Chronique de 1831 à 1862, Tome 3 (de 4)

ici. Toute la famille Royale et plusieurs grands seigneurs du pays y

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étaient. La Princesse Albert, revenue de Silésie, s'y trouvait, vieillie, changée, et, à mon gré, tout simplement très laide; elle n'avait point l'air embarrassée. Le dîner a eu lieu dans la grande galerie, après qu'on avait été voir dîner en plein air les troupes, qui ont été constamment arrosées par une petite pluie très désagréable, qui gâtait singulièrement le coup d'œil. Après le dîner, le spectacle, puis le souper, puis le chemin de fer.

_Kœnigsbrück, 6 juillet 1843._--Je suis arrivée hier ici chez mes nièces; le château est à peu près plein, mais seulement de parenté: le comte et la comtesse de Hohenthal, Mme de Lazareff et ses trois enfants, Fanny Biron, ses deux jeunes frères Pierre et Calixte, les deux filles et le petit garçon du pauvre comte Maltzan, cousins germains de mes nièces, puis toutes sortes de gouvernantes, etc.; tout le monde paraît de bonne humeur et on m'a fort bien reçue.

_Carlsbad, 11 juillet 1843._--Dans la journée du 7, nous avons eu à Kœnigsbrück un terrible orage; grêle, trombe d'eau, inondation; un enfant du village a été noyé; tout le monde est accablé. Mon pauvre neveu Hohenthal y a perdu foins et récoltes. Je suis partie le 8 de bonne heure pour aller dîner à Pillnitz, où Leurs Majestés m'ont reçue avec bonté et grâce. Le 9, de grand matin, j'ai entendu la messe à Dresde, j'ai déjeuné et suis partie pour Téplitz. Hier, j'en suis sortie par un temps orageux; les chevaux se sont effrayés, emportés, et si, en se jetant sur un des côtés de la route, ils ne s'étaient pas embourbés dans une terre grasse et fraîchement remuée, nous étions perdus. Le moment n'a pas été agréable, car le danger était réel. Enfin, comme il est passé, il faut en rendre grâces à Dieu et n'y plus songer.

J'ai trouvé ici mes sœurs fort bonnes et fort tendres pour moi, mais la seconde est jaune, changée, infiltrée.

_Carlsbad, 13 juillet 1843._--J'ai reçu, hier, quelques visites, d'abord celle du prince Paul Esterhazy, avec lequel j'ai repassé bien des souvenirs; puis l'Ambassadeur Pahlen, qui est tout aussi ignorant de son avenir que Barante l'est du sien. Plus tard, j'ai été dîner avec mon fils chez le prince Paul Esterhazy, où se trouvaient la princesse Gabrielle Auersberg, dame des pensées de l'Empereur Alexandre pendant le congrès de Vienne, la princesse Vériand de Windisch-Graetz, une des jolies femmes de la même époque, et sa fille, puis l'Ambassadeur Pahlen, M. de Liebermann et le comte Woronzoff-Daschkoff. Après le dîner, j'ai fait quelques visites et pris le thé chez mes sœurs, où plusieurs personnes sont venues, entre autres, le comte de Brandebourg, fils du gros Guillaume et de la comtesse Doenhoff. Nous nous étions connus jadis à Berlin, et nous avons été bien aises de nous revoir.

_Carlsbad, 15 juillet 1843._--Je passe presque toutes mes journées avec mes sœurs; puis ici on vit dans la rue, on y flâne, on y dépense son argent dans les boutiques qu'on longe sans cesse. J'avais été invitée hier à un thé chez cette comtesse Strogonoff, avec laquelle j'ai dîné à Londres chez Mme de Lieven; j'y ai été pour une demi-heure; c'était un salon de Saint-Pétersbourg, dans lequel je me suis trouvée perdue. J'y ai vu le maréchal Paskewitch, qu'on nomme, je crois, prince de Varsovie; il a l'air assez peu aimable et nullement distingué.

_Breslau, 24 juillet 1843._--J'arrive et je repars, je voudrais arriver pour dîner chez mon neveu Biron à Polnisch-Wartenberg, et je n'ai pas de temps à perdre. La route de Dresde ici n'a rien de remarquable, et Breslau est une vieille ville plus sérieuse que frappante.

_Polnisch-Wartenberg, 26 juillet._--J'ai trouvé ici, avant-hier, un vrai congrès de famille, et une invitation pressante à aller dîner le lendemain chez les Radziwill. J'ai donc été hier matin, avec mon neveu, à Antonin, château de chasse des Radziwill dans le grand-duché de Posen. Le temps était hideux, et les rondins des routes polonaises fort rudes. Six chevaux, attelés à une voiture légère, nous ont menés à travers de sombres forêts, dans des sables profonds, rendus inégaux par les racines apparentes et secouantes des arbres. Le grand-duché de Posen, qui commence à deux lieues d'ici, a, en tout, un triste aspect; la population, les habitations, la culture, tout y est appauvri. J'ai été reçue avec beaucoup d'amitié chez les bons Radziwill qui habitent un singulier castel, plus original que confortable. C'est près de ce château que leurs parents sont enterrés. On m'a menée au caveau de famille, prier près du tombeau de feu leur mère, la Princesse Louise de Prusse, ma marraine, et plus que cela vraiment, une amie maternelle.

_Polnisch-Wartenberg, 27 juillet 1843._--Mon neveu m'a menée hier matin en calèche voir une partie de ses propriétés. Le reste du temps, nous l'avons passé à examiner d'anciens papiers de famille et des souvenirs de nos grands-parents qui s'y trouvent. Le prince Radziwill, en passant pour aller à ses inspections, a dîné ici.

_Günthersdorf, 29 juillet 1843._--Je suis venue de Polnisch-Wartenberg, en m'arrêtant quelques heures à Breslau, pour visiter les églises, le vieil Hôtel de Ville, quelques boutiques mieux garnies et de meilleur goût que celles de Berlin, aussi pour faire ma cour et demander la bénédiction pastorale du Prince-Évêque[105] qui m'a reçue d'une façon touchante. Mon neveu, qui m'avait accompagnée partout, m'avait laissée dans la Cathédrale, et avait été demander à l'Évêque s'il pouvait me recevoir. Il est aussitôt venu me chercher, malgré ses quatre-vingt-deux ans, m'a menée chez lui et m'a montré son palais qui est beau. Il a fallu accepter une collation. Breslau est une ville de traditions et de caractère qui m'a fort convenu.

[105] Le Prince-Évêque de Breslau était alors le vicomte Melchior de Diepenbrock (1798-1853), cardinal.

_Günthersdorf, 31 juillet 1843._--Je ne connais pas assez la princesse Belgiojoso pour savoir si je dois être flattée ou non de la comparaison que M. Cousin vous a faite[106] de mon esprit et du sien; mais ce que je sais, c'est qu'il est impossible à M. Cousin de juger le mien, vu que je n'ai jamais parlé avec lui, ni causé devant lui. Ainsi donc, ce qu'il en dit, n'est que par ouï-dire, c'est-à-dire sans connaissance de cause. En tout cas, mon érudition, qui est toute réservée dans le dix-septième siècle, baisse humblement pavillon devant une _Mère de l'Église_; je ne fais pas de livres; je suis, et je deviens, chaque jour plus ignorante, tout occupée que je suis d'intérêts matériels, et, s'il me fallait absolument faire de la pédanterie sur quelque chose, ce serait sur la législation des fiefs[107]. A propos, j'ai été effrayée ce matin par la trompette d'un postillon, qui m'a donné l'alerte d'une estafette, qu'on envoie en Allemagne pour oui ou pour non; au lieu de cela, c'était M. de Wolff arrivant avec un nouveau projet d'arrangement pour l'affaire de Sagan. Dans quinze jours, l'affaire sera, ou absolument terminée, ou absolument rompue. Voilà donc encore quinze jours d'incertitude à ajouter à tant de mois passés en suspens. Feu M. de Talleyrand, qui avait toujours raison, disait qu'il y avait encore un bien large fossé entre une affaire faite et une affaire terminée.

[106] Extrait d'une lettre.

[107] Allusion à son affaire du fief de Sagan, qui se négociait alors.

_Günthersdorf, 3 août 1843._--La mort du général Alava m'a émue, quoique cependant son individu ne fût pas placé bien haut dans mon opinion. C'est encore un débris du passé qui disparaît; puis enfin, je l'ai bien soigné à Rochecotte, et j'avais l'habitude d'entendre le bruit de sa canne sur mes parquets. La mort a quelque chose de si grave! et quand elle se met à diminuer les rangs, comme elle l'a fait autour de moi depuis quelques années, il n'y a pas moyen de ne pas beaucoup y songer, ni d'y rester insensible. Je m'en préoccupe de plus en plus, et, parfois, il me semble que je n'ai pas de temps à perdre pour ordonner ce qu'il faut pour ce grand et dernier voyage.

_Günthersdorf, 10 août 1843._--J'ai passé presque toute la journée d'hier à Wartenberg. Je veux y créer un petit hôpital, dont les préparatifs et arrangements m'intéressent beaucoup; c'est un genre de choses selon mon cœur. La soirée était superbe; je l'ai passée assise sur mon balcon, entourée de fleurs, lisant et rêvant; mais, pour que la disposition rêveuse soit douce, il faudrait n'avoir aucune préoccupation triste et pénible, sans quoi, on s'enfonce dans l'amertume.

_Günthersdorf, 16 août 1843._--Mes sœurs sont arrivées hier matin, et Louis, mon fils, hier soir. Mes nièces et leurs enfants sont ici depuis quelques jours, ainsi que le comte Schulenbourg, de sorte que ma petite maison est à peu près pleine.

_Günthersdorf, 21 août 1843._--J'ai été hier à Wartenberg, à la messe; en rentrant, j'ai trouvé M. de Wolff qui nous a conté le terrible incendie de la salle de l'Opéra à Berlin, et le danger et l'effroi qui ont régné dans le charmant palais de ma chère Princesse de Prusse[108]. Elle y était déjà souffrante, la frayeur paraît l'avoir rendue tout à fait malade. On dit que le jeune Archiduc d'Autriche, qui se trouve en ce moment à Berlin, s'est conduit à merveille dans cette circonstance[109]. Hier au soir, à l'heure du thé, la comtesse de La Roche-Aymond s'est arrêtée ici, en allant chez sa nièce Mme de Bruges, qui habite la Haute-Silésie; elle s'est même décidée à passer quelques jours avec nous. Elle est Allemande, elle a longtemps habité la France, puis elle est revenue se fixer dans sa patrie. Malgré ses soixante-treize ans, elle est gaie et vive. Elle nous a dit qu'il n'y avait rien de si scandaleux que le testament du Prince Auguste de Prusse, qui vient de mourir, à cause de l'énumération de ses maîtresses et de ses enfants naturels. Le nombre de ceux-ci a été de cent vingt, mais tous n'ont pas survécu à leur père[110].

[108] Les deux bâtiments étaient l'un vis-à-vis de l'autre, et le vent poussait les flammes du côté du palais du Prince et de la Princesse de Prusse.

[109] Il s'agit ici de l'Archiduc Étienne, fils de l'Archiduc Joseph, palatin de Hongrie, qui s'était alors arrêté à Berlin, en se rendant à Hanovre.

[110] Le Prince Auguste de Prusse, frère cadet du Prince Louis-Ferdinand tué en 1806 à Saalfeld, et fils du Prince Ferdinand, dernier frère de Frédéric le Grand, ne s'était jamais marié. Possesseur d'une fortune considérable qu'il avait su augmenter d'une façon peu scrupuleuse vis-à-vis des siens, il fit un testament par lequel il retournait à la Couronne de Prusse la partie des biens dont il ne pouvait pas disposer, et dotait du reste ses nombreux enfants naturels, enlevant ainsi à sa sœur, la princesse Radziwill, tout l'héritage qui devait lui revenir. Ce scandale amena un retentissant procès, qui fut perdu par les Radziwill et occupa beaucoup l'opinion publique à Berlin.

_Hohlstein, 6 septembre 1843._--Je suis arrivée à Hohlstein avant-hier. Malheureusement, le temps est toujours fort maussade et éprouvant. Ici, il n'y a, outre mes sœurs, que Fanny et moi. La vie y est très calme, c'est ce qui me plaît.

Hier, mes sœurs ont voulu me mener à trois lieues d'ici, à Neuland. C'est une grande propriété, avec un petit château, que l'ex-Roi des Pays-Bas a achetée, il y a dix-huit mois, du comte de Nostitz. On dit qu'il la destine à sa femme comme douaire. On y bâtit, on y dessine un jardin, on meuble, mais dans des mesures rétrécies et d'un goût mesquin. La position est médiocre, il n'y a de beau que les prairies, dont, avec du goût, on pourrait tirer parti. L'ensemble ne m'a pas plu.

_Berlin, 11 octobre 1843._--La ville de Berlin ne plaît pas à chacun; je le comprends: quoique belle, elle est monotone et trop moderne. Prague est bien plus imposant, Dresde plus animé. La vraie importance de Berlin est toute politique et militaire; aussi y a-t-on toujours l'impression d'être à l'État-Major.

M. de Humboldt est extrêmement obligeant, mais ses politesses cachent toujours un petit ingrédient malicieux, qui se mêle à tous ses empressements, et dont il est bon de se défier. C'est ainsi qu'il amuse le Roi par mille récits dans lesquels la charité n'est pas saillante.

On dit beaucoup que le coup de pistolet tiré, à Posen, sur la voiture de l'Empereur Nicolas, est une petite comédie moscovite, arrangée pour justifier de nouvelles rigueurs en Pologne, et pour avoir le droit de les provoquer, d'ici, contre le grand-duché de Posen[111].

[111] L'Empereur de Russie, après un séjour à Potsdam, faillit, en revenant dans ses États, devenir la victime d'un attentat. A son passage par Posen, le 19 septembre, le peuple était encore douloureusement ému de la mort du général de Grolman, survenue le 15 septembre à la suite d'une maladie de cœur. Très apprécié et très aimé de toutes les classes de la population, le général avait été enterré ce jour même du 19 septembre avec un grand concours de monde. On en profita, un peu plus tard, pour faire feu sur la voiture des aides de camp de l'Empereur, que l'on avait prise pour celle du Czar. On trouva plusieurs balles dans sa voiture et dans les manteaux des officiers, mais on ne put jamais réussir à éclaircir cet événement.

_Berlin, 16 octobre 1843._--J'ai, enfin, reçu hier la conclusion du traité avec mon neveu, le prince de Hohenzollern, pour la possession de Sagan, le tout signé, parafé et ratifié. Ce résultat, que je dois en grande partie à l'habileté de M. de Wolff, me fait attacher un double prix à la solution définitive de la question.

La prise de possession officielle est fixée au 1er avril, mais avec permission de surveiller les employés dès aujourd'hui. Il faut maintenant la régulariser par un pacte de famille auquel concourront tous les agnats; puis abandonner l'alleu au fief pour satisfaire la Couronne, et refaire un tout de ce qui est fractionné aujourd'hui. Cela fait, le Roi doit, en me conférant une nouvelle investiture, recevoir mon serment de vasselage.

Nous possédons ici l'agréable Balzac qui revient de Russie, dont il parle aussi mal que M. de Custine, mais il n'écrira pas un voyage _ad hoc_; il prépare seulement des _Scènes de la vie militaire_, dont plusieurs actes se passeront, je crois, en Russie. Il est lourd et commun. Je l'avais déjà vu en France; il m'avait laissé une impression désagréable qui s'est fortifiée.

Avant-hier, il y a eu dîner, spectacle et souper au Nouveau Palais. On a donné _le Rêve d'une nuit d'été_, de Shakespeare, traduit par Schlegel. Les décorations étaient fort belles. J'ai soupé à côté de l'Archiduc Albert, qui est naturel, poli, bien élevé, et qui m'a plu. Il doit épouser la Princesse Hildegarde de Bavière qu'on dit très jolie.

Je vais aller dîner à Babelsberg chez la Princesse de Prusse. Elle doit avoir la bonté de me mener le soir à Sans-Souci, où le Roi m'a dit de venir, en petit comité, entendre Mme Viardot-Garcia.

_Berlin, 18 octobre 1843._--Le petit concert à Sans-Souci a été fort agréable. Mme Viardot a très bien chanté, et, malgré sa laideur, elle a été entraînante. Elle vient de partir pour Saint-Pétersbourg.

J'ai appris au Roi la conclusion du traité entre mon neveu et moi. A cette occasion, il a été parfait pour moi; il m'a paru revenu de toutes ses préventions en faveur de la branche aînée de ma famille[112] et j'ai été vraiment touchée de sa bonté. J'ai eu, hier, une longue conférence avec le prince de Wittgenstein qui, en sa qualité de chef du Ministère de la maison du Roi, a sous sa direction toutes les questions des fiefs de la Couronne.

[112] Les Hohenzollern-Hechingen.

_Sagan, 28 octobre 1843._--La duchesse Mathieu de Montmorency se plaint, dans les lettres qu'elle m'écrit, d'un catarrhe obstiné; je serais très peinée si elle venait à mourir, je perdrais en elle une amie chrétienne; elle et Mgr de Quélen m'ont appris que c'étaient les seules amitiés toujours égales, toujours indulgentes, et dans lesquelles l'amour-propre n'a aucun enjeu, car elles aiment, non seulement pour le temps, mais aussi pour l'éternité. J'ai aussi reçu aujourd'hui une lettre de M. Royer-Collard, dont l'écriture est bien changée. Je me sens menacée dans mes vrais amis. Je suis, depuis la mort de M. de Talleyrand, terriblement éprouvée dans ce genre.

Sagan, que j'étudie à fond, est une ville de sept mille âmes, avec six églises, dont cinq catholiques, toutes intéressantes. Il y a aussi, dans la ville, plusieurs fondations de charité qui datent des différents Ducs; il y en a qui remontent à six cents ans, et qui ont été dotées par les Ducs de la maison des Piast[113]. Il est touchant de voir ces œuvres subsister encore, quand tous les monuments dus à l'esprit purement humain se détruisent si rapidement. On me reçoit ici avec un grand empressement; depuis quatre ans, tout y était dans un état d'abandon cruel, et même depuis plus longtemps, car ma sœur avait tout quitté pour l'Italie et ne s'intéressait en rien à ses propriétés.

[113] Dynastie polonaise, issue de Piast, et qui régna de 842 à 1370. Une branche des Piast conserva le duché de Silésie jusqu'en 1675.

_Vienne, 14 novembre 1843._--Je suis depuis quelques jours ici. J'ai eu avant-hier l'honneur de faire ma cour à l'Archiduchesse Sophie, que j'avais connue avant son mariage. Elle m'a reçue à merveille. Il est impossible d'être plus gracieuse, plus aimable, plus animée, facile et spirituelle de toutes manières. Elle m'a beaucoup questionnée sur notre Famille Royale, et en a parlé dans des termes très convenables, avec beaucoup de mesure et de bienveillance. J'ai été charmée de cet entretien.

_Vienne, 24 novembre 1843._--On mène ici une vie bien autrement calme qu'à Berlin. La Cour ne s'aperçoit pas; l'élégance est encore à chasser dans les châteaux; les réunions ne commencent pas avant le Jour de l'An. J'ai été quatre fois au spectacle, qui finit à neuf heures et demie, et trois fois faire la partie du prince de Metternich, qui dure, à la vérité, jusque vers minuit, mais où il n'y a que cinq ou six habitués, et aussi chez Louise Schœnburg, dont quelques personnes entourent également la chaise longue de neuf heures à onze heures. Medem, M. de Flahaut, Paul et Maurice Esterhazy, le maréchal Marmont viennent souvent chez moi à la fin de la matinée.

1844

_Vienne, 4 janvier 1844._--J'entre dans les paquets, les adieux, les mille petits arrangements qui précèdent un départ. Je quitterai Vienne fort satisfaite du séjour que j'y ai fait, et très reconnaissante de l'extrême bienveillance et obligeance que chacun m'y a témoignée.

_Sagan, 24 janvier 1844._--Avant-hier, j'ai été à la chasse, en traîneau; on a tué deux cent quatre-vingts pièces de gibier. Hier, j'ai visité une très belle maison de détention centrale pour cette partie de la Silésie. Elle est dans Sagan même et occupe la maison qui était autrefois un couvent de Jésuites. C'est un bel établissement, chrétiennement dirigé par le baron de Stanger, veuf, qui dans sa douleur d'avoir perdu sa femme qu'il adorait, s'est voué, par sentiment religieux, à cette œuvre de régénération. L'ecclésiastique qui le seconde est un Juif baptisé, une espèce d'abbé de Ratisbonne, très zélé, tout en Dieu, une nature de missionnaire. Les résultats obtenus jusqu'à présent sont très consolants.

Ma vie ici est simple, tranquille, et je l'espère utile. Avec cela, de bonnes nouvelles de ceux auxquels je suis sincèrement attachée, et pas plus de misères physiques que ce que je puis supporter. Se sentir inutile, n'avoir aucun but sérieux, ou bien être paralysé par des souffrances physiques trop intenses, voilà les seules conditions dont il est permis, je crois, de se plaindre à Dieu. Je ne parle pas de la douleur de survivre à ceux qu'on aime tout à fait, car c'est là, avant tout, _le sensible_: expression admirable de Mme de Maintenon. D'ailleurs, dans l'emploi soutenu de l'activité appliquée au soulagement des autres, ou à l'avantage de sa famille, on trouve de puissantes consolations.

_Berlin, 23 février 1844._--La secte des Piétistes, vrai fléau de la Prusse, fait ici plus de mal que n'en feraient des impies. Il est incontestable que la Prusse, comme tout le reste de l'Europe, est travaillée par des éléments révolutionnaires, et que la Silésie l'est, en particulier, par des agitations religieuses, résultant d'une population mixte; hostilité, rivalité que les Piétistes fomentent d'une façon bien peu chrétienne.

J'ai revu la Princesse Albert de Prusse, qui a meilleur visage depuis son voyage d'Italie. J'ai été surprise de son air aisé et gaillard dans une position d'autant plus difficile que la mort de son père lui a enlevé son plus ferme appui.

On me mande de Vienne que Mme de Flahaut se met à protéger les jeunes Hongrois qui font du train à la diète de Presbourg, qu'elle loue leurs discours d'opposition, qu'elle les encourage à venir la voir. A Vienne, on n'en est encore qu'à la surprise, mais cela n'en restera pas là. Vraiment, cette femme n'a pas une fibre diplomatique dans toute sa sèche organisation.

_Berlin, 19 mars 1844._--Nous avons eu ici pour tous les Mecklembourg, Nassau et le Grand-Duc héréditaire de Russie, une petite recrudescence carnavalesque qui m'a fait veiller, étouffer, et dont je me sens un peu fatiguée. Le Duc de Nassau a la plus triste mine du monde, et je le crois, à tous égards, désagréable; il a l'air d'un chirurgien de régiment. La jeune Duchesse a une taille, des bras, un teint admirables, mais elle est rousse et a le gros visage bouffi d'un maillot. Elle est simple et très bonne personne. Le Grand-Duc héréditaire de Russie s'est fortifié sans s'embellir. La Princesse Auguste de Cambridge, qui a épousé le Prince héréditaire de Mecklembourg-Strelitz, est une parfaite représentation de ce que devait être, à son âge, sa tante, la Landgravine de Hesse-Hombourg. On prendra ici, dans quelques jours, le deuil du Roi de Suède, qui est décidément mort.

_Berlin, 24 mars 1844._--Je savais ce que vous me mandez[114] sur la justice que Charles X a toujours rendue à M. de Talleyrand, à l'occasion de la scène qui s'est passée entre eux dans la nuit du 16 au 17 juillet 1789. Le Roi s'en était exprimé à la vieille duchesse de Luynes, et j'étais chez mon oncle lorsqu'elle est venue lui rapporter les paroles de Charles X. J'ai tellement cessé mes relations avec M. de Vitrolles, depuis 1830, que je ne saurais comment m'y prendre pour lui demander d'attester les faits relatifs à cette scène, et qu'il raconte comme les tenant de la bouche même de Charles X[115].

[114] Extrait d'une lettre.

[115] Les _Mémoires_ du prince de Talleyrand contiennent le récit de cette scène à laquelle la _Chronique_ fait allusion. Le lecteur trouvera, aux Pièces justificatives de ce volume, cette relation, dont la véracité est attestée par M. de Vitrolles lui-même, telle qu'elle se trouve dans l'_Appendice_ du deuxième volume des _Mémoires_ de M. de Talleyrand.

_Berlin, 30 mars 1844._--Je suis dans les audiences de congé, les préparatifs et les ennuis de mon départ. Je passerai la plus grande partie du mois d'avril à Sagan, j'en repartirai vers le 20 pour Paris, où je veux assister aux couches de ma fille. J'irai faire ensuite une course de quelques jours à Rochecotte, puis je reviendrai en Allemagne à la fin du mois de juin.

Passablement occupée ces derniers temps, j'ai dû laisser sans réponse plusieurs lettres. Les grandes distances permettent de ces grands partis que plus de voisinage rendrait difficiles. Feu M. de Talleyrand faisait, avec raison, le plus grand cas de ce système. Il me reprochait, comme un manque d'habileté, de tout relever, de répondre à tout, d'argumenter, de discuter sur tout, de ne pas assez glisser sur les difficultés, de trop m'apercevoir des indiscrétions et des exigences. Je lui répliquais que, dans sa position et à son âge, de certains silences, qui devenaient des avertissements ou des leçons, étaient acceptés, mais que j'étais encore trop jeune et pas assez indépendante pour me donner de telles habitudes. J'avais raison alors, mais comme la jeunesse est un défaut dont on se corrige chaque jour, malgré soi, je trouve, depuis quelque temps, le moment tout arrivé pour traiter comme non avenu ce qui me blesse ou m'impatiente.

Ici se trouve une interruption de trois années consécutives dans la _Chronique_. La duchesse de Talleyrand partit pour la France au mois d'avril 1844, afin d'y soigner la marquise de Castellane au moment de la naissance de son fils; elle ne fut pas contente de ce voyage, ayant trouvé des difficultés auprès des agnats français pour obtenir leur consentement à l'érection du fief de Sagan en faveur de son fils aîné. M. de Bacourt n'ayant pas approuvé non plus ce projet d'établissement en Allemagne, il en résulta un refroidissement dans la correspondance qui alimente cette _Chronique_. Celle-ci ne reprit vraiment qu'à la fin de 1847, après le don de Rochecotte à la marquise de Castellane, ainsi qu'à la mort de son gendre le marquis de Castellane, qui fit de nouveau accourir en France la duchesse de Talleyrand.

1847

_Sagan, 12 décembre 1847._--Je suis charmée de savoir que votre nomination à l'ambassade de Turin est chose décidée, puisque cela vous convient[116]. On me mande, de Berlin, que l'Empereur Nicolas en veut à Paul Medem d'avoir quitté son poste sans congé, et qu'en conséquence il n'est pas traité comme il a le droit et l'habitude de l'être. Le comte de Nesselrode et ses nombreux amis ne s'épargnent pas pour dissiper ce nuage et on ne doute pas qu'ils n'y réussissent. A Berlin, on ne songe qu'à la Suisse, dont le passé fait honte, dont le présent inquiète, dont l'avenir menace, et notamment le midi de l'Allemagne[117]. M. Guizot, cependant, paraît aller courageusement de l'avant, avec ou sans l'Angleterre, et, à Berlin, on se montre très satisfait de sa franchise et de sa décision. Cette phrase me vient de haut lieu.

[116] Extrait d'une lettre à M. de Bacourt.

[117] Après la chute de l'Empire, le comté de Neuchâtel, qui avait appartenu à la Prusse depuis Frédéric II, entra dans la Confédération suisse, dont il forma le vingt et unième canton, tout en restant sous la suzeraineté de la Prusse. Cette double position amena une série de conflits et de troubles. En 1847, Neuchâtel ayant refusé de prendre part à la guerre contre le _Sonderbund_, fut condamné à payer à la Confédération une indemnité de près d'un demi-million.

_Sagan, 18 décembre 1847._--J'entends dire, de bonne source, que la fermentation des petits États, en Suisse, est extrême, surtout parmi les paysans, et que le poids des contributions dont on frappe les malheureuses victimes du _Sonderbund_ les poussera probablement à un soulèvement en masse. Colloredo et Radowitz devaient quitter Vienne aujourd'hui, pour se rendre au Congrès qui doit traiter les affaires de la Suisse[118].

[118] Des tentatives anti-libérales s'étaient succédé en 1839-1840, dans les cantons suisses du Tessin, de l'Argovie, du Valais et de Vaud. Le Grand-Conseil décréta la suppression des couvents. Les cantons catholiques protestèrent et formèrent entre eux une ligue, appelée _Sonderbund_, pour la défense de leurs droits. Le parti radical vit là une violation de la Constitution et déclara la guerre au _Sonderbund_, qui fut vaincu dans une bataille acharnée, livrée sur les frontières du canton de Lucerne.

J'ai eu, hier, la visite du prince et de la princesse Carolath. Je les avais vus à Londres, en 1830, où le prince Carolath avait été envoyé par le Roi de Prusse pour complimenter Guillaume IV à son avènement. Le prince Carolath est, par sa mère, cousin germain de la Reine douairière d'Angleterre[119]. La Princesse est née comtesse Pappenheim, elle est petite-fille du chancelier Hardenberg; sa mère, divorcée du comte Pappenheim, a épousé le prince Pückler-Muskau. Elle est très bonne, et très charitable pour les pauvres; elle fait des vers charmants, lit beaucoup, parle plusieurs langues.

[119] La mère du prince Henri Carolath-Beuthen était née duchesse Amélie de Saxe-Meiningen, et était la tante de la Reine Adélaïde d'Angleterre.

_Sagan, 24 décembre 1847._--Voilà l'Impératrice Marie-Louise morte, et cet événement qui, il y a un an, aurait été à peine remarqué, jette aujourd'hui une complication de plus dans le Nord de l'Italie, dont assurément ce terrain, miné de toutes parts, n'a pas besoin. On dit que les Parmesans tremblent de tomber sous le gouvernement de ce misérable Duc de Lucques, et que les esprits sont prêts à la révolte[120]. Le Grand-Duc de Toscane, débordé par le mouvement libéral, inquiète et mécontente la Cour de Vienne. On dit que le Saint-Siège est au même point que la Toscane. Il me paraît impossible que le Piémont ne participe pas à toute cette fermentation, et c'est là, de toute _la botte_, ce qui me préoccupe le plus. Il paraît qu'il y a beaucoup d'assassinats en Italie; je sais bien que les membres du Corps diplomatique sont moins exposés, mais les crimes près de soi, lors même qu'on n'en est pas l'objet, rendent la vie difficile et triste. A Vienne, on dit la société agitée, hargneuse, querelleuse, duelliste. Plusieurs motifs l'ont faite ainsi; d'abord et avant tout, la Diète singulièrement tumultueuse de la Hongrie, où la jeune noblesse libéralement sauvage s'exerce pendant la semaine pour revenir le samedi, de Presbourg, passer le dimanche à Vienne, et y vociférer dans le Casino-noble, en attendant qu'on établisse des clubs. Le parti anti-Metternich (je parle des conservateurs, dont une partie considérable lui est fort opposée) trouve la conduite de l'Autriche dans les affaires de Suisse déplorable[121]. On dit tout haut que le prince de Metternich s'est laissé jouer par lord Palmerston, et qu'il aurait dû faire, non pas des notes habiles, mais des démonstrations armées, que si l'esprit lui reste pour les premières, l'énergie lui manque pour les secondes. On m'assure donc que l'hiver sera difficile à Vienne, et que déjà il y a eu des scènes vives et désagréables. Il n'y a que Mme de Colloredo qui soit de bonne humeur, resplendissante des pierreries magnifiques que lui a données le nouvel époux, coiffée et ajustée avec jeunesse et coquetterie, en rose, avec des roses dans les cheveux, enfin quinze ans, fort indifférente aux moqueries dont elle sait être l'objet, et aidée à les bien supporter par les empressements du comte de Colloredo qui paraît amoureux et satisfait. Je répète les commérages viennois que mon beau-frère m'a apportés hier...

[120] A la mort de l'Impératrice Marie-Louise, en vertu de l'arrangement pris à Paris en 1817, Charles-Louis de Bourbon, duc de Lucques, prit possession des duchés de Parme et de Plaisance; celui de Guastalla passa au duc de Modène, et il céda le duché de Lucques au grand-duc de Toscane. En 1848 d'ailleurs, le nouveau duc de Parme abdiqua en faveur de son fils Charles III, qui avait épousé Mademoiselle, fille du duc de Berry.

[121] Pendant tout le temps que dura la lutte en Suisse, les Puissances n'avaient cessé d'envoyer des sommations au parti radical. La France, surtout, menaçait d'intervenir par les armes, mais les événements de 1848 écartèrent toute intervention.

_Sagan, 28 décembre 1847._--Je crains que l'Italie ne soit hérissée de difficultés intérieures et diplomatiques. On assure que le Duc de Lucques n'usera pas de ses droits sur Parme, et qu'il les abandonnera à son fils. Celui-ci a fait de telles sottises et de telles bévues en Angleterre, que la Reine Victoria a fait dire à l'Ambassadeur d'Autriche qu'Elle le priait d'engager le Prince de Lucques à quitter promptement l'Angleterre, sans quoi elle se verrait obligée à l'y engager directement. C'est bien triste pour Mlle de Rosny, sa femme[122], qu'on dit charmante et distinguée.

[122] Mademoiselle, fille du Duc de Berry.

M. de Radowitz est un homme d'esprit et d'instruction, fort infatué de lui-même et grand parleur, à la tête du parti catholique _mystique_ en Prusse, et comme tel, fort avant dans les bonnes grâces et la confiance du Roi.

Barante m'écrit, de Paris, de façon à me confirmer que les relations entre la Russie et la France ne sont pas aussi près de se renouer qu'on le disait. Lui-même me paraît plutôt viser à la succession du duc de Broglie comme ambassadeur à Londres, qu'à celle de Bresson à Naples.

1848

_Sagan, 4 janvier 1848._--Je suis tout à fait bouleversée de la mort de Madame Adélaïde[123]. C'est un malheur pour les pauvres, pour le Roi, pour mes enfants. C'est, pour moi, perdre la personne qui regrettait chaque jour M. de Talleyrand, que j'ai tant de motifs de pleurer constamment. Cette triste année 1847 a fini, ainsi, par un coup de foudre, et je comprends parfaitement que les amis particuliers du Roi commencent l'année 1848 sous de tristes augures. L'horizon politique me semble fort sombre. Je ne prétends pas que le tour du Nord ne viendra pas, mais, pour l'instant, c'est le Midi qui bien décidément est en fièvre chaude.

[123] Madame Adélaïde était morte presque subitement le 31 décembre 1847.

_Sagan, 6 janvier 1848._--Il y a du vrai dans ce que Mme de Lieven dit de Humboldt. Je ne prétends pas qu'il soit absolument _radical_, mais il est fort _avant_ dans le libéralisme, et à Berlin il passe pour pousser Mme la Princesse de Prusse dans la route qu'elle ne suit pas toujours avec assez de prudence. Du reste, Humboldt a trop d'esprit pour se compromettre et il reste dans une certaine mesure ostensible, mais au fond il est un dernier reste de ce que le dix-huitième siècle a renfermé d'éléments dissolvants.

Je connais assez le Roi Louis-Philippe pour être convaincue de son courage et de sa présence d'esprit; aussi, en voyant dans la gazette la soumission d'Abd-el-Kader, je me suis dit tout de suite que le Roi y trouverait un spécifique certain contre sa douleur[124]. Cependant son lien avec sa sœur était de telle sorte que ce n'est peut-être pas dans le premier moment qu'il sentira le plus cette perte, mais à mesure que la vie reprendra son cours accoutumé, et qu'aux heures qu'il passait chez elle, qu'aux occasions, sans cesse renaissantes, où il avait quelque chose à lui confier, elle ne sera plus là pour tout écouter, tout recevoir, tout partager; c'est alors que l'isolement se fera sentir et que la tristesse arrivera. La Reine est, sans doute, tout aussi fidèle, tout aussi dévouée, mais elle est en partie envahie par la maternité; puis, son esprit n'est pas dans les mêmes directions; elle n'est pas toujours dans ce Cabinet, à attendre chaque minute du plaisir royal; ses directions religieuses vont au delà de celles du Roi; bref, c'est beaucoup, mais ce n'est pas tout. Du reste, il vaut bien mieux que le Roi survive à sa sœur, que si cela avait été le contraire, car, j'en suis persuadée, Mademoiselle aurait été tuée du coup.

[124] Malgré la victoire du général Bugeaud à Isly, Abd-el-Kader avait trouvé dans l'énergie de son caractère la force de lutter encore en Algérie; mais après avoir vu périr dans une dernière affaire ses plus dévoués partisans, il dut se rendre en 1847 au général de Lamoricière. Abd-el-Kader fut détenu prisonnier en France jusqu'à la proclamation de l'Empire. Après que Napoléon III lui eut rendu la liberté, il vécut en Syrie, en ami fidèle et dévoué de la France.

_Sagan, 10 janvier 1848._--Si je n'ai plus de sécurité quand je me porte bien, il ne faut pas croire que j'aie une grande terreur de cette mort subite, dont à la vérité je ne prévois pas le moment, mais sur le fait de laquelle je n'ai aucun doute. Je n'ai pas envie de mourir, mais je n'ai pas plaisir à vivre. N'ai-je pas démesurément rempli ma vie? et toutes mes tâches ne sont-elles pas accomplies? Le reste ne me touche plus guère; ce n'est plus que du remplissage, cela ne vaut pas la peine des petits efforts journaliers que cela coûte. Pourtant, je ne me laisse pas aller à des idées noires; mon compte est fait, mon parti pris, je ne m'en attriste pas, et tant que je vivrai mon activité vivra en moi. Ce à quoi je ne pourrai jamais me résigner, c'est à me sentir inutile, et j'espère que Dieu me fera la grâce de me laisser, jusqu'au dernier moment, intelligente des besoins de ceux qui m'entourent. Si je n'aimais pas les pauvres, je me croirais bien plus misérable qu'eux; heureusement que je me sens chaque jour plus tendre pour eux et qu'ils me tiennent lieu de beaucoup.

_Sagan, 12 janvier 1848._--On me mande qu'à la cérémonie de l'enterrement de Madame Adélaïde à Dreux, le Roi a été accablé et désolé. Je crains bien pour lui cette année 1848.

Il paraît que c'est le Duc de Montpensier qui est chargé du dépouillement des papiers particuliers de sa tante.

_Sagan, 18 janvier 1848._--Je lis avec soin les débats des Chambres françaises; j'ai été enchantée des réponses nobles du Chancelier[125], et fines de M. de Barante, à ce M. d'Alton-Shée qui pousse l'inconvenance par trop loin[126]. L'aspect général me paraît sombre, et je ne sache pas un point de l'horizon sur lequel jeter les yeux avec satisfaction.

[125] Le duc Pasquier.

[126] Dans la séance du 10 janvier à la Chambre des Pairs, M. de Barante, rapporteur de la Commission, avait donné lecture du projet d'Adresse en réponse au discours du Trône. Ce projet fut vivement attaqué par le comte d'Alton-Shée, qui, des rangs du parti dynastique, s'était jeté tout à coup dans l'opposition, dès le début de l'agitation réformiste précédant la Révolution de février 1848. N'hésitant pas à manifester à la tribune même de la Chambre haute des opinions nettement révolutionnaires, le comte d'Alton-Shée lança, dans cette séance, toutes les foudres de son éloquence contre la politique extérieure de M. Guizot, entassant les unes sur les autres, sans aucun ménagement, les questions portugaise, suisse et italienne.

_Sagan, 20 janvier 1848._--J'ai lu attentivement les discours de l'Adresse à la Chambre des Pairs, et j'ai été ravie du discours clair, noble, du duc de Broglie; je l'ai été _aux larmes_ par l'éclatant discours de M. de Montalembert sur les affaires de Suisse, si plein d'une sincère émotion, si habile, si riche, si abondant, et enfin mettant bel et bon cet abominable lord Palmerston en jeu[127]. Je ne sais pourquoi on est, partout encore, si plein de ménagements pour cet intermédiaire, qui est la véritable malédiction du siècle. Il me semble bien évident que M. Guizot, dans l'affaire de Suisse, s'est laissé duper par lui; à sa place, j'aurais été mieux inspirée, et je ne conçois pas qu'après de si nombreuses expériences, on puisse encore cesser de se méfier de lui[128].

[127] Dans la séance du 14 janvier, la Chambre des Pairs ayant repris la suite de la délibération sur le septième paragraphe de l'Adresse relatif à la Suisse, M. de Montalembert y obtint un de ses plus beaux triomphes oratoires en flétrissant, dans les termes les plus nobles, les nombreuses iniquités et les abus barbares de la tyrannie révolutionnaire dont la Suisse donnait le douloureux et amer spectacle.

[128] La politique de lord Palmerston, qui, depuis 1846, avait repris la direction des Affaires étrangères, avait de nouveau un caractère révolutionnaire. On le vit, notamment, dans l'affaire du _Sonderbund_, soutenir Ochsenbein et Dufour contre les Puissances catholiques. Il joua M. Guizot, qui négociait encore afin de susciter une intervention armée avec la Prusse et l'Autriche, et de contrarier la politique anglaise, alors que la soumission des sept Cantons était déjà un fait accompli.

_Sagan, 26 janvier._--C'est donc aujourd'hui que vous quittez Paris pour vous lancer dans une nouvelle phase de votre destinée[129]. Je voudrais que les dernières nouvelles que vous recevrez de Turin fussent satisfaisantes, mais c'est difficile à croire. L'important, c'est que la santé du Roi de Sardaigne se rétablisse et s'affermisse. Il paraît que c'est un Prince éclairé, habile, qui mesure bien les nécessités de l'époque, sans leur faire des concessions exagérées. Je lui souhaite, pour vous en particulier et l'Italie en général, une longue et glorieuse existence.

[129] Extrait d'une lettre adressée à M. de Bacourt qui venait d'être nommé Ministre de France à Turin.

J'ai une longue lettre de ma fille Pauline, toute pleine de regrets sur votre prochain départ, elle le compte comme une rude épreuve de plus.

Il arrive la nouvelle de la mort du Roi de Danemark. Cela va jeter le Nord dans de nouvelles complications[130]. Il est dit que l'Europe n'échappera à aucune. Le Roi de Danemark était un Prince instruit, éclairé, et qui avait bon renom. J'ai eu l'honneur de le voir, et de connaître assez particulièrement la Reine, qui est une sainte[131]. Sa mère et la mienne étaient amies intimes, et j'ai retrouvé, dans les papiers de ma mère, des lettres de la Duchesse d'Augustenburg.

[130] Le Roi Christian VIII de Danemark, qui s'était trouvé subitement malade le 6 janvier 1848, mourut le 20 du même mois. Son fils, issu d'un premier mariage, Frédéric VII, lui succéda.

[131] Née princesse de Schleswig-Holstein.

_Sagan, 29 janvier 1848._--Nous avons eu ici un météore remarquable. Pendant vingt minutes, une colonne de feu a relié, pour ainsi dire, le ciel à la terre. Le soleil était pour l'œil au tiers du ciel, et de la partie inférieure de son disque partait cette colonne lumineuse qui semblait, à l'horizon, peser sur la terre[132]. C'était un beau et imposant spectacle. Il y a quelques siècles, les astrologues en auraient tiré force horoscopes. Je tire les miens des journaux, et, par conséquent, je n'ose espérer que cette colonne de feu nous annonce rien de bon.

[132] Le même météore avait été vu en France, quelques jours auparavant, au-dessus de Doullens. Une gerbe de rayons lumineux s'était étendue horizontalement du Nord au Sud, avec une légère détonation, semblable à celle que produirait une fusée artificielle.

_Sagan, 10 février 1848._--Le 5 de ce mois, j'ai été bien agréablement surprise par l'arrivée du Prince-Évêque de Breslau[133]. Malgré la mauvaise saison et sa mauvaise santé, il a voulu me souhaiter ma fête, et, au jour de Sainte-Dorothée, dire lui-même la messe ici. Il était accompagné de plusieurs ecclésiastiques et des principaux seigneurs catholiques de la province. Le Prince-Évêque a porté ma santé, à dîner, en la faisant précéder d'un discours charmant, rappelant la signification du nom de Dorothée et des armes de Sagan[134] qu'il a bien voulu nommer des _armes parlantes_; il tremblait d'émotion, et quelques gouttes du vin contenu dans le verre qu'il tenait se sont échappées, il a alors fini en me disant: «Quand le cœur parle, la main tremble.»

[133] Le Cardinal Diepenbrock.

[134] Les armes de Sagan forment ange sur fond d'or.

Le typhus qui ravage la Haute-Silésie menace de se montrer ici, où cependant nous espérons qu'il sera moins meurtrier que de l'autre côté de Breslau; l'excès de la misère et de la faim ayant été plus efficacement combattu ici que dans les autres parties de la province. En Haute-Silésie les ravages sont hideux; les médecins y ont succombé, et sans les Frères de la Charité que le Prince-Évêque y a expédiés, les secours seraient nuls. Il y a quatre mille orphelins qui errent à l'aventure. Mgr Diepenbrock, à l'exemple de Mgr de Quélen après les ravages du choléra en 1833, va leur ouvrir un lieu de refuge, auquel les catholiques de la province vont porter leur attention et leur zèle. Ce plan s'est élaboré ici.

_Weimar, 18 février 1848._--Il y a ici fête sur fête, pour le jour de naissance de Mme la Grande-Duchesse régnante. Avant-hier, on a très bien exécuté un opéra qui fait grand bruit en Allemagne, _Martha_, par le compositeur Flotow. Le libretto et la musique sont fort agréables. Liszt dirigeait l'orchestre admirablement. Il est maître de chapelle de la cour de Weimar, avec un congé fixe de neuf mois de l'année. Il en a profité dernièrement pour aller à Constantinople et à Odessa, où il a fait beaucoup d'argent. Ce soir, il doit jouer en petit comité chez Mme la Grande-Duchesse, à la suite d'une lecture que doit faire le prince Pückler-Muskau sur son séjour chez Méhémed-Ali. Il y aura avant un petit dîner à la jeune Cour du Prince héréditaire. On tâche de maintenir ici le feu sacré des arts et de la littérature, qui, depuis soixante ans et plus, a fait surnommer Weimar _l'Athènes de l'Allemagne_. Mme la Grande-Duchesse, pour perpétuer la tradition, a consacré un certain nombre de salles du château au souvenir des poètes, philosophes et artistes qui ont illustré le pays; des peintures à fresques y rappellent les sujets divers de leurs œuvres; des bustes, portraits, vues de scènes historiques, de sites curieux, des meubles de différentes époques garnissent ces pièces. La fortune particulière de Mme la Grande-Duchesse est considérable; elle l'emploie très noblement à des établissements de charité et à l'ornement de ses résidences. La Cour de Weimar a été, depuis cent ans, remarquablement bien partagée en Princesses. La grand'mère du Grand-Duc actuel était la protectrice de Schiller, de Gœthe, de Wieland; c'est elle qui a fait fleurir, sous son aile protectrice, la littérature classique de l'Allemagne. Sa belle-fille, mère du présent Grand-Duc, a été la seule princesse d'Allemagne qui en ait imposé à Napoléon; elle a sauvé au Duc son époux sa souveraineté par son courage et sa fermeté. M. de Talleyrand racontait souvent, avec plaisir, les scènes où cette Princesse s'est trouvée en regard du conquérant. La belle-fille de la Grande-Duchesse actuelle, la princesse des Pays-Bas, a aussi de l'esprit, de l'instruction, un son de voix ravissant, un grand savoir-vivre et une simplicité qui ajoute un grand prix à ses mérites. Elle sera digne, tout l'annonce, de continuer la tradition des Princesses remarquables de la Cour de Weimar. On peut presque mettre Mme la Duchesse d'Orléans du nombre des Princesses de Weimar, puisque sa mère était sœur du Grand-Duc régnant.

_Berlin, 28 février 1848._--Avant-hier, j'étais loin de penser tout ce que cet intervalle de quarante-huit heures amènerait de changements dans la face des choses. Le télégraphe a successivement, mais sans détails, apporté une série de faits dont aucun cependant n'avait préparé au coup de foudre de l'abdication de Louis-Philippe et de la Régence de Mme la Duchesse d'Orléans[135]. Nous ne connaissons ni les motifs, ni les nécessités; nous ne savons ce qu'il faut rapporter à la prudence ou à la faiblesse; mais sans s'arrêter à l'historique de la chose, que nous apprendrons plus tard, le gros fait est assez écrasant pour jeter dans une consternation qui, ici, est générale, et qui, du premier au dernier, est égale chez tous. Les réflexions se pressent dans la pensée, elles sont les mêmes pour chacun; il n'y a pas deux manières d'envisager la question et ses résultats probables. Ils refléteront, non seulement sur tous les gouvernements, mais encore sur toutes les existences privées. Mme la Princesse de Prusse en est atterrée, par suite de la sympathie vive qui l'unit à sa cousine. Elle croit que ma présence peut l'aider à porter le poids de son anxiété, il s'ensuit que je passe bien des heures auprès d'elle à supputer tous ces horribles événements, et à nous désoler de l'obscurité qui règne encore sur la majeure partie de ce drame ou plutôt de cette tragédie. Ces tristes échos retentiront plus promptement et plus activement en Italie que partout ailleurs; le reste de l'Europe viendra après, car le répit qui lui est accordé pour le moment ne saurait être long. Le fait est qu'il est impossible de mesurer le coin d'Europe où on peut solidement compter sur un repos durable. L'Amérique même ne me paraît point à l'abri des dissolvants. C'est la condition générale du siècle, et il faut savoir la subir là où la Providence nous a naturellement placés. Je la bénis, cependant, d'avoir porté Pauline à quitter Paris le 23 février pour se rendre à la _Délivrande_[136]. Je blâmais cette course dans une saison si froide; je suis tentée maintenant d'y voir un fait providentiel. Les nerfs déjà si ébranlés de cette pauvre enfant auraient trop été éprouvés par l'aspect et le bruit de cette ville en tumulte.

[135] Le Roi Louis-Philippe, qui s'était décidé trop tard à la réforme électorale et à la retraite de ses Ministres, fut surpris par le massacre du boulevard des Capucines, le 23 février. Le 24, tout Paris était debout, la révolution était triomphante, le Roi se résigna à abdiquer. Il quitta les Tuileries et se réfugia d'abord au château d'Eu, emportant avec lui l'illusion que son petit-fils, le Comte de Paris, pourrait lui succéder; mais, le 25, il apprit la proclamation de la République et fut forcé de s'expatrier en Angleterre.

[136] La marquise de Castellane s'était rendue, avec ses enfants, à la Délivrande, village près de Caen, qui doit son origine à un célèbre pèlerinage de la Sainte Vierge. Mgr de Quélen y avait adressé d'ardentes prières pour obtenir à M. de Talleyrand de finir chrétiennement.

La pauvre Madame Adélaïde est morte à temps et Dieu a récompensé sa tendresse fraternelle en lui évitant cette amère douleur! Et M. de Talleyrand! Je ne dis pas la même chose pour Mgr le Duc d'Orléans, qui, vivant, aurait donné une tout autre direction à ces terribles journées.

La Russie commence à se remuer beaucoup, mais il est vrai de dire que la santé de l'Empereur Nicolas est très mauvaise; il a une éruption à l'articulation des genoux qui lui rend difficile de marcher; de là, manque d'exercice, ce qui augmente l'état hépatique dont il est atteint, bref, on n'est pas sans anxiété.

_Berlin, 2 mars 1848._--Depuis le 28 février, les plus effrayantes nouvelles se sont succédé d'heure en heure, avec une fâcheuse rapidité. Il en circule, aujourd'hui, qui semblent indiquer un mouvement contre-révolutionnaire à Paris; j'avoue que je n'y crois pas. Mes dernières nouvelles directes sont du 24, écrites pendant le quart d'heure qu'a duré la Régence de Mme la Duchesse d'Orléans. Il est arrivé quelques lettres de même date à Berlin, et le _Moniteur_ du 25, rien de plus; le tout sans délais; aussi faut-il s'abstenir de juger les choses et les personnes qui ont figuré dans cette tragédie, jusqu'à ce que l'on connaisse l'enchaînement des faits qui a fait céder le Roi, et qui a comme paralysé son action et celle de sa famille. Le blâme et la critique se déversent déjà sur ces infortunés; je trouve qu'il serait mieux de suspendre tout jugement absolu. A la vérité, les apparences sont étranges, et l'on serait disposé à croire que M. Guizot et Mme la Duchesse d'Orléans ont seuls, chacun dans leur sphère d'action, été intrépides et fermes. Le courrier d'Angleterre, arrivé hier au soir, n'apportait aucune nouvelle sur Louis-Philippe et sa famille; on les disait tous à Londres, mais le fait est, qu'à cet égard, rien n'est officiel, rien n'est certain et qu'un vague extrême plane sur les individus. Le marquis de Dalmatie[137] joue ici un rôle singulier. Il y a déjà trente-six heures qu'il renvoie ses gens, qu'il vend mobilier et diamants, qu'il crie misère, et qu'il va de porte en porte dire qu'il est un pauvre émigré, pestant contre le souverain qu'il représentait il y a six jours encore. Cela ne le place pas bien dans le monde. On trouve qu'aussi longtemps que Mme la Duchesse d'Orléans et le Comte de Paris sont sur le territoire français, il devrait conserver sa position extérieure et le langage qui s'y rattache; d'ailleurs, on sait fort bien que son père est très riche; de plus, on ne suppose pas qu'il y ait confiscation à moins d'émigrer réellement. Aussi, je ne donnerai pas à mes enfants le conseil d'émigrer, me souvenant de tout ce que M. de Talleyrand disait contre.

[137] Le marquis de Dalmatie était alors Ministre de France à Berlin.

On peut penser facilement dans quelles agitations on est ici sur les conséquences _européennes_ des journées de février. Le Ministre de Belgique, M. de Nothomb, me disait hier qu'un mouvement prononcé anti-français se manifestait en Belgique. M. de Radowitz est parti cette nuit pour Vienne, le Prince Guillaume, oncle du Roi, pour Mayence[138].....

[138] M. de Radowitz fut alors envoyé à Vienne, pour tâcher d'amener une entente d'attitude entre les deux Cours, afin de faire front à l'orage révolutionnaire qui semblait déjà gronder. Le Prince Guillaume, gouverneur de Mayence depuis 1844, vu les événements, regagnait son poste.

Une dépêche télégraphique qui arrive à l'instant annonce officiellement l'arrivée de Mme la Duchesse d'Orléans et de ses deux enfants à Deutz, faubourg de Cologne[139]. Le pays de Bade commence à remuer, on est inquiet de ce qui peut se passer. On dit aussi qu'il y a des troubles à Cassel[140]. Que Dieu ait pitié de ce pauvre vieux monde, et en particulier de ceux qui me sont chers!

[139] Dans la confusion de la malheureuse journée du 24 février à Paris, où chacun avait fui comme il pouvait, la Duchesse d'Orléans et ses deux fils, échappés au péril qu'ils avaient couru à la Chambre des députés, étaient allés se réfugier, avec M. Jules de Lasteyrie, à l'Hôtel des Invalides, qu'ils quittèrent secrètement pendant la nuit. De Paris à Aix-la-Chapelle, la Princesse voyagea dans une voiture publique, accompagnée par le marquis de Montesquiou et M. de Mornay. Elle prit ensuite le chemin de fer jusqu'à Cologne, et, après avoir passé la nuit à Deutz, elle se rendit à Ems et demanda asile au Grand-Duc de Weimar, qui mit le château de Eisnach à sa disposition. Ce ne fut qu'en juin 1849 qu'elle alla en Angleterre visiter la Famille Royale, à Saint-Léonard, près d'Hastings, où le Roi et la Reine étaient venus pour tâcher de rétablir leur santé.

[140] L'ancienne Franconie, c'est-à-dire une partie de Bade, du Würtemberg et de la Hesse, était alors le théâtre d'une espèce de Jacquerie. De déplorables excès étaient commis par les paysans soulevés en masse; des châteaux furent brûlés et saccagés, plusieurs propriétaires périrent ou furent maltraités d'une manière barbare. Le 10 mars, sous le prétexte du mécontentement éprouvé par la nomination de nouveaux Ministres, des troubles sérieux éclatèrent à Cassel; l'Arsenal fut pris d'assaut, les armes enlevées; on se battit contre la troupe; les Gardes du corps firent retraite, mais la populace maintint les barricades jusqu'à ce que le régiment fût licencié et les officiers mis en accusation.

