Chronique de 1831 à 1862, Tome 2 (de 4)

midi. J'y ai trouvé beaucoup de lettres, mais pas bien intéressantes;

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cependant, Mme Mollien mande la grossesse de Mme la duchesse d'Orléans et ajoute qu'elle est retombée dans les souffrances d'estomac dont la rougeole semblait l'avoir tirée. Madame Adélaïde, qui m'écrit aussi, paraît fort satisfaite de la manière dont la revue de la Garde nationale s'est passée, et surtout de la façon dont M. le duc d'Orléans a été reçu, à son retour d'Afrique. Quelques-uns de ses officiers d'ordonnance sont morts, et beaucoup sont restés, au blessés ou malades, en arrière; lui-même est fort maigri.

Ici, à Berlin, d'après ce que j'ai entendu des diverses personnes que j'ai vues, hier dans la soirée, on est très content de la bonté, de la mesure, de la sagesse du nouveau Roi. Il travaille beaucoup, accueille tout le monde, se montre plein d'égards pour les amis et pour les directions de son père. M. de Humboldt m'a rapporté toutes sortes de paroles gracieuses de Sans-Souci. Le Prince et la Princesse de Prusse m'en ont transmis autant. Mme de Perponcher m'a prévenue qu'il y aurait grande Cour de condoléance vendredi prochain, ici, et m'a indiqué le oicstme.

Le seul changement qui se soit encore fait depuis le nouveau règne, c'est que le Roi travaille avec chacun de ses Ministres en particulier, tandis que le feu Roi ne causait qu'avec le Prince de Wittgenstein, et ne travaillait qu'avec le comte Lottum. M. d'Altenstein, qui était ministre des Cultes et de l'Instruction publique, était mort trois semaines avant le feu Roi et n'avait point encore été remplacé. On attend, avec impatience, de savoir par qui cette place importante sera remplie; on verra, dans ce choix, une indication sur l'esprit qui dirigera le règne actuel. Cette nomination est, par cela même, le premier embarras du Roi.

_Berlin, 1er juillet 1840._--Mon grand grief contre les villes, ce sont les visites à faire et à recevoir. J'ai beau n'être ici qu'un oiseau de passage, je suis victime de cet inconvénient. J'ai donc fait et reçu prodigieusement de visites hier, matin et soir. Le Prince de Prusse, qui est parti ce matin pour Ems, a été longuement chez moi. Il m'a dit que l'Impératrice de Russie était fort satisfaite de sa future belle-fille. C'est avec l'Impératrice elle-même que la jeune Princesse se rendra en Russie.

Lord William Russell est aussi venu me voir; il m'a dit que lady Granville avait _ordonné_ à M. Heneage, qui est attaché à l'ambassade de son mari, à Paris, d'accompagner Mme de Lieven en Angleterre.

Je suis allée, avec Wolff, voir l'atelier de Begas, peintre allemand, élevé à Paris, sous les yeux de Gros. Il a beaucoup de talent.

Il y a eu un tremblement de terre dans le département d'Indre-et-Loire! On l'a ressenti à Tours; à Candes, à quatre lieues de Rochecotte, plusieurs maisons ont été renversées. Rien, Dieu merci, à Rochecotte, mais cette visite souterraine m'effraye: cela pourrait bien, en se renouvelant, faire crouler toutes mes constructions et tarir mon puits artésien.

_Potsdam, 2 juillet 1840._--J'ai quitté hier Berlin à onze heures du matin, par le chemin de fer. Je me suis trouvée dans le même wagon que le prince Adalbert de Prusse, cousin du Roi, lord William Russell, et le Prince Georges de Hesse. A la descente du chemin de fer, qui, en moins d'une heure mène à Potsdam, j'ai trouvé la voiture et les gens de la Princesse de Prusse, avec l'invitation de me rendre tout de suite chez elle au Babelsberg, joli castel gothique qu'elle a fait bâtir sur une hauteur boisée qui domine le cours de la Havel: c'est petit, mais très bien arrangé et en très belle vue. Nous sommes restées à causer pendant une heure. Sa voiture est restée à ma disposition à Potsdam, après m'y avoir ramenée. Ma toilette faite, j'ai été à Sans-Souci, où le Roi dîne à trois heures. Il a été parfaitement bon et aimable ainsi que la Reine. Après le dîner, il m'a menée voir la chambre où Frédéric II est mort, et la bibliothèque de ce Prince. Il a voulu que je le suivisse sur la terrasse, qui est une très belle chose; puis, on m'a confiée à la comtesse de Reede, grande-maîtresse de la Reine, et à Humboldt, et on m'a conduite, en calèche, au Palais de marbre qui renferme quelques beaux objets d'art, et au Nouveau Palais où se donnent les grandes fêtes d'été. La Princesse de Prusse y est venue à notre rencontre, et m'a menée à Charlottenhof, création du Roi actuel, sur les modèles, plans et dessins d'une villa de Pline: c'est charmant, plein de belles choses rapportées d'Italie, qui se marient admirablement à une inconcevable profusion de fleurs, des peintures à fresque comme à Pompéi, des fontaines, des bains antiques, tout cela du meilleur goût. Le Roi et la Reine y étaient: on y a pris le thé; après quoi, le Roi m'a fait monter à côté de lui dans un _poney-chaise_ et m'a menée, par des allées superbes de vieux chênes, jusqu'à Sans-Souci, où il a voulu que je restasse souper. Ce souper se sert dans un petit salon, sans apparat; on cause plus qu'on ne mange. Cela s'est prolongé agréablement et facilement jusqu'à onze heures. Le Roi m'a promis son portrait, et a été, à tous égards, parfait pour moi. Il m'a fait promettre de revenir le voir à Berlin, et a été, comme on dit ici, très _herzlich_[116].

[116] Cordial.

Ce matin, Humboldt est venu de sa part me proposer, avant d'aller déjeuner chez la Princesse de Prusse, de voir l'île des Paons, avec les admirables serres qui s'y trouvent, et une curieuse ménagerie. Les bateliers du Roi et les directeurs des établissements botaniques m'attendaient, et j'ai rapporté des fleurs superbes. Nous sommes arrivés un peu tard chez la Princesse de Prusse, qui, après le déjeuner, m'a menée, en poney-chaise, voir Glinicke, la très jolie villa du Prince Charles, qui est en ce moment, avec sa femme, aux bains de Kreuznach. De là, j'ai regagné Potsdam, le chemin de fer, et Berlin.

_Berlin, 3 juillet 1840._--Mme de Perponcher est venue me prendre à quatre heures aujourd'hui, et en me faisant passer par les appartements de sa mère, la comtesse de Reede, au château, m'a fait éviter la file, et la foule; nous nous sommes ainsi trouvées des premières à la Cour de condoléance que la Reine a reçue à Berlin, assise sur son trône, dans une chambre tendue de noir, les volets fermés, et la pièce uniquement éclairée par quatre grands cierges d'après l'ancienne étiquette. La Reine avait un double voile, l'un flottant en arrière, l'autre baissé devant, et toutes les dames de même, ce qui fait qu'on ne se distinguait pas. Une révérence silencieuse devant le trône, et voilà tout. C'était singulièrement grave et lugubre, mais très noble et imposant. Les hommes, qui ont défilé après nous, étaient en uniforme, et à visage découvert, mais tout ce qui, dans leurs uniformes, était en or ou en argent, recouvert de crêpe noir.

_Berlin, 5 juillet 1840._--Voilà mon séjour à Berlin terminé. J'ai été, ce matin, à la grand'messe, ce qui est moins méritoire ici qu'ailleurs, à cause de l'excellente musique qu'on y entend.

_Herzberg, 6 juillet._--Je suis partie ce matin de Berlin par le chemin de fer jusqu'à Potsdam, où je me suis arrêtée pour déjeuner. A la descente du train, j'ai trouvé le valet de chambre de la Princesse de Prusse avec une lettre d'adieu très affectueuse; j'ai été gâtée jusqu'au dernier moment. Je suis pénétrée de reconnaissance, car tout le monde m'a témoigné un empressement, une bienveillance, une cordialité, que l'Angleterre seule m'avait offertes jusqu'ici.

J'ai fini les _Récits des temps mérovingiens_, par M. Augustin Thierry: cela ne manque pas d'intérêt, ni surtout d'originalité; comme tableau de mœurs étranges et inconnues, cela a de la valeur. J'ai commencé les _Dialogues_ de Fénelon sur le Jansénisme, livre peu connu, fort oublié, admirablement bien écrit, et parfois aussi piquant que les _Provinciales_.

_Kœnigsbruck, 8 juillet 1840._--Je suis arrivée hier ici, à six heures du soir, chez ma nièce la comtesse de Hohenthal. La dame du lieu est plus grande, plus blonde, plus spirituelle, aussi bonne, et, à mon gré, plus jolie et plus aimable que sa sœur, Mme de Lazareff. Son autre sœur, Fanny, joint un excellent caractère à de la gaieté d'esprit; si sa santé était meilleure, elle serait jolie. Le comte de Hohenthal est un homme comme il faut, qui admire et adore sa femme. Miss Harrison, l'ancienne gouvernante de ces dames, est une personne mesurée et dévouée, qui leur a tenu lieu de mère, et qui est respectée comme telle dans la maison. Kœnigsbruck est une grande maison plus vaste que belle, à l'entrée d'un petit bourg; la position serait pittoresque et la vue agréable, si elle n'était pas comme étouffée par les communs et les basses-cours, qui, à la mode allemande, se trouvent beaucoup trop rapprochés du château. Le pays offre la transition de la Prusse stérile et plate, à la Saxe productive et coupée.

Voici l'extrait d'une lettre de M. Royer-Collard, écrite de Paris au moment où il allait partir pour le Blésois: «Thiers est venu, aujourd'hui même, s'asseoir ici avec M. Cousin silencieux, qui représentait le frère compagnon du Jésuite. Thiers parle fort dédaigneusement des Ministères qui ont précédé le sien, modestement de ses succès à l'intérieur; du reste, fort aimable pour moi.»

_Kœnigsbruck, 9 juillet 1840._--J'ai visité aujourd'hui le château en détail. Il y aurait de quoi faire d'assez belles choses, mais ce n'est pas trop le goût du pays, où les seigneurs, faisant généralement valoir leurs propriétés eux-mêmes, préfèrent l'utile à l'agréable.

Ma nièce m'ayant dit que le Roi et la Reine de Saxe lui avaient témoigné le désir de me voir, j'ai écrit hier à Pillnitz où se trouve la Cour, pour demander à voir Leurs Majestés; quand j'aurai la réponse, je fixerai le moment de mon départ.

Mes nièces, qui passent habituellement leurs hivers à Dresde, m'ont dit que le ministre de France, M. de Bussières, y était fort mal vu. On lui trouve un mauvais esprit et un mauvais ton; il y a introduit d'assez désagréables façons, et a fort blessé la Reine, par des propos au moins déplacés sur son compte. On souhaite beaucoup qu'il obtienne une autre mission diplomatique.

_Dresde, 11 juillet 1840._--J'ai quitté Kœnigsbruck ce matin. J'ai revu avec plaisir les jolis environs de Dresde. Je vais faire ma toilette et partir pour Pillnitz.

_Dresde, 12 juillet 1840._--Le château de Pillnitz n'est ni très beau, ni très curieux; les jardins sont médiocres, mais la position aux bords de l'Elbe est charmante, et toute la contrée gracieuse et riche. Toute la famille Royale de Saxe y était réunie hier. La Reine, que j'ai connue jadis à Bade, avant son mariage, est la femme la plus grande que je connaisse; elle a beaucoup de bonté, d'instruction et de bienveillante simplicité. Le Roi, qui avait dîné plusieurs fois à Paris, chez M. de Talleyrand, est naturel, ouvert, surtout quand le premier moment, toujours dominé par la timidité, est passé. La Princesse Jean, sœur de la Reine, et sœur jumelle de la Reine de Prusse, ressemble d'une manière frappante à cette dernière, mais elle est tellement éteinte par ses fréquentes couches qu'elle semble avoir à peine la force de se mouvoir et d'articuler quelques paroles. Je l'avais aussi connue à Bade, fort jolie et agréable. Son mari, le Prince Jean, est un des princes les plus instruits du temps, fort occupé de choses sérieuses; sa tournure et toute sa personne sont fort négligées: il a quelque chose du professeur allemand. La princesse Auguste, cousine du Roi, a été successivement recherchée, il y a trente ans, par tous les souverains de l'Europe. Napoléon avait discuté son nom, dans le Conseil où son mariage fut décidé; elle n'en est pas moins restée fille, et, qui plus est, très douce vieille fille. Elle n'a jamais été jolie, mais elle était blanche et fraîche avec quelques jolis détails. L'expression de sa physionomie est restée bonne et prévenante. Enfin, j'ai fait la conquête de la Princesse Amélie, sœur du Roi, celle qui écrit des comédies. Elle a de l'esprit, de l'imagination, une conversation vive et piquante, de la bonté, et elle a été remarquablement aimable pour moi.

Après le dîner, on m'a menée, pour changer ma toilette, dans un très bel appartement, que j'étais tentée de dévaliser, tant il y avait de belles porcelaines de vieux Saxe. La Reine m'a fait chercher. On m'a conduite dans son cabinet, où elle m'a questionnée, à la façon des Princesses. Tout le monde s'est bientôt rassemblé, en toilette de promenade, et on est parti, en calèches, pour une assez longue course. On cultive beaucoup la vigne dans les environs de Dresde. Au sommet des vignes royales, le Roi a fait construire un petit pavillon, qui m'a rappelé celui de la grande-duchesse Stéphanie à Bade. C'était le but de la promenade; la vue y est superbe: à droite, Dresde; en face, l'Elbe et ses riantes rives; à gauche, la chaîne de montagnes qu'on appelle la Suisse saxonne. On a pris le thé dans le pavillon, on a causé assez agréablement, puis on m'a dit adieu, avec toutes sortes de bonnes et aimables paroles. Ma voiture avait suivi, je l'ai reprise, et suis revenue à Dresde à dix heures du soir.

_Dresde, 13 juillet 1840._--J'ai été, hier matin dimanche, à la messe dans la chapelle du Château, dont la musique est célèbre dans toute l'Allemagne. C'est le seul lieu où l'on entende encore des chanteurs à la façon de Crescentini et de Marchesi. Cette musique si fameuse ne m'a pas satisfaite; elle était beaucoup trop musique d'opéra, bruyante et dramatique au lieu d'être recueillie. D'ailleurs, ces voix mutilées, malgré leur éclat, ont quelque chose d'aigre et de criard qui me déplaît. Je n'ai jamais pu goûter celle de Crescentini, aux grands succès duquel j'ai assisté, à la Cour de Napoléon.

Après la messe, nous avons visité l'intérieur du Château, où Bendemann, un des artistes les plus distingués de Dusseldorf, peint maintenant à fresque la grande salle dans laquelle le Roi fait l'ouverture et la clôture des États. Ce sera une belle chose, comme composition et comme exécution, mais à laquelle il manquera toujours la clarté que l'Italie seule peut répandre sur ce genre de peinture, qui en réclame beaucoup. Les appartements de l'Électeur Auguste le Fort, meublés dans le goût de l'époque, et qui, depuis, n'ont été habités que par l'Empereur Napoléon, m'ont fort intéressée; il s'y trouve une grande richesse en meubles de Boule, laques, cuivres dorés, vieilles porcelaines, bois incrustés, mais le tout est mal tenu, mal rangé, et ne fait pas le quart de l'effet que cela devrait produire. Le Château, en lui-même, au dehors, a l'air d'un vieux couvent, mais dans les cours intérieures, il y a des détails d'architecture curieux, et qui rappellent le château de Blois, sans l'égaler. Rien n'est comparable, pour donner de la légèreté, de la grâce, de l'élégance aux constructions, à cette pierre éternellement blanche, qui est si exclusivement particulière au centre de la France. Ici, la pierre est très noire.

J'ai eu, le soir, la visite du baron de Lindenau, Ministre de l'Instruction publique et Directeur des musées. Il a joué un rôle politique important dans les affaires de Saxe, lors de la co-Régence du Roi actuel. Je l'avais connu, autrefois, chez feu ma tante, la comtesse de Recke; c'est un homme distingué, et j'ai été fort aise de le revoir.

Mon neveu nous a conduits, ce matin, visiter le Palais japonais, qui contient la Bibliothèque Royale, les manuscrits, les pierres gravées, les médailles et les gravures. J'ai parcouru vingt chambres voûtées qui contiennent toutes les porcelaines connues, de toutes les époques et de tous les pays. Il y a des choses fort curieuses et fort belles. Cette collection est surtout fort riche en chinoiseries. En sortant de là, nous avons été à la Manufacture Royale de porcelaines, qui a conservé la belle pâte si fort admirée dans le vieux Saxe que vendent les marchands de curiosités.

Après dîner, j'ai été au Musée historique, qu'on appelle ici le _Zwinger_, et qui est arrangé dans le goût de la Tour de Londres. M. de Lindenau avait averti les Directeurs en chef, qui sont de vrais savants et qui nous ont tout expliqué à ravir. Je connaissais, d'autrefois, la Galerie de tableaux et le Trésor, je n'y suis donc pas retournée.

_Téplitz, 14 juillet 1840._--La journée, de Dresde ici, n'est pas forte: huit petites heures, voilà tout, à travers un pays charmant. On ne va pas vite, à cause des montagnes, mais la variété et l'agrément des sites dédommagent de ces retards. Il y en a, de ces sites, qui rappellent le Murgthal, d'autres Wildbad. L'Erzgebirge, au pied duquel se trouve Téplitz, sans être une chaîne de montagnes imposante, sert pourtant de fond de tableau. D'ailleurs, ce sont des montagnes fort boisées, les villages sont jolis, les fleurs cultivées, les routes, partout, très belles. Aussitôt après mon arrivée, j'ai eu la visite de ma nièce, la princesse Biron, celle qui a épousé l'aîné de mes neveux. Elle m'a fait monter dans sa calèche, nous avons été voir la ville qui n'est pas mal, les promenades qui sont jolies, et le village de Schœnau, qui touche à la ville et où se trouvent les principaux établissements de bains. Tout cela est très bien, et élégamment bâti. Téplitz a beau être très joli, il ne vaut pas le cher Bade. Il y a aussi une grande différence pour le mouvement, qui me paraît être assez médiocre ici. On dit que la mort du Roi de Prusse fera beaucoup de tort, car il y venait chaque année.

La princesse Biron est une douce personne, qui, sans être jolie, a l'air très noble, et qui est fort aimée et respectée dans la famille de son mari.

_Téplitz, 15 juillet 1840._--Je vais partir pour Carlsbad où je reverrai ce soir mes deux sœurs, dont je suis séparée depuis seize ans. Une trop longue absence a rompu mes habitudes et m'a laissée étrangère aux intérêts des uns et des autres... Aussi, je commence cette journée avec émotion.

_Carlsbad, 16 juillet 1840._--La journée a été de quinze heures, pendant lesquelles je ne me suis pas arrêtée une minute: vingt-six lieues à faire, toujours en montant et en descendant. La sortie de Téplitz est jolie encore jusqu'à Dux, ce château du comte Wallenstein où Casanova a écrit ses _Mémoires_; mais, plus loin, commence une aridité fatigante. Il était dix heures quand je suis arrivée. Mes sœurs étaient encore en face l'une de l'autre, à faire des patiences. Jeanne, la duchesse d'Acerenza, m'a reçue fort naturellement; Pauline, la princesse de Hohenzollern, avec une certaine gêne qui m'a aussitôt gagnée. Nous n'avons parlé que de choses indifférentes; elles m'ont offert du thé, et je suis allée ensuite dans la maison en face, où ma sœur Jeanne a loué un appartement pour moi.

_Carlsbad, 17 juillet 1840._--Le duc de Noailles m'écrit, de Paris, qu'il a dîné chez l'ambassadeur de Sardaigne[117] avec M. Thiers, et qu'il a beaucoup causé avec lui. Il l'a trouvé tout entier à l'Afrique, voulant y dépenser des sommes immenses, y faire une grande guerre, y avoir une armée de quatre-vingt mille hommes, faire l'enceinte continue dont on a déjà tant parlé, pour entourer toute la plaine de la Mitidja[118]. Il tâche de prouver qu'il résultera de tout cela des merveilles dans deux ou trois ans, c'est-à-dire la vraie possession de l'Afrique, une grande colonisation, et un port magnifique sur la Méditerranée. Le duc de Noailles me dit aussi que Mme de Lieven est à Londres, où elle s'applaudit beaucoup de l'accueil qu'on lui fait.

[117] Le marquis de Brignole-Sale.

[118] La vaste plaine de la Mitidja est située au sud d'Alger et s'étend entre les deux zones montagneuses de l'Atlas et du Sahel. Elle est célèbre par sa fertilité, qui l'a fait surnommer par les Arabes _la mère du pauvre_.

Un autre correspondant m'écrit ceci: «Le Roi ne paraît pas s'être rapproché de son Ministère, quoique étant, dit-on, dans les meilleurs termes, avec les personnes qui le composent. Le Roi a une partie à regagner, et il attend patiemment que le jeu soit beau à jouer. M. Guizot est, paraît-il, toujours à la mode en Angleterre[119]. Il parie aux courses, et a gagné deux cents louis; avouez que M. Guizot sur le turf est une des plus curieuses anomalies de l'époque!»

[119] M. Guizot était alors ambassadeur à Londres.

Mes sœurs m'ont menée, hier, voir les différentes sources et les boutiques qui sont très jolies. J'ai dîné, ensuite, chez elles, à trois heures, avec mon ancien beau-frère, le comte Schulenbourg[120]; puis, nous avons été faire une promenade le long de la vallée, qui ressemble beaucoup à celle de Wildbad. J'y ai retrouvé, en fait de connaissances, le prince et la princesse Reuss-Schleiz; le comte et la comtesse de Solms, fils du premier mariage de la vieille Ompteda; la comtesse Karolyi, celle qu'on appelle Nandine; le vieux Lœvenhieln avec sa femme, qui se nommait Mme de Düben en premières noces; Liebermann et une vieille princesse Lichtenstein. Je suis rentrée chez moi à dix heures, un peu fatiguée de cette lanterne magique.

[120] Troisième mari de la sœur aînée de la duchesse de Talleyrand.

_Carlsbad, 18 juillet 1840._--J'ai été, hier, faire une visite à la comtesse de Bjœrnstjerna, qui demeure dans la même maison que moi. Elle part ce matin pour Hamburg, où elle saura si elle doit rejoindre son mari à Stockolm ou à Londres. Son fils aîné épouse la fille unique de sa sœur, la comtesse Ugglas, morte il y a quelques années. J'ai eu quelque plaisir à retrouver un souvenir vivant de Londres, du meilleur temps de ma vie, même sous cette forme de cette petite Bjœrnstjerna. J'ai été aussi chez un vieux octogénaire, qui demeurait toujours chez ma tante, la comtesse de Recke, et que j'avais manqué à Dresde où je comptais le trouver. Il y demeure habituellement, dans une maison dont ma tante lui a légué l'usufruit, et sur laquelle j'ai des droits, après la mort de ce pauvre vieux bonhomme. Nous nous sommes attendris ensemble au souvenir de ma bonne tante.

Après avoir dîné chez mes sœurs, nous avons été nous promener, en calèche, par un joli chemin taillé dans la montagne, et visiter une fabrique de porcelaines, où il y a d'assez jolies choses. C'est une industrie qui s'est généralement répandue en Bohême depuis quelque temps, mais qui reste fort en arrière de ce qu'elle est en Saxe.

