Chronique du crime et de l'innocence, tome 4/8 Recueil des événements les plus tragiques;...
Part 1
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CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
IMPRIMERIE GÉNÉRALE.--LAHURE Rue de Fleurus, 9, à Paris
CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
PUBLIÉES POUR LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE
PAR SIMÉON LUCE
TOME DEUXIÈME
1340-1342
(DEPUIS LES PRÉLIMINAIRES DU SIÉGE DE TOURNAY JUSQU'AU VOYAGE DE LA COMTESSE DE MONTFORT EN ANGLETERRE)
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A PARIS CHEZ MME VE JULES RENOUARD LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE RUE DE TOURNON, No 6
M DCCC LXX
EXTRAIT DU RÈGLEMENT.
ART. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la publication.
Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable chargé d'en surveiller l'exécution.
Le nom de l'Éditeur sera placé en tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d'être publié.
_Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome II de l'Édition des_ CHRONIQUES DE J. FROISSART, _préparée par_ M. SIMÉON LUCE, _lui a paru digne d'être publié par la_ SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE.
_Fait à Paris, le_ 1er _mai_ 1870.
_Signé_ L. DELISLE.
_Certifié_,
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France,
J. DESNOYERS.
SOMMAIRE.
SOMMAIRE.
CHAPITRE XXXIV.
1340. OUVERTURE DES HOSTILITÉS ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET D'ANGLETERRE (§§ 99 à 101).
Irrité de la destruction d'Aubenton et du ravage de la Thiérache, Philippe de Valois charge Jean son fils, duc de Normandie, d'envahir le Hainaut à la tête d'une puissante armée. P. 1, 185, 187.
En Gascogne, le comte de l'Isle reçoit l'ordre d'envahir le Bordelais et en général toutes les terres et seigneuries des Anglais et de leurs adhérents.--Noms des principaux seigneurs qui prennent part à cette campagne.--Les Français ravagent les terres d'Albret[1] et de Pommiers[2], et en général les possessions des seigneurs de Lesparre, de _Cars_[3] et de Mussidan[4]. P. 1, 2, 187 et 188.
[1] Labrit, Landes, arr. Mont-de-Marsan. La forme la plus ordinaire de ce nom dans les mss. des Chroniques de Froissart est _Labreth_. Albret est devenu le nom historique de l'illustre famille à qui appartenait cette seigneurie.
[2] Pommiers, Gironde, comm. Saint-Félix de Foncaude, arr. la Réole, c. Sauveterre.
[3] On peut lire dans le ms. d'Amiens _Tarse_ ou _Carse_. Après avoir adopté la leçon Tarse, nous donnons la préférence à Carse, parce qu'il s'agit peut-être de Cars, Gironde, arr. et c. Blaye.
[4] Dordogne, arr. Ribérac.
En même temps, le roi de France renforce la grosse flotte des écumeurs, commandée par Hue Quieret et Barbavara qui se tient en face des côtes de Flandre pour empêcher Édouard III de repasser sur le continent. P. 2 et 188.
Louis de Nevers, comte de Flandre, et la comtesse Marguerite sa femme, vivent à Paris à la charge du roi de France, car ils ne reçoivent rien des rentes et revenus de leur comté. Les collecteurs de ces revenus n'en rendent compte qu'à Jacques d'Arteveld et à certains bourgeois de Gand, de Bruges, d'Ypres et de Courtrai, à ce députés; on les met en réserve afin que le pays y puisse recourir en cas de besoin et aussi en prévision d'une réconciliation avec le comte de Flandre. Les dépenses de Jacques d'Arteveld sont imputées sur des tailles spéciales levées toutes les semaines. Louis de Flandre engage le roi de France à contraindre les Flamands à l'obéissance en les menaçant de les faire excommunier par le pape. P. 185.