_Berlin, 14 mars 1848._--Tout, entre le Rhin et l'Elbe, est en commotion; aujourd'hui même, ici, les troupes sont consignées, et l'on s'attend à quelques émotions populaires. Si le Roi avait voulu convoquer la Diète il y a quelques jours, il y aurait eu bien des difficultés de moins. La meilleure chance, pour ici, est d'entrer _franchement_ et _promptement_ dans la forme constitutionnelle; si on tarde, si on hésite, si on finasse, on aura des crises incalculables. Tant il y a qu'on est ici dans une semaine bien critique. Les bourgmestres des grandes villes sont arrivés avec des pétitions qui effraient; la révolution est plus ou moins avérée partout; dire ce qu'on fera, ce qu'on pourra faire est impossible. En attendant, la misère et le typhus augmentent.

Mme la Duchesse d'Orléans est à Ems avec ses enfants, sous le nom de marquise de Mornay. Elle veut garder un incognito complet, ce qui fait que ses affidés nient le fait de sa présence à Ems; il est cependant certain, j'ai vu des personnes qui lui ont parlé.

_Sagan, 24 mars 1848._--De graves événements se sont passés à Berlin. On a perdu un temps précieux, on a hésité, pris de mauvaise grâce des demi-mesures; tout ensuite est arrivé par peur, après deux journées (18 et 19 mars) dont je n'oublierai jamais l'horreur. Des symptômes de grande effervescence, provenant de Breslau, ont gagné la Silésie. Ici, on s'est rué contre l'Hôtel de ville et la garnison; jusqu'à présent, le Château a été épargné, mes employés ont cru que ma présence pourrait être un calmant utile et je suis accourue. Je n'ai pas jusqu'ici à le regretter; cependant, comme le voisinage toujours plus rapproché des Russes jette une aigreur extrême dans les esprits, mon beau-frère ne croit pas que je puisse me prolonger ici; il me renvoie à Berlin, où tout cependant n'est pas encore en équilibre. Il veut rester à Sagan, tenir tête à l'orage et sauver ce que l'on pourra. En attendant, la crise financière est à son comble; on n'a plus le sou, personne ne paye, les banqueroutes éclatent de toutes parts; agitation, terreur, tout est là. C'est la boîte à Pandore qui s'est ouverte sur l'Europe. J'apprends à l'instant que le Grand-Duché de Posen est en feu, et comme mes terres y touchent, j'en reçois des nouvelles alarmantes. A la grâce de Dieu! Je suis parfaitement calme, parfaitement résignée, parfaitement résolue à baisser la tête sans murmurer, devant les décrets de la Providence. Je ne demande au Ciel que la vie et la santé de ceux que j'aime. Les secousses de Vienne m'ont abasourdie. On marche d'abîme en abîme[141].

[141] Le 13 mars, une insurrection formidable avait éclaté à Vienne, la population s'était soulevée en masse. Les chemins de fer furent brisés et l'air retentissait des cris: «La Constitution et la liberté de la presse!»

_Berlin, 30 mars 1848._--Me voici revenue ici, où l'agitation est loin d'être calmée. Le prince Adam Czartoryski y est arrivé hier de Paris; je n'ai pas besoin de signaler ce que c'est que cette nouvelle complication[142]. Les complications, au reste, se succèdent, se pressent avec une effrayante rapidité. La situation des particuliers qui ont quelque chose à perdre n'est guère meilleure que celle des Rois chancelants qui ne tient plus qu'à un fil. Nous sommes tous, pour le moment du moins, sans le sou, et ce n'est pas la guerre à l'Est et le communisme à l'Ouest qui nous ouvriront de meilleures chances d'avenir, à nous qui sommes pressés entre ces deux colosses!

[142] Le Prince Adam Czartoryski, conservant toujours ses illusions, avait vu ses espérances se relever par les troubles qui régnaient partout et dont les Polonais tâchaient de profiter pour leur cause. Le Prince arriva à Berlin, où régnait le plus complet désarroi, et il crut imposer en déclarant, avec une certaine hardiesse, que lord Palmerston et M. de Lamartine avaient promis de l'appuyer sur terre et sur mer, dans le cas où la Prusse se prononcerait pour le rétablissement de la Pologne. La présence à Berlin du Prince Czartoryski fut si mal vue par l'Empereur de Russie, qu'il fit signifier à son Ministre, M. le baron de Meyendorff, qu'il devait quitter Berlin si le Prince y prolongeait son séjour.

On dit que la Diète prussienne s'ouvrira le 2 avril; c'est dans deux jours, et _on n'en est point encore certain_!... En tout cas, elle sera fort courte, car elle ne s'occupera que de la loi électorale.

_Berlin, 1er avril 1848._--La Diète qui s'ouvre demain sera un nouvel acte du drame[143]. Il est impossible d'en apprécier les effets, et je suis d'ailleurs fort dégoûtée des prévisions, ainsi que je le suis, depuis assez longtemps, des projets. Paul Medem, qui est encore ici, reste fort incertain au sujet de son avenir; les nouvelles de Vienne ne lui paraissent pas plus rassurantes qu'il ne faut. En tout, il n'est guère possible de reposer ses yeux sur un point tranquille du globe: il faut les porter sur les affections sûres et éprouvées qui bravent les révolutions, l'absence, et tout ce qui se promène ostensiblement dans cette vallée de larmes.

[143] Le 2 avril 1840, à midi, eut lieu à Berlin l'ouverture de la deuxième Diète générale, Diète réunie en une seule Chambre, et sans distinction d'ordres ni de curies. Le commissaire de cette Diète, Président du Conseil, M. de Camphausen, accompagné de tous les Ministres, fit, au nom du Roi, cette ouverture. Il prononça un discours, à la suite duquel il présenta un projet de loi sur les élections, afin de réaliser, sur une large base, la Constitution que le Roi avait donnée à son peuple, à la suite des événements du 18 mars.

_Berlin, 8 avril 1848._--On a subi ici le contre-coup de Paris; il a été violent, profond, irrémédiable; on en est encore tout palpitant; le char n'est point encore arrêté, il roule, ce n'est point dans une direction ascendante. La Jacquerie des provinces est une condition lamentable; elle me retient en ville, où cependant il y a en permanence une émotion populaire qui fait désagréablement diversion au morne profond de cette capitale. Les Metternich sont en Hollande, se préparant à passer en Angleterre[144].

[144] A la suite d'une collision entre la troupe et le peuple à Vienne, le 13 mars 1848, et débordé par l'insurrection de la Vénétie, M. de Metternich, qui s'était trop imaginé représenter à lui seul le génie de la résistance, fut contraint, par une foule en fureur, de donner sa démission et de fuir l'Autriche, avec sa femme. Ils gagnèrent d'abord Dresde, mais l'impopularité du Prince était telle, qu'ils durent gagner la Hollande et l'Angleterre. En 1849, ils vinrent s'établir à Bruxelles.

_Berlin, 12 avril 1848._--La vie est fort triste, et tout à la fois très agitée. Les membres de la Diète ont tous quitté Berlin hier, pour s'occuper de leur réélection. Le sort du pays dépend de la façon dont l'assemblée constituante sera composée; c'est donc un devoir pour les honnêtes gens de chercher à y entrer, et chacun le tient pour tel; mais il peut se passer bien des choses encore, entre aujourd'hui et le 22 mai; et quand on songe au réseau de clubs qui, chaque jour, couvre plus étroitement la capitale et les provinces, quand on songe au désordre qui se manifeste partout, à l'esprit douteux de la landwehr, à l'audace des émissaires, aux complications extérieures, aux exemples contagieux qui viennent de l'occident et du midi et des points véreux au nord et au levant, on se sent pris d'un vertige, que les hésitations du gouvernement et l'absence complète de mesures répressives sont loin de dissiper. Les cinquante petits tyrans établis à Francfort ne laissent pas que de peser lourdement dans la balance. Personne ne leur a donné de mandat, et cependant chacun leur obéit[145]. Que tout est inexplicable dans le monde, tel qu'il se déploie à nos yeux! Il n'y a plus de prophétie possible, il faut vivre au jour la journée, et se tenir satisfait quand on a atteint le bout des vingt-quatre heures sans de trop grandes secousses. Nous voyons force bande de Polonais traverser la ville, soit pour Posen, soit pour Cracovie. Les gentilshommes polonais donnent toute liberté à leurs paysans, afin de ne pas être massacrés par eux. L'élément polonais est en bataille contre l'élément allemand. Lequel des deux triomphera si on ne parvient pas à les concilier? Nul ne le sait[146].

[145] L'assemblée qui s'était convoquée spontanément à Francfort pour donner à la patrie un centre d'action dans le cas où les Princes n'auraient pas voulu s'associer au mouvement de fusion qui s'opérait alors entre les races germaniques, s'était dissoute le 2 avril, après avoir obtenu des Princes, à la Diète, la réunion d'un Parlement allemand. Toutefois, pour veiller à l'exécution de cette promesse, elle avait nommé une commission de cinquante membres, chargée de convoquer, dans le délai d'un mois, un Parlement national dans le cas où il ne serait pas déjà élu par les divers États.

[146] La nouvelle de la révolution de Paris avait produit une immense sensation dans le Grand-Duché de Posen. Une émeute éclata à Posen même où Mieroslawski, sorti de prison le 19 mars, forma une armée et organisa la guerre.--A Cracovie, à la nouvelle des troubles de Vienne, soixante-dix mille Polonais se rendirent chez le comte Deyne, commissaire civil, demandant la liberté de quatre cents de leurs compatriotes.

_Sagan, 20 avril 1848._--L'état des esprits est toujours inquiétant. Si les émeutiers n'en voulaient qu'à l'argent, en vérité, ce qu'il y aurait de mieux à faire serait de le leur laisser prendre; il y en a si peu dans les caisses qu'ils ne feraient pas une grosse récolte; mais, dans leur frénésie, ils en veulent aussi aux archives, aux titres, aux contrats, enfin à tout ce qui détermine et fixe la propriété; puis, ils sont fort disposés à maltraiter les individus et à mettre le feu aux greniers et aux bâtiments, pour peu qu'on leur résiste. Ici, on est un peu plus calme, quoique des émissaires du club jacobin de Breslau se montrent depuis deux jours, et cherchent à s'affilier les mauvais petits avocats sans cause et ce qu'on nomme, en allemand, _die obskure Litteratur_. Nous avons su que ces émissaires, sous le prétexte d'une réunion électorale préparatoire, veulent provoquer une assemblée du bas peuple et chercher à leur enseigner la manière la plus prompte et la plus habile de désarmer la garde civique. Heureusement, celle-ci est prévenue, et je ne doute pas que si la démonstration s'effectue, elle sera dissipée sans coup férir.

Les meneurs des clubs s'agitent à Berlin contre l'élection à deux degrés et provoquent aussi une grande démonstration populaire, pour aller porter au Château et au Ministère une pétition en faveur de l'élection directe. Je ne sais s'ils parviendront à réunir beaucoup d'ouvriers sur cette question politique; on peut le craindre, parce qu'ils sont déjà fort agités par la question du salaire; on ne voit, à ce qui m'est mandé, que leurs promenades dans les rues. Il y a eu, l'autre jour, de graves désordres, chez les boulangers, qui fraudaient sur le poids du pain et qui, pour cela, méritaient bien une leçon, mais était-ce au peuple à la leur donner?... En attendant, on donne à celui-ci cette habitude de ne pas travailler et d'être sur la place publique; les ateliers, où les ouvriers veulent travailler, sont fermés par les meneurs; ainsi, les tailleurs, par exemple, sont en chômage forcé. Je ne crois pas encore à des dangers imminents de violence, mais on est en mauvaise direction, et en marche pour en venir là. Les Polonais ont envoyé leur _ultimatum_ à Berlin[147]. Ils ne veulent ni déposer les armes, ni se séparer, avant que leurs demandes soient accordées. On s'occupe à en délibérer, et on doit être fort embarrassé entre les deux populations, car les Polonais ne veulent pas tenir compte des demandes des Allemands, qui insistent pour rester Allemands et pour qu'on tire une ligne de démarcation qui donnerait Posen comme capitale aux Allemands et Gnesen aux Polonais.

[147] Il n'y eut pas d'ultimatum proprement dit; ce n'était qu'un bruit de journaux. Le Comité national polonais publia seulement un manifeste proclamant qu'aussi longtemps que toute la Pologne ne serait pas rétablie, les Polonais considéreraient toute séparation arbitraire _des parties de leur pays_ comme un nouveau partage de la Pologne, et menaçaient de protester devant les peuples de l'Europe de cette violation. Cette protestation devait se faire le 26 avril par deux lettres du Prince A. Czartoryski adressées, l'une à M. de Lamartine, alors ministre des Affaires étrangères à Paris, l'autre au baron d'Arnim, qui occupait les mêmes fonctions à Berlin.

On ne sait que croire de l'Italie, dont les nouvelles sont si contradictoires. Les lettres de Vienne sont tristes et décourageantes. L'Angleterre offre un autre spectacle, bien différent et bien glorieux pour elle; mais j'avoue que je m'indigne de voir lord Palmerston, qui a eu sa large part dans l'ébranlement de l'Europe, se pavaner dans le confort, la gloire et la richesse des Anglais, qui augmente en raison de la misère du Continent.

_Sagan, 24 avril 1848._--Voici une lettre de Vienne, à moi adressée par le Ministre de Russie, mon cousin Medem: «Vienne est tout à fait morne; les grandes réunions n'existent plus; le Prater est désert, l'Opéra est fermé, le public n'ayant pas permis aux Italiens de jouer. Wallmoden nous est arrivé d'Italie. On dit que c'est pour s'entendre avec le gouvernement, sur les moyens de reprendre, sinon l'offensive en Italie[148] sur une grande échelle, du moins, possession de Venise et de la partie insurgée du Frioul. Les communications avec l'armée active sont toujours réduites aux passages par le Tyrol. On est justement indigné de la conduite de F. Zichy, du comte Palfy à Venise et du comte Ludolf à Trévise, qui ont honteusement capitulé sans raisons valables[149]. En somme, il y a mécontentement et incertitude sur l'avenir. On reconnaît tous les jours davantage l'impardonnable inertie de l'ancienne administration, tant civile que militaire. C'est à ne pas y croire lorsqu'on n'en connaît que quelques détails seulement. La tranquillité de Vienne n'a pas été sérieusement troublée dans ces derniers temps, mais des manifestations inquiétantes ont eu lieu. Elles sont provoquées par des gens sans aveu, la plupart venus de l'étranger, lesquels adressent des harangues au public rassemblé dans des salles comme celle de l'Odéon et autres. Des publications, des placards incendiaires paraissent partout et entretiennent l'inquiétude dans la partie sage de la nation, surtout dans les classes supérieures. Il serait temps que cela finît, car si cela devait se prolonger, la situation se compliquerait. Pour le moment, cependant, l'état des choses est bien meilleur ici que dans la capitale et la Monarchie prussienne, mais comment répondre de l'avenir?»

[148] Le noble et chevaleresque Charles-Albert, qui avait, pour soustraire son pays à l'influence de l'Autriche, formé une armée fortement organisée et promulgué une Constitution, était devenu l'espoir de l'indépendance italienne. Profitant de l'insurrection qui avait éclaté le 18 mars à Milan, suivie de la défaite de l'armée autrichienne et de la fuite de l'Archiduc Reynier, le Roi avait déclaré la guerre à l'Autriche le 20 mars. Il enleva d'abord rapidement les positions de l'ennemi jusqu'à l'Adige, mais attaqué par des forces supérieures, il devait plus tard (en août) perdre la sanglante bataille de Custozza et être obligé d'évacuer Milan.

[149] Après Milan, Venise s'ébranla à son tour. Le 20 mars, l'Arsenal fut pris par les insurgés. Le gouverneur civil comte Palfy remit tous ses pouvoirs au comte Zichy, gouverneur militaire, qui, hésitant devant une effusion de sang, abdiqua lui-même entre les mains de la Municipalité en capitulant le 22 mars avec le Gouvernement provisoire. Venise fut ainsi délivrée des Autrichiens. Le 21 mars, Trévise avait également dû capituler et la garnison autrichienne avait quitté la ville.

_Sagan, 30 avril 1848._--Nous finissons aujourd'hui le second mois d'un tremblement de terre, dont les frémissements sont loin encore, je le crains, d'être terminés. Pour le quart d'heure, l'Europe est partagée entre les fièvres électorales et les flammes de la guerre civile. Les passions humaines se dévoilent dans toute leur laideur au milieu de la concurrence des élections; les fureurs aveugles dans les combats de citoyens, armés les uns contre les autres, l'anarchie, le désordre, l'impunité, la misère, le découragement, le désespoir, voilà le tableau qui, à quelques nuances près, se retrouve partout. Trop heureux ceux qui ne reçoivent qu'un contre-coup amorti, et qui traversent les vingt-quatre heures, si ce n'est sans anxiété, du moins sans danger matériel. Nous verrons ici ce que les élections, qui commencent demain, produiront comme résultat, et quelle sera la figure du pays pendant les votes et les scrutins. En attendant, la presse et les clubs s'exercent à l'envi; chaque petite ville a son journal, chaque hameau son orateur; la plupart des auditeurs ne comprennent pas ce qu'on leur prêche, mais ils obéissent, comme des moutons de Panurge. Les ouvriers industriels veulent faire la loi aux chefs d'ateliers, qui, ne vendant plus rien, ne peuvent ni augmenter, ni même maintenir leur fabrication, ni améliorer la condition des ouvriers. Quant aux pauvres gens qui travaillent à la terre, et à la classe plus gâtée qui a travaillé aux chemins de fer et qui les a terminés, on n'en sait réellement que faire; on partage avec eux le dernier sou et le blé des granges, car on les plaint, et on les _craint_.

_Sagan, 5 mai 1848._--Le Grand-Duché de Posen est en ce moment le théâtre des plus grandes atrocités; c'est la guerre civile avec des raffinements de cruauté inouïs. Les journaux français les ignorent ou veulent les ignorer, mais les détails que je reçois de première main font dresser les cheveux sur la tête. Le 1er mai, les Prussiens ont été terriblement battus par les insurgés, qui, armés de faux, éventrent les chevaux[150]. Plusieurs seigneurs polonais ont été massacrés par leurs paysans. Ils ne peuvent se garantir personnellement qu'en les excitant contre l'armée prussienne.

[150] Les troupes prussiennes, commandées par le général Blum, s'étaient dirigées sur Miloslaw, qu'elles prirent après un combat opiniâtre; mais une avant-garde, qui poursuivait les Polonais, fut reçue, en approchant d'un bois, par un feu bien nourri qui la repoussa si vigoureusement que les Prussiens tournèrent le dos, se jetèrent, dans leur fuite précipitée, sur leur propre infanterie qui les suivait, rompirent ses rangs et l'entraînèrent dans la déroute. Les Polonais, poursuivant à leur tour les Prussiens, les chassèrent de Miloslaw et leur prirent deux canons.

_Sagan, 8 mai 1848._--C'est aujourd'hui que les électeurs élus, il y a huit jours, doivent nommer les électeurs prussiens. Je crois qu'on fonde trop d'espoir sur les assemblées constitutionnelles; je crains qu'elles ne nous préparent de grandes déceptions. A Vienne, la déchéance du comte de Ficquelmont est une scène des plus déplaisantes du drame universel[151]. Des étudiants sont entrés chez lui, lui déclarant qu'ils ne voulaient plus de lui pour Ministre. Il a obéi, et il aurait couru de grands dangers si, en se rendant à pied chez son gendre, le prince Clary et deux étudiants ne lui avaient servi de défenseurs.

[151] Le 4 mai, le comte de Ficquelmont, Ministre des Affaires étrangères à Vienne, dut donner sa démission, à la suite d'un charivari des étudiants, qui le considéraient comme un disciple de Metternich.

_Sagan, 21 mai 1848._--Les scènes du 15, à Paris, ont été hideuses[152]. Dieu fasse que le parti modéré sache user énergiquement de son triomphe, et que surtout il ne soit pas trop souvent appelé à fêter de pareilles victoires.

[152] Depuis plusieurs jours, les manifestations en faveur de la Pologne se multipliaient à Paris. Le 15 mai, une bande d'insurgés se porta sur l'Assemblée nationale et l'envahit, mais l'ordre fut assez vite rétabli.

C'est demain que s'ouvre l'Assemblée constituante à Berlin. Elle est si étrangement composée que ce sera miracle si elle fait de la bonne besogne.

[153] Le 1er mai, un mouvement révolutionnaire avait éclaté à Rome, par suite du refus du Pape de déclarer la guerre à l'Autriche. Le Ministère donna sa démission. Le Pape, menacé d'un gouvernement provisoire, affirma, dans une allocution, ne pouvoir déclarer la guerre comme Souverain Pontife, mais laissant le pouvoir de le faire, comme Prince temporel, à son Ministère. Pie IX dut accepter, le 5 mai, un Ministère exclusivement laïque, qui fut en opposition constante avec lui.

_Sagan, 25 mai 1848._--Je suis préoccupée de Rome et du Pape[153]. J'y pense sans cesse. Je crois que si j'avais été le Saint-Père, j'aurais été avec quelques Cardinaux fidèles, avec ces pauvres religieux et religieuses persécutés, et le plus d'argent et de vases sacrés possible, m'embarquer pour l'Amérique. J'y aurais fait un établissement à l'instar de celui du Paraguay, et, de là, j'aurais en pleine indépendance gouverné la catholicité européenne, comme, de Rome, il gouverne depuis si longtemps les catholiques d'Amérique. Je crois que les Romains n'auraient pas tardé à le rappeler à grands cris, et en cas contraire, il aurait été du moins à l'abri des indignités actuelles et ne serait pas obligé de sacrifier les innocents et les biens de l'Église. Ce que je dis là n'a peut-être pas le sens commun, mais du moins, cela n'aurait pas été sans une certaine grandeur, au lieu que je ne vois partout qu'humiliation et abrutissement.

J'ai lu avec intérêt et horreur les récits des scènes de Paris le 15 mai, et mon opinion est que la besogne des assemblées délibérantes est mauvaise. Je crains fort que celle de Berlin ne fasse rien qui vaille, et à Francfort, c'est la tour de Babel. Les gazettes prussiennes contiennent déjà des cris jacobins contre la nouvelle Constitution, et je doute que le Roi puisse faire prévaloir le système de deux Chambres, surtout avec le petit bout d'hérédité qu'il cherche à sauver. Breslau est un abominable foyer de communisme.

On me mande d'Angleterre qu'à Claremont les amertumes intérieures ajoutent aux douleurs de la situation. Les fils, qui s'ennuient de leur inaction forcée, reprochent au père la perte de la partie; celui-ci s'inquiète du jugement de la postérité; tout cela est fort amer pour cette pauvre Reine Amélie, dont l'orgueil et la joie ont été si longtemps puisés dans l'union touchante de toute sa famille. Elle est, en outre, en mauvais état de santé. Leur état financier approche de la misère[154].

[154] La petite Cour exilée vivait très retirée au château de Claremont, en Angleterre, que le Roi Léopold, à qui il appartenait alors, avait obligeamment mis à sa disposition.

_Sagan, 28 mai 1848._--Mme la Duchesse d'Orléans est établie au château d'Eisenach même. Elle y vit fort simplement, avec sa belle-mère et le précepteur[155] de ses enfants pour tout entourage. Sa position pécuniaire est des plus gênées. Le château d'Eisenach appartient à l'oncle de la Duchesse d'Orléans, le Duc de Saxe-Weimar; il l'a mis à la disposition de sa nièce.

[155] M. de Boismilon.

On m'écrit, de Vienne, que tous les Hongrois y rompent leurs établissements, pour se retirer soit à la campagne, soit à Bude, soit à Presbourg. Les Bohêmes vont à Prague. Bref, ce joli Vienne, si gai, si animé, si aristocratique, devient un désert, et triste comme un grand village. La princesse Sapieha et Mme de Colloredo sont fort compromises dans les derniers troubles; elles ont été obligées de s'enfuir et de se cacher. L'Archiduc François-Charles a écrit d'Insprück à lord Ponsonby, doyen du Corps diplomatique à Vienne, pour l'engager, au nom de l'Empereur, à venir avec tous ses collègues rejoindre la Cour en Tyrol.

Voilà M. Bulwer renvoyé d'Espagne. Il avait fomenté à Séville une révolte contre les Montpensier qui ont dû fuir à Cadix. Il faut convenir qu'on peut dire de Palmerston et de Bulwer: _Tel maître, tel valet._

Il y a toujours beaucoup d'émotion dans les rues de Berlin, et le prochain retour du Prince de Prusse, qui est attendu ces jours-ci à Potsdam, amènera probablement une explosion[156]. En attendant, Berlin est à peu près cerné par un corps de seize mille hommes qu'on compte employer à l'occasion.

[156] On avait cru que le libéralisme de M. de Camphausen avait assez apaisé les esprits pour permettre au Prince de Prusse, que la colère du peuple avait, dès le commencement des troubles, forcé à se réfugier en Angleterre, de revenir à Berlin. Cependant, le Prince y était à peine arrivé que le ministère Camphausen fut renversé le 20 juin, après la prise et le pillage de l'arsenal, et remplacé par le ministère Auerswald.

On m'écrit de Paris que Mme Dosne se meurt de colère qu'une révolution ait pu avoir lieu, sans qu'elle eût son gendre pour objet, et ceci peut se prendre à la lettre, puisqu'elle en était à son troisième accès de fièvre pernicieuse; que M. Molé et M. Thiers se présentent tous deux pour la députation et que M. de Lamartine paraît beaucoup redouter le succès de ce dernier.

Les atroces scènes de Naples[157] ont eu un mauvais retentissement à Berlin, où l'émotion des rues a repris, dit-on, un mauvais caractère. Les bourgeois s'y sont emparés du poste de l'Arsenal.

[157] Une insurrection avait éclaté à Naples. Après six heures d'un combat acharné, les troupes royales étaient restées maîtresses de la ville, tout en perdant trois ou quatre cents hommes tués. La Chambre et la Garde nationale furent dissoutes et un nouveau Ministère fut formé sous la présidence de M. Cariati.

_Sagan, 7 juin 1848._--L'équilibre moral dépend de mille petites circonstances accessoires pour chacun, car il faut être bien jeune et d'une grande ignorance des peines de l'esprit, pour ne pas subir les mille et une influences des choses, des lieux, du temps, et même de détails encore plus puérils en apparence. C'est Saint-Évremond, je crois, qui dit que moins on reste vif pour ce qui plaît, et plus on est sensible à ce qui dérange.

Il paraît que Paris est tranquille, mais à quel prix? Il s'y est commis des atrocités raffinées, terribles.

_Sagan, 12 juin 1848._--L'état de Berlin et de Breslau empire toujours; celui des provinces s'en ressent, et je m'attends à voir la guerre civile éclater au premier jour; car les campagnes, tout en subissant l'action révolutionnaire contre leurs seigneurs et leurs curés, détestent les villes; les paysans n'aiment pas les bourgeois et sont royalistes et militaires, tout en étant anti-nobles et anti-prêtres. Cela fait une étrange confusion que Dieu seul pourra éclaircir. L'Assemblée constituante réunie, à Berlin, n'a jusqu'à présent aucun cachet marqué, que celui de l'ignorance et de la confusion.

_Sagan, 18 juin 1848._--Les journaux et mes lettres me disent que l'Allemagne reprend ses velléités républicaines. Voilà Hecker élu pour Francfort. Tout cela est d'une confusion inimaginable, surtout quand on voit le dégoût, de plus en plus marqué, que la France témoigne pour le déplorable gouvernement qu'elle s'est donné il y a quatre mois. Il faut bien qu'elle soit aux abois pour se tourner vers le drapeau bonapartiste, si piteusement représenté par Louis-Napoléon que chacun connaît être un bien triste sire. Que dire des affreuses scènes de Prague et de l'assassinat de la pauvre princesse Windisch-Graetz[158]? J'ai été aussi fort agitée pour Berlin, où le pillage de l'Arsenal et les échecs du Ministère à la Chambre ont fait encore diminuer les bonnes chances. Trois ministres, Arnim, Schwerin et Kanitz, ont donné leur démission.

[158] Après un bombardement et des combats de rues qui avaient duré du 12 au 17 juin, le prince Windisch-Graetz était parvenu à terrasser l'insurrection de Prague. Pendant ces combats, la Princesse sa femme fut tuée traitreusement près de la fenêtre de son salon, entre ses deux sœurs, par un coup de feu tiré de l'autre côté de la rue.

_Potsdam, 23 juin 1848._--Je suis arrivée ici hier, après m'être arrêtée une demi-journée à Berlin. Medem écrit de Vienne à son collègue, M. de Meyendorff, des doléances sur les directions faibles et incertaines qui se manifestent à Insprück depuis que le baron de Wessenberg y gouverne. Je ne m'en étonne pas: Wessenberg est aimable, bon, spirituel, instruit, laborieux, mais dès Londres, je l'ai jugé _brouillon_, et pour conduire les affaires, c'est un inconvénient immense.

J'ai des nouvelles de M. de Metternich. Il met ses fils dans un collège catholique, en Angleterre, ne trouvant personne qui veuille s'associer à son sort comme précepteur. Il est aussi tourmenté par le manque d'argent.

Le Grand-Duc régnant de Mecklembourg-Schwerin a augmenté le douaire de sa belle-mère, afin que Mme la Duchesse d'Orléans et ses enfants puissent ainsi avoir, indirectement, un peu plus de confort; c'est noble et délicat.

La crise ministérielle dure encore ici; elle fait succéder, au tumulte des rues, celui, plus politique et non moins dangereux, d'une Chambre aussi mal composée que celle de Berlin. On disait, hier au soir, qu'une dépêche télégraphique avait apporté de Francfort la nouvelle que l'Assemblée, réunie dans cette ville, avait élu un Dictateur pour l'Allemagne dans la personne de l'Archiduc Jean[159]. Ici, on voulait un _Triumvirat_. On disait, en conséquence, qu'on avait répondu à cette nouvelle par une protestation de la Prusse.

[159] A l'Assemblée nationale de Francfort, le Comité des Cinquante avait plusieurs fois tenté de créer un _triumvirat_ ou pouvoir central. Dans ce but, une Commission de onze députés fut élue au mois de juin. Elle désigna l'Archiduc Jean pour l'Autriche, le vieux Prince Guillaume pour la Prusse, le Prince Charles pour la Bavière. On les appelait, ironiquement, _le Directoire des trois oncles_, ces Princes étant les oncles des monarques de ces pays. Ce projet fut vivement combattu, et on finit, dans la séance du 23 juin, par élire un seul Dictateur, l'Archiduc Jean. Une députation porta l'offre de cette dignité à l'Archiduc, qui l'accepta, et le 12 juillet suivant, se présenta à l'Assemblée nationale.

_Sagan, 28 juin 1848._--Je suis rentrée dans mes foyers. Quoique je n'aie pas trop, jusqu'ici, à me plaindre de mon coin de céans, je sens, cependant, le terrain miné et mouvant sous mes pieds. Celui que je viens de quitter l'est, à mon sens, d'une manière effrayante. A Paris, le sang coule[160]; depuis quelques jours, on ne sait que fort mal ce qui s'y passe par des dépêches télégraphiques venant de Bruxelles; j'ai seulement la certitude que mes enfants ne s'y trouvent pas.

[160] A la suite du licenciement de cent sept mille ouvriers des ateliers nationaux, une émeute avait de nouveau ensanglanté Paris pendant quatre jours. C'est alors que fut tué l'Archevêque, Mgr Affre, sur les barricades où il était allé porter au peuple des paroles de paix.

_Sagan, 6 juillet 1848._--Les combats de Paris m'ont tenue dans une grande alarme; heureusement que personne me touchant un peu particulièrement n'a été atteint autrement que par la terreur et le saisissement. A présent, ce sont les campagnes qui deviennent dangereuses; aussi ma fille Pauline est-elle rentrée en ville avec son fils.

Nous ne sommes guère moins malades ici qu'en France, et quand je regarde tous les foyers de communisme dont cette partie de l'Europe abonde, je ne puis fermer les yeux aux dangers qui nous menacent, d'autant plus que je suis fort loin de croire qu'on saurait les combattre, comme le prince Windisch-Graetz à Prague et le général Cavaignac à Paris.

Je pense me rendre dans quelques jours à Téplitz; j'attends d'abord d'être assurée que cette partie de la Bohême est pacifiée.

_Téplitz, 16 juillet 1848._--Mon voyage, de Sagan ici, s'est passé sans accident; mais partout on trouve misère et inquiétude. Le petit royaume de Saxe est cependant moins malade que la Prusse et que les duchés saxons de la Thuringe, où l'esprit républicain domine. A Dresde, le Ministère est tellement radical qu'il ne laisse presque rien à désirer aux révolutionnaires. Aussi a-t-on l'air de croire que les duchés saxons pourraient être réunis sous le sceptre unique, et peu monarchique, du bon Roi de Saxe, qui n'est guère qu'une ombre royale. Ce qui l'a sauvé jusqu'à présent, c'est que son Ministre de l'Intérieur actuel[161] n'use ni de chapeau, ni de gants. C'est tout simplement un manant, mais on le dit assez honnête homme pour ne pas trahir son maître. Téplitz est à peu près vide, personne ne songe à voyager. Excepté les Clary et les Ficquelmont, il n'y a que quelques paralytiques inconnus. M. de Ficquelmont voit très en noir les destinées de l'Empire autrichien, et ne paraît pas croire que l'Archiduc Jean soit destiné à le sauver, pas plus qu'à éclaircir les destinées de l'Allemagne. Ses coquetteries pour les étudiants de Vienne sont, ou une fausseté, ou une spéculation ambitieuse sans dignité. A Francfort, il aura bientôt à lutter contre les tendances séparatistes qui se font jour, de plus en plus, en Prusse, non seulement en haut lieu où elles pourraient bien avorter, mais encore dans les masses, blessées dans leurs intérêts et dans leur vanité.

[161] M. de Pfœrdten.

_Téplitz, 22 juillet 1848._--Il nous revient qu'il y a toujours un peu de fermentation à Prague, contenue par la main de fer du prince de Windisch-Graetz; l'anarchie à Vienne est toujours complète. M. de Ficquelmont me disait hier que la population berlinoise était plus démoralisée et plus méchante que celle de Vienne, mais que les rouages du gouvernement et de l'administration valaient infiniment mieux à Berlin qu'à Vienne. A tout prendre, ce sont deux mauvais centres.

_Eisenach, 8 août 1848._--Mme la Duchesse d'Orléans, que je suis venue voir, est changée et se plaint d'un affaiblissement progressif. Du reste, elle est calme, raisonnable, et moins éloignée qu'elle ne l'était au premier moment de se rapprocher de la branche aînée; seulement, les moyens d'exécution paraissent difficiles; on sent qu'il faut abriter la dignité, autant qu'il faut ne rien laisser échapper de ce qui peut faciliter les chances d'avenir. Elle est sans préventions, sans préjugés; son regard est lucide, et son jugement me paraît simplifié, assuré par les grandes leçons des derniers temps. Elle est parfaitement confiante et aimable pour moi. Le reflet de Mgr le Duc d'Orléans nous donne, réciproquement, un intérêt réel l'une pour l'autre. Elle me l'a exprimé gracieusement, en me disant que j'étais pour elle _hors ligne_. Elle a appelé ses fils et leur a dit: «Embrassez la plus fidèle amie de votre père.»

_Berlin, 13 août 1848._--Il y a ici, chaque soir, un peu d'émotion dans les rues, entretenue par la déplorable marche de l'Assemblée. De plus, le Ministre des Finances, M. Hanseman, propose des lois destinées à achever notre ruine. Aussi s'élève-t-il des anciennes provinces des réclamations qui pourraient dégénérer en révoltes et conduire à la guerre civile. Déjà les _Unitaires allemands_ et les _Prussiens séparatistes_, qui se partagent le pays, sont partout en présence et dans un état d'hostilité qui rend les conflits imminents. L'avenir est incalculable...

_Sagan, 9 septembre 1848._--La crise ministérielle de Berlin semble rendre une catastrophe imminente[162]. On peut s'attendre à la guerre civile, à la guerre étrangère, à la rupture entre les deux Assemblées constituantes de Francfort et de Berlin; bref, les éventualités se pressent en foule, et, en attendant, les existences privées se détruisent de plus en plus.

[162] Les discussions sur la proposition d'un député, M. Stein, concernant l'armée et relative au contrôle que le Ministère devrait exercer sur les opinions politiques des officiers, s'étant terminées dans la Chambre au désavantage du Cabinet, le Ministère Auerswald démissionna le 11 septembre. Le 22 du même mois, le Roi nommait un nouveau Cabinet dont le général de Pfuel était le Président.

_Sagan, 16 septembre 1848._--Point de Ministres à Francfort[163], point de Ministres à Berlin; un manque complet d'énergie à Sans-Souci, et, malheureusement, des symptômes graves d'insurrection parmi les troupes. On n'a pas su s'en servir à temps, et on a laissé aux méchants le loisir de les ébranler. L'absence de toute autorité légale, l'impatience qui résulte, pour les populations rurales, de ce que les Chambres ne fixent pas les rapports avec les Seigneurs réveillent leurs avidités arbitraires; aussi, voilà qu'en Haute-Silésie ils se remettent à brûler et à piller. Rothschild, de Vienne, qui y avait un bel établissement, vient de le voir détruit de fond en comble. Le fait est que nous sommes en mauvaise recrudescence et que je suis plus inquiète encore que je ne l'ai été, depuis que je vois la fidélité des troupes devenue douteuse.

[163] On sait que les populations du Schleswig et du Holstein, qui désiraient leur union avec l'Allemagne, s'étaient soulevées contre le Danemark, et que les Prussiens étaient venus à leur secours. Après plusieurs combats sanglants, un armistice entre le Danemark et la Prusse avait été conclu à Malmœ, le 26 août. Or, l'Assemblée nationale de Francfort, ayant refusé de donner son assentiment à cet armistice, sous le prétexte que la Prusse n'avait pas demandé son autorisation, le Conseil des Ministres et tous les ministres de l'Empire avaient donné leur démission.

_Sagan, 1er octobre 1848._--Les choses se gâtent, ici, de plus en plus. On a fait, l'autre nuit, sauter méchamment des pétards près du château. Nos précautions sont prises, ma défense armée organisée, et, s'il faut périr, ce ne sera pas sans lutte. Je ne m'enfuirai pas, je n'ai aucune peur personnelle, parce que j'ai une grande indifférence pour moi-même; et puis, le courage et la détermination en imposent toujours.

_Sagan, 5 octobre 1848._--Le château du prince de Hatzfeldt a été attaqué par des paysans[164]; quatre de ses fermes ont été brûlées, lui-même obligé de fuir. Ici, tout est _comparativement_ encore assez tranquille, mais le lendemain n'appartient à personne.

[164] Le château de Trachenberg, non loin de Breslau.

_Sagan, 9 octobre 1848._--Depuis avant-hier la poste et les journaux de Vienne manquent. La tradition orale donne à cette absence de nouvelles directes des causes sanglantes qui, dans le temps actuel, ne sont que trop probables. Chaque jour amène une nouvelle horreur[165]. Le massacre du comte Lamberg, à Bude[166]; la pendaison de ce pauvre Eugène Zichy[167], si gai, si fêté à Paris il y a dix ans, pendu par des barbares dans l'île où les voleurs subissent leurs supplices, voilà ce que la semaine dernière nous a apporté. Hier, on nous dit le comte de la Tour, Ministre de la Guerre à Vienne, massacré, et le général Brédy assommé[168]; les _noirs et jaunes_ se battent dans les rues de Vienne contre le parti hongrois. Si le parti anarchique triomphe à Vienne[169], c'en est fait de Berlin et de Breslau, où tout est sur de la poudre fulminante.

[165] Dans la matinée du 6 octobre, une partie du peuple de Vienne s'étant opposée au départ des troupes dirigées sur la Hongrie pour renforcer le baron Jellachich, une lutte sanglante éclata. L'hôtel du Ministère de la guerre fut pris d'assaut, le Ministre, comte de la Tour, fut égorgé, pendu à une lanterne et percé de balles. La troupe recula, et, repoussée sur tous les points, dut évacuer la ville. L'Empereur et la Famille Impériale, de retour à Vienne depuis le mois d'août, furent contraints de s'en éloigner de nouveau, et se dirigèrent vers Olmütz où l'Empereur devait abdiquer, le 2 décembre, en faveur de son neveu François-Joseph Ier.

[166] Le général comte Lamberg avait été nommé le 25 septembre commandant en chef des troupes hongroises. L'Assemblée nationale de Pest refusa de reconnaître cette nomination, déclara coupables de haute trahison tous ceux qui lui obéiraient, et, à son arrivée à Pest, le peuple irrité le mit à mort sur le pont qui réunit Bude et Pest.

[167] La Hongrie étant en pleine insurrection, les insurgés se saisirent du comte Eugène Zichy, l'accusant de communiquer avec l'armée autrichienne et d'avoir distribué une proclamation de l'Empereur; ils le firent passer devant un tribunal présidé par Georgei. Il fut condamné à mort, passé par les armes dans l'île de Csepel, et non pas pendu comme le premier bruit s'en était répandu.

[168] Le général Brédy avait trouvé la mort à Vienne le 6 octobre 1848 dans les combats que se livrèrent la populace et la garde nationale dans le faubourg de Leopoldstadt, peu d'heures avant que les insurgés ne se soient emparés de l'hôtel du Ministère de la Guerre.

[169] Par _noirs et jaunes_, on désignait le parti des Impériaux, dont les membres portaient les couleurs.

_Sagan, 25 octobre 1848._--Tout est en suspens ici; c'est à Vienne que tout se résout; jusqu'à présent, il semble que l'armée fidèle y dictera des lois, mais on n'ose pas trop se fier à ces lueurs d'espérance. En Autriche, du moins, on lutte avec honneur, et si on succombe, ce ne sera pas sans dignité; on ne peut, hélas! en dire autant de Berlin. Et puis, si le bon droit triomphe à Vienne, sera-ce une victoire définitive? J'en doute, et je crois que nous resterons longtemps encore sur un volcan.

_Sagan, 4 novembre 1848._--Il vient d'y avoir une explosion révolutionnaire à Liegnitz, assez près de chez moi; il a fallu des forces militaires pour la comprimer. A Berlin, il y a à peu près chaque jour une émeute; l'audace croît journellement, la faiblesse aussi. Hier, on a enfin changé le Ministère; cela semblerait indiquer qu'on veut se réveiller; je crains que ce ne soit bien tard, car, après que l'Assemblée a été assiégée, les députés enfermés, menacés d'être pendus, le Corps diplomatique prisonnier aussi, la garde nationale trahie par son chef, et, en regard de tout cela, paralysie complète à Sans-Souci, on se demande s'il y a encore quelque chose à espérer[170]. Les heureux résultats de Vienne ne parviennent même pas à inspirer de la vigueur à Potsdam, et ils ont fort exaspéré les anarchistes, qui veulent frapper un coup d'éclat pour se relever, et former à Berlin un centre d'où ils rayonneraient sur toute l'Allemagne. Le rôle de M. Arago, le Ministre de la République française, a été, dans ces derniers jours, à Berlin, des plus douteux[171], au point qu'un véritable gouvernement lui aurait envoyé ses passeports, en se plaignant officiellement de lui à Paris. Mes vœux pour Vienne se sont enfin réalisés. Windisch-Graetz y a mis, longtemps, une patience, une douceur infinies et ce n'est que lorsque la capitulation du 30 a été traîtreusement violée, qu'il a sévi comme il devait le faire, et comme le méritait l'infamie des autorités locales de Vienne. Nous manquons encore de détails, mais le fait principal est officiel, et nous devons le regarder comme un bienfait de la Providence. Dieu veuille que ce soit le point de départ d'une ère nouvelle. En attendant, l'anarchie, les désordres, le manque de répression, la misère déchirent les provinces, les orateurs des rassemblements populaires prêchent impunément le meurtre et le pillage, et les résultats de leurs prédications incendiaires ne se feront pas longtemps attendre. C'est un état réellement affreux.

[170] Le 16 octobre, une nouvelle collision sanglante avait eu lieu à Berlin, entre la garde bourgeoise et les ouvriers, et elle ranima l'agitation dont cette ville était, avec de courtes intermittences, le foyer depuis le mois de mars.

[171] M. Arago, ministre de France, s'était montré à la foule qui, devant son hôtel, poussait des vivats en son honneur. Il prononça quelques paroles en français, et tendit la main aux personnes les plus proches de lui.

_Sagan, 19 novembre 1848._--Je suis d'avis qu'il y aurait nécessité pour l'Autriche de joindre aux hommes de guerre déterminés tels que Jellachich, Radetzky, Windisch-Graetz, un homme politique plus jeune, plus ferme que Wessenberg. On dit que cet homme va se rencontrer dans le prince Félix de Schwarzenberg. Il a de bons amis, il a eu plus d'une grande admiration dans sa vie. Je l'ai vu assez souvent à Naples, il y a deux ans; il a été obligeant pour moi. Je l'ai trouvé grand seigneur, homme d'esprit, de tenue, de sang-froid, et de mesure dans ses jugements et ses discours, mais je ne le connais pas assez pour savoir s'il sera à la hauteur de la lourde tâche qui paraît lui être dévolue. Stadion, qui doit la partager avec lui, est son ami d'enfance; ce bon accord peut produire d'heureux résultats. Je n'en prévois pas encore pour la Prusse, où les hommes d'épée et de plume, d'éloquence et d'action me semblent, dans la crise actuelle, manquer absolument. Il y a une certaine maladresse, dans tout ce qui se tente maintenant, qui est loin de m'inspirer de la confiance[172]. On se place derrière Francfort, on y cherche refuge, soutien, protection; cela n'est guère digne, cela n'impose pas aux ennemis, et, en définitive, je crois que ce rempart sera de coton. L'armée est, il faut l'espérer, fidèle, mais, il faut le savoir, sans enthousiasme; on la laisse se refroidir et s'entamer; les soldats qui bivouaquent dans les rues de Berlin souffrent de la mauvaise saison, et leur apparence est triste, à ce que m'écrivent des personnes qui s'épuisent en distributions de soupe et de bière pour les soutenir et les encourager.

[172] Un nouveau Ministère, dont le comte Brandebourg était Président, et M. de Manteuffel ministre de l'Intérieur, avait été nommé à Berlin le 8 novembre. Dès le premier acte de son administration, il subit un échec. Une ordonnance du Roi, contresignée par le comte de Brandebourg, transférait l'Assemblée nationale dans la ville de Brandebourg; l'Assemblée se prononça à une immense majorité contre cette translation, et le gouvernement, ne pouvant plus marcher au milieu de cette anarchie toujours croissante, se décida à agir avec vigueur. Le 10 novembre, il fit entrer dans la capitale un nombre considérable de troupes qui occupèrent les abords de la salle de l'Assemblée, laquelle se sépara en protestant contre cette violence. Une ordonnance du Roi déclara alors la garde civique dissoute, puis, le 12, une autre ordonnance déclara Berlin en état de siège. Le général Wrangel eut le commandement des forces militaires, et toutes les mesures furent prises pour éviter une collision.

_Sagan, 26 novembre 1848._--La dernière semaine a été très difficile à passer; depuis l'état de siège proclamé à Berlin tout ce qui était mauvais a été refoulé vers la Silésie. On a tiré sur mes employés, on s'est promené ici avec le drapeau rouge, tout cela était fort laid; mais maintenant que trente mille hommes de troupes parcourent la province pour la balayer, nous commençons à respirer, et, si j'en crois mes dernières lettres de Berlin, nous allons entrer dans une ère nouvelle. J'avoue mon incrédulité, et je crains d'y persévérer encore longtemps. Ce qui est certain, c'est qu'il y a relâche momentanée aux désordres; c'est déjà un bien dont il faut se montrer reconnaissant, car la tension fiévreuse devient insoutenable.

La mort de Mme de Montjoye est le complément de l'infortune pour la sainte Reine Marie-Amélie, dont elle était la seule et la plus intime confidente. A la suite de l'eau empoisonnée bue à Claremont[173], le tour des dents du Roi est devenu tout noir, à ce qu'on m'a écrit. Tout n'est pas toujours facile entre le Roi et ses enfants, et même pour les enfants entre eux. La Providence épuise ses rigueurs de tout genre sur ces émigrés; serait-ce une grande expiation morale pour le vote du père et pour l'usurpation du fils?

[173] Au mois de novembre 1848, toute la Famille Royale était tombée malade d'un empoisonnement, causé par les conduites de plomb des eaux.

_Sagan, 1er décembre 1848._--Les journaux nous apportent aujourd'hui le programme du nouveau Cabinet autrichien[174], qui a été très bien reçu à Kremsier et a fait monter les fonds autrichiens. Dieu veuille qu'il y ait, là au moins, un Cabinet ferme et habile. Celui qui devait gouverner en Prusse, et qui semblait vouloir prendre un gantelet de fer, me semble, sous un gantelet rouillé, ne montrer que faiblesse. Le monde catholique ne saurait être trop ému du sort de Pie IX. Il a beau avoir, avec un zèle plus ardent que prudent, fait du libéralisme impétueux, il reste le chef de notre Église, un saint prêtre, un aimable homme et ses dangers doivent nous attendrir et nous alarmer[175]. On m'écrit, de Berlin, que M. de Gagern a manqué le but qu'il s'était promis, et que le Roi a été plus ferme qu'on le supposait, en écartant la _fantasmagorie impériale_ qui lui était offerte par celui-ci, dans le cas où, pour cette fois-ci du moins, il se soumettrait aux lois du gouvernement de Francfort[176].

[174] La Diète autrichienne se tenait depuis le 15 novembre à Kremsier, en Moravie, dans le beau château des Archevêques d'Olmütz. Le nouveau Ministère était ainsi composé: Prince Félix de Schwarzenberg, Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères; Stadion, à l'Intérieur; Krauss, aux Finances; Bach, à la Justice; Gordon, à la Guerre; Bruck, au Commerce; Thinnfeld, à l'Agriculture; Kulmer, sans portefeuille.

[175] Le Pape, qui avait, dès le 14 mars, donné une Constitution à ses sujets, et, depuis, changé plusieurs lois de Ministère, s'était enfin décidé à nommer, le 15 septembre, comme son premier Ministre, Pellegrino Rossi, ancien Ambassadeur de France auprès de Sa Sainteté, et ami personnel de M. Guizot. Rossi entreprit d'établir un régime parlementaire régulier dans les États pontificaux, s'appuyant sur la bourgeoisie et se plaçant entre les partis en lutte. Il n'eut pas le temps de réaliser ses projets: le 15 novembre, au moment où il se rendait au Conseil des Ministres, il fut frappé d'un coup de poignard à la gorge par un soldat de la milice et tomba mort. Ce fut le signal du soulèvement des républicains; le Pape s'étant borné à nommer un nouveau Ministère, qui n'avait pas leur sympathie, la foule et les troupes se rendirent au Quirinal, demandant au Pape de changer ses Ministres. Pie IX, entouré du Corps diplomatique, se montra intraitable; cette attitude mit le comble à l'irritation populaire. Une lutte sanglante s'engagea entre le peuple et les Suisses, et les balles pénétrèrent jusque dans l'intérieur du Palais. Tout en protestant, le Pape finit par céder et consentit à prendre pour Ministres Sterbini, Galletti, Mamiani et l'abbé Rosmini; mais, le 25 novembre, sous les habits d'un simple abbé, il quittait Rome et se rendait à Gaëte, sous la protection du Roi de Naples, d'où il adressa aux Romains une protestation contre ce qui venait de se passer.

[176] M. de Gagern, qui s'était chargé d'achever à Francfort une Constitution de l'Empire et l'installation du pouvoir central définitif, était venu à Berlin pour tâter le terrain et savoir si, en cas de rupture de l'Autriche avec l'Allemagne, le Roi de Prusse serait disposé à se mettre à la tête de l'Empire allemand. Le Roi déclina très catégoriquement cette offre, qui devait lui être proposée de nouveau, plus officiellement, en mars 1849.

_Sagan, 6 décembre 1848._--On dit beaucoup, ici, que le gros de l'orage est passé. Je n'en suis pas persuadée; on va rentrer dans la fièvre électorale, dans l'essai d'une Constitution octroyée; tout cela est bien chanceux. A la vérité, tout vaut mieux que l'état de pourriture et de confusion dans lequel on périt ici, mais les dangers, pour changer de forme, ne se dissipent pas si vite. Le pays commence, il est vrai, à s'éclaircir quelque peu, à se fatiguer d'un état de choses qui réduit chacun à une misère profonde; il se réveille quelques bons instincts; à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du mariage du Roi, l'élan a été bon, mais trop de mauvais éléments fermentent encore; le gouvernement n'impose guère. Dans le Midi de l'Allemagne, en Bavière surtout, on paraît tenir encore au projet d'un pouvoir trinitaire, particulièrement depuis que l'Autriche se concentre grandement en elle-même pour former une grande monarchie. Quant au vieux Prince Guillaume de Prusse, désigné pour faire partie du _Triumvirat_, il est tombé dans un état de faiblesse morale qui le rendrait bien peu capable de cette besogne. D'ailleurs, son fils, le Prince Waldemar, se meurt à Münster d'une maladie de l'épine dorsale, c'est dommage, car c'est un Prince distingué; sa mort sera le dernier coup qui achèvera son pauvre père. Je ne donne pas longue vie au pouvoir central, le Roi de Prusse persistant, Dieu merci, à n'en pas accepter le fardeau. On dit que Mme la Princesse de Prusse aurait voulu que M. de Gagern fût à la tête d'un nouveau Cabinet prussien. Je doute que ce hautain personnage eût voulu se placer dans une position aussi incertaine, vis-à-vis d'une Chambre aussi peu sensible à l'éloquence parlementaire. Tant il y a que le Roi a repoussé toutes les insinuations directes ou indirectes. En effet, il y aurait eu stupidité et noire ingratitude à renvoyer le seul Ministère qui a eu le courage et la capacité de relever quelque peu la Couronne, et de donner un certain élan conservateur au pays.

L'état de l'Italie fait pitié! M. de Broglie sera, sans doute, fort affligé de la mort de M. Rossi, lui qui l'avait attiré en France, l'y avait fait entrer dans les affaires, à la Pairie, et poussé ensuite à l'Ambassade de Rome. Je l'avais vu beaucoup dans le salon de Mme de Broglie, plus tard à Rome. Il me paraissait astucieux et prétentieux, moins noble de caractère, mais plus spirituel que Capo d'Istria[177]. Leur assassinat a eu les mêmes causes; ils ont voulu, tous deux, faire à l'improviste du Richelieu.

[177] Comme Pellegrino Rossi, Capo d'Istria avait eu une mort violente. Accusé par les Grecs de n'être chez eux que l'instrument de la Russie et de s'appuyer, pour gouverner, sur des moyens arbitraires, il avait été assassiné, en 1831, par les frères Georges et Constantin Mavromichali, qui voulaient venger sur lui leur père et leur frère, injustement emprisonnés.

_Sagan, 30 décembre 1848._--La manière calme dont Napoléon a pris possession de la Présidence en France tendrait à prouver que les idées d'ordre et de tranquillité vont renaître dans ce pays. On parle de l'abdication du Roi de Sardaigne et d'un nouveau Ministère sarde tout guerroyant[178]; j'espère que Radetzky mettra le reste de l'Italie à la raison, comme il y a mis la Lombardie. Windisch-Graetz est devant Raab, où on espère qu'il entrera sans de trop grandes difficultés. Les grands froids retardent sa marche, et la nécessité de réorganiser civilement les contrées qu'il occupe ralentit aussi ses progrès[179]. Jellachich, emporté par son ardeur, a été un instant prisonnier des Hongrois[180]; ses soldats l'ont délivré. Windisch-Graetz lui a fait les plus vifs reproches sur son aveugle témérité, qui pouvait compromettre le sort de l'armée, et la question vitale du gouvernement. L'Archiduchesse Sophie a donné à son fils, le jeune Empereur, pour ses étrennes un cadre contenant les trois miniatures de Radetzky, Windisch-Graetz et Jellachich. Il n'y a pas de mal à rappeler aux souverains, par des signes visibles, la reconnaissance, qui leur est, en général, assez lourde. Voilà donc cette désastreuse année 1848 qui finit! Dieu fasse que 1849 nous apporte de meilleures conditions d'existence!

[178] Le Roi Charles-Albert ne devait abdiquer qu'après la bataille de Novare, le 23 mars 1849.

[179] Vers le 15 décembre, le prince Windisch-Graetz, à la tête des troupes autrichiennes, délogea, de position en position, les Hongrois, qui, sous le commandement de Georgei, se retirèrent derrière les bastions de Raab. Les grands froids n'ayant pas permis à leurs renforts de les joindre, les Hongrois durent abandonner cette position, où les Autrichiens entrèrent, sans combat, le 27 décembre.