_Carlsbad, 19 juillet 1840._--Ma journée d'hier s'est passée à peu près comme la précédente, et comme, probablement, se passeront toutes celles de mon séjour ici. Je m'éveille toujours de bonne heure, j'écris jusqu'à neuf heures, je me lève, je m'habille; à dix heures, je vais chez mes sœurs, je reste avec elles à causer jusqu'à midi; je fais alors des visites d'obligation ou je rentre pour lire. Je retourne chez mes sœurs à trois heures, pour dîner; puis je les mène se promener dans la calèche que j'ai louée ici; à six heures, elles s'établissent devant leur porte à voir passer le monde; j'y reste un peu, puis je rentre chez moi; enfin, je retourne chez elles à huit heures pour le thé.

Ma sœur Hohenzollern a apporté ici toutes les lettres curieuses qui avaient appartenu à ma mère, et dont ma sœur, la duchesse de Sagan, s'était emparée, elle m'a proposé d'en prendre le tiers, et nous en avons fait le partage. Ma part contient des lettres du feu Roi de Pologne[121], de l'Empereur Alexandre, des frères et sœurs du grand Frédéric, de Gœthe, de l'Empereur Napoléon à l'Impératrice Joséphine, du grand Condé, de Louis XIV, et par-dessus tout, une lettre de Fénelon à son petit-neveu, celui qu'il appelait Fanfan[122]. Elle est renfermée dans un papier, sur lequel l'Evêque d'Alais, M. de Bausset, a écrit une note signée, constatant l'authenticité de cette lettre, ce qui fait un double autographe.

[121] Stanislas-Auguste Poniatowski, dernier Roi de Pologne.

[122] M. Léon de Beaumont, fils d'une sœur de Fénelon.

_Carlsbad, 20 juillet 1840._--J'ai été, hier, à la messe, au milieu d'une foule énorme, car ce pays-ci est essentiellement catholique. Les petites chapelles, les grands crucifix, les _ex-voto_, répandus dans la montagne, sont tous visités, les dimanches, par le peuple, qui y dépose de petites bougies et des fleurs. J'ai été visiter deux de ces petits lieux de dévotion, qui, outre la pensée religieuse, font un très joli effet dans le paysage.

J'ai, ensuite, retrouvé mes sœurs à leur place habituelle. La comtesse Léon Razumowski et la princesse Palfy étaient avec elles; j'ai fait leur connaissance, sans y trouver grand intérêt. Cette comtesse Razumowski est ici à la tête des plaisirs; ce sont tous les jours des thés, des goûters, etc., à la mode des dames russes à Bade.

M. de Tatitcheff est aussi ici. Il est venu dire qu'un jeune Russe, arrivant droit de Rome, dit y avoir laissé le Pape dans un état désespéré.

Le soir, une Mrs Austin, bel esprit anglais, apportant des lettres de recommandation à mes sœurs, est venue les voir. Elle voit beaucoup M. Guizot, à Londres, le cite à tout propos, et se vante fort de connaître lady Lansdowne.

_Carlsbad, 22 juillet 1840._--J'ai reçu, hier, une lettre fort touchante de l'abbé Dupanloup. Il a été se rafraîchir, se recueillir et se reposer à la Grande Chartreuse, d'où il m'écrit. Il comptait retourner promptement à Paris, pour assister, d'office, au sacre du nouvel Archevêque[123], à propos duquel il me montre un grand souci sur l'état du clergé français, dont il dépeint l'irritation comme très grande.

[123] Mgr Affre.

J'ai aussi une lettre de la princesse de Lieven, de Londres. Elle me dit: «Grande débilité dans le Ministère, mais certitude de vivre toujours, à la condition d'une chétive santé. La popularité de la Reine est revenue tout entière depuis l'attentat contre sa personne[124]. Elle s'est vraiment conduite avec un grand courage et un grand calme, très honorable et très rare à son âge; elle aime beaucoup son mari, qu'elle traite en petit garçon. Il a moins d'esprit qu'elle, mais beaucoup de calme et de tenue. M. Guizot a une excellente position ici; il est fort honoré par tous et parfaitement content. M. de Brunnow est bien petit; on les trouve, lui et sa femme, bien ridicules et parfaitement déplacés. La petite Chreptowicz, fille du comte Nesselrode, qui est ici, en est bien honteuse et triste. Alava n'a plus sa gaieté. Lady Jersey a des cheveux gris. Lord Grey a fort bonne mine, mais il est bien grognon.»

[124] Le 6 juin 1840, un jeune homme du nom d'Oxford, considéré, depuis, comme mentalement malade, avait tiré deux coups de pistolet sur la Reine Victoria, qui passait, en voiture, dans les rues de Londres, accompagnée de son mari, le prince Albert.

On dit ici que Matusiewicz est dangereusement malade de la goutte à Stockholm, et que M. de Potemkin est devenu fou furieux à Rome. Cela va donner du revirement diplomatique à la Russie, et tirera peut-être mon cousin Paul Medem de Stuttgart.

_Carlsbad, 27 juillet 1840._--Je compte partir après-demain pour Bade. Il est arrivé hier un M. de Hübner, Autrichien[125], employé dans les bureaux du prince de Metternich. Il m'a apporté une invitation pressante du Prince à aller le voir à Kœnigswarth, qui n'est qu'à six heures de chemin d'ici. Je me suis excusée en termes très affectueux, mais j'ai refusé. Il ne serait pas obligeant pour mes sœurs d'abréger d'un jour ou deux mon séjour auprès d'elles, après une si longue séparation, et, surtout, j'ai une grande peur des interprétations stupides de nos gazettes. Frédéric Lamb, Esterhazy, Tatitcheff, Fiquelmont, Maltzan et d'autres diplomates se réunissent à Kœnigswarth; cela fixerait l'attention, et je ne me soucie pas du tout que mon nom, qui n'est point encore assez tombé dans l'oubli, figure dans les agréables commentaires des journaux.

[125] M. de Hübner fut ambassadeur d'Autriche en France sous le second Empire, avant la guerre d'Italie.

_Carlsbad, 30 juillet 1840._--Je quitte Carlsbad aujourd'hui à midi. Je me rends avec ma sœur Acerenza, à Lœbichau, en Saxe, terre qui lui appartient et où ma mère est enterrée. Elle ira ensuite rejoindre ma sœur de Hohenzollern à Ischel où celle-ci se rend aussi aujourd'hui. Nous nous quittons dans les meilleurs termes, et j'ai promis d'aller les voir à Vienne, au prochain voyage que je ferai en Allemagne.

_Lœbichau, 31 juillet 1840._--Je suis arrivée hier soir. J'ai traversé un pays de montagnes pittoresques, boisé, arrosé. J'ai voyagé dans ce joli duché de Saxe-Altenbourg, si fertile, si riant, si habité, où j'ai passé tous les étés jusqu'à l'époque de mon mariage. J'y suis revenue plusieurs fois depuis; beaucoup de souvenirs m'y font prendre intérêt, et les émotions ne m'ont pas manqué. Quelques vieilles figures de l'ancien temps m'ont encore saluée. Je suis entrée dans la chambre où ma mère est morte, et que ma sœur habite maintenant, et nous avons été au bout du parc visiter son tombeau. J'ai voulu aller au presbytère voir la femme du Pasteur, qui était ma très fidèle compagne d'enfance. Une de ses filles est ma filleule; c'est une jolie personne.

_Lœbichau, 1er août 1840._--Il a plu pendant toute la journée d'hier, il n'y a pas eu moyen de sortir. Je me suis bornée à parcourir la maison et à revoir les chambres que j'ai habitées à différentes époques. Quelques personnes de l'endroit et des environs sont venues nous voir, entre autres une chanoinesse, Mlle Sidonie de Dieskau, grande amie de ma mère, chez laquelle j'allais beaucoup dans mon enfance, qui est une personne fort spirituelle, animée, et qui porte ses soixante-douze ans admirablement.

J'ai trouvé ici une lettre de la duchesse d'Albuféra, qui me mande ce qui suit: «Il y a eu, dernièrement, une soirée chez lady Sandwich. Vous ne devineriez jamais qui s'y trouvait, pour amuser la compagnie... Un magnétiseur! On a entendu la marquise de Caraman dire au jeune duc de Vicence: «Si nous étions seuls, que j'aimerais à me faire magnétiser, mais je n'oserais devant du monde... je craindrais trop de me trahir par mon émotion!»--Le maréchal Valée continuera à commander en Afrique, malgré les diatribes dont il est l'objet, à cause de la difficulté de lui trouver un remplaçant.--Les Flahaut sont revenus, fort adoucis, très gouvernementaux, et vont très souvent à Auteuil, où M. Thiers est établi.--Le mariage de lady Acton avec lord Leveson est décidé, et fixé à ce mois-ci. Il se fera en Angleterre, où les Granville ont été appelés par la maladie grave de leur fille, lady Rivers. Lord Granville ne se souciait nullement de ce mariage. Il a fallu bien des instances pour obtenir son consentement; la grande passion du fils a renversé tous les obstacles.»

_Lœbichau, 2 août 1840._--J'ai été hier, avec ma sœur, à une petite demi-lieue d'ici, visiter un pavillon, au milieu d'un parc, dans lequel j'ai demeuré pendant plusieurs étés. C'était un cadeau que ma mère m'avait fait, et que je lui ai rendu, au moment de mon mariage. Il est en assez mauvais état maintenant, mais je l'ai revu avec plaisir. En revenant, j'ai été dans le village rechercher encore quelques anciens souvenirs.

_Schleitz, 3 août 1840._--Cette ville est la résidence du prince de Reuss LXIV. Elle a brûlé, il y a trois ans. Le Château est tout neuf, rebâti dans le genre caserne, avec deux tours fort mesquines. C'est dommage, car le pays est joli, surtout vers le point de Gera, où j'ai dîné, chez cette chanoinesse de Dieskau, dont j'ai parlé plus haut, et que j'aime des meilleurs souvenirs de mon enfance. Elle est très bien établie.

_Nüremberg, 4 août 1840._--Je suis arrivée tard, hier soir, à Bayreuth, et j'en suis repartie aujourd'hui, de grand matin.

Il suffit de traverser les rues de Nüremberg pour être frappé de son aspect particulier. Les balcons octogones, et formant des tourelles en saillie, soit au milieu, soit au coin des maisons, presque toutes, avec pignon sur rue, ont un cachet à part. La multitude de niches avec des statues de saints, ferait croire qu'on est en pays catholique, et cependant la ville est entièrement protestante; mais la Réforme n'y a pas, comme ailleurs, exercé son vandalisme, et les habitants ont eu le bon goût de conserver, par respect pour les arts, ce qu'ils n'appréciaient plus par piété.

Hier au soir, au dernier relais, avant Bayreuth, j'ai rencontré des voyageurs inconnus, mais qui avaient l'air considérable. Le mari s'est approché de ma voiture et m'a demandé si je savais des nouvelles. J'ai dit que non; alors, il m'a conté qu'il était Genevois, qu'il menait sa femme malade à Marienbad; qu'en quittant Genève, il y avait vu arriver un de ses amis de Paris qui disait que, sur la nouvelle qu'une convention entre l'Autriche, la Prusse, la Russie et l'Angleterre, hostile au Pacha d'Égypte, avait été signée à Londres, le Roi des Français avait été furieux; que M. Thiers avait, immédiatement, ordonné une levée extraordinaire de deux cent mille hommes, pour se porter aux frontières du Nord, et de dix mille matelots[126]. Comme je ne vois plus de journaux, je suis dans une grande incertitude sur la valeur de ces nouvelles; je ne sais que penser et que croire de tous ces démêlés...

[126] Les complications de la question d'Orient faillirent, à cette époque, précipiter la France dans une guerre. La Syrie s'était soulevée, et les Anglais, qui voyaient d'un mauvais œil la puissance du vice-roi d'Égypte, Méhémet-Ali, s'unirent à la Prusse, l'Autriche et la Russie (en excluant la France que lord Palmerston savait trop favorable à l'Égypte), pour signer secrètement, à Londres, le 15 juillet 1840, un traité qui rendait la Syrie au Sultan.

On m'a dit qu'il y aurait ici au 1er septembre un camp de plaisance qui durerait quinze jours: vingt mille hommes de troupes, toute la Cour de Bavière et d'autres Princes, le rendront fort brillant.

J'ai lu, dans le _Galignani_, la mort de lord Durham, il me semble qu'il sera peu regretté.

* * * * *

Je reviens de mes courses. L'église de Saint-Sebald manque de proportions, et les ornements en sont plus que médiocres, mais elle contient un beau monument. C'est une grande châsse en argent, recouverte de bandes dorées, placée dans un monument de fonte à jour, d'une délicatesse et d'une élégance remarquables; les ornements en sont d'une extrême richesse, et d'un dessin admirable. Dans l'Hôtel de Ville, la grande salle peinte à fresques par Albrecht Dürer, et où se sont tenues plusieurs diètes impériales, mérite d'être vue, ainsi que celle où se trouvent les portraits des citoyens de Nüremberg qui, par des fondations pieuses, ont été les bienfaiteurs de leur ville natale. La chapelle de Saint-Maurice, transformée en Musée, contient des tableaux intéressants de l'ancienne école allemande. La statue en bronze de Dürer, sur une des places, modelée par Rauch, de Berlin, et fondue ici, a de la noblesse, et produit un bel effet. Le vieux Château, qui, planté sur une élévation, domine la ville, en fait voir le panorama, ainsi que celui de toute la contrée. Ce vieux castel, tout chétif qu'il est, a le mérite d'une incontestable ancienneté; le Roi et la Reine de Bavière y demeurent quand ils sont ici. Un vieux tilleul, planté au milieu de la cour par l'Impératrice Cunégonde, aurait huit cents ans, s'il faut en croire la chronique. Il est permis de douter d'une date si reculée, mais non pas que cet arbre ait été témoin de bien des événements.

L'église de Saint-Laurent est très belle, très imposante; le tabernacle et la chaire sont des chefs-d'œuvre. Deux fontaines, l'une en fonte, l'autre en pierre, sur deux places, sont très remarquables par de curieux détails de sculpture, mais les petits filets d'eau qui en découlent leur donnent plutôt l'air d'_ex-voto_ que de fontaines. La maison de l'Empereur Adolphe de Nassau, celle des Hohenzollern, longtemps Burgraves de Nüremberg, et plusieurs autres encore, appartenant à des particuliers, sont curieuses. La manie des restaurations a gagné Nüremberg. Ce serait fort louable, si on ne peignait pas à l'huile, en couleurs très voyantes, ces maisons qui, toutes sculptées et découpées, auraient surtout besoin de rester couleur pierre. Le cimetière de Saint-Jean contient les tombes de tous les hommes qui ont illustré la ville. La Rosenau, promenade publique dont les habitants sont très fiers, est humide et mal tenue.

J'ai fini ma tournée en visitant le magasin de jouets, célèbre depuis des siècles. On y fait toutes sortes de figures et de drôleries en bois parfaitement découpées.

_Bade, 7 août 1840._--Me voici donc à Bade, qui m'a fait éprouver un vif serrement de cœur, en y rentrant seule tout à l'heure. La vue du Jagd-Haus, de la petite chapelle, des peupliers sur la route, je retrouvais à chaque pas un souvenir, un regret! Je demeure dans une petite maison fort propre, sur le Graben, en face de l'Hôtel de la ville de Strasbourg. On bâtit de tous les côtés; Bade sera bientôt une grosse ville, et me plaira beaucoup moins. En lisant les lettres que vous m'écrivez d'Amérique[127], je me dis souvent qu'elles auraient bien intéressé M. de Talleyrand; cela lui aurait rappelé tant de choses! Mais si ce pauvre cher M. de Talleyrand eût vécu, je doute qu'il vous eût laissé exiler si loin de nous, quoiqu'il ait souvent dit que, pour compléter l'éducation d'un homme politique, il fallait qu'il allât en Amérique, pour bien juger, de là, la vieille Europe.

[127] Extrait d'une lettre.

_Bade, 8 août 1840._--M. de Blittersdorf, que j'ai vu chez sa femme, m'a appris une nouvelle tentative folle de Louis Bonaparte, qui avait débarqué à Boulogne-sur-Mer, et avait essayé d'y exciter un soulèvement[128]. La nouvelle est venue par le télégraphe, ce qui fait qu'on n'a point de détails.

[128] Le 6 août 1840, le prince Louis Bonaparte, profitant de l'effervescence produite par le retour prochain des cendres de Napoléon Ier à Paris, fit, à Boulogne-sur-Mer, une nouvelle tentative pour rétablir la dynastie napoléonienne sur le trône de France. Le Prince fut, cette fois, arrêté et traduit devant la Chambre des Pairs; défendu par Berryer, il fut condamné à la prison perpétuelle, et enfermé au château de Ham, d'où il parvint à s'évader en 1846. Il passa d'abord en Belgique, et, de là, en Angleterre.

Le Roi de Würtemberg est ici, venant des eaux d'Aix-en-Savoie. Sa fille, et son gendre, le comte de Neipperg, sont venus le rejoindre; tout cela va beaucoup à la redoute, fait des parties, etc. M. de Blittersdorf m'a dit, aussi, que les nouvelles de Paris étaient fort à la guerre; que, pour sa part, il ne comprenait, ni comment elle pourrait avoir lieu, avec les raisons importantes que chacun avait pour l'éviter, ni comment on pourrait l'empêcher, après les mesures prises par lord Palmerston, ratifiées par les puissances du Nord[129], et avec l'élan donné à l'opinion, en France, qui se prononce unanimement, et surtout avec les succès du Pacha d'Égypte, dont les revers auraient, seuls, pu arrêter les mesures coercitives stipulées dans la Convention. On dit que, dans cette question, le Roi des Français est absolument d'accord avec M. Thiers, et qu'il a dit qu'il préférait la guerre à la révolution. On reproche à M. Guizot de n'avoir pas averti à temps pour empêcher la signature de la Convention. Il se justifie, en disant qu'il a averti, mais qu'on l'a laissé sans instructions; je rapporte là ce que m'a dit M. de Blittersdorf. Il est très soucieux de l'état des choses, et notamment de la position limitrophe du Grand-Duché de Bade, qui ne serait pas commode en temps de guerre. Il dit que cette position est rendue bien plus difficile par l'absence de cette forteresse, dont, depuis vingt-huit ans, il sollicite la création, de l'Autriche, sans pouvoir l'obtenir. Je suis revenue toute soucieuse de ces probabilités de guerre.

[129] Lord Palmerston avait fait signer une convention par laquelle les quatre puissances s'engageaient à donner à la Porte l'appui dont elle aurait besoin pour réduire le pacha et pour protéger au besoin Constantinople contre les entreprises de ce dernier.

_Bade, 9 août 1840._--Je suis rentrée, aujourd'hui, dans mes habitudes de la source. J'y ai retrouvé des figures des années précédentes; mon fils, M. de Valençay, est arrivé dans la journée de Marienbad. J'ai eu la visite du comte Woronzoff-Daschkoff, qui vient d'Ems. Il paraît que les eaux ont fait le plus grand bien à l'Impératrice de Russie, que le duc de Nassau s'est montré très froid pour la grande-duchesse Olga, et que la princesse Marie de Hesse a fort bien réussi auprès des grandeurs moscovites. Le comte Woronzoff dit qu'elle a de mauvaises dents, et ne vante pas trop sa beauté.

J'ai vu ensuite M. de Blittersdorf, qui prétend que le Roi de Würtemberg, la princesse Marie, sa fille, et même le comte de Neipperg, se repentent du mariage, qui les met dans une fausse position. On dit la Princesse en très mauvaise santé, fort peu riche, enfin, tout cela n'a pas le sens commun, d'autant plus que le comte de Neipperg n'a aucune distinction personnelle.

Le duc de Rohan est venu aussi: il m'a appris la mort de Mme de La Rovère (Élisabeth de Stackelberg), jeune et belle personne, heureuse, aimée; une amie de ma fille Pauline. Pauvre Mme de Stackelberg! Elle perd ainsi trois enfants, grands et aimables, en moins de six mois! C'est être bien rudement frappée! Elle est un ange véritable, et qui, toute sa vie, a été victime.

_Bade, 10 août 1840._--J'ai reçu une lettre de la duchesse d'Albuféra, qui s'inquiète fort de son gendre, M. de La Redorte, ambassadeur en Espagne. Il est arrivé à Barcelone dans de fort tristes conjonctures; elle dit qu'il s'est montré à merveille, et qu'on est fort satisfait, à Paris, de l'attitude qu'il a prise, dès le début.

Toutes mes correspondances sont à la guerre, d'une façon qui me désole. C'est Mme de Lieven, qui, par un cri triomphal, a été la première à donner, dans une lettre à Mme de Flahaut, la nouvelle, à Paris, de la fameuse Convention des quatre Puissances. Cette Princesse moscovite s'est montrée dans la joie, ravie d'avoir des émotions dignes d'elle. Mais comment arrange-t-elle cela avec M. Guizot? Il paraît que ces bruits de guerre désolent Mme de Flahaut, qui s'est reprise de passion pour les Tuileries.

Le duc de Noailles est très fier, m'écrit-il, d'avoir prédit tous les conflits actuels. Je n'ai pas ses discours assez présents pour me souvenir de ses prédictions; en tout cas, c'est une triste consolation pour les malheurs qui menacent la société européenne.

_Bade, 12 août 1840._--J'ai dîné chez les Wellesley, où se trouvaient la princesse Marie et le comte de Neipperg. Depuis que j'ai vu celui-ci, je conçois encore moins le mariage; on dit que le Roi de Würtemberg est mécontent de son gendre, qui fait le dédaigneux; celui-ci est susceptible et exigeant, la pauvre Princesse embarrassée entre son père et son mari, la société embarrassée entre le mari et la femme, enfin c'est une fausse et sotte position, pour les uns et pour les autres. La Princesse fait des frais, et, sans être jolie, elle est agréable; seulement, je ne sais ce qu'elle a dans la taille; elle n'a les mouvements ni libres ni faciles.

J'ai été, le soir, à un concert chez la comtesse Strogonoff, où se trouvaient aussi la princesse Marie, et le grand-duc de Bade. J'ai vu, là, la société élégante. Je n'ai été frappée de rien de particulier, et je n'ai fait, heureusement, aucune nouvelle connaissance.

_Bade, 13 août 1840._--J'ai lu, hier, le mandement du nouvel Archevêque de Paris, Mgr Affre, à l'occasion de son installation. J'y trouve deux grandes affectations: l'une, de rassurer le gouvernement sur sa douceur politique; et l'autre, de ne pas dire un seul mot de son prédécesseur, ce qui est contraire à tous les usages et à tout savoir-vivre. S'il ne voulait parler, ni de son administration, ni de sa personne, il devait, au moins, louer sa charité, qui, assurément, ne peut être contestée; cela ne le compromettait pas, et, par là, il évitait la platitude du silence.

M. de Blittersdorf m'a dit, chez sa femme, qu'il était effrayé de l'irritation produite, en France, par le silence absolu de la Reine d'Angleterre sur la France, dans son discours de clôture du Parlement. Il m'a dit, aussi, que ce qui avait décidé l'Angleterre à se séparer de la France dans la question d'Orient, était la certitude, acquise dernièrement, des intrigues de M. de Pontois, pour empêcher toute conciliation entre le Sultan[130] et le Pacha, et les assurances données à celui-ci de ne pas s'alarmer des rigueurs des Puissances et de continuer ses entreprises, en se fiant au secours de la France. Lord Palmerston se plaint de cette duplicité. D'un autre côté, on prétend que c'est lord Ponsonby qui a empêché la paix entre la Porte et l'Égypte. Bref, c'est un gâchis à n'y plus rien comprendre. Puisse-t-il ne pas s'éclaircir à coups de canon!

[130] En 1840, le sultan était Abdoul-Medjed, monté sur le trône l'année précédente.

