. Et revint le dit messire Godefroy en Franche en grant honneur et y fut moult conjoys de tous les seigneurs et les barons de Normendie où il avoit moult grant linage.

Ensy se demenèrent ces choses couvertement. Et avoit le roy Jehan encuelliet en grant hayne les enfans de Navare, et n’estoit nulz qui en peuist faire le pais. Quant che vint en may l’an mil trois cens cinquante cinq, le roy d’Engleterre tint une moult grose feste et moult noble en la cité de Londrez. A chelle feste eult moult grant foison de chevaliers et de seigneurs, de dames et demoiselles, et dura la feste quinze jours. Et y eult moult de belles joustes, et belle feste de tout poins. En fin de la feste, il y eult grant parlement; et y fu messires Phelippes de Navare, qui parconfruma les alianches du roy son frère au roy d’Engleterre. Et eult le roy englès en couvent au dit monseigneur Phelippe que moult efforchiement à la Saint Jehan Baptiste ensievant se meteroit en mer et yroit prendre terre en Normendie sur le pooir du roy de Navare. Et le roy de Navare ly devoit delivrer ses fortresses qu’il tenoit en Normendie, pour mieulx grever Franche et constraindre ses ennemis.

Encores fu là ordonné ly mariage du jouene conte Jehan de Monfort et de l’une des filles du roy d’Engleterre, parmy tant que le roy d’Engleterre eult en couvent au dit conte qu’il luy aideroit à poursievir sa guerre contre la fème à monseigneur Charles de Blois qui s’en tenoit hirtière et qui moult forte y estoit de villes, de cités et de fortresses et ossy de grande baronnie et de bonne chevallerie, Bretons, qui estoient de son acord. Et y faisoit toudis la damme bonne guerre et forte, quoyque son marit messire Charles de Blois fust prisonniers en Engleterre. Fºs 468 à 471.

P. 134, l. 17: Konces.--_Ms. B 3_: Conches.

P. 134, l. 26: Rosem.--_Ms. B 3_: Rozan.--_Ms. B 5_: Ros. Fº 363 vº.

P. 135, l. 1: cinq cens.--_Ms. B 4_: six cens. Fº 156.

P. 135, l. 5: en nom de cran.--_Ms. B 3_: pour le creancer.--_Ms. B 4_: en nom de craon.

P. 135, l. 16: mil.--_Mss. B 3, 6_: deux mille.

P. 135, l. 16: deux mil.--_Ms. B 6_: six mille. Fº 471.

P. 135, l. 17: lui.--_Ms. B 6_: Et che fu acordet à le requeste et prière d’aucuns barons de Gascongne, qui là estoient venu veoir le roy leur seigneur, tels que le seigneur de Labreth, messire Jehan de Pumiers, messire Elies de Pumiers, le sire de Lespare, le sire de Chaumont, le sire de Muchident et messire Aymers de Tharse. Fº 471.

P. 135, l. 18: li contes.--_Le ms. B 3 ajoute_: de Quenfort. Fº 168.

P. 135, l. 21: le baron de Stanfort.--_Ms. B 6_: Richard de Stanfort. Fº 168.

P. 135, l. 22: milleurs.--_Ms. B 3_: merveilleux.

P. 135, l. 24: d’eur.--_Ms. B 5_: de honneur.

P. 135, l. 26: et.--_Le ms. B 3 ajoute_: mis.

P. 135, l. 26: Là estoient.--_Ms. B 6_: ossy le sire de le Ware, le sire de Willeby, messire Guillaume filz à Wervic, le sire de Despensier et sy doy frères, Thomas et Hues, qui devinrent chevaliers en che voiage, le sires de Felleton, messire Berthemieulx de Bruch, messire Estievenes de Gensesenton, le sires de Bercler, le sire de Briseton, messire Noel Loruich, messire Richart de Poncardon, messire Daniaus Pasèle, messire Denis de Morbecque, messire Ustasse d’Auberchicourt, messire Jehan de Gistellez et pluiseurs aultres, que je ne puis mie tout nommer. Dont, environ le Saint Jehan, tout ches seigneurs chevaliers et toutes gens d’armes et archiers se partirent d’Engleterre et montèrent à Hantone bien pourveu de gros vaisseaulx et de belle navire et allèrent devers Gascongne. Fº 472.

P. 135, l. 28: Brues.--_Ms. B 4_: Brouhes. Fº 156.

P. 135, l. 30: Estievenes.--_Ms. B 5_: Estienne. Fº 363 vº.

P. 136, l. 2: Ustasses.--_Ms. B 3_: Ytasse.--_Ms. B 4_: Wistaches.

§ =346=. P. 136, l. 10: Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Et avint que li rois d’Engleterre, sus le confort dou roy de Navare, fist ung très grant mandement par tout son royaumme, et eut bien quatre cens vaissiaux appareilliéz sus mer. Si entrèrent ens touttes mannierrez de gens d’armes et d’archiers, et s’en vinrent singlant pour arriver en Normendie; mès li vens leur fu toudis si contrairez que bien six sepmainnez qu’il furent sus l’aige, il ne peurent prendre terre à Chierebourch, là où il tiroient et tendoient à ariver.

Li roys de France, qui estoit enfourméz de l’armée dou roy d’Engleterre et des alliances qu’il avoit au roy de Navarre, fu adonc si consilliéz parmi bonnes gens qui s’en ensonniièrent, et par especial li cardinaux de Bouloingne, que on les mist à acord. Et fu ensi dit au roy de Franche que il valloit trop mieux que il se laisast à dire et refrennast son coraige que donc que ses royaummes fust nullement foulléz ne grevés.

Si descendi adonc li roys de France à l’ordonnance de ses gens, et fist paix au roy de Navare. Et li pardonna li roys de France, par samblant, tous ses mautalens. Et dubt li roys de Navarre adonc, par paix faisant, deffiier le roi d’Engleterre; mais il n’en fist riens et s’en seut bien dissimuler. Fº 100.

P. 136, l. 11: en mer.--_Ms. B 6_: sur le rivière de Tamisse. Fº 473.

P. 136, l. 12: deus mil.--_Ms. B 6_: trois mille. Fº 473.

P. 136, l. 12 et 13: quatre mil.--_Ms. B 6_: dix mille archiés et cinq mille hommes de piet, Gallois et aultres, quy ont usaige de suir les gerres. Là estoient des seigneurs englès avecques le roy, le duc de Lenclastre, son cousin, et ung des filz du roy, que on appeloit Jehan conte de Richemont, et povoit estre en l’eaige de seize ans, le conte de Pennebrucq, le conte d’Arondel, le conte de Northonne, le conte de Kenfort, le conte de Cornuaille, le conte de la Marche, le sires de Persy, le sires de Ros, le sires de Grisop, le sire de Noefville, mesirre Richart de Bennebruge, l’evesque de Lincolle et chilz de Duren, le sire de Monbray, le sire de Fillvastre, mesire Gautié de Mauny, le sire de Multonne, mesire James d’Audelée, messire Pière d’Audelée frères, le sire de Lantonne et pluiseurs aultres barons et chevaliers, bien en point de servir le roy.

Sy se partirent du havre de Londres sur la Tamise et vinrent à chelle prumière marée gesir à Gravesaindez, et lendemain au soir à Mergate. Quant il se furent de là desancrés à l’autre marée, il entrèrent en mer et costioient Engleterre et Boulongne et tout le Pontieu, en approchant de Normendie. Bien estoient veu des costes de Franche, mès mies ne sçavoient quelle part il volloient traire.

Dont ces nouvelles furent raportées au roy de Franche et à son consail que le roy d’Engleterre, à plus de deux cens vaissiaulx, que uns que aultres, et estoit sur mer, et prendoit le chemin de Normendie. Sy vinrent aulcun grant seigneur de Franche, telz que le duc de Bourbon, messire Jacques de Bourbon frères, le duc d’Athènez, connestable de Franche, le conte d’Eu messire Jehan d’Artois et pluiseurs aultres grant seigneur du conseil du roy qui seurent les couvenenches et les traitiés qui estoient entre le roy d’Engleterre et le roy de Navare. Sy considerèrent que parmy chel acord le roialme de Franche pouroit estre destruit. Sy parlèrent au roy Jehan et ly remoustrèrent tant de raisons souffisans qu’il convint qu’il s’enclinast à leur conseil, combien que che fust contre son coraige. Fºs 473 à 475.

P. 136, l. 15: Stafort.--_Mss. B 4, 5_: Stanfort. Fº 156 vº.

P. 136, l. 15: le Marce.--_Ms. B 3_: la Mare. Fº 168.

P. 136, l. 16: Hostidonne.--_Ms. B 3_: Antiton.

P. 136, l. 23: Symons de Burlé.--_Mss. B 3, 5_: Symon Burlé.

P. 137, l. 4: à l’encontrée de.--_Ms. B 4_: à l’encontre.--Ms. B 5: qui est contre. Fº 364.

P. 137, l. 15: li pooit.--_Ms. B 3_: le pourroit.

P. 137, l. 15: ou cas que.--_Ms. B 3_: si d’aventure.

P. 137, l. 16: possessoit des villes et des chastiaus.--_Ms. B 3_: mettoit les Anglois ès villes et chasteaux.

P. 137, l. 17: valoit.--_Ms. B 3_: seroit.

P. 137, l. 18: laissast à dire.--Ms. B 3: envoiast.--_Ms. B 4_: se laissast à dire.

P. 137, l. 21: conception.--_Le ms. B 3 ajoute_: et qui jà estoit.

P. 137, l. 22: aïr.--_Ms. B 3_: ire.

P. 137, l. 23: se rafrena.--_Ms. B 3_: refrena.

P. 137, l. 23 _à_ 25: et laissa... Navare.--_Ms. B 3_: embesoigna de ses gens devers le roy de Navarre.

P. 137, l. 25: Chierebourch.--_Le ms. B 4 ajoute_: devers le roy de Navare.

P. 137, l. 25 et 26: li evesques de Bayeus.--_Ms. B 6_: li archevesques de Sens. Fº 475.

P. 137, l. 32: retournées.--_Ms. B 3_: remoustrées.

P. 138, l. 3: d’Engleterre.--_Ms. B 6_: Tant fut traitié et parlementé entre le roy Jehan de Franche et le roy de Navare que une journée fut prinse de faire l’acord entre Paris et Evreus, et convint adonc que le roy de Franche venist hors de Paris pour parlementer au roy de Navare. A che parlement fut acordet que le roy Jehan renderoit au roy de Navare toute[s] les terres qu’il avoit devant donné à monseigneur Charles d’Espaigne: pour quoy il fut ochis, et dont le haine venoit, et ly rendy tous les hirtaiges et les proufis que il et le roy son père en avoient levet pas l’espasse de vingt ans, qui povoit monter plus de six vingt mille florins. Et parmy chou bonne pais, et devoit estre le roy de Navare establis de donc en avant au roy Jehan et au royalme de Franche et contremander les couvenanches du roy d’Engleterre toutes telles que il les i avoit. Et encores avoecq che, le roy de Navare et ses frères povoient chevauchier par tout le royalme de Franche à tout cent bachinés ou cent glaives, sans meffaire, s’il leur plaisoit. Et, toutes ces choses ordenées et confermées et saillées, le roy de Franche retourna à Paris, et le roy de Navare et ses frères retournèrent à Evreus. Fº 476.

§ =347=. P. 138, l. 11: Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Li roys d’Engleterre fu enfourmés de celle paix, qui gisoit sur mer à l’ancre à l’encontre de l’ille de Grenesie; si se retraist adonc vers Engleterre; mès pour ce que il avoit ses gens assamblés, il lez vot emploiier et fist tourner toutte se navie à Calais, et là ariva. Si yssirent li Englès de lors vaissiaux et sen vinrent logier à Callais, et li roys ou castiel.

Ces nouvellez vinrent en Franche que li roys d’Engleterre et ses hoos estoient arivet à Calais, et suposoit on que il feroit une chevauchie en France. Si envoya tantost li dis roys de Franche grant fuisson de gens d’armes à Saint Omer, desquelx messire Loeys de Namur et li comtez de Porsiien furent cappittainne; et fist ung coumandement par tout son royaumme que touttes gens fuissent priès as armes et as chevaux pour resister contre leurs ennemis. Encorres envoya li roys de Franche grant gent d’armes à Arde, à Bouloingne, à le Montoire, à Bavelingehen, à Oudruich, à Hamez et ens ès garnisons françoisses sus lez frontierres de Callais.

Quant li roys d’Engleterre et ses gens se furent cinq jours reposet et rafresci à Callais, il s’ordonnèrent pour partir et de chevauchier en Franche. Si se departirent de Callais en grant arroy et grant fuisson de chars et de sommiers, et estoient environ deus mil hommes d’armes et quatre mil archiers. Si prissent le chemin de Tieruanne, et coururent li Englès le premier jour jusques à Moustroel sus Mer et environ Saint Pol et Tierrenois. Si ardirent tout le pays là environ, puis retournèrent à leur grant ºst. Fº 100.

P. 138, l. 19 et 20: les dangiers.--_Ms. B 3_: le dangier. Fº 168 vº.

P. 138, l. 28: ou.--_Le ms. B 5 ajoute_: aillieurs. Fº 364.

P. 138, l. 29 et 30: vesteure.--_Ms. B 3_: vestemens.

P. 138, l. 30: ostilz.--_Ms. B 3_: choses.--_Ms. B 4_: estas. Fº 157.

P. 139, l. 2: au lés.--_Ms. B 3_: du cousté.

P. 139, l. 10: Lyons.--_Ms. B 4_: li uns.

P. 139, l. 18: Sallebrin.--_Ms. B 3_: Salebry.

P. 139, l. 23: le Montoire.--_Ms. B 3_: la Motoire.

P. 140, l. 2: où que fust.--_Ms. B 3_: en quelque part que ce fust. Fº 169.

P. 140, l. 2: fust.--_Ms. B 6_: Et sceult (le roi de France) tantost par ses garnisons de Boulongne et d’ailleurs que le roy d’Engleterre estoit arivés à Calais; lors fist ung moult grant mandement à yestre à Amiens, car il voloit aller à l’encontre du roy d’Engleterre et deffendre son pais. Sy envoia le dit roy monseigneur Lois de Namur son cousin à Saint Omer à tout deux cens lanches pour estre capitaine de la dite ville et des frontières par delà. Et envoia son marisal, messire Ernoul d’Audrehem, en le bastille d’Ardre, à tout deux cens armés de fer, pour le garder et deffendre à tous venans. Et envoia le jouene conte de Saint Pol en la chité de Terouane, à tout deux cens lanches pour le garder, et les garny bien et soufisanment, et Boulongne et Monstreul, Heddin, Saint Pol et toutes les fortresses de là entour. Et le roy meismes se party de Paris et le duc de Normendie son filz, le duc d’Orliens ses frères, le duc de Bourbon, le conte de Pontieu, le conte d’Eu, le conte de Dammartin, le conte de Tancarville, le conte de Vaudemont et de Genville, le conte de Monpensé et de Ventadour, le conte de Nerbonne et pluiseurs aultres barons et seigneurs; et chevauchèrent devers Amiens. Et d’autre part vinrent de l’Empire messire Jehan de Haynau, sire de Bieaumont et de Chymay, en très grant aroy, car le roy Jehan l’amoit durement et avoit en luy très grant fiance. Et y vint le conte de Namur nomé Gillame, le conte Jehan de Nanso, le conte de Clèves, l’evesque de Més, l’evesque de Verdun et grant foisons de chevaliers d’Alemaigne. Et, d’autre part, se asambla le roy de Navare ly troisième de frères, messire Phelippes, messire Lois, à tout grant foisons de saudoiers, pour venir [à] Amiens où le roy de Franche faisoit son mandement.

Sy se party le roy d’Engleterre de Calais en moult grant arroy et avoit adonc avecques luy deus de ses enfans, monseigneur Lois et monseigneur Jehan, et le duc de Lenclastre son cousin, le duc de Norhantone et de Herfort, le conte d’Arondel, le conte de Pennebourcq, le conte de Kenfort et le plus grant partie des contes et des chevaliers qu’il avoit, quant il cuida ariver en Normendie sus le povoir du roy de Navare. Et estoit connestable de toute son armée le conte de la Marche, et marescal le sire de Noefville et messire Jehan de Bieaucamp.

Sy vint le roy englès ce prumier jour entour Fiènes; et y eult ung très grant assault au castiel, mais riens n’y fourfirent, car il estoit bien garny de bonnes gens d’armes qui bien le tinrent et deffendirent tant qu’il n’y perdirent riens. Adonc s’en partirent les Englès en celle entente que pour venir devant le chité d’Arras et le assegier, se le roy n’ot aultre[s] nouvelles. Sy chevauchèrent l’endemain devers Saint Pol en Ternois, et coururent les coureurs des Englès environ Monstreul, mais point ne passèrent la rivière. Et s’en vint le roy englès à tout son ost logier à Blangy de lès Heddin, et là se tint tout cois sans aler plus avant, car il entendy que le roy de Franche estoit [à] Amiens et faisoit là sen asamblée de gens d’armes. Fºs 478 à 480.

P. 140, l. 5: Pikardie.--_Le ms. B 3 ajoute_: en la conté de Boulonnois. Fº 169.--_Les mss. B 4, 5 ajoutent_: en le conté de Boulongne. Fº 157.

P. 140, l. 9: y assist.--_Ms. B 3_: assigna.

P. 140, l. 15: especial.--_Le ms. B 3 ajoute_: devers.--_Le ms. B 4 ajoute_: à.

P. 140, l. 24: du Maine.--_Ms. B 5_: d’Auvergne. Fº 364.

P. 140, l. 32: Poitiers.--_Ms. B 3_: Ponthieu.--_Ms. B 4_: Pontiu.

P. 141, l. 5: tanisons.--_Mss. B 3, 5_: ennuy.--_Ms. B 4_: merveilles.

P. 141, l. 7: les.--_Mss. B 3, 4_: ses.

P. 141, l. 8: trente mil.--_Le ms. B 3 ajoute_: hommes.

P. 141, l. 14: avoient.--_Ms. B 3_: avoit.

P. 141, l. 21 et 22: entrues.--_Ms. B 3_: cependent.

§ =348=. P. 141, l. 31: faisoient.--_Ms. B 3 ajoute_: grande. Fº 169.

P. 142, l. 3: resongnoient.--_Ms. B 3_: ensonnyoient. Fº 169, vº.

P. 142, l. 5: vasselage.--_Ms. B 3_: vaillance.

P. 142, l. 7: sept.--_Ms. B 5_: huit. Fº 364 vº.

P. 142, l. 7: des.--_Ms. B 3_: devant les.

P. 142, l. 14: Lancastre.--_Ms. B 6_: Sy s’avisa ou prumier il feroit son enprise et s’en descouvry à son serouge qui sa seur il avoit, le conte de le Mare, et à ung sien cousin, monseur Archebault Douglas, vaillant homme; et leur dist qu’il avoit aviset d’esquieller et de prendre par fait d’armes, tout en une nuit, le bonne chité de Bervich et le castiel de Rosebourcq qui jadis fu de leur yretaige. Chil deus chevaliers et messire Robiert de Versy avecques yaulx sy s’acordèrent. Et deult le dit messire Guillaumes Douglas et messire Archebaus son cousin avecques leur route venir à Bervich, et le conte de la Mare et messire Robert de Versy allèrent à Rosebourcq en celle meismes nuit. Et sy s’ordonnèrent si bien leur besoigne et sy couvertement que il vinrent de jour en leur embusque. Et le dit messire Guillaumes et son cousin messire Archebaut se boutèrent en ung bosquet assés près de le cité de Bervich, sans che qu’il fuissent de nuluy aperceut et là se tinrent jusques à bien avant en la nuit; et pooient [estre] environ trois cens hommes de guerre. Sy se partirent de leur embusque environ minuit et vinrent tout coiement jusques à Bervich. Et envo[ièrent] devant trois de leurs varlès pour sçavoir se chil de Bervich faisoient point de gait sur les murs; il raportèrent à leur mestres que nanil. Adonc s’avanchèrent il et vinrent sur les fossés et avoient eschelles cordées. Sy passèrent oultre les fossés, en portant leurs eschelles, au plus foible lieu et où il n’i avoit point d’iaue. Et jettèrent leurs eschelles et montèrent contremont, et entrèrent en la ville environ deux cens. Et vinrent tout coiement à la porte que cil de la cité ne s’en perchurent riens jusques à tant que de haches et de cuignies il busquèrent au flaiel pour le coper. Aulcuns gens qui estoient en leurs lis se esvillèrent pour le busquement. Sy se levèrent et vinrent à leur fenestre et se commenchèrent à estourmir; mais anchois qu’il fussent levés et armet ne asamblé, le porte fut ouverte par forche, et tout les Escochois entrèrent dedens la ville. Et decopoient tous cheulx qui encontre eulx venoient à main armée. Et fyrent tant qu’il furent maistre de la cité et que les bourgois se rendirent à yaulx, saulve leurs vies et leurs biens; mais il ne porent avoir le castiel qui est assés près, car le gait oy la noize. Sy esvilla le castelain et les compaignons qui gardoient ledit chastiel; et jamais de forche les Escochois ne l’euissent eut.

Or vous dirons de leurs aultres compaignons qui devoient Rochebourch esceller. Il ne demora mie en leur defaulte qu’il ne fesissent leur aproches saigement; mais il fallirent, car le gait du dit chastiel villoit et s’apoioit à crestieaulx qu’il les virent sus les murs du dit chastiel. Sy entendy le bruit des Escochois murmurer ensamble; sy coury moult tost esvillier le chastelain et les compaignons de laiens et se pourveirent de leur fait et vinrent as garites. Quant les Escochoiz les virent, il retournèrent arière tout esbahy, et virent bien qu’il avoient fally à leur emprinse. Sy se retirèrent devers Bervich et trouvèrent messire Guillame Douglas et leur compaignie qui tenoient la cité comme le leur. Si en furent tous joieulx; sy prirent consail ensamble qu’il asegeroient le dit chastiel. Sy l’asegèrent de tous costés, car à l’un des lés il marchist à le ville. Ches nouvelles vinrent en Engleterre que les Escochois avoient reprins Bervich. Sy en furent les Englès moult courouchiés, mais amender ne le peurent tant que à celle fois. Fºs 481 à 484.