[180] Ce fut le 29 septembre 1848, auprès de Veneleze, à trois heures d'Ofen, que Jellachich fut défait totalement par le général Moga. Son armée se mit à fuir, Jellachich, un instant prisonnier, parvint à s'échapper et, à travers les forêts, gagna Mor, puis Risber et enfin Raab.

1849

_Sagan, 11 janvier 1849._--M. Arago quitte enfin Berlin où il est détesté. Il paraît qu'on y doute encore de l'arrivée du prince de la Moskowa comme Ministre de France; on ne croit pas, en tout cas, qu'il y fasse un long séjour. En allant à Paris, la Grande-Duchesse Stéphanie se bornera, probablement, à faire une visite agitée et fiévreuse à son cousin le Président de la République, et à se parfumer, auprès de lui, d'un peu d'encens impérial; mais la Princesse Mathilde ne lui laissera certainement pas le plaisir de faire les honneurs de la Présidence, qu'elle paraît s'être réservée. Tout cela a bien de la peine à avoir l'air sérieux[181].

[181] Le Prince Louis Bonaparte avait été élevé à la Présidence le 10 décembre 1848. M. Molé racontait lui-même que le matin de ce jour le général Changarnier, commandant les troupes qui, après la séance du serment, devaient escorter le Président à l'Élysée, se rendit chez lui pour conférer, et au moment de partir s'écria: «Eh bien! si au lieu de le conduire à l'Élysée, je le conduisais aux Tuileries?» Et M. Molé de lui répondre: «Gardez-vous-en bien!... Il s'y rendra assez tôt à lui seul!»

_Sagan, 18 janvier 1849._--Les réunions préparatoires pour les élections en Prusse ne donnent pas grand espoir pour le résultat définitif. Le ministère Brandebourg, de peur d'être accusé de réaction, fait du libéralisme inutile. La Grande-Duchesse Stéphanie, qui se réveille à mon égard d'un long sommeil, m'écrit tristement et en grande anxiété sur le sort de l'Allemagne rhénane. Il paraît que le Grand-Duc de Bade l'a menacée de lui supprimer son douaire, si elle allait le dépenser en France. J'ai aussi une lettre, pleine de dignité et d'affectueuse confiance, de Mme la Duchesse d'Orléans. Je compte aller la semaine prochaine à Dresde, pour y passer quelques jours près de ma sœur.

_Dresde, 28 janvier 1849._--Depuis qu'à Francfort on a refusé au chef futur de l'Allemagne l'hérédité et même le pouvoir à vie, il paraît impossible que le Roi de Prusse s'arrange d'une pareille dignité[182]. C'était la meilleure intrigue autrichienne pour mettre le Roi hors de cause et pour faire tomber en poussière toute cette invention ridicule et infernale, qui n'a produit que ruines et désordres. Les élections prussiennes sont fort médiocres, moins mauvaises que celles de l'année dernière, mais bien loin d'être assez bonnes pour faire concevoir de solides espérances. Aussi quelle loi électorale que celle qui a été octroyée! Ici, on a des Chambres folles qu'on ne sait comment diriger et qu'on n'ose point encore dissoudre. J'ai trouvé la Cour de Saxe fort triste. Dresde est plein comme un œuf, mais on ne se voit guère.

[182] La plus grande confusion régnait à Francfort depuis qu'il s'agissait de donner un chef définitif à l'Empire allemand, et de réaliser les belles promesses unitaires par une conclusion pratique. L'Autriche faisait semblant de se placer dans une expectative qui la laissait étrangère à tous les détails, et comme ne devant songer à se rapprocher de l'Allemagne que lorsque l'Allemagne existerait comme État constitué; son intention était, en somme, de ne prendre de résolution, à l'égard de son union avec l'Allemagne, que lorsque le choix du chef de l'Empire et la prééminence se seraient décidés en sa faveur ou contre elle.

_Sagan, 12 février 1849._--Berlin, que j'ai traversé en revenant, fourmillait de petits Princes allemands qui demandaient, comme seul moyen de salut, leur médiatisation. Ils s'offrent à la Prusse, qui, par scrupules de tous genres, les refuse. Elle trouve dangereux de donner cet exemple, puis viennent les souvenirs et les respects historiques et traditionnels du Roi. Bref, tous ces pauvres Princes s'en iront comme ils sont venus, et, probablement, malgré les promesses assez vagues de protection qu'ils ont reçues comme fiche de consolation, ils seront chassés de chez eux, un jour ou l'autre, comme des va-nu-pieds. Le comte de Bülow, Ministre de Prusse à Francfort, penche pour l'Assemblée de Francfort; à Charlottenburg, on est le contraire; cela jette une saccade malhabile dans la marche qu'on suit, et a produit, au grand déplaisir du Roi, une froideur marquée entre Kremsier et Berlin. Je ne sais qui est ce M. de Lurde, qui remplace M. Arago comme ministre de France à Berlin, mais il n'aura pas de peine à paraître à son avantage en comparaison de son prédécesseur, qui ne parlait que du grand cœur et de l'âme noble de Barbès!

_Sagan, 1er mars 1849._--Si j'en crois les lettres de Paris, tout y refleurit, tout y est en réaction vive vers l'ordre et le bien-être. Ce sont de tous côtés des éloges du Président. M. Thiers dit de lui: «Ce n'est pas César, mais c'est Auguste.» Les légitimistes remplissent ses salons, et, au sortir du bal, on n'entendait que des domestiques crier: «Les gens de Mme la Duchesse, de M. le Prince, etc...» On dit _Monseigneur_ au Président; rien n'est moins républicain; et on assure qu'il en est ainsi dans les provinces. J'avoue que je me défie un peu de ces trop brusques transitions, mais enfin le quart d'heure semble bon.

_Sagan, 31 mars 1849._--Je suis fort préoccupée de l'horizon politique, qui, au lieu de s'éclaircir, semble se couvrir de nouveaux nuages. Cette malheureuse Couronne impériale, sans tenter le Roi, plaît à ses entours, aux jeunes officiers, aux employés bureaucrates, dont la petite vanité y trouve pâture. La gauche y pousse avec perfidie, sentant bien que la soi-disant dignité impériale mettrait le Roi aux ordres des professeurs démagogues de Francfort. La mauvaise saison et l'état abominable des routes retardent la soumission de la Hongrie[183]. Il n'y a que les succès de Radetzky qui donnent quelque consolation, et encore à quel prix? Nous ne connaissons point encore de détails de ses deux dernières victoires, nous savons seulement l'abdication de Charles-Albert, mais les noms propres des victimes sont inconnus[184].

[183] Cette guerre, commencée à l'avènement de François-Joseph sur le trône d'Autriche, dura trois années; la Hongrie ne céda que devant les forces écrasantes de l'Autriche et de la Russie alliées.

[184] La France et l'Angleterre ayant offert leur médiation entre l'Autriche et la Sardaigne, l'armistice, signé le 9 août 1848, entre ces deux puissances, fut tacitement prorogé jusqu'à la fin des négociations; mais celles-ci n'ayant pu aboutir, la Sardaigne dénonça enfin cet armistice le 12 mars 1849. Le 20 du même mois, les hostilités recommencèrent. Le 23 mars, la bataille décisive de Novare vit l'armée sarde accomplir des prodiges de valeur, mais son chef, le général polonais Chrzanowski, commit des fautes déplorables, et la fortune de l'Autriche l'emporta encore une fois. Le roi Charles-Albert demanda au maréchal Radetzky un nouvel armistice dont les conditions étaient si dures, que le Roi déclara qu'il ne les souscrirait point; alors Charles-Albert abdiqua en faveur de Victor-Emmanuel et prit lui-même la route de l'exil. Le 27, le nouveau Roi se rendit au quartier général du maréchal Radetzky, et après un long entretien il signa un armistice qui devait se prolonger jusqu'à la conclusion définitive de la paix.

_Sagan, 13 avril 1849._--L'aimable lady Westmorland m'a fait la gracieuse surprise d'une visite de quarante-huit heures. Elle est arrivée hier, à ma grande joie. Elle est spirituelle, animée, affectueuse, vraiment charmante pour moi, conservant le plus tendre souvenir à feu M. de Talleyrand, causant du passé et du présent avec intérêt et la plus fine intelligence. Nous nous sommes rejetées vers les beaux temps de l'Angleterre. Éprouvés, comme nous le sommes tous, par les tristesses du présent, on préfère, au lieu de s'appesantir sur un sujet si lamentable, rejeter ses regards en arrière, pour y retrouver de ces précieux souvenirs que, pour ma part, je serais tentée de nommer les économies de mon cœur, et je me réfugie dans le passé, faute d'oser interroger l'avenir.

_Sagan, 21 avril 1849._--J'ai eu, hier, des lettres de Paris qui disent que, malgré les efforts de l'Union de la rue de Poitiers[185], le communisme fait en France de grands progrès.

[185] L'Union électorale ou le fameux Comité de la rue de Poitiers fut formé au commencement de 1849, par la droite conservatrice, pour diriger les élections et lutter contre le Comité démocratique socialiste.

On croit, à Berlin, que le Parlement de Francfort va se jeter entièrement dans les voies révolutionnaires, se former en Commission exécutive, en Comité de sûreté publique; il s'entourerait des troupes de Bade et de Nassau, sachant bien qu'on ne voudra pas faire marcher la garnison de Mayence contre Francfort, et profitant ainsi des éternelles irrésolutions de la Prusse[186]. La prétendue adhésion des vingt-huit petits gouvernements allemands n'est qu'une impertinence, puisqu'elle est conditionnelle; on ne veut se ranger sous la bannière prussienne que si, à l'imitation de ces petits gouvernements, la Prusse se soumet à la Constitution inventée à Francfort. Les quatre Rois de Saxe, de Bavière, de Hanovre et de Würtemberg restent dissidents.

[186] Le Roi de Prusse avait été élu le 28 mars, à l'assemblée de Francfort, _Empereur des Allemands_, et une députation était allée aussitôt lui porter ce titre. Cette députation avait été reçue le 3 avril par Frédéric-Guillaume IV, qui répondit qu'il n'accepterait cette dignité que lorsque les Rois, les Princes et les Villes libres de l'Allemagne lui auraient donné leur assentiment volontaire. Après de nombreux pourparlers, cette mission des Députés de Francfort devait échouer.

Sans les affaires de Danemark, la Prusse pourrait se fortifier chez elle (ce qu'elle ne fait pas trop) et se mettre en panne pendant l'orage de Francfort, mais le général de Pritwitz est soumis au prétendu gouvernement de Francfort[187]. Il faudrait un gouvernement plus régulier que celui-là pour traiter avec le Danemark. Comment sortir de cette impasse? Le Roi, au fond affectueusement disposé pour le Roi de Danemark, et craignant la Russie[188], s'oppose encore à l'occupation du Jutland.

[187] Le général de Pritwitz avait pris le commandement de l'armée fédérale en Schleswig-Holstein, après que le général Wrangel eut été nommé au commandement des troupes de Berlin.

[188] Nicolas Ier avait menacé de déclarer la guerre à la Confédération germanique si les troupes allemandes n'évacuaient pas les Duchés et ne repassaient pas l'Elbe.

_Sagan, 30 avril 1849._--L'état de l'Allemagne ne s'améliore pas. Voilà le Roi de Würtemberg qui a cédé, parce que ses troupes ont déclaré ne pas vouloir tirer contre le peuple[189]. Voilà le Parlement de Francfort qui recourt aux moyens les plus révolutionnaires pour forcer les souverains à se soumettre à ses lois[190]. Il exige que les gouvernements ne dissolvent pas leurs Chambres sans la permission du prétendu gouvernement central. Ce bel arrêté est arrivé à Hanovre et à Berlin six heures après les dissolutions officiellement annoncées. Le général de Pritwitz demande à quitter son commandement contre les Danois, parce qu'il ne veut pas obéir à Francfort, et ne peut pas commander à tous les petits Princes allemands, qui veulent chacun trancher du maître. Le Danemark a déjà enlevé un grand nombre de bâtiments marchands prussiens; cependant, à Copenhague, on est décidé à la paix; on la désire en Russie, en Angleterre et _en Prusse_, sans avoir, à Berlin, le courage de rappeler les vingt mille hommes qui se trouvent en Holstein et Schleswig. Francfort s'oppose, par tous les moyens, à la paix, afin de dégarnir les Princes allemands de leurs troupes, et de les laisser ainsi, sans défense, livrés aux hordes révolutionnaires. Bref, la confusion est à son comble, et je trouve l'Allemagne plus malade de beaucoup qu'il y a quatre mois. Cependant, la dissolution de la Chambre prussienne, qui était devenue urgente depuis que, du haut de la tribune, on proclamait la République rouge, fera peut-être quelque bien[191]. Il est surtout très nécessaire que l'Autriche termine en Hongrie. C'est là que notre sort se décidera. La Russie est entrée en Transylvanie avec cent vingt mille hommes. A Olmütz, on trouve ce chiffre un peu élevé, mais l'Empereur Nicolas a déclaré qu'il ne voulait plus d'un second échec comme celui d'Hermannstadt[192], et qu'il s'abstiendrait tout à fait, ou bien qu'il fallait trouver bon qu'il parût avec des forces imposantes. Il sent, d'ailleurs, qu'il combat ses ennemis personnels, les Polonais, sur le terrain hongrois. On dit qu'il y a vingt mille Polonais sous les drapeaux de Bem et de Kossuth.

[189] Sous la force de l'opinion, et pour éviter une catastrophe, le Roi de Würtemberg finit par adopter la Constitution votée par l'Assemblée de Francfort, y compris le chapitre relatif au Chef de l'Empire, qu'il avait, jusque-là, obstinément rejeté.

[190] Dans sa séance du 26 avril, l'Assemblée de Francfort avait déclaré que l'acceptation de la dignité de Chef de l'Empire conférée au Roi de Prusse ne saurait être séparée de l'acceptation de la Constitution.

[191] Le 26 avril, une vive agitation s'était produite à la Chambre prussienne, dans les rangs de la gauche, à la suite d'une lettre, trouvée sur les sièges des Députés, où un grand nombre de signataires de la fraction rouge proclamaient la souveraineté du peuple et annonçaient que tous leurs efforts tendaient à la formation d'une grande République polonaise. Le soir même paraissait l'Ordonnance du Roi qui dissolvait la Chambre.

[192] Le général Bem, Polonais d'origine, qui s'était illustré dans la défense de Varsovie en 1831, s'était joint, en 1848, aux Hongrois soulevés contre l'Autriche, et avait remporté de grands succès en Transylvanie, notamment à Hermannstadt.

_Sagan, 10 mai 1849._--Les orages éclatent de toutes parts. L'Allemagne est en feu sur tous les points. On s'est battu à Dresde; on s'est battu à Breslau[193]. Les Russes se sont servis des chemins de fer prussiens pour envahir la Moravie. On les reçoit bien, car tout ce qui tendra à étouffer et à terminer la lutte hongroise sera un bienfait, non seulement pour l'Autriche, mais pour l'Europe entière, car les échos hongrois encouragent les méchants et fomentent l'insurrection partout.

[193] Le 3 mai, le Roi de Saxe ayant refusé positivement de reconnaître la Constitution de l'Empire, son Palais fut immédiatement entouré par la foule, un Comité de défense fut formé et l'Arsenal assailli. Le peuple s'empara de l'Hôtel de ville et fit flotter sur le balcon le drapeau tricolore allemand. La Famille Royale et les Ministres s'enfuirent à Kœnigstein. Sans l'intervention de la Prusse et l'arrivée du général Wrangel, la République était proclamée.--Le contre-coup de cette émeute se fit sentir à Breslau, où, le 7 mai, des bandes insurgées parcoururent les rues, précédées du drapeau rouge, qu'elles portèrent devant l'Hôtel de ville, en proclamant la République. Les autorités militaires enlevèrent les barricades à la baïonnette après une vive fusillade.

_Sagan, 17 mai 1849._--C'est aujourd'hui une date solennelle, que je célèbre chaque fois avec une douloureuse émotion au fond de mon cœur[194]. Plus les années me rapprochent de la réunion suprême, et plus je sens tout ce que cette journée, il y a onze ans, a eu de grave et de décisif. Puisse Dieu bénir chacun de ceux qui y ont pris une part chrétienne; je le lui demande, du fond de mes misères, avec une ferveur qui atténuera, je l'espère, leur peu de valeur!

[194] Jour anniversaire de la mort de M. de Talleyrand.

_Sagan, 25 mai 1849._--Un des vrais malheurs du gouvernement prussien, c'est d'avoir à Londres Bunsen, qui y joue un rôle inconcevable; Radowitz, avec des intentions plus pures, mais des idées fausses, complique aussi, à Berlin même, la situation, et empêche qu'on ne tranche aussi nettement qu'il le faudrait certaines questions. Le Roi de Prusse a envoyé le général de Rauch à Varsovie, près de l'Empereur Nicolas, pour tâcher de calmer ce souverain, qui est outré que les Prussiens soient entrés en Jutland, malgré la parole donnée[195].

[195] Les troupes allemandes étaient entrées en Jutland après un combat entre Wisdrup et Gudsor; mais les Danois se retirèrent derrière les remparts de Frédéricia, que vinrent bombarder les troupes prussiennes, en même temps que des négociations de paix entre le Danemark et la Prusse se poursuivaient à Londres sous les auspices de lord Palmerston. Quelques jours plus tard, une flotte russe quitta Cronstadt pour porter son appui au Danemark contre la Prusse, qui, selon l'Empereur Nicolas, maintenait chez ses voisins un esprit de révolte contre leur souverain légitime, et faisait tout ce qui dépendait d'elle pour se rendre maîtresse des mouvements de l'Allemagne.--La note dont était porteur le général de Rauch faisait observer au Czar que la Prusse ne faisait la guerre au Danemark que par ordre du pouvoir central, et que personne, plus que le Cabinet prussien, ne désirait la fin des complications.

_Sagan, 31 mai 1849._--Des négociations ouvertes à Berlin[196], je puis dire, de bonne source, ce qui suit. Il y a quatre jours qu'un protocole a été signé à Berlin, entre la Prusse, la Saxe et le Hanovre. Il relate: 1º tout ce qui s'est fait pour accorder à l'Allemagne une Constitution raisonnable et efficace; 2º que le Hanovre et la Saxe, dans leur désir de maintenir l'ordre dans leurs États, reconnaissent et acceptent la direction _militaire_ de la Prusse pour les mesures qui pourraient devenir nécessaires, dans le but de maintenir la tranquillité de leurs États. M. de Beust a néanmoins fait les réserves suivantes, au nom du Gouvernement saxon: 1º que la Saxe ne prétend pas par cet arrangement porter atteinte aux droits de l'Autriche, comme membre de la Confédération germanique; 2º que si les grands États du Sud de l'Allemagne ne veulent pas adhérer à la Constitution, jointe au protocole, la Saxe aura le droit de s'en détacher; 3º que cette Constitution recevra la sanction des Chambres saxonnes. Le Hanovre a remis une note contenant identiquement les mêmes réserves. La nouvelle Constitution va paraître incessamment dans une note circulaire adressée par la Prusse à tous les gouvernements de l'Allemagne, et les invitant à s'y rattacher. Le Ministre de Bavière, M. de Lerchenfeld, a aussi signé le protocole, mais uniquement comme un des témoins des Conférences et dans l'espérance que son Gouvernement adhérera _d'une façon ou d'une autre_ à cet arrangement. M. de Prokesch n'a assisté qu'à la première Conférence, Radowitz y ayant déclaré, dès l'abord, qu'il n'avait pas à traiter avec les Gouvernements qui ne reconnaîtraient pas, comme base des négociations, la direction générale accordée à la Prusse. La conduite hautaine de Radowitz est incontestablement la cause de cette déplorable désunion parmi les têtes couronnées, à une époque où il serait si nécessaire de les voir indissolublement unies. Avec un peu d'adresse, et en ne mettant pas en avant, pour début, la question de _suprématie_, il aurait rendu à son Roi, à sa Patrie, un grand service, car alors les autres États auraient unanimement demandé à la Prusse de prendre cette direction en mains, au lieu que maintenant, ils veulent voir dans les prétentions dictatoriales des vues plus ambitieuses qu'elles ne sont en réalité, et de là naissent des jalousies inquiètes, qui étouffent la voix de la raison et des vraies nécessités. Malgré la présence d'un nouvel envoyé danois à Berlin, on est fort éloigné encore, même d'un armistice. Les dernières concessions danoises, appuyées par lord Palmerston, ont été repoussées avec hauteur par la Prusse, qui en réclame d'inadmissibles, disant que celles-ci seules peuvent satisfaire l'honneur engagé.

[196] Le Cabinet prussien avait invité les autres Cabinets allemands à prendre part à un Congrès à Berlin, qui aurait pour but d'aplanir les difficultés soulevées par le refus de l'Assemblée de Francfort de rien changer à la Constitution qu'elle avait votée.

_Sagan, 12 juin 1849._--Le choléra a repris partout dans cette partie de l'Allemagne; à Breslau, à Berlin, à Halle, il décime les populations; bref, c'est une horreur que l'état du genre humain. On m'écrit que lord Palmerston a déclaré à Bunsen que, las des exigences prussiennes, qui augmentent en raison des concessions danoises, il allait changer son rôle de médiateur en celui d'allié actif, conjointement avec la Russie, pour protéger le Danemark. Bunsen, en rendant compte de cette conversation à sa Cour, ajoute que cette menace n'a rien de sérieux, en quoi il se trompe, et trompe sa Cour.

_Sagan, 9 juillet 1849._--J'ai eu la visite du baron de Meyendorff, Ministre de Russie à Berlin, se rendant par Varsovie à Gastein, ce qui n'est pas le plus court. Il était assez sombre dans ses prévisions, et encore plus sur le Nord que sur le Midi de l'Allemagne; je m'explique: plus soucieux des destinées prussiennes que de celles de l'Autriche.

_Sagan, 3 septembre 1849._--Le général comte Haugwitz s'est arrêté ici quelques jours. Il venait de Vienne où on attendait Radetzky. Le jeune Empereur, pour recevoir le vieil Ajax, avait retardé son départ pour Varsovie, où il se rend pour remercier son puissant allié. Celui-ci se conduit de la manière la plus noble et la plus loyale envers son jeune ami et pupille; c'est ainsi qu'il considère l'Empereur François-Joseph. Paskéwitch a demandé la grâce de Georgei, qui lui a été accordée immédiatement[197]. L'Autriche désire que pour le moment quelques régiments russes se prolongent encore en Galicie.

[197] Georgei avait capitulé avec vingt-deux mille combattants, à Vilagos, où il rendit son épée aux Russes. Il fut livré aux Autrichiens, mais relâché, en effet, après une courte détention, sur la demande de Paskéwitch.

_Hanovre, 5 novembre 1849._--Ma matinée d'hier s'est passée à faire des visites à plusieurs dames de la ville que je connais, et à faire ma cour à la Princesse Royale, qui est douce, bienveillante, et chez laquelle j'ai vu ses deux enfants; le troisième est en train de se produire, on attend ce mois-ci son entrée dans le monde. La Princesse Royale m'a montré plusieurs portraits de famille fort intéressants; les deux qui m'ont frappée davantage sont celui de l'Électrice Sophie, protectrice de Leibnitz et souche de la maison Royale d'Angleterre; elle devait être bien jolie, avec ce beau type un peu allongé, mais si noble, des Stuarts; le second est un charmant portrait de la sœur de la Princesse Royale, la Grande-Duchesse de Russie, femme du Grand-Duc Constantin: c'est une figure spirituelle, animée, piquante. On dit qu'elle justifie cette expression, ce qui la rend bien plus propre à la Cour de Pétersbourg qu'elle ne l'eût été ici, où sa sœur aînée semble créée et faite exprès pour sa touchante mission[198]. Il y avait grand dîner chez le Roi; j'étais assise entre lui et le Prince Royal. Je n'ai jamais vu un aveugle manger plus adroitement, et sans autre secours que celui de son instinct et de l'habitude. A neuf heures, je suis retournée au thé du Roi, pris dans l'intimité, entre lui et ce qu'on appelle ici la Comtesse Royale (Mme de Grote), puis mon beau-frère, et le général Walmoden. Le Roi vit d'huîtres et de glaces, singulier régime qui réussit merveilleusement à ses quatre-vingts ans. Pendant que nous étions chez lui, est arrivée une dépêche de Vienne, qu'il a fait lire tout haut par la Comtesse[199]. Il y était dit que l'Autriche avait fait passer une note des plus graves à la Prusse contre la convocation de la Diète dite de l'Empire, et qu'en même temps, le mouvement de l'armée vers la frontière de Bohême et de Silésie augmentait. On dit que les corps d'armée qui s'y sont concentrés s'élèvent à soixante mille hommes. Le prince Schwarzenberg a répondu aux questions du comte Bernstorff, ministre de Prusse à Vienne, à ce sujet, que la convocation d'une Diète à Erfurt remuant et réveillant l'agitation démocratique, et menaçant par conséquent le royaume et les duchés de Saxe, ces troupes étaient destinées à leur protection et défense éventuelles.

[198] Allusion à la cécité du Prince Royal de Hanovre.

[199] Le Cabinet de Vienne, toujours jaloux de la situation de la Prusse en Allemagne, tâchait par tous les moyens de détruire son ascendant. Influençant le Hanovre, pour le détacher de l'alliance avec le Roi de Prusse, il lui avait représenté l'état fédératif restreint comme devant fournir un nouvel élément à la démocratie, et avait fait valoir qu'en contribuant à transformer le pouvoir central provisoire en un pouvoir définitif, la Prusse acquerrait la suprématie en Allemagne.

L'Archiduc Jean croyait à un rendez-vous intime et sans pompe avec le Roi Léopold[200]; au lieu de cela, celui-ci l'a reçu avec une grande solennité. Mme de Brandhofen et le petit comte de Méran n'entrant pas dans le cérémonial, on leur a, tout à coup, fait faire incognito une tournée de chemin de fer en Belgique. Arrivés à Bruxelles, ils ont fait une entrée inattendue dans le salon Metternich, ce qui était d'autant plus étrange que les relations entre le prince Metternich et l'Archiduc Jean avaient été, de tout temps, froides et malveillantes. La politesse de Metternich a tout simplifié.

[200] L'Archiduc Jean, qui possédait en Styrie de grands établissements qu'il voulait développer, était venu en Belgique pour y examiner l'industrie métallurgique. Le 24 octobre, le Roi des Belges vint à sa rencontre à Liège, visita avec lui Seraing et les établissements de la Vieille-Montagne, à Angleux.--L'Archiduc avait épousé morganatiquement Mlle Plochel, créée baronne de Brandhofen, et leur fils unique avait reçu le titre de comte de Méran.

_Eisnach, 7 novembre 1849._--J'ai quitté Hanovre hier matin et suis arrivée ici l'après-midi. J'ai tout de suite fait savoir mon arrivée à Mme Alfred de Chabannes, qui est venue aussitôt à mon auberge. Nous sommes restées longtemps à causer sur la petite Cour _émigrée_ dont elle fait momentanément partie; je dis émigrée, quoique Mme la Duchesse d'Orléans permette le moins possible l'inconvénient, qui s'attache à cette position, de se développer. Il est cependant impossible de les écarter tous; ils naissent, pour ainsi dire, de la force des choses. C'est ainsi que les divers partis se représentent et se personnifient dans son entourage. Il y a des _fusionnistes_, il y a des _séparatistes_; elle-même n'est ni l'une ni l'autre absolument; elle n'aime pas que l'on dise que c'est elle qui s'oppose à la fusion, mais elle ne veut pas faire les premières ouvertures, et elle n'a même pas permis jusqu'à présent qu'on dise, hautement, qu'elle n'y serait pas opposée. Elle craint aussi, par la fusion, de dégoûter ses adhérents en France, qu'elle croit, ce me semble, plus nombreux qu'ils ne sont, quoiqu'elle s'aperçoive que des personnes sur lesquelles elle comptait lui manquent chaque jour; les noms qui semblent peser, en ce sens, le plus péniblement sur son cœur, sont ceux de Molé et de Thiers. J'ai vu Mme la Duchesse d'Orléans seule, pendant une demi-heure, avant le dîner; le Duc et la Duchesse de Nemours nous ont interrompues. J'ai trouvé la Duchesse d'Orléans, extérieurement, telle que je l'avais laissée, peut-être les traits un peu grossis; la disposition d'âme plus abattue, toujours la même douceur, même dignité, un peu moins d'énergie, assez prête à se sentir ployer sous les mécomptes provenant moins des choses que des personnes, humiliée de l'état de dégradation dans lequel est tombée la France, fort sage sur l'état de l'Allemagne, mettant le soi-disant pouvoir central et les parodies impériales à leur place. Les Nemours, fort Autrichiens dans leur politique, s'exprimaient aigrement sur lord Palmerston, _fusionnistes au fond_, revenant de Vienne, retournant à Claremont. Elle est fraîche et belle, et se risque à avoir son opinion, qui est positive. Lui, engraissé, prenant beaucoup de la ressemblance du Roi, surtout dans la façon de parler, ayant trouvé enfin le courage de s'exprimer; le faisant avec bon sens, mais manquant de grâce, comme par le passé. Les lettres publiées de ses frères n'ont eu, en aucune façon, son approbation; il redoute beaucoup qu'on adopte la loi qui rappellerait sa famille en France, de peur de voir ses frères y courir[201]. Tout cela est fort bon, mais, je le répète, un certain élan manque; il ne comptera jamais, et n'agira guère; c'est une honorable négation. Le Comte de Paris est fort grandi, élancé, assez joli, ayant perdu de sa timidité, mais avec un son de voix souvent glapissant et désagréable; le Duc de Chartres singulièrement fortifié et turbulent; les trois enfants Nemours sont assez gentils. Après le dîner, commencé vers sept heures, on est resté en conversation jusque vers onze heures. Boismilon est fort séparatiste; il y avait là aussi Ary Scheffer, qui me paraît être dans les _zélés_. M. de Talleyrand redoutait cette disposition.

[201] Le 24 octobre, M. Creton avait proposé à l'Assemblée nationale l'abrogation des lois qui avaient proscrit les Bourbons. Cette question donna lieu à un vif débat. Le Prince Jérôme-Napoléon cita à la tribune des lettres écrites en 1848 par les fils de Louis-Philippe, protestant contre leur bannissement et demandant à rentrer dans la patrie commune en reconnaissant la Souveraineté nationale.--La proposition de M. Creton fut repoussée par cinq cent quatre-vingt-sept voix.

La Princesse de Joinville est accouchée d'un enfant mort et elle a été dans un grand danger. Le pauvre petit corps d'enfant a été, sans avertissement préalable, porté à Dreux par mon cousin Alfred de Chabannes. On l'a déposé dans le caveau de famille; la messe s'y est dite, et ce n'est que le tout achevé que M. de Chabannes a été prévenir le Maire de sa mission accomplie. Celui-ci s'est conduit décemment. Mme de Chabannes m'a aussi raconté que lorsque son mari a été retrouver Louis-Philippe à Claremont pour la première fois après Février, celui-ci lui avait dit, presque en le voyant entrer: «Que voulez-vous! Je me suis cru infaillible!» Ce mot m'a paru frappant de vérité, et remarquable comme aveu.

Mme la Duchesse d'Orléans compte retourner au printemps à Londres, pour y faire faire au Comte de Paris sa première Communion, à laquelle l'abbé Guelle le prépare par d'assez fréquentes courses à Eisenach.

_Berlin, 8 novembre 1849._--En rentrant ici, j'y trouve mon beau-frère, revenant de Dresde, où l'esprit public est, dit-on, de plus en plus mauvais. Les Ministres n'ont pu obtenir du Roi de Saxe aucun arrêt de mort, même contre les plus coupables, ce qui a indigné les bien pensants et irrité les troupes qui s'étaient si bien battues au mois de mai dernier; cela donne aussi la plus grande arrogance aux émeutiers. Le Roi est tellement tombé dans la déconsidération que, dans les rues, on ne lui rend pas son salut.

Hier, anniversaire de l'installation du Ministère Brandebourg, il y a eu aussi une grande fête dans les salles de Kroll au Tiergarten. Les Ministres y étaient tous présents, et le tout s'est passé fort _loyalement_, dit-on. Cependant, dans un autre coin de la ville, on célébrait, soi-disant religieusement, un autre anniversaire, celui de la fusillade du fameux Robert Blum[202]. Il y en avait pour tous les goûts et je crains que celui pour le _désordre rouge_ ne soit encore assez vivace.

[202] Robert Blum s'était mis à la tête de la démocratie saxonne en 1848; envoyé à l'Assemblée de Francfort, il y avait fait preuve d'un certain talent oratoire, mais, ayant pris part aux révoltes de Vienne, il avait été pris et fusillé par les Autrichiens.

Une lettre de Paris que je trouve ici me dit que tout le nœud de la situation en France est dans l'armée, celle-ci mi-partie à Cavaignac, mi-partie à Changarnier; le premier, tout républicain, le second ne voulant pas se laisser pénétrer. Depuis la lettre écrite par Louis-Napoléon à Edgar Ney[203] à Rome, Changarnier s'est, dit-on, un peu retiré de l'Élysée; aussi le Président voudrait-il donner le commandement des troupes de Paris au général Magnan.

[203] Voici cette fameuse lettre à Edgard Ney dans laquelle la France vit tout un programme:

«Paris, 18 août 1849.

«MON CHER NEY,

«La République française n'a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne, mais, au contraire, pour la régler en la préservant de ses propres excès et pour lui donner une base solide en remettant sur le trône pontifical le Prince, qui le premier s'était placé hardiment à la tête de toutes les réformes utiles.

«J'apprends avec peine que l'intention bienveillante du Saint-Père, comme notre propre action, reste stérile en présence de passions et d'influences hostiles qui voudraient donner pour base à la rentrée du Pape la proscription et la tyrannie. Dites bien de ma part au Général que dans aucun cas il ne doit permettre qu'à l'ombre du drapeau tricolore il se commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention. Je résume ainsi le pouvoir temporel du Pape: amnistie générale, sécularisation de l'administration, code Napoléon et gouvernement libéral.

«J'ai été personnellement blessé en lisant la proclamation des trois Cardinaux où il n'était pas fait mention du nom de la France et des souffrances de ses braves soldats. Toute insulte à notre drapeau ou à notre uniforme me va droit au cœur. Recommandez au Général de bien faire savoir que si la France ne vend pas ses services, elle exige au moins qu'on lui sache gré de ses sacrifices et de son intervention.

«Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la destruction des abus de la féodalité et les germes de la liberté. Il ne sera pas dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre sens et amener d'autres résultats.

«Priez le Général de remercier, en mon nom, l'armée de sa noble conduite. J'ai appris avec peine que, physiquement même, elle n'était pas traitée comme elle méritait de l'être. J'espère qu'il fera sur-le-champ cesser cet état de choses. Rien ne doit être ménagé pour établir convenablement nos troupes.

«Recevez, mon cher Ney, l'assurance de ma sincère amitié.

«LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE.»

Nous avons reproduit cette lettre d'après le texte donné par le _Journal des Débats_ du 7 septembre 1849. M. Edgard Ney était officier d'ordonnance du Prince-Président, qui l'avait chargé d'une mission auprès du Gouvernement papal. Le maréchal Bugeaud commandait alors les troupes françaises à Rome, mais enlevé tout à coup par le choléra, il fut remplacé par le général Oudinot qui mena toutes les opérations militaires.

A Paris, Mme de Lieven est ravie d'y être revenue; elle y dit du mal tant qu'elle peut de l'Angleterre. Elle est coiffée d'un bonnet à la du Deffand; elle loue le Président de la République; elle cherche, comme autrefois, à attirer chez elle du monde de toute couleur; il paraît qu'elle y réussit assez pour s'étonner naïvement que personne ne lui nomme M. Guizot, qu'elle attend en décembre.

_Berlin, 12 novembre 1849._--J'ai passé hier presque toute la journée à Sans-Souci, entre le Roi et la Reine, toujours très obligeants pour moi. Le Prince Frédéric des Pays-Bas, qui arrivait de la Haye, disait bien du mal de l'état des choses de ce pays-là. On y prononce assez hautement les mots de déchéance, d'abdication, de Régence. Le jeune Roi est méprisé, la jeune Reine n'est pas aimée; la Douairière pas davantage; bref, on y est fort mal assis. Le Roi de Prusse s'attendait à ce qu'on proclamât l'Empire à l'Élysée; tous les regards sont tendus vers la France.

Une lettre de Vienne, reçue hier, me dit qu'à travers tout l'éclat militaire, il s'y manifeste quelques nouvelles inquiétudes. Les paysans sont très mécontents du nouveau système d'impôts fonciers, de l'obligation de racheter leurs dîmes et de compenser, par des indemnités, ce qu'ils espéraient ravir à leurs Seigneurs; la noblesse trouve que l'égalité de l'impôt à laquelle on la soumet est une dureté et une nouveauté odieuses; les _hodweds_[204], qu'on a casés dans les régiments, y sèment de fort mauvaises doctrines; le jeune Empereur est un peu cassant et volontaire avec les vieux généraux; bref, il y a, chez nos voisins, si ce n'est les mêmes difficultés qu'ici, du moins, pas plus de quiétude fondée.

[204] Soldats de réserve. Landwehr hongroise.

_Sagan, 21 novembre 1849._--On m'écrit, de Paris, à la date du 14: «Nous avons l'amnistie, donnée par le Président à sept cent cinquante messieurs fort incommodes; cet acte de popularité pourra coûter cher à celui qui l'a donné, car ces gens-là reviennent exaspérés, ce qui contraindra à leur envoyer, un de ces jours, des coups de fusil[205]. Il y a, à travers toutes les velléités impériales que nous voyons surgir, une question qui n'est nullement résolue, pour moi du moins: c'est celle de savoir ce que fera le général Changarnier[206], et quoiqu'il soit tout à fait bien avec le Président, à l'heure qu'il est, je ne pense pas qu'il lui reste attaché au moment d'un changement, qui, par là, deviendrait une crise inévitable.»

[205] Le 12 novembre, M. Barrot, ministre de l'intérieur, annonça à l'Assemblée nationale de Paris que le Président, usant du droit que lui conférait le décret du 18 juin 1848, avait ordonné la mise en liberté du plus grand nombre des insurgés détenus à Belle-Isle.

[206] Le général Changarnier commandait alors les troupes de Paris.

_Sagan, 2 décembre 1849._--La longue Thérèse Elssler, maîtresse en titre depuis plusieurs années du Prince Adalbert de Prusse, va devenir sa femme, sous le titre de Mme de Fischbach, nom pris de la terre que possède le vieux Prince Guillaume dans les montagnes de Silésie. C'est là que feu la Princesse Guillaume est restée en odeur de sainteté; il est un peu choquant que ce soit précisément ce nom qui passe à une ex-danseuse[207]. On est de fort mauvaise humeur à Sans-Souci de ce mariage, mais on y consent, avec la faiblesse habituelle qui y règne.

[207] Le Roi de Prusse ne consentit pas à donner à Th. Elssler ce nom de Fischbach, et lui accorda le titre de baronne de Barnim.

Il se prépare à Berlin un autre scandale, d'une portée plus sérieuse. C'est l'acquittement probable de Waldeck, dont le procès tient tous les esprits en suspens depuis si longtemps[208]. On a eu l'incomparable niaiserie de choisir, pour présider les assises, un magistrat d'un caractère très faible, père d'un _héros des barricades_, et qui préside avec la plus impudente et grossière partialité en faveur de Waldeck. Les menaces anonymes ne manquent pas aux jurés, qui prononceront sous le coup de l'intimidation. C'est déplorable, car le résultat peut avoir des conséquences fort graves.

[208] Waldeck, arrêté et emprisonné depuis le mois de mai comme complice d'une grande conspiration révolutionnaire, fut acquitté, après un long procès, le 5 décembre, par des juges qu'on ne regardait pas à Berlin comme assez impartiaux.

_Sagan, 6 décembre 1849._--L'ovation de ce vilain Waldeck après son acquittement paraît avoir été assez scandaleuse pour motiver une intervention militaire. J'ignore encore les détails, que la poste m'apportera sans doute aujourd'hui. J'ai dans l'idée que nous allons rentrer dans une phase d'émeutes; je le pense d'autant plus que les Polonais recommencent leurs promenades, et, chaque fois qu'ils apparaissent, il y a anguille sous roche, comme on dit vulgairement.

Je viens d'achever la lecture de la vie de Mme de Krüdner; il s'agit d'une personne tout à part; mais à la longue, c'est une lecture cependant fatigante, et qui, au total, me laisse la pensée que Mme de Krüdner, toujours dupe de sa vanité, a été, dans sa jeunesse, galante par vanité; plus tard, littéraire par vanité; enfin, qu'elle est devenue missionnaire, toujours par vanité. Mais la vanité a aussi sa bonne foi, comme elle a, et précisément parce qu'elle a, de prodigieuses crédulités. Comme mystique, Mme de Krüdner n'a ni l'élévation de sainte Thérèse, ni la grâce contenue de Mme Guyon; ses lettres spirituelles sont _lourdes_, et, quand elle veut se perdre dans les nues, on sent que les ailes sont de plomb. Il faut bien que, dans ses discours et allocutions, elle ait eu de l'entraînement, car on ne produit pas, sans des dons particuliers, des résultats qui ont eu leur charlatanisme, mais aussi, en bien des occasions, leur réalité.

_Sagan, 10 décembre 1849._--La mort de la Reine Adélaïde d'Angleterre, dont j'ai lu la nouvelle avant-hier dans les gazettes, m'a tristement émue, en me reportant au bon temps où j'avais l'honneur de la voir et d'être traitée par elle avec une bonté que je n'oublierai jamais. C'était une noble femme, qui a porté des positions difficiles à plusieurs égards, avec une grande et simple dignité.

Il y a un peu d'émotion à Sans-Souci de la concentration des forces autrichiennes touchant aux frontières saxonnes. Il paraîtrait que le général Gerlach, favori influent du moment près du Roi de Prusse, a été expédié à Dresde pour tirer la chose au clair. Si ces troupes ne sont destinées qu'à purger au besoin la Saxe des _rouges_ qui y sont plus audacieux encore qu'ailleurs, on regarderait cette intervention comme un pendant de celle de la Prusse dans le Grand-Duché de Bade, et on ne dirait rien; mais il y a des habiles qui veulent y voir une menace peu voilée contre la Diète d'Erfurt[209]. Dans ce cas, il paraîtrait qu'on ne laisserait pas faire.

[209] Chassés de Francfort, les débris de l'Assemblée nationale s'étaient rassemblés à Stuttgart, et le parti révolutionnaire, donnant le signal d'une insurrection ouverte en Allemagne, prit les armes en Saxe, dans le Palatinat rhénan et dans le Grand-Duché de Bade, renversant les Gouvernements et restant partout victorieux, jusqu'au moment où les troupes prussiennes rétablirent l'ordre. Ce fut alors que la Saxe et le Hanovre convinrent avec la Prusse d'une nouvelle Constitution et conclurent l'alliance dite _des trois Rois_, mais l'Autriche, jalouse de la prépondérance en Allemagne, s'opposa aux vues prussiennes, et décida la Saxe et le Hanovre à se retirer. Frédéric-Guillaume IV constitua alors l'_Union_ avec le reste de ses alliés, et, ouvrit la Diète d'Erfurt où la nouvelle Constitution fut acceptée. Ce fut alors que l'Autriche, pour empêcher à tout jamais un semblable projet, engagea les États allemands à rétablir l'ancienne Confédération germanique, et, malgré l'opposition de la Prusse, ce plan devait être exécuté.

_Sagan, 12 décembre 1849._--J'ai lu le discours de réception du duc de Noailles à l'Académie française[210]. Il est écrit en très beau langage, avec une véritable élévation de style et de pensée, une correction, une pureté qui reportent aux meilleures époques du goût et de la littérature; il est noblement senti, aussi prudent que digne; il s'y trouve des passages particulièrement de mon goût, notamment sur Pascal et sur Voltaire, avec une habile transition qui le fait revenir vers M. de Chateaubriand. Cependant, _à mes yeux_, ce discours a un défaut; c'est de placer son objet beaucoup plus haut qu'il ne le mérite, et lors même que le talent ne serait pas exagéré, la valeur du caractère l'est extrêmement. Le duc de Noailles a eu raison de ne pas trop s'arrêter sur les _Mémoires d'outre-tombe_, car c'est dans ce triste legs que l'aridité du cœur, l'excès de la vanité, l'âcreté du caractère se révèlent, et que le talent lui-même est bien souvent perdu dans l'exagération du mauvais goût, reproché justement aux imitateurs maladroits de cette école. Mais tous les éloges académiques pèchent par l'excès de la louange. Condamnés à faire un portrait sans ombre, la vérité du coloris en souffre, et la véritable physionomie est trop souvent effacée. C'est le tort du genre, plus que celui du récipiendaire, et on ne peut le lui reprocher. J'ai commencé hier le sixième volume des _Mémoires d'outre-tombe_. Il contient l'esquisse de l'histoire de Napoléon, dont, à propos de lui-même, M. de Chateaubriand grossit ses propres _Mémoires_; le tout écrit à l'effet, sans grand souci de la vérité. J'ai été singulièrement frappée d'y trouver un éloge jeté en passant à M. de Caulaincourt (malgré le duc d'Enghien). Du reste, même malveillance pour le genre humain, même haine pour M. de Talleyrand.

[210] Le duc de Noailles avait été élu à l'Académie en remplacement de Chateaubriand. Il allait former dans cette Assemblée, avec MM. de Broglie et Pasquier, le petit groupe appelé _le parti des Ducs_.

_Sagan, 14 décembre 1849._--On me mande de Paris que Mme de Lieven se débarrasse parfois de ses coiffes à la du Deffant pour y substituer des toques de velours noir avec plumes blanches, qui sont du dernier coquet. Elle va dans le monde, ne touche pas terre. Elle s'est fait présenter chez Mme de Circourt, où se réunit la société ultra-catholique. Elle tâche d'y faire des recrues pour son salon, et essaye avant tout d'y attirer M. de Montalembert.

A en juger par un article de _l'Ami de la Religion_, notre cher seigneur d'Orléans[211] a célébré plus d'un triomphe à Notre-Dame; celui de la foi dont il est animé, celui aussi de l'amitié et du respect dont il est l'objet. Je m'attends à recevoir une hymne chrétienne de ma bonne Pauline à ce sujet.

[211] L'abbé Dupanloup venait d'être appelé à l'évêché d'Orléans, sous le ministère de M. de Falloux, alors Ministre des Cultes et de l'Instruction publique.

_Sagan, 16 décembre 1849._--On m'écrit de Berlin, en date d'hier: «La question allemande est plus confuse que jamais; personne n'y voit clair. Tout ce qui paraît décidé, c'est qu'on fera les élections pour Erfurt, malgré l'Autriche, dont le langage modéré indique cependant une volonté assez déterminée de ne pas s'en accommoder. Tirez de tout ceci les conséquences probables, je ne voudrais en affirmer aucune.»

Je ne cesse de passer dans des soubresauts nerveux tout le temps que je mets à lire le sixième volume des _Mémoires d'outre-tombe_. M. de Talleyrand y revient à chaque instant, avec un redoublement de rage, qui, à la vérité, devient par elle-même un contrepoids à la méchanceté, mais qui en laisse néanmoins subsister une bonne partie. Là où l'action de M. de Talleyrand a été réelle, il la passe sous silence; là où elle a été moindre, il l'invective avec fureur, et tout cela, parce qu'il cherche à établir que sa brochure de _Buonaparte et les Bourbons_ a fait la Restauration de 1814. Aussi, quand il est au pied du mur, il lui échappe un cri de douleur, il dit alors: «Ma pauvre brochure fut écrasée entre les sales intrigues de la rue Saint-Florentin», et dans ce cri est le nœud de l'explication de cette furibonde colère. O vanité de la vanité! J'espère, pour ce _héros de la vanité_, qu'il en a demandé sérieusement pardon à Dieu, avant de se faire porter sur le rocher de Saint-Malo que sa vanité encore avait choisi pour dernière demeure; car, à défaut de pouvoir choisir son berceau, qu'il eût, sans doute, placé dans un nid d'aigle, il a eu soin de faire de sa tombe un pèlerinage pittoresque! Mais qui nous dit qu'attaché sur ce rocher, il n'y est pas rongé par le vautour de la conscience? Je ne veux pas nier que mon pauvre oncle ait été un grand pécheur, mais j'aimerais mieux sa faible conscience devant le Jugement éternel, que cette autre conscience pleine d'orgueil, de malice, de fiel et d'envie, dont la révélation nous permet à tous de juger et de réprouver.

Salvandy a fait une pointe à Claremont; il en a rapporté de sages paroles. Il paraît qu'on y est mûri par l'expérience, qu'on y reconnaît la valeur du droit. _Jeunes_ et _vieux_ se disent prêts à baisser pavillon devant ce principe et à le servir. Je crains qu'on ne soit pas encore aussi avancé à Eisenach, car j'ai eu une lettre de Mme de Chabannes, qui, à son retour d'Eisenach, venait de traverser Bruxelles, d'y passer deux jours pour y voir la Reine, et qui, revenue enfin à Versailles, avait retrouvé son mari arrivant de Claremont. Voici ce qu'elle me mande: «J'ai trouvé, à mon grand regret, dans la Reine des Belges, un éloignement extrême pour la _fusion_. L'Angleterre désire le _statu quo_ en France, pour que ce pauvre pays s'enfonce et se noie complètement dans le bourbier dans lequel il est tombé. De là, toutes les intrigues possibles de la part de lord Palmerston, pour empêcher le seul moyen de salut et de régénération. Le Roi Léopold, non pas pour les questions allemandes, mais pour la question française, est l'écho de Downing street[212], et la Reine Louise est celui de son mari. On offre à Mme la Duchesse d'Orléans un leurre, en dirigeant ses idées vers une toute nouvelle combinaison, celle de porter le Duc de Bordeaux à abdiquer! ce à quoi, certes, il ne consentira jamais. Vous reconnaîtrez là la foi punique de la Carthage moderne. Quant à mon mari, il a été chargé de donner, de la part de Claremont, le mot d'ordre à nos chefs de file ici, et je sais que les légitimistes ont été informés des dispositions conciliantes du Roi Louis-Philippe. Mais les partis sont fractionnés à l'infini; les légitimistes ont perdu leur ancienne discipline; il y en a qui préféreraient le Comte de Montemolin au Comte de Paris. Je songe souvent à ce que vous disiez prophétiquement à Eisenach: c'est que cette fusion si désirable, qui aurait, il y a six mois, pu avoir de si immenses résultats, a déjà perdu, à l'heure qu'il est, de sa portée, et que chaque jour de retard en diminue l'importance et l'utilité; mais comment détruire des préjugés si invétérés, dans lesquels l'amour-propre est si intéressé et _les petites ambitions subalternes si actives_.»

[212] Lord Palmerston demeurait en 1849, Downing Street, à Londres.

Voici un extrait de la lettre que j'écris au duc de Noailles, pour le remercier de son discours académique: «Vous avez, mon cher Duc, obtenu un brillant succès sur le grand et fiévreux théâtre; il en est un moins brillant et plus singulier, que je vous offre de ma solitude glacée. J'étais en pleine lecture d'_Outre-tombe_, quand le _Journal des Débats_ m'a apporté vos magnifiques paroles. Eh bien! Je les ai admirées, quoiqu'elles continssent l'éloge constant d'un homme contre lequel mes instincts s'étaient toujours révoltés, et que l'acharnement jaloux de ses venimeuses confessions a rendu l'objet de ma profonde aversion. Mais en _vous_ lisant, je n'ai eu que _vous_ en regard; j'ai compris qu'il ne vous était plus permis d'être juge, que vous étiez condamné à être panégyriste. Je le répète, mon applaudissement était le triomphe le plus éclatant de votre parole et peut-être aussi celui de mon amitié. J'ai d'ailleurs la conviction qu'il vous en aura coûté, _précisément en songeant à moi_, de peindre _sans ombres_, et d'avoir ainsi ôté à la vérité du portrait ce que vous y ajoutiez en éclat. En sachant me détacher de la ressemblance, j'ai joui vivement de ce langage si pur, si simple, si élégant, si rare, hélas! et qui m'a replongée dans _l'exquis_. L'élévation de la pensée égale la délicatesse des sentiments, la prudence politique ne l'emporte nulle part sur la dignité de l'écrivain, et cependant elle l'accompagne avec une convenance aussi habile qu'heureuse.»

_Sagan, 21 décembre 1849._--J'ai reçu hier une lettre de Paris, qui contient le passage suivant: «Notre état politique est calme pour le moment, mais des divisions de plus d'un genre existent dans la majorité de l'Assemblée, où il semble qu'on ne puisse être uni que contre les dangers de la rue. Cela n'offre pas une grande sécurité, et donne une empreinte d'aigreur et de tristesse à toutes les conversations. Les meilleurs amis sont d'avis opposés et se disputent avec irritation, cela rend les relations sociales difficiles et désagréables. Il n'y a que Mme de Lieven qui paraît n'avoir rien à désirer, et qui est en complète jouissance de son séjour à Paris. Elle continue à faire le plus de nouvelles connaissances qu'elle peut; elle recherche particulièrement les gens au pouvoir et regrette de ne pouvoir aller à l'Élysée.»

_Sagan, 26 décembre 1849._--Il y a une chose qui m'a frappée et que je regarde comme très fâcheuse; c'est le débat qui s'élève dans la presse périodique sur les avantages, les inconvénients, la forme, les conditions de la fusion désirée depuis longtemps par tous les vrais amis de la France. Il n'y a rien, ce me semble, de plus fatal au bon résultat, que d'en jeter ainsi la discussion dans le domaine d'un public passionné, prévenu, mal renseigné, et, le plus souvent, aussi méchant que stupide. J'avais, je le crains, bien raison de dire à Eisenach que ma seule crainte était que déjà il ne fût bien tard pour une décision qui aurait dû fondre sur le public à l'improviste et comme un fait accompli. Alors, elle aurait eu tout son effet, elle aurait décidé les faibles, rallié les gens sensés, réuni les récalcitrants, et on aurait vu se grouper, outre le petit nombre des courageux, l'immense légion des peureux, autour de cet unique drapeau. Maintenant, il n'apparaîtra, si vraiment il se déploie, que tout troué et déchiré par les balles des journalistes et les invectives des mauvais petits intrigants subalternes dont je remarquais avec effroi la présence autour de Mme la Duchesse d'Orléans.

Il paraît que Vienne, pour plaire au jeune Empereur, reprendra quelque essor social. L'Empereur était, l'année dernière, à Olmütz, extrêmement épris de sa cousine, l'Archiduchesse Élisabeth, qui vient de perdre son mari. Quoiqu'il se soit consolé, on dit qu'il lui reste quelque étincelle de sa première flamme, et qu'il se pourrait bien que la jeune et fort consolable Archiduchesse devînt Impératrice au bout de son deuil. Elle est jolie, elle a dix-neuf ans, et a un enfant[213].

[213] L'Archiduchesse Élisabeth avait perdu son mari l'Archiduc Ferdinand-Charles-Victor d'Este, le 15 décembre 1849; elle se remaria, en 1854, avec l'Archiduc Charles-Ferdinand. Elle est la mère de la Reine Marie-Christine d'Espagne et des Archiducs Frédéric, Charles-Étienne et Eugène.

_Sagan, 30 décembre 1849._--En France, la confusion des esprits est évidente. Ceux-ci sont sûrs de l'Empire, ils l'auront dans un mois; ceux-là assurent que le principe de la légitimité est immuable et reconnu par tout le monde et que son triomphe est assuré; les marchands disent qu'ils préféreraient la maison d'Orléans; et les socialistes se moquent de tous ces rêves en tenant leur avènement pour certain. Comme on ne s'unit que le jour où il faut combattre ces derniers, ils pourraient bien finir par trouver le moment favorable pour eux.

Nous allons donc, dans deux jours, commencer une nouvelle année, qui commencera aussi la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Quelle moitié de siècle va se terminer! Et par combien de catastrophes la fin de cette époque de désordres et de folies n'a-t-elle pas été marquée! Les premières années de ce demi-siècle nous sortaient du chaos, les dernières nous y replongent; et Dieu sait maintenant jusqu'à quelle profondeur nous tomberons dans le gouffre. Puisse-t-on mourir en paix dans son lit! Les désirs et les espérances ne sauraient aller au delà, et cela même pourrait passer pour une excessive exigence.

1850

_Sagan, 3 janvier 1850._--On ne saurait croire quelle est la faiblesse du Ministère prussien, et le désarroi complet que les nouvelles lois, proposées ou concédées, jettent dans toute l'administration. C'est bien le cas de dire:

Les lois étaient sans force et les droits confondus; Ou plutôt, en effet, Valois ne régnait plus[214].

[214] _La Henriade_, chant premier.