Philippe de Valois, qui voit les Flamands disposés à entrer dans la ligue formée contre lui par les Allemands, les Brabançons, les Hainuyers et les Anglais, essaye de les gagner par la persuasion avant d'en venir aux mesures de rigueur. Le comte Raoul d'Eu et de Guines, connétable de France, les seigneurs de Montmorency et de Saint-Venant, les évêques de Paris et de Chartres, sont envoyés à Tournay et reçoivent mission de s'aboucher et de traiter avec les députés des villes de Flandre. Ceux-ci déclarent qu'ils n'entendront à rien tant que le roi de France n'aura pas rendu Lille, Douai, Béthune et les dépendances de ces villes. Les commissaires de Philippe de Valois jugent qu'une entente est impossible dans ces conditions, et l'on se sépare sans avoir rien fait. P. 185 et 186.
A l'instigation du roi de France, le pape (Benoit XII) lance une bulle d'excommunication contre les Flamands et l'envoie aux évêques de Cambrai, de Tournay et de Thérouanne. Il est défendu aux prêtres de chanter la messe sous peine d'encourir l'excommunication et de perdre leurs bénéfices. Informé de cette situation, Édouard III promet aux Flamands de leur amener, à son prochain retour sur le continent, des prêtres de son pays pour chanter la messe, que le pape le veuille on non, car comme roi d'Angleterre il a parfaitement le droit de le faire. Grand mécontentement des prêtres de Flandre privés de leur casuel par la défense du pape. P. 2, 3, 186 et 187.
Philippe de Valois donne l'ordre aux gens d'armes de ses garnisons de Tournay, de Lille, de Douai et des châteaux voisins de faire la guerre aux Flamands et de porter le ravage dans leur pays. Chevauchée des Français jusqu'aux portes de Courtrai, incendie des faubourgs de cette ville et de tout le pays environnant, notamment de Dottignies[5]; retour par la rivière du Lis et par Warnêton[6]; capture de plus de dix mille blanches bêtes, de trois mille porcs, de deux mille grosses bêtes, sans compter cinq cents personnes, hommes, femmes et enfants, emmenés pour être mis à rançon. P. 3 et 4, 188 et 189.
[5] Belgique, Fl. occ., arr. et c. Courtrai.
[6] Belgique, Fl. occ., arr. Ypres, c. Messines.
Expédition de Jacques d'Arteveld contre Tournay à la tête d'une puissante armée de Flamands. Arrivé au Pont de Fer[7], entre Audenarde et Tournay, le chef des Flamands attend que les comtes de Salisbury et de Suffolk, qui se tiennent en garnison à Ypres, et le contingent du Franc de Bruges, viennent le rejoindre. P. 4, 5, 189.
[7] Pont de Fer paraît être une forme francisée du flamand _Verbruk_. Verbruk est aujourd'hui un hameau d'Amougies, sur le Rhosne, Belgique, Fl. or., arr. Audenarde, c. Renaix. Cette localité est située à peu près à égale distance d'Audenarde et de Tournay (note communiquée par mon jeune et savant collègue M. A. Longnon).
Les Flamands occupent Poperinghe, Messines[8], Bergues[9], Cassel[10], Bourbourg[11], Furnes, Nieuport[12], Dunkerque, Gravelines[13]. Les Français ont mis garnison à Saint-Omer, à Thérouanne, à Aire[14] et à Saint-Venant[15]. Le roi de France envoie deux cents lances de Savoie et de Bourgogne à Lille sous les ordres d'Amé de Genève[16], de [Hue] de Châlon[17], des seigneurs de Villars[18] et de Groslée[19]. P. 5 et 191.
[8] Poperinghe et Messines sont situés en Belgique, Fl. occ. arr. Ypres.
[9] Nord, arr. Dunkerque.
[10] Nord, arr. Hazebrouck.
[11] Nord, arr. Dunkerque.
[12] Belgique, Fl. occ., arr. Furnes, à 38 kil. de Bruges.
[13] Nord, arr. Dunkerque.