P. 142, l. 18: siet.--_Ms. B 3_: est assis.

P. 142, l. 24: cremeur.--_Ms. B 3_: crainte.

P. 142, l. 27: Bervich.--_Le ms. B 5 ajoute_: qui siet sur la dicte rivière. Fº 364 vº.

P. 142, l. 28: assenèrent.--_Ms. B 3_: essaièrent.

P. 142, l. 32: quoique.--_Ms. B 3_: et qui.

P. 143, l. 7: puisqu’il.--_Ms. B 3_: puisque les Anglois.

P. 143, l. 8: mancevi.--_Ms. B 3_: advertiz.--_Ms. B 4_: manchevi. Fº 157 vº.

P. 143, l. 9: Escos.--_Le ms. B 3 ajoute_: dont toute la marce estoit en doubtance, et point n’y avoit gens au pais pour faire un siège ne resister aux Escos.--_Le ms. B 4 ajoute_: de quoi toute le marche estoit en grant doubtance, et point n’y avoit gens ou pais pour faire siège ne resister as Escos. Fº 157 vº.

P. 143, l. 10: Bervich.--_Ms. B 3_: Vervich. Fº 169 vº.

P. 143, l. 12: Grastoch.--_Ms. B 3_: Grascop.--_Ms. B 4_: Grascok. Fº 157 vº.

P. 143, l. 13: gouvernance.--_Mss. B 3 et 4_: gouvernement.

P. 143, l. 17: Guillaumes Douglas.--_Ms. B 3_: Jehan de Douglas.--_Ms. B 4_: Guillaumes de Douglas.

P. 143, l. 17: menères.--_Ms. B 3_: conducteur.--_Ce mot manque dans le ms. B 4._

§ =349=. P. 143, l. 22: Tant ala.--_Ms. d’Amiens_: A l’endemain chevauça li roys d’Engleterre et vint logier à Blangi, à deus lieuwez de Hedin, et point ne passa adonc oultre, et dist qu’il atenderoit là le roy de Franche.

Li roys de Franche estoit avaléz à Pieronne en Vermendois, et avoit fait ung si grant mandement partout que merveilles seroit au deviser, et s’en vint en le chité d’Arras, et touttes mannierres de gens le sieuvoient, et avoit bien soissante mil hommes. Là estoit dallés lui messires Jehans de Haynnau o grant routte de gens d’armes, et ouvroit li dis roys de France en partie par son consseil.

Or avint que messires Bouchicaus, ungs chevaliers de Poito, qui pour le tamps estoit prison au roy d’Engleterre, et l’avoit li dis roys recreu sus sa foi le tierme de huit mois, si s’en revenoit messires Bouchicaus deviers le roy d’Engleterre pour li remettre en se prison, enssi que couvens portoit, et vint ung soir à Blangi, là où li roys englès estoit logiés. Quant li roys le vi, se li demanda tout en hault: «Et dont revient Bouchicaux?»--«En nom Dieu, dist il, sire, de France et de deviers le roi de Franche.»--«Et que dist ly roys de France? ce dist li roys d’Engleterre; me venra il point combattre?»--«En non Dieu, sire, dist il, de cela ne sai je riens, ne je ne sui mies de son consseil si avant.»

Adonc musa li roys d’Engleterre ung petit et puis dist: «Messire Bouchicau, je poroie avoir de vous deus mil ou trois mil florins, se je volloie; mès je lez vous quitteray, se vous volléz aller deviers mon adverssaire, vostre roy, et lui dire de par my que je l’atens droit chy, et l’ai attendu et attenderay encorrez trois jours, se il voelt traire avant pour combattre, et de ce me venrés vous faire le responsce.»--«Saint Jorge! sire, dist messires Boucicaus, vous me offrés grant courtoisie, et je le voeil faire et di grant merchis.» Chilx soirs passa; l’endemain au matin, il monta à cheval et vint à Arras, et là trouva le roy de Franche; se fist son message bien et à point.

Li roys de Franche respondi et dist: «Messire Bouchicaux, puisque en couvent avés de raller par delà, vous dirés à nostre adverssaire que nous nos partirons, quant bon nous samblera, et non pas par se ordonnance.» Fº 100.

P. 143, l. 21: ensiewant.--_Ms. B 6_: Or revenons au roy d’Engleterre, qui estoit à Blangy delés Heddin. Entreus que le roy englès estoit à Blangy, coururent ses marisaulx ens ou pais de Ternois et d’Artois et vinrent à Saint Pol. Et y eult ung jour moult grant assault; mais chil qui dedens estoient le gardèrent bien et vaillanment et tant que les Englès ne firent point de damaige. Fº 484.

P. 143, l. 23: Blangis.--_Ms. B 3_: Blangy. Fº 169 vº.

P. 143, l. 30: entrues que.--_Ms. B 3_: cependent que.

P. 143, l. 30: vint.--_Ms. B 6 ajoute_: sur ung soir. Fº 484.

P. 143, l. 31: bons.--_Ms. B 3_: vaillant.

P. 144, l. 2: de le.--_Ms. B 3_: dès la. Fº 170.

P. 144, l. 3: et.--_Le ms. B 3 ajoute_: y.

P. 144, l. 6: restre.--_Ms. B 3_: revenir.

P. 144, l. 7 à 20: Cilz.... logiés.--_Ce passage manque dans le ms. B 5_, fº 365.

P. 144, l. 10 et 11: tout.... langage.--_Ms. B 3_: tant par son beau et doulx langaige.

P. 144, l. 11: apparilliet.--_Ms. B 3_: plaisant que par ses autres prouesses.

P. 144, l. 14: grant cière.--_Ms. B 3_: bonne chière.

P. 144, l. 15: estoit.--_Le ms. B 3 ajoute_: en la grace du roy et son.

P. 144, l. 21: se trest.--_Ms. B 3_: se tira.

P. 144, l. 22: devant.--_Ms. B 3_: dedens.

P. 144, l. 23: luite de deux Bretons.--_Ms. B 5_: luitier deux Bretons. Fº 365.

P. 144, l. 24: l’enclina.--_Ms. B 3_: se enclina.

P. 144, l. 26: Jehan.--_Le ms. B 3 ajoute_: de France.

P. 145, l. 3: temprement.--_Ms. B 3_: en brief.

P. 145, l. 4 à 13: Li rois... vous.--_Ce passage manque dans le ms. B 5._

P. 145, l. 5: cou.--_Ms. B 3_: ce.--_Ms. B 4_: chou. Fº 158.

P. 145, l. 16 et 17: deus ou trois mil florins.--_Ms. B 6_: trois ou quatre mille escus. Fº 485.

P. 145, l. 22: combatre.--_Ms. B 6_: et se response vous me lairés savoir par ung hirault des nostres, que je vous cergeray à vostre departement. Fºs 485 et 486.

P. 145, l. 22: message.--_Le ms. B 3 ajoute_: bien à point, vous me ferez service, et je vous quicteray vostre prison.

P. 145, l. 24: resjoïs.--_Ms. B 3_: esjoy.

P. 145, l. 30: yaus.--_Ms. B 3_: luy.

P. 145, l. 31: mesnie.--_Ms. B 3_: compaignie.

P. 145, l. 32: retour.--_Ms. B 6_: ung hirault o luy que on apelloit Faucon. Fº 486.

P. 146, l. 9: leviers.--_Ms. B 3_: louyer. Fº 170.--_Ms. B 4_: leuiers. Fº 158 vº.--_Ms. B 5_: louier. Fº 365.

P. 146, l. 12: avés.--_Le ms. B 3 ajoute_: premier.

P. 146, l. 14: ennemis.--_Ms. B 6_: la response du roy fu telle par Faucon le hirault, qui le aporta arrière, que c’estoit bien l’intencion du roy de Franche que de aller devers ses ennemis et plus avant, mais que ses gens fussent tout venus qu’il avoit mandet. Fº 486.

§ =350=. P. 146, l. 15: Ensi demora.--_Ms. d’Amiens_: Sus cel estat se parti messires Bouchicaus, et vint arrière à Blangi et recorda au roy d’Engleterre le responsce que vous avés oy.

Quant li roys entendi ce, si eult sur ce avis, et dounna à monseigneur Bouchicau congiet et le quita de sa foy et puis se desloga dedens un jour apriès et retourna vers Saint Omer. Et entrèrent ses gens en le comté de Fauckenberghe; si le ardirent moult villainnement. Et enssi que li Englès chevauchoient, messires Hernoulx d’Audrehen, marescaux de Franche, à deux cens armurez de fier, les costioit et leur porta plusseurs dammaiges.

Quant li roys de Franche sceut par monsigneur Bouchicau que li roys d’Engleterre estoit deslogiés et qu’il s’en ralloit vers Callais, si se departi adonc à grant esploit de le chité d’Arras, et chevaucha viers Saint Omer et vint gesir à Tieruane. Et li roys d’Engleterre ce jour vint à Eske sus le rivierre, et là se loga. Et l’endemain li roys de Franche le poursui. Et li roys d’Engleterre s’en rentra dedens Callais. Fº 100 vº.

P. 146, l. 15: cel.--_Ms. B 4_: tel. Fº 158 vº.

P. 146, l. 23: lui retraire.--_Ms. B 3_: se retirer. Fº 170.

P. 146, l. 27: Leueline.--_Ms. B 3_: Laueline. Fº 170 vº.--_Ms. B 4_: Leveline. Fº 158 vº.--_Ms. B 5_: Liveline. Fº 365.

P. 146, l. 27: devers.--_Ms. B 3_: à.

P. 146, l. 28: Faukemberghe.--_Ms. B 6_: Sy tost que le roy de Franche sceut que le roy Englès estoit deslogiet et qu’il se tiroit et retraioit arière, il se party de la ville d’Amiens et s’en vint à Aras et fist commandement que toutes manières de gens à cheval et à piet le sievissent. Et envoia devant son connestable, messire Jaques de Bourbon, en le chité de Terouane, à tout trois cens lanches, pour le garder contre les Englès, se nul assault y fasoient. Le roy Englès et son host, yauls party de Heddin et de là environ, chevauchèrent et passèrent assés priès de Terouane, mais point n’y assallirent, car il entendirent que elle estoit garnie de bonnes gens d’armes. Se passèrent les Englès oultre et vinrent logier droit à Alekine et sus celle rivière qui keurt desous le castiel de Maunier et qui vient à Arques. Et messire Ernoul d’Audrehem, marisal de Franche, à tout cinq cens compaignons bien montés, les poursievy et se logea celle nuit moult près d’ieaulx sus le mont de Herfault, et tant qu’il veoient bien l’un l’autre. Et l’endemain se desloga le roy et passa desous le mont de Herfault et s’en vint devers Fauquemberghe, qui estoit une bonne ville et grose et où on faisoit grant draperie. Sy fu la dite ville prinse des Englès, car il n’y avoit point de deffense, et fu toute pillie et robée et à leur departement toute arse. Et le roy de Franche s’en vint che mesme jour à Terouane, et tout son ost, et avoit bien cent mille hommes, que uns, que aultres. L’endemain, se party le roy englès de Fauquemberghe et passa à Licques et desoubz Ardre, et fist tant qu’il rentra en Calais. Fºs 487 et 488.

P. 147, l. 2: o primes se desloga il.--_Ms. B 3_: et qu’il se deslogeoit. Fº 170 vº.

P. 147, l. 3: sur.--_Ms. B 3_: contre.--_Ms. B 4_: sur. Fº 158 vº.

P. 147, l. 7: Tierenois.--_Mss. B 3 à 5_: Tiernois.

P. 147, l. 8: Tieruane.--_Ms. B 3_: Therouanne.--_Ms. B 4_: Tierewane.

P. 147, l. 8 et 9: estoient... Faukemberge.--_Ms. B 5_: avoient passé Fauquenbergue. Fº 365.

P. 147, l. 11: Liques.--_Mss. B 3 et 5_: Lisques.--_Ms. B 4_: Licques.

P. 147, l. 14: costiiet.--_Ms. B 3_: coustoié.

P. 147, l. 15: dessouchier.--_Ms. B 4_: deffouchier. Fº 158 vº.--_Ms. B 3_: bouger pour poursuir les Anglois.

P. 147, l. 19: en le kewe.--_Ms. B 3_: à la queue.--_Ms. B 4_: à la keue.

P. 147, l. 19: le bastide.--_Ms. B 3_: la bastille.

P. 147, l. 20: chapitains.--_Ms. B 6_: Che prope jour, vint le roy de Franche à Fauquenberghe et là se loga sur la rivière, et cuidoit que les Englès fussent là environ, et les avoit tout le jour poursievy à l’avis des fumières qu’il faisoient.

Or advint que, entreulx que le roy de Franche et les seigneurs estoient là logiet, ung grant remous et moult felle s’entreprist entre les gens de monseigneur Jehan de Haynau et le commun de Tournay. Et fu la chose bien ordonée de mal aler, car il furent rengiés ly uns devant l’autre. Et y eult pluiseurs de chiaulx de Tournay ochis et blechiés, dont il estoient moult ayret. Et encores euissent il rechut plus grant damaige, se ly rois n’y eust envoiet et mis deffense sur yaulx et yaulx appaisiet, car grans foisons de bons chevaliers et escuiers se tournoient et tiroient devers monseigneur Jehan de Haynau à l’encontre de cheaulx de Tournay. Sy fu la chose ensy departie: qui plus y eult mis plus y eult perdu. Chil de Tournay plouroient leur damaige: che fu le reconfort qu’il en eurent.

Assés tost après ceste advenue, vint le marescaus de Franche, messire Ernoul d’Audrehem devers le roy, et ly dist que les Englès estoient entrés à Calais. Quant le roy de Franche entendy che, sy eult consail de luy retraire à Saint Omer et se party à tout son ost et s’en vint en sa bonne ville de Saint Omer et là se tint. Et demanda conseil à monseigneur Jehan de Haynau, en quy il avoit fiance, coment il poroit perseverer à son honneur de ceste armée; il luy dist: «Sire, se vous envoierés quatre chevaliers à Calais devers le roy d’Engleterre, et luy manderés que vous l’avés poursievy au plus hastivement que vous avés peult depuis les nouvelles que vous eustes de messire Bouchicault et qu’il vide hors de Calais, et vous luy baillerés plache là où il le voldra prendre et eslire, et là le combaterés.»

A che consail le roy entendy vollentiers. Et furent les quatre chevaliers nommés et ordonnés qui yroient ce messaige faire; et furent messires Ernoul d’Audrehem, messire Guichart de Biaugeu, messire Bouchicault et le sire de Saint Venant. Et cheulx y alèrent et ung hirault avecques eulx jusques à Calais pour parler au roy d’Engleterre. Quant il furent venus assés près de Calais, il envoièrent leur hirau dedens la ville dire et senefier au roy englès que là estoient quatre chevaliers franchois pour parler au roy d’Engleterre de par le roy de Franche, mais que il eussent sauconduit. Le roy respondy au hirault qu’il n’avoient que faire de entrer en la ville de Calais; mais il envoiroit de son consail pour parler à y aulx et sçavoir quelle chose il volloient dire. Sy i envoia son cousin le duc Henry de Lenclastre et messire Gautier de Mauny et deux aultres chevaliers. Sy chevauchèrent tant que il vinrent là où les quatre chevaliers de Franche les atendoient. Sy les saluèrent courtoisement et leur demandèrent qu’il leur plaisoit. Messire Ernoul d’Audrehem prist le parolle et dist qu’il estoient là envoiet de par le roy de Franche pour requerre au roy d’Engleterre qu’il volsist yssir hors de Calais et venir en ung biel camp, car il se volroit combattre à luy. Le duc de Lancastre respondy que ly roy Jehan avoit eut assés tamps et losir de venir jusques à yauls, s’il volsist, car il avoit sejourné au pais de l’Artois bien onze jours, où le roy son seigneur l’avoit atendut et luy avoit mandé bataille «par vous monseigneur Bouchicault qui chy estes presens. Sy vous respondons de par le roy nostre seigneur qu’il n’est pas consilliés de faire che que vous ly requerés, car jà le moitié de ses gens en sont rallet leur voie, et ly aultres sont moult travilliet. Se ly venroit mal à point de combatre au plaisir et à l’aise du roy de Franche et à tous les bons poins.» Là endroit furent pluiseurs raisons dites entre yauls, dont je m’en tais, car riens n’en fut accordé. Sy se partirent atant les chevaliers de Franche et vinrent à Saint Omer raporter au roy de Franche leur response, et ly chevaliers d’Engleterre s’en ralèrent à Calais. Fºs 488 à 492.

P. 147, l. 26: li Englès estoit.--_Ms. B 3_: les Anglois estoient.--_Ms. B 4_: ly Englès estoient.

P. 148, l. 3: royaus.--_Ms. B 3_: roialle.

P. 148, l. 5: chevaucie.--_Ms. B 3_: chevauchée.

P. 148, l. 13: pièce de terre.--_Ms. B 3_: terre.

P. 148, l. 20: Arde.--_Ms. B 3_: Ardre. Fº 171 vº.

P. 148, l. 23 et 24: havene.--_Ms. B 3_: havre.

P. 148, l. 24 et 25: Bervich.--_Ms. B 3_: Vervich. Fº 172.

P. 148, l. 26: Rosebourch.--_Le ms. B 3 ajoute_: et fally.

P. 148, l. 27: pensieus.--_Mss. B 3, 5_: pensif.

P. 148, l. 28: Grastoch.--_Ms. B 3_: Grastop.--_Ms. B 4_: Grascok. Fº 159.--_Ms. B 6_: Grisep. Fº 492.

P. 149, l. 3: eussent... songniet.--_Mss. B 3, 4_: eussent esté bien soigneux. Fº 172.

P. 149, l. 3: songniet.--_Ms. B 6_: Adonc se mirent les seigneurs d’Engleterre entre le roy et le chevalier, et dirent: «Monseigneur, il sera bien amendé.» Lors soupa le roy moult petit et fist là venir tout son consail après souper en sa chambre. Sy fu dit et ordonné que, à heure de minuit, quant la marée venroit, que il entraissent tous en leurs batieaulx et s’en yroient en Engleterre; et ne dormiroit jamais en une ville que une nuit, sy seroit venu devant Bervich. Ensi fu il segnefiet et criet parmy la ville de Calais. Et fu tout toursé, et les chevaulx mis en ès batieaulx devant minuit, et à chelle heure le roy entra en son batiel et toute[s] ses gens; et furent l’endemain, à heure de prime, à Douvres. Sy dessendirent et mirent tout leur baghes hors, et puis montèrent à cheval, et prirent le chemin de Londres. Et fist commandement le roy par toute son ost que nulz ne presist aultre chemin que chely d’Escoche. Fº 493.

P. 149, l. 6: tel.--_Ms. B 3_: tellement. Fº 172.--_Ms. B 4_: atourné telle paix.

P. 149, l. 7: sist.--_Ms. B 3, 4_: fut. Fº 172.

§ =351=. P. 149, l. 16: Quant messires.--_Ms. d’Amiens_: Et li roys de Franche vint logier sus le mont de Sangate, et envoya à Callais monseigneur Ernoul d’Audrehen parler au roy d’Engleterre pour atraire hors; mès il s’escuza et dist que il n’en feroit pour celle saison plus. Enssi se desrompi ceste chevauchie, et retourna li roys Jehans en Franche. Fº 100 vº.

P. 149, l. 17 et 18: l’enclinèrent.--_Ms. B 3_: s’aclinèrent. Fº 172.

P. 149, l. 18: bien.... point.--_Ms. B 3_: bien honnestement.

P. 149, l. 27: la bataille.--_Ms. B 3_: batailler.

P. 149, l. 31: finable.--_Ms. B 3_: finale.

P. 150, l. 11: en sès.--_Mss. B 3 et 4_: en ses.

P. 150, l. 13 et 14: le bastide d’Arde.--_Ms. B 5_: la ville d’Ardre.

P. 150, l. 21: Valenchiènes.--_Ms. B 6_: delés le boin conte Guillaume de Haynau son frère: Dieu leur faiche pardon! Car le gentil chevalier resgna moult vaillamment et fu en son vivant moult amés de ses amis et redoubtés de ses ennemis. Sy s’en rala son hirtaige, tout che qu’il en tenoit, as enfans monseigneur le conte Loys de Blois, qui furent filz de se fille, et qui adonc estoient moult jouene: Loys, Jehan et Guis. Chil resgnèrent moult honnourablement et moult loyaument, si comme vous orés recorder chy avant en ceste matère. Fº 494.

P. 150, l. 25:--Guis.--_Le ms. B 5 ajoute_: de Blois. Fº 365 vº.

§ =352=. P. 151, l. 1: à cent.--_Ms. B 3_: avec cent. Fº 172 vº.

P. 151, l. 13: emprise.--_Ms. B 3_: entreprinse.

P. 151, l. 18: Gautiers.--_Ms. B 6_: avecques luy soixante compaignons bien montés et bien armés. Fº 495.

P. 151, l. 19: Bervich.--_Ms. B 6_: et se bouta ou chastel qui se tenoit Englès et qui siet delés la cité. Et adonc messire Thomas Kol estoit chastelain. Quant le sire de Mauny fut venu jusques à là, il avisa et ymagina comment le plus tost il pouroit faire ouvraige qui apparust pour constraindre cheaulx de Bervich. Il avoit avec luy sept mineurs de l’esvesquiet de Liège, car toudis les menoit il vollentiers avoecq luy, puis qu’il pensoit à faire siège ne assault à une fortresse. Si les appella et leur dist: «Regardés entre vous se par mine nous porimes entrer en ceste cité.» Il respondirent: «Sire, oil.»--«Or vous aparliés et vous esploitiés, adonc dist le sire de Mauny. Mettés vos hostieus en euvre, car se nous poons entrer par mine, je vous feray tous riches.»