Voici l'extrait d'une lettre de M. Bresson, de Berlin, que je reçois à l'instant: «Il m'est survenu, tout à coup, bien de la besogne, et pas des plus agréables. Le mal est grand, et ne sera pas entièrement réparé. Combien de fois je me suis dit: «Si M. de Talleyrand vivait, et qu'il fût à Londres, cela ne serait pas arrivé!» Il serait bien bon aussi qu'il pût être à Berlin, et partout, car je ne réussis que bien imparfaitement à faire entendre raison. C'est cependant la plus sotte transaction des temps modernes, et bien digne de porter les noms de lord Palmerston et de MM. de Bülow et de Neumann. M. de Bülow a agi sans autorisation. On a crié «haro!» sur lui, et puis, pour ne pas faire différemment du plus grand nombre, avec lequel on veut toujours bravement marcher, on a fini par ratifier, à quelque restriction près, son beau chef-d'œuvre. Les quatre Cours m'en diront des nouvelles dans six mois. Méhémet-Ali les enverra promener et attendra leur blocus, qui sera plus ridicule, s'il est possible, que celui de La Plata[131], et qui coûtera plus cher. J'espère bien, pour faire pièce à nos amis de Pétersbourg, qu'il ne passera pas le Taurus. Les grands politiques comptaient sur un double effet moral: 1º sur la France; 2º sur Méhémet-Ali, grâce à l'insurrection de Syrie! Voyez comme ils ont bien calculé! Ajoutez à cela l'indignité de la négociation clandestine et de la notification d'_un acte signé_ à M. Guizot, quarante-huit heures après conclusion, et lorsqu'il rêvait tout autre chose, et demandez-vous ce qu'il y a au fond de nos cœurs. Si le bon vieux Roi de Prusse vivait encore, nous n'aurions pas vu ces étourderies. M. de Bülow eût eu la tête lavée; ou, plutôt, M. de Bülow n'eût pas tout pris sur lui. Il a cru flatter et captiver les hommes et les passions qu'a réveillés l'héritage d'un Prince que la Prusse regrettera de jour en jour davantage. Enfin, je suis de fort mauvaise humeur, et je ne prends pas soin de le cacher. Nous savons maintenant, au juste, ce qu'il y a derrière les paroles et les protestations. On saura, j'espère, aussi, ce que vaut le ressentiment de la France.» On retrouve, dans cette sortie, l'impétuosité naturelle de M. Bresson, mais il me semble qu'on peut y voir aussi qu'il y a plus de mauvaise grâce que d'hostilité réelle dans l'action des Puissances, et y puiser quelques espérances pacifiques.

[131] Rosas s'étant fait nommer en 1829 gouverneur de Buenos-Ayres, ce dictateur eut en 1835 de graves démêlés avec la France, pour avoir refusé de satisfaire aux réclamations des résidents français. Après un long blocus, ces contestations avaient été heureusement terminées, en 1840, par l'amiral de Mackau.

_Bade, 19 août 1840._--J'ai reçu, hier, une invitation si pressante de Mme la grande-duchesse Stéphanie d'aller la voir à sa terre d'Umkirch-en-Brisgau, où elle est maintenant, que je me décide à lui faire cette visite, après avoir fini ma cure ici.

J'ai vu mon cousin Paul Medem, qui arrivait de Stuttgart, où il vient de présenter ses lettres de créance, comme ministre de Russie. Il ne croit pas à la guerre, et il le prouve, car il vient de placer deux cent mille francs dans les fonds français.

_Bade, 20 août 1840._--J'ai eu une très agréable surprise, en recevant le portrait du Roi de Prusse, accompagné d'une aimable lettre de sa main. Le portrait est d'une parfaite et spirituelle ressemblance, et peint par Krüger.

Mme de Nesselrode m'a amené son fils, qui arrive de Londres. Il a laissé Mme de Lieven absorbée par le grabuge européen, brouillée avec Brunnow, très froide avec lady Palmerston, furieuse de n'avoir pas été mise dans le secret de la signature de la fameuse Convention. C'est elle qui, sans le savoir, a aidé à la mystification de M. Guizot, en lui soutenant qu'il ne pouvait rien y avoir de fait, puisqu'elle l'aurait su. Elle appartient à l'ambassade de France. On la tient et la traite pour telle; les moqueries vont leur train; elle reçoit à l'heure du lunch; au moment où M. Guizot paraît, la porte se ferme, on ne laisse plus entrer personne, et ceux qui sont chez elle s'en vont. Il paraît que sa position est, réellement, ridicule et déplacée, et qu'elle n'est soutenue que par les Sutherland, chez lesquels elle demeure.

J'ai reçu une lettre de Paris, de la duchesse d'Albuféra, qui m'écrit: «Que puis-je vous dire de la guerre? La presse y pousse par tous moyens. Chaque jour, les articles belliqueux, qui remplissent les journaux, exaltent les têtes; on assure, cependant, que le Roi est fort tranquille, et ne croit pas qu'elle aura lieu; mais pourra-t-on contenir le mouvement de l'opinion? On annonce une Ordonnance pour mobiliser la Garde nationale en France. Il faut s'attendre à voir préparer tous les moyens de défense; on n'a pas assez de calme pour juger que c'est ainsi qu'on excite à la guerre; chaque mesure nouvelle augmente l'agitation.

Du reste, je suis convaincue que le gouvernement lui-même ne sait pas ce qui en arrivera. Puisse la diplomatie nous éviter des coups de canon! J'ai été voir Mme la duchesse d'Orléans à Saint-Cloud; elle est bien maigre, mais ne se plaint pas de sa santé. On la rencontre souvent en calèche, dans le bois, Mgr le duc d'Orléans à cheval, à la portière. Mme de Flahaut est à Dieppe, son mari à Paris, dînant souvent chez le Prince Royal. Sa position va être embarrassante dans le procès de Louis Bonaparte.»

_Bade, 22 août 1840._--Mon fils, M. de Valençay, qui est retourné à Paris, me mande y avoir vu M. le duc d'Orléans, qui lui a dit: «Il paraît que Thiers et Guizot sont fort en méfiance l'un de l'autre; Guizot, supposant que Thiers voudrait rejeter sur lui la crise actuelle, en laissant soupçonner qu'il n'avait pas bien informé son gouvernement, a envoyé les copies de ses dépêches à ses amis de Paris, qui menacent d'en faire usage, si l'Ambassadeur est attaqué. Le dire de ces amis est donc, que Guizot informait exactement Thiers, mais que celui-ci ne voulait donner ni instructions, ni réponses, avant d'avoir consulté Méhémet-Ali. Il se bornait à mander, à Londres, de ne dire ni oui, ni non. Palmerston, au contraire, voulait mettre Thiers au pied du mur. Thiers, de son côté, disait: «Palmerston veut jouer au fin; je l'enfoncerai» (expression qui paraît avoir passé dans le langage diplomatique!). Enfin, Palmerston, fatigué et impatienté, aurait conclu. On est fort à la guerre. Cependant, Guizot croit encore à la paix, mais il écrit qu'en effet, il suffit d'une étincelle, d'un matelot heurté, pour faire éclater la plus terrible guerre du monde.»

_Umkirch, 26 août 1840._--Hier, à moitié chemin de Bade ici, un orage formidable a éclaté, il a fallu nous mettre à l'abri dans une grange; les grêlons tombaient, gros comme des noix; malgré ce retard, je suis arrivée ici à six heures du soir. La Grande-Duchesse avait obligeamment envoyé ses chevaux à ma rencontre à Fribourg. En arrivant ici, M. de Schreckenstein m'a prévenue que j'allais la trouver au lit, où, depuis la veille, elle était retenue par un refroidissement.

La nouvelle grande-maîtresse, Mme de Sturmfeder, une veuve qui paraît avoir cinquante ans, et qui a bonne façon, m'a menée dans sa chambre. Je l'ai trouvée, en effet, assez fiévreuse, mais non moins causante que de coutume, fort contrariée d'être souffrante, et au moins autant de l'arrivée du duc Bernard de Saxe-Weimar, qui lui faisait une visite à l'improviste. Au bout d'une demi-heure, la princesse Marie m'a menée dîner. Le grand salon et la salle à manger sont dans un bâtiment à cent pas du château; rien n'est si incommode; après la pluie, et sans les galoches, il n'y aurait pas eu moyen de s'en tirer.

Je connaissais Umkirch. Il ne me plaisait guère; et il ne me plaît pas davantage maintenant. La maison principale est petite, les chambres sont basses; la mienne, qui est au premier, a cependant une belle vue sur les montagnes.

A dîner, tous les hôtes étaient rassemblés, c'est-à-dire la princesse Marie, le duc Bernard avec son aide de camp, la vieille Walsh, qui, quoique hors de fonctions, est ici en visite, son fils et sa belle-fille, la baronne de Sturmfeder, M. de Schreckenstein, Mlle Bilz, la petite maîtresse de piano bossue, et M. Mathieu, peintre français, qui donne des leçons à la princesse Marie. Après le dîner, je suis rentrée chez la malade et j'y suis restée jusqu'au thé. Elle paraissait vraiment ravie de me voir. Elle est toujours fort _anxious_ de marier sa fille. Elle vient de lui être demandée par le prince de Hohenlohe, mais cela lui paraît trop peu de chose, et il a été refusé. Le vieux grand-duc de Darmstadt voudrait aussi épouser, mais on le trouve trop vieux et trop laid. Enfin, on croit que le prince Frédéric de Prusse, celui de Dusseldorf, ennuyé, fatigué des extravagances de sa femme, va demander le divorce, et qu'il songera alors à la princesse Marie, qui en serait bien aise. Voilà le vœu du moment. On voudrait que j'écrive du bien de la Princesse à Berlin.

On s'intéresse fort peu à Louis Bonaparte, qu'on souhaiterait voir enfermer dans une forteresse.

Mme de Walsh, qui est une amie de l'abbé Bautain, m'a dit qu'il venait d'être appelé à Paris, par M. Cousin et par le nouvel Archevêque. Il paraît qu'on veut créer une Faculté de hautes études théologiques, et mettre M. Bautain à la tête. C'est, assurément, un homme de beaucoup d'esprit et de talent, mais il est à peine réconcilié avec Rome; il a la tête ardente, c'est un esprit ambitieux, longtemps en querelle avec son Évêque; il n'a pas cette soumission de doctrine, si inhérente au catholicisme, et qui en a fondé si essentiellement la durée. Ce choix soulèverait donc quelque défiance dans le clergé, et peut-être pas sans raison. Je saurai le vrai dans tout cela, à Paris, par l'abbé Dupanloup.

Le duc de Saxe-Weimar, sous une enveloppe assez lourde, ne manque ni de bon sens, ni de savoir; à mon grand étonnement, je l'ai trouvé fort orléaniste, professant un attachement extrême pour Mme la duchesse d'Orléans, sa nièce, pour laquelle il m'a confié une lettre. Il est très anti-russe et anti-anglais, au point de dire que si la guerre éclate, le Roi des Pays-Bas doit faire cause commune avec la France. Il est, en ce moment, en disponibilité, et s'est provisoirement établi à Mannheim, d'où il a grande envie de faire un voyage à Paris.

La Grande-Duchesse et la princesse Marie étaient fort au courant des cadeaux et de la corbeille donnés par la Russie à la princesse Marie de Hesse. L'Empereur lui a donné deux rangs de perles fermés par un saphir, estimés deux cent mille francs; l'Impératrice un bracelet analogue; le Grand-Duc, son fiancé, son portrait entouré de diamants, et un parasol incrusté d'émeraudes et de perles, les cartes de l'Empire de Russie et les vues de Pétersbourg, bien reliées; et enfin le cadeau laissé par le testament de feu l'Impératrice Marie à la femme à venir de son petit-fils, une Sévigné de trois pièces, chacune si énorme que c'est comme une cuirasse.

_Lunéville, 27 août 1840._--J'ai quitté Umkirch ce matin. J'ai mis quatorze heures pour faire un assez long chemin que le passage des montagnes allonge beaucoup. J'ai traversé les Vosges au col du Bonhomme. Beaucoup de fabriques et d'usines donnent de la vie et du mouvement à la contrée qui est, parfois, très gracieuse et animée. La végétation est mesquine et les montagnes trop uniformes dans leurs contours.

_Vitry-sur-Marne, 28 août 1840._--Partie ce matin à sept heures de Lunéville, je me suis arrêtée deux heures et demie à Nancy, et j'arrive encore ici à dix heures du soir, cela s'appelle bien aller!

_Ay, 30 août 1840._--Hier, en venant ici, je me suis arrêtée à Châlons où j'ai rencontré M. de La Boulaye qui s'y trouvait pour la session du Conseil général. J'ai été bien aise de le voir. C'est un homme aimable, par le caractère autant que par l'esprit, et chaque jour je fais encore plus de cas de l'un que de l'autre. Il m'a raconté Paris, qu'il venait d'apprendre par M. Roy, arrivant tout droit de la grande Babylone pour présider le Conseil général de la Marne. La veille de son départ de Paris, il avait vu le Roi, qui, en lui parlant des questions du jour, lui avait dit: «Thiers me pousse à la guerre, je lui réponds: Je veux bien, mais il faut pour cela convoquer les Chambres. A cela, il réplique: Nous ne tirerons rien de cette Chambre-ci, il faut la casser.--Oh! quant à cela, mon cher Ministre, non, je prends la Chambre telle qu'elle est, et je m'en arrange.»

M. Roy a dit encore que la nouvelle des ratifications du traité de Londres était arrivée à Paris le 22, et n'avait été publiée que le 24. Pendant ce temps, le terrible jeu de Bourse a fait faire faillite à plus d'un agent de change, mis en fuite M. Barbet de Jouy, enrichi M. Dosne, beau-père de M. Thiers, de dix-sept cent mille francs, et M. Fould de plusieurs millions; ce dernier a remplacé M. de Rothschild dans la confiance ministérielle. Le récri public a été tel que le Garde des sceaux, M. Vivien, a été obligé d'ordonner qu'on informât. Cette information ne produira rien, comme de raison, mais elle indique que le scandale a été poussé fort loin. Il paraît que, de tout cela, le principal personnage ministériel a beaucoup perdu dans l'opinion. On trouve qu'il a très légèrement gouverné la diplomatie, et fort étrangement caché des nouvelles intéressantes pour le public. On dit encore que tout le monde industriel et spéculateur tremble de la guerre et exerce une action très vive dans le public.

Je suis arrivée ici vers trois heures après midi, par une chaleur d'Afrique. Je retrouve avec plaisir un climat chaud, ses fleurs, ses fruits, ses belles nuits et son ciel bleu!

J'ai trouvé une lettre de la princesse de Lieven, écrite de Londres le 22 août. Elle me dit: «Il commence à se manifester ici une grande inquiétude de la situation. Tout est bel et bon, ou plutôt on ne s'inquiète de rien quand il s'agit de politique extérieure, de complications, quelque graves qu'elles soient; on traite avec dédain les journaux français, voire même les armements français, mais enfin on se frotte les yeux un peu. On s'étonne de trouver que ce qu'on appelle _humbug_ français peut devenir quelque chose, que ce quelque chose ne serait ni plus ni moins qu'une guerre générale, et faite, de la part de la France, avec des armes épouvantables, des armes qu'elle avait sagement déposées depuis dix ans et qu'on la forcerait peut-être à reprendre. Enfin, l'inquiétude se répand, et je ne puis m'empêcher d'y voir un acheminement à une entente, malgré les embarras que les amours-propres peuvent rencontrer sur le chemin. Voilà mon point de vue. Ma politique, à moi, c'est mon entresol[132]; il me plaît, j'y veux rester. Le duc de Wellington dit, bien haut, qu'il est Turc, et plus Turc que tout le monde, mais que la Turquie ne veut pas la paix avec la France, et qu'il faut, avant tout, conserver celle-là. Léopold se donne beaucoup de mouvement. Il y est plus intéressé que qui que ce soit. Il va repartir pour la Belgique. M. Guizot a été à Eu; il a été à Windsor; sa vie actuelle lui convient. Il a fort bonne mine.»

[132] La princesse de Lieven avait loué, dans la maison achetée récemment par M. de Rothschild, rue Saint-Florentin, l'entresol qui avait été habité par le prince de Talleyrand pendant les longues années où il fut en possession de cet hôtel. La Princesse s'imaginait y revivre dans des traditions politiques qui convenaient à ses goûts. Elle y demeura jusqu'à sa mort, en 1857.

Ma nièce, la comtesse de Hohenthal, qui avait été à Dresde voir son oncle Maltzan, quand il y est venu de Kœnigswarth, me mande ceci sur le séjour de l'Impératrice de Russie en Saxe: «L'Impératrice de Russie a été si peu aimable pour la Cour de Saxe, que le Roi et la Reine de Prusse, qui, eux, ont enchanté tout le monde, en ont été au désespoir. Elle n'a pas voulu demeurer à Pillnitz où on avait fait beaucoup de préparatifs pour la bien loger; elle a refusé de se servir des voitures de la Cour, et a couru les boutiques et les promenades comme une pensionnaire, et sans observer le moindre décorum. Elle n'a pas voulu dîner à la Cour, et a seulement paru un instant à un concert préparé pour elle.--Le Roi de Prusse a voulu donner le portefeuille des Affaires étrangères à mon oncle Maltzan, mais celui-ci a préféré garder son poste à Vienne. On prétend que ce refus tient à ce qu'il est amoureux fou de la princesse Metternich.

_Paris, 31 août 1840._--Me voici revenue dans ce grand Paris, si peuplé sans doute, et cependant si vide pour moi. Je suis arrivée ce matin, à dix heures, dans ma petite maison[133], qui me fait l'effet d'une bonne petite auberge, seulement cette exiguïté dans les proportions m'étonne et va si peu à mes habitudes et à mes goûts qu'assurément je ne pouvais rien choisir de mieux calculé pour réaliser le projet de n'être à Paris que par nécessité.

[133] La duchesse de Talleyrand avait fait, à Paris, en 1840, l'acquisition d'une petite maison entre cour et jardin, située rue de Lille, no 73. Cette maison, qui n'avait guère que les proportions d'un pied-à-terre, fut achetée, en 1862, par la comtesse de Bagneux.

_Paris, 3 septembre 1840._--J'ai eu, hier, une longue visite de M. Molé. Il blâme M. Guizot dont il conte des ridicules infinis avec grande complaisance; il blâme M. Thiers, dont il dépeint vivement la légèreté, la présomption, ainsi de suite; le Roi reçoit aussi son coup de patte. Son opinion sur la crise du moment, qui absorbe ici tous les esprits au plus haut degré, c'est que «les plus bravaches meurent de peur de la guerre»; qu'on est, au fond, honteux et embarrassé de s'être laissé égarer à faire fausse route, à tenir pour impossible ce qui s'est cependant effectué, et de se trouver tout seul, quand on se pavanait de solides alliances; mais, au milieu de la panique, on exalte tellement de certaines cordes par les conversations et les publications perpétuelles, qu'il devient chaque jour plus difficile de dénouer la difficulté, et qu'on est forcé d'admettre qu'il faudra la couper. Le commerce a été tout à coup frappé de stupeur. Tous les intérêts matériels sont déjà dans une grande souffrance; Rothschild, brouillé avec M. Thiers, a perdu encore plus de millions que M. Fould n'en a gagné. M. Molé met tout cela très complaisamment en lumière.

J'ai été dîner chez la maréchale d'Albuféra; la pauvre femme était désolée d'avoir vu partir le matin même, pour l'Espagne, sa fille qui est dans le plus déplorable état de santé. La Maréchale a gardé un de ses petits-enfants. Elle a vraiment un cœur d'or. Son langage sur les événements politiques du moment est tout différent de celui de M. Molé; non pas moins effrayé de la gravité des circonstances, mais les attribuant à d'autres causes; ne tarissant pas sur la capacité, activité et habileté de M. Thiers, sur ses inépuisables ressources, et sur l'union intime qui règne entre le Roi et lui. Elle m'a dit un fait qui ne plairait guère à M. Bresson: c'est qu'il n'a tenu qu'à M. de La Redorte d'aller à Berlin, au lieu d'aller à Madrid. Elle dit que M. de La Redorte a de grands succès en Espagne et que Roi et Ministres ne tarissent pas en éloges sur la distinction de sa correspondance.

A neuf heures, j'ai été chez Mme de Castellane. Là, il a été question de l'éloge de feu M. de Quélen; cela a amené à parler du nouvel Archevêque, M. Affre. C'est M. de Montalembert qui a fait faire ce choix et voici comment: M. de Montalembert s'est fait ministériel violent, et M. Thiers croit, par lui, tenir tout le clergé distingué, tandis que M. de Montalembert n'est uni qu'avec la partie du jeune clergé démocrate, qui fait bande à part, et qui se compose des abbés Cœur, Combalot, Lacordaire, Bautain, et qui n'est pas tenu pour orthodoxe dans l'esprit de l'ancien clergé. Celui-ci compte aussi dans son sein de jeunes prêtres distingués comme l'abbé Dupanloup, l'abbé Petetot, curé de Saint-Louis d'Antin, et d'autres encore; bref, il y a une scission très vive.

En rentrant chez moi, j'y ai trouvé une lettre de M. Bresson, dont voici un passage intéressant: «La position est très grave; le début, en politique étrangère, du Roi de Prusse, n'est pas heureux. Il n'y a ni franchise, ni noblesse à faire suivre toutes ces belles protestations d'un acte de provocation et d'injustice, envers nous qui n'avons pas eu un seul mauvais procédé envers la Prusse. Cela crie vengeance, et je n'ai pas assez d'humilité chrétienne pour ne pas en avoir soif. Je sais bien qu'on regrette ce qu'on a fait, et qu'on en est embarrassé; qu'on a été emporté par ce gros bouffi de Bülow, après une mauvaise digestion de son estomac vorace, plus loin qu'on ne voulait aller; mais enfin le mal est fait, et il n'est pas réparable. Le fond des cœurs s'est dévoilé; quelle confiance pourrions-nous avoir à l'avenir? Tant il y a que je suis dégoûté, et que je veux quitter cette mission. Je suis, d'ailleurs, malade et triste; j'ai envie de Rome. Il faut que je mette mon esprit en jachère et que je réchauffe mon corps à un vrai soleil. Voilà vingt-quatre ans d'exil et de travail d'arrache-pied. Je n'y puis plus suffire; l'ennui m'accable et me tue; et puis, je ne veux pas que les bonnes relations que j'ai réussi à établir ici périssent entre mes mains, et elles sont en bon chemin d'y aboutir. Une faute entraîne dans une autre; un premier tort en engendre un second. D'ailleurs, je suis personnellement blessé. J'ai été loyal, et on ne l'a pas été; mon ressentiment éclaterait, qu'il y ait Roi ou Ministre en cause, cela me serait égal; je les ferais repentir d'avoir manqué de reconnaissance et de procédé envers notre Roi, après l'avoir appelé le Palladium de l'Europe, en parlant à moi et à M. de Ségur.» On reconnaît, dans ce style véhément, la fougue de M. Bresson, mais le fait est que je crois les choses venues au point de devoir lui faire désirer un autre poste.

C'est demain que se fait la liquidation à la Bourse de Paris. On évalue les pertes probables à vingt-quatre ou vingt-cinq millions. C'est un gros désastre.

_Paris, 4 septembre 1840._--J'ai été hier aux Tuileries, chez Madame Adélaïde qui m'y avait donné rendez-vous. J'y ai aussi vu le Roi, se portant bien, gai, en pleine sécurité, convaincu qu'il n'y aura pas de guerre, ne la désirant assurément pas, se flattant que les quatre Puissances, bientôt persuadées de leur mauvaise direction, seront obligées d'avoir recours à sa médiation, et qu'il sera ainsi appelé à jouer le rôle de protecteur, etc.; du reste, très blessé d'avoir été planté là par les grandes Puissances, mais trop sage pour approuver les invectives et les aboiements de la presse ministérielle; n'ayant pas plus de goût pour M. Thiers que par le passé, mais comprenant l'impossibilité de s'en séparer maintenant, et espérant s'en servir pour faire faire par lui aux Puissances certaines concessions, que lui seul pourrait faire accepter au pays. Il y a du vrai, de l'habile, mais aussi une part d'illusion dans cette pensée. Quant à Madame, elle a les mêmes idées que le Roi, en y joignant une rancune extrême contre M. Guizot, qu'elle accuse d'avoir été d'une niaiserie diplomatique complète. Elle a répété plus de vingt fois: «Ah! si notre cher prince de Talleyrand vivait, si seulement notre bon général Sébastiani était resté à Londres, nous n'en serions pas là!»