Il y a une ancienne prédiction en Prusse, qui date du règne du père de Frédéric II, et qui indique que son quatrième successeur sera le dernier Hohenzollern qui régnera sur la Prusse. En vérité, on est tenté d'y ajouter foi. On veut donner des lois uniformes, des bords du Rhin jusqu'aux Carpathes; c'est folie: les mœurs, la civilisation, les intérêts, tout est différent. La landwehr, bonne encore aujourd'hui, rentre l'année prochaine dans ses foyers, pour être remplacée par une nouvelle levée fort gangrenée; bref, partout où se portent les regards, on n'aperçoit que décomposition, et l'inquiétude gagne de plus en plus tous les esprits. Cependant les négociations danoises ont repris toute leur vivacité à Berlin; on les dit bien placées entre les mains de M. Usedom.

On me mande de Paris un fait assez curieux. Toutes les fabriques y sont en pleine activité, mais les affaires ne se font qu'au comptant; du papier à trois mois ne trouve absolument pas à s'escompter. La Banque a exactement autant d'écus et de lingots dans ses caves que de billets en circulation. Ce fait, inouï peut-être jusqu'à présent, est une démonstration mathématique qu'il n'existe pas la moindre confiance dans le plus prochain avenir, et qu'on vit au jour le jour.

_Sagan, 9 janvier 1850._--On m'écrit de Paris que M. de Persigny arrive à Berlin[215] tout plein de projets, et avec l'idée fixe d'y former une triple alliance entre la France, l'Angleterre et la Prusse. Cette idée, au reste, n'origine pas de lui, mais de l'infernal Palmerston. On a été tout d'abord prévenu à Vienne de ce projet, et c'est le prince Félix Schwarzenberg qui lui a donné de la publicité par la voie des journaux. On dit que, malgré cette publicité, le projet n'est pas abandonné. A la Prusse on offrirait la Saxe et la Thuringe, on lui montrerait en perspective le Hanovre, après la mort, probablement peu éloignée, du Roi Ernest-Auguste; en échange, on demanderait à la Prusse les provinces rhénanes. La Prusse dit que la France devrait se contenter des parties bavaroises rhénanes, ce qui est suffisant, au gré de l'Élysée. Voilà où en est cette intrigue, qu'on ne peut élever au rang d'une négociation. M. de Persigny se dit que, s'il réussit, il s'ouvrira les deux battants de la porte du Ministère des Affaires étrangères, objet de son ambition, et, à son maître, celle de l'Empire, à laquelle il aspire. Une autre lettre de Paris me dit: «Les amnistiés, que le Président a remis au sein de leur famille, font plus de mal à eux seuls, dans une seule journée, que tous les mauvais sujets de Paris réunis. Ils sont tellement pleins de gratitude qu'ils menacent de tuer le Président. Beaucoup de ces hommes sont convaincus que ce sont leurs femmes qui les ont fait arrêter; aussi sont-ils à la recherche des preuves afin de se défaire de leurs moitiés.»

[215] M. de Persigny, aide de camp du Prince-Président, et élu représentant à l'Assemblée législative en 1849, remplit à Berlin, pendant la durée de son mandat, une mission temporaire dont le succès fut médiocre.

_Berlin, 12 janvier 1850._--On est ici en pleine crise parlementaire. Le Roi n'a pas voulu prêter, sans réserves, un serment qu'il veut tenir et qui répugne à sa conscience politique[216]. Le Ministère, qui, pour gouverner, avait absolument besoin d'obtenir des Chambres une loi sur la presse et une sur les clubs, pressait le Roi de prêter le serment à la Constitution, sans lequel il ne pouvait rien espérer des Chambres. Tel était le dilemme. Il y a eu les scènes les plus vives entre le Roi et son Cabinet; celui-ci, déterminé à donner sa démission et à forcer le Roi à céder. Les choses placées ainsi, deux personnages très influents, le général de Rauch et le baron de Meyendorff[217], se sont jetés à la traverse. On a fait sentir au Ministère qu'il n'avait pas fait d'assez glorieuses campagnes pour oser se mettre à si haut prix, et que c'était une indignité de vouloir ainsi violenter le Roi, pour gratifier le pays d'une détestable Constitution. On a dit net aux Ministres qu'ils avaient choqué par leur faiblesse, qu'ils n'avaient nullement compris leur mission, et, que le jour passé du danger des rues, ils n'avaient plus marqué que par leur incapacité. Ils ont été obligés d'entendre de fort dures vérités. D'un autre côté, on a cherché à calmer le Roi, tout en lui donnant une fermeté que l'on attribue à l'influence de la Reine. C'est de toutes ces allées et venues qu'est sorti le Message Royal, qui, sans réformer tout ce qui est mauvais, jette cependant dans le pays quelques bons jalons auxquels on pourrait se raccrocher. Le Ministère s'est rattaché franchement au Roi, m'assure-t-on, et celui-ci sort enfin de son effacement. Maintenant, les Chambres accepteront-elles? C'est là la question. On le croit, parce que le Cabinet dit qu'il se retirera s'il y a refus, et les Chambres savent qu'aussitôt après, paraîtrait un Ministère réactionnaire pur. La seconde Chambre, qui ne veut pas être dissoute, est effrayée de cette combinaison, et on espère que devant ce fantôme qui pourrait prendre corps, elle cédera.

[216] Un Message Royal, attendu depuis plusieurs jours, avait été présenté aux Chambres prussiennes dans la séance du 9 janvier. On y annonçait la formation d'une Pairie héréditaire, l'initiative des lois de finances laissée à la seconde Chambre, et la prestation du serment à la Constitution par le Roi. Les modifications y étaient nombreuses, et conçues dans un sens restrictif, mais le Roi n'en faisait pas une condition _sine qua non_ de son serment, il croyait remplir un devoir de conscience en soumettant ainsi ses scrupules aux Chambres.

[217] Ministre de Russie à Berlin.

_Berlin, 17 janvier 1850._--Votre jugement[218] sur les femmes qui se mêlent de politique et sur les dangers qui peuvent en résulter pour elles est parfaitement juste. Je crois qu'on peut me rendre cette justice qu'à aucune époque je ne me suis fait de fête à cet égard, que ce n'est que forcément que j'y ai pris part; que, bien loin d'y chercher des satisfactions d'amour-propre, j'ai toujours eu effroi de ma responsabilité, et que si, par ma position exceptionnelle, j'ai dû être bien informée, si j'ai même été appelée à donner mon avis et à avoir quelque influence sur des décisions sérieuses, je n'ai, du moins, prêté ni mon nom, ni mon action à une _intrigue_; je n'ai, non plus, jamais ambitionné le rôle de femme politique, et, sous ce rapport, j'ai toujours cédé sans contestation le premier pas à d'autres plus avides, si ce n'est plus propres à ce genre de renommée.

[218] Extrait de lettre.

On est toujours absorbé ici par la crise parlementaire, qui n'est point encore dénoncée, et sur l'issue et les conséquences desquelles on est en doute et en grande divergence. On a tellement traqué et tourmenté le Roi qu'après une lutte de plusieurs heures, il était si épuisé, avant-hier, à neuf heures du soir, qu'il a demandé sa pelisse et s'est promené dans le parc de Charlottenburg, seul et à pied, par la neige, pour se rafraîchir et se remonter par le grand air. Il voulait renvoyer le Cabinet, dissoudre les Chambres, et appeler à lui ce que l'on nomme ici les réactionnaires. Le général Rauch l'en a empêché, et, sans doute, il a eu raison parce que les mesures énergiques ne réussissent qu'entre les mains de ceux qui ne reculent devant aucune des conséquences d'un parti résolu.

J'ai passé une heure hier chez la comtesse de Brandebourg, où M. de Meyendorff nous a montré une lettre qu'il venait de recevoir de Mme de Lieven. Elle est toujours bonne à écouter dans ses lettres, qui sont écrites avec verve, naturel, et qu'elle sait remplir de faits. Elle y dit que lord Normanby règne sans partage à l'Élysée, où il pousse à l'Empire; que le Président a rompu avec tous les gros bonnets pour se livrer uniquement à son mauvais entourage; que l'Assemblée est plus divisée que jamais; que les sommités se défient les unes des autres et ne s'épargnent pas les injures, Molé appelant Broglie un _respectable nigaud_, Thiers appelant Molé une _vieille femme_, celui-ci ripostant par _gamin_; le gâchis complet en France. Hélas! ne l'est-il pas partout? On a bien de la peine, dans une confusion aussi générale, à conserver quelque clarté, quelque fixité dans le jugement. L'esprit s'amoindrit en s'obscurcissant, et il n'y a que le cœur qui puisse rester un guide assuré, à une époque où tous les calculs sont trompeurs et où les instincts seuls peuvent fournir le fil du labyrinthe.

_Berlin, 19 janvier 1850._--Le moment, ici, est curieux car il est critique, et si j'avais encore le même intérêt que jadis aux choses d'ici-bas, je serais tout oreilles à ce qui se passe. Hier, tout à coup, les bruits de concession ont cessé; une grande partie des députés conservateurs et plusieurs personnes graves de la ville, étrangères aux Chambres, ont signé une pétition au Roi pour le supplier de ne pas céder. Bethmann-Holweg, qui n'est pas député, a porté hier au soir cette pétition à Charlottenburg.

_Berlin, 24 janvier 1850._--Il paraît que Radowitz est arrivé ici, prêchant moins au Roi les concessions qu'on pouvait le craindre, et qu'il a apporté beaucoup de lettres de Gagern aux membres influents des Chambres pour les engager à obéir au Roi, vu que leur refus mettrait probablement en question tout l'édifice constitutionnel de l'Allemagne. La semaine prochaine nous apportera la solution définitive.

_Berlin, 25 janvier 1850._--J'ai été hier soir à un concert à Charlottenburg, où la musique n'était guère écoutée, chacun étant préoccupé de ce qui doit se passer aujourd'hui. La bataille parlementaire s'engage ce matin.

Il m'est revenu, de bonne source, que M. de Persigny voit, en secret, un assez mauvais monde politique, et que, ne pénétrant dans l'intimité d'aucun salon, il se livre, soit par humeur, soit par ennui, soit par instinct, à un entourage qui n'est pas convenable pour sa position officielle. Il intrigaille aussi, dans le sens que j'indiquais il y a quelque temps. On l'écoute, on le berce de l'espoir de réussir, mais on n'engage rien de sérieux avec un agent et un gouvernement qu'on ne regarde, ni l'un ni l'autre, comme sérieux.

_Berlin, 26 janvier 1850._--Hier au soir, à un bal chez le comte d'Arnim-Boitzenburg, les Meyendorff m'ont raconté que M. de Persigny leur avait fait la veille une longue visite, pendant laquelle il leur avait développé sa thèse bonapartiste, impérialiste, soutenant que c'était la seule corde populaire en France, et, pour preuve, il a fini par dire que _dans les hameaux de France, on trouvait des familles entières agenouillées devant les images de l'Empereur Napoléon, demandant le retour de l'Empire_! Quel conte effronté! Il s'est, à ce bal, approché de moi et m'a demandé des nouvelles de ma fille, en me disant qu'il avait eu l'honneur de faire sa connaissance chez M. de Falloux, dont il prétend être depuis dix-huit ans _l'ami intime_[219].

[219] C'était vrai.

_Berlin, 27 janvier 1850._--Hier, à onze heures du soir, les débats sur le Message Royal n'étaient point encore terminés; il y avait grande chance pour qu'on adoptât l'amendement Arnim, qui propose d'ajourner à deux ans la loi d'organisation de la Chambre des Pairs, et, qu'en tout cas, cette Chambre fût tout entière à vie, et non héréditaire; double concession qui rendrait la mesure illusoire, et ne ferait que confirmer _l'incertain_ dans _le provisoire_. C'est triste, c'est grave, c'est fatal!

Le Ministre d'Autriche, Prokesch, après être resté enterré pendant six jours dans les neiges, et le Prince de Leiningen, frère de la Reine Victoria, sont arrivés de Vienne, le premier restant à Berlin, le second se rendant à Francfort-sur-le-Mein. Tous deux sont enchantés du jeune Empereur. Ils disent que, si la Prusse n'est pas aimée à Vienne, l'Angleterre y est tout particulièrement haïe, et la France nullement comptée.

L'armée autrichienne a pour chef _réel_ le jeune Empereur, dont le chef d'État-major, général de Hess, est sous ce rapport l'habile instructeur. Tous les ordres aux troupes, toutes les mesures militaires émanent directement de l'Empereur, sans intervention, ni contre-seing ministériel. Ceci n'est pas sans importance. Leiningen a aussi été très frappé de la tenue du prince Félix Schwarzenberg; il dit que c'est le ministre le plus décidé et même le plus audacieux qu'on puisse rencontrer.

_Berlin, 28 janvier 1850._--L'amendement Arnim a passé à une petite majorité, qui n'aurait pas même existé si quinze Polonais ne s'étaient abstenus de voter. Le paragraphe du Message Royal, relatif aux fidéi-commis, a été rejeté, parce que plusieurs députés de la droite, ayant faim et sommeil, s'étaient retirés! On voit, par là, où on en est ici, en fait de mœurs parlementaires. Le Ministère, qui ne voulait qu'un replâtrage, a été satisfait sans l'être. Le Roi se dit mécontent, et cependant, j'ai la crainte qu'il ne finisse par jurer cette déplorable Constitution, aussitôt que la Première Chambre aura sanctionné l'œuvre de la Seconde.

Quelqu'un me mande de Paris avoir vu M. Guizot, et ne l'avoir trouvé ni abattu, ni irrité, mais calme et ferme. Il dit, en parlant de l'état des esprits dans l'Assemblée et dans ce qu'on appelle encore la société, _qu'on n'est pas assez inquiet, mais qu'on est trop découragé_.

_Berlin, 29 janvier 1850._--Une personne qui arrive de Vienne m'a dit que le prince Schwarzenberg poursuivait sans relâche un projet de traité commercial avec les États italiens, à la grande fureur de lord Palmerston; le Cabinet de Vienne déclare qu'aussi longtemps que l'Angleterre confiera sa diplomatie à ce Ministre, il la tiendra pour non avenue dans les questions continentales et ne s'en inquiétera en aucune façon. Ce dont on est mécontent à Vienne, c'est du Pape, de sa faiblesse, de ses tergiversations; aussi Rome est-elle devenue le point le plus malade de l'Italie. Ici, on est triste, inquiet, préoccupé des intrigues multipliées de ces derniers jours, qui ont amené le vote d'avant-hier. Une chose curieuse, c'est que le comte d'Arnim-Boitzenburg dit maintenant à qui veut l'entendre que le fameux amendement n'est pas de lui, mais de Radowitz; qu'il n'a fait que lui prêter son nom. Les quinze députés polonais disent que, s'ils se sont abstenus de voter, c'est que le Gouvernement leur a fait promettre des concessions inespérées pour le Grand-Duché de Posen, s'ils s'abstenaient de voter sur ce même amendement que le Cabinet déclarait la veille ne pouvoir jamais admettre. Vis-à-vis d'autres députés, on a fait agir la séduisante volonté, les prières du Roi. Celui-ci déclare qu'on l'a fait parler contre sa pensée. Bref, c'est un gâchis abominable, honteux. La gauche bat des mains. Cette déplorable comédie est, à mes yeux, le dernier coup qui sape le chancelant édifice, car, lorsque personne n'a confiance en son voisin, que personne ne sait sur quelle pensée s'appuyer, ni où en trouver une sincère et ferme, on perd bientôt le courage de son opinion, on reste comme paralysé, on perd jusqu'à l'instinct de la défense personnelle, et on se laisse tout doucement glisser vers l'abîme qui est tout prêt à recevoir sa proie.

_Berlin, 31 janvier 1850._--On disait hier que le Roi viendrait dimanche prochain en ville, prêter serment à la Constitution de 1850, dans la grande Salle Blanche du Château, où a siégé la Diète de 1847. Il y aura des tribunes pour les spectateurs. Je n'augmenterai assurément pas le nombre des curieux!

_Berlin, 2 février 1850._--Si mon oncle vivait, il atteindrait aujourd'hui sa quatre-vingt-seizième année. Dieu lui a fait une grande grâce en le retirant avant la phase nouvelle, profonde, destructive, définitive, de cette Révolution, qui, à sa mort, durait d'après lui, _depuis cinquante années_. Il me semble que nous pourrons en voir la fin, tant nous touchons de près à l'abîme, mais je doute que nous ayons le temps de remonter à l'orifice du cratère. Hier, la gazette indiquait le 6 février comme le jour fixé pour la prestation de serment du Roi.

_Berlin, 4 février 1850._--Une personne sûre qui arrive de Frohsdorf mande ce qui suit: «Il existe à Frohsdorf un désir sincère de réconciliation et de rapprochement, mais en France! Les anciens conservateurs, M. Guizot en tête, travaillent à l'accord et y arriveraient, sans l'entêtement des orléanistes purs, représentés par les membres de l'ancienne opposition. Ils comptent dans leurs rangs des hommes fort influents, entre autres le duc de Broglie. Dernièrement, dans une réunion de journalistes, M. de Rémusat s'est exprimé très fortement contre la fusion, non pas dans le sens des répugnances dynastiques, mais en se fondant sur l'impopularité des _nobles_ et des _prêtres_, qui rendaient, disait-il, la légitimité odieuse et funeste. Quelle fatale direction de l'esprit! Les divisions qui en surgissent ôtent toute force au parti orléaniste, et chacun semble jouer la partie de Louis Bonaparte, ou, ce qui pis est, celle des socialistes rouges.» Une autre lettre, de fort bonne source aussi, reçue hier, de Paris, en date du 31 janvier, me dit ce qui suit: «Le Gouvernement français est dans des dispositions plus sages que je ne pensais au sujet de la communication qui lui a été faite dernièrement sur l'affaire suisse[220]. Il va prendre cette affaire _ad referendum_. Probablement, on évitera de prendre une allure décisive dans cette question, mais on ne soutiendra en aucune façon la Suisse, du sein de laquelle le vent du socialisme souffle sur la France, aussi bien que sur l'Allemagne et l'Italie. Enfin, on ne prendra plus d'engagement avec l'Angleterre, c'est le point capital. Dans l'Assemblée, le côté de la Montagne va faire explosion. Peut-être à Lyon y aura-t-il une démonstration armée, tentée par les socialistes qui sont nombreux. On n'en est pas effrayé ici; peut-être même n'en serait-on pas fâché. A Londres, on sera furieux. Ellice, en partant hier d'ici, a dit que lord Palmerston allait faire _the most mischief he can_[221]. Ellice, tout whig qu'il est, se montrait fort inquiet de la mauvaise humeur de son ami de Downing Street.»

[220] Lors de la violente réaction qui, à partir de 1849, suivit dans plusieurs États de l'Europe le mouvement révolutionnaire comprimé, des milliers de proscrits allemands, italiens et français allèrent chercher un refuge sur le territoire suisse. Leur présence fournit à quelques-uns des gouvernements un prétexte pour élever auprès du gouvernement fédéral de vives réclamations, qui amenèrent des difficultés diplomatiques.

[221] Le plus de sottises qu'il pourrait.

Puisque je suis en train de faire du commérage politique, je dirai encore qu'on s'attend à une prompte reprise des hostilités dans l'affaire danoise. Comme d'ici on laisse les Schleswiçois s'armer et se préparer, ils vont faire au premier jour une levée de boucliers dont les conséquences peuvent être graves. Les négociations n'avancent pas d'une ligne. Le langage hautain de Radowitz, dans les questions allemandes, jette chaque jour une goutte d'huile de plus dans le feu et aigrit à un tel point les relations des Cours de Vienne et de Berlin, qu'il est beaucoup plus raisonnable de croire à une guerre prochaine qu'à la continuation de la paix, tout insensé que soit, aux yeux des plus prévenus, un conflit entre les deux grandes puissances allemandes. L'Empereur Nicolas a dit dernièrement qu'il prévoyait inévitablement une guerre à peu près générale en Europe au printemps prochain. On dit que l'Autriche vient de promulguer une nouvelle loi douanière, sur des bases si larges, qu'il en ressortirait pour elle de grands avantages politiques, un coup de massue pour Erfurt, et des attaques d'épilepsie pour Palmerston.

_Berlin, 7 février 1850._--C'était hier une journée remarquable dans les fastes de la Prusse. Le Roi a prêté serment à la nouvelle Constitution. Il n'y avait ni tribunes, ni spectateurs, ni grandes charges de Cour, point de Princes, point de Princesses. On dit que le Roi était ému, qu'il a prononcé un discours fort touchant qu'il n'avait pas communiqué à ses Ministres. Il ne s'est cru Roi constitutionnel qu'après le serment; le discours a été le dernier écho de l'ancien régime. Le Roi et quelques-uns des Princes ont dîné avec les Messieurs de la Chambre; il y a eu des toasts assez ternes. Tous les députés polonais ont donné leur démission pour ne pas prêter le serment; le comte Hochberg-Fürstentein-Pless, grand et riche seigneur silésien, en a fait autant; vingt-six autres députés se sont abstenus sous prétexte de maladie; et voilà la journée et l'acte qui devaient poser la pierre angulaire du nouvel édifice!

_Berlin, 12 février 1850._--M. de Meyendorff a reçu hier une lettre de Mme de Lieven, qui lui mande que la scène du 4, à Paris, pour l'enlèvement des arbres de la liberté[222], a été un acte de provocation malhabile de la police, pour amener une émeute, une intervention armée, puis cet Empire, rêve de tous les moments à l'Élysée, contre lequel Changarnier paraît se prononcer.

[222] Le 4 février, des rassemblements nombreux s'étaient formés, pour empêcher d'abattre l'arbre de la liberté planté rue du Carré-Saint-Martin, à Paris. Il fallut y envoyer des troupes pour accomplir l'ordre donné par le Préfet de police; il y eut des morts et des blessés. Le général de Lamoricière, que le hasard avait amené sur les lieux, courut les plus grands dangers et ne fut sauvé que grâce à une lucarne donnant sur les toits d'une maison où quelques citoyens l'avaient entraîné pour le soustraire à la fureur populaire.

J'ai appris que M. de Bernstorff, fort gonflé d'outrecuidance prussienne, il y a deux mois encore, a changé de ton; que les dépêches qu'il a écrites de Vienne sont toutes inspirées par une grande terreur de la guerre, et demandant ici qu'on l'évite à tout prix. M. de Schleinitz est dégoûté, il attend avec impatience le moment de pouvoir demander la mission de Vienne, en échange du Ministère auquel il paraît que Bernstorff serait appelé. Radowitz, après avoir promis à Schœnhals et à Kübeck, les plénipotentiaires autrichiens à Francfort, de signer avec eux les arrêtés relatifs au Mecklembourg, a quitté Francfort sans le faire et cherchant sous différents prétextes à s'en dispenser; sur quoi Schœnhals a fini par lui mander que s'il ne signait pas, dans le délai de trois jours, lui et Kübeck quitteraient Francfort, et que le dernier lien serait rompu. Là-dessus, Radowitz a quitté Erfurt à tire-d'aile, pour apposer, dit-on, la signature demandée. Du moins, voilà ce qu'on m'a assuré hier.

_Berlin, 13 février 1850._--Hier, le gouvernement a présenté à la seconde Chambre une loi qui l'autorise à emprunter dix-huit millions de thalers pour _préparatifs de_ _guerre_. La Chambre a pris la chose en considération et a nommé une Commission. On ne doute pas que cette autorisation ne soit obtenue. La première Chambre a fait, hier aussi, ses nominations pour Erfurt; les choix ont porté sur les démocrates. M. de Meyendorff ne doute pas que son Souverain ne regarde comme une nouvelle impertinence de lord Palmerston, d'avoir accepté, dans l'affaire grecque[223], la médiation de la France, en passant celle de la Russie sous silence. L'Angleterre travaille à un nouvel armistice entre le Danemark et la Prusse; mais comme celui qui dure encore en ce moment a été si peu tenu du côté de la Prusse (d'où on a tacitement encouragé et soutenu l'insurrection), les Danois ne sont pas d'humeur à donner dans un nouveau piège. Non seulement la Prusse n'a pas rappelé le général de Bonin, mais elle l'a prêté au gouvernement insurrectionnel de Holstein-Schleswig, où il y porte publiquement l'uniforme prussien. Ici, les envoyés danois ne reçoivent pas de réponses du Gouvernement. M. de Usedom les évite, ne voit et ne négocie qu'avec leurs adversaires.

[223] L'incident Pacifico était alors arrivé à son moment le plus critique. Ce juif portugais, placé sous le protectorat britannique, réclamait au gouvernement hellénique une somme considérable, pour prix d'une maison pillée, le 4 avril 1847, lors d'une manifestation dans les rues d'Athènes à propos d'une procession, et comme compensation des injures dont il avait été victime. Lord Palmerston, pour obtenir cette indemnité, fit bloquer, en 1850, les ports et les côtes de la Grèce, que l'intervention française et le paiement de la somme en question purent dégager. L'Ambassadeur de France à Londres, M. Drouyn de Lhuys, quitta l'Angleterre, et une guerre générale faillit être le résultat de ce minime incident.

_Berlin, 14 février 1850._--Je conviens que chaque gouvernement a ses difficultés; que la quantité, que la diversité des complications, devraient être des garanties contre les moyens violents de les résoudre, en un mot, que si la guerre éclate, elle sera le symptôme le plus irrécusable de la folie des uns, de la faiblesse des autres, du vertige du temps. Mais, hélas! ce vertige est si contagieux, il fait sous mes yeux de tels progrès, que si on assiste, comme moi, à tout ce que la mauvaise foi, l'outrecuidance inventent, on est bientôt soucieux de l'avenir. Si nous traversons avril et mai sans coup de canon, je croirai que la paix sera conservée entre les grandes Puissances, du moins, pendant une année ou deux, ce qui permettrait à chacun de respirer, de se retourner, et de mettre ordre à ses affaires. Mais j'ai une terrible peur que d'ici au 15 mai au plus tard nous ne soyons en plein incendie. Mon opinion personnelle est que ce sera le mois d'avril qui vers la fin fixera définitivement les probabilités de guerre ou de paix; à l'heure qu'il est, elles sont toutes pour une conflagration générale et prochaine. Lord Palmerston y pousse le mieux qu'il peut, et M. de Persigny, qui a toujours les yeux fixés sur la rive droite du Rhin, ne s'y épargne pas. Ici, on donne, avec une merveilleuse niaiserie, dans tous ces pièges; on s'aliène à plaisir les alliés naturels.

_Berlin, 23 février 1850._--J'ai passé la soirée chez les Meyendorff. C'est la maison où l'on sait le plus et le mieux les nouvelles. Celles d'hier étaient plus pacifiques. Deux circonstances servent à calmer quelque peu les allures guerroyantes qu'on prenait ici. Le retour d'un individu qu'on avait envoyé s'assurer des préparatifs militaires faits en Bohême, auxquels on ne voulait pas croire, et qui se sont pleinement confirmés; puis, une inconcevable incartade de M. de Persigny. Celui-ci, blessé qu'on ait fait faire, sur l'affaire suisse, des ouvertures directes à Paris, par l'entremise de Hatzfeldt, a pris la mouche, et est venu, il y a quelques jours, faire une scène au comte de Brandebourg; il a dit que la France ne souffrirait pas qu'on exerçât des mesures coercitives contre la Suisse, et que, du reste, une occasion de faire passer le Rhin à deux cent mille Français et de guerroyer en Allemagne, serait tout gain et profit pour le Président; bref, il a si bien montré les dents que les réflexions subséquentes, et que l'on aurait pu faire avant, n'ont pas manqué. Auront-elles une force suffisante pour faire prendre une allure plus sage? Je n'en voudrais pas répondre. Persigny s'est complètement coulé; il est arrivé ici avec des propositions d'alliance, il s'en ira probablement sur la menace dont je viens de parler; il n'y a là ni suite, ni entente, ni plan. Les journaux représentent l'état intérieur de la France comme empirant de jour en jour, ce qui rend l'attitude de son représentant ici encore plus inexplicable.

_Berlin, 24 février 1850._--C'est une date bien sérieuse, bien tragique que celle d'aujourd'hui. Elle marque l'écroulement de ce qu'on appelait _la société moderne_, et, très faussement, comme l'expérience l'a prouvé, _la société civilisée_.

Une lettre de Mme de Lieven, reçue hier ici, prédit de nouvelles et prochaines catastrophes en France, qui, dans son opinion, tourneront au profit d'une dictature militaire momentanée dans les mains de Changarnier.

Le Roi de Hanovre a écrit une lettre que j'ai vue; il y dit qu'il a passé quelques jours fort désagréables, ayant eu maille à partir avec ses Ministres, et grand'peine à les convertir à son opinion; qu'enfin, il y est parvenu, et qu'en conséquence, il rompait le dernier fil avec Berlin pour nouer plus serré avec Vienne.

_Sagan, 26 février 1850._--Je suis arrivée ici hier après-midi. J'ai rencontré en chemin de fer M. de Benningsen, le Ministre des Affaires étrangères hanovrien, se rendant à Vienne pour y prendre langue pendant quarante-huit heures, puis revenir à tire-d'aile auprès de son Souverain[224]. Cette mission déplaira sans doute beaucoup à Berlin.

[224] Benningsen était envoyé à Vienne avec la mission de concilier les intérêts fédéraux avec les intérêts respectifs par un projet de Constitution que les quatre Royaumes de Bavière, de Saxe, de Würtemberg et de Hanovre étaient censés avoir concerté avec l'Autriche. Il échoua dans cette démarche.

_Sagan, 28 février 1850._--Le comte Stirum, qui venait de Berlin, a passé hier par ici, et a dit que la Hesse électorale s'était décidément et officiellement détachée de la Prusse. On m'écrit que le Roi de Hanovre a annoncé officiellement au gouvernement prussien sa séparation du _bund_ prussien, mais qu'il a dû céder à ses Ministres, qui ne veulent absolument pas de l'alliance avec l'Autriche, parce que l'Autriche ne voudrait qu'une seule Chambre, et que les Ministres hanovriens en voudraient deux. Je suppose que c'est pour donner toutes ces explications à Vienne que M. de Benningsen s'y est rendu. Voilà donc le pauvre Roi de Hanovre complètement isolé.

_Sagan, 1er mars 1850._--Nous entrons dans un mois fameux et funeste dans les Annales de l'histoire ancienne et moderne. Dieu sait quelles _Ides_ il nous prépare à cette date du demi-siècle. Les dates, les anniversaires, tout inspire terreur, on sent que les pieds posent sur un terrain miné.

_Sagan, 6 mars 1850._--J'ai eu hier des lettres de Paris. On y était, à la date du 2 de ce mois, dans une grande perplexité sur les élections prochaines, les nouvelles des provinces donnaient de l'inquiétude; les rouges relèvent la tête. Cela n'empêchait pas les plaisirs et les folies de toilette; celles-ci sont poussées à un degré effrayant. La Grande-Duchesse Stéphanie a été reçue avec les plus grands honneurs par le Président; il lui a monté une maison à part de la sienne pour qu'elle fût plus libre; il a fait mander le Corps diplomatique en uniforme pour lui être présenté. C'est assise sur un fauteuil d'apparat qu'elle a reçu les présentations, ce qui a paru étrange chez le Président de la République, et lui a valu quelques lardons. Elle doit passer un mois à l'Élysée, puis elle demeurera chez sa fille lady Douglas qui arrive à Paris dans quelques semaines. La Grande-Duchesse ayant été fort accueillante à Bade pour des gens de toutes les opinions, plusieurs personnes, qui ne vont pas chez le Président, ont demandé à lui offrir leurs hommages.

_Sagan, 7 mars 1850._--Il m'est arrivé des lettres de Paris vraiment alarmantes. Ceux qui voient encore en couleur de rose se flattent d'un changement dans le Cabinet anglais, qui retentirait tout d'abord à l'Élysée, où lord Normanby est plus puissant que jamais, non seulement sur la politique extérieure, mais même sur celle du dedans. Ses conseils ne sont pas des meilleurs; il les donne le soir chez la maîtresse du Président, au milieu des petits jeux qui y amusent les loisirs présidentiels. Dans la question suisse, c'est encore lord Palmerston qui tracera la route du Président; ses instincts sont guerroyants; ceux de ses Ministres sont pacifiques, mais les Ministres n'ont autorité ni auprès du prince Louis, ni auprès de l'Assemblée, qui est en défiance d'eux et encore plus du Président, dont les tendances dans la question grecque sont aussi palmerstoniennes que dans celle de Suisse; en un mot, dans toutes celles qui surgissent en Europe, où les conflits, les rivalités, le décousu et le gâchis ne manquent assurément pas. La France n'est pas la moins déchirée. Le Président, m'écrit-on, est parfaitement décidé à saisir à bras-le-corps la première occasion de rompre avec l'Assemblée, de la briser; bref, son 18 brumaire et son manteau impérial sont prêts. Il attend, en rongeant son frein, cette occasion; elle lui viendra probablement d'une bataille contre les rouges; le danger général lui donnerait, à ce qu'il croit, l'acclamation publique. C'est toujours vers Changarnier que se tournent tous les yeux; il est la grande énigme du moment: rien ne perce de ses intentions; il se maintient dans une réserve telle qu'on pourrait croire qu'il se tient pour le maître assuré de la position. En effet, on ne doute pas qu'il n'arrête le coup d'État, mais dans l'émotion d'une guerre civile, ne se développerait-il pas un mouvement populaire qui emporterait jusqu'à Changarnier lui-même! Tout dépendrait donc de la proportion de cette bataille, de cette effervescence des masses. Les rouges livreront-ils combat? Il me semble qu'on est disposé à le croire, qu'on s'y attend même pour ce mois-ci, et que les renseignements qui arrivent des provinces sont des plus graves. Elles menacent de détrôner Paris et de lui enlever sa longue initiative politique et révolutionnaire. Il est certain que, pour cette crise décisive, le Président est bien insuffisant; il s'est fait, depuis six mois, bien du tort parmi les gens raisonnables; il est détestablement entouré, dans un ordre d'idées absurdes et dangereuses; mais, après avoir dit tout cela et plus encore, on n'en revient pas moins à la conclusion qu'il n'y en a pas d'autre pour le moment, et qu'il faudra bien le prendre tel qu'il est. Pour sauver la France, il faudrait évidemment un Dictateur militaire, qui fît main basse sur le suffrage universel, la presse, le jury, la garde nationale, enfin sur tout ce qui empoisonne la France, et qui, par miasmes contagieux, gangrène l'Europe entière. Si le Comte de Chambord, si le Comte de Paris revenaient demain en France, pourraient-ils faire ce qui est nécessaire? C'est douteux. Il semble que ce ne puisse être que l'œuvre d'un pouvoir exceptionnel et non régulier. De là, le souhait d'une Dictature militaire toute-puissante, qui remettrait, cette phase passée, le pouvoir régulier aux mains d'un principe sanctionné par la tradition. Mais Dieu, dans ses desseins, en a-t-il jugé ainsi? Ou bien le vieux monde tombera-t-il en décomposition sanglante? Des hordes féroces se partageront-elles nos lambeaux? Qui le sait?

_Sagan, 11 mars 1850._--On me mande de Berlin que M. de Persigny a cru faire merveille en allant déblatérer contre la Prusse chez le ministre d'Autriche, et y dire que deux cent mille Français sauraient bien faire justice des velléités neuchâteloises. Sur ce, Prokesch, qui est assez hargneux et violent, est devenu blanc de colère et, avec des lèvres tremblantes de rage, a dit au petit favori qu'il ne souffrirait pas de semblable propos chez lui, et que, malgré la froideur qui régnait entre les Cours de Vienne et de Berlin, il pouvait assurer M. de Persigny qu'au premier soldat français qui passerait le Rhin hostilement contre la Prusse, toutes les forces autrichiennes viendraient au secours d'un ancien allié contre les inondations révolutionnaires. Sur cette vive sortie, le petit homme a plié bagage. On dit qu'il se met à intriguer avec le parti démagogique prussien, sentant qu'il ne peut pas diriger comme il voudrait le Cabinet Brandebourg. Celui-ci, hélas! tourne à tous vents; il noue et dénoue, commence et recule, avance et se retire; c'est ce que l'on peut imaginer de plus déplorable.

_Sagan, 12 mars 1850._--Les Schleswiçois disent que si on ne leur envoie pas un million et demi d'écus, ils attaqueront seuls les Danois au 1er avril. Les Danois disent que, s'ils sont attaqués, ils captureront tous les vaisseaux allemands sur-le-champ, et que cette fois ce ne sera pas pour les restituer. C'est sur cela que Rauch a été envoyé en Schleswig avec les instructions les plus énergiques pour destituer Bonin, et rappeler tous les officiers prussiens; mais trois heures plus tard, on s'est effrayé de cette énergie inaccoutumée, et on lui a envoyé par exprès des instructions nouvelles, et si fort mitigées qu'on n'en attend rien d'effectif.

_Sagan, 14 mars 1850._--Le général de Rauch a envoyé son fils en courrier à Berlin pour demander des instructions plus énergiques; on ne veut pas obéir à celles dont il était porteur; cependant le Ministre de la Guerre[225] craint d'envoyer l'ordre de rappel aux officiers prussiens qui servent en Holstein-Schleswig, vu qu'un ramassis de Polonais sont sur les lieux tout prêts à les remplacer; ce qui fait craindre un pendant aux scènes badoises de l'année dernière[226], contre lesquelles il faudrait que les Prussiens marchassent.

[225] M. de Stockhausen.

[226] De graves désordres avaient éclaté dans le Grand-Duché de Bade, où le gouvernement du Grand-Duc Léopold Ier était fortement combattu par les libéraux et luttait depuis des années contre l'impopularité. A la tête de cette insurrection de mai 1849 se trouvait Mieroslawski. Léopold dut quitter Carlsruhe et ses États, où il ne reparut qu'un mois après, grâce à une intervention des Prussiens qui occupèrent le pays jusqu'en 1850.

_Sagan, 21 mars 1850._--Le général de Rauch est revenu de Holstein sans avoir rien obtenu. Les Holsteinois n'ont plus le sou, mais ils comptent autoriser le pillage et faire vivre ainsi leur armée, qui est composée de bandits. La jolie perspective!

La Duchesse d'Orléans est chez son neveu Schwerin, à Ludwigslust[227]; visite d'adieu. On commence à croire que ce seront des adieux longs, si ce n'est définitifs, car la Princesse a fait venir de Paris une cargaison de bijoux, boîtes, épingles, bagues, bracelets, etc., qu'elle doit répandre dans sa tournée de famille avant de passer en Angleterre.

[227] En Mecklembourg.

Il semble que M. de Persigny se croit moins près de la jolie petite bataille dont il se flattait à Paris, car on remarque que depuis quelques jours, il est moins glorieux et moins goguenard.

_Sagan, 9 avril 1850._--M. de Meyendorff m'écrit de Berlin: «La politique Radowitz-Bodelschwing, repoussée par la majorité dans le Conseil des Ministres, est entrée dans une nouvelle incarnation. Il s'agit maintenant de mettre à la taille d'un nain l'habit qui, le 29 mai 1849, avait été taillé pour un géant[228]. On renonce à une _Constitution de l'Empire_, il n'y aura plus qu'un _lien d'États_, réduit à sa plus simple expression, c'est-à-dire maintenu dans les limites de l'influence naturelle de la Prusse et de la communauté des intérêts matériels. Le Roi a été le premier à donner cette nouvelle impulsion. Le général Stockhausen l'a surtout bien secondé. Prokesch trouve qu'il y a amélioration dans la marche du gouvernement; il faut donc qu'elle soit bien évidente; mais Bernstorff, toujours raide et borné, ne sait pas faire marcher l'entente si nécessaire. Et comme, à Vienne, on n'est pas très prévenu pour la Prusse, Dieu sait combien de temps on perdra encore.»

[228] Allusion à la réunion de la Prusse, du Hanovre et de la Saxe, qui, en mai 1849, avaient voulu signer une Constitution; mais cette tentative ne put aboutir, le Hanovre ayant refusé son adhésion au dernier moment, sous l'influence de l'Autriche.

_Sagan, 23 avril 1850._--Lady Westmorland m'est arrivée hier avec sa fille. Elle ne m'a rien apporté de bien serein sur la politique. Elle s'attend à une intervention armée et prochaine de la Russie dans la question danoise. Une flotte russe, avec des troupes de débarquement, se prépare à faire la police dans les Duchés. Lord Palmerston en laissera-t-il la gloire ou l'embarras à la Russie, ou se décidera-t-il à y prendre part? C'est ce que l'on saura dans peu de jours.

Lady Westmorland a reçu de la Reine des Belges une lettre qui lui dit que son père, après une grippe violente, est resté fatigué, changé, vieilli; elle voulait aller en Angleterre pour le voir.

_Sagan, 1er mai 1850._--La réponse attendue de Londres, dans la question danoise, est arrivée samedi soir à Berlin. On y approuve entièrement les propositions simultanées et identiques de Meyendorff et de Westmorland, et on autorise ce dernier à les exprimer fortement; c'est ce qu'il a fait; mais il paraît que les paroles les plus fermes restent sans effet et qu'il faudra des _actes_ pour faire changer les allures du Cabinet de Berlin. Reedtz et Pechlin, les deux plénipotentiaires danois, sont à bout de patience et se plaignent des pièges qu'on leur tend; tout s'aigrit, s'envenime, et je vois les plus sages croire à quelque embrasement violent.

_Sagan, 3 mai 1850._--Le Congrès des Princes[229], qui devait s'assembler à Gotha, doit maintenant se réunir à Berlin le 8 de ce mois. Par ce motif, le mariage de la Princesse Charlotte de Prusse avec le Prince de Meiningen est remis au 18, ce qui ne lui plaira guère; quoique jeune, elle est éprise et pressée[230]. C'est une charmante personne que j'aime particulièrement, et qui a pour moi un goût très marqué, mais je crains que Meiningen ne soit un trop petit théâtre pour son extrême activité, et son futur, un peu trop carafe d'orgeat pour une vivacité électrique, héritée de sa mère, contenue cependant par une excellente éducation.

[229] Ce Congrès avait été convoqué par la Prusse à la suite de la dissolution de l'alliance des trois Rois, dont le Hanovre, puis la Saxe s'étaient retirés. Le Roi de Prusse, déclarant vouloir travailler de tout son pouvoir à l'unité de la nation allemande, convoquait ce Congrès pour s'opposer aux menées ambitieuses de l'Autriche. Les Princes se rendirent à cet appel, et le Congrès s'ouvrit à Berlin le 12 mai.

[230] Ce mariage fut, en effet, célébré à Berlin le 18 mai 1850.

_Sagan, 7 mai 1850._--Humboldt me mande que l'Angleterre ayant délégué tous ses pouvoirs à la Russie dans la question danoise, et le langage de Meyendorff étant menaçant et des plus fermes, on se décide à Berlin à des mesures pacifiques. Dieu le veuille! Il dit aussi qu'il ne croit pas que le Congrès princier de Berlin soit au complet, qu'en tout cas, il n'en sortira pas grand'chose, et que la convocation, par l'Autriche, d'une réunion de l'ancienne Diète à Francfort, devient de jour en jour un danger plus formidable.

Mme de Chabannes m'écrit qu'elle est très mécontente du parti orléaniste, plus encore que de celui qui lui est opposé. Elle dit qu'on fait, de la part du Comte de Chambord, les propositions les plus acceptables; que les jeunes Princes d'Orléans sont tous pour un pacte de famille; que Louis-Philippe, fort affaibli, vacille; que la Reine des Belges, se trouvant sous l'influence anglaise, est hostile; que Mme la Duchesse d'Orléans, mal renseignée de Paris, reste dans des réponses dilatoires.

_Sagan, 8 mai 1850._--Lady Westmorland m'écrit de Berlin, d'hier: «On prépare le château de Berlin pour la demeure des Princes invités au Congrès. On a pu y arranger dix-sept appartements séparés; si cela ne suffit pas, on logera les Princes de surplus dans des maisons particulières, toujours aux frais du Roi, mais on doute que le nombre de dix-sept soit atteint. Il n'y a, jusqu'ici, de certain que le Duc de Cobourg, le Duc de Brunswick, le Grand-Duc de Saxe-Weimar, le Grand-Duc de Bade, les deux Grands-Ducs de Mecklembourg. Quant à l'Électeur de Hesse-Cassel, il a fait dire qu'il viendrait pour expliquer lui-même au Roi pourquoi il ne pouvait entrer dans l'union restreinte. Le général de Bülow part aujourd'hui pour Copenhague, chargé de traiter une paix _séparée_ entre la Prusse et le Danemark, sans s'occuper ni des Duchés, ni de l'Allemagne, et sans médiation. Quand je dis _traiter_, je veux dire _proposer de traiter_, car les négociations devront avoir lieu ici. On a décidé d'envoyer un plénipotentiaire à Francfort, et on suppose que ce sera M. de Manteuffel, le Ministre de l'Intérieur. La grande question est de savoir s'il se présentera comme plénipotentiaire de la Prusse, ou bien comme représentant à lui seul l'Union restreinte. Au premier cas, grande reculade prussienne, au second, non-admission de la part de l'Autriche.»

_Sagan, 12 mai 1850._--J'ai reçu hier une lettre de Berlin dont voici l'extrait: «Vous verrez la liste des Princes arrivés, elle est dans la gazette. Ils y sont tous, excepté Nassau et Hesse-Darmstadt, mais il ne faut pas croire qu'ils sont d'accord. Le Duc de Cobourg a voulu avoir une conférence préalable chez lui, entre eux, avant la séance d'aujourd'hui au Château, où le Roi les a réunis pour leur faire un discours, puis leur donner à dîner. Le Duc de Cobourg a été étonné et fâché de trouver que chacun a sa façon particulière de juger la question, et qu'ils ne veulent pas se laisser diriger par lui. Mecklembourg-Strelitz, Hesse, Oldenburg, se sont déclarés tout à fait opposés à la tactique prussienne, et le Duc de Brunswick, quoique favorable au _Bund_[231], l'est à sa manière, qui n'est pas celle des Cobourg. Manteuffel ne va pas à Francfort, cette question reste en suspens.

[231] On appelait _Bund_ l'alliance de tous les Souverains allemands contre l'ennemi extérieur. Il a existé jusqu'après la guerre de 1866.

«M. de Persigny, qui est revenu de Paris, déclare que tous les partis se sont réunis au Président; que l'on va prendre les mesures les plus énergiques, que tout danger est passé. Prokesch est nommé à Constantinople; on dit que c'est le général Thun qui le remplace ici.»

_Berlin, 13 mai 1850._--Voici deux lettres que j'ai reçues de Berlin, l'une en allemand, dont voici la traduction: «Le Congrès des Princes est dans le meilleur train du monde. On s'occupe peu des affaires, mais en revanche on fait de grands exercices; il n'y a pas de fin aux spectacles militaires; après cela, des dîners monstres, et, le soir, l'opéra du _Prophète_, des soirées ou des bals. Aujourd'hui c'est chez Meyendorff, demain chez Redern, lundi chez le Prince et la Princesse de Prusse, mardi chez les Westmorland, mercredi chez Leurs Majestés, et puis, plaise à Dieu, la clôture! La Régente de Waldeck est arrivée ici depuis jeudi pour le grand dîner dans la salle Blanche. Nouvelle jubilation pour les spectateurs. On lui a donné, comme Régente, le premier rang, avant tous les Princes.

Le Roi exagère la politesse envers ses hôtes: au lieu de donner le bras à la Reine et de se faire suivre par les autres Princes, il a offert son bras à la Princesse de Waldeck, et la Reine au Grand-Duc de Bade. La Princesse a très bonne mine, s'habille bien, tout en noir, à cause de son veuvage, mais elle a le malheur de ne le céder en rien pour la taille élevée au général de Neumann; elle lui a même emprunté son impertinente affabilité. Je crains que ce soir elle ne s'amuse pas trop chez Mme de Meyendorff, où le soutien de la Cour lui manquera; les dames oublieront certainement la Régente, et ne verront en elle que la Princesse de Waldeck. Le Duc de Brunswick n'a pas assisté au dîner du Château, à cause d'une prétention de préséance sur le Duc de Cobourg. Hier, il y a eu des dîners chez les Princes Charles et Albert de Prusse, afin que le Roi et la Reine puissent reprendre haleine. Le soir, la salle de l'Opéra était magnifique, et le grand salon qui touche la loge Royale féeriquement décoré et illuminé. On avait joint les loges des étrangers à la grande loge, et cependant, les Princes, avec leur suite, y ont à peine trouvé place. Le public était tellement absorbé par leur aspect qu'il ne montrait guère que son dos au _Prophète_, et portait toute son attention sur l'_Union allemande_, attention qui s'accrut, naturellement, à l'apparition du Roi dans la grande loge, où il prit la troisième place à côté de la Régente de Waldeck. La Reine resta seule dans sa petite loge, où elle n'était pas même en toilette. Après le premier acte, le Roi conduisit pour quelques moments la Régente chez la Reine.

«Le discours adressé par le Roi aux Princes a été, dit-on, plein de dignité. Il les a invités à examiner s'ils voulaient loyalement et fidèlement suivre le même chemin que lui, ajoutant que, s'il leur était venu un autre avis, ils n'avaient qu'à suivre une autre route, en se séparant de lui, dont le cœur resterait sans rancune, mais qu'en le suivant, il fallait marcher fidèlement partout où il porterait la bannière. Hier soir, dans la séance des Ministres, des différends, des disputes, des querelles, se sont déjà hautement manifestés. Le _Conseil administratif_ s'y était présenté comme auditeur; Hassenpflug a tout de suite protesté contre sa présence, et, finalement, on a été obligé de clore cette séance à peine commencée. Il s'en est suivi aujourd'hui un échange de lettres, rien moins que polies, entre Brandebourg et Hassenpflug, mais _point de séance_; bref, l'_Union_ a déjà disparu, dès l'essai de cette première séance.»

L'autre lettre est de lady Westmorland: «Les Princes ont eu d'abord une réunion entre eux chez le Duc de Cobourg, qui se donne beaucoup de mouvement, et qui voudrait être le chef des autres, ce qui offense déjà, et surtout, le Duc de Brunswick. Le Grand-Duc de Mecklembourg-Strelitz, représenté par son fils aîné, et l'Électeur de Hesse-Cassel, parlant pour lui-même et pour le Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, ont déclaré ne pouvoir consentir à aucun acte tendant à former l'_Union prussienne_, avant que l'Assemblée réunie à Francfort n'eût décidé sur la grande question qui doit se traiter là. Tous les autres Princes se sont déclarés voués à l'_Union_ et à la politique prussienne, mais, même parmi ceux-ci, il n'y a rien moins qu'unité, chacun, en faisant la même profession de foi, voulant l'interpréter d'une façon différente. Les uns voulaient d'abord aborder la question politique dans la réponse qu'on devait faire au discours du Roi le lendemain matin, mais il a été décidé qu'on n'y répondrait que par des phrases de politesse. Hier, les Ministres des Princes ont eu leur première réunion pour discuter la marche à suivre. A leur grand étonnement, ils virent arriver M. de Radowitz et tous les membres du _Verwaltungsrat_[232]. Là-dessus, le Ministre de Hesse, qui est, comme vous savez, violemment opposé à toute tactique prussienne, s'est levé et a déclaré que ces Messieurs n'avaient aucun droit de se mêler aux discussions des Ministres des Princes, et qu'il serait impossible pour eux de discuter franchement en présence de ceux dont ils auraient probablement à blâmer les actes, et surtout de M. de Radowitz. Celui-ci doit alors avoir déclaré que c'était pour soutenir les amis de l'_Union_ qu'il se trouvait là, et que, sans lui, il serait très possible que le Gouvernement prussien fléchit sous les attaques des Princes hostiles (beau compliment, comme vous voyez, pour M. de Brandebourg et son Cabinet). Là-dessus, grande confusion et interruption de la séance sans rien décider. Voilà le commencement du Congrès. Il y a quelques épisodes piquants. Le Duc d'Oldenbourg, et surtout son fils, sont d'une violence si exagérée dans le sens Radowitz, Gagern, etc., que le père a fait une sortie à la réunion des Princes, que tous les autres ont trouvée par trop forte, et, le lendemain, le fils, se trouvant chez M. de Meyendorff, a débordé contre l'Autriche d'une manière si inconvenante que Meyendorff a dû lui faire une scène. Le Roi a été seul chez chacun des Princes à leur arrivée; il a écouté très patiemment tout ce que le Grand-Duc de Mecklembourg-Strelitz lui a dit, et, au grand étonnement de ce dernier, a répondu qu'il partageait complètement sa manière de voir, surtout en ce qu'on ne devait rien faire ici avant de connaître le résultat de l'Assemblée de Francfort. J'ai bien peur qu'il n'ait dit à chacun des autres Princes qu'il partageait leurs opinions. Au fond, ce n'est pas son opinion, quelle qu'elle puisse être, qui décidera de rien.»

[232] Conseil d'administration de l'État fédératif.

_Sagan, 15 mai 1850._--Des détails qu'on m'écrit sur Claremont coïncident identiquement avec ce que je savais déjà. Il n'y a rien de bon, ni d'_à-propos_ à attendre d'une famille qui ne pardonnera jamais à la branche aînée d'avoir été sa victime, lorsque la cadette a usurpé les droits de l'orphelin légitime. La branche aînée, n'ayant rien à se reprocher à l'égard des d'Orléans, est bien plus conciliante, et plutôt prête à lui tendre la main que l'autre à lui présenter le petit doigt. Il n'y a que les grandes âmes ou les esprits d'une trempe vraiment supérieure, qui savent pardonner à ceux qu'ils ont offensés.

La fête de l'Opéra, à Berlin, paraît avoir été magnifique, mais, par un oubli inconcevable, au souper, on ne s'était pas souvenu de M. de Persigny. Il a quitté, en fureur, la salle de spectacle où les invitations avaient circulé. Le lendemain, on lui a envoyé un aide de camp avec des excuses.

Le Prince de Prusse sera, avec le duc de Wellington, parrain du dernier fils de la Reine Victoria[233], il s'appellera Arthur-William-Patrick; ce dernier nom est une coquetterie irlandaise.

[233] Le duc de Connaught, né à Windsor le 1er mai 1850.

Il paraît que les deux Mecklembourg, les deux Hesse, le Grand-Duché de Bade et les trois Villes libres se retirent de l'Union. Il n'y avait rien de positivement déclaré, puisque la Conférence durait encore, mais ce bruit avait grande vraisemblance. Le Duc de Cobourg est, à ce sujet, dans une telle rage, qu'il disait tout haut qu'il voudrait _étrangler_ de ses propres mains les récalcitrants. La question de la présence de Radowitz aux réunions a été terminée par le désir formel exprimé par le Roi de le voir assister aux Conférences, _afin qu'il pût prêter à tous les Princes réunis l'avantage de ses talents_.

_Sagan, 16 mai 1850._--Voici ce qu'on m'écrit de Berlin à la date d'hier: «A une longue conférence, hier, les Princes ont _plâtré_ une espèce de réconciliation, et les récalcitrants ont consenti à retirer leur sortie de l'_Union_, vu que tous ont résolu d'envoyer leurs Plénipotentiaires à Francfort sous certaines conditions. Ils ont aussi décidé de former un Gouvernement provisoire pour deux mois. Le parti de la majorité paraît très content d'avoir, de cette manière, évité une rupture qui lui aurait enlevé tant de membres de l'Union. De l'autre côté, Prokesch est dans un état violent et déclare que l'Autriche ne consentira jamais aux conditions des Princes. Des esprits plus calmes croient, au contraire, que l'Autriche ferait bien de les laisser tous venir à Francfort, et de ne pas forcer une dissolution que la nature des choses doit amener d'elle-même. Les Princes, ayant donc à peu près terminé leur mission, partiront demain et après-demain, excepté le Duc de Meiningen qui reste pour les noces de son fils. Sir Henry Wym, le Ministre d'Angleterre à Copenhague, est arrivé ici pour se consulter avec lord Westmorland et Meyendorff sur les affaires de Danemark. Je ne doute pas qu'elles vont se terminer.»

_Sagan, 23 mai 1850._--M. de Meyendorff m'écrit de Berlin, à la date d'avant-hier: «J'apprends à l'instant l'attentat commis sur le Roi, hier, et dont vous verrez les détails dans tous les journaux[234], mais voici un fait curieux, qui, comme de raison, ne sera dans aucun: le Roi a dit à quelqu'un de présent qui me le mande textuellement: «J'ai été prévenu de cette tentative; c'est une trame qui menace encore d'autres Souverains.»

[234] Le 22 mai 1850, Sefeloge, ancien sergent d'artillerie, tira sur le Roi au moment où celui-ci se disposait à se rendre à Potsdam pour y passer l'été. Le Roi, s'étant embarrassé dans un de ses éperons, fit un faux pas qui empêcha la balle de l'atteindre à la tête; elle ne fit que labourer la chair du bras droit entre le poignet et le coude.