[14] Thérouanne et Aire sont situés dans le Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer.
[15] Pas-de-Calais, arr. Béthune, c. Lillers.
[16] Amé, comte de Genève, figure sur les montres de l'host de Bouvines, dans la bataille du comte de Savoie: «Amé, comte de Genève, 6 chev. bann., 3 bach., 3 esc. bann. comptez comme bach., 252 esc.» Bibl. imp., De Camps, portef. 83, fo 344 vo.
[17] «Hue, vidame de Chalon, 4(bach.), 20 esc.» De Camps, portef. 83, fo 225.
[18] «Humbert, seigneur de Villars, bann., 3 bann., 6 bach., 82 esc.; venu de Montroyal en Montagne.» De Camps, portef. 83, fo 334 vo.
[19] «Agot des Baus et Guy de Groullée, chev. bann., venus en la guerre du roy pour M. le dauphin de Vienne avec 7 autres bann., 4 bach., 3 esc. bann., 179 esc.» De Camps, 83, fo 345.
Pendant le trajet d'Ypres au Pont de Fer, les comtes de Salisbury et de Suffolk tombent, malgré les avis de Waflard de la Croix, dans une embuscade dressée contre eux près de Lille et sont faits prisonniers par les habitants de cette ville qui les livrent à Philippe de Valois. Jacques d'Arteveld, découragé, congédie ses gens d'armes et retourne à Gand. P. 5 à 8, 189 à 193.
CHAPITRE XXXV.
1340. INCURSIONS DES FRANÇAIS EN HAINAUT, NOTAMMENT AUX ENVIRONS DE VALENCIENNES (§§ 102 à 107).
Jean, duc de Normandie, réunit à Saint-Quentin une puissante armée pour envahir le Hainaut.--Noms des principaux seigneurs qui font partie de l'expédition.--De Saint-Quentin, l'armée du duc de Normandie se dirige en passant par Bohain[20] vers le Cateau-Cambrésis[21] et vient loger près de cette ville en un lieu appelé Montay[22], à l'entrée du Hainaut, sur la Selle[23]. P. 8 et 9, 193 à 195.
[20] Aujourd'hui Bohain-en-Vermandois, Aisne, arr. Saint-Quentin.
[21] Le Cateau, Nord, arr. Cambrai.
[22] Nord, arr. Cambrai, c. le Cateau.
[23] La Selle, affluent de la rive droite de l'Escaut, prend sa source au sud du Cateau dans une vallée appelée Fons-Selle, et se jette dans l'Escaut à Denain.
Gérard de Verchin, sénéchal de Hainaut, se met à la tête de soixante lances, passe à Forest[24] sur la frontière du Hainaut, et va réveiller au milieu de la nuit les Français qui se tiennent à Montay, à une petite lieue de Forest. Deux puissants chevaliers de Normandie, les seigneurs de Bailleul et de Bréauté[25], sont assaillis les premiers: le seigneur de Bailleul est tué et les seigneurs de Bréauté et de Brimeux sont emmenés prisonniers à Valenciennes. P. 9 à 11, 195 à 197.
[24] Nord, arr. Avesnes, c. Landrecies.
[25] Les noms de ces deux chevaliers figurent précisément à la suite l'un de l'autre sur les montres de la bataille de Raoul, comte d'Eu, lieutenant ès frontières de Flandre, du 9 mars au 1er octobre 1340: «Pierre, seign. de Bailleul en Caux, bann., 2 bach., 4 esc.--Guillaume de Briauté bach. et 3 esc.» De Camps, portef. 83, fo 317.