Adonc se ordonnèrent et commenchèrent à miner à l’endroit de une grose tour qui estoit sur les murs et respondant à le cité et servoit à l’encontre du dit castiel. Et commenchèrent à fouir mouvant en l’enprise du chastiel. Il n’eurent gaire minet ne alé avant quant il trouvèrent bieau[x] degrés bien assis et bien machonnés et une croute, toute vautée à manière de ung chelier, qui s’en aloit vers le cité de Bervich par desous les murs.

Advint, entreuz que ces mineurs minoient, chil de la cité s’en perchurent bien. Et bien savoient ly aucuns anchiens hommes que là en che contour il devoit avoir crouste et chelier qui aloit de la ville ou castiel. Sy se doubtèrent et esmaièrent durement qu’il ne fussent par là pris, et le remoustrèrent à aulcuns chevaliers d’Escoche qui là estoient pour garder la cité; et leur dirent qu’il s’avisaissent, car il estoient en grande volenté que de yaus rendre à monseigneur Gautié de Mauny, et anchois que le roy englès y peuist venir ne qu’il fust pris par forche.

Quant les Escochois qui là estoient entendirent che langaige et perchurent le coraige des bourgois de Bervich, sy se doubtèrent que mauls ne leur en venist. Si se consillèrent et avisèrent entre yaulz sur che, et toursèrent tout che qu’il pourent et qui leur estoit, et se partirent ung jour et rentrèrent en leur pais. Et à l’endemain, ung traitiet se fist entre cheaus de Bervich et monseigneur Gautié de Mauny qu’il se rendroient, sauve leurs corps et leurs biens. Et les devoit le sire de Mauny parmy tant apaisier au roy d’Engleterre, ensy qu’il fist; car le roy i entra le second jour après à grant joie. Fºs 495 à 497.

P. 151, l. 29: Asneton.--_Ms. B 3_: Anreton. Fº 172 vº.--_Ms. B. 4_: Ameton. Fº 159 vº.

P. 151, l. 32: sente.--_Ms. B 3_: sache.

P. 152, l. 15: perilz.--_Ms. B 3_: dangiers.

P. 152, l. 16 et 17: toursèrent.--_Ms. B 3_: troussèrent.

P. 152, l. 19: vaghe.--_Ms. B 3_: vuide.--_Ms. B 4_: vage.

P. 152, l. 28: vasselage.--_Ms. B 3_: vaillance.

P. 152, l. 29: menestraudies.--_Ms. B 3_: menestriers.--_Ms. B 4_: menestreux. Fº 159 vº.

§ =353=. P. 153, l. 11: Aindebourch.--_Ms. B 3_: Andebourg. Fº 173.

P. 153, l. 12: tèle.--_Ms. B 3_: tellement.

P. 153, l. 13: estant.--_Ms. B 3_: estat.

P. 153, l. 16: aforains.--_Ms. B 3_: forains.

P. 153, l. 23 et 24: Haindebourch.--_Ms. B 6_: la souveraine ville d’Escoche. Fº 498.

P. 153, l. 23 à 26: en approçant.... fourer.--_Ms. B 5_: et en approchant Haindebourc, couroient les fourriers, mais ilz ne trouvoient neant. Fº 366.

P. 153, l. 26: fourer.--_Ms. B 3_: fourrager.

P. 153, l. 29: li rois.--_Ms. B 6_: en le souveraine abeye dehors la ville, et le plus grant partie de ses gens en la ville, car elle n’estoit point frummée. Mais il y a ung chastel, qui siet au desoubz sur une roche haulte et belle, et est très bien fruméz; et adonc y avoit dedens de bons chevaliers et escuiers pour le garder. Fº 498.

P. 154, l. 3: nostre.--_Ms. B 5_: vostre.

P. 154, l. 8: il.--_Ms. B 5_: le roy d’Escoce.

P. 154, l. 10: en remunerant les.--_Ms. B 3_: pour remuneration des.

P. 154, l. 16 et 17: uns.... offisces.--_Ms. B 3_: une belle ºffice.

P. 154, l. 21: nostre.--_Ms. B 5_: vostre.

§ =354=. P. 155, l. 2 et 3: pourveances.--_Ms. B 6_: et se navire, qui le devoit sieuvir par mer, mais point ne vinrent, car ilz eurent vent toudis sy contraire qu’il ne porent oncques à celle fois aprochier Escoche. Quant le roy englès vit che que ses pourveanches ne venoient pas, ne le grant engien dont il devoit assallir Handebourch et les aultres fortresses, sy eut consail qu’il retourneroit en ardant le plat pais d’Escoche. Fº 499.

P. 155, l. 3 à 13: dont... vivre.--_Ce passage manque dans le ms. B 5_, fº 366 vº.

P. 155, l. 10: ens ès gragnes.--_Ms. B 3_: dedens les granges. Fº 173 vº.--_Ms. B 4_: ens ès granges. Fº 160.

P. 155, l. 15: le Hombre.--_Ms. B 3_: le avre.

P. 155, l. 22 et p. 156, l. 19: Entrues... Dalquest.--_Cet alinéa est résumé en une phrase dans le ms. B 5._

P. 155, l. 29: le.--_Ms. B 3_: au.

P. 155, l. 32: plus especiaulz.--_Ms. B 3_: principale.

P. 156, l. 4: retournoit... fois.--_Ms. B 3_: repairoit aucunes fois.

P. 156, l. 12: respirer.--_Mss. B 3 et 4_: respiter.

P. 156, l. 17: fois.--_Ms. B 6_: Et le fist le roy reconduire jusques à Dalquest par deux de ses chevaliers, le seigneur de Montbray et le seigneur de Noefville: et fu commandé au deslogier que nulz, sur le hart, ne boutast le fu ne aultrement à le ville de Haindebourch. Fº 499 et 500.

P. 156, l. 27: Arcebaus.--_Mss. B 3 et 5_: Archambault. Fº 173 vº.

P. 156, l. 29: Asneton.--_Mss. B 4, 5_: Assueton. Fº 160 vº.

§ =355=. P. 157, l. 24: malaisiu.--_Ms. B 3_: malaisé. Fº 173 vº.--_Ms. B 4_: malaisieu. Fº 160 vº.

P. 157, l. 30: froit.--_Ms. B 6_: ensy que il fait en yvier envers le Noel. Fº 500.

P. 158, l. 7: soutilleté.--_Ms. B 3_: subtilité. Fº 174.--_Ms. B 4_: soustilleté. Fº 161.

P. 158, l. 9: aise.--_Ms. B 3_: aiseement.

P. 158, l. 10: Tuydon.--_Ms. B 3_: Tuyde.--_Ms. B 5_: Tuydein. Fº 366 vº.

P. 158, l. 14: se fin.--_Ms. B 3_: la fin.--_Ms. B 4_: le fin.

P. 158, l. 16: Li contes Douglas.--_Ms. B 6_: messire Guillaumez Duglas, maris à le contesse dessus dite, qui se faisoit chief de tous les Escochois et estoit moult vaillant et saiges. Fº 500.

P. 158, l. 21: rués.--_Ms. B 3_: boutez.

P. 158, l. 22: arroi.--_Ms. B 6_: Alors fu le duc de Lanclastre très bon chevalier, et bien le couvenoit, et y fist de la main mainte apertise d’armes. Fº 501.

P. 158, l. 24: ce.--_Ms. B 3_: ceste.

P. 159, l. 2: menèrent.--_Ms. B 6_: jusques à quinze bons prisonniers, dont il eurent des chevaliers de Brabant, et les aultres furent Englèz; et s’en retournèrent en la forest et entre les montaignes, de coy il faisoient leur fortresse. Fº 502.

P. 159, l. 5: esvanui.--_Ms. B 3_: esvanoys.

P. 159, l. 7: Baudresen.--_Ms. B 3_: Andrehen.--_Ms. B 4_: Baudresem. Fº 161.

P. 159, l. 9: six.--_Ms. B 3_: unze. Fº 174.

§ =356=. P. 159, l. 11: Depuis.--_Ms. d’Amiens_: Et envoya (le roi Jean) une partie de ses gens d’armes avoecq son connestable, messire Jaqueme de Bourbon, devers le Langhe d’ock; car li prinches de Galles y estoit entrés à tout grant fuisson de gens d’armes de Gascoingne et d’Engleterre: de laquelle cevaucie nous parlerons maintenant, car elle fu moult honnerable et de grant emprise.

Li prinches de Galles, en celle saison, estoit yssus de Bourdiaus à deus mil lanches, Englès et Gascons, et quatre mil archiers et grant fuisson de gens de piet. Et vint passer le Garonne à Bregerach, et fist tant que, sus le conduit dou seigneur de Labreth, qui là estoit parsonelment, dou seigneur de Pumiers, dou seigneur de Muchident, dou seigneur de Lespare, dou seigneur de Courton, dou seigneur de Cendren, dou seigneur de Rosem et de cesti de Landuras et dou captal de Beus, il entra en France et vint passer au Port Sainte Marie dallés Toulouse, et entra ou pays toulousain. Fº 100 vº.

P. 159, l. 11: avenue.--_Ms. B 3_: aventure. Fº 174.

P. 159, l. 21: grant et estoffet.--_Ms. B 3_: grandement estoffé.

P. 160, l. 15: de Labreth.--_Ms. B 3_: d’Albret. Fº 174 vº.

P. 160, l. 17: Aymemon.--_Ms. B 3_: Aymond.

P. 160, l. 18: Tarste.--_Ms. B 6_: Tharse. Fº 503.

P. 160, l. 18: Aymeri de Tarste.--_Ms. B 3_: Aymon de Castre.

P. 160, l. 18 et 19: Mucident.--_Ms. B 6_: le sire de Condon, messire Jehan de Caumont. Fº 503.

P. 160, l. 19 et 20: Longheren.--_Ms. B 3_: Lengoiren.

P. 160, l. 20: Rosem.--_Ms. B 3_: Rosan.

P. 160, l. 21 et 22: Geronde.--_Ms. B 4_: Gironde. Fº 161 vº.

P. 160, l. 21: Bernadet de Labreth.--_Ms. B 3_: Bernardet d’Albret.

P. 160, l. 22: Beus.--_Ms. B 3_: Buch.

P. 161, l. 3: hostoiier.--_Ms. B 4_: hostier. Fº 161 vº.--_Ms. B 3_: passer. Fº 174 vº.

§ =357=. P. 161, l. 4: A ce conseil.--_Ms. d’Amiens_: Et passèrent (le prince de Galles et les Anglais) assés priès de le bonne chité de Thoulouse, et y vinrent si marescal escarmuchier, et boutèrent le feu ens ès fourbours. Et puis passèrent oultre, et s’en vinrent logier à Montgisart, une bonne ville et grosse, mais elle n’estoit adonc point fremmée: si fu de ces Englès arsse, courue et robée. Et de là il vinrent à Avignoulet, qui estoit fremmée de murs de terre. Si se missent li homme de dedens à deffensce; mès chil archier, qui traioient si roit et si dur, ne les laissoient aprochier à garittes. Si fu la ditte ville de Avignoulet, prise, concquise et toutte arse, et y eut grant occision d’ommez et de femmez. Fº 100 vº.

P. 161, l. 7: lances.--_Ms. B 6_: et deux mille bidauls à piet parmy les Bernès et trois mille archiés. Fº 503.

P. 161, l. 8: Bernès.--_Mss. B 3, 4_: Bornès. Fº 174 vº.--_Ms. B 5_: Biernois. Fº 367.

P. 161, l. 13: gué.--_Ms. B 6_: et puis entrèrent en che biau plain et cras pais de Toulouse. Fº 503.

P. 161, l. 24 et 25: n’estoit.... Paris.--_Ms. B 3_: n’estoit pas grandement murée ne que Paris. Fº 174 vº.

P. 161, l. 29: feus.--_Ms. B 6_: car point n’y avoit de frumeté. Et fist tantost lettres escripre et messaigiers monter pour senifier l’estat des Englès à monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de Franche, qui se tenoit à Limoge et là faisoit son asamblée de gens d’armes pour aler contre les Englès et deffendre le pais. Mais anchois qu’il y peuist parvenir, ly Englès et les Gascon eulrent villainement escardé le bon pais de Toulonsein, le senescaudie de Carquasonne, le terre de Limous et le visconté de Nerbonne, sy comme vous orés chy après. Fºs 503 et 504.

P. 162, l. 22: usé.--_Ms. B 3_: rusez. Fº 175.--_Ms. B 5_: maniers. Fº 367.

P. 162, l. 26: d’Ermignach.--_Le ms. B 3 ajoute_: pour doubte.

P. 163, l. 2: Charcassonne.--_Ms. B 4_: Carcasone. Fº 162.

P. 163, l. 7: recuevre.--_Ms. B 4_: recouvre.

P. 163, l. 7: d’estrain.--_Ms. B 3_: de paille.

P. 163, l. 8: à grant dur.--_Ms. B 3_: à grant peine.

P. 163, l. 12: prendable.--_Ms. B 3_: prenable.

P. 163, l. 16: veurent.--_Ms. B 6_: et estoit le marisal de l’ost le conte de Wervich et messire Jehan de Caumont de Gascongne, car les Gascons les conduisoient qui congnisoient le pais. Fº 505.

P. 163, l. 18: pour le feu.--_Ms. B 3_: pour paour du feu.

P. 163, l. 24: Avignonlet.--_Mss. B 3, 5, 6_: Avignolet.

P. 163, l. 27: un terne.--_Ms. B 3_: une petite montaigne.

P. 163, l. 29 et 30: à segur.--_Mss. B 3, 4_: asseur.

P. 164, l. 3: Noef Chastiel d’Auri.--_Ms. B 3_: Chastel Neuf d’Arry. Fº 175 vº.

§ =358=. P. 164, l. 4: Tant esploitièrent.--_Ms. d’Amiens_: Tant chevaucièrent li Englès et li Gascon, ardant et essillant tout le pays, et concquerant villes et castiaux, qu’il vinrent jusques à le cité de Charcasonne. Fº 100 vº.

P. 164, l. 30: seans.--_Ms. B 3_: assise. Fº 175 vº.--_Ms. B 4_: saians. Fº 162.

P. 165, l. 3: cras.--_Ms. B 3_: gras.

P. 165, l. 9: kieutes.--_Ms. B 4_: keutes.--_Ms. B 3_: coitis.

P. 165, l. 17: Carcassonne.--_Ms. B 6 ajoute_: qui est chief de tout le pais. Fº 505.

§ =359=. P. 165, l. 18: La ville.--_Ms. d’Amiens_: La ville de Carcasonne siet sus une rivierre que on appelle Aude, et est une moult grosse ville et grande, et estoit adonc. Au dessus de la ville, oultre le rivière, sus une montaigne imprendable, sciet la chité qui est forte et bien fremmée. Et là avoient les gens de Carcasonne retrait le plus grant partie de leurs femmes et enfans; et estoient tout rengiet au devant des Englès et avoient tendu kainnes au loing des rues.

Quant li princhez et ses gens furent là venu, et il eurent consideré l’estat de ces hommes qui moustroient samblant de yaux deffendre, se missent piet à terre et ordonnèrent leurs archiers et fissent passer devant. Chil archier coummenchièrent à traire de grant mannierre sus ces gens qui là estoient mal armé. Si tost que il sentirent ces saiettez, il resongnièrent et coummenchièrent à perdre terre et à laissier leurs kainnes.

Là fu messires Ustasses d’Aubrecicourt bons chevaliers, car il sailli oultre deus ou trois de ces kainnes et les concquist à l’espée sus yaulx. Que vous feroie je loing parlement? Ces kainnez furent concquises, et cil qui les gardoient, cachiet en voies. Et y eut bien deus mil de ces bons hommes mors et ochis sus le place.

Enssi fu la ville de Carcassonne prise, courue et robée; et à l’endemain, au departement dou prince, elle fu si netement arse, que oncquez n’y demoura ostel ne maison. Fº 101.

P. 165, l. 18: siet.--_Ms. B 3_: est assise. Fº 175 vº.

P. 165, l. 19: Aude.--_Ms. B 5_: Oude. Fº 367 vº.

P. 165, l. 19: au plain.--_Ms. B 3_: en plain.

P. 165, l. 20: de.--_Ms. B 3_: devers.

P. 165, l. 21: rocier.--_Ms. B 6_: outre le rivière, à deux trait[s] d’un arc, siet la chité de Carcasonne, qui est une des forte[s] chité[s] du monde, car elle est asise hault si comme le mont de Lan, et tout sur une roche, bien frumée de pière, de grès, de tours, de murs, de portes.... Dedens le chité estoit adonc le senescal, ung moult vaillant chevalier, et avoit avecques luy grant foison de bonnes gens d’armes. Et quoyque la ville de Carcasonne fuist grande et remplie de bourgois et de bidauls du pays, li riche et ly saiges hommes avoient leurs femmes et leurs enfans et leurs corps meismes enfrumés en la cité. Et tout chil qui ensy firent furent saige. Fº 506.

P. 165, l. 23: ne fait mies.--_Ms. B 3_: est forte. Fº 173 vº.

P. 165, l. 26: celi.--_Ms. B 4_: ce. Fº 162 vº.

P. 165, l. 27: chainnes.--_Le ms. B 3 ajoute_: de fer.

P. 165, l. 30: à segur.--_Ms. B 4_: asseur.

P. 166, l. 1: pavais.--_Ms. B 3_: pavois. Fº 176.

P. 166, l. 19 et 20: d’Aubrecicourt.--_Ms. B 4_: d’Aubregicourt. Fº 162 vº.

P. 166, l. 20: chevaliers.--_Ms. B 5_: jeune baceler. Fº 368.

P. 166, l. 21: ables.--_Ms. B 3_: abile. Fº 176.

P. 166, l. 23: le glave.--_Ms. B 4_: la glave. Fº 162 vº.

P. 166, l. 24 et 25: reculer.--_Ms. B 4_: requellier.

P. 166, l. 25: ennemis.--_Ms. B 6_: Assés tost après se lancha ºultre ung aultre chevalier de Haynau, messire Jehan de Ghistelle, vaillant chevalier durement de grant vollenté. Et adonc compaignons ensamble chil doy chevaliers assallirent ces bidaulx fierement et y firent mervelles d’armes, car il estoient jouene et amoureus et moult hardis. Fºs 508 et 509.

P. 166, l. 31: saiettes.--_Ms. B 3_: flèches. Fº 176.

P. 167, l. 6: à garant.--_Ms. B 5_: garantir.

P. 167, l. 18: trouvèrent.--_Ms. B 6 ajoute_: par l’espasse de trois jours. Fº 508.

P. 167, l. 18: nuis.--_Ms. B 3_: moys. Fº 176.

§ =360=. P. 167, l. 26: Ceste cités.--_Ms. d’Amiens_: Si chevaucièrent li Englès le chemin de Nerbonne, et vinrent par deviers une ville que on appelle Tèbres. Si se logièrent li Englès de haulte heure sus celle rivierre de Tèbres, et robèrent et ardirent toutte le ville et le pays d’environ. Et puis chevauchièrent viers le ville de Cabestan, qui siet à deus lieuwez de Nerbonne.

Quant chil de Besiers et de Monpelier entendirent que li princhez de Gallez cevauçoit si efforciement et approchoit leurs mettes, et avoit pris en son venant tant de villez et de castiaux, si furent grandement effraé, et envoiièrent le plus grant partie de leurs biens en Avignon à sauf garant et ou castel de Aigemorte et de Biauquaire.

Tant esploitièrent li Englèz qu’il vinrent devant Kabestain, une ville durement rice et où on fait tout le sel que on aleuwe en celui pays; si l’environnèrent et se appareillièrent pour le assaillir. Quant chil de le ville virent venu le prinche et ses gens devant leur ville, si furent moult esbahy et doubtèrent tout à perdre, corps et avoir. Si se avisèrent sagement et demandèrent trieuwez au prince, et que il pewissent parler au seigneur de Labreth. Li prinches leur acorda. Adonc se traist li sirez de Labreth avant, et demanda qu’il volloient dire. Il dissent que c’estoient povres gens et mal usé de gueriier, et que li prinches ewist pité d’iaux, parmy tant que ce voiaige il lez volsist respiter, et il li donroient vingt mil florins. Li sires de Labreth dist et respondi qu’il en parleroit vollentiers au prince. Si en parla, et en pria pour tant que il l’avoient demandé par fianche. Li prinches eult consseil que il lez prenderoit et leur donroit trieuwez pour celle saison, parmi vingt mil florins que il devoient envoiier, où que li princhez fust, dedens quatre jours, et de ce delivrèrent il bons hostaiges.

Apriès ce fait et ordonné, li princes et ses gens se departirent de Kabestain et prissent le chemin de Nerbonne, et ne veurent adonc aller plus avant en aprochant Montpelier, car on leur dist que li connestablez de Franche y estoit, qui faisoit là ung grant amas de gens d’armes, et ossi li comtez d’Ermignach d’autre part à Toulouse. Fº 101.