_Sagan, 25 mai 1850._--D'après les lettres que je reçois en masse de Berlin, je n'ai aucun doute (malgré le soin inexplicable que met le Gouvernement, jusqu'ici, à représenter l'assassin comme un fou isolé), qu'il n'est, ni plus ni moins, qu'un émissaire de cette affreuse association de régicides, qui a son siège à Londres, et qui cherche des cerveaux brûlés qu'on arme en aveugles, et qu'on appelle _the Blinds_[235]. Le Gouvernement était prévenu. On dit qu'il y avait cinq de ces émissaires à Berlin. Meyendorff et Prokesch se sont précipités chez M. de Brandebourg et chez Manteuffel, les suppliant de profiter du miracle opéré par la Providence et de l'avertissement donné par elle, pour faire fermer les clubs, prendre des mesures d'urgence et jeter l'effroi dans les conciliabules; mais la faiblesse, la lâcheté sont à leur comble, et on ne songe qu'à sauver le criminel. On est justement alarmé pour Vienne et Varsovie[236].

[235] Les aveugles.

[236] Le Tsar venait de s'y rendre.

_Sagan, 29 mai 1850._--Le Roi va mieux, quoique son bras le fasse souffrir, mais on dit qu'il faut cela pour la guérison. La Reine est pâle comme une morte, douce comme un ange, et courageuse comme un lion. Il paraît que les indices sur les affiliations de l'assassin avec les sociétés démocratiques sont si nombreux et si évidents qu'on renonce, peu à peu, à le déclarer fou, et qu'on cherche à pénétrer plus sérieusement dans ces sanglantes ténèbres. La trame se manifeste de plus en plus. On croit en tenir plus d'un fil, mais nous ne sommes pas énergiques, et nous n'avons pas le bonheur de l'à-propos. C'est bien Dieu, à lui seul, qui nous sauve, car assurément, nous ne l'aidons pas.

Les deux correspondants s'étant rencontrés ensuite à Baden-Baden, leurs lettres se trouvèrent interrompues jusqu'au mois d'août, où ils se séparèrent de nouveau. La Duchesse avait auprès d'elle, en revenant de ce voyage, sa dame de compagnie, Mlle de Bodelschwing, une Courlandaise qui lui était très dévouée et resta auprès d'elle jusqu'à sa mort.

_Stuttgart, 4 août 1850._--Après avoir quitté le débarcadère de Carlsruhe ce matin, j'ai dormi dans ma voiture jusqu'à Pforzheim, entr'ouvrant quelquefois le coin de l'œil pour admirer ce gracieux pays, mais les refermant aussitôt. Je suis arrivée ici, à cinq heures, par de fraîches et riantes vallées. Je suis allée, en voiture découverte, visiter le monument de Schiller, qui m'a plu, et, par le superbe parc attenant au Château, nous sommes montées au petit palais de Rosenstein dont la situation, la vue sont charmantes, mais le Palais est bien peu de chose, les tableaux, les statues sont médiocres, les proportions mesquines. Nous sommes revenues par Canstadt, où nous avons été à la fontaine minérale goûter une eau qui m'a semblé détestable. Tous ces environs sont très jolis, et bien au-dessus, ce me semble, du modeste Carlsruhe. On ne nous a pas permis de voir la _Wilhelma_, jardin et palais mauresque, créés par le Roi actuel. En longeant le mur de clôture, j'ai pu saisir des _glimpses_[237] qui m'ont consolée de n'en point franchir le seuil.

[237] Des petits aperçus.

_Ulm, 5 août 1850._--Ce matin, avant de quitter la capitale de Würtemberg, j'ai visité l'église chapitrale, intéressante par les tombeaux des premiers comtes de Würtemberg, puis le château, dont on ne montre que la partie destinée aux réceptions. Nous avons visité les écuries, le manège royal, où on dressait des chevaux arabes charmants, arrivés dernièrement de leur brûlante patrie; ils pouvaient s'y croire encore, tant il fait chaud. Je suis arrivée toute rôtie à la villa du Prince Royal; c'est inachevé, mais cela sera charmant, dans le plus beau style de la Renaissance, situé à merveille, des vues admirables, mais aucun ombrage, un jardin mal planté, et, tout autour, une aridité désolante. Nous avons vu arriver un piqueur du Roi nous apportant une permission écrite, non sollicitée, pour voir la _Wilhelma_. Nous nous y sommes rendues. Il y a un bain mauresque et des serres pour les plantes des Tropiques qui m'ont plu. Le jardin laisse à désirer. En tout, les jardiniers de Stuttgart ne me paraissent pas très habiles. Le chemin de fer nous a ensuite conduites ici par un pays fécond, accidenté, arrosé, boisé, charmant, plein de ruines, d'églises et de villages. Nous sommes tombées ici dans le _Sänger-Verein_[238], composé de treize cents chanteurs qui encombraient le chemin de fer, ainsi que les petites rues tortueuses de la vieille cité d'Ulm. Nous avons visité ici la Cathédrale, qui est très imposante, l'Hôtel de ville et une fontaine gothique, qui ont de l'intérêt.

[238] Les _Sänger-Vereine_ sont deux associations de chant fondées depuis bien des siècles en Allemagne.

_Augsbourg, 7 août 1850._--En arrivant ici, hier, je n'ai vu de la ville que ce qu'on en traverse; elle m'a semblé assez curieuse, par son ancien cachet de vieille ville impériale: des fontaines en bronze fort belles, des vestiges romains, la prison, la chapelle, le lieu du supplice de saint Affre. Dans l'auberge où je suis, _les trois Maures_, la plus ancienne de toute l'Allemagne, on est sur terrain historique. La chapelle dans laquelle Charles-Quint a entendu la messe, la cheminée dans laquelle le riche tisserand Fugger a brûlé les quittances impériales, enfin, tout ce que ma tête, abîmée par la chaleur, a pu saisir, je l'ai vu.

_Münich, 8 août 1850._--Je suis arrivée hier après-midi. J'ai visité l'église Saint-Louis, qui m'a rappelé une des chapelles latérales de Saint-Pierre de Rome. La place avec les statues de Tilly et de Wrède, la rue Saint-Louis avec tous ses édifices, le jardin du Château entouré d'arcades peintes à fresques, ont employé le reste de la journée. Aujourd'hui, dès neuf heures du matin, nous nous sommes mises en campagne, et pour début, nous avons été à la _Frauenkirche_ où nous avons entendu la messe, dont le son était venu dans ma chambre, et que l'orgue, avec ses beaux accords, rendait irrésistible. De là, vite à la galerie Leuchtenberg, qui ne s'ouvre qu'à de certaines heures et à de certains jours. Je n'y ai été séduite que par un portrait plein d'expression de la Laure de Pétrarque peint par le Bronzino. Elle est représentée sur le retour, en costume austère de veuve, avec les traits nobles, un peu pointus, des yeux intelligents, ouverts, limpides. Puis, m'est apparu un admirable tableau de Murillo, représentant un moine à genoux devant un ange, qui lui ordonne de recevoir la mitre d'Evêque. C'est d'une composition, d'une couleur, d'un dessin merveilleux, et pour moi, qui ai toujours eu une grande préférence pour Murillo, j'ai joui de cette nouvelle confirmation de mon goût. Du palais Leuchtenberg, j'ai été ensuite à la Basilique; j'ai été frappée de la beauté des fresques, de la richesse des marbres, de la perfection des matériaux et du travail. Cette Basilique n'est point encore consacrée; le couvent destiné aux Bénédictins, que le Roi Louis a fait construire, et qui se joint par la crypte à la Basilique, est tout prêt à recevoir les religieux, mais n'est point encore habité. Les fonds ont tous été emportés par l'indigne Lola Montès. En revenant, j'ai voulu revoir l'église de Saint-Louis, le charmant Chemin de la Croix avec ses quatorze stations, marquées chacune par une fresque pleine de sentiments religieux. Ce Chemin de la Croix en plein air me plaît; je le préfère beaucoup à ceux qu'on applique dans l'intérieur des églises, et par lesquels on rompt désagréablement pilastres et colonnes. J'ai été charmée de retrouver ici des églises (les nouvelles du moins) sans chaises comme en France, sans bancs comme en Prusse. Les églises d'Italie voient les fidèles prosternés sur les dalles nues, ce qui est plus humble, plus pittoresque, et infiniment plus favorable à l'effet architectural. Avant de rentrer, j'ai vu l'Église des Théatins, paroisse de la Cour, dont le rococo est si riche qu'il atteint une certaine beauté; puis l'église de Saint-Michel, très laide et ornée, on déshonorée par d'horribles friperies, mais où le monument funèbre du Prince Eugène de Leuchtenberg[239] par Thorwaldsen m'a intéressée. Voilà ce qui s'appelle avoir bien rempli sa journée.

[239] Ce monument fut élevé à Eugène de Beauharnais, créé duc de Leuchtenberg, par le Roi Louis de Bavière, son beau-père.

_Münich, 10 août 1850._--J'ai continué hier à explorer les curiosités de Münich. J'ai été visiter le Trésor, les grands appartements du Château, la _Salle des Beautés_ qui ne sont guère belles et qui ont surtout l'air d'être tirées du _Journal des Modes_. Les belles statues de Schwanthaler dans la _Salle du Trône_ m'ont fait grand plaisir. J'ai été, du Château, visiter la _Taverne des Artistes_; ils s'y réunissent tous les soirs, pour y trinquer et y deviser ensemble sur l'art et les inspirations de leur génie; cette taverne, ils se la sont arrangée dans un style à part, qui rappelle les corporations du quinzième siècle; chaque artiste a contribué, par son talent, à la décoration de ce local, qui est dans de petites proportions, mais dont l'aspect est fort original; les gobelets, avec les noms et les signes de chacun, y sont rangés en bon ordre avec des ornements moulés et modelés sur leurs dessins; les noms de Cornélius, Kaulbach, Schwanthaler, etc., se lisent sur plus d'un objet. C'est vraiment fort intéressant. J'ai été aussi visiter le potier et le ferblantier qui fabriquent les cruches et gobelets à bière fameux en Bavière; les formes les plus originales s'y rencontrent, il y en a de gracieuses, il y en a de burlesques. La Chapelle dédiée à tous les Saints, attenante au Château, n'a pas passé inaperçue; elle est belle, riche, noble, un peu orientale, et semble avoir été construite et ornée sous l'inspiration de Saint-Marc de Venise. Nous nous sommes ensuite fait conduire en calèche hors la ville, sur la _October-Wiese_, au milieu de laquelle s'élève le grand monument de la _Bavaria_, statue colossale en bronze par Schwanthaler, entourée de trois côtés par une magnifique colonnade en marbre, que la statue domine de trente pieds. Les échafaudages ne sont pas encore enlevés, mais ce qu'on en voit est gigantesque. Le temps étant beau, nous avons poussé deux lieues plus loin, du côté où l'Isar s'échappe des montagnes pour arroser la plaine de Münich. Un joli bois nous a conduites au pied d'un castel gothique, que Schwanthaler venait d'achever quand la mort est venue l'abriter mieux encore.

Aujourd'hui la Glyptothèque, la Bibliothèque et le charmant palais des Wittelsbach[240] (résidence d'hiver du Roi Louis et de la Reine Thérèse, qui n'a été étrennée que l'hiver dernier) ont eu notre visite. Nous voulons encore aller à la Pynacothèque, à l'atelier de Schwanthaler que son cousin conserve avec scrupule, et qu'on dit intéressant. Ce soir, j'irai entendre un bout de _la Norma_, puis Münich sera clos pour moi. Mon attente a été surpassée, ma curiosité satisfaite, et ma personne fatiguée.

[240] Nom de la Famille Royale de Bavière.

_Salzburg, 16 août 1850._--Je suis arrivée avant-hier ici, en traversant le plus beau pays, le plus fertile, le plus pittoresque, par un temps charmant. Je vais m'enfoncer davantage dans les montagnes qui renferment Ischl. J'ai vu la Cathédrale, le Nonnenberg, avec sa vieille église et son noble couvent, la forteresse sur son inaccessible rocher, les salles qu'on y restaure. J'ai été visiter Aigen, où le cardinal Schwarzenberg aimait à se reposer, et dont il ne s'est séparé qu'il y a dix jours, non sans d'amers regrets. J'ai vu le château de Mirabelle, celui de Heilbrunn, l'élégant et curieux Anif, et enfin le cimetière de Saint-Pierre, qui a un caractère si original.

_Ischl, 17 août 1850._--La station que je fais ici ne me plaît pas trop. Ce n'est pas que le lieu ne m'ait paru joli en arrivant, que l'air de ses montagnes élevées et abritées si bien du nord ne doit être excellent, mais Ischl est plein de monde, et malheureusement du monde de connaissance, de ce genre de monde _qui oblige_.

On me mande de Paris qu'il y a un flot de légitimistes qui se rendent à Wiesbaden pour y voir le Comte de Chambord, et entre autres M. de La Ferté, gendre de M. Molé, qui y aurait été spécialement mandé par le Prince.

J'ai vu Louise Schœnbourg, beaucoup plus calme sur la politique, plus équitable pour son frère Félix Schwarzenberg, mais craignant que le Ministre Bach ne soit un traître qui creuse un précipice sous les pieds de son frère. Ce Ministre Bach est du reste l'objet de l'exécration, d'abord des grands seigneurs autrichiens, mais aussi de tous les propriétaires, à quelque catégorie qu'ils appartiennent. La comtesse Schœnbourg, grande-maîtresse de l'Archiduchesse Sophie, est venue m'apporter l'invitation de dîner demain chez Son Altesse Impériale. Comme c'est le jour de naissance de l'Empereur, il y aura dîner de famille, et je les verrai tous, ou à peu près tous réunis.

_Ischl, 19 août 1850._--On m'écrit de Berlin qu'on a eu à Potsdam les attentions les plus flatteuses, les égards les plus marqués pour M. le Duc de Bordeaux, dont chacun aussi est resté très enchanté[241]. Le général Haynau a partagé avec Mlle Rachel la curiosité du public[242]; le général enviait les applaudissements de l'actrice; on dit que cette concurrence a offert des scènes assez comiques. On s'est, du reste, lassé bien plus vite de la vanité militaire que de celle des coulisses.

[241] En se rendant à Wiesbaden, où la question de la fusion entre les deux branches de la maison de Bourbon devait se traiter, M. le Duc de Bordeaux passa par Berlin, où sa présence fit grande sensation. Le Roi de Prusse, alors à Potsdam, le reçut avec beaucoup d'honneurs. Le Prince y arriva le 6 août et y habita le Nouveau Palais. Monseigneur était accompagné du duc de Levis, du marquis de La Ferté, de M. Berryer, et de plusieurs autres Français de distinction. Pendant ce séjour, on donna la représentation de _Polyeucte_, jouée par Mlle Rachel alors à Berlin.

[242] Le général autrichien Haynau s'était rendu célèbre par ses répressions sévères en Italie pendant le bombardement de Peschiera, comme par ses représailles exercées sur les habitants de Bergame et de Ferrare, le sac de Brescia, le massacre des insurgés. Plus tard, pendant la guerre de Hongrie, il avait montré les mêmes rigueurs aux exécutions dont Pesth et Arad furent le théâtre en octobre 1849. On disait même qu'il y avait fait fouetter des femmes. Le général était alors de passage à Berlin.

Au dîner, hier, chez l'Archiduchesse, excepté la Famille Impériale et le service obligé, il n'y avait que moi. Le jeune Empereur a une tournure très élégante; son frère Max, mon voisin à table, est très causant, spirituel et agréable; tous les vieux Archiducs très polis; l'Archiduchesse Sophie, comme toujours, extrêmement attrayante et agréable. On a bu à la santé de l'Empereur, on a tiré le canon, la musique militaire a joué l'air national, qui a été aussitôt entonné par la population assemblée sous le balcon. A la nuit, la cime des montagnes et la ville se sont illuminées des feux de réjouissance; c'était d'un effet charmant.

_Ischl, 21 août 1850._--Je reviens d'Aussée où l'établissement de la famille de Binzer et de Zedlitz est une véritable idylle; beau site, fraîches prairies, lac pittoresque, ombrages touffus, maison élégante, simple, commode sous forme rustique. La mère, les filles conduisent un petit domaine rural que le père cultive lui-même, tandis que Zedlitz fait des vers, que l'armée d'Italie et celle de Hongrie lui envoient des adresses et des vases d'or. Un fils dessine à ravir, deux de ses amis sculptent et peignent, le tout pour embellir cette agreste demeure, sur les murs de laquelle des fresques fort gracieuses rappellent les scènes principales des poèmes de Zedlitz. Le soir, jeunes et vieux naviguent sur le lac en chantant des tyroliennes, des ballades allemandes, des romances françaises, des boléros espagnols. Tout cela est enfermé dans une vallée d'un accès difficile où les échos du monde arrivent fort affaiblis. C'est un rêve, ou pour mieux dire, une fiction dans le domaine de la réalité.

_Vienne, 23 août 1850._--Je suis arrivée il y a deux heures ici, à la lettre rôtie et accablée par douze heures de bateau à vapeur, par une chaleur africaine. Il y avait foule sur le petit navire; c'était à ne pas y tenir, et quoique par moments les bords du Danube soient pittoresques et bien meublés, je ne leur trouve pas l'intérêt des bords du Rhin entre Mayence et Cologne.

_Vienne, 25 août 1850._--Le chapitre des folies humaines est interminable. Voici le Roi de Danemark qui y ajoute un drôle d'alinéa par son ignoble mariage morganatique; hier, le télégraphe a apporté ici la nouvelle de son abdication[243].

[243] Frédéric VII, Roi de Danemark, avait épousé, le 7 août, une marchande de modes, Lola Bosmussen, surnommée _la Lola danoise_, qui fut créée Comtesse à cette occasion. Une correspondance de Hambourg avait alors répandu le bruit de l'abdication du Roi en faveur de son héritier naturel, le Duc d'Oldenbourg, afin de simplifier la question de succession, mais cette nouvelle était dénuée de fondement.

J'ai reçu force lettres aujourd'hui de tous les côtés: de Mme de La Redorte, des Pyrénées, où elle me semble prendre l'ennui pour de la tristesse; c'est cependant bien différent. Mme Mollien m'écrit de Claremont qu'elle va bientôt retourner en France; elle me paraît croire à une assez prompte fin de Louis-Philippe; il est à bout de lui-même. On voulait le faire aller à Richmond; la Duchesse d'Aumale a fait une fausse couche, ce qui a retardé le déplacement. Il paraît que déjà chaque membre de la famille se demande ce qu'il aura à faire; quelle route on aura à suivre, quel parti à prendre lors de la disparition de ce vieux chef, devenu, dit-on, d'une irritabilité que sa faiblesse physique seule égale. Triste fin d'une carrière pleine de contrastes, sur l'ensemble de laquelle l'histoire prononcera probablement un arrêt sévère. Quand on prend la place d'un orphelin, encore faut-il savoir s'y maintenir, ou périr en la défendant. La Reine Marie-Amélie est, dit-on, plus sainte, plus forte, plus résignée, plus admirable que jamais.

Ici, on parle peu politique. La révolution même n'y a pas tué un certain commérage frivole, qui ne manque pas d'une certaine grâce quand on n'en use pas trop longtemps. Cependant, on est assez satisfait de la vigueur inusitée que le Cabinet de Dresde déploie depuis quelques semaines, et qu'on reporte au Ministre comte de Beust, qui procède fort énergiquement, et qui vient d'un coup d'expulser vingt professeurs gangrenés de l'université de Leipzig[244].

[244] M. de Beust avait repris en 1849, dans le Cabinet de Dresde, le portefeuille des Affaires étrangères qu'il avait déjà eu en 1841, et y ajouta celui des Cultes. Il avait pris une part active à l'alliance des trois Rois, puis, avec le concours de l'Autriche, il rechercha l'alliance des quatre Souverains.

J'ai visité hier le palais Lichtenstein, si fabuleux pour sa magnificence. Je trouve cependant que, quels que soient les revenus, mettre 80 000 florins à un seul lustre est impardonnable. Il y a cependant bien plus à admirer qu'à blâmer dans cette belle création du luxe moderne.

_Vienne, 31 août 1850._--Il se répand ici que le Roi Louis-Philippe est mort. Je n'ai point appris encore si cette nouvelle est fondée ou non[245]. Vienne, malgré les catastrophes des dernières années, est singulièrement peu entrée dans la vie politique, et le _Prater_, et le spectacle et le commérage y dominent, à peu près comme par le passé. J'ai été revoir Saint-Étienne, qui me fait toujours une grande impression; j'ai été aussi faire une petite station à la gracieuse et singulière église de Maria-Steig, attenante au couvent des Ligoriens, dont la Révolution de 1848 les a chassés.

[245] Louis-Philippe était mort le 26 août.

_Sagan, 5 septembre 1850._--J'ai fait une tournée par Dornbach, qui appartient à la princesse Lory Schwarzenberg, Felsberg et Eisgrub aux Lichtenstein. La princesse Lory Schwarzenberg fait fort agréablement les honneurs de son élégante villa, dont la situation et la vue sont charmantes. Felsberg est un établissement d'hiver, clos, chaud, abrité, un peu triste; il y a beaucoup de place, mais les proportions des pièces ne sont pas bonnes, le jardin insignifiant; il y a une belle chapelle, une jolie salle de spectacle, beaucoup de portraits de famille, quelques vieux meubles de formes et de dates curieuses. L'appartement surtout du Prince Eugène de Savoie, qu'il habitait lorsqu'il venait chasser chez son ami, le prince Lichtenstein, voilà ce qui m'a le plus frappée. Eisgrub est élégant, soigné, gai, avec un grand parc qui se perd dans les bois, dans une contrée couverte d'étangs, peuplée de gibier de toute espèce. Les haras, les écuries, le manège, tout est soigné à l'anglaise.

Il a failli nous arriver un gros accident sur le chemin de fer. Il faisait obscur; un cheval de paysan s'était échappé, et couché en travers des rails; le train lancé a passé par-dessus, écrasé l'animal; il en est résulté un tel choc que dans notre wagon, nous avons été jetés d'un côté à l'autre de notre cage. Il a fallu s'arrêter, chercher des secours, mais enfin nous nous en sommes tirés sans autre catastrophe, sauf la peur qui a été grande.

_Sagan, 12 septembre 1850._--Je suis bien aise pour Mme la Duchesse d'Orléans que les gazettes aient menti une fois de plus, en disant qu'elle avait mandé Thiers auprès d'elle.

Les journaux racontent une scène hideuse, qui serait arrivée à Londres contre le général Haynau, et qui ne cadre guère avec l'hospitalité tant vantée de la grande Albion[246].

[246] Le sentiment populaire était très excité contre le général Haynau et les moyens de répression dont il avait usé dans les guerres d'Italie et de Hongrie, en 1848 et 1849. Dans un voyage qu'il fit à Londres, en septembre 1850, comme il voulait visiter la brasserie de Barclay et Perkins, les ouvriers le huèrent, le maltraitèrent, lui arrachèrent les moustaches et menacèrent de le jeter dans leurs cuves.

_Sagan, 16 septembre 1850._--Je viens de recevoir une lettre de M. de Salvandy, du 10, datée de la Haye. Il m'annonce qu'il se rend en mission de Londres à Frohsdorff. D'après sa lettre, je dois croire qu'il est assez avancé dans la négociation, dont il paraît s'être officieusement ou officiellement chargé, je ne puis trop, dans une rédaction entortillée, déchiffrer lequel des deux.

La Reine des Belges se meurt[247]. Pauvre Reine Marie-Amélie, vraie mère de douleur!

[247] La Reine Louise mourut à Ostende le 11 octobre, et fut inhumée le 16 dans l'église de Læken.

_Berlin, 15 octobre 1850._--Politiquement, l'horizon berlinois n'est pas éclairci, seulement les choses en sont venues à un point si critique que, nécessairement, il faut que d'ici à bien peu de semaines les nuages se dissipent, soit par un rayon de soleil partant de Varsovie[248], soit par la détonation des bouches à feu. Tout se décidera au pied de l'Autocrate. M. de Brandebourg s'y rend demain; il y conduit sa femme, amie d'enfance de l'Impératrice, avec laquelle elle est restée liée. On compte ici beaucoup sur les effusions et émotions féminines, auxquelles le cœur marital de l'Empereur n'est pas insensible. Le prince Schwarzenberg arrive le 20 à Varsovie, l'Empereur d'Autriche y sera deux jours après. Ici, le Corps diplomatique est satisfait de voir Radowitz au Ministère, parce que son rôle derrière les coulisses lui paraissait plus fatal encore. On croit qu'il reculera devant la responsabilité officielle de ses actes; on espère qu'il sera effrayé du compte rendu qu'il devra aux Chambres. En tout cas, on saura plus tôt et plus nettement à quoi s'en tenir, et tout semble valoir mieux que l'état de suspension dans lequel l'Allemagne s'use en tous sens.

[248] Les démêlés de l'Autriche et de la Prusse, étant arrivés à un point aigu, fournirent à l'Empereur Nicolas, sous le prétexte d'empêcher la guerre, l'occasion de devenir l'arbitre entre ces deux Puissances. Il s'était rendu à Varsovie et y convoqua des conférences auxquelles assistèrent le jeune Empereur d'Autriche, le prince Schwarzenberg, président du Conseil autrichien, et le comte de Brandebourg, représentant de la Prusse. Tous les regards se portèrent de ce côté, où on assurait que toutes les questions qui agitaient alors l'Allemagne, question hessoise, question du Schleswig, question de la suprématie de l'Autriche et de la Prusse, devaient se décider. Le chagrin que devait ressentir le comte de Brandebourg des concessions que fit alors la Prusse fut, croyait-on, la cause de sa mort, qui survint au commencement de novembre.

_Sagan, 22 octobre 1850._--Mme Mollien me mande que la sainte Reine Marie-Amélie, après la mort de sa fille, a dit: «Je ne suis plus en ce monde que pour envoyer des âmes à Dieu.» Elle ne s'occupe plus du tout d'elle-même, le plus ou moins de malheurs ne lui fait rien; elle ne songe uniquement qu'à consoler, à encourager et à fortifier ceux qui l'entourent. C'est vraiment une sainte.

Humboldt me mande qu'il a vu Salvandy un moment, ravi de Frohsdorff et irrité contre Claremont.

_Sagan, 26 octobre 1850._--Tant que durera la réunion de Varsovie, on ne pourra pas se faire une idée bien nette de ce qui s'y résoudra. On y a extrêmement fêté Brandebourg et Paskéwitch.

Le général Changarnier est, je crois, depuis longtemps tout voué à Mme la Duchesse d'Orléans. Elle a mis, dès les premiers jours de son exil, un soin particulier à le gagner par une correspondance adressée à une tierce personne, mais dédiée au général, qui la lisait régulièrement. La Princesse a réussi ainsi à le captiver, et on peut tenir pour certain qu'il est orléaniste pur. Les succès de Salvandy à Claremont et à Frohsdorff ne signifient rien, tant que Mme la Duchesse d'Orléans ne se soumet pas sincèrement à la fusion; tant qu'elle pourra s'appuyer sur Thiers et qu'elle croira pouvoir compter sur Changarnier, elle se tiendra à part, malgré la mort de la Reine des Belges qui lui enlève son principal appui dans sa famille. J'ai eu l'honneur de lui adresser par écrit mon compliment de condoléance sur cette perte. Elle l'affecte bien plus que celle de son beau-père, qui, au fait, ne lui a rien fait du tout. Dans le fond, je suis presque tentée de croire que la Reine Marie-Amélie elle-même est bien plus navrée encore de la perte de sa fille que de celle de son époux, dont elle devait être bien souvent embarrassée depuis le 24 février 1848.

_Sagan, 4 novembre 1850._--Les gazettes d'hier nous donnent une nouvelle importante: la démission, offerte et acceptée, de Radowitz, après un long Conseil tenu à la suite des échos de Varsovie. Cette retraite met le vent à la paix; Dieu veuille qu'il y reste! Si Radowitz, Bunsen et Arnim le boiteux, étaient restés hors du Conseil du Roi, on aurait évité bien des fautes et des calamités. Je crains toujours Bunsen, qui, réuni à lord Palmerston, ne peut être que _mischievous_[249].

[249] De l'anglais: malfaisant.

_Sagan, 6 novembre 1850._--Nous sommes ici battus par une tempête qui, depuis plusieurs jours, menace de nous jeter à bas. A Berlin, ce sont d'autres orages qui mettent chacun en émoi: la retraite de Radowitz, que je ne regarde point encore, hélas! comme positive; la maladie grave, peut-être mortelle de Brandebourg, la retraite de Ladenberg, l'appel de Bernstorff, l'humeur du Prince de Prusse, l'agitation du Roi, le manque d'équilibre dans toutes les directions, les Chambres s'assemblant le 21, tout cela, avec les armements qui continuent, ici et en Autriche, en voilà beaucoup à la fois; tous les esprits en sont atterrés ou en fièvre.

_Sagan, 8 novembre 1850._--On passe ici de fort mauvais jours. Au moment où le comte de Brandebourg faisait prévaloir les voies pacifiques, il tombe malade et meurt. Radowitz va, à la vérité, à Erfurt, mais Ladenberg rentre au Conseil, et l'ordre de mettre tout sur le pied de guerre se publie. Le chemin de fer prussien de Kosel a ordre de ne plus servir à conduire les troupes autrichiennes de Cracovie à Troppau. Bernstorff, qu'on avait appelé à Berlin pour y remplacer Radowitz, reçoit l'ordre de ne pas venir, et Erfurt est bien près de Sans-Souci! A Dresde, il y a joie de la probabilité de guerre, car on y espère reconquérir les parties saxonnes démembrées en 1814 au profit de la Prusse. La Silésie sera la première province envahie par les Autrichiens ou occupée par les Cosaques. Le comte de Brandebourg est mort des suites des agitations des deux dernières années, des _scènes très vives_ qu'il a eu à subir à Varsovie, de la _discussion très orageuse_ qui s'est passée au Conseil lors de son retour, et enfin d'un refroidissement qui a suivi cette bourrasque, vu, qu'ayant été réveillé la nuit par une dépêche importante, il s'est levé pour y répondre; le frisson l'a pris aussitôt; une fièvre gastrique, nerveuse, mêlée de goutte, l'a emporté; l'émétique a été donné et une saignée a été faite mal à propos, dit-on; c'est possible, mais les médecins ne me paraissent être que les agents de la Providence; ils guérissent ou ils tuent, selon que la tâche du malade est plus ou moins remplie. Cette mort enlève au Roi un de ses serviteurs les plus honnêtes, les plus désintéressés. Il y a une fatalité visible dans tout ce qui se passe ici, qui jette l'effroi et la consternation dans tous les esprits.

_Sagan, 11 novembre 1850._--Chaque heure nous rapproche d'une solution sanglante. On croyait toucher à la paix, et voilà que, tout à coup, l'armée est mise sur pied de guerre; toute la landwehr est appelée sous les drapeaux, ce qui jette la plus grande perturbation dans l'administration civile, dans l'agriculture, dans l'industrie, et frappe chacun dans sa vie privée. Plusieurs de mes employés, de mes domestiques, de mes gardes forestiers sont obligés de marcher. Les chevaux sont requis, mon écurie est, à cette heure même, décimée. On écrit de Berlin que la guerre n'est pas encore inévitable, mais chaque heure la rend plus probable. Et pourquoi, grand Dieu? Parce qu'à force de bravades, de gasconnades et de mauvaises ruses, on s'est enfin pris dans ses propres filets. La semaine ne se terminera pas sans une solution définitive. Dieu veuille faire souffler un vent pacifique sur ces parages!

_Sagan, 13 novembre 1850._--Voilà que le premier choc entre les Prussiens et les Austro-Bavarois a eu lieu, auprès de Fulda[250]. La gazette officielle ou ministérielle, _Die Deutsche Reform_, qui paraît deux fois par jour à Berlin, m'a apporté hier cette nouvelle, ajoutant que ce sont les Prussiens qui avaient tiré les premiers, que les Autrichiens n'avaient pas même leurs armes chargées, aussi que plusieurs avaient été blessés sans se défendre; que le tout reposait sur un _malentendu_, qu'après cette escarmouche, le général prussien de Grœben s'était replié en deçà de Fulda. Le tout est précédé d'un _leading article_ plutôt pacifique. En attendant, il paraît que Bernstorff s'est, à la vérité, rendu à Berlin, mais uniquement pour refuser la tâche ministérielle qu'on lui destinait. Le tohu-bohu est complet. Depuis que les fanfares guerrières sonnent, chacun est absorbé par les pensées, les prévisions, les arrangements qu'une pareille préoccupation fait naître. Je suis cependant décidée à ne point bouger d'ici; je crois qu'abandonner ses foyers au jour du danger est une mauvaise mesure, dont on a presque toujours motif de se repentir.

[250] Une collision avait, en effet, eu lieu entre les troupes prussiennes et austro-bavaroises, sur la route de Fulda, près du village de Brounzell, et cinq soldats autrichiens avaient été blessés dans cet engagement d'avant-poste.

_Sagan, 15 novembre 1850._--Mon beau-frère est revenu hier de Berlin, où il avait laissé tout le monde à la paix. Le Roi avait fait chercher le Ministre d'Autriche. L'explication a été longue, vive d'abord, douce ensuite; on s'est quitté réciproquement satisfait. Dieu veuille que de cet éclaircissement il ne résulte que du bien, et que de nouveaux nuages ne viennent pas troubler l'horizon. Radowitz a tellement monté le Prince de Prusse que celui-ci, dans le Conseil tenu au retour du comte de Brandebourg, de Varsovie, dans lequel il avait prêché la paix, l'a accusé, en termes violents, de perfidie envers sa patrie. Le pauvre Comte a été tellement sensible à ce reproche qu'on croit généralement qu'il en est mort. Tant il y a que, dans son délire, cette scène lui revenait sans cesse et lui causait la plus grande agitation. Cela fait souvenir de la scène que le Dauphin fit au maréchal Marmont à Saint-Cloud au mois de juillet 1830.

L'Autriche consent à ne regarder l'échauffourée près de Fulda que comme un simple hasard, à n'y attacher aucune idée de préméditation. De part et d'autre, il semble qu'on veuille entrer dans une voie pacifique et que l'Autriche a le bon sens de se prêter à tout ce qui mettra l'amour-propre prussien à l'abri, dans cette reculade obligée. Les Autrichiens sont décidés à envoyer vingt-cinq mille hommes en Holstein-Schleswig pour en finir. Le point le plus ardu entre Vienne et Berlin, c'est le Hanovre, c'est-à-dire que l'Autriche veut que le Hanovre donne passage à ses troupes, et qu'à Berlin on ne veut pas que le Hanovre l'accorde. Je crois qu'il ne reste plus que ce point-là qui pourrait rejeter dans les angoisses de la guerre.

Je suis bien curieuse de l'impression que vous aura faite Mme Swetchine[251]. Elle est vieille, laide, spirituelle, instruite, aimable, insinuante, fort propre au métier qu'elle fait depuis trente ans. Je suis toujours étonnée que les vrais dévots, qui devraient, ce me semble, n'en avoir jamais fini avec leur propre conscience, trouvent tant de loisirs pour s'évertuer sur celle des autres.

[251] Extrait de lettre.

_Sagan, 18 novembre 1850._--Les chances sont pour la paix depuis plusieurs jours; il paraît que les Conférences qui doivent régler le sort de l'Allemagne s'ouvriront au 1er décembre à Dresde, et que c'est la Russie qui se charge de la garantie que réclament simultanément l'Autriche et la Prusse, que le désarmement effectué par l'une de ces puissances se fera en même temps que celui de l'autre[252]. Néanmoins, il ne faut pas renier absolument toute possibilité de guerre. Ainsi, l'élément démocratique, assez vivace dans les Chambres qui s'ouvrent le 21, les ambitions personnelles de gens qui n'appartiennent pas à ce parti, mais qui ont la niaiserie de croire qu'en hurlant la guerre avec lui, ils sauront après le museler; les haines personnelles, les vanités ridicules, les patriotes niaisement amoureux de la gloire et de ce qu'on appelle, fort mal à propos, l'honneur national, tout cela est en jeu, et Manteuffel est _tout seul_ pour soutenir la lutte. On l'accuse déjà d'être vendu à la Russie, à l'Autriche! Peut-être les forces militaires que la France, _d'après les gazettes_, envoie sur les bords du Rhin donneront à réfléchir.

[252] Les Conférences eurent lieu, en effet, à Dresde; elles y furent tenues dans le plus grand secret et traînèrent en longueur tout l'hiver, pour aboutir enfin au second Olmütz, au mois de mai 1851.

_Sagan, 29 novembre 1850._--Le Ministre Manteuffel a quitté Berlin hier, pour avoir à la frontière (à Oderberg) un rendez-vous avec le prince Schwarzenberg[253]. Il est à supposer que cette entrevue aura une issue pacifique. On disait aussi que les Chambres seraient prorogées. Quelque solution qui puisse arriver, il faut que chacun s'y prépare.

[253] Cette entrevue eut lieu à Olmütz, non loin d'Oderberg.

_Sagan, 1er décembre 1850._--Tous les chemins de fer sont envahis par des transports de troupes; et cependant, malgré ce bousculis militaire qui va en augmentant, on parie encore pour la paix. Le baron de Manteuffel a passé, il y a peu d'heures près d'ici, par un train extraordinaire, retournant à Berlin. C'est dans ce wagon que roulent nos destinées[254]. M. de Meyendorff était présent à l'entrevue; sa présence aura sans doute été d'un grand poids, et d'un poids utile dans la balance. On vient aussi de me dire que l'Électeur de Hesse aide à la simplification, en déclarant ne vouloir plus de secours autrichiens, ni prussiens, se croyant capable de soumettre, avec ses propres forces, ses sujets.

[254] Chargé par intérim du Ministère des Affaires étrangères, laissé vacant par la mort du comte de Brandebourg, M. de Manteuffel opéra à Olmütz un rapprochement entre la Prusse et l'Autriche, en consentant au rétablissement de la Diète germanique, en prêtant son aide à l'anéantissement des droits constitutionnels de la Hesse électorale et en livrant le Holstein-Schleswig au Danemark, par une politique de paix à tout prix, qui découragea d'ailleurs profondément les Prussiens.

La cour du château est toute pleine de caissons, de chariots, de chevaux; le château est rempli d'officiers supérieurs, les communs de soldats; c'est un tohu-bohu incessant; les tambours battent, les trompettes sonnent, et cependant, tout cela n'est peut-être qu'une parade militaire, en définitive ridicule et onéreuse!

_Sagan, 3 décembre 1850._--Les lettres et les journaux de France nous manquent depuis plusieurs jours, ce qui est dû, sans doute, aux mouvements des troupes, qui envahissent, retardent, désorganisent toute régularité et sûreté dans les chemins de fer. Ce dérangement dans les communications écrites est une des disgrâces les plus sensibles pour moi, dans ce moment, qui, à tous égards, est bien sérieux, car ma maison vient d'être le théâtre d'une tragédie. Un des officiers supérieurs, homme de mérite, estimé dans l'armée, riche, considéré, après un dégoût dans le service, s'est brûlé la cervelle. Quelques heures avant, il avait dîné chez moi et rien n'annonçait une aussi fatale résolution. Il a laissé un écrit dans lequel il explique les motifs de cette action, et prend les différents arrangements qu'il désire. Il m'y offre l'hommage de sa reconnaissance pour mon bienveillant accueil et demande pardon de l'acte qu'il va commettre sous mon toit hospitalier. Cet événement nous a tous saisis. On vient d'enterrer ce pauvre homme. Toute la troupe le regrette. Les obsèques, quoique sans honneurs militaires à cause du suicide, ont été honorées par les larmes de tous ceux qui avaient servi avec et sous le défunt.

Nous saurons aujourd'hui comment les Chambres auront accueilli l'arrangement combiné entre Manteuffel et Schwarzenberg; elles ont dû s'en occuper hier. Les dispositions étaient orageuses, hostiles, et, en tout cas, le combat aura été vif. M. de Ladenberg avait offert sa démission, ne voulant de la paix à aucun prix. Si les Chambres se montrent trop ingouvernables, aura-t-on le courage de les dissoudre et d'user librement du droit de paix et de guerre que la Constitution assure au Roi? Ou bien fléchira-t-on devant les hurlements de la démocratie et de ses dupes, qui remplissent les Chambres prussiennes? _That is the question._ On peut parier avec autant de vraisemblance _pour_ ou _contre_, tant il y a peu à compter sur une marche suivie, franche, conséquente, là où les résolutions définitives se prennent.

J'ai reçu une lettre de Potsdam, en date du 30 novembre, dont voici l'extrait: «Notre excellent Souverain a porté l'empreinte de la tristesse, pendant les jours de la maladie et de la mort du comte de Brandebourg, pendant la chute de Radowitz, pendant les vives discussions avec le Prince de Prusse, pendant la résolution de mobiliser l'armée. Il a montré un éloignement violent contre le parti Gerlach[255] et contre M. de Manteuffel, et une irritation des menaces insultantes de la Russie d'occuper les provinces de l'Est, comme on occupe la Hesse. Puis, après de fort cruels débats intérieurs, la sérénité du Roi est revenue en regard des idées d'arrangements pacifiques, retour presque affectueux vers M. de Manteuffel; résolution prise de l'envoyer s'aboucher avec le prince de Schwarzenberg. Le Roi _espère_ conserver la paix.»

[255] M. de Gerlach était un des rédacteurs de la _Nouvelle Gazette de Prusse_, et le chef avoué du parti dit _de la Croix_, souvent appelé parti Gerlach.

Je reçois, en outre, une autre lettre qui me dit ceci: «La Cour de Russie a notifié officiellement aux autres Cours sa stricte neutralité dans les affaires purement allemandes, ce qui ne s'applique pas à l'affaire du Holstein. A ce sujet, elle a fait cette réserve que, si une Puissance prétendait empêcher le passage des troupes fédérales, elle s'opposerait, à main armée, à une telle prétention. Les Cabinets de Londres et de Paris ont reconnu les mêmes droits au Danemark, et se sont engagés à laisser faire la Russie. Le Roi de Danemark a demandé à l'Empereur Nicolas douze mille hommes; l'Empereur a répondu qu'il lui en enverrait cent vingt mille.»

_Sagan, 5 décembre 1850._--Voici quelques détails qui me sont mandés de bonne source: le baron de Manteuffel est arrivé le jeudi 28 novembre, à cinq heures du soir, à Olmütz. La conférence entre lui et le prince Schwarzenberg commença aussitôt; elle dura jusqu'à minuit et demi. Cette première conversation n'avait conduit à aucun résultat et Manteuffel avait déclaré son intention de partir une heure après, par le train de nuit. Le prince Schwarzenberg ne fit pas le plus léger essai pour le retenir; au contraire, il sonna et donna ordre qu'on préparât les voitures pour reconduire le Baron au débarcadère. Ce fut alors que M. de Meyendorff s'interposa, en sollicitant des deux champions diplomatiques la tentative d'une nouvelle entrevue pour le lendemain. Schwarzenberg et Manteuffel y consentirent, et le lendemain la conférence s'ouvrit à 9 heures du matin et se prolongea jusqu'à 5 heures du soir. Le premier, qui, la veille au soir, avait parlé sans ménagement aucun de la politique équivoque de la Prusse, à tel point que M. de Manteuffel se vit obligé de lui déclarer qu'il ne pouvait continuer à entendre un tel langage, se montra infiniment plus mesuré et plus accessible le lendemain matin, et enfin la conférence conduisit au résultat suivant: la Prusse occupera en Hesse sa route d'étapes militaires, tout en permettant aux troupes autrichiennes de l'employer pour la pacification du pays; Cassel aura une garnison mi-partie autrichienne, mi-partie prussienne; les affaires intérieures de la Hesse seront réglées par deux commissaires, l'un nommé par la Prusse, l'autre par l'Autriche. La question du Schleswig sera également traitée par deux commissaires de chacune des grandes Puissances; le Danemark et le Holstein seront requis de diminuer leurs forces militaires des deux tiers. Si, pour obtenir ce résultat, il était nécessaire de mettre en mouvement une force armée, l'Autriche déclare se désintéresser de la question de savoir quelle sera la Puissance chargée de cette opération; elle laisserait la Prusse s'en occuper seule, ou en charger une des autres Puissances de la Confédération germanique. Quant aux intérêts généraux de l'Allemagne, ils devront se traiter dans des conférences libres tenues à Dresde. Le prince Schwarzenberg ne s'est pas expliqué clairement sur les bases d'après lesquelles il entendrait que ces intérêts fussent fixés, mais il a consenti à ce que, pendant les conférences de Dresde, l'activité de la Diète de Francfort restât suspendue. De plus, il a été stipulé que la Prusse donnerait l'exemple du désarmement, mais que le moment où ce désarmement commencerait dépendrait de la volonté du Roi de Prusse. Ce dernier article est, je crois, tenu particulièrement secret. Le Roi s'est montré très satisfait de ces résultats. Cependant, il n'a pas pu s'empêcher de dire tout haut, à sa table, que Manteuffel n'avait obtenu que ce que Radowitz, le plus allemand de ses Ministres, avait demandé.

L'ardeur, la violence des discussions ont été grandes dans les Chambres prussiennes. Elles ont eu pour résultat _l'ajournement_ jusqu'au 3 janvier. L'embarras parlementaire sera sur la question d'argent. Les Chambres voudront-elles voter l'argent qu'on a dépensé en préparatifs devenus inutiles? On est disposé à croire que non. On parle d'un appel direct du Roi à la bourse et à la bonne volonté de ses sujets. Nous allons voir ce que la rentrée des Députés dans leurs provinces produira dans le pays pendant ce mois d'ajournement. Il se passera probablement à intriguer en tout sens, à exciter les esprits, à les monter, ce qui, se compliquant de sacrifices d'argent qu'on représentera comme faits _en pure perte_, pourra provoquer de fort mauvaises scènes. C'est donc une nouvelle phase dans laquelle on entre.

_Sagan, 9 décembre 1850._--Les regards se tournent pour l'instant vers Dresde. Dans cinq jours, les Conférences doivent s'y ouvrir, et il est bien urgent pour ces pauvres provinces, rongées par la concentration des troupes, que le désarmement s'opère vite; on ne peut soutenir plus longtemps le pied de guerre, qui, en ne se déversant pas sur le pays ennemi, les ruine littéralement.

_Sagan, 11 décembre 1850._--Le comte Stolberg, fils de l'ancien Ministre, stationné dans un hameau du voisinage et arrivant de Berlin, est venu hier dîner et passer la soirée ici. Il est fort au courant de ce qui se passe à Sans-Souci. Il m'a assuré qu'on y était décidé à pousser les choses à bout avec les Chambres, si elles ne se montraient pas sages à leur rentrée. Il y aurait alors dissolution, et comme, avec la détestable loi électorale qui nous régit, une meilleure Chambre ne serait pas probable, on pense à modifier cette loi par un coup d'État ou à se passer entièrement des Chambres, par une dictature momentanée, ou bien un appel au peuple. J'avoue que je doute fort que l'on possède l'énergie suffisante pour mener les choses d'un tel train, et cependant, je conviens qu'elles sont arrivées au point où il faut passer sous le joug impitoyable de la démocratie ou l'attaquer par les cornes.

_Sagan, 18 décembre 1850._--Les Conférences de Dresde ont été ajournées au 23 et on ne songe au désarmement sérieux que selon leur résultat. Le pied de guerre continue, ce qui est une ruine dévorante. On dit aux gens qui se plaignent que pour négocier efficacement il faut le faire _en armes._ Cependant, pour _assoupir_ l'Autriche, on fait dire dans les gazettes que le désarmement s'effectue, ce qui n'est vrai que dans une extrême petite proportion.

_Sagan, 22 décembre 1850._--De Berlin, j'apprends que le Cabinet s'est complété et fortifié d'éléments conservateurs, ce qui est un bon signe; mais il m'en faudra douze, comme ceux du zodiaque, pour me donner confiance dans ce _consistency_[256].

[256] De l'anglais: dans cette continuité.

_Berlin, 28 décembre 1850._--Les nouvelles de Berlin sont tout à la paix. Schwarzenberg y est reçu avec beaucoup de distinction, et cependant les troupes restent sur le pied de guerre. Les officiers disent maintenant que c'est pour réduire, d'accord avec la Russie et l'Autriche, les petits États récalcitrants qui voudraient s'appuyer sur la France. Nous verrons.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

I

_Mademoiselle Rachel_

Tiré des _Esquisses et Portraits_, par M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, tome II, p. 307 et suivantes, édition de 1844.

Vous m'avez demandé votre portrait, Rachel; voulez-vous franchement vous connaître, ou n'avez-vous cédé qu'au désir de Mme Récamier? C'est un défi toutefois, et je suis trop Français pour ne pas l'accepter, mais n'allez pas m'accuser d'une sotte présomption ou d'une franchise sauvage. Il y a tristesse et mélancolie au fond de votre âme, mais vous aimez à vous étourdir sur ses besoins. Vous pouvez être la personne la plus accomplie comme la plus remarquable de notre époque, ou laisser à vos véritables amis de profonds regrets; c'est à vous de choisir. La plus exquise politesse est aussi bien votre essence que le talent. Le talent et vous, c'est tout un; mais en retour de ce talent supérieur, avez-vous assez de pensées, assez d'élan et de gratitude pour l'Éternel qui vous en a fait don? Il était impossible à moi, pauvre observateur, de vous rencontrer sans vous étudier avec un intérêt extrême; j'aurais retenu ma plume; vous commandez, elle obéit, mais elle dira le bien comme le mal, le sublime comme l'incomplet. On vous désirerait parfaite en tous points, Rachel, et foulant de vos jolis pieds tout ce qui serait une tache à votre nature si élevée. Vous êtes votre œuvre, et nul ne peut se glorifier de vos succès; le vrai et le beau ont été vos seuls maîtres. Personne ne vous connaît bien, enfant jeté dans la vie sans expérience, et qui éprouvez tout avec une violence difficile à vaincre. Nature d'élite qui redescend quelquefois sur la terre par une transition subite; être instinctif qui sait tout sans avoir rien appris et qui comprend tout sans étude. Vous étudiez peu, Rachel, mais vous réfléchissez beaucoup et sentez encore davantage. Il y a en vous une énergie extrême et parfois un entraînement qui vous effraie; à une grande élévation de l'âme vous joignez un abandon plein de charme, mais que vous ne songez pas assez à réprimer. Vous pouvez vous dominer, vous ne savez pas encore vous vaincre. Vous n'avez rien à apprendre, Rachel, car vous avez deviné le monde comme le théâtre, et vous êtes aussi parfaite sur l'une que sur l'autre scène; mais fatiguée de vous contraindre, vous oubliez quelquefois les spectateurs qui vous observent, et ce n'est pas sans anxiété que ceux qui vous admirent voient votre cœur et votre âme se répandre trop au dehors. La carrière dramatique est pour vous une passion, et la gloire votre but unique. Il y a dans votre esprit une excessive finesse, une grande distinction dans votre caractère, et dans votre être un goût exquis. On n'a pas plus de noblesse et de dignité que vous au théâtre; vous êtes plus qu'un admirable acteur, vous devenez le personnage lui-même, tel qu'on le sent et qu'on se le représente; vous grandissez alors de toute la hauteur de votre beau talent, et vos gestes simples et expressifs ne sont jamais exagérés. Ceux qui vous critiquent injustement devraient s'étonner du degré de perfection et de vérité que vous avez su atteindre dès votre début, et laisser à votre admirable instinct le soin de corriger les légères imperfections qui échappent à votre inexpérience des passions. Votre âme est un abîme où vous craignez de descendre; votre tête un volcan; votre cœur une pierre de touche qui interroge tous les sentiments; vous redoutez le danger, Rachel, sans songer assez à l'éviter; l'agitation vous use, mais elle vous plaît. Vous croyez à peu de choses, et ne prenez les hommes que pour ce qu'ils valent; vous êtes confiante sans être aveugle, et vous pourriez être entraînée sans être convaincue. Vous savez plaire, savez-vous aimer? A force de sentir pour les autres, il est à craindre qu'on ne gagne la passion qu'on exprime si parfaitement, et qui, dans le monde comme au théâtre, a bien peu de durée. Femme privilégiée, vous pouvez être sublime! Ne vous contentez pas, Rachel, de rester l'acteur le plus parfait que la scène et le monde aient jamais produit. La contrariété vous émeut, l'obstacle vous révolte, et toute contrainte vous fatigue, mais l'habitude de vous contrefaire est devenue si naturelle chez vous qu'on devine vos impressions bien plus qu'on ne les voit. Il y a, dans votre physionomie, comme dans tout votre être, une finesse d'expression et une délicatesse pleines de charme. On n'a pas plus d'élégance dans la tournure, plus de distinction dans les manières, plus de tact dans la conversation, plus de justesse dans l'esprit. Vous joignez à une persévérance invincible une volonté de fer, et c'est avec autant de naturel que d'originalité que vous savez aborder les grandes difficultés. Chaque rôle nouveau est pour vous la source d'un triomphe, dont vous êtes heureuse sans en être fière, et votre modestie justifie vos succès. Lorsque vous ne pouvez trancher les questions, vous les tournez avec une incroyable adresse; vous êtes tout improvisation, Rachel; et sans jamais savoir ce que vous direz, vous dites toujours ce qu'il faut dire. Si, dans le monde, on vous jugeait au premier aspect, on pourrait vous citer pour modèle à toutes les femmes. O Rachel! Ne vous contentez pas d'être une admirable actrice, devenez en tout, et dans tout, un modèle accompli. Réhabiliter le théâtre, en prouvant qu'on peut exprimer les passions sans les sentir, serait une gloire véritable, et vous êtes digne d'y prétendre. Insensible à un sentiment banal, vous savez apprécier un éloge mérité; vous jugez parfaitement ceux qui vous parlent, et savez suivre un bon conseil. Vous lisez dans l'âme des autres avec un tact exquis; la flatterie vous laisserait insensible, mais la passion vous émeut. Les louanges sincères font naître en vous l'ambition de les mériter; la critique injuste vous choque, et vous préférez l'ignorer. Vive, impressionnable, et même impérieuse, vous êtes nerveuse, mobile, irascible, avec une apparence calme, et plus passionnée que profondément sensible. Vous avez autant de génie que d'instinct, et savez rester toujours _vous_, sans chercher à imiter personne. Sublime est un grand mot, Rachel, car pour le mériter, il faut atteindre la perfection. On a pu vous l'appliquer avec justice, lorsque vous jouez certains rôles où vous êtes inimitable; aimez-le dans votre vie, et si quelque obstacle vous arrêtait sur cette route du sublime, reprenez haleine, Rachel, puis remettez-vous en chemin pour atteindre au pinacle de la gloire. Ne négligez aucun fleuron de votre couronne de femme, et si vous vous plaisez à recueillir des lauriers, ne dédaignez pas la branche de lis qui leur prête un si doux éclat. Je ne suis pas un prophète, encore moins un flatteur; mais de tous ceux qui vous ont rencontrée, je suis, peut-être, celui qui ai le mieux compris votre position, et ma franchise est la preuve irrécusable de mon estime. Vous serez étonnée de ce langage, et piquée peut-être, sans m'en vouloir, car vous avez l'âme trop grande pour ne pas aimer la vérité; mais vous penserez que je ne suis pas tout le monde, et c'est quelque chose vis-à-vis de celle qui ne ressemble à personne. Votre génie se peint sur votre physionomie expressive, et vous voir c'est vous connaître, pour qui sait vous étudier. Une franchise entière est difficile à qui doit toujours s'observer. Votre regard est scrutateur, il cherche à lire et veut connaître le fond des cœurs. Mais si vos paroles sont douces, vos pensées sont souvent amères. Que ne seriez-vous point, Rachel, si vous aviez le courage de renoncer à toutes ces illusions pour chercher des réalités. Toujours mise à la scène avec un goût exquis, vous êtes également bien dans le monde; on n'y paraît pas avec plus de grâce, de charme, de distinction et de simplicité. Chacun vous accueille et vous remarque; tous vous recherchent; mais vous avez trop de fierté, trop de vraie dignité, pour courir après des succès éphémères. Vous savez attendre, et chacun vient vers vous avec empressement. Il y a parfois dans votre regard folie, passion, extravagance et délire; vous le sentez, aussi vos paupières abaissées avec grâce rendent-elles promptement à votre physionomie l'expression la plus suave et la plus tranquille. Vous êtes, Rachel, une personne tout exceptionnelle, difficile à connaître, et plus encore à expliquer. Trop de sévérité à votre égard serait une injustice; on peut être effrayé des dangers qui vous entourent, mais c'est votre destinée seule qu'il faut accuser. Quelle autre à votre place eût été ce que vous êtes? et que d'obstacles n'avez-vous pas eu à vaincre pour atteindre un si beau résultat. Partout autour de vous des flatteurs, des admirateurs, des courtisans, des adorateurs; et pas un appui, pas un véritable ami. Comment résister à tant d'écueils sans se heurter contre un seul? Toutefois, si vous comprenez, Rachel, la haute et noble mission à laquelle vous appellent le monde et vos prodigieux succès, vous ne resterez pas au-dessous de votre tâche, quelque difficile qu'elle paraisse. On ne demande ordinairement à un artiste que du talent; on attend plus de vous, Rachel; on vous veut digne de votre renommée, digne de vous-même, et telle enfin que vous devez être pour justifier l'estime que vous inspirez. Une pareille exigence n'a rien que d'honorable, car elle prouve que vous êtes appréciée. Songez que si vous faites beaucoup pour le monde, il a fait beaucoup pour vous soutenir contre l'envie au début de votre carrière. Ne restez pas au-dessous de ses espérances, et votre destinée sera vraiment grande, votre existence digne d'envie, et votre place belle entre toutes dans l'histoire dramatique, car on pourra dire: Rachel a prouvé que la pureté de l'âme et du cœur alimentent le génie, et sont la meilleure source du vrai talent. Oui, Rachel, j'aime à le croire, vous offrirez à ce monde qui vous a adoptée une noble et généreuse conduite, en retour des avances qu'il vous a faites. Douée de tant d'énergie, en manquerez-vous pour le bien? Non, vous exprimez trop éloquemment la vertu pour ne pas l'aimer. A vingt ans, on commence la vie et la vôtre peut être sans pareille. Agissez toujours de manière à pouvoir affronter les yeux les plus sévères, et ne ressemblez pas à ces débiteurs qui ne paient point leurs dettes! Continuez enfin à être une des brillantes illustrations dont notre pays est fier, mais qu'il a droit d'interroger.