Le lendemain matin, le duc de Normandie, furieux de cette attaque nocturne, donne l'ordre d'entrer en Hainaut et d'y porter partout l'incendie et le ravage. Les Français, divisés en plusieurs corps d'armée et courant dans toutes les directions, dévastent et brûlent Forest, Vertain[26], Vertigneul[27], Escarmain[28], Vendegies-au-Bois[29], Vendegies-sur-Écaillon[30], Bermerain[31], _Calaumes_[32], Salesches[33], Orsinval[34], Villers-en-Cauchie[35], Gommegnies[36], Maresches[37], Villers-Pol[38], Poix[39], Préseau[40], Amfroipret[41], Preux[42], Frasnoy[43], Obies[44], Wargnies-le-Grand[45], Wargnies-le-Petit[46], Saint-Vaast[47] en Bavaisis, Louvignies[48], Mecquignies[49]; ils brûlent les moulins et rompent les écluses du vivier de Quélipont[50]. Tous les villages compris entre les rivières de Selle et de Honneau[51] deviennent la proie des flammes[52]. Les habitants du pays se sont réfugiés, emportant ce qu'ils ont de plus précieux, à Bouchain[53], à Valenciennes, à Bavai, au Quesnoy, à Landrecies[54], à Maubeuge[55] et dans les autres forteresses des environs qui sont tenables. Les Français mettent le feu aux faubourgs du Quesnoy et de Bavai. Le sénéchal de Hainaut, craignant pour son château de Verchin[56], est allé s'y enfermer avec trente lances, laissant Valenciennes sous la garde du seigneur d'Antoing. La nuit d'après cette première journée d'invasion, le duc de Normandie vient camper dans les belles prairies de Haussy[57] et de Saulzoir[58], sur les bords de la rivière de Selle, depuis Haspres[59] jusqu'à Solesmes[60]. P. 11 et 12, 197 à 199.
[26] Nord, arr. Cambrai, c. Solesmes.
[27] Aujourd'hui hameau de la comm. de Romeries, Nord, arr. Cambrai, c. Solesmes.
[28] Nord, arr. Cambrai, c. Solesmes.
[29] Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[30] Nord, arr. Cambrai, c. Solesmes.
[31] Ibid.
[32] Calaumes désigne sans doute la Chapelle Callome, dépendance de Bermerain, qui figure encore sur la carte de Cassini.
[33] Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[34] Ibid.
[35] Nord, arr. Cambrai, c. Carnières.
[36] Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[37] Ibid.
[38] Ibid.
[39] Ibid.
[40] Nord, arr. et c. Valenciennes.
[41] Nord, arr. Avesnes, c. Bavai.
[42] Aujourd'hui Preux-au-Sart, Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[43] Ibid.
[44] Nord, arr. Avesnes, c. Bavai.
[45] Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[46] Ibid.
[47] Aujourd'hui Saint-Vaast-la-Valleé, Nord, arr. Avesnes, c. Bavai.
[48] Aujourd'hui Louvignies-lès-Bavai, sur un affluent du Honneau ou Hongneau.
[49] Nord, arr. Avesnes, c. Bavai.
[50] Aujourd'hui lieu-dit de la comm. du Preux-au-Sart.
[51] Le Honneau ou Hongneau est un petit cours d'eau sorti de la forêt de Mormal, qui se jette dans la Haine, affluent de la rive droite de l'Escaut.
[52] Froissart dit que cette incursion poussée jusque dans le Bavaisis fut faite par l'avant-garde de l'armée du duc de Normandie, et que l'un des chefs de cette avant-garde était Thibaud de Moreuil. Les montres conservées par De Camps confirment sur ce point le témoignage du chroniqueur; mais tandis que Froissart semble mettre la chevauchée dont il s'agit avant l'attaque contre Valenciennes, c'est-à-dire en juin 1340, les montres la placent après cette attaque, puisqu'elles la reportent au mois de juillet. «Gens d'armes qui servirent Thibaut de Moreuil en la chevauchée de Bavai en Hainaut _ou mois de juillet_ 1340: Enguerran, sire de Coucy, bann., 1 bann., 11 bach., 59 esc.; Raoul Flamenc, seigneur de Canny, chev. bann., 2 bach., 19 esc.; Mathieu d'Espineuses bach. 3 esc.» De Camps, portef. 83, fo 346.