A peine étais-je rentrée de chez elle, que M. le duc d'Orléans est arrivé chez moi: il y est resté très longtemps. Il est infiniment plus soucieux, et, en même temps, infiniment plus décidé que son père; profondément ulcéré contre les Puissances, surtout à cause de la manière dont les choses se sont passées: le 16 juillet, Guizot mandait ici qu'il n'y avait rien de fait, qu'il ne se ferait rien; et le 17, il reçoit une lettre de lord Palmerston qui l'engage à passer chez lui: il y arrive, et pour toute communication, lord Palmerston lui lit le fameux Memorandum. Guizot pâlit, se trouble, ne trouve pas autre chose à dire, si ce n'est qu'il va en faire part à son gouvernement, et sort de chez lord Palmerston comme un homme anéanti. Maintenant, lui et ses amis jettent tous les torts sur Thiers. Celui-ci les lui renvoie avec empressement et détails; ils sont donc fort mal ensemble. M. Thiers est effrayé de la guerre, mais, au lieu de calmer ses journalistes, il est tellement dominé par eux, que non seulement il ne saurait les arrêter, mais qu'il se croit obligé de tout leur communiquer, ce qui rend tout secret impossible, blesse le Corps diplomatique, et embarrasse toutes choses. En attendant, tous les préparatifs annoncés par les journaux sont faits, et même doublés. C'est M. le duc d'Orléans qui y met lui-même la main. Trente-quatre millions sont déjà dépensés. On est en mesure de rappeler tout ce qui est en Algérie, et le parti est pris d'abandonner cette colonie sans regrets, en se disant qu'elle a eu l'avantage d'exercer des soldats et de former des officiers. On ne rassemblera les Chambres que quand les chances pacifiques seront toutes épuisées, et on se croit certain de faire approuver alors toutes les dépenses. La Reine est, de toute la famille Royale, la plus guerrière; le sang de Marie-Thérèse s'est éveillé. Elle est indignée de la conduite des Puissances: elle dit que si la guerre éclate, elle veut faire bénir les épées de ses cinq fils par l'Archevêque de Paris, et leur faire jurer, devant le Saint-Sacrement, qu'ils ne les remettront pas dans le fourreau, que la France et leur dynastie ne soient remises en tête de l'Europe. Comme, en général, elle ne se mêle de rien, cette vivacité étonne et embarrasse le Roi.

Pour en revenir à M. Guizot, il est l'objet des moqueries du Château, surtout depuis le retour de M. le duc de Nemours de Londres, car il fait des récits infinis des ridicules du petit Ambassadeur: il demande l'adresse des tailleurs, veut que ses pantalons collent, parie aux courses, se croit connaisseur en chevaux, ne songe qu'à ses équipages, sa table, se frivolise à plaisir, et pour achever le ridicule, fait le fanfaron auprès de Mme Stanley, et cherche à inspirer de la jalousie à Mme de Lieven, qui, dit-on, n'en serait pas absolument exempte: bref, tout ce terrain est exploité à belles mains.

Après le départ de M. le duc d'Orléans, j'ai eu la visite de l'abbé Dupanloup: il m'a donné de fort curieux détails sur le clergé de Paris, dans lequel il se forme une opposition, très sourde encore, mais très réelle, contre Mgr Affre. La vulgarité et la rudesse de ses formes sèment, journellement, des rancunes infinies contre lui. Il a voué une haine extrême à la mémoire et aux amis de feu Mgr de Quélen; moi-même, pauvre moi, lui suis un objet désagréable; quant au Sacré-Cœur, c'est de la persécution. L'Abbé s'est mis à rire, quand je lui ai dit: «Nous voilà donc devenu le Port-Royal des Jésuites!» Mgr Affre n'ose toucher, ni à l'abbé Dupanloup, ni à son petit séminaire, il le ménage même, à cause des rapports divers de l'Abbé, qui est aussi bien avec M. Jaubert, ministre des Travaux publics, qu'avec la princesse de Beauffremont, carliste prononcée; avec Mme de La Redorte qu'avec Mme de Gramont du Sacré-Cœur, et qui, enfin, dans la semaine qui a précédé la nomination de l'Archevêque, a été appelé par M. Thiers, pour lui dire son opinion sur l'état du clergé. M. Thiers, avec son étourderie accoutumée, avait, à la même heure, donné rendez-vous à M. de Montalembert, qui lui amenait M. Affre! Chacun arrive là au même moment et est assez étonné de se rencontrer! Pendant qu'ainsi, surpris, on attend le Ministre, celui-ci était enfermé avec M. Royer-Collard. Enfin, tous les quatre se sont trouvés en regard les uns des autres, pendant quelques instants: c'est une jolie scène de Mémoires!

L'abbé Dupanloup m'a renouvelé sa promesse de venir me voir au mois d'octobre à Rochecotte: il ne m'a pas caché, cependant, qu'il serait peut-être obligé d'y manquer, s'il voyait l'Archevêque, qu'il doit ménager à cause de son petit séminaire, s'en trop inquiéter.

Dans les papiers pris chez Louis Bonaparte, on a trouvé les preuves de l'argent russe, de la connivence carliste, Berryer en tête, et le nom de M. Thiers s'y trouve trop souvent. Le Roi a défendu au chancelier de suivre le procès dans cette direction, et cela pour deux motifs: le premier, c'est que M. Thiers eût été obligé de déposer, ce qui eût rendu la position générale plus fâcheuse et compliquée qu'elle ne l'est déjà, et le second, que le Roi trouve inutile de montrer à ses ennemis du dedans à quel point ils peuvent compter sur des encouragements effectifs de la part de la Russie. Où tout ce désordre des esprits et cette complication des intérêts mèneront-ils?

_Paris, 5 septembre 1840._--Paris a été très agité avant-hier et hier par les nombreux attroupements et excès des ouvriers: les journaux en donnent les détails. On trouve beaucoup d'argent sur ceux qu'on arrête et on croit qu'il provient des _russo-bonapartistes_; c'est, du moins, l'opinion du gouvernement. Chaque jour révèle une nouvelle plaie sociale, et l'époque est travaillée par de cruelles maladies!

J'ai été hier au Sacré-Cœur, causer longuement avec Mme de Gramont que j'ai trouvée inquiète et agitée: elle m'a raconté, en détail, toutes les vexations que le nouvel Archevêque lui fait éprouver, et aussi la nouvelle façon dont il gouverne le clergé de Paris, à laquelle MM. les curés n'étaient guère accoutumés. Ainsi, il a été faire une scène au pauvre vieux curé de Saint-Thomas-d'Aquin, sur ce que, dans sa paroisse, on disait du mal de lui l'Archevêque, et qu'il l'en rendait responsable. Ayant vu, dans une sacristie, que de jeunes prêtres riaient de ses façons communes, il les a apostrophés avec des invectives. Il veut forcer quelques-uns des curés à donner leur démission. Enfin, c'est une perturbation générale dans le diocèse.

J'ai été aussi chez Mme de Jaucourt, que j'ai trouvée seule, vieillie, isolée, mais animée. Elle m'a conté un fait qu'il y a quelques jours j'aurais regardé comme impossible, mais qu'à présent, je suis moins éloignée d'admettre: c'est que la Reine et Madame donnent soixante mille francs au journal de M. de Montalembert, l'_Univers catholique_. On remarque, depuis quelque temps, dans ce journal, des récits de conversation du Roi avec les ambassadeurs étrangers.

Mme de Castellane est venue me demander à dîner pour aujourd'hui, avec M. Molé, qui nous lira son discours de réception à l'Académie française, où il succède à M. de Quélen.

J'ai vu, ce matin, M. Hottinger, le banquier, qui est inquiet de la situation des choses. Il voit, avec effroi, que les efforts de la diplomatie peuvent être d'un instant à l'autre annulés par le bon plaisir du pacha d'Égypte, entre les mains duquel il est bien clair qu'est aujourd'hui la question de la paix ou de la guerre. Les conspirations et mouvements, à Constantinople, ne laissent pas que de compliquer toujours pour le pire toutes les questions. Il n'y a véritablement plus qu'une Providence miraculeuse qui puisse dissiper d'aussi gros nuages. A Marseille, tout le commerce se liquide, on met ses fonds en cave, on ne met plus un seul navire en mer, et on attend avec anxiété les premiers événements.

J'ai été, à une heure, à Saint-Cloud, voir Madame Adélaïde; puis j'ai été chez la Reine, et enfin chez Mme la duchesse d'Orléans; elle est vraiment charmante, distinguée, spirituelle, mesurée, gracieuse: sa conversation est tout à fait agréable et attachante. Madame Adélaïde me paraissait croire à la paix. Dieu veuille qu'elle pense juste!

_Paris, 7 septembre 1840._--Voilà l'émeute relevant la tête avec une nouvelle audace; les canons des Invalides galopent vers le faubourg Saint-Antoine, le rappel ne cesse de battre, la troupe marche, la Garde nationale est réunie aux différentes mairies. Enfin, c'est la bataille. Jusqu'à présent, notre faubourg Saint-Germain est tranquille, mais on ne saurait se dissimuler que si le combat ne se terminait pas promptement, la rive gauche de la Seine ne vaudrait bientôt pas mieux que la rive droite. On me dit que les groupes répandus dans Paris sont remplis d'étrangers, notamment de Polonais et d'Italiens, gens de sac et de corde, sans domicile fixe, ne couchant pas deux nuits de suite dans la même maison, par conséquent difficiles à saisir, depuis hier menaçant, pour simplifier la chose, de mettre le feu dans Paris. Les chefs d'ateliers, avertis depuis longtemps du mouvement qui se préparait, en avaient averti le Préfet de police, qui n'avait pu trouver dans la loi de moyens préventifs suffisants. On n'a pu, même, empêcher le terrible banquet d'hier; aujourd'hui, on est dans l'effroi, et les troupes et les canons sont chargés de faire la police: encore s'ils s'en acquittaient avec fermeté!

_Paris, 8 septembre 1840._--J'ai su, hier soir, à huit heures, que la troupe avait refoulé les perturbateurs hors Paris, et que la ville était tranquille, seulement les monuments publics étaient gardés, à cause des menaces de feu. Dans la soirée, j'ai vu M. Molé, qui paraissait fort bouleversé des quatre francs de baisse à la Bourse. Il m'a appris aussi la rupture éclatante des doctrinaires avec M. Thiers, dont le manifeste, inséré dans un journal de Rouen, a été cité par le journal _la Presse_ qui appartient à M. Molé! On dit que cette guerre est très vive.

Le _Journal des Débats_ devient aussi assez amer contre M. Thiers. Le commerce et la Bourse crient contre lui, et sa position devient très difficile. Mais ce qui devient d'un intérêt plus pressant, c'est cette autre guerre dont la première démonstration paraît déjà avoir eu lieu en Syrie par le fait de l'amiral Napier. On dit bien que cet amiral a un cerveau brûlé, et que, doublé par l'extravagant lord Ponsonby, cette démonstration n'origine pas du gouvernement anglais, mais ce gouvernement la désavouera-t-il?

_Paris, 10 septembre 1840._--La tranquillité est, en apparence du moins, bien rétablie dans Paris. J'ai dîné hier à Saint-Cloud, qui, restauré et meublé par le Roi, est vraiment magnifique. Il s'y trouve des Gobelins admirables, copiés d'après Rubens, représentant la vie de Marie de Médicis. Le Roi m'a menée voir en détail les appartements, et alors il a causé un peu de tout, répétant beaucoup qu'il veut la paix, qu'il fera tout ce qui dépendra de lui pour la conserver, mais qu'il faudrait qu'on lui rendît la tâche possible, ce qui n'est pas le cas, ni au dedans, ni au dehors; sa haine contre les Russes, son amertume contre l'Angleterre sont extrêmes. Il en veut beaucoup, et avec raison, à cette dernière, de ce qui se passe maintenant en Espagne. La Reine Christine, convaincue qu'en voyant Espartero elle agirait sur lui de façon à se l'attacher personnellement, l'avait invité à se rendre à Madrid. Sur son refus, elle a entrepris le voyage qui l'a perdue. En son absence, on a travaillé la Capitale; elle est maintenant obligée d'y rentrer, et sous les plus funestes auspices. On va probablement commencer par lui ôter sa fille, puis, que fera-t-on d'elle? C'est ce que le Roi se demandait avec inquiétude, répétant: «Je crains que la pauvre femme ne soit perdue[134].» Il dit que c'est l'Angleterre qui soudoie et encourage tout le mouvement anarchiste; qu'Espartero est tout Anglais, et que si la guerre générale éclate, il faut s'attendre à le voir entrer hostilement en France comme auxiliaire de l'Angleterre.

[134] Après avoir mis fin à la guerre civile (allumée par don Carlos à la mort de son frère Ferdinand VII) par la capitulation de Bergara, Marie-Christine voulut entrer dans la voie de la réaction. Elle fit présenter aux Cortès, en 1840, la loi des _ayuntamientos_, destinée à restreindre les libertés municipales. Aussitôt, une insurrection, qui éclata à Barcelone, s'étendit bien vite à Madrid et dans un grand nombre d'autres villes, trouvant son appui dans Espartero. La Reine régente l'appela et le chargea de former un Ministère le 16 septembre 1840, mais il lui imposa des conditions si dures qu'elle ne crut pas pouvoir les accepter; le 2 octobre suivant, elle se démit de la Régence.

Le Roi avait reçu la nouvelle que le Roi de Prusse avait rendu à l'Archevêque de Cologne la liberté et l'autorisation de rentrer à Cologne, mais que l'Archevêque ne voulait profiter de cette permission qu'après de nouvelles instructions de Rome.

Mme la duchesse de Nemours a une absence totale de physionomie, et une niaiserie dans le son de sa voix qui efface un peu l'éclat de sa brillante jeunesse. Mgr le duc de Nemours est toujours de bois. Mgr le duc d'Aumale est traité en homme; il paraît animé et causeur. La princesse Clémentine se fane et fait beaucoup moins de frais. La Reine et Mme la duchesse d'Orléans sont les deux perles. M. Dupin, qui dînait aussi à Saint-Cloud, grognait tout haut et faisait des morceaux d'éloquence sur la faiblesse du gouvernement dans la question des émeutiers, disant que tant qu'on s'adresserait à eux en les appelant _Messeigneurs les Ouvriers_, on pouvait s'attendre au feu et au pillage. Ces ouvriers, avant-hier, dans la nuit, ont désarmé deux postes de la rue Mauconseil, qui, à la vérité, ne se sont pas défendus. Avec cela, il y eut, hier, une nouvelle dégringolade à la Bourse. On ne peut imaginer la terreur, le chagrin et la ruine d'une quantité de gens.

L'autre jour, M. de Montrond parlait du désir qu'avait M. de Flahaut, d'aller à Londres comme ambassadeur, mais on est trop aise de se débarrasser de Guizot pour le rappeler ici, malgré tous les mécontentements qu'il donne là-bas.

_Paris, 11 septembre 1840._--Je pars décidément à la fin de la matinée, pour aller coucher à Jeurs, chez la comtesse Mollien.

Hier, en rentrant, le soir, chez moi, j'ai repris le procès de Mme Lafarge, sur lequel j'étais en retard[135]. Tant mieux pour sa parenté si elle est innocente du crime, mais j'avoue cependant que, vu la discussion des premiers et seconds experts, ces énormes achats d'arsenic, et, surtout, cette transition si subite d'une horrible répugnance à des tendresses excessives pour son mari, elle me restera toujours assez suspecte pour désirer une autre garde-malade si j'avais des tisanes à faire faire.

[135] Mme Lafarge, compromise avec plusieurs personnes de la société parisienne, fut accusée, d'abord, d'un vol de diamants, et ensuite, d'avoir empoisonné son mari. La première accusation ne fut jamais bien éclaircie, mais il n'en fut pas de même de la seconde. La Cour d'assises condamna Mme Lafarge aux travaux forcés, et elle resta douze années captive, au bout desquelles, à moitié mourante, elle fut graciée. Elle mourut effectivement quelques mois après, en 1852.

Une chose qui me choque tout particulièrement de la part de Mme Lafarge, ce sont ces rires inextinguibles pendant la déposition emphatique, et, à la vérité, ridicule, d'un des témoins à charge. J'avoue que je vois, dans cette gaîté, bien plus d'impudence que d'innocence. Plus une personne, sous le coup d'une pareille accusation, serait innocente, plus elle devrait souffrir, et tout en conservant le calme d'une bonne conscience, elle devrait être occupée d'autres idées que de se livrer à de pareils éclats d'hilarité. Il y a là un manque choquant de délicatesse, et de tout sentiment de sa position, car enfin, quand il s'agit d'un mari empoisonné, qu'on soit accusatrice ou accusée, l'envie de rire ne saurait, ce me semble, se manifester. A tout prendre, empoisonneuse ou non, cette personne reste une mauvaise aventurière.

_Courtalin, 14 septembre 1840._--Je suis partie, hier, de très bonne heure, de Jeurs, où j'ai reçu, comme à l'ordinaire, une bonne et aimable hospitalité. J'avais fait, avant-hier, avec Mme Mollien, une tournée dans la vallée de la Juine, qui s'étend d'Étampes à Corbeil; elle est très arrosée, assez plantée, fort habitée; de grosses roches disputent le terrain aux arbres, comme dans certaines parties de la forêt de Fontainebleau. Gravelles à M. de Perregeaux, Chamarande à M. de Talaru et Ménilvoisin à M. de Choiseul-Praslin sont les trois habitations principales de cette vallée. Je connaissais les deux premières, Mme Mollien m'a menée voir la troisième: c'est noble, spacieux; les avant-cours, le parc, tout cela a bel air, mais tout cela est triste. C'est le défaut à reprocher à toutes les habitations de cette contrée: elles n'ont pas de vue, encaissées qu'elles sont dans cette étroite vallée; elles manquent d'air et d'horizon, mais elles ne manquent pas d'eau, et l'abondance en est telle que l'humidité est inévitable. La rivière de la Juine fait marcher une quantité de moulins; il y en a de si considérables qu'ils font l'effet de châteaux.

Je suis arrivée hier soir ici, où se trouve réunie toute la famille de Montmorency, et un M. de Roothe, vieillard de soixante-dix-huit ans, fils de la dernière femme du maréchal de Richelieu.

Il n'a été question, hier soir, au salon, que de Mme Lafarge; on est, ici comme partout, fort divisé d'opinions sur son compte. Ceux qui la croient innocente disent que le mari n'est pas mort empoisonné, qu'il est mort de l'usage des mouches cantharides qu'il prenait pour être un vaillant mari, et que c'est à cette vaillance qu'il faut attribuer le prompt changement des dispositions de sa femme, et le plaisir qu'elle trouvait à le voir entrer chez elle par la fenêtre, quand il n'y entrait pas par la porte. Ceux qui persistent à croire Mme Lafarge coupable disent qu'il faut plutôt croire les premiers experts qui ont opéré sur les matières fraîches, que ceux qui ont analysé des matières incomplètes, décomposées; ils s'appuient sur les mauvaises tendances, hier avérées, de l'accusée, sur ses lettres, ses habitudes de mensonge et de comédie, sa mauvaise réputation dès sa première jeunesse, la hâte que sa famille avait de la marier pour s'en défaire, au point d'avoir eu recours à un bureau matrimonial. Elle est petite-fille d'une Mme Collard, qui, avant son mariage, n'avait pas d'autre nom que celui d'Hermine, élève de Mme de Genlis, et assez généralement supposée être sa fille et celle de M. le duc d'Orléans, père du Roi des Français actuel. C'est à cette filiation qu'on attribue l'intérêt très vif qu'on prend aux Tuileries pour Mme Lafarge. Dans son affaire des diamants, on la juge selon le monde et l'opinion auxquels on appartient: Mmes de Léautaud, de Montbreton, les Nicolaï appartiennent au faubourg Saint-Germain; tout ce bord-là la croit coupable de vol et d'empoisonnement. Toute la démocratie, charmée de trouver en faute une femme du beau monde, tient la fable inventée par Mme Lafarge contre Mme de Léautaud pour véritable. L'esprit de parti se mêle à toutes choses, et détruit tout sentiment d'équité et de justice.

Je reçois, à l'instant, une lettre de la duchesse d'Albuféra, dont voici l'extrait: «J'ai été avant-hier soir à Auteuil, chez Mme Thiers; j'y ai trouvé bien de la préoccupation sur tout ce qui se passe. Les événements se pressent et s'embrouillent; la décision de fortifier Paris avait porté le trouble à la Bourse; cette mesure, dont l'exécution est énormément chère, va beaucoup effrayer. M. Thiers disait que tous ses efforts tendent à gagner du temps, pour achever les préparatifs; il ajoutait que, s'il peut prolonger les choses jusqu'au mois d'avril, nous serons en mesure de nous défendre. Il dit qu'on ne saurait être plus animé dans cette question que le Roi et la Reine. Quant à l'Espagne, il paraît très inquiet et ne prévoit plus d'issue. Il reçoit tous les jours des dépêches télégraphiques; la Reine régente était encore, le 7, à Valence, et il pense qu'il faudra peut-être qu'elle livre une bataille pour rentrer dans sa Capitale. La municipalité de Madrid nomme chaque jour de nouveaux Ministres; c'est, enfin, le comble de l'anarchie.»

_Courtalin, 15 septembre 1840._--Il y a eu, hier, deux nouveaux arrivants ici, à l'heure du dîner: le duc de Rohan et son fils, le prince de Léon. Ces messieurs ont apporté la nouvelle certaine du mariage de M. Anatole Demidoff avec la princesse Mathilde de Montfort, moyennant le paiement des dettes du père par M. Demidoff. Pour celui-ci, c'est une question de vanité: c'est pour devenir l'allié du Roi de Würtemberg et de l'Empereur de Russie, mais cette alliance est, dit-on, assez mal vue par les deux souverains pour ne pas lui préparer beaucoup d'agréments.

_Bonnétable, 17 septembre 1840._--Avant-hier soir, après tous les commérages habituels du salon de Courtalin, nous avons eu des anecdotes amusantes, que M. de Roothe conte assez bien sur son beau-père, le maréchal de Richelieu[136]. Celui-ci a été marié sous trois règnes différents. Le premier mariage s'est fait par ordre de Louis XIV, qui avait trouvé le chapeau parfumé du jeune étourdi trop près du lit de Mme la duchesse de Bourgogne.

[136] A l'âge de quatorze ans, le duc de Richelieu, alors duc de Fronsac, épousa Mlle de Noailles, par ordre du Roi Louis XIV. En 1734, après les sièges de Kehl et de Philippsbourg où il s'était fort distingué, Richelieu se remaria avec Mlle de Guise, princesse de Lorraine, et, à quatre-vingt-deux ans, il épousa, en troisièmes noces, Mme de Roothe. On raconte qu'après la cérémonie de ce mariage, il rentra chez lui pour changer ses vêtements, et que, jetant son cordon bleu sur son lit, il dit à son valet de chambre: «Va, le Saint-Esprit fera le reste!»