II

_Note de M. de Bacourt sur les entretiens du comte d'Artois et du prince de Talleyrand._

(_Mémoires_ du prince de Talleyrand, vol. Ier. Appendice de la première partie.)

Nous voulons ajouter à ce passage[257] quelques détails que M. de Talleyrand avait négligés ou peut-être oubliés. Il est positif qu'à l'époque à laquelle ce passage se rapporte[258], M. de Talleyrand eut avec M. le comte d'Artois plusieurs entrevues, dans lesquelles il chercha à convaincre le Prince de la nécessité de prendre des mesures de force, et, tout en maintenant les concessions que le Roi avait déjà faites, de réprimer avec vigueur les agitations populaires qui se manifestaient chaque jour, et qui avaient déjà ensanglanté les rues de la capitale. La plus importante et la dernière de ces entrevues eut lieu à Marly, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1789, c'est-à-dire quelques heures avant que le Prince quittât la France. Lorsque M. de Talleyrand se présenta chez M. le comte d'Artois, le Prince, qui était déjà couché, le fit néanmoins entrer, et, là dans un entretien de plus de deux heures, M. de Talleyrand exposa de nouveau tous les dangers de la situation, et supplia le Prince de les faire connaître au Roi. M. le comte d'Artois, ému, se leva, se rendit chez le Roi, et après une absence assez prolongée, revint déclarer à M. de Talleyrand qu'il n'y avait rien à faire avec le Roi, qui était résolu à céder plutôt que de faire verser une goutte de sang en résistant aux mouvements populaires. «Quant à moi, ajouta M. le comte d'Artois, mon parti est pris, je pars demain matin et je quitte la France.» M. de Talleyrand conjura vainement le Prince de renoncer à cette résolution, en lui représentant les embarras et les périls qu'elle pourrait avoir pour lui dans le présent, et pour ses droits et ceux de ses enfants dans l'avenir. M. le comte d'Artois persista, et M. de Talleyrand finit par lui dire: «Alors, Monseigneur, il ne reste donc plus à chacun de nous qu'à songer à ses propres intérêts, puisque le Roi et les Princes désertent les leurs, et ceux de la Monarchie.--En effet, répliqua le Prince, c'est ce que je vous conseille de faire. Quoi qu'il arrive, je ne pourrai vous blâmer, et comptez toujours sur mon amitié.» M. le comte d'Artois émigra le lendemain.

[257] Allusions aux pages 123 et 124 de ce premier volume des _Mémoires_ du prince DE TALLEYRAND, dans lequel il touchait, sans s'y arrêter, à ses entrevues avec M. le comte d'Artois.

[258] Juin 1789, après la fameuse séance du 17, où le Tiers-État s'était proclamé Assemblée nationale. M. de Talleyrand était alors membre de la députation de l'ordre du clergé.

Au mois d'avril 1814, M. de Talleyrand, devenu Président du gouvernement provisoire, se trouva dans le cas d'annoncer à M. le comte d'Artois, qui était alors à Nancy, attendant les événements, que Louis XVIII était appelé au trône, et que le Prince était invité à se rendre à Paris, pour y prendre le gouvernement en qualité de Lieutenant général du royaume. Il chargea M. le baron de Vitrolles de cette mission, et au moment du départ de celui-ci, pendant qu'on cachetait la dépêche pour le Prince, il lui fit, en se promenant dans l'entresol de son hôtel de la rue Saint-Florentin, le récit de l'entrevue du 16 juillet 1789, puis il lui dit: «Faites-moi le plaisir de demander à M. le comte d'Artois s'il se rappelle ce petit incident.»

M. de Vitrolles, après s'être acquitté de son important message, ne manqua pas de poser au Prince la question de M. de Talleyrand, à quoi le comte d'Artois répondit: «Je me rappelle parfaitement cette circonstance, et le récit de M. de Talleyrand est de tout point exact.»

Averti que M. de Vitrolles avait raconté cette anecdote à plusieurs personnes, nous crûmes devoir faire appel à sa mémoire et à sa loyauté. Pour justifier cette expression de loyauté il faut dire que M. de Vitrolles, à la suite de la révolution de juillet 1830, avait cessé toute relation avec M. de Talleyrand, et s'exprimait très sévèrement sur son compte. C'est ce qui explique le ton d'hostilité et d'aigreur qui perce au travers de la lettre de M. de Vitrolles que nous allons insérer ici. Nous pensons que, pour le lecteur comme pour nous, cette hostilité ne fera que confirmer davantage la sincérité de M. de Vitrolles dans sa déclaration, et l'authenticité du passage des _Mémoires_ de M. de Talleyrand. Les légères divergences qu'on remarquera entre le récit qui nous a été fait par M. de Talleyrand et celui de la lettre de M. de Vitrolles, s'expliquent naturellement par l'effet du temps qui s'était écoulé, et qui a pu modifier les souvenirs des deux narrateurs. Le fait qui reste acquis, c'est que M. de Talleyrand, au mois de juillet 1789, croyait qu'on pourrait arrêter la marche révolutionnaire des événements, qu'il a eu le mérite de le dire, et le courage de proposer de s'en charger. Il n'est peut-être pas le seul qui s'en soit vanté plus tard; nous pensons avoir constaté que lui, au moins, ne s'en vantait pas à tort.

Voici la lettre de M. de Vitrolles:

«_Monsieur le baron de Vitrolles à M. de Bacourt._

«Paris, 6 avril 1852.

«Monsieur, vous avez attaché quelque prix au témoignage que je pourrais rendre sur une circonstance particulière de la vie de M. le prince de Talleyrand, je ne crois pas pouvoir mieux satisfaire à vos désirs qu'en transcrivant ici ce que j'en ai écrit, il y a bien des années, dans une relation des événements de 1814.

«Lorsque S. M. l'empereur de Russie et M. le prince de Talleyrand eurent compris que la présence du frère du Roi revêtu des pouvoirs de Lieutenant général du Royaume, devenait nécessaire, et que je partais pour décider Monsieur à se rendre à Paris, j'avais eu plusieurs conférences à ce sujet avec le Président du gouvernement provisoire[259]. Dans un dernier entretien, au moment du départ, nous avions traité les conditions et les formes de la réception de Monseigneur. Après un moment de silence, le prince de Talleyrand reprit avec son sourire caressant et d'un ton qui voulait être léger et presque indifférent:

«Je vous prie de demander à M. le comte d'Artois s'il se rappelle la dernière occasion que j'ai eue de le voir. C'était au mois de juillet 1789. La Cour était à Marly. Avec trois ou quatre de mes amis, frappés comme moi de la rapidité et de la violence du mouvement qui entraînait les esprits, nous résolûmes de faire connaître au Roi Louis XVI la véritable situation des choses, que la Cour et les ministres semblaient ignorer. Nous fîmes demander à Sa Majesté de vouloir bien nous recevoir. Nous désirions, pour le bien de son service comme pour nous, que cette audience fût tenue secrète. La réponse fut que le Roi avait chargé son frère, M. le comte d'Artois, de nous recevoir; le rendez-vous fut donné à Marly dans le pavillon que M. le comte d'Artois occupait seul. Nous y arrivâmes à minuit.»

[259] Prince de Talleyrand.

«M. de Talleyrand me rapporta la date précise du jour, et le nom des amis qui l'accompagnaient. C'était des membres de l'Assemblée nationale, et de cette minorité de la noblesse qui s'était réunie au tiers état; la date et les noms me sont également échappés.

«Lorsque nous fûmes en présence de M. le comte d'Artois, continua M. de Talleyrand, nous lui exposâmes en toute franchise la situation des affaires et de l'État, telle que nous l'envisagions. Nous lui dîmes que l'on se trompait, si l'on croyait que le mouvement imprimé aux esprits pût facilement se calmer. Ce n'est point avec des atermoiements, des ménagements et quelques condescendances, qu'on peut conjurer les dangers qui menacent la France, le Trône et le Roi. C'est par un puissant développement de l'autorité royale, sage et habilement ménagé. Nous en connaissons les voies et les moyens, la position qui nous permet de l'entreprendre et donne les gages d'y réussir, si la confiance du Roi nous y appelait. M. le comte d'Artois nous écoutait très bien, et nous comprenait à merveille, peut-être avec la pensée que nous exagérions le danger de la situation, et notre importance pour y remédier. Mais, comme il nous le dit, il n'avait été chargé par le Roi que de nous entendre, et de lui rapporter ce que nous voulions lui faire connaître; il n'avait aucune réponse à nous donner, et aucun pouvoir d'engager la volonté ou la parole du Roi. Lorsque nous en fûmes là, nous demandâmes à M. le comte d'Artois la permission de lui dire, que si la démarche que nous faisions de conscience et de bonne foi n'était pas appréciée, si elle n'avait aucune suite et n'amenait aucun résultat, Monseigneur ne devait pas s'étonner que, ne pouvant résister au torrent qui menaçait de tout entraîner, nous nous jetions dans le courant des choses nouvelles... Demandez, je vous prie, à _Monsieur_, répéta M. de Talleyrand, si cet entretien nocturne est resté dans sa mémoire. C'était bien près du moment où il quittait la France.»

«J'admirai la subtilité de cet esprit, qui trouvait dans un de ses souvenirs une explication, une excuse et presque une justification de toute sa vie révolutionnaire; il en aurait trouvé bien d'autres pour des circonstances différentes et même contraires. En écoutant ce récit, qui tombait avec une sorte d'indifférence et de naïve simplicité, je me permettais de douter que ce qui pouvait rester dans la mémoire de Monsieur fût entièrement conforme aux paroles que je venais d'entendre. Cependant, lorsqu'à Nancy je vins à me rappeler la recommandation de M. de Talleyrand, Monseigneur me dit, sans entrer dans aucun détail, qu'il n'avait point oublié cette circonstance, et que tout ce que je lui rappelais était entièrement conforme à la vérité.

«Je désire, Monsieur, que ce témoignage suffise à ce que vous attendiez de moi. Je vous remercie de m'avoir donné cette occasion de vous offrir l'assurance de ma considération la plus distinguée.

«Le baron DE VITROLLES.»

INDEX BIOGRAPHIQUE

DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS CETTE CHRONIQUE

(Les noms suivis d'un astérisque sont ceux qui ont été déjà donnés, avec plus de détails, dans l'Index biographique du tome I; ceux qui sont suivis de deux astérisques ont été donnés dans le tome II.)

A

ABERDEEN (lord) *, 1784-1860. Diplomate et homme d'État anglais, premier ministre de 1852 à 1855.

ACERENZA (la duchesse D') **, 1783-1876. Troisième fille du dernier duc de Courlande et sœur de la duchesse de Talleyrand.

AFFRE (Denis-Auguste), 1793-1848. Archevêque de Paris depuis 1840, successeur de M. de Quélen. Le 25 juin 1848, voulant arrêter le sang qui coulait depuis quatre jours dans Paris, Mgr Affre se rendit aux barricades du faubourg Saint-Antoine. Il y fut atteint d'une balle et mourut des suites de ses blessures.

AFFRE (Sainte). Elle vivait au temps de Dioclétien; après avoir mené à Augsbourg une vie fort scandaleuse, elle fut touchée par les instructions de saint Narcisse et reçut le baptême. Elle subit le martyre et la mort l'an 304 après J.-C.

AGOULD (la vicomtesse D') *, morte en 1841, à Goritz, en exil, où elle avait suivi Madame la Dauphine, dont elle était Dame d'atour.

ALAVA (Don Ricardo DE) *, 1780-1843. Lieutenant général de l'armée espagnole.

ALBUFÉRA (la duchesse D') **, 1791-1884, née de Saint-Joseph.

AILESBURY (lord), 1773-1856. Charles Bruce, créé en 1821 marquis d'Ailesbury.

AILESBURY (lady). Morte en 1893. Maria, fille de l'honorable Charles Tallemache, seconde femme de lord Ailesbury, qu'elle avait épousé en 1833. Elle était très aimée dans la société de Londres pour son amabilité.

ALDBOROUGH (lady) *. Elle avait épousé en 1804 lord Aldborough.

ALTON-SHÉE DE LIGNÈRES (le comte) **, 1810-1874. Pair de France en 1836.

ALVENSLEBEN (le comte Albert D'), né en 1794; il fut ministre d'État en Prusse pendant de longues années.

AMPÈRE (Jean-Jacques) **, 1800-1864. Littérateur distingué.

ANCELOT (M.), 1794-1856. Auteur de tragédies et de comédies, membre de l'Académie française.

ANDRAL (docteur Gabriel), 1797-1876. Savant médecin français et gendre de M. Royer-Collard.

ANGOULÊME (le duc D') **, 1775-1844. Fils aîné du Roi Charles X.

ANGLETERRE (la Reine Adélaïde D') *, 1792-1849, née princesse de Saxe-Meiningen.

ANHALT-DESSAU (la duchesse D'), 1796-1850. Frédérique de Prusse, fille du prince Louis de Prusse et de la princesse de Mecklembourg-Strélitz (sœur de la Reine Louise), épousa, en 1818, le duc d'Anhalt-Dessau.

APPONYI (le comte Antoine) **, 1782-1852. Diplomate autrichien, ambassadeur à Paris de 1826 à 1848. Il avait épousé une fille du comte Nogarola.

APPONYI (la comtesse), née Benckendorff, nièce de la princesse Lieven.

ARAGO (François-Dominique), 1786-1853. Célèbre astronome, et un des plus grands savants du dix-neuvième siècle, ancien élève de l'École polytechnique et membre de l'Académie des sciences. En 1830, il entra dans la carrière politique; député des Pyrénées, il siégea à l'extrême gauche et fut l'orateur de l'opposition. A la révolution de 1848, il fit partie du Gouvernement provisoire et dirigea les ministères de la Guerre et de la Marine.

ARENBERG (le prince Pierre D') *, 1790-1877.

ARENBERG (la princesse Pierre D') *, 1808-1842, fille du duc et de la duchesse de Périgord.

ARGOUT (le comte D') **, 1782-1858. Homme politique et financier français.

ARNFELD (le baron Gustave-Maurice D'), 1757-1824. Suédois, né en Finlande, il suivit la carrière militaire et eut d'abord un avancement rapide, sous Gustave III qui l'aimait beaucoup, mais tomba en disgrâce auprès du Prince-Régent pendant la minorité de Gustave IV; il dut s'exiler et vécut plusieurs années en Russie. Réintégré ensuite dans son ancienne position, il fut nommé ministre de Suède à Vienne en 1802. Après la cession de la Finlande à la Russie, il entra au service russe et fut fait gouverneur de la Finlande en 1813.

ARNIM-BOITZENBURG (le comte Adolphe D'), 1803-1868. Chambellan et ministre l'État en Prusse. En 1830, il avait épousé la comtesse Caroline de Schulenburg-Wolfsburg.

ARNIM-HEINRICHSDORF (le baron Henri D') **, 1789-1861. Diplomate prussien, ministre à Paris de 1840 à 1848, puis ministre des Affaires étrangères à Berlin en 1848, pour peu de temps.

ASSELINE (Adolphe), 1806-1892. Secrétaire des commandements de Mme la duchesse d'Orléans, il vécut dans la retraite après 1848.

ASTON (sir Arthur-Ingram), né en 1798. Diplomate anglais, il fut nommé secrétaire d'ambassade à Paris en 1833, et ministre à Madrid en 1840.

AUDIN (J.-M.-W.), 1793-1851. Historien et fondateur de la fameuse collection des _Guides Richard_, qui fut pour lui une source de prospérité.

AUERSPERG (la princesse Gabrielle D'), 1793-1863. Née princesse Lobkowitz, elle devint veuve, en 1812, du prince Vincent d'Auersperg.

AUGUSTENBURG (la duchesse D'), 1795-1867. Louise, comtesse de Daneskiold, épousa, en 1820, le duc d'Augustenburg. Elle fut la mère de la Reine Caroline de Danemark, épouse de Christian VIII.

AUMALE (Henri d'Orléans, duc D') **, 1822-1897, quatrième fils de Louis-Philippe; il se distingua par ses talents militaires.

AUMALE (duchesse D'). Caroline, fille du prince de Salerne, épousa le duc d'Aumale en 1844 et mourut en 1869.

AUTRICHE (l'archiduc Jean D'), 1782-1859. Fils de l'Empereur Léopold II et de la princesse Louise de Bourbon (fille de Charles III, roi d'Espagne), il fut élu en 1848 _vicaire de l'Empire_ par l'Assemblée de Francfort, où il joua un rôle assez insignifiant.

AUTRICHE (l'archiduchesse Sophie D') *, 1805-1872. Fille de Maximilien Ier, roi de Bavière, et mère de l'Empereur François-Joseph Ier.

AUTRICHE (l'Empereur François-Joseph Ier D'). Né en 1830. Fils de l'archiduc François-Charles (1802-1878) et de l'archiduchesse Sophie, et neveu de l'Empereur Ferdinand Ier qui abdiqua en 1848 à Olmütz. François-Joseph Ier monta sur le trône après la renonciation de son père, qui eut lieu immédiatement après. Il épousa en 1854 sa cousine la princesse Élisabeth de Bavière, qui mourut en 1898.

AUTRICHE (l'archiduc Max D'), 1832-1867. Second frère de l'Empereur François-Joseph, gouverneur de la Lombardie jusqu'en 1859, il accepta en 1864 la couronne impériale du Mexique où, après les plus funestes désillusions, il fut fusillé par ses sujets qui l'avaient appelé pour les gouverner. Ce malheureux Prince avait épousé, en 1857, la princesse Charlotte, fille du roi des Belges Léopold Ier.

AUTRICHE (l'archiduc Albert D'), 1817-1895. Une des figures militaires les plus en renom sous le règne de l'Empereur François-Joseph Ier. Il épousa en 1844 la princesse Hildegarde de Bavière.

AUTRICHE (l'archiduchesse Élisabeth D'), 1831-1903. Fille du palatin de Hongrie, elle épousa en 1847 Ferdinand-Charles-Victor, archiduc de Modène-Este, dont elle devint veuve en 1849. Elle se remaria en 1854 avec l'archiduc Charles-Ferdinand.

B

BACH (Alexandre, baron), 1813-1870. Homme d'État autrichien, ministre de la Justice en 1848, ministre de l'Intérieur en 1849; nommé plus tard ambassadeur près du Saint-Siège, où il resta jusqu'en 1867.

BADE (la grande-duchesse Stéphanie DE), 1789-1860. Née de Beauharnais*, veuve en 1818 du grand-duc Charles de Bade.

BADE (le grand-duc Léopold DE) **, 1790-1858, succéda en 1830 à son frère Louis.

BADE (la grande-duchesse Sophie DE), 1801-1865. Fille du Roi de Suède Gustave-Adolphe IV, elle épousa en 1819 le prince Léopold de Bade, dont elle devint veuve en 1852.

BADE (la princesse Alexandrine DE), née en 1820; épousa, en 1842, le prince héréditaire de Saxe-Cobourg-Gotha.

BALLANCHE (Pierre-Simon), 1776-1847. Penseur mystique qui, après avoir dirigé un vaste établissement de librairie à Lyon, vint s'établir à Paris où il fut accueilli par des amitiés illustres. Ballanche publia, avec la science d'un érudit, plusieurs œuvres qui l'appelèrent à l'Académie française en 1844.

BALZAC (Honoré DE) **, 1799-1850. Homme de lettres français.

BARANTE (le baron Prosper DE) *. Diplomate et historien français, longtemps ambassadeur à Pétersbourg.

BARBÈS (Armand), 1809-1870. Homme politique français, représentant du peuple en 1848, surnommé _le Bayard de la démocratie_. Emprisonné en 1849, il fut remis en liberté en 1854, mais s'expatria volontairement et mourut en Hollande.

BARING (sir Francis), 1796-1866. Créé, peu de temps avant sa mort, baron Northbrook, il avait été membre du Parlement pour Portsmouth de 1826 à 1865, chancelier de l'Échiquier de 1839 à 1841, et premier lord de l'Amirauté de 1849 à 1852.

BARING (lady Arabella), 1809-1884. Fille du comte d'Effingham, elle avait épousé, en 1841, sir Francis Baring, dont elle était la seconde femme.

BARROT (Odilon) *, 1791-1873. Homme politique français.

BARRY (le docteur Martin), 1802-1855. D'origine écossaise, il avait fait ses études en Angleterre, en France et en Allemagne, et fut reçu docteur en 1831. Il était un grand ami d'Alexandre de Humboldt.

BASSANO (Hugues Maret, duc DE) *, 1763-1839. Occupa de hautes fonctions militaires et politiques sous l'Empire et la Monarchie de Juillet.

BATTHYÁNY (la comtesse), 1798-1840. Née baronne d'Ahrenfeldt, elle épousa en secondes noces, en 1828, le comte Gustave Bathyány-Strathmann.

BAUDRAND (général comte) *, 1774-1848, servit avec distinction sous la République, l'Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet.

BAUFFREMONT (la duchesse DE) *, née en 1771. Née de la Vauguyon, elle épousa en 1787 le duc Alexandre de Bauffremont. Elle fut une amie du prince de Talleyrand.

BAUFFREMONT (la princesse DE) **, 1802-1860. Laurence, fille du duc de Montmorency, avait épousé, en 1819, le prince Théodore de Bauffremont.

BAUSSET (le cardinal DE) **, 1748-1821. Évêque d'Alais et membre de l'Académie française.

BAUTAIN (l'abbé) **, 1796-1867. Ancien élève de l'École normale; il fut nommé vicaire général du diocèse de Paris en 1849.

BAVIÈRE (le Roi Louis Ier DE) **, 1786-1868. Monté sur le trône en 1825, il abdiqua en 1848.

BAVIÈRE (la Reine Thérèse DE) **, 1792-1854. Fille du duc Frédéric de Saxe-Altenburg, elle avait épousé, en 1810, Louis Ier de Bavière.

BAVIÈRE (le Prince Royal DE) **, 1811-1864. Fils de Louis Ier, il lui succéda en 1848, sous le nom de Maximilien II. Il avait épousé, en 1842, la princesse Marie de Prusse.

BAVIÈRE (la princesse Hildegarde DE), 1825-1864. Elle épousa, en 1844, l'archiduc Albert, dont elle eut une fille mariée plus tard avec un duc de Würtemberg.

BEAUFORT (le duc Henry DE), 1792-1848, épousa en premières noces, en 1814, une fille de l'honorable Henry Fitzroy, et, en 1822, Émily-Frances Smith, de la famille des lords Wellesley, par sa mère. Il avait hérité du titre de son père en 1835.

BEAUVALE (lord), 1782-1852. Frédéric Lamb *. Diplomate anglais, frère de lord Melbourne, au titre duquel il succéda en 1848.

BELGES (le Roi des) *, 1790-1863. Léopold Ier, prince de Cobourg-Gotha.

BELGES (la Reine des) **, 1812-1850. Louise, princesse d'Orléans, fille du Roi Louis-Philippe.

BELGIOJOSO (la princesse Christine) **, 1808-1868. Remarquable par sa beauté, son esprit et son étrangeté, elle était connue pour ses idées libérales. Elle publia en 1846 un _Essai sur la formation du dogme catholique_, qui fut très discuté.

BELLUNE (Victor, duc DE), 1766-1841. Maréchal de France.

BELOW (le général DE), 1783-1864. Général prussien qui commandait les forteresses fédérales de 1843 à 1847.

BEM (le général Joseph), 1795-1850. Polonais, il fit ses premières armes dans l'artillerie polonaise en 1812, se couvrit de gloire dans l'insurrection de 1830, lors de la défense de Varsovie en 1831. Défait, il se réfugia en France, pour reparaître en 1848 dans Vienne insurgée et se joindre aux Hongrois révoltés contre l'Autriche. Il embrassa ensuite l'islamisme et prit du service en Turquie.

BENACET (M.), 1773-1848. Fermier général des jeux de Bade, successeur de M. Chabert. Il payait 6 000 florins de fermage par an; son fils, qui lui succéda, en payait 45 000; à la mort de celui-ci, en 1868, ce fut son neveu, M. Dupressoir, qui recueillit cet héritage. Bade leur doit son théâtre, son hôpital et une partie de sa prospérité.

BENNINGSEN (le comte Alexandre DE), né en 1809. Homme d'État allemand, fils du célèbre général russe. Il avait fait ses études en Allemagne, entra à la Chambre des comptes, et devint Directeur général des contributions en Hanovre. En 1848, il était président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, mais il démissionna en 1850.

BÉRIOT (Charles-Auguste DE), 1802-1870. Célèbre violoniste belge, et un des plus remarquables virtuoses de son temps. Il avait épousé Mme Malibran.

BERNARD (Samuel), 1651-1739. Riche financier et célèbre traitant. Il fit un noble usage de son immense fortune, et vint au secours des Rois Louis XIV et Louis XV, auprès desquels il jouissait d'une grande faveur. Chamaillard et Desmaret lui empruntèrent pour l'État des sommes considérables.

BERNSTORFF (le comte Albert DE), 1809-1873. Diplomate prussien, successivement ministre plénipotentiaire à Munich, à Vienne, à Naples, à Londres; ministre des Affaires étrangères de Prusse, et ambassadeur à Londres.

BERRYER (Antoine) *, 1790-1868. Célèbre avocat, et orateur légitimiste, membre de l'Académie française et plusieurs fois député.

BERTIN DE VEAUX (M.) *, 1771-1842. Fondateur du _Journal des Débats_, conseiller l'État et député.

BERTIN DE VEAUX (Auguste), 1799-1879. Officier de cavalerie et attaché comme officier d'ordonnance au duc d'Orléans, il fut député de 1837 à 1842 et ensuite pair de France. Il fut nommé général de brigade en 1852 et grand-officier de la Légion d'honneur en 1867.

BETHMANN-HOLWEG (Maurice-Auguste DE), 1795-1877. Jurisconsulte allemand, ami du légiste Savigny, il fut chargé en 1848 du ministère des Cultes en Prusse, et s'y occupa de l'Instruction publique avec une rare compétence, mais il démissionna en 1852.

BÉTHISY (le marquis DE), 1815-1881. Pair de France jusqu'en 1848; il avait épousé une fille du duc de Rohan-Chabot.

BEUST (le comte Frédéric-Ferdinand DE), 1809-1886. Homme l'État saxon, ministre des Affaires étrangères en Saxe en 1849. Appelé par l'Autriche après la guerre de 1866, il fut élevé à la présidence du Conseil autrichien avec le titre de chancelier de l'Empire. Il réconcilia adroitement l'Autriche avec la Hongrie, et fit couronner l'Empereur François-Joseph, Roi de Hongrie, à Pesth, le 8 juin 1867. En 1871, il fut nommé ambassadeur d'Autriche à Paris, puis à Londres où il mourut.

BIGNON (François), 1789-1868. Négociant nantais, chevalier de la Légion d'honneur, élu député en 1834. Sa capacité en affaires commerciales lui donnait un certain rôle à la Chambre.

BINZER (Mme DE) **, 1801-1891. Épouse d'un littérateur allemand.

BIRON-COURLANDE (le prince Charles DE) **, né en 1811.

BIRON-COURLANDE (la princesse Charles DE), née, en 1810, princesse de Lippe-Biesterfeld; elle avait épousé, en 1833, le prince Biron.

BIRON-COURLANDE (la princesse Fanny DE) **, 1815-1883; sœur de la comtesse de Hohenthal et de Mme de Lazareff. Épousa le général de Boyen.

BIRON-COURLANDE (le prince Calixte DE), 1817-1882. Héritier, en 1848, du majorat et des terres de son frère Charles. Après avoir été pendant quelques années au service militaire prussien, il occupa plus tard une grande charge à la Cour de Prusse. Il épousa, en 1845, la princesse Hélène Mertschersky.

BIRON-COURLANDE (le prince Pierre DE), 1818-1852. Officier de cuirassiers en Prusse.

BLUM (Robert), 1807-1848. Célèbre révolutionnaire allemand. Il se fit d'abord connaître comme rédacteur de différents journaux; en 1848, il fut nommé député au Parlement de Francfort. Un des promoteurs les plus ardents du soulèvement de Vienne, il fut fait prisonnier et fusillé par les troupes gouvernementales victorieuses.

BODELSCHWING (Charles DE), 1800-1873. Ministre d'État prussien qui dirigea à deux reprises le ministère des Finances, de 1851 à 1858, puis de 1862 à 1866.

BOIGNE (la comtesse DE) *, 1780-1866. Née Adèle d'Osmond. Son salon fut un des plus importants de Paris de 1814 à 1859.

BOISMILON (M. DE). D'abord secrétaire particulier du duc d'Orléans, puis précepteur du comte de Paris.

BONALD (le vicomte DE), 1753-1840. Le plus célèbre représentant des doctrines monarchiques et religieuses de la Restauration. Émigré en 1791, Bonald ne revint en France qu'à la proclamation de l'Empire. Député de 1815 à 1822, il fut fait pair de France en 1823, puis membre de l'Académie. Il dévoua sa plume et sa parole au maintien du trône et de l'autel, contribuant ainsi au retour des idées religieuses en France.

BONAPARTE (Lucien) *, 1773-1840. Troisième frère de Napoléon Ier, fait prince de Canino par le pape Pie VII.

BONAPARTE (le prince Louis) **, 1808-1873. Fils de Louis Bonaparte et d'Hortense de Beauharnais. Après une jeunesse aventureuse, il profita des événements de 1848 pour se faire nommer Président de la République et rétablit l'Empire à son profit en 1852, prenant le nom de Napoléon III.

BONIN (le général Édouard DE), 1793-1863. A la tête d'un corps de troupes prussiennes en 1848, il fut chargé d'occuper les duchés de Schleswig et de Holstein, et, plus tard, y organisa une armée nationale. En 1852, il remplaça au ministère de la Guerre de Berlin le général de Stockhausen.

BORDEAUX (le duc DE) *, 1820-1883. Fils du duc de Berry et petit-fils de Charles X. Il porta aussi le titre de comte de Chambord.

BOURQUENAY (le comte DE) *, 1800-1869. Diplomate français, nommé ambassadeur à Constantinople en 1844 et à Vienne en 1859.

BRAGANCE (la duchesse Amélie DE) *, 1812-1873. Fille du duc Eugène de Leuchtenberg, et deuxième femme de Pedro Ier, Empereur du Brésil.

BRANDEBOURG (le comte Frédéric-Guillaume DE), 1792-1850. Né de l'union morganatique du Roi Frédéric-Guillaume II avec la comtesse Dœnhoff, il entra de bonne heure dans l'armée. En 1848, il remplaça M. de Pfuel comme chef du Cabinet prussien, et en novembre 1849 fut envoyé à Varsovie pour négocier avec la Russie, au sujet du conflit survenu entre l'Autriche et la Prusse.

BRANDEBOURG (la comtesse DE). Née Massenbach, elle avait épousé le comte de Brandebourg en 1818. Elle fut pendant quelques années grande maîtresse de la Reine Élisabeth de Prusse.

BRANDHOFEN (Mme DE), née en 1802. Anne Plochel, épouse morganatique en 1827 de l'archiduc Jean d'Autriche. Elle reçut alors le titre de baronne de Brandhofen, changé en 1845 en celui de comtesse de Méran.

BRÉDY (Hugo DE), 1792-1848. Officier d'artillerie autrichien, général-major en 1846, tué, le 6 octobre 1848, dans l'insurrection de Vienne.

BRÉSIL (l'Empereur dom Pedro II du), 1825-1891. Succéda à son père sous la régence, en 1831, et gouverna en personne depuis 1840. Il épousa, en 1843, la princesse Thérèse de Bourbon, fille de François Ier, Roi des Deux-Siciles. Une révolution les chassa du Brésil en 1890.

BRESSON (le comte) *, 1788-1847. Diplomate français.

BRESSON (la comtesse). Née de Comminge-Guitaut, d'une noble famille de Bourgogne.

BRIFAUT (Charles), 1787-1867; poète et littérateur français, membre de l'Académie française, qui chanta avec le même enthousiasme la naissance du Roi de Rome et le retour de Louis XVIII.

BRIGNOLE-SALE (le marquis Antoine DE), 1786-1863. D'une ancienne et illustre famille de Gênes, il fut d'abord auditeur au Conseil d'État impérial, puis préfet de Savone, et, en 1814, plénipotentiaire de la ville de Gênes au Congrès de Vienne. Rallié à la monarchie de Savoie, il devint chef de l'Université royale en 1816, ambassadeur à Rome en 1839, puis à Paris où il resta de longues années.

BRIGNOLE-SALE (la marquise DE), née Durazzo. Elle fut la mère de la duchesse Melzi et de la duchesse de Galliera.

BROGLIE (le duc Victor DE) *, 1785-1870. Chef du parti doctrinaire, plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe. Il avait épousé Albertine de Staël, qui mourut en 1840.

BRONZINO (Agnolo), 1502-1572. Peintre italien, né à Florence.

BROUGHAM (lord Henry) *, 1778-1868. Homme politique anglais.

BRUGES (Mme DE), morte en 1897. Née Émilie de Zeuner. Elle avait épousé en premières noces le comte de Bruges, émigré français en Prusse, et, en secondes noces, épousa le général de Berger, au service prussien.

BRUNNOW (le baron), 1796-1875. Diplomate russe, ministre à Darmstadt en 1839, il fut nommé ambassadeur à Londres en 1840 après avoir négocié le mariage du grand-duc héritier (depuis Alexandre II). Il prit une grande part aux négociations qui amenèrent la conclusion du traité de la quadruple alliance du 15 juillet 1840, où la politique de la France trouva un si grave échec. Accrédité auprès de la Confédération germanique en 1855, il fut désigné pour représenter, avec le comte Orloff, le gouvernement russe au Congrès de Paris en 1856.

BRUNSWICK (le duc Guillaume DE), 1806-1884. Ce Prince prit les rênes du gouvernement en 1825, après la fuite de son frère Charles, et régit définitivement le duché à partir de 1837.

BUGEAUD DE LA PICONNERIE (le maréchal), 1784-1849. Entré au service militaire en 1804, il avait fait avec distinction les campagnes de l'Empire, puis se retira dans sa terre d'Excideuil en Dordogne, après la chute de Napoléon. Rappelé à l'activité en 1830, il se dévoua à la nouvelle monarchie, réprima énergiquement plusieurs insurrections à Paris et fut envoyé, en 1836, en Algérie, où il battit Abd-el-Kader et lui imposa le traité de la Tafna. Nommé, en 1840, gouverneur de l'Algérie, il s'y montra bon administrateur, gagna la bataille de l'Isly sur les Marocains et consolida les possessions françaises dans l'Afrique du Nord.

BÜLOW (le baron Henri DE) *, 1790-1846. Diplomate prussien. Il fut ministre en Angleterre, puis ministre des Affaires étrangères de Prusse.

BÜLOW (le comte Hans-Adolphe-Charles DE), 1807-1869. Homme d'État prussien, chargé de plusieurs missions en Hanovre, en Oldenburg, en Brunswick. De 1850 à 1858, il dirigea les affaires de Mecklembourg.

BULWER (sir Henry Lytton) **, 1804-1872. Diplomate anglais, ministre plénipotentiaire en Espagne de 1843 à 1848, ambassadeur à Constantinople en 1858.

BUNSEN (le chevalier Chrétien-Charles-Josias DE), 1791-1860. Diplomate allemand. Il passa vingt ans à Rome comme secrétaire de la légation prussienne et y traita l'affaire des mariages mixtes. Très lié avec le Prince Royal de Prusse, qui, devenu Roi Frédéric-Guillaume IV en 1840, le nomma ambassadeur à Londres où il resta jusqu'à la guerre de Crimée en 1854.

BUTENIEFF (Apollinaire DE). Diplomate russe, ministre à Constantinople, puis à Rome. Il avait épousé en secondes noces Marie de Chreptowicz.

C

CAMBRIDGE (le prince Georges DE), né en 1819. Fils du duc Adolphe de Cambridge et de la princesse Auguste de Hesse-Cassel, il devint duc de Cambridge à la mort de son père en 1850, et occupa un haut poste à la tête de l'armée anglaise. Il avait épousé morganatiquement miss Louisa-Fitz-George, fille de M. Farebrother, qui mourut en 1890.

CAMBRIDGE (la princesse Auguste DE), née en 1822. Sœur du prince Georges, cette Princesse épousa, en 1843, le grand-duc de Mecklembourg-Strélitz, à cette époque Prince héréditaire.

CAMPHAUSEN (Ludolf), 1802-1896. Président du ministère prussien en 1848, puis ministre plénipotentiaire près du pouvoir central germanique où il mit en avant une Confédération dont la Prusse devait avoir l'hégémonie.

CAPO D'ISTRIA (le comte) *, 1776-1831. Natif de Corfou.

CARAMAN (la marquise DE) **. Née Gallard de Béarn; veuve depuis 1836 du marquis de Caraman.

CARDIGAN (James-Thomas-Brudenell-Bruce), 1797-1864. Général et pair d'Angleterre, d'une vieille famille qui fut la tige des marquis d'Ailesbury. Après plusieurs démêlés avec les officiers de son régiment, il eut un duel avec un capitaine et, ayant blessé son adversaire, fut traduit devant la Chambre des Lords constituée en Cour de justice en 1841; il fut acquitté.

CARIGNAN (la princesse Joséphine DE), 1753-1797. Grand'mère du Roi Charles-Albert de Sardaigne, fille de Louis-Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, prince de Lambesc, comte de Brionne, elle avait épousé, en 1768, le prince Victor-Amédée II de Carignan, qui était établi à Paris.

CARLOTTA (l'infante) *, 1804-1844. Fille du Roi des Deux-Siciles, et sœur de la Reine Marie-Christine d'Espagne.

CARNÉ (le comte Joseph DE), 1804-1876. Entré en 1825 dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères, il se rallia au gouvernement de Juillet, fut élu député, et prit une part active aux travaux parlementaires. Il entra à l'Académie française en 1863.

CAROLATH-BEUTHEN (le prince Henri DE) **, 1783-1864. Général de cavalerie prussienne et grand-veneur royal.

CAROLATH-BEUTHEN (la princesse Adélaïde DE), 1797-1849. Fille du comte de Pappenheim, elle avait épousé le prince Henri Carolath en 1817.

CARS (la duchesse DES), morte en 1870. Augustine du Bouchet de Sourches de Tourzel, mariée en 1817 au duc Amédée-François des Cars.

CASTELLANE (la comtesse DE) *, 1796-1847. Née Cordélia Greffulhe, mère du marquis Henri de Castellane.

CASTELLANE (le marquis Henri DE) **, 1814-1847. Fils aîné du maréchal de Castellane et député du Cantal.

CASTELLANE (la marquise Henri DE), 1820-1890. Née Pauline de Périgord *, petite-nièce du prince de Talleyrand et fille de l'auteur de la _Chronique_.

CASTELLANE (Marie DE). Née en 1840. Fille du marquis et de la marquise Henri de Castellane et filleule de l'auteur de la _Chronique_; elle épousa à Sagan, en 1857, le prince Antoine Radziwill, dont elle devint veuve en 1904.

CASTLEREAGH (le vicomte DE) *, 1769-1822. Homme d'État anglais, ennemi acharné de la Révolution française et de Napoléon Ier.

CAULAINCOURT (Armand-Augustin-Louis, marquis DE), duc de Vicence, 1772-1827. Général français, négociateur de Napoléon Ier au congrès de Châtillon et un de ses plus fidèles serviteurs.

CAVAIGNAC (le général Louis-Eugène), 1802-1857. Après avoir fait presque toute sa carrière militaire en Algérie, il fut nommé gouverneur de cette province après la Révolution de 1848. Au coup d'État du 2 décembre 1851, il fut arrêté et transporté à Ham; relâché, il demanda sa retraite et rentra dans la vie privée.

CELLAMARE (le prince DE), 1657-1733. Nommé ambassadeur d'Espagne à la Cour de France en 1715, il y devint, avec la duchesse du Maine, l'instrument des projets d'Alberoni contre le Régent; sa correspondance fut interceptée vers la fin de 1718, lui-même arrêté et conduit aux frontières d'Espagne.

CÉSOLE (le comte Eugène DE). Établi à Nice et fort recherché en société pour son joli talent sur le violon et son amabilité.

CÉSOLE (la comtesse DE), 1812-1892. Née de Castellane. Elle habita Nice jusqu'à la fin de sa vie.

CESSAC (le comte DE), 1752-1841. Jean-Gérard Lacué de Cessac était au service quand la Révolution éclata. Membre du Conseil des anciens en 1775. Partisan du 18 Brumaire, Cessac fut appelé au Conseil d'État, devint ministre de la Guerre en 1807, et resta fidèle à l'Empereur jusqu'à la fin. En 1831, Cessac entra à la Chambre des Pairs.

CHABANNES LA PALICE (le comte Alfred DE) *, 1799-1868. Général de brigade et aide de camp de Louis-Philippe qu'il suivit en exil.

CHABANNES LA PALICE (la comtesse Alfred DE), 1802-1891. D'origine anglaise, née miss Antoinette Ellice.

CHABOT (Philippe DE), comte de Jarnac **, 1815-1875. Diplomate français, très attaché à la famille d'Orléans.

CHABOT (Mlle Olivia DE), épousa en 1844 le marquis de Lasteyrie, dont elle devint veuve en 1883.

CHAIX-D'EST-ANGE (Gustave), 1800-1876. Célèbre jurisconsulte, magistrat et homme politique français, grand-officier de la Légion d'honneur en 1861 et sénateur en 1864.

CHALAIS (le prince Élie DE) **, 1809-1883. Fils aîné du duc de Périgord.

CHANALEILLES (la marquise Stéphanie DE). Seconde fille du duc de Crillon; avait épousé Sosthène de Chanaleilles en 1832. Elle était une sœur de la comtesse Pozzo.

CHANGARNIER (le général), 1793-1877. Après avoir pris part, en 1823, à la guerre d'Espagne, il se distingua dans les campagnes d'Algérie. Exilé après le coup d'État de 1851, il rentra en France en 1859, et servit à l'armée de Metz.

CHARTRES (Robert d'Orléans, duc DE), né en 1840. Second fils du duc d'Orléans et de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Il épousa, en 1863, sa cousine germaine, Françoise, fille du prince de Joinville.

CHATEAUBRIAND (le vicomte DE) *, 1768-1848. Un des plus célèbres écrivains français de son époque.

CHATEAUBRIAND (la vicomtesse DE), 1775-1845. Née Céleste de la Vigne-Buisson, elle avait épousé, en 1792, le vicomte de Chateaubriand, avec les sœurs duquel elle avait été liée dès son enfance.

CHEVREUSE (la duchesse Marie DE), 1600-1679. Veuve du duc Albert de Luynes, elle épousa Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, joua un rôle dans la Fronde et dans les complots contre Mazarin.

CHOMEL (le docteur), 1788-1859. Médecin du Roi Louis-Philippe et de la duchesse d'Orléans. Il fut le premier à établir une véritable clinique à l'hôpital de la Charité. Chomel était l'élève de Corvisart.

CHREPTOWICZ (la comtesse Hélène) **, morte en 1878. Fille du comte de Nesselrode, chancelier de Russie, elle avait épousé le comte Michel Chreptowicz, diplomate russe.

CIRCOURT (la comtesse DE), 1808-1863. Née Anastasie de Klustine, elle épousa, en 1830, le comte Adolphe de Circourt, et eut à Paris un salon très remarquable. Amie intime du comte de Cavour, ils entretinrent une correspondance fort intéressante, plusieurs des lettres du comte de Cavour à Mme de Circourt ont été publiées par le comte Nigra.

CLANRICARDE (lady) *, morte en 1876. Elle était l'unique enfant du célèbre George Canning.

CLARENDON (lord) *, 1800-1870. Diplomate et homme politique anglais.

CLARY-ALDRINGEN (la princesse), 1777-1864. Née comtesse Louise Chotek, elle avait épousé, en 1802, le prince Charles Clary-Aldringen, son cousin germain.

CLARY-ALDRINGEN (le prince Edmond), 1813-1894. Fils du prince Charles Clary. Chambellan à la Cour d'Autriche, il épousa, en 1841, une comtesse de Ficquelmont, dont il devint veuf en 1878.

CLAUSEL (le général comte) **, 1772-1842. Gouverneur de l'Algérie en 1830, il fut fait maréchal de France en 1831.

CLÉREMBAULT (le vicomte Jean-Nicolas-Adolphe DE), né en 1810. Fils du comte de Clérembault, consul général de France en Prusse en 1809, il servit dans la marine et devint lieutenant de vaisseau. Il épousa en Belgique Mlle Valérie Desœr. Il était chevalier de la Légion d'honneur.

COBOURG (le duc Ernest II DE SAXE-), 1818-1893; succéda à son père Ernest Ier, en 1844. Il avait épousé, en 1842, la princesse Alexandrine de Bade.

COBOURG (le prince Albert DE SAXE-), 1819-1861, frère du duc Ernest II; il épousa, en 1840, la Reine Victoria d'Angleterre.

CŒUR (l'abbé), 1805-1860. Prédicateur de talent, appelé en 1848 à l'évêché de Troyes.

COGNY (le docteur) **, médecin à Valençay.

COIGNY (le duc Gustave DE) **, 1788-1865. Pair et maréchal de France.

COLLOREDO (le comte François DE), né en 1799. Diplomate autrichien, ambassadeur à Londres, puis à Rome.

COLLOREDO (la comtesse DE). Née Séverine Potocka, elle avait épousé en premières noces M. Soba['n]ski, et se remaria, en 1847, avec le comte de Colloredo.

COMMINES (Philippe DE), 1445-1509. Chroniqueur et auteur de _Mémoires_ sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII, où il se montre historien de premier ordre.

CONDÉ (la princesse Louise-Adélaïde DE), 1757-1824. Fille du duc de Bourbon-Condé et de Charlotte de Rohan-Soubise, fut nommée par Louis XVI, en 1784, abbesse de Remiremont, mais ne fut point religieuse. Un sentiment profond pour un simple gentilhomme la décida à quitter le monde. Elle vécut dans l'ordre des Bénédictins à Turin, à Varsovie, et même à Nie[']swie['z], dans un couvent fondé par les princes Radziwill. C'est là qu'elle apprit la mort de son frère, le duc d'Enghien. Rentrée en France, la princesse de Condé y fonda le monastère du Temple.

CONSALVI (le cardinal Hercule), 1757-1824. Protégé par Mesdames de France, tantes de Louis XVI, et par le cardinal d'York, dernier des Stuarts, H. Consalvi occupa des fonctions importantes à la Cour pontificale de Pie VI et fut l'instrument principal de l'élection de Pie VII, qui le nomma cardinal et secrétaire d'État. Consalvi vint en France en 1801 et y signa le fameux Concordat, mais Napoléon, pour l'éloigner des affaires, le retint en France, en un véritable exil, et ce ne fut qu'en 1814 qu'il put retourner en Italie. Au Congrès de Vienne, en 1815, le cardinal y obtint non seulement la restitution au Saint-Siège des Marches, ainsi que Bénévent et Ponte-Corvo, mais encore il fit proclamer la suprématie des Nonces dans le monde diplomatique.

CONTADES (la vicomtesse Jules DE), 1793-1861. Adèle-Alexandrine, fille de Gabriel Amys du Poureau, épousa d'abord le vicomte Jules de Contades. Veuve en 1844, elle se remaria avec le duc de Luynes dont elle fut la seconde femme.

CORNÉLIUS (Pierre DE) **, 1783-1867. Célèbre peintre allemand.

COSSÉ-BRISSAC (Mlle Stéphanie-Marie DE), fille du comte Arthur de Cossé-Brissac, épousa en 1841 Louis-Marie de Riffardeau, duc de Rivière.

COURTIER Ecclésiastique jouissant d'une grande popularité.

COWLEY (lord), 1804-1884. Fils du comte de Mornington et neveu du duc de Wellington, il entra de bonne heure dans la carrière diplomatique et fut accrédité en 1841 auprès de la Confédération germanique. En 1852, il fut nommé ambassadeur à Paris, en remplacement de lord Normanby, et prit part, avec lord Clarendon, au Congrès de Paris en 1856. Il conserva son poste en France jusqu'en 1867. Il avait épousé, en 1833, Olivia Fitz-Gerald de Ros.

COWPER (lady Fanny), morte en 1880. Fille du premier mariage de lady Palmerston et nièce de lord Melbourne, elle épousa, en 1841, lord Robert Jocelyn (1816-1854), membre du Parlement et fils aîné de lord Roden.

CRÉMIEUX (Adolphe), 1796-1880. Avocat et homme politique élu député à Chinon en 1842, fit partie du gouvernement de la Défense nationale avec Gambetta en 1870. Il fut nommé sénateur inamovible en 1875.

CRILLON (Mlle Marie-Louise-Amélie DE). Fille du marquis de Crillon, pair de France, elle épousa, en 1842, le prince Armand de Polignac, fils du dernier président du Conseil du Roi Charles X.

CRILLON (Mlle Valentine DE), sœur de la précédente, épousa le comte Charles Pozzo di Borgo.

CUJAS (Jacques), 1520-1590. Célèbre jurisconsulte de Toulouse, surnommé _le Papinien de son siècle_.

CUSTINE (la marquise DE), 1770-1826. Delphine de Sabran, fille du premier mariage de Mme de Boufflers, épousa, en 1787, M. de Custine, qui périt sur l'échafaud avec son frère, le général de Custine, en 1793. Mme de Custine fut une amie de Chateaubriand.

CUSTINE (le marquis Adolphe DE), 1793-1857. Fils de la précédente. Voyageur et littérateur français.

CUVILLIER-FLEURY (Alfred) **, 1802-1887. Littérateur français, précepteur du duc d'Aumale, puis son secrétaire. Il fut élu membre de l'Académie française en 1866.

CZARTORYSKI (le prince Adam) *, 1770-1861. Ami et ministre de l'Empereur Alexandre Ier de Russie, établi à Paris depuis 1830.

D

DALMATIE (le marquis DE), 1807-1857. Hector Soult, fils du maréchal, d'abord officier d'état-major, entra, en 1830, dans la diplomatie et fut ministre plénipotentiaire à la Haye, à Turin, à Berlin. Longtemps député du Tarn, il appuya toujours la politique conservatrice. Il devint duc en 1850, à la mort de son père.

DANEMARK (Christian VIII, Roi de), 1786-1848. Anciennement prince (Christian) de Danemark **. Fils du prince héréditaire Frédéric et de la princesse Sophie-Frédérique de Mecklembourg-Schwerin, il succéda, le 3 décembre 1839, à Frédéric VI. Il avait épousé en premières noces, en 1806, Charlotte-Frédérique de Mecklembourg-Schwerin, dont il eut un fils, plus tard le Roi Frédéric VII.

DANEMARK (la Reine de), 1796-1881 **. Caroline-Amélie, fille du duc et de la duchesse de Schleswig-Holstein-Sondersburg-Augustenburg, deuxième femme du Roi Christian VIII, auquel elle ne donna jamais d'enfant.

DECAZES (le duc Élie) *, 1780-1846. Pair de France et ministre sous Louis XVIII.

DECAZES (la duchesse) *. Née de Sainte-Aulaire.

DEDEL (Salomon) *, 1775-1846. Diplomate danois.

DEGUERRY (l'abbé), 1797-1871. Prédicateur distingué et aumônier du 6e régiment de la Garde, sous Charles X, il fut successivement chanoine de Notre-Dame, curé de Saint-Eustache, puis de la Madeleine à Paris. Arrêté durant la Commune en 1871, il fut fusillé avec Mgr Darbois et le président Bonjean. L'abbé Deguerry avait dirigé l'instruction religieuse du Prince Impérial.

DELAROCHE (Paul), 1797-1856. Célèbre peintre français, élève de Gros. Il avait épousé à Rome, en 1835, Mlle Louise Vernet, fille unique d'Horace Vernet, qui mourut en 1845.

DELESSERT (Gabriel), 1786-1858. D'abord officier, il s'était distingué dans la défense de Paris en 1814, et devint général de brigade en 1831. Il fut ensuite préfet de l'Aude, puis d'Eure-et-Loir, de 1834 à 1836, enfin, préfet de police de 1836 à 1848, époque à laquelle il rentra dans la vie privée.

DEVRIENT (Daniel-Louis), 1784-1832. Célèbre acteur allemand, d'origine française.

DEMIDOFF (le comte Anatole), 1812-1872. Anatole Demidoff, prince de San-Donato, épousa, en 1841, la princesse Mathilde, fille du roi Jérôme de Westphalie. Son père avait fait une grosse fortune dans les mines de Sibérie, et fut le premier à acclimater en Crimée les vignes de France.

DEVONSHIRE (le duc DE), mort en 1858. Wilhelm Cavendish.

DIEGO-LÉON, mort en 1841. Général espagnol très renommé par sa bravoure. Il appartenait au parti conservateur modéré qui soutenait la Reine Marie-Christine alors Régente. Espartero voulant la détrôner, Diego-Léon se mit à la tête d'une conspiration, en 1841, pour séquestrer la jeune reine Isabelle et l'emmener dans une ville de province afin de la soustraire à Espartero. Un combat eut lieu dans le palais même de Madrid; Diego-Léon fut pris et fusillé en 1841.

DINO (le duc DE) **, 1813-1894. Connu, jusqu'en 1838, sous le nom de comte Alexandre de Périgord *, second fils de la duchesse de Talleyrand.

DINO (la duchesse DE), 1820-1891. Née Marie-Joséphine de Sainte-Aldegonde, elle avait épousé, en 1839, le duc Alexandre de Dino.

DINO (Clémentine DE), née en 1841. Fille du duc et de la duchesse Alexandre de Dino, elle épousa, en 1860, à Sagan, le comte Alexandre Orlowski.

DŒNHOFF (le comte Auguste-Hermann), né en 1788. Après avoir rempli diverses missions diplomatiques, il fut ministre de Prusse à la Diète de Francfort, en 1842, puis, en 1848, ministre des Affaires étrangères dans le Cabinet Pfuel, mais il démissionna bientôt. Le comte Dœnhoff était membre de la Chambre des Seigneurs.

DŒNHOFF (Sophie-Julienne-Frédérique, comtesse), morte en 1824. Favorite du Roi Frédéric-Guillaume II, dont elle eut deux enfants qui prirent le titre de comtes de Brandebourg.

DON CARLOS DE BOURBON *, 1788-1855.

DOLOMIEU (la marquise DE) *, 1779-1849. Dame d'honneur de la Reine Marie-Amélie.

DOUGLAS (le marquis DE) *, 1811-1863. Succéda à son père comme duc de Hamilton, en 1852. Il avait épousé, en 1843, la princesse Marie de Bade.

DOURO (lady Élisabeth), fille du marquis de Tweeddale, épousa, en 1839, Arthur Richard-Wellesley, marquis de Douro, qui, à la mort de son père, en 1852, devint duc de Wellington.

DREUX-BRÉZÉ (l'abbé DE), 1811-1893. Troisième fils du marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies sous Louis XVI, il devint, en 1835, vicaire général de Mgr de Quélen, à Paris, puis, en 1849, fut nommé évêque de Moulins. Il ne dissimula jamais ses opinions ultramontaines et légitimistes.