[53] Nord, arr. Valenciennes, sur l'Escaut.
[54] Nord, arr. Avesnes, sur la Sambre.
[55] Ibid.
[56] Nord, arr. et c. Valenciennes, sur l'Écaillon.
[57] Nord, arr. Cambrai, c. Solesmes, sur la Selle.
[58] Ibid.
[59] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain, dans une île formée par la Selle.
[60] Nord, arr. Cambrai, sur la Selle.
Valerand, seigneur de Fauquemont (Valkenburg), capitaine de Maubeuge, laisse cette ville sous la garde des seigneurs de Beaurieu et de Montegny, et après avoir chevauché tout un jour en longeant la forêt de Mormal[61], passe à gué la Selle et vient vers minuit réveiller le duc de Normandie et son armée. Du côté des Français, le seigneur de Picquigny[62] est tué, le vicomte des Quesnes[63] et le Borgne de Rivery[64] sont faits prisonniers dans cette alerte. Puis le seigneur de Fauquemont court se réfugier sous Thierry de Valcourt, maréchal de Hainaut, au Quesnoy[65], qui n'était point alors aussi bien fortifié qu'il fut soixante ans plus tard. P. 12, 13, 199, 200, 204.
[61] Au quatorzième siècle, la forêt de Mormal, située sur la rive gauche de la Sambre, s'étendait depuis Landrecies au sud jusque près de Bavai au nord; elle avait pour limite à l'ouest la voie romaine, dite Chaussée Brunehaut, du Cateau à Bavai.
[62] A l'host des frontières de Flandre, du 9 mars 1339 au 1er octobre 1340, dans la bataille des maréchaux de France figurent: «Robert de Pinquigny, chev. bann., 2 chev. bach. et 12 esc.; venu de Fluy lès Pinquigny (Fluy, Somme, arr. Amiens, c. Molliens-Vidame); Regnaut et Jean de Pinquigny et 8 esc.» De Camps, portef. 83. fo 320 vo.
[63] Le personnage désigné ici par le titre de vicomte des Quesnes est Guillaume des Quesnes, vicomte de Poix, qui figure aussi avec son fils Renaud des Quesnes à l'host de Flandre de 1339 à 1340: «Guillaume des Quesnes, vicomte de Pois, chev. bann., 2 bach., 11 esc.; venu de Quesnes (auj. le Quesne, Somme, arr. Amiens, c. Hornoy). De Camps, 83, fo 337 vo.--«Regnaut des Quesnes, bach., 27 esc.» fo 323.
[64] A l'host des frontières de Flandre de 1339 à 1340, parmi les écuyers de la bataille des maréchaux de France, figure: «le Borgne de Rivery, 1 esc.; venu de Rivery près d'Amiens.» De Camps, 83, fo 327.
[65] «Pons Cornillon de la Balme fut fait chevalier _devant le Quesnoy le 7 juin_.» Ibid., fo 334.
Les Français brûlent Felaines,[66] Famars[67], Sepmeries[68], Baudignies[69], Artres[70], _Artriel_[71], Saultain[72], Curgies[73], Estreux[74], Aulnoy[75], Jenlain[76], Beauvoir[77], Rombies[78] et viennent camper sur la rivière d'Uintiel[79] (la Rhonelle), aux alentours de Querenaing[80]. Quarante hommes d'armes hainuyers des garnisons de Condé[81], de Montroeul-sur-Haine[82], de Quiévrain[83] et de Quiévrechain[84] se mettent en embuscade dans les bois de Roisin[85], mais ils n'osent attaquer les coureurs français qui chevauchent au nombre de plus de quatre cents lances. P. 13, 14 et 201.
[66] Aujourd'hui Pont-à-Felaines, lieu-dit de la commune de Famars.
[67] Nord, arr. et c. Valenciennes.
[68] Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[69] Ibid.