Je me suis émerveillée de l'idée d'avoir dîné en face d'un homme dont le beau-père avait été aux pieds de cette charmante Princesse, et grondé par Mme de Maintenon. M. de Roothe nous disait que le maréchal de Richelieu était resté si galant, qu'une heure avant d'expirer, sa belle-fille s'étant approchée de son lit, et lui ayant dit qu'elle le trouvait mieux, qu'il avait meilleur visage, il lui répondit: «Ah! c'est que vous me voyez à travers vos beaux yeux!» Voici comment M. de Roothe nous a conté que s'était fait le mariage de sa mère avec le maréchal de Richelieu: quelques années avant, et quand son premier mari vivait encore, se trouvant en voiture avec lui, ils passèrent, sur le Pont-Neuf, devant un carrosse versé et cassé: ils s'arrêtèrent pour savoir à qui l'accident était arrivé et s'ils pourraient être utiles à la personne versée. C'était le maréchal de Richelieu, qu'ils recueillirent dans leur voiture et ramenèrent chez lui. Le lendemain, M. de Richelieu alla remercier M. et Mme de Roothe, et, frappé de la beauté de cette dernière, il renouvela cette visite si souvent qu'on en fit la remarque à Mme de Roothe, en lui disant que la réputation du Maréchal était telle, malgré ses quatre-vingts ans, qu'il pouvait être dangereux de le recevoir familièrement. Mme de Roothe évita donc de le recevoir. Elle devint veuve quelque temps après, et resta, avec quatre enfants, dans une position assez gênée pour l'obliger à vendre ses chevaux; le maréchal de Richelieu, déguisé en maquignon, se présente pour les acheter, dit qu'il ne saurait s'entendre avec les gens de Mme de Roothe, demande à lui parler à elle-même; introduit et reconnu, elle lui dit aussitôt, pour couper court aux explications, qu'elle a changé d'avis et ne veut plus vendre ses chevaux. M. de Richelieu se retire, mais pour être utile à la belle veuve, il obtient du Roi, à son insu, un appartement pour elle aux Tuileries, celui-là même où nous avons vu la vicomtesse d'Agoult et Madame Adélaïde. Mme de Roothe accepte le bienfait du Roi. Quelques mois après, elle apprend qu'elle le doit au Maréchal, et croit devoir lui écrire pour l'en remercier. Il vient chez elle, tombe à ses pieds, et lui dit: «Madame, si vous vous trouvez bien dans cet appartement, permettez-moi de trouver qu'il n'est pas digne de vous et que l'hôtel de Richelieu vous conviendrait mieux.» La proposition fut acceptée et le mariage se fit: Mme de Roothe devint grosse, mais le duc de Fronsac, furieux du tort que cette grossesse pouvait lui faire, gagna la femme de chambre de sa belle-mère, et celle-ci lui fit avaler, dans une tisane, une drogue qui provoqua une fausse couche.

J'ai voyagé très vite, hier, grâce à de belles routes, de bons chevaux, et de bons postillons, grâce surtout à un affreux ouragan qui nous soufflait du dos et emportait voiture, gens et chevaux dans ses tourbillons. J'ai trouvé la duchesse Mathieu de Montmorency en bonne santé, mais un peu sourde; son aumônier est malade, ce qui a changé les habitudes de la maison.

J'ai une lettre de M. Bresson. Voici ce qu'il me dit sur la politique: «Nous sommes ici un peu plus au calme; c'est une affaire qui s'usera, mais il restera des ressentiments et des défiances. On ne s'abordera plus avec la même cordialité, on sera longtemps sur le qui-vive; enfin le terrain n'est plus aussi _net_, et c'est ce que M. de Talleyrand n'aimait pas. Mais je crois que le gros orage est détourné, et que si vous avez formé des projets de voyage en Prusse pour l'année prochaine, vous n'aurez aucun motif d'y renoncer en ce qui concerne la guerre. M. de Werther a été assez sérieusement malade. Le prince de Wittgenstein revient après-demain de Kissingen. Mme de Reede, avec ses soixante-quatorze ans, trône et dirige toutes choses à Kœnigsberg. Nous aurons des fêtes splendides pour le Huldigung[137]. La noblesse de la seule Marche de Brandebourg a souscrit pour vingt mille écus. Toute cette brillante perspective ne me remet pas en belle humeur. Ma santé est décidément altérée par le climat, et mon caractère par l'isolement et l'exil. Je suis arrivé à une de ces périodes de la vie, et de ces dispositions d'esprit, où il faut un changement à tout prix, et c'est à quoi j'aspire. Mes meilleurs jours sont passés, ce qui me reste de liens en ce monde va bientôt se briser, je dois chercher à me rattacher à mon pays. Quel service vous me rendriez en intéressant ma protectrice, Madame Adélaïde, à me faciliter cette retraite!»

[137] Le Roi Frédéric-Guillaume IV n'eut pas précisément de couronnement, mais il se rendit à Kœnigsberg, pour y recevoir l'hommage (_die Huldigung_) de ses sujets qui, par l'entremise de leurs députés, lui prêtèrent, le 10 septembre 1840, le serment de fidélité.

J'ai dans mon idée que M. Thiers aura bientôt, par beaucoup de démissions volontaires, la facilité de remplir par ses amis les grands postes diplomatiques.

_Valençay, 19 septembre 1840._--Me voici à Valençay, ce lieu si rempli de souvenirs, et qui me fait l'effet d'une patrie. M. et Mme de Valençay sont seuls ici avec leurs enfants. Ils me paraissent tous deux assez aises de m'y voir arriver. Je le suis toujours de me retrouver à Valençay. Je suis ici, moins séparée d'un passé bien riche, et les morts y sont moins absents que partout ailleurs.

_Valençay, 22 septembre 1840._--M. et Mme de Castellane sont arrivés hier ici, venant de leur Auvergne, qui me paraît être peu agréable à habiter. Il n'y a point de routes pour arriver chez eux; ce sont de mauvais chemins dans lesquels on ne peut aller qu'en litière ou à cheval. Il neige déjà dans leurs montagnes, qui sont sans arbres et sans culture, rien que des herbages pour le bétail; ni fruits, ni légumes, ni gibier; aucun secours médical immédiat. Pauline est maigrie, hâlée; son mari est fort maigre aussi, j'espère qu'ils se referont, à Rochecotte où nous allons tous nous rendre. Mais qui est charmante, c'est Marie, leur petite fille, blanche, grasse, fraîche, de bonne humeur, douce, riant, gigotant; un bon petit ange, que j'ai eu le cœur fort touché de revoir, ainsi que sa mère.

C'est aujourd'hui le jour de Saint-Maurice, autrefois le plus animé et le plus brillant de Valençay. Il ne sera célébré cette fois que par une messe, pour le repos de l'âme de notre pauvre cher M. de Talleyrand, qui sera célébrée dans la chapelle sous laquelle il repose.

_Valençay, 24 septembre 1840._--Voilà donc le grand drame Lafarge terminé. Elle est condamnée. La réflexion qui m'est venue en lisant l'arrêt infamant, c'est qu'il faut que cette femme par son aspect, que l'action des débats, les gestes, les physionomies, aient produit un effet bien frappant, pour amener cette conviction, qui résulte d'autre chose que des faits et qui a provoqué sa condamnation; car elle a montré longtemps une rare présence d'esprit, ses avocats de grands talents, et l'accusateur public, une gaucherie pleine de rudesse; il y avait grand partage de sympathie et d'antipathie dans le public; Mme Lafarge était soutenue par une famille puissante. Ce qu'il y a de singulier et de rare dans ce procès, c'est que je n'y vois personne, pas même la victime, qui inspire de l'intérêt. Outre la condamnée, il y a ce Denis qui me paraît être un très mauvais homme; la mère Lafarge, trop occupée du testament; le défunt, bien peu délicat en affaires commerciales; Mme de Léautaud, bien légère; Mme de Montbreton, trop magnétiseuse; Mme de Nicolaï, surveillant bien mal ses filles. Avec si peu de personnes à estimer dans les accusateurs de Mme Lafarge, il faut qu'elle ait fortement impressionné le jury de sa culpabilité pour être condamnée.

_Valençay, 25 septembre 1840._--Voici ce que le duc de Noailles me mande de Paris, où il avait été faire une visite à Mme de Lieven revenue de Londres. «J'ai trouvé la Princesse fort changée. On espère toujours la paix, et le gouvernement y tend. Le Roi est toujours rassuré. Les propositions de Méhémet-Ali sont une nouvelle phase de l'affaire, qui peut empêcher la guerre, mais rien n'est fini, si cela traîne jusqu'au printemps, Thiers sera alors plus belliqueux qu'aujourd'hui, parce que nous aurons une armée, qui, dans ce moment-ci, nous manque. On est plus en adoucissement avec la Prusse qu'avec les trois autres Puissances. Il paraît qu'à Berlin on en a déjà par-dessus les oreilles de la Convention, et que l'on y maudit M. de Bülow de sa présomption et de son aveuglement.»

On m'écrit d'autre part ceci: «A Londres, l'inquiétude gagne toutes les classes. Le Ministère anglais se dit étonné des mesures prises en France, et de l'activité que déploie le Roi. Je crois lord Palmerston très agité. La princesse de Lieven a lu à M. de Montrond une lettre de lady Cowper, qui ne cache pas les inquiétudes et les incertitudes de son monde. On a dit que lord Holland est en dehors de tout ce qui se passe. Je suis certain du contraire; il écrit des lettres de six pages, à M. Bulwer, sur les affaires, et s'y montre vif comme un jeune homme. On le dit même très avancé dans les opinions anti-françaises. Les récoltes sont mauvaises en Angleterre et en Écosse, autre embarras pour le Cabinet anglais. En attendant, quoiqu'on soit rassuré à Saint-Cloud, il semble cependant que la brèche s'élargit, par l'échange de notes fort aigres; tout cela est fort confus, et des prévisions un peu fondées sont impossibles.»

Nous avons ici, depuis hier, M. de Maussion, qui arrive de Paris, ou plutôt de chez M. Thiers où il passe sa vie. Il raconte que Mme de Lieven est traitée d'espionne chez M. Thiers, qu'on l'y accuse de toutes sortes de trahisons. Il dit aussi que M. de Flahaut arrive chaque matin, chez M. Thiers, avec force lettres d'Angleterre, qu'il fait l'important, et que ses intrigues et celles de sa femme sont plus vives que jamais. Il ajoute que M. de Flahaut part pour l'Angleterre, afin de ne pas se trouver au procès de Louis Bonaparte, mais que sa femme répand partout que c'est avec une mission secrète et importante près du Cabinet anglais pour réparer les gaucheries de M. Guizot. On voudrait bien supplanter celui-ci, mais M. Thiers ne veut pas qu'il soit à Paris pour l'époque des Chambres; alors M. de Flahaut s'est rabattu sur l'ambassade de Vienne, et on croit qu'il l'obtiendra.

_Valençay, 25 septembre 1840._--Mme de Wolff m'écrit, de Berlin, en date du 10 de ce mois: «Notre ville est en grand mouvement pour les préparatifs des solennités qui auront lieu après-demain, à l'entrée du Roi et de la Reine, et plus encore pour les fêtes qui seront données à l'occasion de la prestation d'hommage. La quantité d'étrangers qui arrivent de toutes parts est énorme. Vous aurez vu, dans les journaux allemands, avec quel enthousiasme le Roi a été reçu à Kœnigsberg, et avec quelle dignité toute royale il s'est assis sur le trône de ses ancêtres. Il paraît, au dire général de tous les spectateurs, que l'effet du discours spontané du Roi, après le serment, a dépassé toutes choses, comme profonde émotion. Ce discours était si peu préparé, que la Reine est restée comme frappée d'étonnement, en voyant le Roi se lever subitement et s'approcher de la balustrade. Là, il s'est arrêté, et levant la main vers le ciel, il a prononcé, d'une voix ferme et sonore qui a retenti jusqu'au fond des cœurs et a été entendue jusqu'à l'extrémité de l'enceinte, ces paroles si simples, qui contiennent tout son avenir. Il a fait couler bien des larmes, et il en a versé lui-même. Tout ce qu'il faut demander au ciel, c'est de nous conserver les bienfaits de la paix. Jusqu'ici, les apparences de guerre n'ont pas troublé la sécurité générale. On ne saurait rien comparer à l'activité énergique du gouvernement du Roi. A en juger d'après ses débuts, la Prusse fera, sous ce règne, des pas de géants, mais, je le répète, pour jouir de l'âge d'or qui semble nous sourire, il nous faut conserver la paix.»

_Valençay, 28 septembre 1840._--Nous nous sommes distraits, hier, par une petite représentation dramatique, qui a eu lieu dans la soirée. Elle a commencé par le dialogue d'Agrippine et de Néron[138], joué, en costumes, par M. de Montenon, qui faisait Néron, et mon gendre en Agrippine, véritable monstruosité féminine. Ensuite _le Mari de la veuve_ a été joué, avec beaucoup d'entrain, d'ensemble et d'intelligence par mon fils Louis, ma fille Pauline, Mlle Clément de Ris et Mlle de Weizel. Puis deux scènes du _Dépit amoureux_, par Mlle Clément de Ris, M. de Montenon, M. et Mme d'Entraigues. Et enfin, _Passé minuit_, par MM. de Maussion et de Biron, qui a fort diverti les bonnets ronds du parterre. On a soupé et dansé après le spectacle. Tout s'est passé gaiement et très bien.

[138] Dans la tragédie de Racine, _Britannicus_, acte IV, scène II.

_Valençay, 29 septembre 1840._--J'ai reçu plusieurs lettres. L'une dit ceci: «On a convoqué un conseil de Cabinet à Londres pour le lundi 7. On doute beaucoup que lord Palmerston fasse prévaloir son opinion près de ses collègues, et on dit que ses ministres sont loin d'être unanimes. C'est pourquoi on conserve encore quelque espoir que la paix soit maintenue. D'un autre côté, on ne sait rien sur la nature des instructions qui ont été envoyées dans la Méditerranée. Il règne, en tout, une grande incertitude sur tout.»

Voici maintenant les dires de Mme de Lieven. D'abord, de graves plaintes sur sa santé, qu'elle conclut: «Je ne suis pas si mal, cependant, que l'Europe. Quelle dégringolade partout! Ce qu'il y a de vraisemblable, c'est la guerre. Imaginez, d'avoir laissé venir les choses à ce point! Et pas un homme en Europe pour se saisir d'une affaire, pour la conduire! M. de Metternich me paraît mort! Tout le monde veut la paix, la veut passionnément, et voilà où cet amour enragé de la paix a amené l'Europe! Vraiment, tout le monde est fou. La crise doit se décider dans peu de semaines. On assure que Vienne fait de grands efforts, mais Palmerston est bien obstiné. En France, on a fait du bruit, et beaucoup et plus que du bruit. Quels sont les amours-propres qui se prêteront à une reculade? J'aimerais bien à causer avec vous. Nous avons vu de meilleurs temps; et que de choses j'aurais à vous conter sur Londres, qui vous étonneraient. Ma chère Duchesse, si la guerre éclate, je dois être la première à quitter Paris, et la France; où irai-je? C'est abominable!»

_Valençay, 30 septembre 1840._--M. Molé me mande ceci: «M. le Comte de Paris a été bien malade, tout simplement dans le plus grand danger. Il est mieux, sans être guéri. Vous savez sans doute Mme de Lieven de retour. Son ami, M. Guizot, la chose est certaine, ne tardera pas à rompre avec son maître et supérieur, M. Thiers. La discussion de l'Adresse sera le terme le plus éloigné pour l'accomplissement de ce grand événement.»

Voici maintenant ce que dit la duchesse d'Albuféra: «Il y a toujours ici bien de l'inquiétude sur les événements. On se demande ce qui va être répondu aux propositions de Méhémet-Ali, mais bien du monde pense que la foudre leur succédera. En France, les armements se font sur une très grande échelle.--La duchesse de Massa est arrivée à temps pour fermer les yeux au Maréchal Macdonald, son père; on pense que le bâton de maréchal de celui-ci ira au général Sébastiani.--La princesse de Lieven reçoit chaque jour une longue dépêche de notre Ambassadeur à Londres.»

_Tours, 2 octobre 1840._--Je trouve ici une lettre de M. de Sainte-Aulaire, qui m'écrit de Vienne, le 23 septembre: «Les affaires iraient bien, si elles se faisaient ici; mais on cause à Vienne et à Berlin, c'est à Londres qu'on négocie, et les dispositions y sont, malheureusement, fort différentes, je crois.»

_Rochecotte, 4 octobre 1840._--Les journaux d'hier contiennent la grande note explicative de lord Palmerston, adressée au ministre d'Angleterre à Paris, M. Bulwer, et qui établit la question d'Orient sous un jour fort différent des récits français[139], puis, la nouvelle de la prise de Beyrouth[140], qui est un début assez vif des mesures coercitives. Que va-t-il produire?

[139] Le mémorandum adressé par lord Palmerston au gouvernement français se trouve aux pièces justificatives de ce volume.

[140] Beyrouth avait été conquise sur la Turquie par Ibrahim-Pacha, qui, par ses victoires, avait soumis toute la Syrie au vice-roi d'Égypte. C'est à la suite de cette expédition, si menaçante pour l'Empire ottoman, et qui faillit amener une guerre européenne, que la ville de Beyrouth fut bombardée et reprise sur Méhémet-Ali, par l'escadre anglo-autrichienne, en 1840.

_Rochecotte, 5 octobre 1840._--Mon gendre a reçu une lettre de Paris dans laquelle on lui mande que le salon de M. Thiers, le jour où on y a appris la nouvelle de la prise de Beyrouth, était guerroyant, fulminant à incendier le monde. Cependant j'ai vu, dans le _Journal des Débats_ du 3, un petit article à ce sujet qui prêche le calme et la modération, et, en songeant aux hautes inspirations que reçoit ce journal, je me suis un peu tranquillisée.

Je m'attendais à ce que le plaidoyer de M. Berryer pour le prince Louis Bonaparte serait d'une portée séditieuse, éclatante, foudroyante, insolente, téméraire: bref, un volcan! J'ai été fort surprise, en le lisant, de n'en pas recevoir la moindre émotion, mais j'ai souvent remarqué que lorsqu'on lit les discours de Berryer, ils ne produisent nullement un effet en rapport avec sa réputation, et que c'est l'entendre qu'il faut pour être ébloui et entraîné, tant il a, à un haut degré, les qualités extérieures et séduisantes d'un orateur.

_Rochecotte, 6 octobre 1840._--La duchesse d'Albuféra m'écrit de Paris: «Les événements, en Orient, sont d'une nature bien alarmante; ce qui ne l'est pas moins, c'est le langage des journaux ministériels, faiblement compensé par celui, très modéré, du journal de Saint-Cloud[141]. Les premiers menacent M. Thiers de se séparer de lui, s'il ne commence pas la guerre. La Prusse et l'Autriche paraissent, décidément, ne pas vouloir la faire contre nous, ni contre personne. On n'y comprend plus rien. M. de Flahaut est à Londres, logé chez lord Holland; il voit tous les jours les Ministres, et mande à sa femme qu'il cherche à leur ouvrir les yeux sur notre véritable position, mais cette mission officieuse n'aura, probablement, pas grand résultat, car le parti semble pris à Londres, et bien pris. J'ai vu lady Granville, qui est fort triste, ainsi que son mari; ils espèrent toujours que la guerre n'éclatera pas et je sais que lord Granville fait tout ce qu'il peut pour adoucir les esprits. On ne voit ici que gens inquiets, agités; on ne parle que de mémorandum, de Beyrouth, d'Espartero, de fortifications; on se couche avec l'esprit bouleversé, on se réveille avec une pénible attente, vous êtes bien heureuse d'être loin d'un pareil brasier. Le procès de Louis Bonaparte n'occupe personne: M. d'Alton-Shée, après un discours violent, a seul voté pour _la mort_. Cela a été mal pris par le reste de la Chambre.»

[141] Sous ce nom de journal de Saint-Cloud, on désignait le _Journal des Débats_.

_Rochecotte, 7 octobre 1840._--J'ai appris, hier, une nouvelle qui m'a affligée, celle de la mort de ma pauvre amie la comtesse Batthyàny, à Richmond, le 2; elle avait, dans ces derniers jours, éprouvé un mieux qui lui avait fait faire le projet de venir s'établir à Paris.

On m'écrit, de Paris: «M. Molé est à Paris, pour le procès de Louis Bonaparte, dans lequel M. Berryer a fait fiasco. Ce qui absorbe tout, c'est le bombardement de Beyrouth; quelles en seront les conséquences? Il n'y a qu'un cri de réprobation contre M. Thiers. Mme de Lieven est assez malade. Elle a la fièvre, et reçoit sur sa chaise longue; elle joue très serré sur M. Guizot, mais on dit qu'elle se laisse deviner moins tendre!»

_Rochecotte, 8 octobre 1840._--J'ai reçu, hier, une lettre de Mme de Lieven, commencée le 5 et finie le 6; en voici l'extrait: Du 5: «En Angleterre, on n'a rien décidé; les ministres ne sont pas d'accord; cependant, le parti pacifique domine, et Palmerston lui-même prétend en être, sans, cependant, qu'il offre d'expédients pour une solution satisfaisante pour la France; et puis ses mouvements ne sont plus libres, il lui faut demander l'assentiment de la Russie sur tout. Depuis le bombardement de Beyrouth, Thiers paraît ne plus trouver sa place tenable, s'il ne fait quelque coup hardi; ses collègues ne sont pas tous de son avis, et le Roi ne veut pas d'extrémités. Cependant, il faut se décider. Lord Granville est très soucieux. Les choses sont poussées à un point qui ne saurait se prolonger ainsi. On allait jusqu'à dire, hier, que Thiers voulait envoyer deux cent mille hommes sur le Rhin, et la flotte française à Alexandrie pour s'opposer aux Anglais. Ce serait fou! La situation est très périlleuse, et, en supposant que Thiers se sépare du Roi, où trouver des gens assez résolus pour se charger de la lourde besogne du moment?»

Du 6: «Les trois ou quatre Conseils tenus dans ces deux jours ont fait prendre la résolution d'adresser une protestation au gouvernement anglais, dans laquelle on établira le _casus belli_, et je crois qu'Alexandrie et Saint-Jean d'Acre seraient ce cas-là. Mais si, en ce moment, une de ces villes se trouvait déjà attaquée, que deviendrait la protestation? Le gouvernement anglais a, de son côté, adressé des observations à ses alliés pour modifier le traité. On négocie donc, et assez franchement; mais, en attendant, les opérations militaires vont leur train. On dit que le Roi n'est pas tout à fait d'accord avec M. Thiers sur le _casus belli_. On dit aussi qu'il est particulièrement content de M. Cousin qui est à la paix avec l'amiral Roussin et M. Gouin. On me dit, de bonne source, que la convocation des Chambres est décidée pour les premiers jours de novembre, et que la note en protestation dont je vous parle sera arrêtée ce matin. Saint-Jean d'Acre n'y sera pas nommé.»

Cette lettre intéressante a fort alimenté notre conversation. Le duc de Noailles, qui est ici, et qui a apporté son manuscrit, nous a lu son morceau sur le quiétisme[142]. Il est fait avec clarté, en bon langage, sans longueurs, et avec des citations bien choisies, qui y donnent du mouvement.

[142] Ce morceau se trouve contenu dans l'_Histoire de Mme de Maintenon et des principaux évènements du règne de Louis XIV_, dont la première partie devait paraître en 1848.

_Rochecotte, 11 octobre 1840._--Nous avons appris, hier, la mort violente d'Arthur de Mortemart[143], excellent sujet, destiné à hériter de la superbe fortune de ses parents, et destiné aussi, ce que j'ignorais, à épouser la fille du duc de Noailles, que cette triste nouvelle a fait partir immédiatement. Arthur de Mortemart avait vingt-sept ans et était fils unique. Sa mort est un malheur affreux pour sa famille.

[143] Fils unique du duc de Mortemart; il mourut des suites d'une chute de voiture.