P. 167, l. 27: Carsaude.--_Ms. B 4_: Charsaude. Fº 163.

P. 167, l. 30: maçonnement.--_Ms. B 3_: maçonnerie.

P. 168, l. 6: et le.--_Mss. B 4, 5_: de le.

P. 168, l. 10: bastions.--_Mss. B 3, 4_: biens.

P. 168, l. 18: aise.--_Le ms. B 3 ajoute_: quant ilz vouloient. Fº 176 vº.

P. 168, l. 23: à non ardoir.--_Ms. B 3_: affin qu’ilz ne fussent ars ne assailliz.

P. 168, l. 26: route.--_Ms. B 3_: compaignie.

P. 169, l. 4: bruis.--_Ms. B 3_: brouys. Fº 176 vº.--_Ms. B 4_: brulés. Fº 163.

P. 169, l. 7: à segur.--_Ms. B 3_: asseurés.--_Ms. B 4_: asseur.

P. 169, l. 12: Biaukaire.--_Ms. B 3_: Belkaire.

P. 169, l. 17: le sel.--_Ms. B 6_: de quoy tout le pais de environ vit. Fº 509.

P. 169, l. 25: quarante mil escus.--_Ms. B 6_: vingt cinq mille moutons. Fº 509.

P. 169, l. 26: pourveance.--_Ms. B 3_: terme. Fº 176 vº.--Ms. B 4: pourveanche. Fº 163.

P. 169, l. 32: assalli.--_Ms. B 6_: Sy passa oultre (le prince de Galles), et alèrent ses coureulx jusques à Besiers et jusques à Saint Thiberi, et point ne passèrent la rivière de delà, et prist son chemin devers Nerbonne. Adonc estoit le connestable de Franche, messire Jaques de Bourbon, venu à Monpellier à grant foison de gens d’armes, et encores l’en venoit il tout les jours. Et atendoit le conte de Erminach, le conte de Commignes, le conte de Pieregort, le conte de Laille, le visconte de Quarmain et grant foison de bons chevaliers de Gascongne, de Roherge, d’Agens et de Toulouse qui estoient mis as camps. Sy entendy le dit congnestable, entreus qu’il estoit à Monpellier, que ly bourgois de Kabestain s’estoient racheté devers le prinche, mais ilz n’avoient point encore paiiés les deniers. Sy s’aresta le dit connestable sur che et dist à l’Archeprestre: «Prendés jusques à cinq cens combatans et en alés à Kabestain, et aydiés à conforter la ville. Et se ly Englès y reviennent, sy le tenez contre yaulx, et je vous conforteray, comment qu’il soit.»

Adonc se party ly Archeprestre, et grant foison de bons chevaliers et escuiers avecques luy, du pais d’Auvergne et de Limosin, et se vinrent mettre en la ville de Kabestain. Et fist tantost les hommes de la ville entendre à yaulx fortefier et faire grans fossés et parfons. Et y ouverèrent nuit et jour plus de quatre mille hommes comme à fossés et as portes et as garites, et moult le renforchèrent. De tout che ne savoit riens le prinche qui se tenoit au bourcq de Nerbonne, et faisoit la chité de Nerbonne moult fort assallir, et sejournoit là en atendant son paiement, mais il estoit mal aparliés. Fºs 509 et 510.

P. 170, l. 2: au bourch.--_Ms. B 3_: aux faulx bourgs. Fº 176 vº.

§ =361=. P. 170, l. 3: A Nerbonne.--_Ms. d’Amiens_: Or vint li prinches de Galles à tout son effort devant Nerbonne, [où] il y a ville et cité. Adonc estoit la ville, qui sciet sus le rivière d’Aude, foiblement fremmée. Si furent tantost li Englèz dedens, et moult petit dura contre yaux. Les bonnes gens de le ville avoient retrait le plus grant partie dou leur en le cité, femmes et enfans. Et là estoit li viscontez de Nerbonne et fuison de chevaliers et d’escuiers que il y avoit assambléz pour aidier à garder et deffendre le chité.

Sachiés que li Englès ne reposèrent gaires ou bourcq de Nerbonne, quant il y furent venu; mès se traissent tantost à l’assault à la dite cité de grant vollenté. Et sejourna li prinches et touttes ses gens ou dit bourcq cinq jours, mès tous les jours il y eult cinq ou six assaux à le chité. Si le deffendirent li gentilz hommez qui là estoient, si vaillamment que riens n’y perdirent; autrement elle ewist estet concquise. Là en dedens aportèrent chil de Kabestain leur raençon, et paiièrent as gens dou prinche et eurent leurs hostaiges.

Quant li prinches et ses gens virent que point il ne conquerroient la chité de Nerbonne, où il tendoient à venir et au concquerre, si eurent consseil de partir et se deslogièrent. Au deslogement du prinche, li bours de Nerbonne fu tous ars. Si chevauchièrent le chemin de Lymous, qui est une bonne ville et grosse, en le marce nerbonnoise; si le prissent et fustèrent et y conquissent grant avoir, et puis Villefrance et Montroial et pluisseurs autres grosses villez en celi pays. Et avoient tant d’avoir que li varlès ne faisoient compte de draps ne de pennes, fors d’or et d’argent et de vaissiel d’argent. Fº 101.

P. 170, l. 3: Nerbonne a.--_Ms. B 3_: par lors avoit. Fº 176 vº.

P. 170, l. 7: Cippre.--_Ms. B 4_: Napple. Fº 163 vº.

P. 170, l. 11: Nerbonne.--_Ms. B 6_: et messire Engascons ses frères et ung de leurs oncles bon chevalier. Fº 511.

P. 170, l. 16: canonneries.--_Ms. B 3_: chanoynies. Fº 177. _Ms. B 5_: chanoinenies. Fº 368 vº.

P. 170, l. 19: florins.--_Ms. B 5_: livres. Fº 368 vº.

P. 170, l. 21: cras.--_Ms. B 3_: fertilz. Fº 177.

P. 170, l. 30: trois mil.--_Ms. B 3_: quatre mil.

P. 171, l. 7: jours.--_Ms. B 6_: Quant che vint au sixième jour, le prinche demanda à son consail se on n’avoit oyt nulles nouvelles de chaus de Cabestain; on ly respondy que nannil. De che fut le prinche tous esmervilliés. Adonc fist il partir Fauchon le hirault, et luy dist qu’il chevauchast jusques à là et demandast à chiaus de Cabestain pour quoy il avoient fally de couvenenches et qu’il marchandoient de eulx faire tous ochire et exillier. Le hirault se party et chevaucha tant qu’il vint à Cabestain. Sy trouva comment chil de la ville estoient fortifié de grans fossés et parfons et de bons pallis. Sy fist son messaige à cheaus qu’il trouva à le barière. Il luy respondirent tout promptement que au prinche n’avoit que faire de sejourner pour che ens ou pays, car d’argent n’aroit il point. Che fut toute le response qu’il firent et qu’il raporta arière à son maistre.

Quant le prinche entendy che, sy fut moult courouchiés et fist moult tost partir ses marescaus à tout cinq cens hommes d’armes et trois mille archiés, et leur dist qu’il mesissent Cabestain en fu et en flame et sans deport, et toutes les gens à l’espée sans merchy. Et tant chevauchèrent les gens du prinche qu’il vinrent devant Cabestain. Sy le trouvèrent trop renforcie et bien garnie de bonnes gens d’armes et d’artillerie qui commenchèrent fort à traire contre les Englès. Quant il les virent aprochier et abrochier leurs chevaulx, adonc se retirèrent ung poy arrière les deux marisaus englès qui là estoient et le sires de Labreth, et firent retraire leur gens. Sy avisèrent et ymaginèrent le forche de chiaus de Cabestain et le foison de gens d’armes qui dedens estoient. Sy dirent bien entre aulx, tout consideret, que à l’asallir ºn pouroit plus perdre que gaignier. Il s’en partirent et s’en retournèrent à Nerbonne devers le prinche et ly recordèrent tout che que il avoient veu et trouvé. Et adonc se tint le prinche pour decheus de chiaulx de Cabestain et demanda consail à ses chevaliers quel chose il en feroit, sy il chevaucheroit plus avant ºu pais et se il lairoient Nerbonne, car à assallir le chité ne poroit gaire conquerre, car trop estoit forte et bien gardée.

Sy fut dit et conseilliet pour le milleur et plus honourable, à l’avis des plus saiges, que il se retrairoient tout bellement et saigement, car pour celle saison il avoient assés avant chevauchiet ens ou pais, et sy estoient chergiet durement de grant avoir qu’il avoient conquis, tant que cars et sommiers en estoient chergiet, et ossy de bons prisonniers dont il en orent grant rainchon. Sy faisoit bon tout che mettre en garde et à sauveté. D’aultre part, il avoient entendu que le connestable de Franche, le conte de Forès, le conte d’Erminac et tous les barons et chevaliers du pais s’asambloient. Sy pourroient bien tant demorer que [à] leur retour le chemin leur seroit estroit, et que chil seigneur de Franche dessus nommés leur tauroient leur passaige de le Geronde par ºù il leur couvenoit passer: sy quez, tout pourpeset et consideret, le prinche regarda que on le consilloit loyaument. Sy fist ung jour crier et assavoir en son ost que tout fut tourset et chergiet, car au matin il volloit partir.

Celle nuit entendirent toutes manières de gens à yaulx ordonner et apparelier selonc le cry du prinche, et se deslogèrent au matin: dont chilz de Nerbonne furent moult joieulx, car il avoient esté six jours en grant esmay. Sy chevauchèrent les Englès devers une bonne ville, que on clame Limous, où on fait les pines, ung aultre chemin qu’il n’estoient point venus devers Toulouse. Quant il parfurent venu devers Toulouse et qu’il furent jusques à là, sy trouvèrent la dite ville de Limous bien garnie et bien pourveue selonc l’usaige du pais. Pour che ne demora mie que il ne l’assallisent fierement. Et chil qui dedens estoient se deffendirent che qu’il porent selon leur povoir, et se tinrent du matin jusques à heures de viespres; mais finablement elle fut prise et toute robée et gastée sans deport. Et y gaignèrent ly Englès et ly Gascons moult grant avoir et pluiseurs bons prisonniers.

Che mesme jour vinrent ly conte d’Erminac, le conte de Pieregoth, le conte de Laille, le conte de Comminges, le viés conte de Quarmaing, le conte de Villemur, le viés conte de Thalar, le viés conte de Murudon, le sire de Labarde et pluiseurs aultres grans seigneurs de Gascongne, en l’ost de monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de Franche, qui estoit venus à Besiers à tout son grant ost. Quant tout ces contes furent asamblé, il furent grant gens yauls bien trente mille, c’uns que aultres, et eurent consail qu’il yroient au devant des Englès et les encloroient entre le Geronde et les montagnes de Roherge. Sy se mirent tous à camps à grant esploit et vinrent l’endemain à Cabestain. Fº 511 à 515.

P. 171, l. 7: redemption.--_Ms. B 3_: rençon. Fº 177.

P. 171, l. 9: à non ardoir.--_Ms. B 3_: pour paour d’estre ars.

P. 171, l. 31: Bediers.--_Ms. B 4_: Besieres. Fº 163 vº.

P. 172, l. 5: pont.--_Ms. B 3_: port.

P. 172, l. 6: fait.--_Le ms. B 4 ajoute_: on.

P. 172, l. 6: pines.--_Ms. B 3_: pignes.--_Ms. B 4_: pures. Fº 163 vº.

P. 172, l. 21: Jakemon.--_Ms. B 3_: Jacques.

P. 172, l. 28: Charcassonne.--_Ms. B 3_: Cabansonne.--_Ms. B 5_: Terrascon. Fº 369.

§ =362=. P. 173, l. 5: Quant li princes.--_Ms. d’Amiens_: Si se retraist adonc li prinches à tout son concquès en Bourdelois, sans avoir nul rencontre. Ne oncques li connestablez de France ne li comtez d’Ermignach ne li empechièrent son voiaige; mès, se il fuissent un peu plus demoré, sans faulte il l’ewissent combatu, car il avoient et eurent sus les camps à une journée plus de trente mil armures de fier. Mès li prinches et ses gens se retraissent si à point que oncquez il ne virent l’un l’autre. Enssi se deffist et desrompi celle grosse chevauchie. Et parlerons des aucunez avenues qui avinrent en celle saison ou royaumme de Franche, qui durement le grevèrent et afoiblirent. Fº 101.

P. 173, l. 5: Quant.--_Ms. B 6_: Et ly Englès se partirent de le ville de Limous che meismes jour et s’en vinrent à Montaral, ºù il avoit assés bonne ville et forte; mais pour che que elle seoit en leur chemin, il ne le volloient pas espargnier. Sy l’asallirent et prirent par forche et le pillèrent toute, et s’y logèrent le jour et le nuit. Et là seurent il, par les prisonniers qu’il prirent, que le connestable de Franche et le conte d’Erminac et tout grant puissanche les sievoient à grant puisanche, et estoient plus de trente mille hommes à cheval, sans les bidaus qui estoient à piet à tout gravelos et pavais.

Adonc se consillèrent les Englès et Gascons quel chose il feroient, se il les atenderoient ou se il retourneroient arière en leur pais. Sy trouvèrent en leur consail, tout consideré et ymaginet, que il se retourneroient au plus tost que il pouroient et metteroient leur avoir conquis et leurs prisonniers à sauveté au plus hastivement qu’il pouroient, et n’entenderoient à nule ville à asallir. Si se partirent de Montaral et prirent le chemin des montaignes et s’en vinrent vers Fougans. Et les Franchois passèrent le rivière d’Aude à Carquasonne et s’en vinrent après yaulx à grant esploit; mais ºncques ne se peurent tant esploitier que les Englès ne furent deus journées devant yaulx. Et passèrent le Pont Sainte Marie desoubz Toulouse la rivière de Geronde, et s’en revinrent en leur pais tous sauvement en Bourdelois, et y amenèrent leur grant avoir.

Quant le connestable de Franche, le conte de Forès, le conte d’Erminac et les aultres seigneurs de Franche et Gascons virent que les Englès en estoient allet et repasset la rivière de Geronde, et que poursievir ne leur valloit riens, il se retrairent tout bellement. Et donna le connestable toute[s] les gens d’armes congiet, car il veoit bien que pour celle saison il n’en avoit plus à faire et ºrdonna que chascun signeur ralast en son lieu. Et il meismes s’en revint en Franche, et le conte d’Erminac à Toulouse: ensy se departy celle grose armée.

Or avint ung pau après que, quant ces choses furent ung pau apaisies et les seigneurs revenut en leur maisons, le conte d’Erminac, qui se tenoit à Toulouse, estoit moult fort en hayne de chiaus de Toulouse, pour tant que ly Englès avoient passé et rapassé le Geronde sans estre combatus. Et tant se mouteplia cheste murmure que ung jour tout ly chitoiiens de la ville s’armèrent et assamblèrent et s’en vinrent, tout d’un acord, au castiel de Toulouse, pour le prendre à forche, et le conte d’Erminac qui dedens se tenoit, et y livrèrent moult grant assault. Le conte d’Erminac, qui dedens estoit à privée maignie, entendy comment les hommes de le ville estoient là venu pour luy prendre à forche et ochire. Sy fut moult esbahis et se fist hors mettre en une corbaille par une des fenestre[s] sur les camps ens ès fosés, et ung seul sien escuier avecq luy, et se sauva par celle manière. Tant asallirent chil de la chité le castiel qu’il l’enforchièrent et entrèrent dedens. Et prirent les gens du conte d’Erminac et en ochirent douze, desquelz il volrent. Entre lesquels il y eult quatre bons chevaliers du consail et du pais au dessus dit conte, qui adonc n’en peult avoir aultre chose. Mais le dit conte depuis deffia chiaus de Toulouse et les greva tellement qu’il furent tous joieulx que il luy porrent amender che meffait à se vollenté plainement. Fºs 515 à 518.

P. 173, l. 7: estoit.--_Ms. B 3_: est. Fº 177 vº.

P. 173, l. 11: sus le fiance.--_Ms. B 3_: pour la seurté.

P. 173, l. 11: eut.--_Ms. B 3_: avoit.

P. 173, l. 16: Fougans.--_Ms. B 3_: Fouganx.--_Ms. B 4_: Fougians. Fº 164.--_Ms. B 5_: Fondans. Fº 369.

P. 173, l. 17: Rodais.--_Ms. B 3_: Rodès.

P. 174, l. 1: adonc.--_Ms. B 3_: alors.

P. 174, l. 2: toutdis dou pieur.--_Ms. B 3_: tousjours du pire.

P. 174, l. 6: les.--_Ms. B 3_: leurs.

P. 174, l. 8: menroit.--_Le ms. B 3 ajoute_: par.

§ =363=. P. 174, l. 15: Nous nos.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés bien chy dessus oy recorder comment li roys de France hayoit en coer le jone roy de Navare, quel samblant qu’il li moustrast, pour le cause de son connestable. Si avint, assés tost apriès que ceste cevauchie fu faite dou prinche de Gallez en le Langhe d’ock, que li roys de France fu trop mallement dur enfourmés contre lui. Et seurent adonc moult peu de gens dont chilx nouviaux mautalens venoit, mès il fu trop grans et trop mervilleux, et moult cousta puisedi au royaumme de Franche.

Ung jour, en quaresme, environ Pasquez, estoit Carlez, dus de Normendie, ainnés filz dou roy Jehan, ens ou castiel de Roem, et là donnoit à disner le dit roy de Navare, son serourge, le comte de Harcourt, le signeur de Graville et pluisseurs autres. Et y devoit y estre messires Phelippes de Navarre et ossi messires Godeffroit de Harcourt, mès point n’y furent.

Ensi que on seoit à table, li roys Jehans entra en la salle, lui trentime de gens tous arméz et messires Ernoulx d’Audrehen devant lui, qui traist son espée et dist enssi si hault que tout l’oïrent: «Nulz ne se mueve pour cose qu’il voie, ou je le pourfenderai de ceste espée.» Li signeur qui là estoient, quant il virent le roy de Franche venu si aïré, furent moult esbahi.

Adonc se traist li roys de Franche deviers le roy de Navarre, et s’avancha parmi la table et le prist par le kevech de sa cote, et li dist: «Sus, mauvais traistres, tu n’es pas dignes de seoir à la table de mon fil.» Et le tira si roit à lui qu’il li pourfendi jusques en le poitrinne. Là fu pris de sergans d’armez et de machiers li dis roys de Navarre, et boutéz en une cambre en prisson et li comtez de Harcourt d’autre part, et messires Jehans de Graville, et messires Maubués et Collinés de Bleville qui trençoit devant le dit roy de Navarre.

Tantost apriès disner, li roys de Franche fist decoller soudainnement le comte de Harcourt, le signeur de Graville, monsigneur Maubué et ce Colinet, sans entendre à homme, ne à sen fil le duc de Normendie, qui moult en prioit, ne à autrui; et fist de nuit amener moult villainnement le jouene roy de Navarre à Paris et bouter en Castelet, et avoecq lui ung chevalier que on appelloit messire Fricket de Frikans. Fº 101.

P. 174, l. 15: soufferons.--_Ms. B 3_: tairons. Fº 177 vº.

P. 174, l. 16: d’aucunes incidenses.--_Ms. B 3_: d’aucuns incidens.

P. 174, l. 23: et par.--_Ms. B 3_: de. Fº 178.

P. 174, l. 29: reprise.--_Ms. B 3_: prinse.

P. 174, l. 30: levèrent.--_Mss. B 3, 4_: levoient.

P. 175, l. 2: se revelèrent.--_Ms. B 4_: se rebellèrent. Fº 164 vº.--_Ms. B 3_: se rebella.

P. 175, l. 4: à heure.--_Ms. B 3_: depuis l’eure. Fº 178.

P. 175, l. 8: Jakemon.--_Ms. B 3_: Jaques.

P. 175, l. 9: li motion.--_Ms. B 3_: la commotion.

P. 175, l. 14: tel cose.--_Ms. B 3_: telz succides.

P. 175, l. 15: en Harcourt.--_Ms. B 3_: à Arecourt.

P. 175, l. 16: Roem.--_Ms. B 3_: Rouen.

P. 175, l. 26: otretant.--_Ms. B 3_: autant.--_Ms. B 4_: autretant. Fº 164 vº.

P. 176, l. 2: soudains.--_Ms. B 3_: boullant.

P. 176, l. 6: retint.--_Ms. B 3_: extima.

P. 176, l. 7: voloit.--_Le ms. B 3 ajoute_: avoir.

P. 176, l. 8: fors.--_Les mss. B 3, 4 ajoutent_: que.

P. 176, l. 11: sus.--_Ms. B 3_: contre.

P. 176, l. 17: voirs.--_Ms. B 3_: vray.

P. 176, l. 19: estration.--_Ms. B 3_: lignée.

P. 176, l. 21: veurent.--_Ms. B 3_: vousirent.

P. 176, l. 23 et 24: legiers à enfourmer et durs à oster.--_Ms. B 3_: de legière creance et fort à oster....

P. 176, l. 26: fuissent.--_Ms. B 3_: seroient.

P. 176, l. 30: ens ou.--_Ms. B 3_: dedens le.

P. 177, l. 2: l’amour et le vicinage.--_Ms. B 3_: pour l’amour du voisinage. Fº 178 vº.

P. 177, l. 4: Roem.--_Ms. B 6_: Ung jour de quaresme, environ Pasque florie, l’an mil trois cens cinquante cinq, Charles, aisnés filz du roy de Franche, duc de Normendie, estoit en son castel à Roem et donnoit à disner le roy Charlon de Navare, le conte de Harcourt, le signeur de Graville, et pluiseurs barons et chevaliers de Normendie. Fº 519.

P. 177, l. 5 et 6: ne li vorrent mies escondire.--_Ms. B 3_: ne le voulurent pas escondire. Fº 178 vº.

P. 177, l. 6: li.--_Ms. B 3_: le lui.

P. 177, l. 15: se departi.--_Ms. B 6 ajoute_: secretement de Paris environ à cent hommes d’armes. Fº 519.

P. 177, l. 16: à privée mesnie.--_Ms. B 3_: à peu de gens ses privez.

P. 177, l. 18: Roem.--_Ms. B 6_: armés d’un jaque de noir velours, ly vingtième, et monta les degrés de le salle là où le disner se fasoit. Sy tos que le roy de Navare le vit entrer dedens, il dist: «Sire, sire, venés boire.» Et osy firent tous ly aultres. Et se levèrent tout contre sa venue, che fu bien raison: amours ne chière nient ment. «Signeurs, ne vous mouvés, et ne soit nulz qui se mueve sur le hart!» Tantost messires Ernouls d’Andrehem saça son espée hors du fourel et dist: «Or y parra qui se mouvra.» Et tantost après che mot, le roy Jehan se lancha au roy de Navare et le prist par le quevèche et le tira parmi le table moult vilainnement et luy dist: «Certes, mauvais traites, or vous couvient morir.»