[70] Nord, arr. et c. Valenciennes.
[71] _Artriel_ était sans doute une dépendance d'Artre, comme Angriel est une dépendance d'Angre et Sebourquiel une dépendance de Sebourg; mais ce hameau a disparu. Un terrain vague, situé près d'Artre, s'appelle encore aujourd'hui _le Triez_; peut-être conserve-t-il le souvenir de l'Artriel de Froissart (note communiquée par M. Caffiaux).
[72] Nord, arr. et c. Valenciennes.
[73] Ibid.
[74] Ibid.
[75] Ibid.
[76] Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy.
[77] Aujourd'hui hameau de la commune de Havay, Belgique, prov. Hainaut, arr. Mons, c. Pâturages.
[78] Rombies-et-Marchipont, Nord, arr. et c. Valenciennes.
[79] Uintiel, Untiel, Ontiel, Ointiel est l'ancien nom de la rivière qui s'appelle maintenant la Rhonelle, affluent de la rive droite de l'Escaut, qui se jette dans ce fleuve à Valenciennes.
[80] Nord. arr. et c. Valenciennes, entre la Rhonelle et l'Écaillon.
[81] Nord, arr. Valenciennes, au confluent de l'Escaut et de la Hayne.
[82] Belgique, prov. Hainaut, arr. Mons, c. Boussu.
[83] Belgique, prov. Hainaut, arr. Mons, c. Dour.
[84] Nord, arr. et c. Valenciennes, sur la petite Honnelle.
[85] Belgique, prov. Hainaut, arr. Mons, c. Dour.
Le lendemain, par une belle matinée du mois de mai[86], le duc de Normandie vient camper à Famars sur une colline appelée le Mont de Castres[87]. Quelques-uns de ses gens d'armes descendent du Mont de Castres, mettent le feu à Marly[88] et aux faubourgs de la porte de Cambrai. Grand émoi à Valenciennes; on sonne les cloches et le beffroi à toute volée. La rue de Cambrai se remplit de bourgeois en armes qui veulent marcher contre l'ennemi. Henri d'Antoing, qui garde les clefs de la porte de Cambrai, et Jean de Baissi, prévôt de la ville, s'efforcent de contenir les impatients. P. 202.
[86] Les Français se mirent en marche pour attaquer Valenciennes dans les premiers jours de mai 1340. Par acte daté du 2 mai 1340, Raoul, comte d'Eu, connétable de France, mande aux bourgeois de Valenciennes qu'ils n'aient point à soutenir les Anglais ni leurs alliés contre le roi de France (Orig. parch., Archives du Nord). La principale attaque dirigée contre cette ville dut avoir lieu le 22 mai, jour où il y eut du côté des Français une promotion de chevaliers: «Loys de Tournon fait chevalier nouvel _devant Valenciennes_, le 22 mai.» De Camps, portef. 83, fo 334.
[87] Le Mont de Castres (_mons castrorum_) est le nom de la colline sur laquelle est bâti Famars. Au quatrième siècle, après la ruine de Bavai, les Romains y avaient construit une enceinte fortifiée dont quelques débris subsistent encore.
[88] Nord, arr. et c. Valenciennes.
Une troupe de coureurs français livre un assaut infructueux à la tour carrée de Maing[89], qui était alors à Jean Bernier de Valenciennes et qui fut depuis à Jean de Neuville. Ces coureurs, n'ayant pu traverser l'Escaut à Trith[90] parce que le pont a été coupé par les habitants, passent le fleuve aux Planches à Prouvy[91], mettent le feu aux maisons et aux moulins de Prouvy et de Rouvignies[92], et, après avoir refait le pont[93] de Trith, brûlent _Wercinniel_, Bourlain[94] et Infier[95], d'où les flammèches volent jusqu'à Valenciennes. P. 15, 204 et 205.
[89] Ibid.
[90] Aujourd'hui Trith-Saint-Léger, Nord, arr. et c. Valenciennes.