M. Molé me mande ceci: «Voilà les Chambres convoquées pour le 28, et mes amis exigent que je sois établi à Paris du 13 au 20; j'y consens, mais ce sera assurément pour l'unique et stérile plaisir d'échanger nos doléances. Nous marchons, fatalement, vers le gouvernement révolutionnaire. Il pourrait même bien être plus sanglant que la première fois. Ce qu'il durera, et ce qui le remplacera, Dieu seul le sait! et personne d'autre. Eh bien! si les journaux n'avaient pas égaré, divisé les esprits honnêtes, avec du courage on s'en tirerait; c'est notre intérieur qui rend la position sans remède. Le dehors s'arrangerait, et facilement, si le dedans lui inspirait quelque confiance. Au surplus, c'est la Chambre qui va tout décider. Comment espérer qu'elle sera à la hauteur de sa destinée? Je ne sais ce que deviendra ma réception académique au milieu de tout cela. Je suis prêt, et malgré les dires de Villemain, qui me paraît intimidé, je n'effacerai rien de mon éloge de Mgr de Quélen, et j'appelle le grand jour.»

_Rochecotte, 12 octobre 1840._--Une lettre de M. de Barante, de Saint-Pétersbourg, me dit ceci: «J'attends, ici, qu'il y vienne des nouvelles d'ailleurs, car, à Saint-Pétersbourg, on ne décide rien, et, au fond, on y est assez indifférent. La paix serait, peut-être, plus sage, mais la guerre est plus conforme aux sentiments qu'on professe depuis dix ans; donc, on ne fera que ce que voudra l'Angleterre. D'après cela, faites vos conjectures. Vous connaissez lord Palmerston et tout ce théâtre politique, et moi je n'en ai nulle idée.»

_Rochecotte, 14 octobre 1840._--Mme de Montmorency m'écrit que M. Demidoff a écrit à M. Thiers, pour obtenir l'autorisation d'annoncer sa femme, à Paris, _Son Altesse Royale Mme la princesse de Montfort_. Mme Demidoff a écrit, à ce sujet, directement à Mme Thiers, qu'elle a connue en Italie. Le Roi y a consenti.

_Rochecotte, 17 octobre 1840._--La duchesse d'Albuféra m'écrit: «On est un peu plus à la paix dans le moment. Les négociations ont été reprises, et on s'accorde à dire que si la guerre doit éclater, ce ne sera que dans un assez long temps; qu'on échangera bien des notes diplomatiques avant d'en venir à cette extrémité. Le général de Cubières, le Ministre de la Guerre, avait donné sa démission, parce qu'il voyait la majorité du Conseil trop guerroyante, son avis étant que nous ne sommes pas en état de soutenir la guerre contre les Puissances, et qu'il faut absolument l'éviter; mais cette démission n'a pas été acceptée, les négociations et les idées de paix ayant repris le dessus, pour le moment du moins. Le mémorandum français a ramené beaucoup d'esprits à M. Thiers. On est déjà fort occupé de la Présidence de la Chambre. Les avis se partagent entre M. Odilon Barrot et M. Sauzet. Le comte de Paris est retombé fort malade, et ses parents en sont très inquiets.»

_Rochecotte, 19 octobre 1840._--Mme de Lieven me mande ceci: «Le Cabinet anglais a fait bon accueil à la note française. Le parti pacifique y trouve de la force, mais tout n'est pas là. Il faut consulter à Saint-Pétersbourg, qui est loin, et pendant ces délais les journaux interviennent. Le mémorandum de Thiers plaît beaucoup à Paris, gêne lord Palmerston; à Saint-Pétersbourg, on trouvera qu'il dit tout haut ce qu'on s'était contenté, jusqu'ici, de murmurer tout bas. Quant à l'Autriche, Apponyi prétend que le récit, en ce qui la regarde, n'est pas exact. Du reste, le dénouement est imminent, et au 15 novembre, tout devra être décidé. Les quatre Puissances ne se soucient pas de la guerre et la France, où et sur quoi la commencera-t-elle? Malheureusement, on dit beaucoup que la paix ne peut pas faire ménage avec M. Thiers; ceci serait bien dangereux, car les esprits sont fort montés; et Thiers dans la balance, c'est plus que la guerre.»

_Rochecotte, 20 octobre 1840._--Nous apprenons, par les journaux, la nouvelle tentative d'assassinat sur la personne du Roi par un nommé Darmès[144]. Ces tentatives, répétées si souvent, font frémir, et ne laissent plus la moindre sécurité.

[144] Le 15 octobre 1840, vers six heures du soir, Louis-Philippe retournait de Paris à Saint-Cloud avec la Reine et Madame Adélaïde; la voiture suivait le quai des Tuileries; elle arrivait ainsi au poste du Lion, lorsqu'une détonation se fit entendre. Mais l'arme dont l'assassin Darmès venait de se servir contre le Roi avait éclaté, et le coup s'était tout entier retourné contre lui. Arrêté, incarcéré dans la prison, il fallut aussitôt lui faire l'amputation de la main gauche, qui était absolument mutilée.

Mon gendre a reçu hier des lettres de Paris, dans lesquelles on lui dit que le vent semble tourner à la guerre; qu'on assure que lord Palmerston veut l'exécution entière du traité; que notre Ministère se croit sûr de la majorité, ce qui tiendrait plutôt à la terreur qu'auraient les opposants de prendre le pouvoir, dans les circonstances actuelles, qu'à la confiance qu'inspire le Cabinet. Mgr le duc d'Orléans aurait dit, après l'attentat de Darmès, qu'il était décidément pour la guerre, préférant être tué sur les bords du Rhin, à être égorgé dans un ruisseau de Paris. Toutes les lettres s'accordent à représenter les esprits bien agités et les circonstances aussi compliquées que graves.

_Rochecotte, 21 octobre 1840._--Le journal annonçait, hier, l'abdication de la Reine Christine. Il faut convenir que ce fait ne marquera pas agréablement l'ambassade de M. de La Redorte en Espagne.

Le duc de Noailles m'écrit ceci: «On parle beaucoup de la démission de Thiers; plusieurs le disent perplexe à ce sujet; il ne sait comment paraître devant les Chambres. Il voudrait se ménager une retraite qui le fît retomber à la tête d'un parti, en faisant croire qu'il n'a pu obtenir du Roi les décisions énergiques que l'honneur national réclame. D'un autre côté, s'éclipser ainsi, laisser tout le monde dans l'embarras, après avoir soulevé et provoqué tant de choses, fuir la discussion et la responsabilité devant les Chambres, est un parti qui aurait sa honte; cependant, les mieux informés croient à la démission. Le discours de la Couronne est le seul point, maintenant, sur lequel il puisse se mettre en dissentiment et demander sa retraite.

«La Prusse refuse, décidément, de laisser sortir des chevaux de son territoire: on espère en trouver en Normandie et en Hollande. On est, de fait, fort embarrassé, car on n'est nullement prêt à la guerre; on ne saurait l'être avant le printemps, et déjà on est arrivé à quatre cent cinquante millions de crédits extraordinaires. Les finances vont être un gouffre: si la rente tombe à 99 (l'amortissement devant alors agir et acheter pour seize millions par mois) et si on retire l'argent des caisses d'épargne, le Trésor ne saura plus comment s'en tirer. L'expédition de Syrie ne paraît point avoir de résultat prochain. Ibrahim laisse les alliés s'emparer du littoral séparé du reste par une chaîne de montagnes qui suit la mer et que les troupes débarquées ne peuvent pas franchir; il contient tout ce pays qui, comprimé par son armée, n'ose et ne peut pas se révolter, et il attend que les vents chassent la flotte, qui ne pourrait y revenir qu'au printemps. J'ai vu une lettre de lady Palmerston assez pacifique. Guizot écrit aussi qu'à Downing-Street, on est plus calme.

«Le Roi est très abattu de cette reprise d'assassinat, et Thiers sent le tort que cela fait au Ministère. On dit que les Députés qui sont ici et qui arrivent sont plutôt pacifiques, et que la Chambre des Pairs est tentée, si elle en a le courage, ce dont je doute, de prendre une attitude imposante et gênante pour le Ministère.»

_Rochecotte, 23 octobre 1840._--Madame Adélaïde me mande ceci, dans une très aimable réponse à une lettre que je lui avais écrite, à l'occasion de l'attentat de Darmès: «La première parole du Roi, après l'explosion, a été, en s'adressant à la Reine et à moi: «Eh! qu'il faille que vous soyez toujours dans cette fatale voiture!» Ce mot est vraiment touchant.

Voici ce que dit Mme de Lieven: «Granville a remis, hier, la réponse de lord Palmerston à la note du 8. Cette réponse promet, je crois, de s'employer à faire révoquer la déchéance du Pacha, si celui-ci se soumet; vous voyez que cela n'avance guère l'affaire. Tout ce qu'on peut dire, aujourd'hui, c'est que les manières et le langage, de part et d'autre, sont devenus plus doux, et que cela _peut_ amener à s'entendre. Lord Palmerston ne s'explique pas plus clairement, parce qu'il attend toujours les brillants succès de Syrie! Jusqu'ici il les a attendus en vain. Le ton du Ministère français est moins guerroyant; il dit: «La guerre pourrait arriver au printemps, si l'hiver ne règle pas tout.» Vous voyez que voilà une modification et la diplomatie, à Paris, est disposée à croire à la paix. Nous allons voir les Chambres; voilà ce qui sera important pour les choses et pour les hommes.

«Le Roi n'est plus venu en ville, depuis le coup de carabine, sur lequel les journaux étrangers s'expriment plus convenablement que les journaux français.

«On dit fort que la division du Cabinet anglais est devenue beaucoup plus patente, et que la minorité est du côté Palmerston; M. de Flahaut, qui arrive demain, nous édifiera sur ce sujet. Aujourd'hui, Mme de Flahaut est fort anti-Palmerston, parce qu'elle craint, naturellement, la guerre entre les deux patries[145]. Lord John Russell a passé à la majorité, contre lord Palmerston, et c'est une grosse pièce, tout frêle qu'il est. Il y a une confusion incroyable par le monde et on ne sait plus où on en est, mais vraiment je commence à espérer un peu plus la paix qu'il y a quelques jours.»

[145] Mme de Flahaut était Anglaise, fille de l'amiral Keith (lord Elphinstone), qui fut chargé de notifier à Napoléon Ier, venu sur les côtes anglaises pour y chercher l'hospitalité, en 1815, qu'il était prisonnier de la Sainte-Alliance. Ce fut lui qui reçut la mission de préparer l'embarquement du captif pour Sainte-Hélène.

_Rochecotte, 24 octobre 1840._--Mon gendre a reçu, hier, la nouvelle de la démission du Ministère français, qui se retire à l'occasion du discours de la Couronne, qu'il voulait faire remplir de _casus belli_, ce que le Roi ne veut pas[146].

[146] Thiers tomba définitivement, avec son Ministère, pour faire place à M. Guizot, le 29 octobre 1840. Il ne devait plus remonter au pouvoir sous le règne de Louis-Philippe.

Mon fils, M. de Dino, m'écrit que le grand-duc de Toscane a fait M. Demidoff prince de San-Donato, du nom de sa manufacture de soieries, et lui a donné l'Excellence. Le Pape[147] a envoyé les dispenses pour le mariage. Le douaire de la jeune Princesse est fixé à deux cent cinquante mille francs, et ses épingles à vingt-cinq mille francs.

[147] Le Pape était alors Grégoire XVI.

_Rochecotte, 25 octobre 1840._--Il paraît que la Reine Christine va se fixer à Florence, où sont ses intérêts de cœur. Elle a deux enfants de Muñoz, qu'elle adore; elle a mis quinze cent mille francs de rente à l'abri.

Le petit comte de Paris est bien mal; il a une fièvre continue qui le fait tomber en consomption. Le duc d'Orléans est désolé; la Duchesse est au lit, bien faible, bien malheureuse; on lui défend de bouger, on craint qu'elle n'accouche avant terme: elle est à huit mois. Les chagrins frappent cette pauvre famille Royale.

_Rochecotte, 2 novembre 1840._--La Reine Christine ne va pas en Italie: Nice, Paris, et ensuite Bordeaux, voilà, dit-on, sa marche; elle veut rester près de l'Espagne pour guetter les mouvements.

Voici ce que dit Mme de Lieven, en date d'avant-hier: «Vous voyez ce qui se passe ici: cela va devenir bien orageux. Il faut que M. Guizot ait bien du courage pour s'embarquer dans un pareil navire. A Londres, on est devenu bien doux, et on est disposé à le devenir davantage encore, en faveur du nouveau Ministère, mais il faudrait faire immensément pour satisfaire ici les enragés, et les complaisances anglaises elles-mêmes seront mal interprétées pour le nouveau Cabinet. Tout cela est bien difficile, bien loin de se dénouer. La Chambre sera à l'état de tempête perpétuelle; le spectacle sera curieux, mais au point de devenir effrayant. On dit le Roi tout joyeux d'être débarrassé de Thiers, et ravi de ses nouveaux Ministres[148]; je voudrais pouvoir croire que sa joie aura de la durée. Thiers dit qu'il ne fera pas d'opposition à Guizot. Chansons!... Le comte de Paris va mieux. Le duc d'Orléans n'est pas satisfait du changement de Ministère, mais le Roi Léopold l'est beaucoup.»

[148] Le nouveau Cabinet était ainsi composé: Ministre de la Guerre et Président du Conseil, Maréchal Soult; Affaires étrangères, M. Guizot; Travaux publics, M. Teste; Intérieur, M. Duchâtel; Finances, M. Humann; Instruction publique, M. Villemain; Justice, M. Martin du Nord; Commerce, M. Cunin-Gridaine; Marine, amiral Duperré.

_Rochecotte, 4 novembre 1840._--Je trouve ceci dans une lettre que je viens de recevoir de M. Molé: «Le Ministère qui se retire perdait tout, et, avant trois mois, nous donnait la guerre avec l'Europe entière, et le gouvernement révolutionnaire au dedans. Que fera celui qui arrive? Je l'ignore; mais plus de mal, même autant de mal, je l'en défie. Il s'est formé de manière à ce qu'il ne me reste, à son égard, qu'à m'abstenir; c'est un rôle facile, et que, le plus souvent, je préfère, d'autant plus que quand je _participe_, ce n'est jamais à demi.»

_Rochecotte, 5 novembre 1840._--Mon fils, M. de Dino, m'écrit, de Paris, qu'on y fait de grands préparatifs, pour orner la route par où passera le cortège ramenant les cendres de Napoléon de Sainte-Hélène, et qu'on a eu la singulière idée d'y aligner, en haie, les effigies de tous les Rois de France: seront-ils là pour porter les armes à l'usurpateur? Vraiment, on est fou de notre temps! Du reste, cette belle invention appartient au Cabinet de M. Thiers, et non au Ministère actuel.

Voici ce que contient une lettre de Mme Mollien: «Hier au soir, en plein spectacle, Bergeron, le premier en date de tous les assassins du Roi, est entré dans une loge où était M. Émile de Girardin, le rédacteur de _la Presse_, et, sans mot dire, lui a donné un soufflet; celui-ci de se lever comme un furieux; sa femme, deux fois grande et forte comme lui, de le retenir par le collet de son habit, en criant: «Ne sortez pas, vous ne sortirez pas; c'est un assassin.» Cela a fait, dit-on, une scène inconcevable; tous les hommes s'en sont mêlés; l'esprit querelleur a chauffé toutes les têtes, et on dit que dans le foyer et dans les couloirs, on n'entendait, de toutes parts, que défis et rendez-vous.»

Voici, pour changer de ton, l'extrait d'une autre lettre: «M. Guizot et Mme de Lieven sont Ministres des Affaires étrangères, et je crains que M. de Broglie n'ait plus que le sort de la Sultane Validé. M. Molé n'a pas été appelé. Le Roi répète beaucoup que M. Molé ne voulait se mêler de rien; cela n'est pas. Les temps sont trop graves pour qu'un homme de cœur comme lui pût tenir un semblable langage; mais l'interprétation est plus commode ainsi. Depuis, le _Journal des Débats_ a eu soin de mettre en jeu les scrupules de M. Molé et de lui dire: «Si vous vous abstenez de soutenir le Cabinet, qui est conservateur, nous aurons la gauche, et ce sera votre faute; c'est un crime envers le pays, etc...» Cela ne vous semble-t-il pas comme ces parents qui, voyant un fils bien malade, disent à une jeune fille: «Si vous ne lui accordez pas un rendez-vous, il mourra et vous serez cause de sa mort!» Si j'étais jeune fille, je vous assure que je resterais rudement honnête femme! Mon conseil est que M. Molé reste académicien, et rien qu'académicien; d'ailleurs, il n'en sera pas pour cela plus mal placé. Savez-vous que Maurice de Noailles se fait prêtre? On dit que Barante sera ambassadeur à Londres. Je le souhaite.»

On a mandé à mon gendre que c'était par désespoir de ne pouvoir épouser la fille du duc de Noailles, que Maurice de Noailles se faisait prêtre; j'avoue que je ne crois pas encore à toute cette histoire, et que j'en attends la confirmation.

_Rochecotte, 6 novembre 1840._--Le courrier d'hier m'a apporté une longue lettre de M. de Salvandy: «Nous sortons d'une crise ministérielle. Elle a eu peu d'incidents; il est arrivé que M. Molé est resté au dehors de la combinaison; il éprouve, avec une irritation profonde, la conviction que c'est une influence suprême qui a fait son exclusion. M. de Montalivet, à l'origine de la crise, s'est donné une peine énorme pour que M. Molé fît partie du Cabinet nouveau; il allait, venait, déclarait cet élément indispensable, le déclarait partout, surtout à M. Molé. Je ne pouvais m'empêcher de dire à M. Molé que tant de zèle m'était suspect, et qu'il m'était impossible de n'en pas conclure que cela finirait mal. En effet, il n'a pas été question un seul instant de M. Molé. On n'a pas même songé à employer, à son égard, des formes, qui l'auraient _extérieurement_ désintéressé. On n'a guère tenu plus de compte de tous les hommes qui avaient composé le Ministère du 15 avril. Ce n'est que le dernier jour qu'on y a quelque peu songé. La combinaison a été faite avec tant de légèreté, qu'on n'a pas même fait d'efforts pour entraîner M. Passy, disposé à entrer sans condition, mais attaché à M. Dufaure, qui a fondé ses refus, moins sur des motifs politiques que sur une répulsion toute personnelle contre M. Martin du Nord. M. Passy et M. Dufaure n'avaient aucune objection, ni contre moi, ni contre M. Laplagne. On pouvait donc, avec moins de précipitation, réunir au maréchal Soult et à M. Guizot quelques Ministres du 15 avril et du 12 mai; il y aurait eu là des éléments considérables de majorité, d'une majorité compacte et permanente. Au lieu de cela, on s'est constitué à l'aventure, en comptant sur les périls amassés par M. Thiers, pour donner des votes le premier jour, sans s'inquiéter du lendemain; cependant, le Cabinet formé, on a réfléchi qu'on n'avait ni le centre gauche, ni même le parti conservateur. Alors, on s'est mis en course pour les acquérir: tous les Ministres me sont arrivés. M. Guizot, que je n'avais pas vu depuis la coalition, est venu, la plaque à l'habit, me demander solennellement mon concours. Je ne lui ai pas dissimulé que c'était bien tard; que cette constitution du Ministère, sans voir ni entendre personne, sans honorer M. Molé et son parti par des procédés honnêtes, amassait des difficultés sur une situation qui en était chargée. En écoutant M. Guizot, je me rappelais ce que je disais à M. le duc d'Orléans, il y a quelques jours: c'est que, des deux rivaux, je ne saurais dire lequel est le plus léger; que Thiers a la légèreté en dehors, et Guizot en dedans; en effet, chez celui-ci, pas une vue des dangers intérieurs, des obstacles parlementaires, du péril que crée l'abstention de MM. Passy et Dufaure, qui, avec Lamartine et moi, laissent un Cabinet possible entre celui d'aujourd'hui et celui de M. Odilon Barrot, soit qu'on nous donne M. Molé, M. de Broglie ou même M. Thiers pour chef. Bref, la confiance et la présomption la plus ineffable, et un parfait oubli de l'apostasie de 1839, que ce nouveau changement de foi et de drapeau aggrave encore; la conviction qu'on peut reprendre ses doctrines où on les avait laissées, parler de nouveau conservation, ordre, résistance, avec la même autorité; imprévoyance des fureurs que ce langage va soulever chez les adversaires, en nous trouvant nous-mêmes froids et mécontents. Cependant, nous appuierons, car nous sommes, avant tout, d'honnêtes gens; il me paraît également certain qu'il y aura, dans le principe, une majorité. Thiers a mené les choses à un tel point, que le réintégrer, ce serait à la fois la révolution et la guerre. Mais l'humiliation extérieure à laquelle le Cabinet Guizot vient présider pèsera sur lui de manière à l'écraser. Les honnêtes gens ne pardonnent pas à Thiers d'avoir rendu cette humiliation inévitable; dans trois mois, personne ne pardonnera à Guizot de l'avoir acceptée. Dans ma pensée, il devra prochainement succomber, mais s'il rend le double service de nous faire traverser sans encombre une situation redoutable, et de préparer la reconstruction de la majorité conservatrice, il aura beaucoup fait. Je ne désespère pas, et pour mon compte, assurément, je l'y aiderai. En me quittant, il allait faire une démarche conciliante auprès de M. Molé.

«La cause immédiate de la rupture du Roi avec Thiers est celle-ci: dans le discours, Thiers demandait des _mesures nouvelles_, c'est-à-dire cent cinquante mille hommes de plus, en tout six cent cinquante mille hommes,--la mobilisation de la Garde nationale,--des camps sur le Rhin et sur les Alpes; c'était la guerre. Le Roi offrait, par accommodement, de dire que ses Ministres exposeraient ce qu'ils avaient fait, et ce qu'ils comptaient faire. Thiers refusa: selon toute apparence, on n'était sincère ni d'un côté ni de l'autre. M. Thiers sentait que la position n'était plus tenable: la gauche était frémissante; les conservateurs avaient peur jusqu'à tout oser; ses folies ne soutenaient pas la discussion. Le Roi, de son côté, avait le courage de trouver, dans l'attentat de Darmès, un point d'appui suffisant pour attirer à lui la lutte et renverser son cardinal de Retz, en ne courant pas de risques pour son pouvoir, mais en en courant beaucoup, d'énormes même, pour sa vie.

«Tandis que le parti conservateur semble se reconstruire par le retour de la grande majorité des Doctrinaires et le vote probable des centres gauches effrayés, les Doctrinaires se divisent: M. Duvergier de Hauranne et M. Piscatory suivent M. de Rémusat et M. Jaubert de la gauche; M. de Broglie est déchiré entre les deux camps; M. Thiers compte toujours sur lui, et se flatte d'être hautement défendu par lui à la Chambre des Pairs; M. Guizot, au contraire, se croit sûr de son acceptation de l'ambassade de Londres. Il y met une grande importance, quoique M. de Broglie ne pourra pas lui apporter, il s'en faut, toutes les forces qu'il ôtera à Thiers, mais enfin, il ne lui en ôterait pas, et c'est quelque chose. A son défaut, Mmes de Barante et de Sainte-Aulaire se disputent Londres.--On ne doute pas de la démission de M. de La Redorte, qui a joué un triste rôle dans la Péninsule: ce serait un mouvement dans le Corps diplomatique; je sais qu'il est question de m'offrir une ambassade, je ne me suis pas encore demandé quelle serait ma réponse. M. Guizot n'apporte rien de Londres; on pourrait obtenir quelque chose de lord Melbourne, rien de lord Palmerston, et il n'est pas bien sûr que l'Europe soit plus loin des dispositions du premier que du second.--On reste alarmé pour le comte de Paris. Chomel, auquel j'ai parlé, mais qui, à la vérité, voit en noir, n'espère rien, sinon que le pauvre jeune Prince vivra assez pour ne pas mêler une effroyable douleur aux couches de Mme la duchesse d'Orléans.»