DREUX-BRÉZÉ (le marquis DE), 1793-1843. Scipion de Dreux-Brézé commença par la carrière militaire, dont il se retira en 1827. En 1829, il devint pair de France par la mort de son père. Il fut un des chefs de l'opposition contre le gouvernement de Louis-Philippe.

DUCHATEL (le comte Charles Tauneguy) *. Homme politique français.

DUCHATEL (la comtesse Églé), fille de M. Paulée, qui, comme fournisseur de l'armée française pendant la guerre de 1823, en Espagne, avait fait une fortune considérable.

DU DEFFANT (la marquise), 1697-1780. Née Marie de Vichy-Chambord. Mariée de bonne heure à un homme qu'elle aimait peu, elle s'en sépara, puis, devenue veuve, ouvrit son salon aux grands seigneurs et aux philosophes de son temps. Aveugle dès l'âge de cinquante-quatre ans, elle remplaçait la galanterie par l'amitié, la beauté par l'esprit, et conserva toujours un impérieux désir de distractions. Sa correspondance avec Voltaire, Horace Walpole, a été publiée et montre une remarquable sûreté de jugement.

DUFAURE (Jules-Armand-Stanislas) **, 1798-1881. Avocat et homme politique français.

DUMOURIEZ (Charles-François), 1739-1824. Déjà maréchal de camp quand éclata la Révolution, il en adopta les principes, et fut ministre des Affaires étrangères en 1792; il déclara la guerre à l'Autriche, mais ayant encouru la disgrâce du parti girondin qui l'avait élevé au ministère, il se retira et reprit du service. Chargé du commandement de l'armée du Nord, il remporta les victoires de Valmy et de Jemapes et conquit la Belgique; mais après un revers à Nerwinden, il fut en butte aux attaques de la Convention et engagea des pourparlers auprès de l'ennemi, chez qui il s'enfuit bientôt. Il mena, dès lors, une vie errante, et finit par se fixer en Angleterre, où le gouvernement lui fit une pension.

DUPANLOUP (l'abbé) **, 1802-1878. Nommé évêque d'Orléans, en 1849, il entra à l'Académie française en 1854.

DUPIN (André-Marie) *, 1783-1865. Jurisconsulte et magistrat français, député durant de longues années.

DUPOTY (Michel-Auguste), 1797-1864. Publiciste, républicain ardent, qui combattit la monarchie de Juillet comme celle des Bourbons.

DUPREZ (Gilbert-Louis) **, 1806-1879. Célèbre ténor français.

DURHAM (John Lambton, comte DE) *, 1792-1840. Homme politique anglais.

E

ELCHINGEN (la duchesse D'), née en 1801. Marie-Joséphine, fille du comte de Souham, avait épousé, en premières noces, le baron de Vatry. Devenue veuve, elle se remaria, en 1834, avec le duc d'Elchingen, aide de camp du duc d'Orléans et fils aîné du maréchal Ney, qui mourut en 1854.

ELLICE (l'honorable Édouard) *, 1787-1863. Homme politique anglais.

ELSSLER (Thérèse) **, 1806-1878. Célèbre danseuse, épouse morganatique du prince Adalbert de Prusse. Elle portait le titre de baronne de Barnim.

ENGHIEN (Louis-Antoine-Henri de Bourbon, duc D'), 1772-1802, fils du prince de Condé et de Louise-Thérèse-Mathilde d'Orléans, suivit ses parents en émigration, et montra un brillant courage dans _l'armée de Condé_. Fixé à Ettenheim, dans le grand-duché de Bade, auprès de la jeune et belle Charlotte de Rohan-Rochefort, à laquelle on le disait secrètement marié, il fut arrêté au mépris du droit des gens par les ordres du Premier Consul, qui le soupçonnait de conspirer contre lui. Il fut jugé par une Commission militaire et fusillé dans les fossés du château de Vincennes.

ENTRAIGUES (le marquis Emmanuel-Louis D'), 1755-1812. D'abord officier, il émigra en 1790 et devint conseiller de la légation russe à Londres, où il fut assassiné avec sa femme.

ENTRAIGUES (Amédée Goveau D') *. Né en 1785. Préfet à Tours de 1830 à 1847.

ESPARTERO (Joachim-Boldomero), 1792-1879. Espagnol. Militaire brillant, Espartero engagea vivement les hostilités lorsque éclata la guerre civile à l'occasion de la succession au trône d'Isabelle II. En 1840, la Régente Marie-Christine ayant abdiqué, les Cortès transférèrent les pouvoirs de la Régence à Espartero. Renversé en 1842, il se retira en Angleterre, rentra en Espagne en 1847, reprit sa place au Sénat où il continua à jouer un rôle prépondérant.

ESPEUIL (Antoine-Théodore de Viel-Lunas, marquis D'), né en 1802, fait sénateur en 1853. Il avait épousé Mlle Jeanne-Françoise-Louise de Chateaubriand, nièce du vicomte de Chateaubriand.

ESSEX (Arthur-Algernon Capell, lord), 1803-1892. Il avait succédé à son oncle, comme comte d'Essex, en 1839. Il se maria trois fois: 1º en 1825, avec Caroline-Janetta, fille du duc de Saint-Albans, qui mourut en 1862; 2º en 1863, avec Louise-Caroline-Élisabeth, fille du vicomte Dungarvan, qui mourut en 1876; et 3º en 1881, avec Louise, fille de Charles Heneage, et veuve du général lord Paget.

ESTERHAZY (le prince Paul) *, 1786-1866. Diplomate autrichien.

ESTERHAZY (le prince Nicolas), 1817-1894. Fils du prince Paul; il épousa, en 1842, lady Sarah Villiers, fille de lord et de lady Jersey, dont il devint veuf en 1853.

ESTERHAZY (le comte Maurice), 1805-1891. Diplomate autrichien, ambassadeur à Rome en 1855, et ministre sans portefeuille de 1865 à 1866; il eut une large part aux événements qui précédèrent la guerre de 1866, en refusant toutes les concessions qui auraient pu amener une entente entre Vienne et Berlin. Il appartenait au vieux parti conservateur hongrois.

EU (Gaston d'Orléans, comte D'), né en 1842. Fils aîné du duc de Nemours et de la princesse de Saxe-Cobourg-Gotha; épousa, en 1864, à Rio-de-Janeiro, la princesse Isabelle de Bragance, fille aînée de l'Empereur du Brésil.

EYNARD (Jean-Gabriel), 1775-1863. Riche commerçant que la Révolution avait fait émigrer à Gênes où il s'était établi. Vivement attaché à la cause grecque, il travailla activement à l'affranchissement de ce pays.

F

FABRE (François-Xavier) *, 1766-1837. Peintre français; élève de David.

FAGEL (le général Robert) *. Ambassadeur du Roi des Pays-Bas en France sous la Restauration.

FALLOUX (le comte Alfred DE), 1811-1885. Homme politique français et membre de l'Académie. Ministre de l'Instruction publique sous la présidence du prince Louis-Napoléon, il laissa son nom à la loi sur l'organisation de l'enseignement.

FANE (lady G.-J. Georgiana), 1811-1874. Fille de lord John Westmorland, qui fut lord-lieutenant d'Irlande de 1790 à 1795, et de son second mariage avec miss Jane Saunders. Elle ne fut jamais mariée.

FESCH (le cardinal) **, 1763-1839. Oncle maternel de Napoléon Ier.

FEUCHÈRES (la baronne Sophie DE), 1795-1841. Connue par sa liaison avec le dernier duc de Bourbon, par qui elle se fit donner les riches domaines de Saint-Leu et de Boissy et une somme d'un million. C'est elle qui décida le Prince à laisser tout le reste de sa fortune au jeune duc d'Aumale, son filleul, pour échapper aux dangers auxquels elle se serait exposée en se la faisant donner. Méprisée de tous, elle vécut en Angleterre après la mort du prince de Condé, qui fut trouvé un jour pendu à l'espagnolette d'une croisée de son château de Chantilly, en 1830.

FICQUELMONT (le comte Charles-Louis DE) **, 1777-1857. Officier, puis diplomate au service de l'Autriche, ministre l'État à Vienne en 1840, et un moment ministre des Affaires étrangères en 1848.

FLAHAUT (le général comte Auguste-Charles-Joseph DE) *, 1785-1870. Pair de France et ambassadeur.

FLAHAUT (la comtesse DE) *, 1788-1867. Margaret, baroness Nairne and Keith avait épousé, en 1817, le comte de Flahaut.

FLAHAUT (Emily-Jane-Mercer-Ephinstone DE), fille aînée du comte de Flahaut et de la baronne Nairne et Keith, épousa, en 1843, le marquis Henry de Lansdowne (1816-1866), membre du Parlement.

FLAHAUT (Adélaïde-Élizabeth-Joséphine DE), morte en 1841. Quatrième fille du comte et de la comtesse de Flahaut.

FLOTOW (le comte Frédéric-Adolphe DE), 1812-1883. Compositeur de musique allemand, auteur d'un grand nombre d'opéras.

FORBIN-JANSON (la marquise DE). Née Rochechouart-Mortemart.

FOUQUET (Nicolas), 1615-1680. Surintendant des finances sous Louis XIV, condamné comme dilapidateur, après un procès célèbre, et enfermé à Pignerol où il mourut après dix-neuf ans de captivité.

FOX (Miss), morte en 1840. Caroline Fox, fille d'Étienne Fox, second Lord Holland.

FRANÇOIS Ier, Empereur d'Autriche, 1708-1765. Fils aîné du duc Léopold de Lorraine; hérita du duché de Lorraine en 1729, mais l'échangea en 1738 contre celui de Toscane, où la maison de Médicis venait de s'éteindre. Il épousa Marie-Thérèse, fille de Charles VI, et, à la mort de celui-ci en 1740, fut nommé Régent.

FRÉDÉRIC Ier, premier Roi de Prusse, 1657-1713. Fils de Frédéric-Guillaume, grand-électeur de Brandebourg.

FRÉDÉRIC II LE GRAND *. Roi de Prusse, 1712-1786. Illustre guerrier et ami des philosophes de son temps; monta sur le trône en 1740.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME II, dit _le Gros Guillaume_, Roi de Prusse, 1744-1797. Neveu du grand Frédéric et son successeur; monta sur le trône en 1786.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME III **. Roi de Prusse, 1770-1840. Fils de Frédéric-Guillaume II et son successeur. Époux de la Reine Louise.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV **, Roi de Prusse, 1795-1861. Fils de Frédéric-Guillaume III et son successeur; monta sur le trône en 1840.

FREY (Mrs Elizabeth), 1780-1865. Née d'une famille distinguée, par ses richesses et son éducation, elle épousa à vingt ans M. Joseph Frey, qui appartenait à la société des Quakers; elle consacra dès lors sa vie aux œuvres de piété, surtout à celle des prisons, où elle apporta de grandes améliorations.

FROISSART (Jean), 1337-1410. Célèbre chroniqueur français.

FUGGER (Ulrich), 1441-1510. Célèbre marchand allemand, qui prêta des sommes considérables à l'Empereur Maximilien.

G

GAGERN (le baron Henri DE), 1799-1880. Homme d'État allemand, et l'un des plus ardents partisans de l'unité allemande. Il fut Président de l'Assemblée nationale de Francfort en 1848.

GALLIÉRA (la duchesse Marie DE), 1812-1888. Fille aînée du marquis de Brignole-Sale, elle avait épousé un Génois, le duc de Galliéra, qui lui laissa une immense fortune, dont elle dépensa presque la totalité en bonnes œuvres.

GARNIER-PAGÈS, 1801-1841. Homme politique, chef du parti républicain sous Louis-Philippe.

GAY (Mme Sophie), 1776-1852. Fille du financier La Valette, elle épousa très jeune un agent de change, dont elle divorça en 1799, pour épouser M. Gay, receveur général du département de la Roër, sous l'Empire. Le salon de Mme Gay fut bientôt le rendez-vous de la plus brillante société, et elle débuta, en 1802, dans la carrière des lettres: poète et bonne musicienne, elle composa, outre ses romans et ses œuvres dramatiques, les paroles et la musique de romances qui eurent de la vogue. Elle fut la mère de Delphine Gay (Mme de Girardin).

GENLIS (Mme DE), 1746-1830. Institutrice des enfants du duc d'Orléans (Philippe-Égalité), auteur de plusieurs ouvrages sur l'éducation.

GENOUDE (l'abbé Eugène), 1792-1849. Publiciste français, qui prit en 1823 la direction de la _Gazette de France_, dans laquelle il soutint constamment la cause monarchique. Marié, devenu veuf, il entra dans les ordres en 1835.

GENTY DE BUSSY (M. Pierre DE), 1793-1867. Commissaire des guerres, Bussy devint gouverneur des Invalides, fit la guerre d'Espagne, et, en 1828, eut une mission en Grèce. En 1844, il fut élu député, prit place parmi les conservateurs et soutint la politique extérieure et intérieure de M. Guizot.

GENTZ (Frédéric DE), 1764-1832. Publiciste prussien, ardent ennemi de la Révolution française. En 1814 et 1815, il fut secrétaire au Congrès de Vienne, et l'un des rédacteurs du pacte de la Sainte-Alliance.

GERLACH (le général Léopold DE), 1790-1861. Entré de bonne heure au service militaire prussien, il devint aide de camp du prince de Prusse et général d'infanterie. Ses idées étaient fort réactionnaires. Il fut un ami intime de Frédéric-Guillaume IV.

GERSDORFF (le baron Ernest DE) **, 1781-1852. Diplomate saxon.

GERSDORFF (le baron) **, 1800-1855. Administrateur des terres de la princesse de Courlande.

GIRARDIN (Mme DE), 1805-1855. Delphine Gay; épousa, en 1831, M. Émile de Girardin. Elle écrivit des poésies, des romans d'un grand talent.

GOBERT (M.), trésorier de l'œuvre des orphelins du choléra.

GOERGEI (Arthur), né en 1818. Célèbre général hongrois, qui prit une part active à la guerre de Hongrie, en 1848, y déployant d'abord les plus grands talents militaires, puis capitulant à Vilagos, livrant l'armée hongroise au général russe Rudiger.

GORE (Charles-Alexandre). Né en 1817, fils de sir William Gore. Il était commissaire des forêts.

GOURIEFF (M. DE). Diplomate russe, il fut ministre à la Haye, puis ministre des Finances dans son pays. Il était le beau-père de M. de Nesselrode.

GRAMONT-GUICHE (la duchesse DE), 1802-1882. Née Anna de Grimaud d'Orsay, comtesse du Saint-Empire, elle épousa le duc de Guiche, depuis duc de Gramont, lieutenant général, grand'-croix de la Légion d'honneur, dont elle devint veuve en 1855.

GRAMONT (Mme DE). Antoinette-Cornélie de Gramont, tante du duc de Gramont de la branche d'Aster, religieuse du Sacré-Cœur et supérieure de la maison de Paris.

GRANVILLE (lord) *, 1773-1846. Diplomate anglais, longtemps ambassadeur à Paris.

GRANVILLE (lady) *, morte en 1862. Elle était une fille du duc de Devonshire.

GRÈCE (la Reine Amélie DE), 1818-1867. Fille du grand-duc d'Oldenbourg, mariée, en 1836, à Othon Ier, Roi de Grèce.

GREY (lord) *, 1764-1845. Homme politique anglais.

GRISI (Giulia) *, 1812-1869. Célèbre cantatrice italienne.

GROEBEN (le général comte Charles DE), 1788-1876. Aide de camp du Roi Frédéric-Guillaume IV, chevalier de l'ordre de l'Aigle noir, et membre de la Chambre des Seigneurs.

GROTE (la comtesse DE), 1799-1885. La baronne Caroline de Schachten épousa, en 1825, le comte Adolphe de Grote, ambassadeur de Hanovre à Paris, et en 1841, après la mort de son mari, revint en Allemagne et accepta, avec la comtesse de Wedell, les fonctions de première dame de la Cour du Roi Ernest-Auguste de Hanovre, qu'elle conserva jusqu'à la mort du Roi (en 1851); elle ne l'avait pas épousé morganatiquement, comme on le supposait.

GUELLE (l'abbé Nicolas-Auguste), 1799-1881. Entré dans les ordres en 1825, il fut vicaire à la Madeleine, à Paris. Il fit faire la première communion au duc d'Aumale, et, en 1849, à Londres, au comte de Paris; il resta ensuite auprès du Roi Louis-Philippe, qu'il assista à sa mort. Devenu aumônier de la Reine Marie-Amélie, il reçut aussi son dernier soupir en 1866; puis il se retira à Paris.

GUILLON (Mgr), 1760-1847. Prédicateur et théologien, il avait été aumônier de la princesse de Lamballe, et refusa de prêter le serment civique à l'époque de la Révolution. Protégé par Lucien Bonaparte, il accompagna à Rome le cardinal Fesch, puis obtint à son retour en France la chaire d'éloquence sacrée à la Faculté de théologie. Depuis 1818, il fut aumônier de la duchesse Marie-Amélie d'Orléans, depuis Reine des Français. Louis-Philippe obtint pour lui, en 1833, le titre d'évêque du Maroc _in partibus_. Mgr Guillon soutint toujours les principes de l'Église gallicane.

GUIZOT (François-Pierre-Guillaume) *, 1767-1874. Homme d'État et historien français.

GUSTAVE III, Roi de Suède, 1746-1792. Grand ami de la France où il fit plusieurs voyages. Pendant tout son règne il fut en butte à l'opposition de la noblesse suédoise, malgré plusieurs guerres heureuses contre la Russie. Une conspiration éclata au moment où il se disposait à marcher au secours de Louis XVI, arrêté à Varennes; il fut assassiné à coups de pistolet par Ankarstrœm, dans un bal masqué.

H

HANOVRE (l'Électrice Sophie-Dorothée DE), 1667-1726. Fille de Georges-Guillaume de Celle (second fils du duc de Brunswick et d'Éléonore d'Olbreuse), elle devint la femme du Roi George Ier d'Angleterre, qui la traita cruellement et la laissa pour ainsi dire en captivité durant plusieurs années.

HANOVRE (le Roi Ernest-Auguste DE), 1771-1851. D'abord duc de Cumberland *, il monta en 1837 sur le trône de Hanovre.

HANOVRE (la Reine Frédérique DE), duchesse de Cumberland *, jusqu'en 1837.

HANOVRE (le Prince Royal DE), plus tard le Roi Georges V.

HANOVRE (la Princesse Royale DE), née en 1818. Marie-Wilhelmine, fille du duc Joseph de Saxe-Altenburg, épousa, en 1848, le prince Georges de Hanovre, Roi en 1851.

HANSEMANN (David-Juste-Louis), 1770-1864. Gros commerçant d'Aix-la-Chapelle, il se fit connaître par ses opinions constitutionnelles et reçut, en 1848, le portefeuille des Finances dans le ministère Camphausen; il fut ensuite directeur de la Banque prussienne, puis fonda une florissante Société d'escompte.

HARDENBERG (le prince Charles-Auguste DE), 1750-1822. Ministre du Roi de Prusse en 1791, il signa la paix à Bâle avec la France; adversaire courageux de Napoléon Ier après Iéna, et la campagne de Russie, il poussa activement à la revanche. Il fut un des signataires du traité de Paris et assista au Congrès de Vienne en 1815.

HASSENPFLUG (Hans-Frédéric DE), 1793-1862. Ministre de l'Électeur de Hesse-Cassel, il passa ensuite au service de Prusse pendant quelques années. Ses opinions étaient fort réactionnaires.

HATZFELDT (le comte Max DE), 1813-1859. Frère cadet du prince Hermann de Hatzfeldt, il épousa, en 1844, Mlle Pauline de Castellane, qui, devenue veuve, se remaria avec le duc de Valençay. Le comte Max de Hatzfeldt fut secrétaire à la légation de Prusse à Paris, puis ministre accrédité auprès de l'Empereur Napoléon III.

HAUGWITZ (le général comte Eugène DE), 1777-1867. Feld-maréchal, chambellan et conseiller privé à la Cour d'Autriche, qui fit presque toutes les guerres de la première moitié du dix-neuvième siècle.

HAUTEFORT (Marie D'), 1616-1691. Fille d'honneur de Marie de Médicis et Dame d'atour d'Anne d'Autriche, elle épousa, en 1646, le duc de Schomberg, gouverneur de Metz.

HAUTEFORT (la comtesse D'), Née en 1787, Adélaïde de Maillé épousa, en 1805, le comte d'Hautefort.

HAYNAU (le baron Jules-Jacques DE), 1786-1853. Fils de l'Électeur de Hesse, Guillaume Ier, et de son mariage morganatique avec Mlle de Lindenthal; il entra au service militaire de l'Autriche, et prit part en 1847 à la répression des mouvements révolutionnaires de l'Italie, où il se fit tristement connaître par d'horribles représailles; il agit de même en 1849, en Hongrie.

HECKER (Frédéric-Charles-François), 1811-1881. Jurisconsulte et homme politique allemand, qui se déclara hautement démocrate-socialiste en 1848, et devint un des chefs de la Montagne à la Diète de Francfort; il excita à l'insurrection générale tous les petits États du midi de l'Allemagne, et dut s'enfuir en Suisse, puis en Amérique où il mourut.

HENSEL (Guillaume), 1794-1861. D'abord auteur de comédies, puis peintre et dessinateur, il fréquentait beaucoup la société berlinoise. Il avait épousé Fanny Mendelssohn-Bartholdy, qui mourut en 1847.

HERDING (M. DE). Habitant de Mannheim, où sa société était très goûtée à la Cour de la grande-duchesse Stéphanie de Bade. Sa sœur, la princesse d'Isenbourg, habitait aussi Mannheim depuis son veuvage; elle était la mère de la comtesse de Buol-Schonenstein.

HERZ (Henri), 1806-1887. Célèbre pianiste et facteur de pianos.

HESKERN (le baron DE), diplomate hollandais.

HESS (le général baron Henri DE), 1788-1863. Chef d'état-major autrichien du corps de Lombardie, dès 1824, il se distingua sous le maréchal Radetzky, lorsque éclata en 1848 le mouvement national italien. Il entra à la Chambre des Seigneurs en 1861.

HESSE-CASSEL (l'Électeur Guillaume DE), 1777-1847. Se maria trois fois: 1º avec la princesse Auguste de Prusse, fille de Frédéric-Guillaume II; 2º avec la comtesse Émilie de Reichenbach; 3º avec Mlle Caroline de Berlepsch, qui reçut le titre de comtesse de Bergen.

HESSE-CASSEL (l'Électrice DE), 1780-1840. Née princesse de Prusse, et mariée, en 1797, à l'Électeur de Hesse.

HESSE-HOMBOURG (la landgravine DE), 1770-1840. Élisabeth, fille du Roi George III d'Angleterre, épousa, en 1818, le margrave Frédéric VI de Hesse-Hombourg.

HOCHBERG-FÜRSTENTEIN (le comte DE), 1806-1855. Plus tard prince de Pless.

HOHENTHAL (le comte Alfred DE) **, né en 1806. Chambellan du Roi de Saxe.

HOHENTHAL (la comtesse DE) *, 1808-1845. Née princesse Louise de Biron-Courlande.

HOHENZOLLERN-HECHINGEN (la princesse Pauline DE) **, 1782-1845. Née princesse de Courlande et sœur de la duchesse de Talleyrand.

HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince Constantin DE) **, 1801-1869. Fils de la princesse Pauline de Courlande, il abdiqua en 1849 le gouvernement de la principauté de Hohenzollern en faveur du Roi de Prusse, et reçut en 1850 le titre d'Altesse Royale.

HOLLAND (lady douairière) *, morte en 1840. En premières noces lady Webster. Elle eut à Londres un salon célèbre.

HOLLAND (lady Maria-Augusta), 1812-1890. Fille du comte de Coventry, elle avait épousé, en 1833, Henry, fils aîné et successeur (en 1840) du troisième lord Holland, neveu de Fox. Le baron Henry Holland (1802-1859) fut quelque temps ministre plénipotentiaire à la Cour de Toscane; il mourut à Naples sans laisser d'enfants, et le titre est aujourd'hui éteint.

HOTTINGER (le baron Jean Courd), 1764-1841. Suisse d'origine, fondateur d'importantes maisons de commerce, créé baron en 1810. Élu député en 1815, il devint régent de la Banque de France.

HUDEN (Henri), né en 1810. Conseiller d'État à la justice, professeur à Iéna.

HÜGEL (le baron Ernest-Eugène DE) **, 1774-1849, général würtembergeois.

HÜGEL (le baron Charles DE), né en 1796. Célèbre voyageur et naturaliste allemand, ministre plénipotentiaire d'Autriche auprès du grand-duc de Toscane, de 1850 à 1859.

HÜGEL (le baron Charles-Eugène DE), 1805-1870. Diplomate würtembergeois, un moment ministre des Affaires étrangères de son pays.

HUMANN (Jean-Georges) *, 1780-1842. Financier et homme d'État français.

HUMBOLDT (Alexandre DE) **, 1769-1858. Savant naturaliste allemand.

HYDE DE NEUVILLE (le baron) **, 1776-1857. Homme politique français, d'opinion très légitimiste.

I

IFFLAND (Auguste-Guillaume), 1759-1814. Acteur allemand, qui, après avoir débuté à Gotha et à Weimar, fut nommé directeur des spectacles de la Cour de Berlin. Il composa lui-même un grand nombre de drames.

INGRES (Jean-Auguste-Dominique), 1780-1867. Peintre français qui se distingua surtout par la perfection du dessin.

ISABELLE II, Reine d'Espagne *, 1830-1904.

ISTRIE (la duchesse Mathilde D'), fille du comte Joseph de la Grange, général dans l'armée française et pair de France; elle avait épousé Napoléon Bessières, duc d'Istrie et pair de France, dont elle devint veuve en 1856.

J

JACQUES CŒUR, 1400-1456. Argentier de Charles VII à qui il fournit des ressources pour la guerre contre les Anglais.

JAUCOURT (la marquise Charlotte DE) *, 1762-1848. Née de Bontemps.

JELLACHICH DE BUZIN (le général). _Ban_ de Croatie, quand éclata la révolution de Hongrie en 1848, il enleva Vienne aux insurrectionnels, mais, en 1849, fut battu par Bem à Hegyes.

JERSEY (lord George), 1773-1859. Deux fois chambellan du Roi Guillaume IV et deux fois Grand maître de la maison de la Reine Victoria, il avait épousé, en 1804, la fille aînée du comte de Westmorland.

JERSEY (lady Sarah) *, 1787-1867. Fille du comte de Westmorland.

JOCELYN (lord Robert), 1816-1854. Fils aîné de lord Roden, le vicomte Jocelyn entra d'abord dans la carrière des armes, accompagna lord Saltoun en Chine comme secrétaire militaire en 1841 et entra au Parlement en 1842. Il fut secrétaire à la Guerre dans le ministère Derby, et mourut d'une attaque de choléra.

JOINVILLE (François d'Orléans, prince DE) **, 1818-1900. Troisième fils du Roi Louis-Philippe.

JOINVILLE (la princesse Françoise DE), 1824-1898, née princesse de Bragance, fille de l'Empereur du Brésil, elle épousa, en 1844, le prince de Joinville.

JOUFFROY (M.). Officier de la Légion d'honneur, membre de l'Institut et du Conseil royal de l'Instruction publique, député du Doubs.

K

KAGENECK (la comtesse Fanny DE), 1799-1861. Demoiselle d'honneur de la grande-duchesse Stéphanie de Bade.

KANITZ-DALWITZ (le général baron DE), 1787-1850. Après avoir fait toutes les guerres de la Prusse contre la France, il fut nommé professeur à l'École militaire de Berlin, puis, en 1827, ministre plénipotentiaire à Constantinople, et envoyé ensuite dans différentes missions à Hanovre et à Vienne.

KANITZ (le général comte Auguste DE), 1773-1852. Ministre de la Guerre en Prusse en 1848; il avait épousé la comtesse Louise Schulenburg, dont il était veuf depuis 1830.

KAROLYI (la comtesse), 1805-1844. Fille du prince Louis de Kaunitz Reutberg, elle épousa en 1823 le comte Louis Karolyi. La Comtesse était connue à Vienne sous le sobriquet de _Nandine_.

KAULBACH (Guillaume DE), 1805-1874. Un des plus célèbres peintres allemands du dix-neuvième siècle.

KISSELEFF (le comte Nicolas), mort en 1869. Représenta la Russie à Paris sous le règne de Louis-Philippe. Il fut ensuite ministre auprès du Saint-Siège, puis à Florence; il était frère du général de Kisseleff, longtemps ambassadeur à Paris sous le second Empire.

KOMAR (Nathalie DE), 1818-1860. Sixième enfant de Stanislas de Komar et de sa femme, née Orlowska; elle épousa, en 1850, un Italien, le comte de Medici-Spada, qui avait eu une vie fort aventureuse. Mlle de Komar était sœur de la comtesse Delphine Potocka et de la princesse Charles de Beauvau.

KOSSUTH (Louis), 1802-1894. Chef de la Révolution hongroise en 1848; Kossuth était issu d'une noble famille croate, peu fortunée, dont dix-sept membres avaient été poursuivis pour haute trahison par le gouvernement autrichien. Après les événements de 1848, il dut fuir et se réfugia d'abord à Londres, où, avec Mazzini et Ledru-Rollin, il forma une sorte de triumvirat démocratique, puis à Turin où il mourut.

KRÜDENER (la baronne DE) **, 1760-1825. Russe d'origine, connue par sa mysticité.

KÜBECK DE KUBAU (Charles-Frédéric), 1780-1855. Homme d'Etat autrichien. Membre du Conseil d'État depuis 1814, il s'occupa surtout de l'organisation du royaume lombard-vénitien et du Tyrol. En 1839, il fut nommé président du Directoire général des comptes. A la suite des événements de 1848, il prit sa retraite.

L

LA BESNARDIÈRE (J.-B. Goney DE) *, 1765-1843. Ancien homme politique français, retiré en Touraine depuis 1819, et ami de la famille de Talleyrand.

LABLACHE (Louis), 1794-1858. Célèbre chanteur napolitain d'origine française.

LABOUCHÈRE (Henri), 1798-1861 *. Membre du Parlement anglais, plus tard lord Taunton.

LA BOULAYE (le vicomte J.-B. DE), 1781-1836. Littérateur et publiciste français, il resta toute sa vie fidèle à la Monarchie et à Charles X, dont il avait été le secrétaire.

LACAVE-LAPLAGNE (Jean-Pierre) **, 1795-1849. D'abord officier, puis magistrat, plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe.

LACORDAIRE (Henri) **, 1802-1861. Grand prédicateur de l'Ordre des Dominicains, qu'il rétablit en France; membre de l'Académie française.

LADENBERG (Adalbert DE), 1798-1855. Homme d'État prussien, deux fois ministre de l'Instruction publique et des Cultes. En 1850, il fut fait conseiller intime et président de la Chambre des comptes.

LA FERTÉ (le comte Hubert DE), 1806-1872. Légitimiste ardent, un des plus dévoués serviteurs du comte de Chambord; il avait épousé la fille du comte Molé.

LA FERRONNAYS (la comtesse DE). Elle était fille du comte Joseph de La Grange, général et pair de France.

LAFFITTE (Jacques) **, 1767-1844. Financier français. Il joua un rôle actif dans la révolution de 1830.

LAMBERG (le général comte François-Philippe DE), 1791-1848. Nommé en 1848, par l'Empereur d'Autriche, commissaire du royaume de Hongrie et commandant en chef des troupes hongroises, l'Assemblée nationale de Pesth refusa de reconnaître cette nomination et il fut mis à mort par le peuple.

LAMENNAIS (l'abbé DE) *, 1782-1854. Écrivain catholique, mais révolutionnaire, dont les opinions furent condamnées en Cour de Rome qui l'excommunia.

LANSDOWNE (le marquis DE) *, 1780-1863. Homme politique anglais.

LA REDORTE (le comte DE) *. Officier, puis diplomate français.

LA REDORTE (la comtesse DE), morte en 1885. Née Louise Suchet, fille du maréchal d'Albuféra, elle avait épousé M. de la Redorte, ambassadeur, pair de France en 1841.

LA ROCHE-AYMON (la comtesse DE), 1787-1858. Veuve du général marquis de La Roche-Aymon, aide de camp du Prince Henri de Prusse, frère cadet de Frédéric le Grand.

LA ROCHEFOUCAULD-DOUDEAUVILLE (le duc Sosthène DE) **, 1785-1864. Littérateur français, il fut toute sa vie fidèle légitimiste. Il avait épousé en premières noces, en 1807, Élisabeth de Montmorency-Laval (1790-1834).

LA ROCHEFOUCAULD (le comte Alexandre DE), 1767-1841. Émigré sous la Révolution, il rentra en France sous le Consulat, se rallia à Bonaparte, et, plus tard, sa femme, née de Chastulé et parente de Joséphine, devint Dame d'honneur de l'Impératrice. M. de La Rochefoucauld entra dans la diplomatie et fut ambassadeur à Vienne et en Hollande. Il fut élu député en 1822, et, en 1831, entra à la Chambre des pairs.

LA ROCHEFOUCAULD (le comte Wilfrid DE), né en 1798. Fils du précédent; il lui succéda comme duc d'Estissac en 1841.

LA ROCHEJAQUELEIN (Auguste du Vergier, comte DE), 1784-1868. Officier sous l'Empire, il fit aussi la campagne d'Espagne en 1823. Louis XVIII lui avait conféré, en 1818, le grade de maréchal de camp.

LA ROCHEJAQUELEIN (la comtesse Félicie DE). Fille d'Amédée de Durfort, dernier duc de Duras, elle avait épousé en premières noces Léopold de la Trémouille, prince de Talmont, puis, en 1819, le comte A. de La Rochejaquelein.

LA ROCHEJAQUELEIN (Georges du Vergier, marquis DE), 1805-1867. Créé pair de France par Louis XVIII, mais ayant refusé de prêter serment au gouvernement de Juillet, il ne siégea point à la Chambre Haute. Il se montra favorable à la Révolution de 1848, s'aliénant ainsi les légitimistes, et devint sénateur sous l'Empire.

LASALLE (Louis-Théodore DE), 1789-1846. Chef d'escadron et officier d'ordonnance du Roi Louis-Philippe, élu député en 1839.

LA TOUR (Théodore Baillet, général comte DE), 1780-1848. Feld-maréchal autrichien, ministre de la Guerre après 1848, il exaspéra le peuple de Vienne par sa rigueur et fut massacré.

LA TOUR-MAUBOURG (le marquis DE), 1781-1847. Diplomate français, chargé d'affaires à Constantinople et ministre plénipotentiaire en Würtemberg sous l'Empire, il fut, sous la Restauration, ministre en Hanovre, en Saxe, ambassadeur à Constantinople, puis à Naples; en 1831 il reçut l'ambassade de Rome et entra à la Chambre des pairs.

LAUZUN (le duc DE), 1633-1723. Un des favoris de la cour de Louis XIV. Il épousa la Grande Mademoiselle.

LAZAREFF (Mme DE), 1813-1881. La princesse Antoinette de Biron-Courlande épousa le général de Lazareff qui était au service russe.

LE COURTIER (François-Joseph), 1799-1885. Prédicateur distingué, prêtre des Missions étrangères, archiprêtre et chanoine de Notre-Dame, il fut nommé évêque de Montpellier, mais démissionna en 1873. Il fut alors créé archevêque de Sébaste _in partibus_, et chanoine de Saint-Denis en 1875.

LE HON (le comte) *, 1792-1868. Ministre de Belgique à Paris pendant de longues années.

LE HON (la comtesse), morte en 1880. Née Mathilde de Mosselmann, elle avait épousé le comte Le Hon en 1827.

LEIBNIZ (Guillaume), 1646-1716. Illustre philosophe et savant allemand, né à Leipzig, et chef de l'École optimiste.

LEININGEN (le prince Charles DE), 1804-1805, ou prince de Linange **, fils d'un premier mariage de la duchesse de Kent, mère de la Reine Victoria.

LERCHENFELD (le comte Gustave-Antoine DE). 1806-1866. Homme d'État bavarois, qui s'était acquis une grande réputation dans les questions financières, et qui fit partie du ministère en 1848.

LESPINASSE (Mlle DE), 1732-1776. Elle avait un salon dans lequel se réunissaient les plus célèbres encyclopédistes, qui admiraient l'esprit de Mlle de Lespinasse.

LEUCHTENBERG (la duchesse Auguste DE), 1788-1851. Fille du Roi Maximilien Ier de Bavière, elle épousa, en 1808, le prince Eugène de Beauharnais, fils du premier mariage de l'Impératrice Joséphine, qui fut vice-Roi d'Italie et duc de Leuchtenberg.

LEUCHTENBERG (le prince Max DE) *, 1817-1852. Fils d'Eugène de Beauharnais.

LEVESON (George.....). 1815-1891. Diplomate anglais, d'abord membre de la Chambre des Communes, prit le titre de lord Granville à la mort de son père. En 1856 il fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire à Moscou pour assister au couronnement d'Alexandre II. Il ne se retira des affaires, où il se distingua toujours par son esprit de conciliation, qu'en 1886, avec M. Gladstone.

LICHTENSTEIN (Joseph-Wenzel, prince DE), 1696-1773. Général et homme d'État autrichien, grand ami du prince Eugène de Savoie avec lequel il fit les guerres de 1716 et de 1718 contre les Turcs.

LICHTENSTEIN (le prince Wenzel DE), né en 1767. Major-général au service de l'Autriche.

LICHTENSTEIN (le prince Louis DE), 1796-1858. Chef de la famille Lichtenstein.

LICHTENSTEIN (la princesse Louis DE), 1810-1881. La comtesse Françoise Kinsky avait épousé, en 1831, le prince Louis de Lichtenstein.

LIEBERMANN (le baron A. DE) **. Diplomate prussien.

LIEVEN (la princesse DE) *, 1784-1857. Née de Benkendorff.

LISZT (François), 1811-1886. Célèbre pianiste et compositeur hongrois.

LIVERPOOL (sir Cecil Jenkinson, comte DE), 1784-1851; avait épousé Julia-Evelyn Medley, qui mourut en 1814, ne lui laissant que des filles; aussi la ligne des comtes de Liverpool s'éteignit-elle en 1851, la baronnie seule passa à son cousin, sir Charles Jenkinson (1879-1855), membre du Parlement.

LOLA MONTÈS (Maria-Dolorès Porris y Montès, dite), 1818-1861. Célèbre aventurière; elle tourna complètement la tête au Roi Louis Ier de Bavière, qui lui accorda successivement le titre de baronne de Rosenthal et de comtesse de Lansfeld. Le scandale fut tel que le ministère démissionna et que le Roi dut abdiquer en 1848.

LOMBARD (Henri), 1825-1843. Neveu du docteur Andral.

LONDONDERRY (lord), 1778-1854. Officier et diplomate anglais.

LOTTUM (la comtesse Clotilde), 1809-1894. Fille aînée du prince Guillaume de Putbus, épousa, en 1828, le comte Frédéric-Hermann de Wylich et Lottum, chambellan à la Cour de Prusse et ministre à Naples durant plusieurs années.

LOUISE DE LORRAINE, Reine de France, 1554-1601. Fille de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont. Elle épousa en 1575 le Roi Henri III.

LUCQUES (Charles-Louis de Bourbon, duc DE), né en 1799. Fils de l'Infante Marie-Louise d'Espagne, ex-Reine d'Étrurie, il avait épousé, en 1820, la princesse Marie-Thérèse, fille du Roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel Ier, et était déjà duc de Parme quand il hérita du duché de Lucques en 1848. Chassé de ses États, il abdiqua en 1849, en faveur de son fils Charles III, né en 1825, qui avait épousé, en 1845, Louise de Bourbon, fille du duc de Berry. Il mourut assassiné en 1854.

LUDOLF (François, comte DE), 1784-1863. Feld-maréchal autrichien.

LUDRE (la comtesse DE), 1800-1886. Née Girardin; femme très distinguée, dans le salon de laquelle se rencontraient M. de Falloux, Mgr Dupanloup, MM. de Coriolis, de Montmorency, etc.

LURDE (Alexis-Louis DE). Né en 1800; parti pour l'Espagne comme volontaire en 1823, il y devint capitaine des chasseurs de la Garde du Roi d'Espagne, puis rentra en 1827 dans la diplomatie française. En 1833, il fut nommé secrétaire à Lisbonne, et, en 1838, à Rome, puis il devint ministre plénipotentiaire à Buenos-Ayres, jusqu'à la Révolution de 1848. En 1849, il fut accrédité pendant quelques mois à Berlin.

LUYNES (la duchesse Élisabeth DE), 1753-1830. Née de Montmorency-Laval, elle avait épousé, en 1768, le duc de Luynes, et fut Dame du palais de la Reine Marie-Antoinette. Très libérale d'opinions, très intelligente et originale, la duchesse était souvent habillée en homme; elle fut une intime amie du prince de Talleyrand et mourut subitement en son château d'Esclimont.

M

MACAULAY (Thomas Barrington, lord), 1800-1859. Historien anglais, membre du Parlement et du Conseil privé, ministre de la Guerre de 1839 à 1841.

MAC-LEOD (Alexandre). Sujet anglais. Mac-Leod fut mis en jugement en 1841 à New-York pour la part qu'on supposait qu'il avait prise à l'incendie du bateau à vapeur _Caroline_, sur le Niagara, en 1837. Il fut acquitté après avoir manqué d'être pendu.

MACKAU (l'amiral baron Armand DE), 1788-1855. Pair de France en 1841, il fut ministre de la Marine et des Colonies en 1843, en remplacement de l'amiral Roussin, mais démissionna en 1847. Il entra au Sénat en 1852.

MADEMOISELLE, Louise, fille du duc et de la duchesse de Berry, 1819-1864; souvent aussi appelée Mademoiselle de Rosny depuis l'exil. Elle épousa, en 1845, le duc de Parme, assassiné en 1854, et fut Régente pendant la minorité de son fils le duc Robert.

MAGNAN (Bernard-Pierre), 1791-1865. Fait maréchal de France par Napoléon III.

MAHON (lady Emily), morte en 1873. Fille du général sir Edward Kerrison, épousa, en 1838, Philippe-Henry Stanhope, vicomte Mahon (1805-1875), qui, à la mort de son père en 1855, devint lord Stanhope; il fut un historien et un diplomate distingué.

MAILLÉ (la marquise DE). Née Mlle Baudon, elle avait épousé, en 1831, le marquis de Maillé de la Tour-Landry.

MAISTRE (le comte Rodolphe DE), 1789-1865; fils du comte Joseph de Maistre, il fut gouverneur de Gênes, puis de Nice.

MAISTRE (Adèle DE). Née en 1787; sœur du comte R. de Maistre, elle se maria, très tard, avec le baron de Terray.

MAISTRE (la comtesse Azélia DE), 1799-1881. Fille aînée du marquis de Plan de Sieyès, ancien officier de la marine royale, elle épousa, à Valence, en 1819, le comte R. de Maistre.

MAISTRE (Francesca DE). Née en 1821. Fille du comte Rodolphe de Maistre, elle entra en 1842 dans l'Ordre des Filles de Saint-Vincent de Paul.

MALTZAN (le comte DE) **, 1793-1843. Diplomate prussien.

MALTZAN (la comtesse Alexandrine DE), 1818-1894. Fille du précédent, épousa, en 1841, lord Beauvale, alors ambassadeur d'Angleterre à Vienne. Devenue veuve en 1853, elle se remaria en 1856 avec George-Wild Forrester, baron de Williy.

MANTEUFFEL (le baron Othon DE), 1805-1879, ministre de l'Intérieur en 1848 dans le Cabinet Brandebourg; chef de Cabinet et ministre des Affaires étrangères en 1851; plénipotentiaire prussien au Congrès de Paris de 1856.

MARIE-CHRISTINE (la Reine), 1806-1878. Fille du Roi François Ier de Naples, fut la troisième femme de Ferdinand VII, Roi d'Espagne.

MARIE-LOUISE (l'Impératrice), 1791-1847. Fille de l'Empereur d'Autriche François II, elle épousa Napoléon Ier en 1810.

MARIO (Joseph), marquis de Candia, 1808-1883. Chanteur italien. Né à Turin, il entra d'abord comme officier dans les chasseurs sardes, puis déserta et vint à Paris en 1836. Il débuta au théâtre en 1838, et y eut les plus grands succès.

MARMONT (le maréchal Auguste-Frédéric-Louis), duc de Raguse, 1774-1852. Fit toutes les guerres de la République et de l'Empire, et fut traité avec faveur par la Restauration qui le fit pair de France, mais Louis-Philippe le raya des contrôles de l'armée pour avoir accompagné Charles X en Angleterre, et depuis lors le maréchal vécut à l'étranger.

MARS (Mlle), 1778-1847. Célèbre actrice française, comprise parmi les comédiens de premier ordre qui reconstituèrent le Théâtre Français, dont elle fut une des gloires.

MARTIN DU NORD (Nicolas-Ferdinand) *, 1781-1862. Homme politique français.

MASSA (la duchesse DE) *, née en 1792. Fille du duc de Tarente, et veuve de Régnier, duc de Massa.

MATTHIOLI (le comte Girolamo), né en 1640. Ministre du duc de Mantoue Charles III, il fut chargé de négocier un traité secret avec la France, mais il vendit ce secret. L'ambassadeur de France eut connaissance de cette trahison, l'attira en territoire français, le fit arrêter et enfermer à Pignerol; on le prit longtemps pour le _Masque de fer_. En 1681, il fut conduit à Exiles, avec le _Masque de fer_, et en 1687, l'un des deux mourut, on croit que ce fut Matthioli.

MATUSIEWICZ (le comte) *, 1790-1842. Diplomate au service de la Russie.

MECKLEMBOURG-SCHWERIN (la grande-duchesse douairière DE) **, 1771-1881. Née princesse de Hesse-Hombourg et belle-mère de la duchesse d'Orléans.

MECKLEMBOURG-SCHWERIN (le duc Gustave DE), 1781-1861. Un des fils du grand-duc François de Mecklembourg-Schwerin.

MECKLEMBOURG-SCHWERIN (le duc Albert DE), 1812-1842. Fils du grand-duc Frédéric-François et de la princesse Caroline de Saxe-Weimar, et frère de la duchesse d'Orléans.

MECKLEMBOURG-SCHWERIN (le grand-duc Frédéric DE), 1823-1883. Sa mère était une princesse de Prusse. Bon militaire, il fit avec distinction la guerre. Il s'est marié trois fois.

MECKLEMBOURG-STRELITZ (le grand-duc Georges DE) **, 1779-1860. Avait épousé, en 1817, une princesse de Hesse-Cassel.

MECKLEMBOURG-STRELITZ (le grand-duc héréditaire Frédéric-Guillaume DE), 1819-1904. Succéda en 1860 à son père. Il était devenu aveugle très jeune, et avait épousé la fille aînée du duc Adolphe de Cambridge.

MECKLEMBOURG-STRELITZ (le duc Georges DE), 1824-1876. Frère cadet du précédent, il entra au service russe et épousa la grande-duchesse Catherine, fille du grand-duc Michel de Russie.

MEDEM (le comte Paul) *, 1800-1854. Diplomate russe, cousin de la duchesse de Talleyrand.

MÉHÉMET-ALI, 1769-1849. Vice-Roi d'Égypte. Dans deux guerres contre la Porte (1832 et 1839), il eut pour lieutenant son fils Ibrahim. Méhémet-Ali réforma tout en Égypte et fut reconnu comme pacha héréditaire par le Sultan.

MELBOURNE (William-Lamb, lord) *, 1779-1848. Homme politique anglais.

MELBOURNE (lady). Morte en 1828. Née lady Caroline Ponsonby et fille de lord Bessborough, elle avait épousé, en 1805, le vicomte Melbourne. Elle s'est acquis une certaine réputation littéraire. Connue par sa liaison avec lord Byron, elle se divorça de bonne heure avec son mari.

MELZI (le duc Ludovico), 1820-1886. Riche seigneur milanais, il avait épousé, en premières noces, la fille du marquis de Brignole-Sale; devenu veuf en 1869, il se remaria en 1876 avec sa cousine, la comtesse Joséphine Melzi, née Barbo, veuve elle-même depuis un an du comte Jacques Melzi.

MELZI (la duchesse). Morte en 1869 à Genève. Louise de Brignole-Sale avait épousé, en 1842, le duc Melzi.

MÉRAN (le comte DE), 1839-1892. Fils issu du mariage morganatique de l'archiduc Jean avec la comtesse de Méran.

METTERNICH (le prince Clément) *, 1773-1859. Homme d'État autrichien.

METTERNICH (la princesse Mélanie DE), 1805-1854. Troisième femme du prince Metternich et fille du comte François Zichy-Ferraris.

MEULAN (Mme DE). Femme d'un Receveur de la Généralité de Paris et mère de la première Mme Guizot.

MEYENDORFF (le baron Pierre DE), 1792-1863. Diplomate russe, longtemps ministre plénipotentiaire à Berlin, puis à Vienne, plus tard ministre des Domaines et des Apanages impériaux à Saint-Pétersbourg, et membre du Conseil de l'Empire.

MEYENDORFF (la baronne DE), né en 1800. Wilhelmine-Sophie de Buol-Schœnstein, mariée, en 1830, au baron de Meyendorff, était une femme d'infiniment d'esprit et d'opinions fort indépendantes.

MIGNET (François-Auguste-Marie) *, 1796-1884. Historien et académicien français.

MITFORD (John), 1781-1859. Littérateur et érudit anglais, qui publia plusieurs ouvrages savants et des poésies.

MODÈNE (le duc François V DE), 1819-1875. Archiduc d'Autriche-Este, il épousa, en 1842, la duchesse Aldegonde de Bavière, et succéda à son père en 1846. Son duché fut réuni aux États du Roi de Sardaigne en 1860.

MOLAY (Jacques DE). Dernier grand-maître de l'Ordre des Templiers, il était entré dans cet ordre en 1265; arrêté, jugé et condamné dans un procès inique que Philippe IV le Bel intenta à son ordre, dont il convoitait les richesses, il fut brûlé vif en 1314.

MOLÉ (Guillaume), mort en 1459. Échevin qui, de concert avec son beau-frère Jean l'Esguisé, chassa les Anglais de Troyes sous Charles VII.

MOLÉ (Mathieu), 1584-1656. Conseiller au Parlement de Paris, puis procureur général et premier président. Pendant les troubles de la Fronde, il essaya de concilier les partis et montra toujours beaucoup de fermeté et de dignité. Il fut nommé Garde des Sceaux en 1650.

MOLÉ (le comte Mathieu) *, 1781-1855. Pair de France et académicien, homme politique sous l'Empire et la Monarchie de Juillet.

MOLLIEN (le comte François) *, 1758-1850. Financier et pair de France.

MOLLIEN (la comtesse) *, 1785-1878. Dame du palais de la Reine Marie-Amélie.

MOLYNEUX (l'Honorable Francis-Georges), 1805-1886. Troisième fils de lord William-Philipp Sefton, fut secrétaire de la légation d'Angleterre à la Confédération germanique; il épousa, en 1842, lady Georgia Ashburnham, dont le mariage avec H.-R. Mitfort avait été cassé, et qui mourut en 1882.

MONCEY (le maréchal Adrien), duc de Conegliano, 1754-1842. Fils d'un avocat au Parlement de la Franche-Comté, il s'engagea à quinze ans, fit presque toutes les campagnes de la République et de l'Empire; en 1814, il défendit héroïquement Paris. Il fut nommé, en 1834, gouverneur des Invalides.

MONNIER (le baron) **, 1784-1843. Financier et pair de France.

MONTALEMBERT (le comte Charles DE) **, 1810-1870. Publiciste et politicien français, un des plus brillants défenseurs du catholicisme libéral.

MONTCALM (Paul de Saint-Veran, marquis DE), 1756-1812. Prit part comme marin à la guerre de l'indépendance en Amérique et devint, en 1789, membre des États généraux; il émigra en 1790 en Espagne, puis en Piémont où il mourut.

MONTEBELLO (Napoléon-Auguste Lannes, duc DE), 1801-1874. Fils du maréchal Lannes. Pair de France, il servit dans la diplomatie.

MONTEMOLIN (Carlos-Luis-Maria-Fernando de Bourbon, comte DE), 1818-1861. Infant d'Espagne, fils de don Carlos, qui abdiqua en 1844, en sa faveur, ses droits à la royauté. Il fit plusieurs tentatives pour recouvrer ses droits, mais sans succès.

MONTESQUIOU-FEZENSAC (l'abbé François-Xavier DE), 1767-1832. Agent général du clergé en 1785, député des États généraux en 1789 et président de l'Assemblée constituante en 1790, il fut, après le 9 Thermidor, un des agents nommés par Louis XVIII, pour défendre sa cause en France; aussi le Premier Consul le fit-il exiler à Mantoue. En 1814, l'abbé de Montesquiou fit partie du gouvernement provisoire, et, le 13 mai, nommé ministre de l'Intérieur. Sous la seconde Restauration, il resta ministre d'État et fut créé pair de France.

MONTJOYE (la comtesse DE), morte en 1848. Sœur de la marquise de Dolomieu. Attachée comme Dame d'honneur à Madame Adélaïde, sœur de Louis-Philippe, dès la jeunesse de cette Princesse, elle ne la quitta jamais. Elle mourut en Angleterre, où elle avait accompagné la Famille Royale en exil.

MONTMORENCY (la duchesse DE) *, 1774-1846. Mère de Raoul de Montmorency, de la princesse de Bauffremont et de la duchesse de Valençay.

MONTMORENCY (le baron Raoul DE) *, 1790-1862. Duc à la mort de son père.

MONTMORENCY (la baronne DE), 1787-1858. Née Euphémie de Harchies, elle avait épousé en premières noces le comte Thibaut de Montmorency, et en secondes noces le baron Raoul de Montmorency.

MONTMORENCY (la duchesse Mathieu DE), 1774-1858. Née Hortense de Chevreuse-Luynes.

MONTPENSIER (Antoine d'Orléans, duc DE), 1824-1890. Le plus jeune fils du Roi Louis-Philippe, épousa, en 1846, l'Infante Louise d'Espagne, sœur de la Reine Isabelle II.

MONTROND (le comte DE) *, 1757-1843. Ami de M. de Talleyrand.

MORNAY (le comte DE) *, 1803-1878. Pair de France et ambassadeur.

MORPETH (George-William-Frederick, comte Carlisle, lord) *, 1802-1864. Secrétaire d'État en Irlande de 1835 à 1841; commissaire des bois et forêts de 1846 à 1850, chancelier du duché de Lancastre de 1850 à 1852, lord-lieutenant d'Irlande de 1855 à 1858 et de 1859 à 1864, il fut un des Vice-Rois les plus populaires que l'Irlande ait jamais eus, mais fut forcé par sa mauvaise santé d'abandonner son gouvernement, et mourut peu de temps après. Il ne s'était jamais marié; son titre passa à son frère, William-George, qui devint le huitième comte de Carlisle.

MOSKOWA (le prince DE LA) *, 1803-1857. Fils aîné du maréchal Ney.

MUÑOZ (Fernando), 1810-1873. Issu d'une famille obscure, il fut distingué par la Reine Marie-Christine, qui l'épousa morganatiquement trois mois après la mort de Ferdinand VII. Muñoz ne montra personnellement aucune ambition, se borna à être le mari de la Reine et accepta seulement le titre de duc de Rianzarès.

N

NAPIER (sir Charles), 1786-1860, L'amiral Napier se fit remarquer en 1810 par différents glorieux faits d'armes. En 1833, il rendit de signalés services à la cause de doña Maria, Reine de Portugal, en battant dom Miguel. Dans l'expédition de Syrie, il seconda les forces navales turques et signa le traité imposé par l'Angleterre à Méhémet-Ali.

NARBONNE (la comtesse Louis DE). Née Marie-Adélaïde Montholon, elle avait épousé le lieutenant-général comte de Narbonne, fils cadet du comte Jean-François de Narbonne-Lara.

NASSAU (la duchesse Pauline DE), 1810-1856. Fille du prince Paul de Würtemberg, épousa le duc Guillaume de Nassau, dont elle devint veuve en 1839.

NASSAU (le duc Adolphe DE), né en 1817. Épousa en premières noces, en 1844, la grande-duchesse Élisabeth de Russie, et, en 1851, la princesse Adélaïde d'Anhalt-Dessau.

NEALE (la comtesse Pauline) **, 1779-1869. Dame d'honneur de la princesse Louise de Prusse, épouse du prince Antoine Radziwill.

NEIPPERG (la comtesse Marie DE), 1816-1890. Fille du Roi Guillaume Ier de Würtemberg, elle avait épousé, en 1840, le comte Alfred de Neipperg, veuf d'une comtesse de Grisoni. Il était le fils aîné (né en 1807) du comte Albert de Neipperg, chambellan de l'archiduchesse Marie-Louise, duchesse de Parme, et de son premier mariage avec une comtesse Thérèse Pola, dont il avait eu cinq enfants, et qui, pour l'épouser, avait dû divorcer d'avec le comte Trento.