Le duc de Normendie, son aisné filz, dist: «Ha! chier sires, que es che chou que vous vollés faire! Jà savés vous qu’il est en ma compaignie et en mon ostel.»

Le roy Jehan li commanda qu’il se souffresist, et fist mener moult rudement le roy de Navare en une cambre. Et fist prendre le conte de Harcourt et monseigneur Jehan de Graville et monseigneur Maubué et Colinet de Bleville, ung escuier qui trenchoit devant le roy de Navare et les fist tout quatre decoller. Et prist encore ung moult vaillant chevalier qui estoit au roy de Navare, que on apelloit monseigneur Frichet de Fricamps, mais cestui ne fist il point morir. Et les fist amener en Chastelet à Paris. De ceste prise et de ceste justiche fu le roialme de Franche de rechief encore moult esmervilliés et moult tourblés, car nul ne savoit à dire à quelle cause ne raison le roy l’avoit fait. Fºs 520 et 521.

P. 177, l. 28: vosissent.--_Ms. B 3_: eussent volu. Fº 178 vº.

P. 178, l. 1: contre.--_Ms. B 3_: envers.

P. 178, l. 3: table.--_Ms. B 3_: bataille.

P. 178, l. 5: kevèce.--_Ms. B 3_: chevesse.--_Ms. B 4_: koueto. Fº 165.--_Ms. B 5_: keute. Fº 370.

P. 178, l. 5: roit.--_Ms. B 3_: rudement.

P. 178, l. 22: dur.--_Ms. B 3_: malement.

P. 178, l. 22: sur.--_Ms. B 3_: contre.

P. 178, l. 26 et 27: m’en voelle amettre.--_Ms. B 3_: le me vueille mettre sus.

P. 179, l. 4 et 5: Friches de Frichans.--_Ms. B 5_: Friquet de Friquant. Fº 370.

P. 179, l. 16: trahiteur.--_Ms. B 3_: traittres. Fº 179.

P. 179, l. 17: descouveront temprement.--_Ms. B 3_: descouvrent à present.

P. 179, l. 23: estrine.--_Ms. B 3_: estraine.

P. 179, l. 25: vº.--_Ms. B 3_: voz.

P. 179, l. 26: escusance.--_Ms. B 3_: escusation.

P. 179, l. 27 et 28: enflamés.--_Ms. B 3_: enflambé.

P. 179, l. 29: contraire.--_Ms. B 3_: contrarieté.

P. 180, l. 12: à grasce.--_Ms. B 3_: en grant amour.

P. 180, l. 13: le roy des ribaus.--_Ms. B_ 3: le bourreau.

P. 180, l. 20: cesti.--_Ms. B 3_: à cellui là.

P. 180, l. 22: baselaire.--_Ms. B 3_: badelaire.

§ =364=. P. 180, l. 29: Ces nouvelles.--_Ms. d’Amiens_: Encorres estoit li roys de France à Roem quant ces nouvelles vinrent à monsigneur Phelippe de Navarre et à monsigneur Godefroy de Harcourt, qui furent mout courouchiés de ceste avenue, et envoiièrent tantost deffiier le roy de Franche. Et li manda li dis messires Phelippes de Navarre ensi que il se gardast bien que il ne fesist morir son frère, et que jammais n’aroit paix à lui, et que point ne penssast à avoir les villez et castiaux de Normendie que il tenoit, ensi que il avoit euv la terre au comte de Ghinnez que il avoit fait morir sans raison, car nulz n’en aroit. Fº 101 vº.

P. 180, l. 30 et 31: Godefroi de Harcourt.--_Le ms. B 5 ajoute_: oncle du dit conte de Harcourt. Fº 370.

P. 181, l. 12: amettre de.--_Mss. B 3, 5_: mettre à. Fº 179 vº.

P. 181, l. 13 et 14: aucunement.--_Mss. B 3, 4, 5_: villainement.

P. 181, l. 16: sons.--_Mss. B 3, 4_: sommes. Fº 179 vº.

P. 181, l. 20: ne au nostre.--_Ms. B 5_: ne autre. Fº 370 vº.

P. 181, l. 30: cinq.--_Ms. B 3_: six.

§ =365=. P. 182, l. 1: pensieus.--_Ms. B 3_: pensif. Fº 179 vº.

P. 182, l. 5 et 6: brisièrent son aïr.--_Ms. B 3_: refrenèrent son yre.

P. 182, l. 6: se.--_Ms. B 3_: son.

P. 182, l. 7 et 8: retorroit.--_Ms. B 3_: retiendroit.--_Ms. B 4_: roteroit. Fº 166.

P. 182, l. 8: la.--_Ms. B 3_: sa.

P. 182, l. 13: l’oir.--_Ms. B 3_: l’eritier.

P. 182, l. 14: Sakenville.--_Ms. B 3_: Saqueville.--_Ms. B 4_: Sakeville, fº 166.--_Ms. B 5_: Staukeville. Fº 370 vº.

P. 182, l. 16: passa.--_Ms. B 3_: portoit. Fº 179 vº.--_Ms. B 4_: porta. Fº 166.

P. 182, l. 25: malaises.--_Ms. B 3_: meschief.

P. 183, l. 5: et sur lui.... gardes.--_Ms. B 3_: et mis en bonnes et seures gardes.

P. 183, l. 9: entroublier.--_Ms. B 3_: mettre en obly.

§ =366=. P. 183, l. 11: Tantost.--_Ms. d’Amiens_: Tantost apriès ces deffaultez, messires Phelippe de Navarre et messires Ghodeffroix de Harcourt fissent grant guerre et forte en Normendie, et saisirent tous les castiaux que li roys de Navarre y tenoit, et y missent gens de par yaux; et puis passèrent le mer et vinrent en Engleterre compter leur fait au roy d’Engleterre, et fissent grans allianchez à lui, et li rois à yaux. Et fu adonc ordonnés li dus de Lancastres que il passeroit le mer à une quantité de gens d’armes et d’archiers et venroit ariver en Constentin; et se metteroient enssamble li Englès et li Navarrois, et feroient guerre aspre et dure au royaumme de France, en contrevengant lez despis que on avoit fais au dit roy de Navare et au comte de Harcourt. Si retournèrent li dit seigneur de Normendie à Saint Sauveur le Viscomte, et fissent encore en Normendie pluisseurs alianches as autres seigneurs de leur linaige. Fº 101 vº.

P. 183, l. 13: pourveirent.--_Ms. B 3_: pourveurent. Fº 179 vº.

P. 183, l. 15: sus entente.--_Ms. B 3_: en entencion.

P. 183, l. 17: Harcourt.--_Ms. B 6_: biel chevalier, lequel estoit adonc chevalier et compains au duc de Normendie et ly uns des plus privés qu’il euist. Fº 521.

P. 183, l. 19: dalés.--_Ms. B 3_: avec. Fº 180.

P. 183, l. 20: encoupés.--_Ms. B 3_: encoulpez.

P. 183, l. 26 et 27: leur.... blasmes.--_Ms. B 3_: leur venoit à grant deshonneur.

P. 183, l. 29: lui traire.--_Ms. B 3_: se tirer. Fº 180.--_Ms. B 4_: lui retraire. Fº 166 vº.

P. 184, l. 4: sus.--_Ms. B 3_: contre. Fº 180.

P. 184, l. 7 et 8: denrée.--_Ms. B 6_: et prist les enfans du dit conte de Harcourt; trois jone filz demoret en estoient. Fº 522.

P. 185, l. 1: li uns.--_Ms. B 3_: les uns. Fº 180.

P. 185, l. 2: li aultres.--_Ms. B 3_: les autres.

P. 185, l. 13 et 14: ce present.--_Ms. B 3_: cest offre.

P. 185, l. 29: tiroient.--_Ms. B 3_: traictoient. Fº 180 vº.

P. 186, l. 3: conjoissemens.--_Ms. B 3_: conjonctions. Fº 180 vº.

P. 186, l. 5: conseil.--_Ms. B 6_: Et fu adonc ordonné et acordé que le duc de Lencastre passerait la mer à cinq cens hommes d’armes et quinze cens archiés et s’en yroit en Normendie avecq les dessus diz seigneurs pour faire guerre au roy de Franche. A ches parolles entendy et fist faire ung mandement et delivra au duc de Lenclastre son cousin cinq cens hommes d’armes et quinze cens archiés. Et là estoient avecques luy d’Engleterre le conte de la Marche, le conte de Pennebourc, messire Jehan le visconte de Biaumont, messire Gautiet de Mauny, le sire de Moubray, le sire de Ros, le sire de Fil Watier, messire Jehan Boursier, messire Jehan de Vanthone et pluiseurs aultres chevaliers et escuiers. Sy montèrent en mer et vinrent ariver en Normandie en Coustantin sur le pooir de messire Godefroy de Harcourt. Sy commenchèrent bien avant en Normendie, et ardoient villes et maisons, et firent moult forte guerre envers l’Assension l’an mil trois cens cinquante six. Fº 523.

§ =367=. P. 186, l. 11: Depuis.--_Ms. d’Amiens_: Entroes se pourvei li dus de Lancastre de gens d’armes et d’archiers, et avoit en se route quatre cens hommez d’armes et huit cens archiers. Là estoient avoecq lui d’Engleterre li comtez de le Marche, li comtes de Pennebruc, messires Jehans, viscomtez de Biaumont, messires Baucestre, messires Jehan de Lantonne et pluisseur aultre. Si montèrent en mer à ung port d’Engleterre que on dist Wincesée, et arivèrent en Normendie et droit à Chierebourc.

Là estoient messires Phelippes de Navarre, messires Godefroix de Harcourt et bien mil hommez d’armes. Si se conjoïrent cil seigneur grandement quant il se trouvèrent, et rafresquirent là quatre jours. Entroes il se appareillièrent et envoiièrent leurs coureurs devant; si coummenchièrent à faire une forte guerre, et vinrent ces gens d’armes faire frontière à Ewruez.

Quant li roys Jehans de France eut entendu que li dus de Lancastre estoit arivés en Normendie, et là venu sus le conduit à monseigneur Phelippe de Navarre et à monseigneur Godeffroi de Harcourt, et avoient jà leurs gens chevauchiet et ars et destruit dou pays de Normendie environ Kem et en l’evesquié d’Ewrues, si y vot pourveir de remède, et fist tantost et sans delay ung très especial et grant mandement à estre à Biauvais et à Poissi sus Sainne, et que nuls ne s’escusast sus se honneur et à perdre corps et avoir; car il volloit cevaucier sus les Englèz et les Navarois qu’il tenoit pour ennemis, et yaux combattre.

Au mandement dou roy obeirent tout chevalier et escuier, ce fil bien raisons; et montèrent amont viers Biauvais, où li mandement se faisoient, d’Artois, de Vermendois, de Cambresis, de Flandrez, de Haynnau et de Pikardie. D’autre part, il revenoient de Campagne, de Barrois, de Lorainne, de Braibant et de Bourgoingne.

Meysmement li roys se parti de Paris cointousement avoecq ses marescaux, monsigneur Ernoul d’Andrehen et monsigneur Bouchicau, et s’en vint à Mantez sus Sainne pour mieux moustrer que la besoingne li touchoit. Et envoya adonc le roy de Navarre, que il avoit fait tenir en prison dedens Castelet à Paris, à Crievecoeur en Cambresis, une très forte place, et le delivra as bonnes gardes et leur recarga sus leur honneur.

Quant le roy de France eut tous ses gens assambléz, si en eut bien soissante mil, ungs c’autrez, et estoit en grant vollenté de trouver sez ennemis et d’iaux combattre. Si se mist as camps efforciement au lés deviers Ewruez, car on li dist que li annemis chevauçoient et avoient jà passé Vrenuel et Vrenon.

Quant li dus de Lancastre et li autre entendirent cez nouvelles, que li roys de Franche venoit sus yaux quoitousement et avoit en se routte plus de soissante mil hommes as armez, si se avisèrent et consillièrent enssamble, et dissent entr’iaux qu’il n’estoient mies fors assés pour atendre tel numbre de gens d’armes que li rois menoit; si se retraissent tout bellement deviers Constentin. Et les pourssuiwirent li roys et li Franchois par trois jours, et venoient toudis au soir là où il avoient disné. Fºs 101 vº et 102.

P. 186, l. 12: dus.--_Les mss. B 3 à 5 ajoutent_: Henri.

P. 186, l. 20: recueilla.--_Ms. B 3_: recueillit. Fº 180 vº.--_Mss. B 4_: requella. Fº 167.

P. 186, l. 22 et 23: et devers.--_Ms. B 3_: pour venir.

P. 187, l. 9: Gauville.--_Ms. B 3_: Graville. Fº 180 vº.

P. 187, l. 9 et 10: Carbeniaus.--_Ms. B 3_: Carbonneau.--_Ms. B 4_: Carbonniaux.--_Ms. B 5_: Carboniau. Fº 371.

P. 187, l. 12: Foudrigais.--_Ms. B 3_: Foudrigas.

P. 187, l. 12: de Segure.--_Ms. B 3_: de Seure.

P. 187, l. 13: François.--_Ms. B 4_: Franchois. Fº 167.

P. 187, l. 18: Aquegni.--_Ms. B 3_: Aquegnyes.

P. 187, l. 20: essil.--_Ms. B 3_: exil.

P. 187, l. 22: qui n’en attendoit.--_Ms. B 3_: qui ne doubtoit.

P. 187, l. 23: jetté.--_Ms. B 3_: mis.

P. 188, l. 7: Vrenon.--_Mss. B 3, 4_: Vernon. Fº 181.

P. 188, l. 9: Vrenuel.--_Ms. B 3_: Vernueil.

P. 188, l. 16 et 17: aprendre dou couvenant.--_Ms. B 3_: savoir des nouvelles. Fº 181.

P. 188, l. 18: entours.--_Ms. B 3_: autour de.--_Ms. B 4_: entour. Fº 167 vº.

P. 188, l. 25: ou droit esclos.--_Ms. B 3_: tout ès flotz.

P. 189, l. 9: aigrement.--_Ms. B 3_: hastivement.

P. 189, l. 13: comparer.--_Ms. B 3_: comprer.

P. 189], l. 16: l’Aigle.--_Ms. B 3_: l’Agle.

P. 189, l. 24: en uns biaus plains.--_Ms. B 3_: en ung beau plain.

P. 190, l. 2: trop.--_Ms. B 3_: très.

P. 190, l. 24: Carbeniaus.--_Ms. B_ 3: Carbonneau.

P. 190, l. 25: de Segure.--_Ms. B 3_: de Seure.

P. 190, l. 25: Foudrigais.--_Ms. B 4_: Soudrigans. Fº 168.

P. 190, l. 26: de Spargne.--_Ms. B 3_: d’Espaigne. Fº 181 vº.

P. 190, l. 26: Fallemont.--_Ms. B 4_: Sallemont. Fº 168.

P. 190, l. 28: Radigos.--_Ms. B 4_: Rodiges.

P. 191, l. 18: très.--_Ms. B 3_: dès. Fº 181 vº.

§ =368=. P. 191, l. 24: Li rois.--_Ms. d’Amiens_: Quant li roys de Franche vei que nuls n’en aroit et qu’il fuioient devant lui, si laissa le cache et s’en vint mettre le siège devant le ville et le chité d’Ewruez. A Ewrues a ville, chité et castiel, qui pour le tens se tenoit dou roy de Navarre. Et en estoit chappittainne ungs chevaliers de Navare, qui s’appelloit messires Jehans Carbeniaux, apers hommes d’armes durement. Si assega li roys de France enssi Ewruez et y fist pluisseurs grans assaux et fors, et constraindi moult chiaux de le ville.

En ce tamps que li siègez se tenoit devant Ewruez, chevauchoit en le Basse Normendie, environ Pontourson, messires Robers Canollez, qui jà estoit mout renoumméz, et tenoit grant route et tiroit à venir deviers le duch de Lancastre pour renforchier leur armée, et avoit bien trois cens combatans englès, allemans et gascons, qui li aidoient à gueriier. Quant il entendi que li dus de Lancastre estoit retrès, et messires Phelippes de Navare, si se retraist ossi et s’en vint asegier, entre Bretaingne et Normendie, un castiel que on appelloit Danfronth.

Li roys Jehans de Franche, qui se tenoit devant Ewruez, fist tant que cil de le ville d’Ewruez li ouvrirent leurs portez, et entrèrent ses gens dedens, mès pour ce n’eurent il mies le chité ne le castiel; car les gens d’armes navarois se retraissent layens et se deffendirent mieux que devaut, et s’i tinrent depuis moult longement, tant qu’il coummenchièrent moult à afoiblir de pourveances. Quant il virent qu’il ne seroient reconforté de nul costé, et que li roys de France ne se partiroit point de là, si les aroit, si coummenchièrent à tretiier deviers les marescaux. Et se portèrent tretiet enssi que il se partiroient, cil qui partir se voroient, le leur devant yaux, et non plus ne autrement, et se trairoient quel part qu’il voroient. Li roys de Franche, qui là se tenoit à grant frait, leur acorda, car encorrez y avoit fuisson de castiaux à prendre, dont se partirent messires Jehans Carbeniaux et li Navarroix, et se traissent tout dedens le fort castiel de Bretoeil. Et li roys de Franche fist prendre le possession de Ewrues par ses marescaux. Fº 102.

P. 191, l. 27: devant.--_Mss. B 3, 4_: devers. Fº 181 vº.

P. 191, l. 27: d’Evrues.--_Mss. B 4, 5_: d’Ewrues. Fº 168.

P. 192, l. 2: le poursieute.--_Ms. B 3_: la poursuite.

P. 192, l. 6: avant.--_Mss. B 3, 4_: devant.

P. 192, l. 10: assés.--_Le ms. B 3 ajoute_: de nouvelle.

P. 192, l. 15: apressé.--_Ms. B 3_: oppressez.--_Ms. B 4_: appressés. Fº 168.

P. 192, l. 18: le.--_Ms. B 4_: les.

P. 192, l. 18: si.... prist.--_Ms. B 3_: conseillé de les prendre à mercy.

P. 193, l. 1: apressé.--_Ms. B 3_: oppressez. Fº 182.

P. 193, l. 8: Carbiniel.--_Mss. B 3, 4_: de Carbonnel.

P. 193, l. 9: Guillaume de Gauville.--_Ms. B 6_: Et trop bien le garda et le deffendy messire Carbeniaus, et ossy messire Pière de Sakenville, qui y sourvint à tout quarante lanches. Encores estoit le duc de Lenclastre, messire Phelippe de Navare et messires Godefrois de Harcourt, en Normendie; et gerrioient le pais vers Pontoise et devers Bretaigne, et y firent en ce tamps moult de damaige. D’aultre part, avoit une grant guerre sur le pais de Bretaigne, entre Auvergne et Limosin, qui se commença à monter, que on appelloit Robert Canolle, et gerrioit et rançonnoit durement le pais. Fº 528.

P. 193, l. 9: Gauville.--_Ms. B 3_: Graville. Fº 182.

P. 193, l. 9: sist.--_Ms. B 3_: demoura.

P. 193, l. 14: sauvement traire.--_Ms. B 3_: aller à sauveté.

P. 193, l. 26: reut.--_Ms. B 3_: reeut.

P. 193, l. 28: Gauville.--_Ms. B 3_: Graville.

§ =369=. P. 193, l. 30: Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Et puis alla (le roi Jean) par devant le castiel de Routtez; se n’y furent que six jours quant il se rendirent. Et de là endroit li roys de Franche et ses gens vinrent devant le fort castiel de Bretuel; si le assegièrent de tous costéz, car on le poet bien faire pour tant qu’il siet à plainne terre. Si y fist li roys de France amener des grans enghiens de le chité de Roem, et les fist lever devant le forterèche. Et jettoient chil enghien jour et nuit au dit castiel et moult le grevèrent, mèz cil qui dedens estoient, se tinrent comme vaillans gens.

Dou dit castiel de Bretuel estoit souverains et cappittainnes, de par le roy de Navarre, uns très bons escuiers navarois qui s’appelloit Sansses Lopins. Chilz tint, deffendi et garda la fortrèce contre lez Franchois plus de sept sepmainnez. En ce terme et priès chacun jour y avoit pluisseurs assaux et moult d’escarmuches et des grans appertisses d’armes faittes. Et furent tout empli li fossé de environ le fortrèce, de bos et de velourdez que on y fist par les villains dou pays amenner et chariier rés à rés de la terre. Et quant on eut cela fait, on fist lever et carpenter ung grant escaufaut et amener à roez jusquez as murs dou dit castel; et avoit dedens deux cens qui se vinrent combattre main à main à chiaux de dens. Là veoit on tout le jour grans appertisses d’armes. Finablement, chil de dens trouvèrent voie et enghien, par quoy chilz escauffaux fu tous desrous; et y eut perdu de chiaux de dedens pluisseurs bonnes gens d’armez, dont che fu dammaigez. Si les laissa on ester de cel assaut, et lez constraindi ºn d’autrez enghiens qui jettoient pierres et mangonniaux nuit et jour à le dite fortrèce. Fº 102.

P. 194, l. 1: par devant.--_Ms. B 3_: par devers.

P. 194, l. 2: siège.--_Ms. B 6_: Dou dit castiel de Bretuel estoit souverain capitaine de par le roy de Navare ung très bon escuiers navarois, qui s’apelloit Sanses Lopins. Chil deffendy et garda le fortresse plus de douze sepmaines. Fº 525.