_Rochecotte, 8 novembre 1840._--M. d'Entraigues, notre Préfet, qui est ici depuis avant-hier soir, a reçu, hier, par une estafette, la nouvelle télégraphique arrivée pour lui à Tours, et portant la nomination du Président, des vice-Présidents et des bureaux de la Chambre des Députés. Ces choix sont, Dieu merci, favorables au Cabinet, et faits par une bonne majorité. Ce début est un peu réconfortant. Tant mieux si la peur inspire la sagesse!

J'ai eu une lettre du duc de Noailles, qui me dit qu'il n'y a rien de vrai dans la prêtrise de M. Maurice son cousin. Vraiment, on est merveilleux pour inventer et propager des histoires, et leur donner tant d'accessoires de détails qu'on finit par ajouter foi à ce qui n'a pas le moindre fondement. Le duc de Noailles me mande en outre ceci: «La séance royale[149] a eu, m'a-t-on dit, un aspect lugubre. D'un côté des cris très vifs et avec une intention marquée, et, du côté de la gauche, un silence menaçant; au milieu, le Roi, versant des larmes à un certain passage de son discours. Le discours manque de noblesse: il pourrait être plus noblement pacifique. C'est Guizot qui l'a fait. Le désir de la paix y tient trop de place; il n'a pas réussi. La majorité est assurée au Ministère pour quelque temps: à mesure que les craintes de guerre s'éloigneront, il la perdra.--On a fait, dans le gouvernement, son deuil de la Syrie. Si le Pacha se soumet, tout sera fini; s'il résiste et qu'on l'attaque en Égypte, il est difficile que la bombe n'éclate pas ici.--Thiers a dit à Guizot, à son arrivée: «A votre tour; il n'y a que deux hommes en France, vous et moi; je suis le ministre de la Révolution, vous êtes celui de la Conservation; quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre; nous ne pouvons pas marcher ensemble, mais nous pouvons bien vivre ensemble; je ne vous ferai pas obstacle; je ne vous serai pas incommode.» Néanmoins, il intrigue déjà beaucoup dans la Chambre, et on s'agitera pour lui.»

[149] Séance d'ouverture de la Chambre des Députés.

_Rochecotte, 12 novembre 1840._--L'abbé Dupanloup est arrivé hier ici, pour bénir ma chapelle. La cérémonie va se faire tout à l'heure.

Le courrier d'hier nous a apporté la nouvelle des couches de Mme la duchesse d'Orléans. Je suis charmée de la naissance de ce second fils[150].

[150] Le duc de Chartres.

Mme de Lieven m'écrit; elle est fort satisfaite des débuts du Ministère.

_Rochecotte, 14 novembre 1840._--J'avais désiré que la première messe qui se dirait dans ma chapelle le fût pour le repos de l'âme de M. de Talleyrand, mais une messe d'inauguration ne pouvant être une messe noire, celle d'avant-hier avait été dite en couleur et en l'honneur de saint Martin. Celle d'hier a été pour notre cher défunt. L'autel est précisément à la place où était son lit, dans la chambre que la chapelle a remplacée. Cela m'a fort émue...

_Rochecotte, 17 novembre 1840._--M. de Salvandy, qui, très obligeamment, s'est mis à m'envoyer un petit bulletin hebdomadaire, me dit que le Corps diplomatique à Paris s'est trouvé presque aussi vivement ému de la dernière note de lord Palmerston[151] que la Chambre elle-même.

[151] Lord Palmerston ne voulait faire aucune concession.

Il paraît que le comte Apponyi a écrit partout, pour représenter le danger de pousser la France à la révolution et à la guerre, quand elle fait effort pour secouer le joug de l'anarchie. Lord Granville et M. de Bülow désavouent lord Palmerston. S'il voulait décidément pousser la France à bout, on peut croire que ni l'Autriche ni la Prusse ne le seconderaient. Le langage même de la Russie semble modifié.

Mon gendre m'écrit de Paris, le 15: «Tout m'a paru, ici, fort confus en apparence. La transition, de la provocation révolutionnaire à l'humilité, ne peut se faire qu'au milieu du bruit, pour mettre la pudeur en défaut. C'est à quoi tout le monde concourt; on braille des bravades du côté de la paix et du côté de l'ancien Ministère; on crie généralement contre la lâcheté et l'avilissement du pouvoir, sans dire exactement ce qu'on aurait fait. Ces attaques, non spécifiées, ne mettent jamais dans une position vraiment embarrassante, et comme elles font du bruit sans faire de mal, elles donnent, à ceux auxquels elles s'adressent sans les atteindre, l'apparence d'un succès. Il me paraît donc généralement admis que le Ministère aura la majorité. Aussi M. Guizot disait-il, avant-hier, dans son salon (d'un air héroïque auquel se reconnaît aisément le général Guizot): «Messieurs, nous venons d'entrer en campagne; la guerre sera longue et rude, mais j'espère que nous remporterons la victoire.» Ce n'est pas que la Chambre, tout en voulant la paix à tout prix, soit commode: plus elle craint, plus elle crie, sauf à tomber, sans regret, de toute la hauteur à laquelle elle s'élèvera, comme le Roi. Ainsi, l'Adresse, dont le rédacteur sera, dit-on, M. Passy, ou M. de Salvandy, sera fort belliqueuse, au point de vue d'embarrasser le gouvernement, quoiqu'il soit décidé à s'embarrasser peu de ces choses-là.

«Vous avez lu la réponse de lord Palmerston au Mémorandum du 8 octobre: c'est une grosse affaire. Le mépris pour nous y est évident; il n'est pas même accompagné de formes. Il paraît, du reste, que ce sentiment à notre égard s'est singulièrement accru depuis quelque temps. La note a, cependant, beaucoup embarrassé M. Guizot, qui avait dit à tout le monde que, depuis son Ministère, les choses avaient changé de face en Angleterre, et lord Palmerston de caractère, ce qu'il résumait par ces mots: «J'apporte la paix dans ma poche.» Voici comment il a expliqué la note de lord Palmerston, chez le Président de la Chambre[152], il y a deux jours: «Lord Palmerston est un _esprit théologique_; il a le goût de ne laisser aucune objection sans réponse; c'est pourquoi ceci ne veut rien dire: _ce n'est qu'une question de principes_.» M. Dubois (de la Loire-Inférieure), qui est un homme d'esprit, et fort ami du nouveau Ministère, a pris là-dessus M. Guizot à part, et lui a dit qu'il se ferait tort, s'il répétait cela à la Chambre. L'autre, pour toute réponse, a répété sa proposition, dont il était si charmé, qu'il l'a fait insérer le soir même dans son journal, _le Messager_, sous la forme d'une note, au bas du Mémorandum, en supprimant seulement le _théologique_. Cela a fait, néanmoins, une petite affaire, qui dure même encore, et qui imprimerait un cachet de ridicule sur M. Guizot, si quelque chose faisait quelque chose dans ce pays-ci. Le Ministère va faire la paix, tout le monde croit qu'il y réussira. Après, il périra, sans savoir pourquoi, dans une bourrasque; c'est ce qu'on me paraît aussi croire assez généralement. Puis, viendra M. Molé, qui reste seul, et qui sera reçu par tout le monde peut-être, non qu'il soit plus favorisé à la Chambre qu'il n'était, mais l'énergie de tout le monde est fort usée, et le Roi est le maître; cela dépendra du Roi, lequel est mal disposé pour M. Molé dans ce moment-ci, et a dit sur lui un mot, que d'autres attribuent à M. Guizot, et qui ne mérite pas d'avoir deux pères: «M. Molé est un excellent spectateur, mais c'est un mauvais acteur.» Il me semble que le mot est de moi, et que quelqu'un me l'a volé, il y a cinq ans!

[152] M. Sauzet.

«La campagne de Syrie est décidément très bonne pour les alliés. Les Anglais s'y conduisent avec énergie; ils mènent les Turcs se battre à coups de bâton et tout plie: la force d'Ibrahim était un fantôme. On s'attend, à tout moment, à recevoir la nouvelle de la prise de Saint-Jean d'Acre, ce qui sera une grosse affaire là-bas et ici. Ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'il n'est pas du tout sûr qu'on sauve l'Égypte. Déjà, il court des bruits d'une révolte probable à Alexandrie, de l'assassinat, de l'empoisonnement du Pacha, et vous avez vu que lord Palmerston, avec son esprit théologique, ne parle plus de la déchéance du Pacha, comme il en parlait il y a trois semaines. Il n'est nullement sûr que l'on ne cède, ici, sur cela même, ce qui serait une énorme reculade.

«Voilà le présent, parlons un peu du passé. Thiers a diminué aux yeux de tout le monde; sa timidité a été, tout le temps, aussi grande que son imprudence, et sa légèreté aussi. Il a destitué le Consul de France à Beyrouth, parce qu'il avait voulu servir le Pacha en Syrie, en calmant la révolte, et jamais on n'a pu le décider à envoyer en Syrie des agents sûrs, pour connaître exactement la force de résistance d'Ibrahim, ce qui fait qu'on a été trompé, et que toute la conduite de la France a été réglée dans l'attente d'un résultat qui n'est pas arrivé. M. de Broglie pense que le Roi a eu grand tort de renvoyer le Ministère de M. Thiers, parce que, sans cela, il tomberait dans ce moment-ci, au bruit de la dérision publique; opinion basée sur ceci: que quand on joue gros jeu sur une carte et qu'elle ne sort pas, tout le monde se moque de vous. La personne à laquelle il le disait hier soir pensait, au contraire, que la Chambre, tout en redoutant la guerre, n'aurait pas eu l'énergie de renverser le Cabinet.

«Le discours rédigé par Thiers ne proposait pas une levée nouvelle de cent cinquante mille hommes, mais seulement d'avancer de trois mois la levée nouvelle, de paix ou de guerre, qui se fait ordinairement au printemps; du reste, il était modéré; mais, au total, ni lui, ni le Roi n'étaient sincères, et c'était, des deux côtés, un prétexte.

«Il y a eu une crise ministérielle, sans que nous nous en doutions, après la prise de Beyrouth: le Ministère voulait, comme démonstration, envoyer la flotte devant Alexandrie; le Roi, non. M. de Broglie a été nommé médiateur par les deux parties et les a raccommodées, sur cette idée, qu'il était impossible, dans le moment donné, sur cette retraite ainsi motivée, de nommer un Ministère durable; et il n'a pas voulu que la flotte fût envoyée à Alexandrie, sur cette autre idée, que la mesure était bonne en soi, comme propre à inquiéter les alliés, sans leur donner aucun droit de se plaindre, et qu'un gouvernement absolu aurait bien fait de l'exécuter, mais qu'en pratique française, la presse, sur cette mesure, aurait, bon gré mal gré, fait battre la flotte, et que c'eût été la guerre. Tout ce raisonnement, du reste, est basé sur ce que cette mesure, ou toute autre du même genre, ne pouvait s'obtenir que par des moyens violents, et nécessairement publics, comme démission, crise, etc.; car, si on l'avait arrangée à l'amiable, et en secret avec le Roi, il en eût été tout autrement. Aussi, la bienveillance de M. de Broglie pour le Roi n'est pas grande. Il dit, au reste, que tout lui est devenu égal, sauf le trouble matériel; qu'il appuiera tous les Ministères possibles; que non seulement il ne fera rien pour les renverser, mais pas même pour les ébranler, attendu qu'un Ministère, quel qu'il soit, aura toujours plus raison que la Chambre; qu'il se déclare enfin du bagage ministériel, ce que personne n'avait encore osé avouer, et qu'il vous envie beaucoup de passer l'hiver à la campagne. Il est d'une sérénité olympique, saupoudrée d'une ironie amère et perçante.

«M. Guizot dit, en confidence, à ses amis, qu'il a décidé M. de Broglie à accepter l'ambassade de Londres. Je n'en crois absolument rien, mais j'ai oublié de le demander à celui-ci, hier au soir.

«M. Molé m'a paru au dernier degré de l'abattement. Il met Jérémie en madrigaux; il est fort changé.»

_Rochecotte, 22 novembre 1840._--Mon gendre a mandé hier, à sa femme, que la lecture des pièces diplomatiques faite dans le sein de la Commission de l'Adresse, à la Chambre des Députés, fait de M. Thiers un ministre incapable et impossible; de M. Guizot, un ambassadeur sagace et un auxiliaire périlleux, et de lord Palmerston l'esprit ferme et résolu de la situation... que Thiers a voulu leurrer, berner, attraper tout le monde, et qu'on s'est moqué de lui... et de la France. Il écrit aussi que M. le duc d'Orléans a dit sa petite improvisation à la Chambre des Pairs, avec un à-propos, une bonne grâce, une élévation admirables.

Il est arrivé une nouvelle note de lord Palmerston, plus bienveillante dans la forme, mais qui inquiète toujours sur l'Égypte.

On envoie M. Mounier, officieusement, à Londres, pour tâcher d'y obtenir quelque chose.

Mon fils Valençay m'écrit que Mme de Nesselrode est à Paris pour six semaines, qu'elle n'ira pas à la Cour, et, par conséquent, pas dans le grand monde, mais elle vivra en garçon, et est ravie de son coup de tête. Je ne sais pas si le comte de Nesselrode en sera également enchanté.

_Rochecotte, 23 novembre 1840._--Mon gendre écrit que M. Walewski, qui avait été envoyé en Égypte auprès d'Ibrahim, croyant encore adresser ses dépêches au Ministère du 1er mars, avait écrit que, malgré tous ses efforts, il n'avait pu décider Ibrahim à passer _le Taurus_. Il paraît que cette dépêche fait grand scandale.

_Rochecotte, 24 novembre 1840._--Voici ce que mon gendre m'écrit: «Il y a un bruit vague qu'il va se faire un arrangement en Syrie et en Égypte, qui ne sera pas la destruction du Pacha. Cela est dû à sa soumission absolue aux Puissances, mais nous nous en vanterons ici, et la majorité fera semblant d'y croire. Pour quelque temps, la discussion va être terrible entre Thiers et Guizot, personnellement, et, ce qu'il y a de plus triste pour tous deux, c'est que les assistants donneront raison à chacun contre l'autre. En résultat, ils creuseront le trou dans lequel ils tomberont l'un et l'autre; Thiers est à peu près complètement perdu, et Guizot le sera au printemps, après qu'il se sera épuisé à refaire le lit de M. Molé, qui entrera sûrement _si le Roi le veut_.»

_Rochecotte, 25 novembre 1840._--J'ai lu, avec admiration, les nobles adieux de la Reine Christine à la nation espagnole[153]. Il me paraît que c'est d'un autre temps, et d'un siècle où le langage des Rois était encore celui de Dieu. On dit que c'est M. d'Offalia (qui, lui aussi, a quitté l'Espagne) qui a rédigé ce touchant manifeste.

[153] Ce manifeste de la Reine Christine au peuple espagnol se trouve aux pièces justificatives de ce volume.

_Rochecotte, 26 novembre 1840._--Quel discours que celui de M. Dupin! Certes, je suis la créature la plus pacifique de France, mais je ne comprends pas qu'on puisse aller jusqu'à une telle platitude; platitude si inutile, si gauche, si maladroite, qu'en vérité, cela semblerait une gageure!

La maréchale d'Albuféra me mande que la comtesse de Nesselrode a rencontré, chez elle, M. Thiers, qui a fait feu des quatre pieds, et qui a _charmé_ la comtesse. Avec les engouements de Mme de Nesselrode, elle peut arriver à de l'exaltation, même pour M. Thiers!

Les Anglais ont pris Saint-Jean d'Acre. Leur petite Reine est accouchée d'une fille[154].

[154] Victoria, princesse royale de Grande-Bretagne et d'Irlande, naquit le 21 novembre 1840. Par son mariage avec le prince Frédéric-Guillaume de Prusse, elle devint, plus tard, Impératrice d'Allemagne. Elle fut la mère de l'Empereur Guillaume II.

_Rochecotte, 28 novembre 1840._--Le duc de Noailles m'écrit: «Vous verrez, par la lecture de la séance d'hier, à la Chambre des Députés, toute l'agitation de l'Assemblée. Tout cela établit et confirme la paix dans la honte. Ce qui se passe pèsera sur l'avenir de la dynastie actuelle. La conséquence intérieure me paraît devoir être une quasi réforme dans la Chambre, qui amènera une dissolution, et cette dissolution, une Chambre avec laquelle on sera obligé de subir un Ministère de gauche avec Thiers à la tête.»

Mme Mollien me mande: «La Reine Christine est jolie; son teint est superbe, sa peau fine et blanche, son regard très doux, son sourire gracieux et fin; mais il ne faut pas, pour la trouver charmante, que les yeux qui l'examinent descendent plus bas que la tête; en détaillé, c'est quelque chose de monstrueux, et qui ne le cède en rien à sa sœur l'Infante. Elle est venue en France sans Dames, quoique les journaux s'amusent à parler de je ne sais quelle Doña, qui, si elle existe, n'est, vraisemblablement, qu'une femme de chambre. Il y a, à Paris, des dames espagnoles qui feront une espèce de service auprès d'elle; dans ce moment, c'est la duchesse de Berwick. La suite ne se compose que de deux hommes, tous deux jeunes: l'un surtout, le comte de Raquena, n'a pas l'air d'avoir plus de vingt ans; c'est un petit blondin à moustaches, vraie tournure de lieutenant de comédie. Je ne sais quand la Reine partira: elle dit qu'elle se plaît beaucoup ici. J'ai peur qu'elle ne s'y plaise trop, et n'y reste trop longtemps; ces visites royales sont toujours des dérangements dont on est bien vite fatigué aux Tuileries. Elle y dîne tous les jours, bien qu'elle demeure au Palais Royal. Son entrevue avec sa sœur a été très froide, mais, enfin, elle a eu lieu sans scène, c'était tout ce que l'on demandait.»

La duchesse de Bauffremont me mande le mariage de son petit-fils Gontran avec la seconde Mlle d'Aubusson; l'aînée épouse le prince Marc de Beauvau. Le mariage de Gontran n'aura lieu que dans un an, la jeune personne n'ayant pas quinze ans. Elle sera énormément riche; sa mère est Mlle de Boissy, son père est malade depuis dix ans, et sa fortune en tutelle. Gontran n'a pas dix-neuf ans, il est fort joli garçon.

_Rochecotte, 29 novembre 1840._--Le _Journal des Débats_, d'avant-hier, était fort curieusement rempli par le discours de M. Passy et par celui de M. Guizot, au milieu desquels M. Thiers n'a pas dû se trouver fort à l'aise. A tout prendre, ces explications ne font grand honneur à l'habileté de personne, si ce n'est à celle de lord Palmerston, et à sa hautaine ténacité. Il me paraît que, jusqu'au petit Bourqueney, il y a éclaboussures pour tous les acteurs français dans tout ceci.

_Rochecotte, 30 novembre 1840._--Les discussions de la Chambre me décident à lire le journal _in extenso_, et je n'y ai pas regret, car c'est un drame curieux, mais dans lequel, cependant, on s'attache bien plus à la situation qu'aux personnages, qui vont toujours en se rapetissant, par ce qui dégrade toujours le plus infailliblement: manque de netteté, de simplicité, de vérité dans la conduite. Du reste, cette discussion est comme le Jugement dernier: bon gré mal gré, chacun s'y trouve dépouillé de tout ajustement, et la vérité y est forcément provoquée. Jusqu'à présent, M. Villemain est celui qui me paraît la dire en termes les plus propres et les plus frappants; seulement, il n'est en position de la dire qu'à un seul côté, qui, d'ailleurs, est, à mon avis, certainement le plus coupable.

_Rochecotte, 1er décembre 1840._--Voici ce que dit le duc de Noailles: «J'ai causé longtemps, hier, avec M. Guizot, et je lui ai dit que les derniers événements, et tout ce que la discussion a révélé, pèseront longtemps sur l'ordre des choses actuel. Lui croit, au contraire, que ce n'est qu'un moment difficile à passer, et qu'il en sera, de l'émotion publique, sur ce sujet, comme de l'émotion qui s'est manifestée lors de la guerre de la Pologne, il y a huit ans[155].--J'ai aussi beaucoup causé avec Berryer de son discours. Il y pense et a de bonnes idées; il terminera par une conclusion qui pourrait bien amener un échec au Ministère. Il dira que la guerre est évidemment impossible à cette heure, mais que la paix, telle que la formule le Ministère, n'est pas acceptable par la Chambre, et qu'il faut renvoyer l'Adresse à une nouvelle Commission. Odilon Barrot et M. Dufaure ont déjà mis en avant cette idée qui pourrait bien prendre faveur.--J'ai aussi rencontré Thiers à la Chambre; je me suis promené dix minutes avec lui, et lui ai rappelé que je lui avais prédit ce qui est arrivé, parce que, dans cette grande affaire, on ne pouvait rien sans alliances, et que la France s'était unie à une alliée qui était l'ennemie de ses intérêts, et qui devait, évidemment, l'abandonner. Il m'a répondu que la France, même seule, aurait pu empêcher, mais en montrant une grande énergie, et un grand déploiement de forces. Il rejette tout sur le Roi. Il dit que c'est _l'Inertie couronnée_, et qu'avec cette inertie en haut, et toutes les inerties naturelles, en bas, dans la nation, il n'y a moyen de rien faire; que si M. le duc d'Orléans eût été Roi, cela ne se serait pas passé de même; qu'il y aurait péri peut-être, mais qu'il y aurait péri avec dignité, et qu'il n'aurait pas laissé la France dans l'humiliation et l'impuissance où elle est pour longtemps. Du reste, il s'est, tout entier, livré à la gauche, et M. Odilon Barrot a resserré le lien hier.--Mme de Lieven est décidément, je crois, sincèrement attachée à Guizot, car elle ne va plus aux séances de la Chambre, et elle se borne à en demander, avec anxiété, des nouvelles.»

[155] Un conflit, né de la révolution de Juillet 1830, s'était élevé en Pologne, où les Russes et les insurgés se livraient, sous les murs de Varsovie, des batailles terribles. Le 7 septembre 1831, Varsovie dut capituler, malgré une résistance désespérée qui eut en France un immense et douloureux retentissement. Une émeute faillit soulever Paris, et renverser le ministère Casimir-Perier, qui avait reconnu impossible de soutenir la Pologne révoltée.

Voici maintenant un extrait de ce que m'écrit la princesse de Lieven elle-même: «Thiers semble avoir pris son parti de ne plus servir le Roi; il dit qu'il attendra le duc d'Orléans.--La Syrie est perdue pour le Pacha. On espère, et on croit, qu'il se soumettra à la sommation de l'amiral anglais Stopford. Je suppose que le gouvernement français l'y engage. Alors, la chose sera terminée, pas brillamment pour la France, il faut en convenir, et à la plus grande gloire de Lord Palmerston. Il y a bien des gens auxquels cette dernière conséquence déplaît beaucoup. Les Ministres d'ici espèrent une majorité convenable, pour l'Adresse, de cinquante à soixante voix, et puis on vivra comme on pourra. M. Guizot a l'air bien fatigué, mais courageux. A Vienne, on est ravi du changement de Ministère, et plein de confiance dans celui-ci. Je ne sais pas encore ce qu'on en dit à Saint-Pétersbourg. Je suis un peu curieuse d'apprendre ce que nous (public russe) nous dirons de cette grande affaire, réglée sans que nous nous en soyons mêlés activement. Cela nous étonnera un peu. Vous allez me demander, peut-être, s'il y a un public russe? C'est vrai, à peine... mais cependant, pour l'Orient, oui. Je m'étais permis, lorsque j'étais à Londres (Ambassadrice), d'appeler la Turquie _notre Portugal_. Ma Cour a fort goûté ce mot; les Anglais, très peu.--On ne se presse pas, ici, de nommer un Ambassadeur à Londres. Je crois qu'on voudrait que l'affaire égyptienne fût d'abord réglée; il faudra bien attendre jusqu'à la mi-décembre. Mme de Flahaut ne sait que faire, entre les bouderies opposantes qui lui sont naturelles, et l'envie démesurée qu'a son mari d'avoir un poste diplomatique.--Le Roi a beaucoup désiré que les Ambassadeurs fussent, en corps, chez la Reine Christine; il y a eu de grands scrupules, mais, enfin, on s'est décidé à y aller, en ne la regardant que comme veuve de Ferdinand VII. Au fait, elle n'est plus que cela maintenant. La Reine d'Angleterre est, dit-on, accouchée trop aisément. Elle aura dix-sept enfants, comme sa grand'mère.--Mme de Nesselrode vit à la Chambre des Députés. Elle est éprise de Thiers, et se place dans la plus vive opposition. Elle s'amuse parfaitement ici. Je la vois peu, tant elle est occupée des débats de la Chambre et des spectacles. Mon Ambassadeur croule sous le poids de toutes les grandes dames russes amoncelées à Paris. Je le plains, car je crois que c'est très ennuyeux!»