NEMOURS (Louis-Charles d'Orléans, duc DE) *, 1814-1896. Second fils de Louis-Philippe.

NEMOURS (la duchesse DE), 1822-1852. Victoire, fille du prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha, épousa, en 1840, le duc de Nemours.

NESSELRODE (le comte DE) *, 1780-1862. Diplomate, puis chancelier de l'empire de Russie.

NESSELRODE (la comtesse DE) *, morte en 1849. Née Gourieff.

NEUMANN (le baron). Diplomate autrichien, occupa plusieurs fois le poste d'ambassadeur. En Angleterre, il épousa une fille du duc de Beaufort qui se nommait Charlotte.

NEU-WIED (le prince Guillaume DE), 1814-1864. Général-major au service de Prusse.

NEU-WIED (la princesse DE), née en 1825. La princesse Marie de Nassau épousa, en 1842, le prince G. de Neu-Wied.

NEY (le maréchal) *, 1769-1815. Surnommé par Napoléon _le brave des braves_.

NEY (la maréchale), duchesse d'Elchingen, princesse de la Moskowa, née Aglaé Auguié, dont la mère, Mme Auguié, avait été femme de chambre de la Reine Marie-Antoinette. Elle avait épousé, en 1802, le général Ney.

NEY (Edgard), 1812-1882. Prince de la Moskowa, officier d'ordonnance de Napoléon III qui le chargea d'une mission auprès du gouvernement papal. Edgard Ney prit part à la guerre de 1859 en Italie.

NOAILLES (la vicomtesse Alfred DE) *, 1792-1851. Fille du mariage de Charles de Noailles, duc de Mouchy, avec Mlle Nathalie de Laborde, elle avait épousé son cousin, le vicomte de Noailles, qui mourut à vingt-six ans, en 1814, à la Bérésina.

NOAILLES (le duc Paul DE) *, 1802-1885. Pair de France et académicien.

NOAILLES (la duchesse DE), 1800-1887. Née Alicia de Mortemart.

NODIER (Charles), 1780-1844. Littérateur et bibliophile, membre de l'Académie depuis 1834.

NORMANBY (Constantin-Henry, marquis DE), 1797-1863. Politicien anglais, qui appartenait au parti whig et fut pendant plusieurs années lord-lieutenant d'Irlande. En 1846, il devint ambassadeur à Paris jusqu'en 1854, où il passa à Florence, mais il s'y rendit très impopulaire par ses opinions autrichiennes et fut rappelé en 1858. Membre de la Chambre des Lords en 1831 à la mort de son père le comte Mulgrave, dont il porta alors le titre jusqu'en 1838, époque ou la Reine Victoria le créa marquis. Il avait épousé, en 1818, l'Honorable Maria Lidell, fille de lord Ravensworth, qui mourut en 1882, et dont il avait eu un fils unique qui lui succéda dans ses titres.

NOSTITZ (le comte Auguste DE), 1777-1866. Général d'infanterie en Prusse.

NOSTITZ (la comtesse Clara DE), morte en 1858. Fille du prince de Hatzfeldt-Trachenberg, elle épousa, en 1809, le comte Auguste de Nostitz.

NOTHOMB (le baron J.-B. DE), 1805-1881. D'abord avocat, M. de Nothomb travailla, par des publications en faveur de l'indépendance de la Belgique, à amener la révolution de 1830, et fut élu député au Congrès national. Sous Léopold Ier, il fut plusieurs fois ministre, puis diplomate auprès de la Cour de Berlin durant de longues années.

O

OBERKAMPF (Christophe-Philippe), 1738-1815. Célèbre manufacturier, qui introduisit le premier en France la fabrication des toiles peintes. Louis XVI lui accorda des titres de noblesse et Napoléon la croix de la Légion d'honneur. Oberkampf fonda la manufacture de Jouy-en-Josas et éleva à Essonnes la première filature française de coton.

O'DONNELL (le général comte Maurice), 1780-1843. Feld-maréchal autrichien; il avait épousé Mlle de Ligne.

OLDENBURG (le grand-duc Auguste D'), 1783-1853. Succéda à son père en 1829.

OLFERS (Franz-Werner), 1793-1871. Né en Westphalie, il fit ses études de médecine à Gœttingen, puis entra dans la diplomatie. En 1839, le Roi de Prusse l'appela à la direction générale des musées de Berlin, mais il démissionna en 1869.

OLOZAGA (don Salluste), 1803-1873. Homme d'État espagnol; d'abord avocat, et affilié à une société secrète, il fut impliqué dans une conspiration contre le Roi Ferdinand VII et emprisonné; mais il s'évada, et, après la mort du Roi, fut nommé député aux Cortès. En rivalité avec Espartero, celui-ci s'empressa, à son arrivée au pouvoir, de l'envoyer comme ambassadeur à Paris en 1840. En 1843, la Reine Isabelle, devenue majeure, chargea Olozaga de former un Cabinet, mais des intrigues de Cour le renversèrent et le forcèrent à fuir en Portugal, puis en Angleterre. Il ne revint en Espagne qu'en 1848. En 1854, il fut de nouveau nommé ambassadeur à Paris. Il mourut à Enghien.

ORÏE (le docteur) **, mort en 1846. Médecin à Bourgueil en Touraine.

ORLÉANS (Gaston D'), 1608-1660. Frère de Louis XIII, ce Prince, appelé communément _Monsieur_, passa sa vie dans les intrigues et les révoltes contre Richelieu et Mazarin. Marié d'abord à la duchesse de Montpensier qui mourut en 1627, il épousa ensuite secrètement Marguerite de Lorraine en 1632, et n'obtint qu'à force d'humiliations la reconnaissance de ce mariage. A la mort de Louis XIII, il lut nommé lieutenant-général du royaume.

ORLÉANS (le duc D') *, 1814-1858, fils aîné du Roi Louis-Philippe.

ORLÉANS (la duchesse D'), 1814-1858. Née princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, épousa, en 1837, le duc d'Orléans, fils aîné du Roi Louis-Philippe, dont elle devint veuve en 1842. Elle fut la mère du comte de Paris et du duc de Chartres.

ORSAY (lady Harriet D'), 1812-1869; fille unique et héritière de Charles-John Gardiner, comte de Blessington, elle épousa, en 1827, le comte Alfred d'Orsay *. Devenue veuve en 1852, elle se remaria, la même année, avec l'Honorable Carles-Spencer Cowper (1816-1879), troisième fils du mariage de lord Cowper avec Amélia, fille du premier lord Melbourne (qui épousa plus tard lord Palmerston).

OULTREMONT et DE VERGIMOND (la comtesse Flore D'). Née en 1792. Épouse morganatique du Roi Guillaume Ier des Pays-Bas.

OUTREMONT DE MINIÈRES (le général D'), mort à Tours en 1858. Il avait épousé, en 1819, Marie-Albertine de la Ribellerie, veuve du baron Marchand.

P

PAGANINI (Nicolo), 1784-1840. Célèbre violoniste italien.

PAGEOT (Alphonse). Diplomate français, il commença sa carrière en 1819, devint en 1831 premier secrétaire aux États-Unis, puis fut envoyé à Madrid en 1840 et à Washington en 1842. Il démissionna en 1848.

PAHLEN (le comte Pierre) *. Né en 1775. Général et diplomate russe.

PALFFY D'ERDOED (le comte Aloys), 1801-1876. Chambellan et conseiller privé au service d'Autriche, et gouverneur de Venise jusqu'en 1848. Il avait épousé, en 1831, la princesse Sophie Jablonocka.

PALMERSTON (lord Henry-John) *, 1784-1865. Homme d'État anglais, à plusieurs reprises ministre des Affaires étrangères.

PALMERSTON (lady) *, 1787-1869. Amélia, fille de Peniston, premier vicomte Melbourne, avait épousé, en 1805, le comte Cowper (1778-1837), dont elle eut cinq enfants, puis se remaria en 1839 avec lord Palmerston.

PANIS (le comte DE). Propriétaire de Borelli, près de Marseille, il épousa, en 1841, Mlle de Vandermarcq, fille de l'agent de change.

PARIS (le comte DE) **, 1838-1894. Fils aîné du duc d'Orléans, et représentant de la maison de France, depuis la mort du comte de Chambord.

PASKEWITCH (Ivan-Fedorovitch), 1782-1856. Général russe, qui, après avoir vaincu la Perse (1826-1827), fit en 1828 la campagne contre la Turquie et contraignit la Porte à signer le traité d'Andrinople en 1829, en récompense de quoi il reçut le bâton de feld-maréchal. Il réprima l'insurrection de Pologne en 1831, fut nommé prince de Varsovie et gouverneur général de Pologne. Il prit part encore à la répression de la Hongrie en 1849 et à une nouvelle guerre contre la Turquie en 1853.

PASQUIER (le duc) *. Pair de France et grand chancelier.

PASSY (Hippolyte) *. Homme politique français, successeur du prince de Talleyrand à l'Académie des sciences morales et politiques.

PASTORET (le marquis DE), 1756-1840. Émigré pendant la Révolution, il ne rentra en France qu'en 1795; député au Conseil des Cinq-Cents, il fut proscrit comme royaliste et se réfugia en Suisse. La Restauration l'éleva à la pairie, et il entra à l'Académie en 1820. Louis XVIII lui donna la tutelle des enfants du duc de Berry en 1821, et Charles X le rang de ministre d'État en 1826, la vice-chancellerie en 1828, et la chancellerie en 1829. Après 1830, M. de Pastoret rentra dans la vie privée.

PAYS-BAS (le Roi Guillaume Ier DES), 1772-1843. Fils du stathouder Guillaume V de Nassau, il épousa d'abord la princesse Frédérique de Prusse, puis, morganatiquement, la comtesse d'Oultremont, et abdiqua en 1840.

PAYS-BAS (le Roi Guillaume II DES) **, 1792-1849. Il avait épousé Anna Paulowna, fille de l'Empereur Paul de Russie.

PAYS-BAS (le Prince héréditaire DES), 1817-1891. Il épousa, en 1839, la princesse Sophie de Würtemberg et devint, lorsqu'il monta sur le trône, en 1849, Guillaume III.

PEEL (sir Robert) *, 1788-1850. Un des orateurs et des hommes d'État les plus distingués de l'Angleterre. Il avait épousé, en 1820, Julia, la plus jeune fille du général sir John Floyd, qui lui donna sept enfants.

PEEL (the Right Hon. William Yates), 1789-1858. Frère de sir Robert Peel, membre du Parlement et du Conseil privé. Il avait épousé, en 1819, Jane-Elisabeth, seconde fille de lord Stephen Mountcasthell, qui mourut en 1847, lui laissant onze enfants, dont quatre fils.

PELLICO (Silvio), 1788-1854. Poète et littérateur italien, fondateur, avec Manzoni, Sismondi, Romagnosi, Gioja, d'un journal libéral, _Il Conciliatore_, suspect à l'Autriche, qui le supprima en 1820; il fut condamné à mort en 1822. Sa peine fut commuée en quinze années d'emprisonnement au Spilberg. Gracié dans le courant de la neuvième année, il rentra en Piémont et vécut, depuis, dans la retraite. Le récit de sa captivité, _Mes Prisons_, qu'il publia en 1833, est devenu populaire en Europe.

PERIER (Auguste-Casimir), 1811-1877. Fils aîné du célèbre ministre de Louis-Philippe, il se consacra d'abord à la carrière diplomatique, qu'il quitta pour entrer en 1846 à la Chambre des députés. Il se retira au Coup d'État de 1852 qu'il désapprouvait. Nommé, en 1871, à l'Assemblée nationale, il se fit remarquer pour sa compétence dans les questions financières, et devint ministre de l'Intérieur sous la présidence de M. Thiers.

PÉRIGORD (le duc Charles DE), 1788-1879. Grand d'Espagne de 1re classe, épousa, en 1807, Marie-Nicolette, fille du comte César de Choiseul-Praslin, qui mourut en 1866 à l'âge de soixante-dix-sept ans.

PÉRIGORD (Boson DE) **. Né en 1832, plus tard prince de Sagan. Fils aîné du duc de Valençay.

PERPONCHER (la comtesse Adélaïde DE) **. Née comtesse de Reede, et femme du ministre des Pays-Bas, à Berlin.

PERSIGNY (Fialin DE), 1808-1872. Grand ami du prince Louis Bonaparte, il prit part à l'échauffourée de Strasbourg et soutint ardemment la cause napoléonienne à l'Assemblée après la révolution de 1848. Napoléon III le fit comte, puis duc et sénateur, deux fois ambassadeur à Londres et deux fois ministre de l'Intérieur.

PETETOT (l'abbé Louis-Pierre) **, 1801-1887. Supérieur général de l'Oratoire, après avoir été, à Paris, curé de Saint-Louis-d'Antin et ensuite de Saint-Roch.

PEYRONNET (Pierre-Charles, comte DE) **, 1778-1854. Ministre de Charles X, signa _les Ordonnances_.

PIE VII (le Pape) **, 1774-1823, signa le Concordat avec la France.

PIE IX (le comte Mastaï Feretti, pape), 1792-1878. Occupa le siège de saint Pierre pendant trente-six ans et vit se consommer, pour le Saint-Siège, la perte du pouvoir temporel, après un pontificat fort troublé par les événements politiques.

PODENAS (la marquise Adélaïde DE). Née en 1785. Fille du marquis de Nadaillac, elle épousa, en 1813, le marquis de Podenas, prince romain. Sa mère avait épousé en secondes noces, en 1816, le baron, plus tard duc des Cars.

POECHLIN (le baron Frédéric-Christian DE), 1789-1863. D'abord secrétaire à la légation de Danemark à Francfort, puis ministre à la Diète germanique, il fut nommé gouverneur du duché de Lauenbourg de 1852 à 1856. Il était conseiller intime et avait épousé, en 1826, la comtesse Adélaïde d'Eyben.

POIX (le duc DE). Juste de Noailles, né en 1777, avait été chambellan de Napoléon Ier. Il avait épousé Mlle Mélanie de Périgord.

POIX (la duchesse DE) *, 1785-1862. Née Mélanie de Périgord, elle épousa, en 1809, le comte Just de Noailles, duc de Poix, qui fut chambellan de l'Empereur Napoléon Ier.

POLIGNAC (le prince Jules) **, 1780-1847. Ministre de Charles X.

PONCEAU (le vicomte Adolphe DU), 1803-1878. Originaire de l'Anjou, il vendit la propriété qu'il y possédait à Viniève, pour venir s'établir à Benais en Touraine, chez M. de Messine, son beau-père. La sœur de M. du Ponceau avait épousé en premières noces le comte de Contades, puis le duc de Luynes.

PONCEAU (la vicomtesse DU), 1821. Elle était née Marie-Agathe Collet de Messine. Morte en 1886.

PONSARD (Francis), 1814-1867. Poète dramatique. En 1855, Ponsard fut élu membre de l'Académie française.

PONSONBY (lord) *, 1771-1855. Diplomate anglais.

POURTALÈS (le comte Louis DE), 1773-1848. Président du Conseil d'État à Neuchâtel, il protesta en 1823 contre l'adjonction de la principauté à la Confédération suisse, et, en 1832, fit signer au Conseil une adresse qui demandait au Roi de Prusse de rompre les liens qui unissaient la principauté à la Suisse. N'obtenant aucun succès dans ses projets, il rentra alors dans la vie privée.

POZZO DI BORGO (le comte) *, 1764-1842. Diplomate au service russe.

POZZO DI BORGO (le comte Charles). Neveu du précédent; il servit dans l'armée française jusqu'en 1830, et donna alors sa démission, avec le grade de colonel. Il épousa Mlle Valentine de Crillon, fille du duc de Crillon.

PRASLIN (le marquis Charles de Choiseul, duc DE) **, 1805-1847. Gendre du maréchal Sébastiani.

PRASLIN (la duchesse DE), morte en 1847. Fille du maréchal Sébastiani.

PRITWITZ (le général Charles-Ernest DE), 1790-1871. Aide de camp du Roi Frédéric-Guillaume III et lieutenant-général en 1844, commandant des troupes à Berlin en 1848, et chef de l'armée fédérale en Schleswig en 1849.

PROKESCH-OSTEN (le baron Antoine DE), 1795-1876. Diplomate autrichien. Il représenta l'Autriche à Berlin de 1849 à 1852, puis à Francfort jusqu'en 1857, et ensuite à Constantinople.

PRUSSE (le prince Auguste DE), 1779-1843. Fils cadet du prince Ferdinand de Prusse (le plus jeune frère de Frédéric le Grand) et de sa femme, la margrave de Brandebourg-Schwedt.

PRUSSE (le prince Guillaume DE), 1783-1851. Frère du Roi Frédéric-Guillaume III, avait épousé, en 1814, une princesse de Hesse-Hombourg. Il fut général de cavalerie et gouverneur de Mayence.

PRUSSE (le prince Adalbert DE), 1811-1873. Fils du prince Guillaume et d'une princesse de Hesse-Hombourg.

PRUSSE (le prince Waldemar DE), 1817-1849. Second fils du prince Guillaume, frère de Frédéric-Guillaume III.

PRUSSE (la princesse Marie DE) **, 1825-1889. Sœur des précédents et épouse du Roi Maximilien II de Bavière.

PRUSSE (le prince Frédéric DE), 1794-1863. Fils du prince Louis de Prusse *, frère cadet de Frédéric-Guillaume III et de la princesse Frédérique de Mecklembourg-Strélitz, sœur de la Reine Louise. Il épousa une princesse d'Anhalt-Bernbourg, et fut le père des princes Alexandre et Georges de Prusse.

PRUSSE (la Reine Élisabeth DE) **, 1801-1873. Fille du Roi Max de Bavière et épouse de Frédéric-Guillaume IV.

PRUSSE (le prince DE), Guillaume **, 1797-1888. Second fils de Frédéric-Guillaume III, il devint Roi en 1861 et Empereur d'Allemagne en 1871.

PRUSSE (la princesse DE) **, 1811-1891. Épouse du précédent, plus tard l'Impératrice Augusta.

PRUSSE (le prince Charles DE) **, 1801-1883. Troisième fils du Roi Frédéric-Guillaume III.

PRUSSE (la princesse Charles DE) **, 1808-1877. Fille du grand-duc de Saxe-Weimar.

PRUSSE (le prince Albert DE) **, 1809-1872. Quatrième fils du Roi Frédéric-Guillaume III.

PRUSSE (la princesse Albert DE) **, 1810-1883. Née princesse des Pays-Bas.

PRUSSE (la princesse Charlotte DE), 1831-1855, fille du prince et de la princesse Albert, elle épousa, en 1850, le Prince héréditaire de Saxe-Meiningen.

PÜCKLER (le prince Hermann) **, 1795-1871. Voyageur et littérateur allemand, membre de la Chambre des Seigneurs à partir de 1863.

PÜCKLER (la princesse Anna) **, 1776-1854. Née princesse Hardenberg, et mariée en premières noces au comte Pappenheim.

PUTBUS (le prince Guillaume DE), 1783-1854. Gouverneur général de la Poméranie prussienne et de l'île de Rügen, membre du Conseil d'État et chambellan.

PUTBUS (la princesse Louise DE), 1784-1860. Née baronne de Lauterbach, elle épousa d'abord, en 1803, le comte Rœttger de Veltheim, dont elle divorça, en 1806, pour épouser le prince G. de Putbus.

PUTBUS (le comte Malte) **, 1807-1837. Fils des précédents. Attaché à la légation de Prusse à Naples.

Q

QUÉLEN (Mgr DE) *, 1778-1839. Archevêque de Paris depuis 1821 et membre de l'Académie française.

QUINEMONT (le marquis DE). Né en 1808. Ancien élève de Saint-Cyr et officier de cavalerie, il démissionna en 1830 et entra dans la diplomatie, fut attaché à la légation de France en Toscane, puis en Danemark. Ensuite élu député en 1863, puis nommé sénateur.

R

RACHEL (Mlle Elisa-Félix) **, 1820-1858. Célèbre tragédienne française. Par son talent, elle contribua à faire revivre, sur le théâtre, la tragédie dans une admirable perfection.

RADETZ-RADETZKY (le comte), 1766-1858. Feld-maréchal autrichien qui prit part à toutes les guerres de son temps. Lorsque la guerre éclata avec le Piémont en 1848, il fut d'abord vaincu, mais prit sa revanche glorieusement en 1849 avec la victoire de Novare.

RADOWITZ (le général Joseph DE), 1797-1853. Grand ami de Frédéric-Guillaume IV, il influa beaucoup sur la politique de ce Roi.

RADZIWILL (le prince Antoine), 1775-1833. Second fils du palatin de Vilna, il fit ses études en Allemagne, et, à dix-huit ans, épousa la princesse Louise de Prusse, fille du plus jeune frère de Frédéric le Grand, ce qui l'obligea à s'établir à Berlin. Après le congrès de Vienne, il fut nommé, par le Roi de Prusse, son représentant pour le grand-duché de Posen; il y résida dix ans et y laissa de grands et bons souvenirs.

RADZIWILL (le prince Guillaume) **, 1797-1870. Fils aîné du précédent, général au service de Prusse.

RADZIWILL (la princesse Guillaume) **, 1806-1896. Née comtesse Mathilde Clary-Aldringen.

RAMBUTEAU (le comte DE) *, 1781-1869. Préfet de la Seine de 1833 à 1848.

RAMBUTEAU (la comtesse DE), fille du comte Louis de Narbonne, elle avait épousé, en 1809, le comte de Rambuteau.

RANELAGH (le vicomte Thomas), 1812-1886. Septième et dernier vicomte de Ranelagh. Sa sœur, Barbara, épousa le comte de Rechberg, officier autrichien.

RAUCH (Christian-Daniel) **, 1777-1857. Célèbre sculpteur prussien.

RAUCH (Frédéric DE), 1790-1850. Lieutenant-général dans l'armée prussienne et aide de camp du Roi Frédéric-Guillaume IV. Il fut attaché militaire à la Cour de Pétersbourg de 1832 à 1848.

RAUZAN (la duchesse DE). Née en 1820, Claire, fille du dernier duc de Duras, épousa, en 1819, le marquis Louis de Chastellux, fait duc de Rauzan le jour même de son mariage par Louis XVIII et plus tard héritier du titre de son beau-père.

RAVIGNAN (l'abbé DE) **, 1775-1858. Membre de la Compagnie de Jésus.

RÉCAMIER (Mme) *, 1777-1849. Célèbre par sa beauté.

REDERN (le comte Guillaume DE) **, 1802-1880. Membre de la Chambre des Seigneurs en Prusse.

REDERN (la comtesse Guillaume DE) **, 1811-1875. Née Bertha Jenisz, fille d'un sénateur de Hambourg.

REEDE (la comtesse DE) **, 1769-1847. Née Krusemackt.

REEDTZ (Holger-Christian DE), 1800-1857. Historien et homme d'État danois; il fut chargé, en 1848, de négocier le traité de Malmœ avec le Roi de Suède, pour établir un nouveau gouvernement en Schleswig-Holstein. Il fut ministre des Affaires étrangères de 1850 à 1851, dans le Cabinet présidé par le comte de Moltke, puis vécut dans la retraite.

REICHENBACH (la comtesse Émilie DE), 1791-1843. Née OErtlœpp, épousa morganatiquement l'Électeur de Hesse Guillaume II, en 1841, et prit le titre de comtesse Reichenbach-Lessowitz.

RÉMUSAT (le comte Ch. DE) *, 1797-1875. Historien et homme politique français, fils de M. de Rémusat, chambellan de Napoléon Ier, et de Mlle de Vergennes, si célèbre par sa grâce et son esprit.

RÉMUSAT (la comtesse Pauline DE). Née de Lasteyrie, petite-fille du général de La Fayette, épouse du comte Ch. de Rémusat.

RIVIÈRE (le duc DE), 1817-1890. Fils de Charles-François Riffardeau qui fut condamné à mort avec Georges Cadoudal en 1804 et ne fut sauvé que par l'intervention de Joséphine. Il épousa Mlle de Cossé-Brissac et s'établit dans ses propriétés du département du Cher. En 1876 il fut élu sénateur.

RODEN (le comte Robert), 1788-1870. Membre du Conseil privé à la Cour d'Angleterre. Il avait épousé, en 1813, Maria-Frances-Catherine, fille de lord Thomas Le Despencer, qui mourut en 1861, lui laissant six enfants, dont l'aîné fut lord Robert, vicomte Jocelyn. En 1862, lord Roden se remaria avec la veuve d'un officier, née Clémentine Andrews.

ROENNE (Louis-Maurice-Pierre DE), 1804-1875. Jurisconsulte et publiciste allemand, conseiller à la Cour de justice de Berlin en 1843.

ROGER (Jean-François), 1776-1842. Auteur dramatique et homme politique français, membre de l'Académie française en 1817.

ROHAN-CHABOT (Fernand, duc DE), 1789-1869. Aide de camp de Napoléon Ier, qu'il accompagna pendant la campagne de Russie. Il servit encore sous la Restauration et vécut depuis dans la retraite.

ROKEBY (le baron Edward), 1787-1847. Fils aîné de lord Matthew Montagu, quatrième lord Rokeby, il succéda à son père en 1831, mais mourut non marié, laissant le titre à son frère Henry, qui fut le sixième baron de Rokeby (1798-1883); avec lui le titre s'éteignit, car il ne laissa que des filles.

ROSAS (Manuel), 1793-1874. Homme d'État argentin, gouverneur de la République argentine de 1828 à 1861. Une insurrection appuyée par le Brésil le fit tomber et il dut se réfugier en Angleterre.

ROSSI (le comte), d'origine italienne, il épousa la veuve du prince Maximilien de Saxe, dont il était chambellan. Il était cousin du comte Rossi qui avait épousé Mlle Sontag.

ROSSI (Pellegrino), 1787-1848. Économiste et diplomate français, d'origine italienne. Né à Carrare, il avait étudié à Bologne et dut s'exiler en 1815; il se fit naturaliser Français et devint, en 1840, membre du Conseil de l'Instruction publique, et en 1844 pair de France. Envoyé à Rome en 1845 comme ambassadeur, il gagna la confiance du pape Pie IX et accepta de diriger son ministère, mais il fut assassiné par un républicain fanatique.

ROTHSCHILD (Anselme DE), 1772-1855. Fils aîné du fondateur de cette célèbre maison; il resta établi à Francfort-sur-le-Mein; l'Empereur d'Autriche lui conféra le titre de baron en 1825.

ROTHSCHILD (le baron Anselme DE), mort en 1874, fils de Salomon de Rothschild, fondateur de la maison de Vienne, qui était allé rejoindre son frère James à Paris, en 1835, laissant la banque de Vienne à son fils. Celui-ci était un grand amateur d'art. Il possédait de vastes propriétés en Silésie.

ROVIGO (la duchesse DE). Née Mlle de Faudoas.

ROYER-COLLARD (Pierre-Paul) *, 1763-1845. Philosophe et homme d'État français.

RUMFORD (Mme DE) **, 1766-1836. Née Mlle de Paulze.

RUMIGNY (le général comte DE) **, 1789-1860. Aide de camp du duc d'Orléans et fidèle serviteur de Louis-Philippe, qu'il accompagna en exil.

RUSSELL (lord William) *, 1799-1846. Ambassadeur d'Angleterre à Berlin; précéda lord Westmorland.

RUSSELL (lord John) *, 1792-1878. Homme d'État anglais. Il avait épousé en premières noces, en 1835, la veuve de lord Ribblesdale, née Adélaïde Lister, qui mourut en 1838, lui laissant deux filles. Il se remaria en 1841 avec lady Frances Elliot, fille de lord Minto, dont il eut trois fils et une fille.

RUSSIE (l'Empereur Nicolas Ier DE) *, 1775-1855. Monté sur le trône en 1825.

RUSSIE (l'Impératrice DE) **, 1798-1860. Charlotte, fille du Roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, épouse de l'Empereur Nicolas Ier.

RUSSIE (le grand-duc héritier DE) **, 1818-1881. Succéda à son père Nicolas Ier, en 1855, sous le nom d'Alexandre II.

RUSSIE (le grand-duc Constantin DE), 1779-1831. Second fils de l'Empereur Paul.

RUSSIE (le grand-duc Constantin DE), 1827-1892. Second fils de l'Empereur Nicolas Ier. Grand-amiral de la marine russe.

RUSSIE (la grande-duchesse Constantin DE), née en 1830. Alexandra, fille du duc Joseph de Saxe-Altenbourg, épousa, en 1844, le grand-duc Constantin.

RUSSIE (le grand-duc Michel DE), 1798-1849. Le plus jeune fils de l'Empereur Paul Ier et frère de Nicolas Ier. Il épousa, en 1824, la princesse Charlotte de Würtemberg, qui prit le nom de grande-duchesse Hélène **.

RUSSIE (la grande-duchesse Olga DE), 1795-1865. Fille de l'Empereur Paul Ier; elle épousa, en 1816, Guillaume II, roi des Pays-Bas.

S

SAINTE-ALDEGONDE (la comtesse Camille DE) *, 1793-1869. Née de Chavagnes.

SAINTE-AULAIRE (le comte DE) **, 1778-1854. Pair de France et ambassadeur.

SAINTE-BEUVE (Charles-Augustin), 1804-1869. Célèbre critique français, auteur des _Causeries du Lundi_.

SAINT-ELME (Ida), 1778-1845. _La Contemporaine_, aventurière, auteur de mémoires scandaleux sur la Révolution et l'Empire.

SALVANDY (le comte DE) *, 1795-1856. Homme politique français.

SALVANDY (la comtesse DE) **. Née Julie Ferey.

SAPIEHA (la princesse Hedwige), 1806-1890. Née comtesse Zamoyska, elle avait épousé, en 1825, le prince Léon Sapieha.

SAUZET (Paul) *, 1800-1877. Député et homme politique.

SAVIGNY (Mme DE), 1780-1863. Marie Brentano de Laroche, épousa, en 1809, M. de Savigny, jurisconsulte prussien. Elle était la sœur de Brentano le poète.

SAVOIE (le prince Eugène DE), 1663-1736. Connu sous le nom de _prince Eugène_, il était fils de Maurice-Eugène, duc de Savoie-Carignan, comte de Soissons, et d'Olympe Mancini. Après avoir vainement sollicité un emploi en France sous Louis XIV, le prince Eugène passa au service de l'Autriche et s'y signala comme un des plus grands généraux de son temps.

SAXE (le Roi Frédéric-Auguste II DE) **, 1797-1854. Succéda à son oncle le Roi Antoine, en 1836.

SAXE (la Reine Marie DE) **, 1805-1877. Née princesse de Bavière.

SAXE-COBOURG-ALTENBOURG (la duchesse douairière DE), 1771-1848. Caroline, fille de Guillaume Ier, Électeur de Hesse, veuve depuis 1822 du duc Auguste de Saxe-Cobourg-Altenbourg.

SAXE-COBOURG-GOTHA (le prince Auguste DE), 1818-1881. Cousin du Roi de Saxe; il épousa, en 1843, la princesse Clémentine d'Orléans, dont il eut plusieurs enfants, entre autres le Roi Ferdinand Ier de Bulgarie.

SAXE-MEININGEN (le duc Bernard DE) *, 1800-1882. Il abdiqua en 1866 en faveur de son fils le prince Georges, devenu le duc Georges II.

SAXE-MEININGEN (le prince Georges DE), né en 1826. Régna à partir de 1866. Il se maria trois fois: 1º en 1850, avec la princesse Charlotte de Prusse, qui mourut en 1855; 2º avec la princesse Féodore de Hohenlohe, qui mourut en 1872; 3º en 1873, morganatiquement, avec la baronne Hélène de Heldburg.

SAXE-WEIMAR (la duchesse Amélie DE), 1739-1807. Fille du duc Charles de Brunswick, elle épousa en 1756 le duc régnant de Weimar, et sous son règne Weimar devint le centre de l'Allemagne littéraire.

SAXE-WEIMAR (la grande-duchesse Louise DE), 1757-1830. Fille du landgrave de Hesse-Darmstadt, elle avait épousé en 1775 le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar.

SAXE-WEIMAR (le duc Ch.-B. DE) *, 1792-1862. Général d'infanterie au service des Pays-Bas.

SAXE-WEIMAR (la princesse Ch.-B. DE) *, 1794-1852. Née princesse Ida de Saxe-Meiningen.

SAXE-WEIMAR (le grand-duc Charles-Frédéric DE), 1783-1853, avait épousé, en 1804, la grande-duchesse Maria Paulowna, fille de l'Empereur Paul Ier de Russie.

SAXE-WEIMAR (le prince héréditaire DE), 1818-1901. Le prince Charles devint grand-duc à la mort de son père, en 1853.

SAXE-WEIMAR (la princesse héréditaire DE), 1824-1897. Sophie, princesse d'Orange, fille du Roi Guillaume II de Hollande, épousa, en 1842, son cousin germain, le futur grand-duc Charles de Saxe-Weimar.

SCHEFFER (Ary) *, 1785-1858, peintre français, très protégé par la famille d'Orléans.

SCHLEGEL (Auguste-Guillaume), 1767-1845. Savant critique et poète allemand, fut lié d'amitié vers 1804 avec Mme de Staël, qu'il suivit à Paris comme précepteur de ses enfants.

SCHLEINITZ (le comte Alexandre DE), 1807-1885. D'abord diplomate, puis, en 1841, conseiller-rapporteur à la division politique des Affaires étrangères à Berlin, et, en 1858, ministre des Affaires étrangères. Il abandonna ce poste en 1861, pour celui de ministre de la maison du Roi, qu'il conserva jusqu'à sa mort.

SCHNEIDER (le chevalier Antoine), 1779-1847. D'abord officier, puis député en 1834, il devint ministre de la Guerre en 1839.

SCHOENBORN (la comtesse Ernestine DE), née en 1800. Comtesse de Küenburg, elle épousa, en 1824, le comte Charles de Schœnborn. Devenue veuve en 1841, elle devint grande-maîtresse à la cour de l'archiduchesse Sophie d'Autriche.

SCHOENBOURG (la princesse Louise) **, 1803-1884. Née princesse de Schwarzenberg.

SCHOENHALS (le général DE), 1788-1857. Lieutenant-général dans l'armée autrichienne, aide de camp et ami du maréchal Radetzky.

SCHOENLEIN (le docteur Jean-Louis) **, 1793-1864. Savant médecin de Zurich, établi à Berlin.

SCHRECKENSTEIN (le baron Maximilien DE) **. Grand-maître de la Cour de la grande-duchesse Stéphanie de Bade.

SCHULENBURG (le comte Charles DE) **, 1788-1856. Lieutenant-colonel autrichien, troisième mari de la duchesse Wilhelmine de Sagan.

SCHULENBURG-KLOSTERODE (le comte DE) **, 1772-1853. Diplomate autrichien.

SCHWANTHALER (Louis-Michel), 1802-1848. Célèbre sculpteur bavarois.

SCHWARZENBERG (le prince Félix), 1800-1852. Diplomate autrichien et premier ministre après 1848; il rétablit à force d'énergie l'autorité de l'Empereur, mais poussa à l'excès la politique de compression.

SCHWARZENBERG (le cardinal-prince Frédéric), 1807-1885. Prince-archevêque de Salzbourg en 1836, il reçut le chapeau de cardinal dès 1842, et fut nommé prince-archevêque de Prague en 1849. Le cardinal était membre de la Chambre des Seigneurs en Autriche.

SCHWARZENBERG (la princesse Lory), 1812-1873. Fille du prince Maurice Lichtenstein, elle avait épousé le prince Adolphe Schwarzenberg en 1830.

SCHWERIN (le comte Maximilien), 1804-1872. Homme d'État prussien, d'opinions très libérales, ministre des Cultes en 1848 dans le ministère Arnim; après avoir démissionné, il devint président de la seconde Chambre. Il fut aussi ministre de l'Intérieur en 1858.

SCRIBE (Eugène), 1791-1861. Auteur dramatique français.

SEAFORD (Charles-Rose-Ellis, lord), originaire de la Jamaïque. Il avait épousé Élizabeth-Caroline-Catherine Hervey, petite-fille du quatrième comte de Bristol. Elle mourut en 1803, lui laissant un fils, Charles-Auguste, qui devait être lord Howard de Walden **.

SÉBASTIANI DE LA PORTA (le maréchal) *, 1775-1851. Général et diplomate français.

SÉMONVILLE (le marquis DE) *, 1754-1839. Grand référendaire de la Cour des Pairs.

SEYDELMANN (Charles), 1793-1843. Célèbre acteur allemand.

SEYMOUR (lady), morte en 1884. Jane-Georgiana, la plus jeune fille de Thomas Sheridan, Esq., fils du Right Honorable Richard-Brinsley Sheridan, membre du Parlement, épousa en 1830 Édouard-Adolphe Saint-Maur (1804-1885), qui succéda en 1855 à son père, comme douzième duc de Seymour, et fut premier lord de l'Amirauté de 1859 à 1866. Lady Seymour, était sœur de lady Dufferin et de Mrs Norton, et toutes trois furent célèbres par leur beauté. Lady Seymour était connue familièrement sous le nom de _Reine de beauté_, qui lui avait été décerné dans un tournoi fameux, chez lord Archibald-William Eglinton, à Eglinton-Castle en Écosse, où parmi les chevaliers se trouvait le prince Louis Napoléon, plus tard Napoléon III.

SISMONDI (Jean-Charles-Sismonde DE), 1773-1843. Né à Genève d'une riche famille originaire de Pise, il devint membre du Conseil représentatif de Genève. Il s'est fait un nom comme historien et économiste.

SOLMS-BRAUNFELS (le prince Charles DE), 1812-1873. Fils du prince Frédéric-Guillaume de Solms-Braunfels, et de sa femme, une princesse de Mecklembourg-Strélitz, veuve du prince Louis de Prusse. Il était officier dans l'armée prussienne.

SOMMERSET (lady Blanche). Fille du septième duc de Beaufort; elle épousa en 1848 lord Kinnoul.

SOULT (le maréchal) *, 1769-1852. Général et homme politique français.

SPARRE (la comtesse DE). Fille du chanteur italien Naldi, et élève de son père, elle débuta en 1819 au théâtre Italien de Paris et partagea la vogue de Judith Pasta. Célèbre par sa beauté, elle quitta la scène en 1823, pour épouser le général comte de Sparre.

STADION (le comte François), 1806-1853. Administrateur autrichien, devint conseiller aulique en 1834, gouverneur de Trieste de 1841 à 1847, gouverneur de Galicie de 1847 à 1848. Il devint alors ministre de l'Intérieur dans le Cabinet du prince F. Schwarzenberg, mais il tomba malade en 1849 et mourut en 1853.

STAËL (Mme DE) *, 1766-1817. Née Necker.

STANGER (le baron Albert DE). Né en 1796, officier au service prussien jusqu'en 1829, il entra en 1837 dans l'administration d'une maison de détention à Lichtenberg; en 1841 il prit la direction de celle de Sagan; en 1845, celle de Jauer, puis il se retira, en 1871, à Hirschberg.

STOCKHAUSEN (le général DE), 1791-1861. Ministre de la Guerre en Prusse en 1850.

STOLBERG-WERNIGERODE (le comte Henri DE), 1772-1854. Ministre d'État en Prusse.

STRAUSS (Johann), 1825-1899. Compositeur autrichien.

STROGONOFF (la comtesse Julie), en premières noces comtesse d'Éga.

STUART (Sir Charles), 1779-1845. Diplomate anglais. En 1860, il fut envoyé à la cour de Portugal comme envoyé extraordinaire, devint ensuite ambassadeur à Paris de 1815 à 1830. En 1828, sir Charles Stuart devint pair d'Angleterre avec le titre de lord Stuart de Rothesay.

STURMFEDER (Mme DE) **, 1819-1891. Née de Münchingen.

STYLER Peintre allemand.

SUÈDE (la princesse Amélie DE), 1805-1853. Fille de Gustave IV, Roi de Suède, sœur du prince Gustave de Vasa, père de la Reine Carola de Saxe.

SULLY (le duc DE), 1560-1641, ministre et ami du roi Henri IV.

SUTHERLAND (la duchesse DE) *, morte en 1868, _mistress of the robes_ de la Reine Victoria.

SUTHERLAND (George Granville, duc DE), 1786-1891. Il était entré au Parlement du temps de son père (qui mourut en 1833) comme baron Gower. Il fut lord lieutenant du comté de Sutherland.

SWETCHINE (Mme) d'origine russe, 1782-1857. Anne-Sophie Soymonoff, épousa le général Swetchine. Elle s'établit à Paris où elle eut un salon très fréquenté.

T

TALLEYRAND (Charles-Maurice, prince DE) *, 1754-1838. Prince de Bénévent, vice-grand Électeur de l'Empire, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien ambassadeur en Angleterre, pair de France et membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

TALLEYRAND (le baron, puis comte Charles DE), 1821-1896. Diplomate français, successivement secrétaire de légation à Lisbonne, Madrid, Saint-Pétersbourg et Londres, devint ministre plénipotentiaire à Weimar en 1852 et à Bade en 1854, ministre à Turin en 1859 et à Bruxelles en 1861, ambassadeur à Berlin en 1862 et, enfin, à Pétersbourg en 1864. En 1868, il fut nommé sénateur.

TATICHTCHHEF (Démétrius-Pawlowitch) **, 1769-1845. Diplomate russe.

TESTE (J.-B.) *, 1780-1852. Jurisconsulte et homme politique français.

THORWALDSEN (Barthélmy) *, 1769-1844. Célèbre sculpteur danois.

THUN et HOHESTEIN (le comte Léon DE), 1811-1888. Employé dans les bureaux de la Chancellerie aulique à Vienne jusqu'en 1848, il fut ministre de l'Instruction publique et des Cultes en 1849, membre à vie de la Chambre des Seigneurs en 1861, et envoyé à la Diète de Bohême. Après la victoire des constitutionnels, il quitta le Landtag de Bohême en 1871 et n'y fut réélu qu'en 1883.

TIECK (Louis DE), 1773-1853. Célèbre poète et littérateur allemand, traducteur de Shakespeare, et ami de Schlegel.

TILLY (le comte DE), 1559-1632. Un des plus célèbres généraux impérialistes de la guerre de Trente ans.

TOCQUEVILLE (le comte Alexis Clérel DE) **, 1805-1859. Député français et historien distingué.

TORENO (la comtesse DE), épouse de José-Maria Gueipo y Slano, comte de Toreno *, homme d'État espagnol, retiré des affaires à partir de 1835 et fixé depuis lors à Paris.

TOSCANE (Léopold II, archiduc d'Autriche, grand-duc DE) **, 1797-1870. Successeur de son père le grand-duc Ferdinand III, en 1824.

TRACY (le marquis DE), 1781-1864. D'abord officier, il démissionna en 1818, pour s'occuper d'études scientifiques. Élu député en 1822, il s'assit à l'extrême gauche à côté de La Fayette. En 1848, il se signala contre les insurgés et prit, sous le prince Louis Napoléon, le portefeuille de la Marine et des Colonies, mais il protesta contre le coup d'État et se retira dans ses terres.

TRIQUETI (le baron Henri DE), 1802-1874. Peintre et sculpteur français, élève d'Hersent, piémontais d'origine.

TROUBETZKOÏ (le prince Serge), mort en 1861. Un des chefs de la conspiration de 1825, condamné à mort par la Haute-Cour de justice, il vit sa peine commuée par l'Empereur Nicolas en un exil perpétuel en Sibérie, mais fut gracié à l'avènement d'Alexandre II en 1855.

TYCHO-BRAHÉ, 1546-1601. Célèbre astronome suédois, auteur d'un système astronomique différent de ceux de Ptolémée et de Copernic.

TYSZKIEWICZ (la princesse) *, 1765-1834. Nièce de Stanislas-Auguste Poniatowski, dernier Roi de Pologne.

U

UGGLAS (la comtesse), 1793-1836. Fille aînée du feld-maréchal comte de Stedingk, ambassadeur de Suède en Russie de 1790 à 1811, elle épousa, en 1812, le lieutenant-colonel comte Ugglas, qui fut plus tard membre du Conseil des ministres en Suède.

ULRIQUE (la Reine), 1720-1782. Épouse du Roi Adolphe-Frédéric de Suède, à partir de 1744, et mère du Roi Gustave III. Elle était fille de Frédéric Ier, Roi de Prusse, et sœur de Frédéric le Grand.

USEDOM (le comte Charles-Louis-Guido D'), 1805-1884. Diplomate prussien, secrétaire de légation à Rome en 1835, plus tard envoyé extraordinaire dans la même ville. En 1850, il fut chargé de conclure la paix avec le Danemark, en 1858 nommé plénipotentiaire de Prusse près la Confédération germanique, et en 1863, ambassadeur en Italie. En 1872, il fut nommé directeur général des musées de Berlin.

V

VALÉE (le maréchal) **, 1773-1846. Devint gouverneur général de l'Algérie vers la fin de sa carrière.

VALENÇAY (Louis de Talleyrand-Périgord, duc de Talleyrand et DE) *, 1811-1898. Duc de Sagan après la mort de sa mère, née princesse Dorothée de Courlande, auteur de cette _Chronique_.

VALENÇAY (la duchesse DE) *, 1810-1858. Première femme du duc de Valençay. Née Alix de Montmorency.

VALLOMBROSE (la duchesse DE). Morte en 1841. Née Claire de Gallard de Brassac de Béarn, elle avait épousé le duc Vincent de Vallombrose.

VELTHEIM (la comtesse DE), née en 1781, Charlotte de Bülow, fut la troisième femme du comte Roëttger de Veltheim.

VÉRAC (le marquis Armand DE) **, 1768-1858. Pair de France et gouverneur du château de Versailles.

VERNET (Horace) *, 1789-1863. Illustre peintre français.

VÉRON (le docteur Louis-Désiré), 1798-1867. A la suite de déboires professionnels (il était médecin depuis 1823), il se livra à la littérature et s'occupa d'entreprises commerciales; il fut quelques années directeur de l'Opéra, puis entreprit, sur les instances de M. Thiers, de relever _le Constitutionnel_, dont il devint l'administrateur-gérant. Il appuya de tout son pouvoir la candidature présidentielle du Prince Louis-Napoléon, fut élu député en 1852, vendit la même année _le Constitutionnel_ à M. Mirès, et se retira dès lors de la vie publique.

VESTIER (Phidias) **, 1796-1874. Architecte à Tours.

VIARDOT (Mme), née en 1821. Pauline Garcia, sœur de la Malibran, elle avait épousé Louis Viardot. Elle fut une célèbre cantatrice.

VICTOR-EMMANUEL II, 1820-1878. Roi de Sardaigne en 1849, Roi d'Italie en 1861. Il était le fils aîné du Roi Charles-Albert, qui avait abdiqué en sa faveur après la bataille de Novare. Il surmonta les difficultés par le choix de ministres habiles et énergiques. En intervenant dans la guerre de Crimée où il envoya dix-sept mille hommes, il acquit le droit de parler devant l'Europe, au Congrès de Paris, des griefs et des droits de l'Italie. L'alliance de sa fille Clotilde avec le Prince Napoléon lui donna le secours tout-puissant de la France dans la guerre contre l'Autriche en 1859, qui fut le commencement de la formation de l'unité italienne. Victor-Emmanuel avait épousé, en 1842, Adélaïde, fille de l'archiduc Régnier, qui mourut en 1855.

VILLÈLE (Mgr DE) **, 1770-1840. Il fut nommé archevêque de Bourges en 1824.

VILLENEUVE (Mme DE). Mlle Guibert avait épousé sous l'Empire M. René de Villeneuve, qui fit quelques-unes des campagnes de la Grande-Armée, fut créé comte, et ensuite attaché comme chambellan à la Reine Hortense.

VISCONTI (Louis-Joachim), 1791-1853. Célèbre architecte d'origine italienne, qui quitta sa patrie dès 1798 et fut naturalisé Français en 1799. Il entra en 1808 à l'École des Beaux-Arts et devint en 1825 architecte de la Bibliothèque royale. Il exécuta le tombeau de l'Empereur Napoléon aux Invalides. On lui doit les fontaines de Molière, de Louvois et de Saint-Sulpice, et l'achèvement du Louvre dont il a donné le plan général.

VITROLLES (le baron DE) *, 1774-1854. Diplomate français.

W

WALCKENAER (le baron Charles-Athanase DE), 1771-1852. Savant géographe, entomologiste et biographe français, membre de l'Institut. Il fut préfet de la Nièvre en 1826, trésorier de la Bibliothèque royale en 1839.

WALDECK (Bénédict-François-Léon), 1802-1870. Jurisconsulte et grand agitateur politique prussien. Dans les Chambres de 1848, Waldeck joua un rôle d'opposition et de conspiration qui le fit arrêter et emprisonner.

WALDECK (la Princesse régente DE), 1802-1858. Emma, fille du prince d'Anhalt-Bernburg-Schaunburg, épousa, en 1823, le prince Georges de Waldeck. Devenue veuve en 1845, cette Princesse fut régente de la principauté de Waldeck, pendant la minorité de son fils.

WALDSTEIN-DUX-LEUTOMISCHL (le comte DE), 1793-1848. Chambellan et major autrichien, il avait épousé, en 1817, une comtesse Fünfkirchen.

WALLENSTEIN, 1583-1634. Célèbre capitaine, l'un des plus fameux généraux de la guerre de Trente ans.

WALSCH (la comtesse Agathe). Grande maîtresse de cour de Mme la Grande-Duchesse Stéphanie de Bade.

WALEWSKI (le comte), 1810-1868. Homme politique français, il s'attacha à la fortune de Napoléon III et fut ministre des Affaires étrangères.

WALMODEN-GIMBORN (le comte Louis DE), 1769-1862. Officier autrichien, d'une rare intelligence et d'une grande fermeté de caractère. Depuis 1823, il commanda le corps d'armée autrichien de l'Italie supérieure, et y resta jusqu'en 1848, époque où il prit sa retraite.

WASA (le prince Gustave), 1799-1877, épousa, en 1830, la princesse Louise de Bade, fille de la grande-duchesse Stéphanie. Leur fille unique épousa le Roi Albert de Saxe.

WELLESLEY (Richard, marquis DE) *, 1760-1842. Frère aîné du duc de Wellington, il rendit à l'Angleterre d'éminents services comme gouverneur général des Indes, où il triompha du Sultan Tippoo et détruisit l'empire de Mysore. Il fut deux fois lord-lieutenant d'Irlande. Il avait épousé, en 1794, Mlle Gabrielle Roland, qui mourut en 1816; il se remaria en 1825 avec la veuve de Robert Paterson (frère de la première femme de Jérôme Bonaparte).

WELLINGTON (Arthur Wellesley, duc DE) *, 1769-1852. D'abord officier de l'armée des Indes et membre du Parlement irlandais, il s'illustra par ses grands talents militaires, assista aux Congrès de Vienne en 1814, d'Aix-la-Chapelle en 1818, et joua ensuite un rôle important dans la politique anglaise. Il avait épousé, en 1806, l'honorable Catherine Pakenham, fille de lord Longford, qui mourut en 1831.

WERTHER (le baron DE) *, 1772-1859. Diplomate prussien.

WERTHER (la baronne DE) *, 1778-1853. Née comtesse Sophie Sandizell.

WESSENBERG-AMPRIGEN (le baron) *, 1773-1858. Diplomate autrichien.

WESTMORLAND (le comte John), 1759-1841. Lord-lieutenant d'Irlande de 1790 à 1795, sous le ministère Pitt. Il épousa, en 1782, miss Sarah Child, qui mourut en 1795, et se remaria en 1800 avec miss Saunders, qui lui survécut.

WESTMORLAND (John-Burghersch *, onzième comte DE), 1784-1859, fils unique et successeur du précédent. Général anglais de grand talent, éminent diplomate, ministre plénipotentiaire à Berlin en 1841, à Vienne en 1851, un des principaux membres des conférences de Vienne en 1855. Il rentra dans la vie civile peu après.

WESTMORLAND (lady Anne), 1793-1879. Épouse du précédent. Elle s'était mariée en 1811 et avait eu six enfants. Son fils aîné, lord Burghersch, mourut en 1848, à l'âge de dix-neuf ans. Lady Westmorland était une fille de William, baron Maryborough, frère du marquis de Wellesley et du duc de Wellington, plus haut cités; elle était pleine d'esprit et avait de nombreux amis.

WESTPHALEN (le comte DE), né en 1805. Ministre de l'Intérieur en Prusse de 1850 à 1858 et membre de la Chambre des Seigneurs à partir de 1854.

WEYER (Sylvan van DE) *, 1803-1874. Homme d'État et littérateur belge, ambassadeur à Londres de 1846 à 1867.

WICHMANN (Louis-Guillaume), 1784-1859. Sculpteur prussien, frère de Charles-Frédéric Wichmann, également sculpteur.

WIELAND, 1732-1813. Célèbre poète et littérateur allemand.

WILTON (Thomas-Egerton, comte), 1799-1882. Second fils du marquis de Westminster. Il fut officier de marine, puis en 1835 eut une charge de cour. Il épousa, en 1821, lady Margaret Stanley, fille du comte Edward de Derby, qui mourut en 1858, lui laissant cinq enfants; il se remaria en 1863 avec miss Isabelle Smith, fille d'un officier de l'armée des Indes.

WINDISCH-GRAETZ (le prince Alfred DE), 1787-1862. Général autrichien, chargé, en 1848, après une brillante carrière, de réprimer le soulèvement de Vienne, ce qui lui valut la nomination de feld-maréchal. Il fit ensuite, avec moins de succès, la campagne de Hongrie.

WINDISCH-GRAETZ (la princesse Éléonore), 1796-1848. Née princesse Schwarzenberg, épousa, en 1817, le prince Alfred de Windisch-Graetz. Elle fut tuée à Prague pendant l'insurrection.

WINDISCH-GRAETZ (la princesse Vériand DE), 1795-1876. Née princesse Éléonore de Lobkowitz, elle avait épousé, en 1812, le prince Vériand de Windisch-Graetz.

WINTER (M. DE). Ministre de l'Intérieur en Prusse de 1859 à 1860, puis président de la police de 1860 à 1861.

WITTGENSTEIN (le prince Guillaume de Sayn-) **, 1770-1851. Ministre de la maison du Roi Frédéric-Guillaume III.

WOLFF (M. DE) **, conseiller au ministère de l'Intérieur en Prusse.

WOLFF (Mme DE) **. Née Hennenberg.

WORONZOFF-DASCHKOFF (le comte Ivan) **, 1791-1854. Diplomate russe.

WRÈDE (le prince DE), 1767-1838. Général bavarois qui prit une part active aux guerres de l'Empire.

WURMB (Frédéric-Charles DE) **, 1766-1843. Administrateur des terres de la duchesse de Talleyrand et de Sagan en Silésie.

WURTEMBERG (le Roi Guillaume Ier DE) *, 1781-1864. Monté sur le trône en 1816.

WURTEMBERG (le Prince Royal DE), né en 1823. Monta en 1864 sur le trône de Würtemberg, sous le nom de Charles Ier. Il était fils du Roi Guillaume Ier et de son second mariage avec sa cousine Pauline de Würtemberg; il avait épousé, en 1846, la grande-duchesse Olga-Nicolaievna (née en 1822), fille de l'Empereur de Russie.

WURTEMBERG (le prince Paul DE) **, 1785-1852. Frère du Roi Guillaume Ier.

WURTEMBERG (le prince Auguste DE) **, 1813-1885. Officier distingué au service de Prusse où il exerça des commandements importants.

WÜRTEMBERG (princesse Sophie), 1818-1877. Fille du roi de Würtemberg, épousa en 1839 le prince Guillaume d'Orange, plus tard roi des Pays-Bas.

WYM (sir Henry Walthin), 1783-1856. Diplomate anglais qui fut pendant plusieurs années ministre plénipotentiaire à Copenhague.

Z

ZEA (Mme DE) *. Dame espagnole, épouse de M. Zea Bermedez, diplomate.

ZEDLITZ (le baron Joseph-Chrétien DE), 1790-1862. Célèbre poète allemand, qui fut officier au service d'Autriche et employé au ministère des Affaires étrangères à Vienne.

ZICHY (le comte Ferdinand), 1783-1862. Feld-maréchal autrichien, commandant la forteresse de Venise en 1848, il capitula devant l'insurrection. Traduit devant un Conseil de guerre, il fut condamné à la dégradation et à dix ans de forteresse, puis gracié en 1851.

ZICHY DE VASONYKOE (le comte Eugène), 1803-1848. Il fut accusé d'espionnage par les Hongrois insurgés, qui le mirent à mort.

PARIS

TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET Cie

RUE GARANCIÈRE, 8