[91] Ibid.
[92] Ibid.
[93] Le pont jeté en cet endroit sur l'Escaut, pour relier Famars à la rive gauche du fleuve, avait donné son nom à un village aujourd'hui détruit; la tradition faisait remonter aux Romains la construction de ce pont.
[94] On appelle encore _marais de Bourlain_ un lieu-dit de la banlieue de Valenciennes, près de l'Escaut, du côté de la porte de Cambrai.
[95] Le _marais d'Infier_ figure aussi comme lieu-dit sur les relevés du cadastre; mais il est plus rapproché de Trith que Bourlain (Note de M. Caffiaux).
D'autres coureurs, ayant à leur tête trois chevaliers poitevins, Boucicaut[96], Guillaume Blondel[97] et le seigneur de Surgères[98], passent l'Escaut assez près de Valenciennes, au pont qu'on dit à la Tourelle à Goguel, brûlent Heurtebise[99], et s'avancent vers Bellaing[100] et Hérin[101]. Un certain nombre de gens d'armes de Valenciennes[102] sortent de la ville par les deux portes d'Anzin[103], la grande et la petite, et marchent à la rencontre de ces pillards. Un combat s'engage au-dessus d'une église qu'on dit de Saint-Vaast[104]. Déroute des Français. [Gui] de Surgères se sauve du côté du village de Hérin et court se jeter dans les bois d'Aubry[105], d'où, le soir venu, par le pont de Heurtebise et le pont de Trith, il regagne le camp du Mont de Castres. Boucicaut veut résister; il est fait prisonnier et amené à Valenciennes. P. 15, 16, 202 et 203, 205 et 206.
[96] Boucicaut figure sur les montres de l'host de Bouvines dans la bataille du roi parmi les bacheliers: «Pour M. Boucicaut et 3 escuiers; venu de Poitou.» De Camps, 83, fo 404 vo.
[97] Au lieu de Guillaume Blondel, le ms. de Rome mentionne Gui Poteron.
[98] Gui (et non Jacques) de Surgères figure à l'host de Bouvines dans la bataille du roi de Navarre: «Guy de Surgières, bann., 6 bach., 37 esc.» De Camps, 83, fo 335 vo.
[99] Heurtebise est indiqué sur la carte de Cassini comme un écart de Trith-Saint-Léger, près de la chaussée de Bouchain à Valenciennes.
[100] Nord, arr. et c. Valenciennes.
[101] Ibid.
[102] D'après la première et la troisième rédaction, les Valenciennois vainqueurs à Saint-Vaast étaient commandés par Gérard de Verchin, sénéchal de Hainaut.
[103] Anzin est à 2 kil. N. O. de Valenciennes, sur la route de cette ville à Lille.
[104] Aujourd'hui Saint-Vaast-là-Haut, lieu-dit de la banlieue de Valenciennes. Saint-Vaast, Beaurepaire et la Tasnerie étaient trois seigneuries dépendantes de cette ville.
[105] A la place du bois d'Aubry s'élève aujourd'hui le village appelé Petite-Forêt-de-Raismes, érigé en commune en 1801.
Le duc de Normandie, voyant que les habitants de Valenciennes ne sont pas disposés à accepter la bataille et n'espérant pas prendre leur ville d'assaut, se décide à revenir vers Cambrai. Au retour, ses gens d'armes incendient Maing, l'abbaye de Fontenelle[106], Trith, Prouvy, Rouvignies, Douchy[107], Thiant[108], Monchaux[109], et en général tout le pays qui s'étend entre Valenciennes et Cambrai. P. 17, 18, 208 et 209.
[106] Abbaye de femmes de l'ordre de Cîteaux située sur le territoire de la paroisse de Maing, près de l'ancienne route de Valenciennes à Cambrai.
[107] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain sur la Selle.
[108] Nord, arr. et c. Valenciennes.
[109] Ibid., sur l'Écaillon.