P. 194, l. 4: plentiveus.--_Ms. B 3_: plantureux. Fº 182.--_Ms. B 4_: plentureux. Fº 168 vº.

P. 194, l. 11: livrées.--_Mss. B 3, 4_: livres.

P. 194, l. 12: homs.--_Ms. B 3_: vassal et homme subget.

P. 194, l. 14: dan.--_Ms. B 3_: damp.

P. 194, l. 15: Chastille.--_Mss. B 3, 4_: Castille.

P. 194, l. 17: saus.--_Ms. B 3_: saultz.--_Ms. B 4_: sauls.

P. 194, l. 20: soutillier.--_Ms. B 3_: subtilizer.

P. 194, l. 23: yaus.--_Ms. B 3_: à leurs adversaires.

P. 194, l. 28: berfroit.--_Ms. B 3_: beufroit.--_Ms. B 4_: bierefroit.--_Ms. B 5_: beffroy. Fº 372 vº.

P. 195, l. 1: cat.--_Ms. B 3_: chat.

P. 195, l. 2: Entrues.--_Ms. B 3_: Cependent. Fº 182 vº.

P. 195, l. 5: reverser.--_Ms. B 3_: renverser.

P. 195, l. 5 et 6: estrain.--_Ms. B 3_: paille.

P. 195, l. 10: bierefroi--_Ms. B 3_: beufroy.

P. 195, l. 19: cel berfroi.--_Ms. B 4_: ce biaufroy. Fº 169.

P. 195, l. 29 et p. 196, l. 10: Et de.... cose.--_Toute cette fin du_ § 369 _manque dans le ms. B 5._

P. 195, l. 28: ensonniièrent.--_Ms. B 3_: mirent en neccessité.

P. 195, l. 30: ou toit.--_Ms. B 3_: au cuyr.--Ms. B 4: ou cuier.

P. 196, l. 8: à tous lés.--_Ms. B 3_: de tous coustés.

§ =370=. P. 196, l. 11: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: Li prinches de Galles se tenoit en le chité de Bourdiaux et eut desir de chevauchier en Franche si avant que de passer le rivierre de Loire, et de venir en Normendie deviers son cousin le duc de Lancastre, qui faisoit la guerre pour les Navarrois, car bien estoit informés et segnefiés que il avoit grans aliances entre le roy son père et monseigneur Phelippe de Navarre. Si fist tout le temps ses pourveancez de touttez coses. Et quant li Sains Jehans aprocha, que li bleds sont sur le meurir et qu’il fait boin hostoiier, il se parti de Bourdiaux à belle compaignie de gens d’armes, trois mille armures de fier, chevaliers et escuiers, tant d’Engleterre comme de Gascoingne, car d’estraigniers y eut petit, et estoient quatre mille archiers et six mille brigans de piet.

Or vous voeil compter les plus grant partie des seigneurs qui en ceste chevauchie furent, et premierement d’Engleterre: li comtez de Warvich, li comtes de Sufforch (chil estoient li doy marescal de l’hoost), et puis li comtes de Sallebrin et li comtes d’Askesufforch, messires Renaux de Gobehen, messires Richars de Stamfort, messires Jehans Camdos, messires Bietremieux de Broues, messires Edouars Despenssiers, messires Estievenes de Gouseigon, li sires de le Warre, messirez Jamez d’Audelée, messires Pières d’Audelée, ses frèrez, messires Guillaume Fil Warine, li sirez de Bercler, li sires de Basset, li sires de Willebi; Gascons: li sires de Labret, lui quatrime de frèrez, messires Ernaut, messires Ainmemon, et Bemardet li mainnés, li sirez de Pumiers, lui tiers de frèrez, messires Jehans, messires Helies et messires Ainmemons, li sirez de Chaummont, li sirez de l’Espare, li sirez de Muchident, messires Jehans de Grailli, cappittainnes de Beus, messires Aimeris de Tarse, li sirez de Rosem, li sirez de Landuras, li sirez de Courton. Et encorres y furent d’Engleterre messires Thummas de Felleton et Guillaummes, ses frères, et li sirez de Braseton. Et se y furent li sires de Salich et messires Danniaux Pasèle; et de Haynnau: messires Ustasses d’Aubrechicourt et messires Jehans de Ghistellez. Encorrez y eut pluisseurs chevaliers et escuiers que je ne puis mies tout noummer. Si se departirent de le chité de Bourdiaux à grant arroy, et avoient très grant charroy et grosses pourveanches de tout ce que il besongnoit à gens d’armes. Et chevauçoient li seigneur à l’aise de leurs cevaux trois ou quatre lieuwez par jour tant seullement, et entrèrent en ce bon pays d’Aginois et s’adrechièrent pour venir vers Rochemadour et en Limozin, ardant et essillant le pays. Et quant il trouvoient une crasse marce, il y sejournoient trois jours ou quatre, tant qu’il estoient tout rafresci et leurs chevaux. Et puis si chevauchoient plus avant et envoioient leurs coureurs courir et fourer le pays entours yaulx bien souvent dix lieuwez de large à deux costés. Et quant il trouvoient bien à fourer, il demoroient deux jours ou troix et ramenoient en leur host grant proie de touttez bestes, dont il estoient bien servi; et largement trouvoient de vins plus qu’il ne leur besongnast, dont il faisoient grant essil. Ensi chevaucièrent tant par leurs journées qu’il entrèrent en Limozin; si trouvèrent le pays bon et gras, car, en devant ce, il n’y avoit euv point de guerre.

Ces nouvellez vinrent au roy de France, qui se tenoit devant Evrues, coumment li Englèz li ardoient et essilloient son pays. Si en fu durement courouchiéz, et se hasta moult d’assaillir et constraindre ciaux du castiel d’Evruez, affin que plus tost il pewist chevauchier contre ses ennemis. Tant lez appressa li roys Jehans, que messires Jehans Carbiniaux, cappitaines d’Evrues, rendi le dit castiel parmy che qu’il s’en pooit partir, lui et li sien, sauvement et sans peril, et portèrent tout ce qui leur estoit. A ce tretié s’acorda li roys Jehans plus legierement pour ce qu’il volloit chevauchier ailleurs; si prist le fort castiel d’Evrues et envoya dedens son marescal monseigneur Ernoul d’Audrehen pour ent prendre le saisinne, et mist ung chevalier à cappittainne de par lui, de Kaus, qui s’appelloit messire Tournebus. Et puis deffist son siège et s’en revint à Roem, et ne donna à nullui congiet, car il volloit ses gens emploiier d’autre part. Si ne sejourna gairez à Roem, mèz s’en vint à Paris. Fº 102 vº.

Or avint que li sirez de Montegny en Ostrevant, qui s’appelloit Robers, li et uns siens escuiers qui se noummoit Jakemez de Winclez allèrent un jour à heure de relevée esbattre sus ces terréez autour dou castiel pour adviser et regarder le fortrèce. Si allèrent trop follement, car il furent apercheu de ciaux de le garnison; si yssirent hors aucuns compaignons par une posterne qui ouvroit sus lez fossés. Là furent assailli li sirez de Montegny et sez escuiers, et combatu tellement que pris li sirez et mors li escuiers: de laquelle prise li roys Jehans fu durement courouchiés, mès amender ne le peult tant qu’à ceste fois. Ne demoura gairez de tamps apriès que chil de dedens eurent consseil d’iaux rendre, sauve leurs viez et le leur, car il virent bien qu’il ne seroient secouru ne comforté de nul costé. Si tretiièrent deviers le roy Jehan si doucement qu’il lez prist à merchy, et se partirent sans dammaige du corps, mès il n’enportèrent riens dou leur, et si rendirent tous leurs prisonniers: parmy ce rendaige fu li sirez de Montegny delivrés. Enssi eult li roys Jehans le fort castel de Bretuel, que li Navarois avoient tenu contre li moult vaillamment. Si emprist li dis roys le saisinne et possession, et le fist remparer et y mist gens et gardez de par lui, et puis se retraist devers le chité de Chartrez et touttes ses hoos pour yaux rafrescir. Or parlerons dou prince de Galles, et d’un grant esploit d’armez et haute emprise qu’il fist en celle saison sus le royaumme de France. Fº 102.

P. 196, l. 12: se departi.--_Ms. B 6_: Le prinche de Galles se tenoit à Bourdiau et eult desir de chevauchier en Franche et sy avant, che disoit, que de passer la rivière de Loire et venir en Normendie devers son cousin le duc de Lenclastre et monseigneur Phelippe de Navare, pour aydier à reconquerre les castiaulx perdus que le roy Jehan avoit pris sur l’irtaige du roy de Navare. Sur celle entente et en celle meisme saison que le roy de Franche avoit mis le siège devant Bretuel, environ le Saint Jehan Baptiste l’an mil trois cens cinquante six que les blés et les avaines sont meurs à camps et qu’il fait bon ostoiier pour hommes et pour chevaulx, sy party le dit prinche de Bourdiaus à belle compaignie de gens d’armes, trois mille lanches de chevaliers et d’escuiers de Gascongne et de Engleterre et quatre mille archiés et cinq mille bidaus et brigans de piet.

Or vous voel jou nommer la plus grant partie des signeurs qui en che voiaige furent, et prumiers: d’Engleterre, le conte de Wervich, le conte de Sallebry, le conte de Sufort, le conte d’Asquesouffort, messire Renaus de Gobehem, messire Richart de Stanfort, messire Jehan Candos, messire Bertran de Bruch, le droit sire Despensier, messire Edouart, messire Estiène de Gonsenton, messire Gillame Fil Warine, messire James, messire Pières d’Audelée, le sire de le Ware, le sire de Willeby, le sire de Berclo, messire Thomas et messire Guillaume de Fellton, le sire de Brasertons; et de cheulx de Gascongne: le sire de Labret, luy quatrième de frères, messire Ernault, messire Amemons et Bernaudet le maisné, le sire de Pumiers, luy troisième de frères, messire Jehan, messire Helies et messire Ammemons, le sire de Caumont, le sire de Lespare, messire Jehan de Grailly le capital de Beus, messire Aimery de Tharse, le sire de Muchident, le sire de Condon, le sire de Salich, messire Daniaus Pasèle; et deus chevaliers de Haynau: messire Eustasses d’Aubrechicourt, messire Jehan de Ghistellez, et pluiseurs aultres chevaliers que escuiers, que je ne puis mies tous nommer. Et se partirent de Bourdiaus en grant arroy et en bonne conduite. Et estoient marisal de l’ost le conte de Wervich et le conte de Suffort, et avoient très grant caroy et très belles pourveanches. Si chevauchèrent chil signeurs et leur ost à petite[s] journées à l’aise de leurs chevaulx, et s’esploitèrent tant qu’il entrèrent en Berry, où il trouvèrent bon pais et cras; se s’y arestèrent et sy commenchièrent à faire moult de desroy. Fºs 528 à 530.

P. 196, l. 13: sus Garone.--_Ms. B 3_: sur Gironde. Fº 182 vº.

P. 196, l. 14: pourveances.--_Ms. B 3_: provisions.

P. 196, l. 17: et.... Bretagne.--_Ms. B 3_: devers les frontières de Navarre.

P. 196, l. 19: li rois.--_Le ms. B 3 ajoute_: d’Angleterre.

P. 196, l. 21: istance.--_Ms. B 3_: entention.

P. 196, l. 23: parmi.--_Ms. B 3_: sans.

P. 197, l. 2: Bregerach.--_Ms. B 3_: Bragerac.

P. 197, l. 2: et puis.... Roerge.--_Ms. B_ 3: et puis entrèrent ºu pais de Rouergue.

P. 197, l. 8: essilliet.--_Ms. B 3_: exillé.

P. 197, l. 8: Auvergne.--_Ms. B 4_: Avergne. Fº 169.

P. 197, l. 10: d’Allier.--_Ms. B 5_: d’Aliec. Fº 372 vº.

P. 197, l. 13: Des.... trouvoient.--_Ms. B 4_: De vivres recouvroient tant li Englès et li Gascon que il....

P. 197, l. 18: efforciement.--_Ms. B 3_: à grant puissance. Fº 183.

P. 197, l. 27: Montegni.--_Ms. B 3_: Montigny.

P. 197, l. 27: Ostrevant.--_Ms. B 6 ajoute_: qui estoit biau chevalier, preu et hardis. Fº 525.

P. 197, l. 31: au matin.--_Ms. B 3_: devers le matin.

P. 197, l. 32: perceu.--_Ms. B 3_: aparceuz.--_Ms. B 4_: percheu. Fº 169 vº.

P. 198, l. 3 et 4: deffendirent.--_Le ms. B 3 ajoute_: vaillamment.

P. 198, l. 5: conforté.--_Ms. B 3_: secouruz.

P. 198, l. 6: peril.--_Ms. B 3_: dangier.

P. 198, l. 8: parmi.--_Ms. B 6_: le roielle du genoul. Fº 526.

P. 198, l. 15 et 16: confors.--_Ms. B 3_: secours.

P. 198, l. 20: tanés.--_Ms. B 3_: ennuyé. Fº 183.--_Ms. B 5_: tenné. Fº 373.

P. 198, l. 24: yaus.--_Ms. B 6_: sur leur chevaulx. Et ensy fu le castiel de Bretuel pris, et rendirent le sire de Montigny qui maisement avoit esté poursongniés et medechinés de se blechure en prison: dont il demora afollés d’une gambe, tant qu’il vesqui. Fº 527.

P. 198, l. 25: Chierebourch.--_Ms. B 3_: Cherbourg.

P. 198, l. 26: conduit.--_Ms. B 3_: leur saufconduit.

P. 198, l. 27: le saisine.--_Ms. B 3_: la possession.

P. 198, l. 30: les pensoit.... part.--_Ms. B 5_: avoit entencion de les emploier assez briefment. Fº 373.

SUPPLÉMENT AUX VARIANTES.

Le texte que nous publions ci-après comme supplément aux variantes de ce volume, est fourni par les mss. A ou mss. de la première rédaction proprement dite[302]; il correspond à cette partie des mss. B ou mss. de la première rédaction revisée où Froissart raconte les événements compris entre les années 1350 et 1356, c’est-à-dire aux paragraphes 321 à 370 inclusivement. Ce texte n’est que la reproduction, parfois abrégée[303], le plus souvent littérale[304], des Grandes Chroniques de France, à tel point que le savant qui voudra donner un jour une édition critique de ce dernier ouvrage, devra comprendre cette partie des mss. A dans son travail de classification et de collation. Toutefois, comme le fragment emprunté aux Grandes Chroniques par les mss. A, qui sont au nombre de 40, est devenu en quelque sorte partie intégrante de ces manuscrits, comme il figure à ce titre dans les éditions de Vérard, de Sauvage, de Dacier, et même dans la première édition de Buchon, il a semblé indispensable de le reproduire, au moins comme supplément, dans une édition complète des Chroniques de Froissart.

[302] Voyez l’introduction au premier livre, en tête du t. I de notre édition, p. XXXI à XLIII.

[303] Cf. l’édition de M. P. Paris, in-12, Paris, Techener, 1837 et 1838, t. V, p. 491, 492, 494 et 495.

[304] Cf. l’édition précitée, t. VI, p. 1 à 31.

§§ =321= à =370=.--_Mss._ A[305]: En l’an mil trois cens cinquante, en l’entrée du mois d’aoust, se combati monseigneur Raoul de Caours et plusieurs autres chevaliers et escuiers jusques au nombre de six vingt hommes d’armes ou environ, contre le capitaine du roy d’Engleterre en Bretaigne appellé messire Thomas d’Augorne, anglois, devant un chastel appelé Auroy. Et fu le dit messire Thomas mort, et toutes ses gens jusques au nombre de cent hommes d’armes ou environ.

[305] Le texte qui suit est établi d’après le ms. A 7 (nº 2655 de la Bibl. nat.), que nous considérons comme l’un des plus anciens et meilleurs manuscrits de la première rédaction proprement dite; dans les passages défectueux, nous l’avons collationné avec le ms. des Grandes Chroniques de France qui a appartenu à Charles V (nº 2813 de la Bibl. nat.).

Item, au dit an trois cens cinquante, le dymenche vingt deuxième jour du dit mois d’aoust, le dit roy de France mourut à Nogent le Roy près de Coulons; et fu apporté à Nostre Dame de Paris. Le jeudi ensievant, fut enterré le corps à Saint Denis, au costé senestre du grant autel; et les entrailles en furent enterrées aus Jacobins de Paris; et le cuer fu enterré à Bourfontaine en Valois.

Item, ou dit an, le vingt sixième jour de septembre, un jour de dimenche, fu sacré à Reins le roy Jehan, ainsné filz du dit roy Phelippe. Et aussi fu couronnée le dit jour la royne Jehanne, femme au dit roy Jehan. Et là fist le dit roy chevaliers, c’est assavoir Charles son ainsné, dalphin de Vienne, Loys, son second filz, le conte d’Alençon, le comte d’Estampes, monseigneur Jehan d’Artoys, messire Phelippe, duc d’Orliens, frère du dit roy Jehan et duc de Bourgoingne, filz de la dite royne Jehanne de son premier mari, c’est assavoir de monseigneur Phelippe de Bourgoingne, le comte de Dampmartin et plusieurs autres. Et puis se parti le dit roy de la dite ville de Reins le lundi au soir et s’en retourna à Paris par Laon, par Soissons et par Senlis. Et entrèrent les diz roy et royne à Paris à très belle feste le dimanche dix septième jour d’octobre après ensievant après vespres; et dura la feste toute celle sepmaine. Et puis demora le roy à Paris à Neelle au Palais jusques près de la Saint Martin ensievant, et fist l’ordenance de son parlement.

Item, le mardi seizième jour de novembre après ensievant, Raoul, conte d’Eu et de Guines, conestable de France, qui nouvellement estoit venu d’Engleterre, de sa prison en laquelle il avoit esté depuis l’an quarante six qu’il avoit esté pris à Caen, fors tant qu’il avoit esté eslargi pour venir en France par plusieurs fois, fu pris en l’ostel de Neelle à Paris, là où le dit roy Jehan estoit, par le prevost de Paris, du commandement du roy; et ou dit hostel de Neelle fu tenu prisonnier jusques au jeudi ensievant dix huitième jour du dit mois de novembre. Et là, à heures de matines dont le vendredi adjourna, en la prison là où il estoit, fu decapité, presens le duc de Bourbon, le conte d’Armignac, le conte de Monfort, monseigneur Jehan de Boulongne, le seigneur de Revel et plusieurs autres chevaliers et autres qui, du commandement du roy, estoient là: lequel estoit au Palais. Et fu le dit connestable decapité pour très grans et mauvaises traisons qu’il avoit faites et commises contre le dit roy de France Jehan, lesquelles il confessa en la presence du duc d’Athènes et de plusieurs autres de son lignage. Et en fu le corps enterré aus Augustins de Paris hors du moustier, du commandement du dit roy, pour l’onneur des amis du dit connestable.

Item, ou mois de janvier après ensuiant, Charles de Espaigne, à qui le dit roy Jehan avoit donné la conté d’Angolesme, fu fait par celui roy connestable de France.

Item, le premier jour d’avril après ensuiant, se combati monseigneur Guy de Neelle, mareschal de France, en Xantonge à plusieurs Anglois et Gascons; et [fu[306]] le dit mareschal et sa compaignie desconfiz. Et y fu pris le dit mareschal, messire Guillaume son frère, messire Ernoul [d’Audrehen[307]] et plusieurs autres.

[306] Ms. 2813, fº 393 vº.--Ms. 2655, fº 166: «fust».

[307] Ms. 2813.--Ms. 2655: «d’Audechon».

Item, le jour de Pasques flouries qui furent le dixième jour d’avril l’an mil trois cens cinquante, fu presenté à Gille Rigaut de Roici, qui avoit esté abbé de Saint Denis, et de nouvel avoit esté fait cardinal, le chappeau rouge, au Palais, à Paris, en la presence du dit roy Jehan, par les evesques de Laon et de Paris, et par mandement du pape fait à eulz par bulle: ce qui n’avoit point acoustumé à estre faiz autres foiz, mais fu par la prière du dit roy Jehan.

Item, en ycelui an mil trois cens cinquante un, ou moys de septembre, fu recouvrée des François la ville de Saint Jehan d’Angeli que les Anglois avoient tenue cinq ans ou environ; et fu rendue par les gens du roy anglois, pour ce qu’ilz n’avoient nulz vivres, et sans bataille aucune.

Item, en ycelui an mil trois cens cinquante un, ou mois d’octobre, fu publiée la confrairie de la Noble Maison de Saint Oin près de Paris par le dit roy Jehan. Et portoient ceulz qui en estoient chascun une estoille en son chaperon par devant [ou[308]] en son mantel.

[308] Ms. 2813, fº 393 vº.--Ms. 2655, fº 166 vº (lacune).

Item, en ycelui an cinquante un, fu la plus grant chierté de toutes choses que homme qui vesquist lors eust onques veue, par tout le royaume de France, et par especial de grains; car un sextier de froment valoit à Paris par aucun temps en la dite année huit livres parisis, un sextier d’avoine soixante sous parisis, un sextier de pois huit, et les autres grains à la value.

Item, en ycelui an, ou dit mois d’octobre, le jour que la dite confrarie seist à Saint Oin, comme dit est, fu prise la ville de Guines des Anglois durans les trèves.

Item, en ycelui an, fu fait le mariage de monseigneur Charles d’Espaigne, lors connestable de France, auquel le dit roy Jehan avoit donné la conté d’Angolesme, et de la fille de monseigneur Charles de Blois duc de Bretaigne.

En l’an mil trois cens cinquante deux, la veille de la Nostre Dame en aoust, se combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur d’Offemont, lors mareschal de France, en Bretaigne. Et fu le dit mareschal occis en la dite bataille, le sire de Briquebec, le chastellain de Beauvais et plusieurs autres nobles, tant du dit pais de Bretaigne comme d’autres marches du royaume de France.

Item, en ycelui an trois cens [cinquante deux[309]], le mardi quatrième jour de decembre, se dot combatre à Paris un duc d’Alemaigne appellé le duc de Bresvic contre le duc de Lencastre, pour paroles que le dit duc de Lencastre devoit avoir dittes du dit duc de Bresvic: dont il appella en la court du roy de France. Et vindrent le dit jour les deux ducs dessus nommez en champ touz armés pour combatre en unes lices qui pour celle cause furent faites ou Pré aus Clers, l’Alemant demandeur et l’Anglois deffendeur. Et jà soit ce que le dit Anglois fust ennemi du dit roy Jehan de France, et que par sauf conduit il fust venu soy combatre pour garder son honneur, toutesvoies le dit roy de France ne souffri pas qu’i[l] se combatissent. Mais depuis qu’ilz orent fait les seremens, et qu’ilz furent montés à cheval pour assembler, les glaives ès poings, le roy prist la besoingne sur lui et les mist à acort.

[309] Ms. 2813, fº 394.--Ms. 2655, fº 166 vº (lacune).

Item, en icelui an trois cens cinquante deux, le jeudi sixième jour de decembre, mourut le pape Clement VIe à Avignon, lequel estoit en l’onzième an de son pontificat.

Item, le mardi du dit mois de decembre, fu esleu en pape, environ heure de tierce, un cardinal limosin que l’on appeloit par son tiltre [de cardinal[310]] le cardinal d’Ostie; mais pour ce qu’il avoit esté evesque de Cleremont, l’en appelloit plus communement le cardinal de Clermont. Et fu appellé Innocent; et par son propre nom estoit appelé messire Estienne Aubert.

[310] Ms. 2813, fº 394 vº.

Item, l’an mil trois cens cinquante trois, le huitième jour de janvier, assés tost après le point du jour, monseigneur Charles, roy de Navarre, et conte d’Evreux, fist tuer en la ville de l’Aigle en Normendie, en une hostellerie, monseigneur Charles d’Espaigne, [lors[311]] connestable de France. Et fu le dit connestable tué en son lit par plusieurs gens d’armes que le dit roy de Navarre y envoia: lequel demora en une granche au dehors de la dite ville de l’Aigle jusques à ce que ceulz qui firent le dit fait retournèrent par devers lui. Et en sa compaignie estoient, si comme l’en disoit, messire Phelippe de Navarre son frère, messire Jehan conte de Harecourt, son frère messire Loys de Harecourt, messire Godeffroy de Harecourt leur oncle, et pluseurs chevaliers et autres de Normendie comme Navarrois et autres.

[311] Ibid.

Et après se retraist le roy de Navarre et sa compaignie en la cité d’Evreux dont il estoit conte, et là se garni et enforça. Et avec lui se alièrent pluseurs nobles, par especial de Normendie, c’est assavoir les dessus nommés de Harecourt, le seigneur de Hambuie, messire Jehan Malet seigneur de Graavile, messire Amalry de Meulent et pluseurs autres.

Et assés tost après se transporta le dit roy de Navarre en sa ville de Mante, qui jà paravant avoit envoié lettres closes à pluseurs des bonnes villes du royaume de France et aussi à grant conseil du roy, par lesquelles il escripvoit qu’il avoit fait mettre à mort le dit connestable pour pluseurs grans meffais que le dit connestable lui avoit fais, et envoia le conte de Namur par devers le roy de France à Paris.

Et depuis le roy de France envoia en la dicte ville de Mante par devers le roy de Navarre pluseurs grans hommes, c’est assavoir messire Guy de Bouloingne cardinal, monseigneur Robert Le Coq evesque de Laon, le duc de Bourbon, le conte de Vendosme et pluseurs autres: lesquielx traitièrent avec le dit roy de Navarre [et] son conseil. Car jà soit ce que icelui roy eust fait mettre à mort le dit connestable, si comme dessus est dit, il ne lui souffisoit pas que le roy de France de qui il avoit espousé la fille lui pardonnast le dit fait, mais faisoit pluseurs requestes au dit roy de France son seigneur.

Et cuida l’en bien ou royaume de France que entre les deux rois dessus dis deust avoir grant guerre; car le dit roy de Navarre avoit fait grans aliances et grans semonces en diverses regions, et si garnissoit et enforçoit ses villes et chasteaulz. Finablement, après pluseurs traittiez, fu fait accort entre les deux roys dessus dis par certainnes manières dont aucuns des poins s’ensuient. C’est assavoir que le dit roy de France bailleroit au dit de Navarre vingt huit [mil] livres à tournois de terre, tant pour cause de certainne rente que ledit de Navarre prenoit sur le tresor à Paris comme pour autre terre que le dit roy de France lui devoit asseoir par certains traittiez faiz lonc temps avoit entre les deux predecesseurs des deux roys dessus dis pour cause de la conté de Champaigne, tant aussi pour cause de mariage du dit roy de Navarre qui avoit espousée la fille du dit roy de France: par lequel mariage lui avoit esté promise certainne quantité de terre, c’est assavoir douze mil livres à tournois. Pour lesquelles trente huit mille livres de terre le dit roy de Navarre veult avoir la conté de Beaumont le Rogier, la terre de Breteul en Normendie, de Conches et d’Orbec, la vicomté de Pont Audemer et le balliage de Costantin. Lesquelles choses lui furent accordées par le roy de France, jà soit ce que la dicte conté de Beaumont et les terres de Conches, de Bretueil et d’Orbec fussent à monseigneur Phelippe, frère du dit roy de France, qui estoit duc d’Orleans: auquel duc le dit roy bailla autres terres en recompensacion de ce.

Oultre couvint accorder au dit roy de Navarre, pour paix avoir, que les dessus dis de Harecourt et tous ses autres aliez entreroient en sa foy, se il leur plaisoit, de toutes leurs terres de Navarre, quelque part qu’elles fussent ou royaume de France; et en aroit le dit roy de Navarre les hommages, se ilz vouloient, autrement non. Oultre lui fu accordé que il tendroit toutes les dictes terres avec celles qu’il tenoit paravant en partie, et pourroit tenir eschiquier deux fois l’an, se il vouloit, aussi noblement comme le duc de Normendie. Encore lui fu accordé que le roy de France pardonrroit à tous ceulz qui avoient esté à mettre à mort le dit connestable, la mort d’icelui. Et ainsi le fist, et promist par son serement que jamais, pour occasion de ce, ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. Et avec toutes ces choses ot encores le dit roy de Navarre une grant somme d’escus d’or du dit roy de France. Et avant ce que le dit roy de Navarre voulsist venir par devers le roy de France, il couvint que l’en lui envoiast par manière d’ostage le conte d’Anjou, second filz du dit roy de France.

Et après ce vint à Paris à grant foison de gens d’armes, le mardi quatrième jour de mars ou dit an trois cens cinquante trois, vint le dit de Navarre en parlement pour la mort du dit connestable, comme dit est, environ heure de prime, et descendi ºu Palais. Et puis vint en la dicte chambre de parlement, en laquèle estoit le roy en siège et pluseurs de ses pers de France avec ses gens de parlement et pluseurs autres de son conseil, et si y estoit le dit cardinal de Bouloingne. Et en la presence de tous pria le dit roy de Navarre au roy que il lui voulsist pardonner le dit fait du dit connestable; car il avoit eue bonne cause et juste d’avoir fait ce qu’il avoit fait: laquelle il estoit prest de dire au roy lors ou autres fois, si comme il disoit. Et oultre dist lors et jura que il ne l’avoit fait en [contempt[312]] du roy ne de son ºffice, et qu’il ne seroit de riens si courroucié comme d’estre en l’indignacion du roy.

[312] Ms. 2813, fº 395.--Ms. 2655, fº 167 vº: «comptent».

Et ce fait monseigneur Jacques de Bourbon, connestables de France, du commandement du roy, mist la main au dit roy de Navarre; et puis si le fist l’en traire arrière. Et assés tost après Jehanne, ante, et la royne Blanche, seur du dit roy de Navarre, laquelle Jehanne avoit esté femme du roy Charles, et la dicte Blanche avoit esté femme du roy Phelippe derrenier trespassés, vindrent en la presence du roy, et lui firent la reverence, en eulz enclinant devant lui. Et adonc monseigneur Regnaut de Trie, dit Patroulart, se agenoulla devant le roy et lui dist tèles paroles en substance: «Mon très redoubté seigneur, veez cy mes dames la royne Jehanne, Blanche, qui ont entendu que monseigneur de Navarre est en vostre male grace, dont elles sont forment courrouciées. Et pour ce sont venues par devers vous et vous supplient que vous lui vueilliez pardonner vostre mautalent; et, se Dieu plaist, il se portera si bien envers vous que vous et tout le pueple de France vous en tenrés bien contens.»

Les dictes paroles dictes, les dis connestable et mareschalx alèrent querre le dit roy de Navarre et le firent venir de rechief devant le roy, lequel se mist ou milieu des dictes roynes. Et adonc le dit cardinal dist les paroles qui ensuient en substance: «Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveillier se le roy monseigneur s’est tenu pour mal content de vous pour le fait qui est avenu, lequel il ne convient jà que je le die; car vous l’avez si publié par vos lettres et autrement partout que chascun le scet. Car vous estes tant tenu à lui que vous ne le deussiés avoir fait: vous estes de son sanc si prochain comme chascun scet; vous estes son homme et son per, et se avez espousée madame sa fille, et de tant avés plus mespris. Toutesvoies, pour l’amour de mes dames les roynes qui cy sont, qui moult affectueusement l’ent ont prié, et aussi pour ce qu’il tient que vous l’avés fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon cuer et de bonne voulenté.» Et lors les dictes roynes et le dit roy de Navarre, qui mist le genoul à terre, en [mercièrent[313]] le roy. Et encore dist lors le dit cardinal que aucun du lignage du roy ºu autre ne se aventurast d’ores en avant de faire telz fais comme le dit roy de Navarre avoit fait; car vraiement s’il avenoit, et feust le filz du roy qui le feist du plus petit officier que le roy eust, si en feroit il justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se departi.

[313] Ms. 2813, fº 395 vº.--Ms. 2655, fº 168: «merciant».

Item, le vendredi devant la mi quaresme après ensuivant vingt unième jour de mars, un chevalier banneret de basses marches, appellé messire Regnaut de Prissegny, seigneur de Marant près de la Rochelle, fu trainé et puis pendu ou gibet de Paris par le jugement de parlement et de pluseurs du grant conseil du roy.

Item, l’an mil trois cens cinquante quatre, environ le mois d’aoust, se reconsilièrent au roy de France les dis conte de Harecourt et monseigneur Loys son frère, et lui deurent moult reveler de choses, si comme l’en disoit; et par especial luy devoient reveler tout le traittié de la mort du dit monseigneur Charles d’Espaingne, jadis connestable de France, et par qui ce avoit esté.

Et assés tost après, c’est assavoir ou mois de septembre, se parti de Paris le dit cardinal de Bouloingne et s’en ala à Avignon. Et disoit l’en communement qu’il n’estoit point en la grace du roy, jà soit ce que paravant, bien par l’espace d’un an qu’il avoit demouré en France, il eust esté tous jours avec le roy si privé comme povoit estre d’autre.

Et en ce temps se departi messire Robert de Lorris, chambellan du roy, et se absenta tant hors du royaume de France comme autre part. Et disoit l’en communement que, se il ne se feust absenté, il eust villenie et dommage du corps; car le roy estoit courroucié et moult esmeu contre luy, mais la cause fu tenue si secrète que pou de gens la sceurent. Toutesvoies disoit l’en qu’il devoit avoir sceu la mort du dit connestable avant qu’il feust mis à mort, et qu’il devoit avoir revelé au dit roy de Navarre aucuns consaulz secrès du roy, et que toutes ces choses furent revelées au roy par les dis conte de Harecourt et messire Loys son frère.

Item, assés tost après, c’est assavoir environ le moys de novembre, l’an cinquante quatre dessus dit, le dit roy de Navarre se parti de Normendie et se ala latitant en divers lieus jusques en Avignon.

Item, en ycelui moys de novembre, partirent de Paris l’arcevesque de Rouen, chancellier de France, le duc de Bourbonnès et pluseurs autres, pour aler en Avignon. Et y alèrent le duc de Lencastre et pluseurs autres Anglois, pour traittier de paix devant le pape entre les roys de France et d’Engleterre.

Item, en ycelui mois de novembre, l’an dessus dit, parti le roy de Paris et ala en Normandie et fu jusques à Caen et fist prendre et mettre toutes les terres du dit roy de Navarre en sa main et instituer officiers de par luy et mettre gardes ès chasteaulz du dit roy de Navarre, excepté en six, c’est assavoir Evreux, le Pont Audemer, Cherebourc, Gavray, Avranches et Mortaing: lesquels ne lui furent pas rendus; car il avoit dedens Navarrois qui respondirent à ceulz que le roy y envoia que ilz ne les rendroient, fors au roy de Navarre leur seigneur qui les leur avoit bailliés en garde.

Item, ou moys de janvier ensuivant, vint à Paris le dit messire Robert de Lorris par sauf conduit qu’il ot du roy et demoura bien quinze jours à Paris avant qu’il eust assés de parler au roy. Et après y parla il, mais il ne fu pas reconsilié à plain; mais s’en retourna en Avignon par l’ordenance du conseil du roy pour estre aus traittiez avec les gens du roy. Et assés tost après, c’est assavoir vers la fin de fevrier ou dit an, vindrent nouvelles que les trèves, qui avoient esté prises entre les deux roys jusques en avril ensuivant, estoient esloingniées par le pape jusques à la Nativité Saint Jehan Baptiste, pour ce que le dit pape n’avoit peu trouver voie de paix à laquelle les dis tracteurs qui estoient en Avignon, tant pour l’un roy que pour l’autre, s’i voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers les dis roys sur une autre voie de traittié que celle qui avoit esté pourpalée autres fois entre les dis tractteurs.

Item, en cel an mil trois cens cinquante quatre, ou moys de janvier, fist faire le roy de France florins de fin or appellés florins à l’aignel, pour ce que en la palle avoit un aignel, et estoient de cinquante deux ou marc. Et le roy en donnoit lors qui furent fais quarante huit pour un marc de fin or, et deffendi l’en le cours de tous autres florins.

Item, en ycelui an, du dit moys de janvier, vint à Paris messire Gauchier de Lor, chevalier, comme messoge du dit roy de Navare, car devers le roy et parla à luy, et finablement s’en retourna ºu moys de fevrier ensuivant par devers le dit roy de Navarre et emporta lettres de saufconduit pour le dit roy de Navarre jusques en avril ensuivant.

Item, en ycelui an, le soir de karesme prenant qui fu le dix septième jour de fevrier, vindrent pluseurs Anglois près de la ville de Nantes en Bretaingne, et en entra par eschielles environ cinquante deux dedens le chastel et le pristrent. Mais messire Guy de Rochefort, qui en estoit capitainne et estoit en la dicte ville hors du dit chastel, fist tant par assault et effort que il le recouvra en la nuit meismes; et furent tous les dis cinquante deux Anglois que mors que pris.

Item, à Pasques ensuivant qui furent l’an mil trois cens cinquante cinq, le dit roy de France Jehan envoia en Normandie Charles dalphin de Viennès, son ainsné filz, son lieutenant, et y demoura tout l’esté. Et luy ottroièrent les gens du pais de Normandie deux mil hommes d’armes pour trois mois. Et ou mois d’aoust ensuivant ou dit [an] cinquante cinq, le dit roy de Navarre vint de Navarre et descendi ou chastiel de Cherebourc en Coustentin, et avec luy environ deux mil hommes, que uns que autres. Et furent pluseurs traittiés entre les gens du roy de France, duquel le dit roy de Navarre avoit espousé la fille, et le dit roy de Navarre. Et envoièrent par pluseurs fois de leurs gens l’un des dis roys par devers l’autre.

Et cuida [l’en[314]], telle fois fu, vers la fin du dit mois d’aoust, qu’ilz deussent avoir grant guerre l’un contre l’autre. Et les gens du dit roy de Navarre, qui estoient ou chasteau d’Evreux, du Pont Audemer, en faisoient bien semblant, car ilz tenoient et gardoient moult diligemment les dis chasteaulx, et pilloient le pais d’environ comme ennemis. Et en vint aucun ou chastel de Conches qui estoit en la main du roy, et le pristrent et garnirent de vivres et de gens. Et pluseurs autres choses firent les gens du dit roy de Navarre contre le roy de France et contre ses gens. Et finablement fu fait acort entre eulz. Et ala le dit roy de Navarre par devers le dit daulphin ou chastel du Val de Reul là où il estoit, environ le seizième ou dix huitième jour de septembre ensuivant; et de là le dit daulphin le mena à Paris devers le roy. Et le jeudi vingt quatrième jour du dit mois de septembre, vindrent à Paris devers le roy ou chastel du Louvre. Et là, en la presence de moult grant quantité de gens et des roynes Jehanne, ante, et Blanche, seur, du roy de Navarre, fist ycelui roy de Navarre la reverence au dit roy de France, et s’escusa par devers le roy de ce qu’il s’estoit parti du royaume de France. Et avec ce dit l’en lui avoit rapporté que aucuns le devoient avoir blasmé par devers le roy: si requist au roy qu’il luy voulsist nommer ceulz qui ce avoient fait. Et après jura moult forment que il n’avoit onques fait chose, après la mort du connestable, contre le roy que loyaulx homs ne peust et deust faire. Et noient moins requist au roy qu’i[l] luy voulsist tout pardonner, et le voulsist tenir en sa grace, et luy promist que il luy seroit bons et loyaulx, si comme filz doit estre à père et vassal à son seigneur. Et lors luy fist dire le roy par le duc d’Athènes que il luy pardonnoit tout de bon cuer.

[314] Ms. 2813, fº 396.--Ms. 2655, fº 169 (lacune).

Item, en ycelui an mil trois cens cinquante cinq, ala le prince de Galles, ainsné filz du roy d’Engleterre, en Gascoingne, ou moys d’octembre, et chevaucha jusques près de Thoulouse et puis passa la rivière de Garonne et ala à Carcassonne, et ardi le bourc; mais il ne pot forfaire à la cité, car elle fu deffendue. Et de là ala à Nerbonne, ardant et pillant le pais.

Item, ycelui an cinquante cinq, descendi le roy [d’Engleterre[315]] à Calais en la fin du mois d’octembre, et chevaucha jusques à Hedin, et rompi le parc et ardi les maisons qui estoient ºu dit parc; mais il n’entra point ou chastel ne en la ville. Et le roy de France, qui avoit fait son mandement à Amiens, tantost qu’il ot oy nouvelles de la venue du dit Anglois, se parti de la dicte ville d’Amiens où il estoit, et les gens qui y estoient avec luy, pour aler contre les Anglois. Mais il ne l’osa attendre et s’en retourna à Calaiz, tantost qu’il oy nouvelles que le roy de France aloit vers luy, en ardant et pillant le pais par lequel il passoit. Si ala le roy de France après jusques à Saint Omer et luy manda par le mareschal [d’Odeneham[316]] et par pluseurs autres chevaliers, que il se combatroit au dit Anglois, se il vouloit, corps à corps ou pooir contre pooir, à quelque jour que il voudroit. Mais le dit Anglois refusa la bataille et s’en repassa la mer en Angleterre sans plus faire à celle fois, et le roy s’en retorna à Paris.

[315] Ms. 2813, fº 396 vº.--Ms. 2655, fº 169 (lacune).

[316] Ms. 2813.--Ms. 2655, fº 169: «de Douchan.» _Mauvaise leçon._

Item, en ycelui an cinquante cinq, ou mois de novembre, le prince de Gales, après ce qu’il ot couru le pais de Bordeaux jusques près de Thoulouse et de là jusques à Nerbonne, et ars, gasté et pillié tout environ, s’en retorna à Bordeaux à toute la pille et grant foison de prisonniers, sans ce qu’il trouvast qui aucune chose luy donnast à faire. Et toutes voies estoient ou paiz pour le roy de France le conte d’Armignac, lieutenant du roy en la Langue d’oc pour le temps, le conte de Foix, messire Jaques de Bourbon, conte de Pontieu et connestable de France et messire Jehan de Clermont, mareschal de France, à plus grant compaignie la moitié, si comme l’en disoit, que n’estoit le dit prince de Galles: si en parla l’en forment contre aucuns des dessus nommés qui là estoient pour le roy de France.

Item, en la Saint Andri, en ycelui an, furent assemblés à Paris, par le mandement du roy, les prelas, les chapitres, les barons et les bonnes villes du royaume de France; et leur fist le roy exposer en sa presence l’estat des guerres, le mercredi après la dicte Saint Andri, en la chambre de parlement, par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen et chancellier de France. Et leur requist le dit chancellier pour le roy qu’ilz eussent advis ensemble quel aide ilz pourroient faire au roy qui feust souffisant pour faire le fait de la guerre. Et pour ce qu’il avoit entendu que les subgiés du royaume se tenoient forment à grevez de la mutacion des monnoies, il offri à faire fort monnoye et durable, mais que l’en luy feist autre aide qui fust suffisant pour faire sa guerre. Lesquelz respondirent, c’est assavoir le clergié par la bouche de monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque de Reins, les nobles par la bouche du duc d’Athènes, et les bonnes villes par la bouche de Estienne Marcel, lors prevost des marchans à Paris, qu’ilz estoient tous prests de vivre, de mourir avec le roy et de mettre corps et avoir en son service, et [requistrent[317]] deliberacion de parler ensamble, laquelle leur fu octroyée.

[317] Ms. 2813, fº 397.--Ms. 2655, fº 169 vº: «requièrent.» _Mauvaise leçon._

Item, en ycelui an, le lundi veille de la Concepcion Nostre Dame, donna le roy la duchié de Normandie à Charles, son ainsné filz, daulphin de Viennes et conte de Poitiers. Et le lendemain jour de mardi et jour de la dicte feste, luy en fist le dit Charles homage en l’ostel maistre Martin de Merlo, chanoine de Paris, ou cloistre Nostre Dame.

Item, après la deliberacion eue des trois estas dessus dis, ilz respondirent au roy, en la dicte chambre de parlement, par les bouches des dessus nommés, que ilz luy feroient trente mil hommes d’armes par un an à leurs fraiz et despens: dont le roy les fist mercier. Et pour avoir la finance pour paier les dis trente mil hommes d’armes, laquelle fu estimée à cinquante cens mille livres parisis, les trois estas dessus dis ordenèrent que l’en [leveroit[318]] sur toutes gens, de quelque estat qu’ilz fussent, gens d’eglise, nobles ou autres, imposicion de huit deniers parisis pour livre de toutes denrées, et que gabelle de sel courroit par le royaume de France. Mais pour ce que l’en ne povoit lors savoir se les dictes imposicions et gabelle souffisoient, il fu lors ordené que les trois estas dessus dis [retourneroient[319]] à Paris le premier jour de mars ensuivant pour [veoir[320]] l’estat des dictes imposicion et gabelle et sur ce ordonner, ou de autre aide faire pour avoir les dictes cinquante cens mille livres, ou de laissier courir les dictes imposicion et gabelle. Auquel premier jour de mars, les trois estas dessus dis retournèrent à Paris, exceptées pluseurs grosses villes de Picardie, les nobles et pluseurs autres villes de Normandie. Et virent ceulz qui y furent l’estat des dictes imposicion et gabelle; et tant pour ce qu’elles ne souffisoient pas pour avoir les dictes cinquante cens mille livres tournois, comme pour ce que pluseurs du royaume ne s’i vouloient accorder que les dittes imposicion et gabelle courussent en leur pais et ès villes là où ilz demouroient, [ordenèrent[321]] nouviau subside sur chascune personne en la manière qui s’ensuit: c’est assavoir que tout homme et personne, fust du sanc et lignage du roy, et autre clerc ou lay, religieux ou religieuse, exempt et non exempt, hospitaliers, chiefs d’eglises ou autres, eussent rentes ºu revenues, office ou administracion; femmes vesves ou celles qui faisoient chiefs, enfans mariés et non mariés qui eussent aucune chose de par eulz, fussent en garde, bail, tutelle, cure, mainburnie ou administracion quelconques; monnoiers et tous autres, de quelque estat, auctorité ou privilège que ilz usassent ºu eussent usé ou temps passé,--qui auroit vaillant cent livres de revenue et au[dessus], feust à vie ou à heritage, en gages à cause d’office, en pensions à vie ou à voulenté, feroit aide ou subside de quatre livres pour le fait des dictes guerres: de quarante livres de revenue et au dessus, quarante sous: de dix livres de revenue et au dessus, vingt sous. Et au dessoubs de dix livres, soient [enfans[322]] en mainburnie au dessus de quinze ans, laboureurs et ouvriers gaaingnans, qui n’eussent autre chose que de leur labourage, feroient aide de dix sous. Et se ilz avoient autre chose du leur, ilz feroient aide comme les autres serviteurs mercenaires ou alloiiés qui ne vivoient que de leur service; et qui gaaingnast cent sous par an ou plus [feroit] semblable aide et subside de dix sous, à prendre les sommes dessus dictes à parisis, ou pais de parisis, et à tournois, ou pais de tournois. Et se les dis serviteurs ne gaaingnoient cent sous ou au dessus, ilz n’aideroient de riens, se ilz n’avoient aucuns biens equippolens, ouquel cas ilz aideroient comme dessus. Et aussi n’aideroient de rien mendians ne moines ne cloistriers sans office ou administracion, ne enfans en mainburnie soubs l’aage de quinze ans qui n’eussent aucune chose comme dessus, ne nonnains qui n’eussent en revenue au dessus de dix livres, ne aussi femmes mariées, pour ce que leurs maris aidoient; et estoit et seroit compté ce que elles aroient de par elles avec ce que leurs maris avoient.

[318] Ms. 2813, fº 397.--Ms. 2655, fº 169 vº: «levèrent.» _Mauvaise leçon._

[319] Ms. 2813, fº 397.--Ms. 2655, fº 169 vº: «retournèrent».

[320] Ms. 2813.--Ms. 2655, fº 170 (lacune).

[321] Ms. 2813, fº 397 vº.--Ms. 2655, fº 170 (lacune).

[322] Ms. 2813, fº 397 vº.--Ms. 2655, fº 170 (lacune).

Et quant aus clercs et gens d’eglise, prelas, abbés, prieurs, chanoines, curez et autres comme dessus, qui avoient vaillant au dessus de cent livres en revenue, fuissent benefices de sainte eglise, en patrimoine ou en l’un avec l’autre, jusques à cinq mille livres, feraient aide de quatre livres pour le[s] premiers cent livres, et pour chascunes autres cent livres jusques aus dictes cinq mille livres, quarante sous; et ne feroient de riens aide au dessus des dictes cinq mille livres ne aussi de leurs meubles; et les revenues de leurs benefices seroient prisés et estimés selonc le taux du disiesme, ne ne s’en pourraient franchir ne exempter par quelconques privilèges, ne que ilz feissent de leurs disiesmes, quant les disiesmes estoient ottroiés.

Et quant aus nobles et gens [des[323]] bonnes villes qui auroient vaillant au dessus de cent livres de revenue, les dis nobles feroient ayde jusques à cinq mille livres de revenue et noient oultre, pour chascun cent quarante [sous[324]], oultre les quatre livres pour les premiers cent livres; et les gens des bonnes villes, par semblable manière, jusques à mille livres de revenue tant seulement. Et quant aus meubles des nobles qui n’avoient pas cent livres de revenue, l’en extimeroit leurs meubles que ilz auraient jusques à la valeur de mille livres et non plus. Et des gens non nobles qui n’avoient pas quatre cens [livres[325]] de revenue, l’en extimeroit leurs meubles jusques à la value de quatre mille livres, c’est assavoir cent livres de meubles pour dix livres de revenue; et de tant feroient ayde par la manière cy dessus devisée. Et se il avenoit que aucun noble n’eust vaillant tant seulement jusques à cent livres de revenue, ne en meuble purement jusques à mille livres, ou que aucun noble ne eust seulement de revenue quatre cens livres, ne en meubles purement quatre mille livres, et ilz [eust] partie en revenue et partie en meubles, l’en regarderoit et extimeroit sa revenue et son meuble ensemble jusques à la somme de mille livres, quant aus nobles, et de quatre mille livres quant aus non nobles, et non plus.

[323] Ms. 2813, fº 397 vº.--Ms. 2655, fº 170 vº: «les».

[324] Ms. 2813, fº 397 vº.--Ms. 2655, fº 170 vº: «soubz».

[325] Ms. 2813.--Ms. 2655 (lacune).

Item, le samedi cinquième jour de mars, l’an mil trois cens cinquante cinq dessus dit, s’esmut une discencion en la ville d’Arras des menus contre les gros. Et tuèrent les menus le dit jour dix sept des plus nobles de la dicte ville, et le lundi ensuivant en tuèrent autres quatre, et pluseurs en bannirent qui n’estoient pas en la dicte ville. Et ainsi demourèrent les dis menus seigneurs et maistres d’icelle ville.

Item, le mardi cinquième jour d’avril ensuivant, fust le mardi après la miquaresme, le roy de France se parti à matin avant le jour de Meneville tout armé, accompaignié environ de cent lances, entre lesquelz estoient le conte d’Anjou son filz, le duc d’Orliens son frère, messire Jehan d’Artois conte d’Eu, messire Charles son frère, cousins germains du dit roy, le conte de Tanquarville, messire Ernoul [d’Odeneham[326]] mareschal de France et pluseurs autres jusques au nombre dessus dit. Et vint droit au chastel de Rouen par l’uis derrière, sans entrer en la ville, et trouva en la salle du dit chastel assiz au disner Charles son ainsné [fils[327]], duc de Normandie, Charles roy de Navarre, Jehan conte de Harecourt, les seigneurs de Preaux, de Graville et de Clère et de pluseurs autres. Et là fist le roy de France Jehan prendre les diz roy de Navarre, le conte de Harecourt, les seigneurs de Preaux, de Graville et de Clere, messire Lois et messire Guillaume de Harecourt, frères du dit conte, messire Forquet de Friquant, le seigneur de Tournebu, messire Maubue de Mainesmares, tous chevaliers, Colinet Doublet et Jehan de Bantalu, escuiers, et aucuns autres.

[326] Ms. 2813, fº 398.--Ms. 2894: «de Douchan».

[327] Ms. 2813, fº 398.--Ms. 2655 (lacune).

Et les fist mettre en prison en diverses chambres du dit chastel, pour ce que, depuis leur reconciliacion faite par le roy de la mort du dit connestable de France, le dit roy de Navarre avoit machiné et traittié pluseurs choses ou dommage, deshonneur et mal du roy et de son dit ainsné filz et de tout le roiaume. Et aussi le conte de Harecourt avoit dit au chastel du Val de Reul, où estoit faite assemblée pour ottroier estre faite aide au roy pour sa guerre en la duchié de Normandie, pluseurs injurieuses et orguilleuses paroles contre le roy, en destourbant de son pooir icelle aide estre acordée et mise à execucion, combien que le dit ainsné filz du roy, duc de Normandie, et le dit roy de Navarre l’eussent acordée au roy.

Et tantost après ala disner le dit roy de France. Et quant il ot disné, il et tous ses enfans son frère et ses diz cousins d’Artois et pluseurs des autres qui estoient venuz avec li, montèrent à cheval et alèrent en un champ derrière le dit chastel appellé le Champ du Pardon. Et là furent menez en deux charrètes par le commandement du roy les diz conte de Harecourt, le seigneur de Graville, monseigneur Maubue et Colinet Doublet; et là leur furent le dit jour les testes copées. Et puis furent tous quatre trainez jusques au gibet de Rouen et là furent pendus, et leurs testes mises sur le dit gibet. Et fu le dit roy de France present et aussi ses diz enfans et son frère à coper les dictes testes, et non pas au prendre. Et ce jour et lendemain jour de mercredi delivra le roy pluseurs autres qui avoient esté pris; et finablement ne demorèrent que trois: c’est assavoir le dit roy de Navarre, le dit Friquet et le dit Bantalu, lesquelz furent menez à Paris, c’est assavoir le dit roy de Navarre au Louvre, et les autres deux en Chastellet. Et depuis fut le dit roy de Navarre mis en Chastellet, et li furent bailliez aucuns du conseil du roy pour le garder. Et pour ce messire Phelippe de Navarre, frère du dit roy de Navarre, [fist garnir de gens et de vivres pluseurs des chasteaux que le dit roy de Navarre[328]] avoit en Normandie. Et jà soit ce que le roy de France mandast au dit messire Phelippe qu’i[l] li rendist les dis chasteaux, toutesvoies ne le vouloit il pas faire. Mais assemblèrent ilz et messire Godefroy de Harecourt, oncle du dit conte de Harecourt, pluseurs ennemis du roy; et les firent venir ou paiz de Costentin, lequel pais ilz tindrent contre le dit roy de France et ses gens.

[328] Ms. 2813, fº 398 vº.--Ms. 2655, fº 171 (lacune).

Item, le mercredi vingt septième jour du dit moys d’avril, et fu le mercredi après Pasques qui furent l’an mil trois cens cinquante six, car Pasques furent lors le vingt quatrième jour d’avril, messire Ernoul [d’Odeneham], lors mareschal de France, ala en la ville d’Arras, et là, sagement et sans effort de gens d’armes, fist prendre pluseurs personnes jusques au nombre de cent et de plus de ceulz qui avoient mise la dicte ville en rebellion et murdri pluseurs des gros bourgois d’icelle ville, dont dessus est faite mencion. Et l’andemain jour de jeudi fist le dit mareschal copper les testes à vingt des dessus diz qu’il avoit fait prendre, ou marchié de la dicte ville, et les autres fist tenir en prison fermée jusques [ad ce que[329]] le roy ou li en eussent [ordené[330]] autrement. Et par ce fu mise la dicte ville en vraie obeissance du roy; et demorèrent paisiblement les bonnes gens en icelle, si comme ilz faisoient avant la dicte rebellion.

[329] Ms. 2813, fº 398 vº.--Ms. 2655, fº 171 vº (lacune).

[330] Ms. 2813.--Ms. 2655 (lacune).

Item ou dit an cinquante six, en la fin du mois de juing, descendi le duc de Lencastre en Costantin et s’assembla avecques messire Phelippe de Navarre, qui s’estoit rendu ennemi du roy pour cause de la prise du roy de Navarre son frère qui encore estoit en prison. Et avecques le dit duc et messire Phelippe estoit messire Godefroy de Harecourt dessus nommé, oncle du conte de Harecourt qui avoit eue la teste copée à Rouen. Et se mistrent à chevauchier, et estoient environ quatre mille combatans; et chevauchièrent à Lisieux, au Bec, au Ponteaudemer, et raffreschirent le chastiel qui avoit esté assegié par l’espace de huit ou neuf sepmaines. Mais messire Robert de Hodetot, lors maistre des arbalestriers, qui avoit tenu le siège devant le chastel dessus dit, et en sa compaingnie pluseurs nobles et autres se partirent du dit siège, quant ilz sceurent la venue des dis duc messire Phelippe et messire Godefroy, et laissièrent les engins et l’artillerie qu’i[l] avoient; et ceulz du dit chastel pristrent tout et mistrent tout dedens le dit chastel. Et après chevauchièrent les diz duc et messire Phelippe et leur compaingnie jusques à Breteul, en pillant et robant les villes et le pais par ou ilz passoient, et raffreschirent le chastel. Et pour ce qu’ilz trouvèrent que la cité et le chastel d’Evreux avoient esté de nouvel renduz aus gens du roy, qui longuement [avoit[331]] esté assiegé devant, et avoit esté la dicte cité toute arse et l’eglise cathedral aussi pilliée et robée tant par les Navarrois qui rendirent le dit chastel, lequel fu rendu par composicion, comme par aucuns des gens du roy qui estoient au siège, les dis duc et messire Phelippe et leur compaignie alèrent à Vemeul ou Perche, et pristrent la ville et le chastel, et pillèrent et robèrent tout, [et] ardirent partie de la dicte ville.

[331] Ms. 2813.--Ms. 2655 (lacune).

Et le roy de France qui avoit fait sa semonce, tantost qu’il oy nouvelles du dit duc de Lencastre, aloit après à mout grant compaignie de gens d’armes et de gens de pié, et les suy jusques à Condé en alant droit vers la dicte ville de Verneul là où il les cuidoit trouver. Et quant il fu au dit Condé, il oy nouvelles que les dis duc et messire Phelippe s’estoient partis celuy jour de la dicte ville de Verneul et s’en aloient vers la ville de l’Egle. Et les suivy le roy jusques à Tuefbuef à deux lieues ou environ de la dicte ville de l’Egle. Et là fut dit au roy qu’i[l] ne les pourroit aconsuivir, car il y avoit grans forests là où ils se boutèrent sans ce qu’i[l] les peust avoir. Et pour ce s’en retourna le roy à tout son host. Et vindrent devant un chastel appellé Tyllères, que l’en disoit estre en la main des Navarrois; et le prist le roy et y mist gardes. Et après ala devant le dit chastel de Breteul, ouquel avoit gens de par le roy de Navarre. Mais pour ce qu’ilz ne [le[332]] vouldrent rendre, le roy et tout son ost y mistrent siège et y demeurèrent environ huit sepmaines. Et finablement fut rendu le dit chastel au roy par composicion; et s’en alèrent ceuls qui estoient dedens le chastel là où ilz voudrent, et emportèrent leurs biens.

[332] Ms. 2813, fº 399.--Ms. 2655, fº 161 vº (lacune).

FIN DES VARIANTES DU TOME QUATRIÈME.

TABLE

Note sur la transcription de la Table: Les renvois vers le Sommaire ont été vérifiés et corrigés, mais les renvois vers le texte des Chroniques et vers les variantes ont été reproduits tels qu'ils apparaissent dans l'original.

CHAPITRE LXI.

Investissement et siége de Calais; première période: du 3 août à la fin de décembre 1346.--_Sommaire_, p. III à V.--_Texte_, p. 1 à 10.--_Variantes_, p. 201 à 218.

CHAPITRE LXII.

Chevauchée du comte de Derby en Saintonge et en Poitou.--_Sommaire_, p. V à VII.--_Texte_, p. 10 à 17.--_Variantes_, p. 218 à 226.

CHAPITRE LXIII.

Invasion des Écossais en Angleterre; victoire des Anglais à Nevill’s Cross.--_Sommaire_, p. VIII à XII.--_Texte_, p. 17 à 29.--_Variantes_, p. 226 à 247.

CHAPITRE LXIV.

Siége de Calais; seconde période: de la fin de 1346 à mai 1347.--Louis, comte de Flandre, poussé contre son gré par les Flamands dans l’alliance du roi d’Angleterre dont il a fiancé la fille, se réfugie auprès du roi de France.--_Sommaire_, p. XII à XV.--_Texte_, p. 29 à 38.--_Variantes_, p. 247 à 260.

CHAPITRE LXV.

Prise de la Roche-Derrien par les Anglais.--Siége de cette forteresse par Charles de Blois, qui est vaincu et fait prisonnier par Thomas de Dagworth à la bataille de la Roche-Derrien.--_Sommaire_, p. XV à XVIII.--_Texte_, p. 38 à 44.--_Variantes_, p. 260 à 269.

CHAPITRE LXVI.

Siége de Calais, troisième période: de mai à août 1347. Arrivée près de Calais et retraite sans combat de Philippe de Valois à la tête d’une nombreuse armée. Reddition de Calais; dévouement d’Eustache de Saint-Pierre et de cinq autres bourgeois.--_Sommaire_, p. XVIII à XXIX.--_Texte_, p. 44 à 67.--_Variantes_, p. 269 à 299.

CHAPITRE LXVII.

Ravages des brigands en Limousin et en Bretagne; exploits de Bacon et de Croquart.--_Sommaire_, p. XXIX à XXXI.--_Texte_, p. 67 à 70.--_Variantes_, p. 299 à 303.

CHAPITRE LXVIII.

Tentative malheureuse de Geoffroi de Charny pour reprendre Calais aux Anglais.--_Sommaire_, p. XXXI à XXXIV.--_Texte_, p. 70 à 85.--_Variantes_, p. 303 à 318.

CHAPITRE LXIX.

Mariage de Louis, comte de Flandre, avec Marguerite, fille de Jean, duc de Brabant.--_Sommaire_, p. XXXV et XXXVI.--_Texte_, p. 85 à 88.--_Variantes_, p. 318 à 320.

CHAPITRE LXX.

Défaite des Espagnols dans une bataille navale livrée en vue de Winchelsea contre les Anglais.--Exécution d’Aimeri de Pavie à Saint-Omer.--_Sommaire_, p. XXXVI à XXXVIII.--_Texte_, p. 88 à 99.--_Variantes_, p. 320 à 330.

CHAPITRE LXXI.

Ravages de la peste.--Démonstrations de pénitence des flagellants; extermination des Juifs dans tous les pays de l’Europe excepté à Avignon et sur le territoire papal.--_Sommaire_, p. XXXVIII et XXXIX.--_Texte_, p. 100 et 101.--_Variantes_, p. 330 à 332.

CHAPITRE LXXII.

Avénement du roi Jean.--Victoire des Anglais près de Taillebourg; siége et prise de Saint-Jean-d’Angély par les Français.--Combat des Trente.--Escarmouche d’Ardres et mort d’Édouard de Beaujeu.--Avénement d’Innocent VI.--Exécution de Raoul, comte d’Eu et de Guines.--Vente du château de Guines aux Anglais.--Fondation de l’ordre de l’Étoile.--_Sommaire_, p. XL à L.--_Texte_, p. 101 à 129.--_Variantes_, p. 332 à 348.

CHAPITRE LXXIII.

Assassinat de Charles d’Espagne; rupture entre le roi de Navarre et ses frères, instigateurs de cet attentat, et le roi de France.--Expiration des trêves et ouverture des hostilités entre la France et l’Angleterre.--Mort de Jean, duc de Brabant, et avénement de Jeanne, mariée à Wenceslas de Luxembourg.--Guerre entre Flandre et Brabant.--_Sommaire_, p. L à LII.--_Texte_, p. 129 à 133.--_Variantes_, p. 349 à 351.

CHAPITRE LXXIV.

Traité d’alliance entre les rois de France et de Navarre.--Chevauchée du roi d’Angleterre en Boulonnais et en Artois; concentration à Amiens et marche des Français contre l’envahisseur.--Prise du château de Berwick par les Écossais; retour d’Édouard à Calais.--_Sommaire_, p. LIII à LVII.--_Texte_, p. 133 à 150.--_Variantes_, p. 351 à 368.

CHAPITRE LXXV.

Expédition d’Édouard III en Écosse.--_Sommaire_, p. LVII à LIX.--_Texte_, p. 150 à 159.--_Variantes_, p. 368 à 371.

CHAPITRE LXXVI.

Expédition du prince de Galles en Languedoc.--_Sommaire_, p. LIX à LXIV.--_Texte_, p. 159 à 174.--_Variantes_, p. 371 à 382.

CHAPITRE LXXVII.

Troubles à Arras et en Normandie à l’occasion de la gabelle ou impôt sur le sel; arrestation du roi de Navarre à Rouen, exécution du comte de Harcourt.--Guerre entre le roi de France et les frères de Navarre qui font alliance avec le roi d’Angleterre; chevauchée du duc de Lancastre et des Navarrais en Normandie.--Siége et prise d’Évreux, de Rhotes et de Breteuil par le roi de France.--_Sommaire_, p. LXIV à LXXI.--_Texte_, p. 174 à 198.--_Variantes_, p. 382 à 398.

Supplément aux variantes, p. 399 à 417.

FIN DE LA TABLE DU TOME QUATRIÈME.

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