J'aurais parié que Mme de Nesselrode s'engouerait de Thiers, ne fût-ce que pour fronder l'engouement de Mme de Lieven pour Guizot.--En lisant le discours de M. Barrot, et la série d'invectives adressées, par lui, à bout portant à M. Guizot, je me suis demandé hier comment il se peut faire que de pareilles choses se disent et s'écoutent, sans qu'il en résulte des explications armées.

_Rochecotte, 3 décembre 1840._--Voici les principaux passages du bulletin que m'envoie M. de Salvandy. En date du 1er décembre, avant et pendant la séance de la Chambre: Sait-on, à Rochecotte, un mot très joli de Garnier-Pagès, qui doit parler aujourd'hui? «Je les mettrai tout nus, tous deux, et on verra comme ils sont laids.» Ce mot résume très bien la situation. M. Thiers conserve une position révolutionnaire, mais voilà tout; il reste, pour beaucoup, incapable, pour tous, impossible. M. Guizot est loin d'avoir gagné tout ce que M. Thiers a perdu. Un immense talent, une force d'esprit et d'âme admirable dans la tempête, le don d'imposer à toutes les révoltes hostiles dans l'Assemblée, et l'art d'élever son auditoire en élevant la question de prime abord à un point de vue plus général, voilà les avantages qui lui sont propres, et dont il ne s'était jamais prévalu à ce degré; et, avec tout cela, il grandit sans se fortifier, il pose sur la majorité sans s'y établir. Le sol est rebelle. M. Thiers est comme une fille entretenue, à laquelle on ne demandait que d'être bonne fille; on lui passait tout; sa considération ne souffrait de rien. M. Guizot est la femme austère qui a failli; tout lui est compté. Cette lutte de l'Ambassadeur et du Ministre, malgré les ménagements qu'il y a mis, blesse la Chambre et l'opinion. On ne lui pardonne même pas son abandon résolu des maximes de la coalition; il semble qu'on aurait voulu le voir fidèle à l'infidélité même. Le discours de Dufaure paraît, à beaucoup de gens, un drapeau placé entre le Cabinet et M. Thiers. On s'inquiète de l'action de Passy et de Dupin en ce sens. On m'y associe, parce qu'on n'imagine pas que les Ministres en disponibilité ne soient pas des mécontents en activité. On fait planer M. Molé sur tout cela, quoiqu'il n'ait, avec la zone du Ministère du 12 mai, aucun rapport, et qu'elle mette son honneur, je crois, à rester conséquente en éloignant M. Molé, comme Jaubert croit le rester en continuant à siéger au milieu des autres, qu'il blesse et désole par ses perpétuels cris de fureur contre le Roi, et ses enthousiasmes pour M. Barrot. Voilà où nous en sommes. On sent déjà la position craquer. Pauvre pays, qui veut être fort, et qui n'est pas gouvernable! Notre Chambre est vraiment l'Œil-de-bœuf de la démocratie[156]. Les favoris et même les favorites troublent tout par leurs intrigues, et passent le temps à se renverser, ce qui fait que tout s'écroule avec eux.--Je vais à la Chambre où MM. de Lamartine et Berryer croiseront le fer. J'y fermerai cette lettre.»

[156] Allusion à l'Œil-de-bœuf du château de Versailles, où se nouaient les intrigues de Cour.

«_P.-S._--Berryer vient de parler. Il a fait un discours habile, éclatant, perfide. Il a couvert Thiers, en allant droit aux Tuileries. Il a promené là la foudre et envoyé sur M. Guizot, Ambassadeur, des anathèmes qu'un tiers de l'Assemblée a matériellement applaudis trois fois. M. de Lamartine monte à la tribune pour répondre.»

_Rochecotte, 4 décembre 1840._--Le discours de M. Berryer révèle l'état du pays dans un sens, et celui de M. de Lamartine dans un autre. Ces deux discours me paraissent être, jusqu'à présent, ce qu'il y a de plus brillant pour l'un, de plus élevé pour l'autre, dans toute cette discussion de l'Adresse. M. de Lamartine, qu'en général j'admire médiocrement, m'a fait grand plaisir dans sa réponse. Je la trouve sage, pleine de faits, bien pensée, bien dite, avec de beaux mouvements et un sentiment honnête prévalant dans l'ensemble.

On assure que la mission de M. Mounier à Londres a pour but d'obtenir le concours de l'Angleterre en faveur du mariage de l'innocente Isabelle avec son cousin Carlos, prince des Asturies.

Voilà les cendres de Napoléon à Cherbourg. A Paris, rien n'est prêt encore, dit-on, pour cette cérémonie qui, à mon sens, sera fort ridicule._Rochecotte, 5 décembre 1840._--J'ai eu hier une lettre de M. Royer-Collard, dont voici un piquant extrait: «Il y a huit jours, Madame, que je suis enfermé à la Chambre suivant avec application et intérêt le grand débat de l'Adresse. Les assistants ont donné, alternativement, tort aux deux principaux acteurs, mais ce n'est pas le même tort. Les fautes de Thiers sont du Ministre, celles de Guizot de l'homme. Je ne sais si vous avez remarqué, dans les journaux, que j'ai été conduit à rendre à Guizot, dans un moment difficile, un témoignage dont il avait grand besoin, car on ne croyait pas un mot de ce qu'il disait, bien que ce fût la vérité. Il est venu m'en remercier, le lendemain, à ma place, en traversant courageusement toute la Chambre. Je n'ai point accepté le remerciement. Je lui ai répondu que je n'avais rien fait pour lui, que je n'avais pensé qu'à moi. Il m'a abordé, depuis, dans un couloir. Je lui ai tenu même rigueur, et refusé la conversation. Il y a cette différence entre les deux hommes, que Dieu n'a pas donné à Thiers le discernement du bien et du mal; mais Guizot, qui a ce discernement, passe outre. Il est donc plus coupable, mais il n'est peut-être pas le plus dangereux. Si on pouvait regarder quelque chose comme irrévocablement accompli aujourd'hui, je dirais qu'ils sont tous deux perdus sans retour. Je le voudrais bien, mais je n'en suis pas sûr.»

On mande à mon gendre que l'effet du discours de Berryer a été immense. Il paraît qu'il a tué M. Guizot et porté un rude coup plus haut. Les Carlistes en sont dans l'enivrement. Je suis tentée de croire qu'ils donnent à cet effet une portée plus profonde que la réalité. Thiers encense Berryer, et dit à qui veut l'entendre, que, comme art, rien n'est au-dessus et qu'en 1789, on ne faisait pas mieux.

La princesse de Lieven, à laquelle quelqu'un ne dissimulait pas le coup porté à Guizot, a répondu qu'il n'en était pas atteint.

On dit que c'est le 15 de ce mois qu'aura lieu la cérémonie pour les cendres de Napoléon. Comme son ombre arrive à propos!

_Rochecotte, 6 décembre 1840._--On m'écrit ceci: «Je n'ai pas entendu confirmer la mort de Demidoff, mais je sais, de source certaine, qu'il a fait un fort désagréable voyage à Rome, où il a eu des scènes fâcheuses avec le Cardinal secrétaire d'État, et avec le Ministre de Russie, après lesquelles il a dû quitter, par ordre, les États du Pape. L'émotion qu'il a éprouvée lui a donné un de ses plus terribles accès. Il paraît qu'il aurait dit au prêtre grec que ses enfants seraient tous élevés dans la religion grecque, et à l'autorité catholique, qu'ils le seraient catholiquement. De plus, il a dit, avec son assurance habituelle, qu'avec de l'argent, on obtenait tout de la Cour de Rome, et qu'il avait envoyé cent mille francs au Pape pour les dispenses qu'il a obtenues. Le cardinal Lambruschini, indigné de ce bruit, a fait insérer, dans la _Gazette romaine_, un article, que partout on répète, et qui dément le fait, en établissant très positivement que M. Demidoff n'avait payé, pour ses dispenses, que la somme de quatre-vingt-dix francs, pour frais d'expédition. Le Ministre de Russie ayant refusé de traiter, pour le côté Demidoff, avec la Cour de Rome, M. Demidoff a été lui dire des injures; et, après toutes ces belles équipées, il lui a fallu quitter Rome, et s'il n'est pas mort de rage, il n'en est pas moins embarrassé.»

_Rochecotte, 7 décembre 1840._--La grande nouvelle du jour est le rejet de l'amendement de M. Odilon Barrot, à plus de cent voix de majorité.

Voici plusieurs bons mots qui se disent à Paris: On appelle MM. Jaubert, Duvergier de Hauranne, enfin le groupe détaché des Doctrinaires passés à gauche, les _schismatiques effrénés de la Doctrine_. Dans un autre ordre de choses, on appelle les partisans de Mgr Affre, Archevêque de Paris, les _affreux_. Il faut toujours que les plaisanteries aillent leur train._Rochecotte, 9 décembre 1840._--Mme Mollien me mande que la préoccupation des esprits, maintenant que l'Adresse est votée, commence à se tourner vers la _Fête des cendres_, comme dit le peuple à Paris. La cérémonie coûtera un million. Des milliers d'ouvriers sont occupés aux préparatifs jour et nuit, et des milliers de badauds les regardent, tant que le jour dure. Quelle sottise que toute cette comédie! Arrivant à quel moment! Dans quelles conjonctures! Il me semble que le rocher de Sainte-Hélène était une tombe plus touchante, et peut-être même un asile plus sûr, que l'orageux et révolutionnaire Paris.

_Rochecotte, 10 décembre 1840._--M. Raullin m'écrit qu'à la séance de la Chambre où on a traité des tripotages de Bourse, M. Thiers _pleurait_. Il me dit aussi qu'on n'a rien vu de pareil aux haines et aux violences qui agitent tout ce monde, que l'on ne peut plus causer avec personne, à moins d'entrer dans leur folie. Thiers voulait se battre avec M. de Givré; Rémusat l'en a empêché. M. Jaubert est, aussi, un peu piqué par la tarentule. Mme Dosne est dans son lit, à la suite de la dernière séance de la Chambre, à laquelle elle assistait. Les révélations sur les tripotages de Bourse l'ont bouleversée.

M. de Sainte-Aulaire m'écrit, de Vienne, qu'il va se présenter pour l'Académie française. Il se montre fort dégoûté des affaires. Il est impossible, en effet, que ce dégoût ne devienne pas général.

_Rochecotte, 13 décembre 1840._--Hier, dans ma solitude, plus complète que de coutume, je me suis replongée, ce que je fais d'ailleurs sans cesse, dans mes souvenirs du passé, et il m'est venu d'écrire quelques lignes sur un des côtés de l'esprit et de la nature de M. de Talleyrand; les voici:

Son esprit était ferme, mais sa conscience était faible, car elle manquait de lumières. Son époque, son éducation, sa position forcée étaient ennemies des réflexions qui éclairent l'âme. Son insouciance naturelle le détournait, d'ailleurs, du travail sérieux de la conscience, et le laissait dans les ténèbres. Aussi n'appliquait-il guère sa rare intelligence qu'aux intérêts de la politique. Entraîné par le terrible mouvement de son siècle, il lui réservait toute l'activité dont il était capable. Au besoin, cette activité était grande. Il savait vivre sans repos, sans loisirs; il en privait alors les autres et lui-même; mais, le but atteint, il retombait pour longtemps dans une nonchalance dont il défendait habilement les abords; il s'y barricadait, et rendait sa paresse si gracieuse qu'on se serait reproché de la troubler. Son coup d'œil était rapide, juste et fin; son _démêlé_ pénétrant, son esprit fortement trempé dans un admirable bon sens; son action rare, lente au début, mais vive et précipitée vers le dénouement. L'état habituel d'incurie, dont il ne sortait que le moins possible, a été très nuisible à sa vie privée, car il y poussait cet état à l'excès. De là, cette porte toujours ouverte, cette chambre toujours envahie, et cette déplorable indifférence sur la sûreté et la valeur morale de ceux qui s'y introduisaient. Et néanmoins, avec l'œil demi-fermé, il voyait tout; mais il prenait à peine le soin de juger, encore moins d'écarter ceux-là même dont il faisait le moins de cas. Pourvu que, dans la conversation, il n'eût rien de direct à repousser, il laissait dire, ou faire; mais s'il se sentait touché, le réveil était immédiat, et la leçon un coup de massue. Il terrassait sur place, sans, du reste, garder la moindre rancune. Il retombait bientôt dans son insouciance et oubliait aussi facilement l'inconvenance, qu'il pardonnait sincèrement l'injure. Il était, d'ailleurs, bien rarement appelé à se défendre. Sa dignité était si naturelle, si simple, si bien protégée par sa réputation, par sa grande existence, et par ce demi-sommeil même dont on sentait bien qu'il fallait se méfier, que je n'ai guère vu les plus mal élevés, risquer de l'être avec lui. Je lui ai souvent entendu dire ceci, avec une véritable satisfaction: «J'ai été ministre du Directoire; toutes les bottes ferrées de la Révolution ont traversé ma chambre, sans que jamais personne ait imaginé d'être _familier_ avec moi.» Il disait vrai: chacun, même les plus proches, les plus intimes, ne l'abordait qu'avec une respectueuse déférence. Je suis, d'ailleurs, restée convaincue, que ce qui aidait à le rendre si imposant, c'était un trait de sa nature, qui se sentait à travers son indolence. C'était ce courage plein de sang-froid et de présence d'esprit, ce tempérament hardi, cette bravoure instinctive, qui inspire un goût irrésistible pour le danger sous toutes ses formes, qui rend le péril séduisant, et donne tant de charme aux hasards. Il y avait, sous la noblesse de ses traits, la lenteur de ses mouvements, le sybaritisme de ses habitudes, un fond de témérité audacieuse, qui étincelait par moments, révélait tout un ordre nouveau de facultés, et le rendait, par le contraste même, une des plus originales et des plus attachantes créatures.

_Rochecotte, 14 décembre 1840._--Dans les lettres que j'ai reçues, hier, il y en avait une de Berlin, de M. Bresson, qui dit ceci: «Francfort n'est pas une disgrâce pour M. de Bülow, qui l'a beaucoup désiré, dans les intérêts privés; le rang de ce poste est au moins égal à celui de Londres. La singulière issue des affaires d'Orient a relevé les négociateurs dans l'opinion; ceux qui criaient le plus _haro et anathème_, contre Bülow, sont aujourd'hui ceux qui le louent le plus. Nous faisons si beau jeu à ceux qui osent, que je suis, moi-même, tenté de leur donner raison.--Humboldt n'a aucune influence politique sur le Roi de Prusse. Personne, jusqu'à présent, n'en exerce, et on ne saurait dire encore, au juste, où il se placera. Quelques nominations récentes parmi les Piétistes ont porté quelque atteinte à sa popularité; son penchant pour eux n'est pas partagé par le pays.--Lord William Russell étend, de plus en plus, ses distractions; il est partagé entre trois dames, dont l'une le conduit même assez souvent en Mecklembourg.--Le prince Wittgenstein ne participe plus en rien aux affaires; il a des attaques répétées et ne vivra pas longtemps.--Je n'ai pas besoin de vous parler de ce que la discussion de l'Adresse m'a fait souffrir; les conditions actuelles rendent le séjour à l'étranger odieux. Est-il vrai que Flahaut aille à Vienne, remplacer Sainte-Aulaire? Si le fait est exact, il est clair qu'on me laissera ici. Je n'ai pas le vent de la faveur: certaine rue, certaine maison, que vous avez tant connues, ne me sont pas aussi favorables qu'autrefois.» Ce dernier passage fait allusion à l'hôtel Talleyrand, rue Saint-Florentin, où demeure maintenant Mme de Lieven.

On me mande la mort de la jeune Marie de La Rochefoucauld, fille de Sosthène, et petite-fille de la duchesse Mathieu de Montmorency: cette pauvre femme survit à ses contemporains, à ses enfants, à ses petits-enfants. Dieu éprouve rudement le grand courage et la foi profonde dont elle est douée!

On m'écrit aussi qu'à la fameuse cérémonie des _Cendres_, la Reine et les Princesses seront en mante de deuil comme pour Louis XVIII. Tout le monde est donc fou! Les journaux ne parlent que de la marche funèbre ou plutôt triomphale, et des honneurs religieux que les restes de l'Empereur reçoivent partout. Après tout, Napoléon, deux fois en quarante ans, aura rendu le même service aux Français: il les aura réconciliés avec la religion; car il paraît que c'est quelque chose de curieux, de voir les populations s'agenouiller, entourer le clergé qui bénit cette dépouille; vouloir, partout, pour leur héros, les bénédictions de l'Église. Singulier peuple, qui, au milieu d'une véritable anarchie, accepte l'ordre lui-même, pour la cause d'une idée révolutionnaire! Car il me semble évident qu'il n'y a pas autre chose sous ces hommages: ce n'est pas le législateur qu'on exalte, ce n'est que l'usurpateur et le conquérant.

_Rochecotte, 15 décembre 1840._--J'ai eu, hier, des nouvelles de Mme de Lieven dont je vais transcrire le principal: «Voilà l'Égypte finie: Napier a été un peu rude, et il n'avait pas mission de l'être; c'est égal, il a réussi. Napier a voulu être érudit, et il invite le Pacha à renouveler le règne des Ptolémées. Pour un vassal, ce serait drôle! C'est égal aussi. A Constantinople, on va reconnaître l'hérédité dans sa famille, et il rendra la flotte après. A Londres, ce sont des joies immenses, et lord Palmerston ne touche pas terre. La situation entre les deux pays reste bien tendue; ce n'est pas la guerre, mais ce n'est pas absolument la paix.--On ne parle plus de la discussion de l'Adresse; elle est oubliée pour les funérailles de Napoléon. Elles seront superbes; j'espère qu'elles ne seront pas autre chose.

«La reine Christine est partie, ayant fait la conquête de votre Roi. Elle ira jusqu'à Rome, mais point à Naples où on n'a pas reconnu sa fille.--Toute la Russie féminine est ici: cinq dames du Palais à Paris. Il n'en reste que quatre à Saint-Pétersbourg!--Les Ambassadeurs ont déclaré qu'ils n'assisteraient pas aux funérailles. Pour la plupart d'entre eux, je sais que c'est de leur propre tête; lord Granville a demandé des ordres. Après un peu d'hésitation, on lui a dit de faire comme les autres.--La Reine d'Angleterre est accouchée comme les poules pondent, tout aussi facilement.»

_Rochecotte, 17 décembre 1840._--Nous ne savons pas encore comment les funérailles se sont passées avant-hier à Paris. On n'y était pas sans inquiétudes. La duchesse de Montmorency me mandait ceci: «On sait qu'on a le projet de se porter à l'Ambassade d'Angleterre, et de démolir la maison; aussi a-t-on enfermé de la troupe dans l'hôtel et lady Granville a-t-elle déménagé. On estime qu'il y aura 800 000 personnes en mouvement. Mes enfants ont été au Pecq, et ont tout trouvé fort convenable: grand silence à l'arrivée du bateau, tous les chapeaux bas; le général Bertrand à droite du cercueil, le général Gourgaud à gauche, M. de Chabot devant; le prince de Joinville allant et venant pour donner des ordres, ayant fait ôter tous les ornements qui n'étaient pas religieux; des prêtres, des surplis, beaucoup de cierges, mais rien de mondain ni de mythologique.»

Les journaux indiquent une grande fermentation. Je serai charmée quand la poste de ce soir nous aura dit comment tout s'est terminé.

J'ai écrit pour qu'on fît voir ce spectacle à Boson, mon petit-fils; quelque mal conçue, incohérente, contradictoire et ridicule, par les circonstances, que soit cette cérémonie, l'arrivée solennelle de ce cercueil, revenant de Sainte-Hélène, sera une chose très imposante, et dont il sera curieux, un jour, d'avoir été témoin. Malheureusement, à son âge, il se bornera à être saisi du spectacle, sans pouvoir faire tous les rapprochements étranges qu'il inspire: l'oubli complet de l'oppression, de la malédiction générale dont l'Europe retentissait il y a vingt-six ans; et, aujourd'hui, ce souvenir unique de ses victoires, rendant sa mémoire si populaire. Paris se disant avide de liberté, la France humiliée devant l'étranger, célébrant à l'envi celui qui a le plus enchaîné cette liberté, et qui a été le plus terrible des conquérants.

Nous lisons, dans les journaux, la description des décorations des Champs-Élysées, avec cette haie de Rois et de grands hommes. On aurait dû, au moins, n'y point placer le Grand Condé! Condé offrant une couronne à l'assassin de son petit-fils!--Ce qui me paraît devoir être beau, c'est le char. J'aime Napoléon rapporté en France sur un bouclier...

_Rochecotte, 18 décembre 1840._--Nous attendions hier le courrier avec impatience, et par une espèce de fatalité, la malle a cassé, et il a fallu nous coucher sans lettres. Heureusement que mon fils Dino, qui avait été à Tours, nous a rapporté la copie d'une dépêche télégraphique reçue par le Préfet, et qui dit que tout s'est bien passé, à l'exception d'une petite démonstration, faite par une cinquantaine d'hommes en blouse, qui, sur la place Louis XV, ont voulu forcer la ligne, mais qui ont été repoussés.

_Rochecotte, 19 décembre 1840._--Nous avons donc enfin nos lettres! Mme Mollien, qui était à l'église des Invalides à la suite de la Reine, me dit ceci: «Autant cette fête était populaire dans les rues de Paris, autant elle l'était peu, là où je me trouvais; pour toutes sortes de raisons, on est enchanté d'être au lendemain d'hier.--Avant d'entrer dans l'église, on s'est réuni dans une espèce de salon, ou plutôt de chapelle sans autel, qui avait déjà servi au même usage, lors de la cérémonie funèbre des victimes de Fieschi. La famille Royale, le Chancelier, les Ministres, les Maisons et jusqu'aux précepteurs, tout cela réuni a attendu deux heures. La grande occupation était de conjecturer la marche du cortège, et surtout, sans se priver du feu de deux énormes cheminées pratiquées à la hâte, de conjurer l'effroyable fumée qu'elles vomissaient à flots. Le souvenir de l'Empereur n'était dans la pensée de personne. On causait de tout, excepté de lui. Le Chancelier[157] se faisait remarquer par sa jovialité et ses comiques impatiences contre la fumée. La Reine avait la fièvre; rien n'a pu l'empêcher d'accompagner le Roi; elle est rentrée vraiment malade des Invalides.--Je ne vous parlerai pas de la scène de l'église; j'étais tellement renfermée dans la tribune que je n'ai rien vu, et à peine entendu l'admirable messe de Mozart, divinement chantée.»

[157] Le duc Pasquier.

Voici un autre récit: «Ce que j'ai trouvé de vraiment admirable, c'est le char. Rien de plus magnifique et de plus imposant: les étendards de chaque département portés par des sous-officiers faisaient très bien; les trompettes qui poussaient à l'unisson un chant simple et funèbre m'ont saisi. J'ai aimé aussi les cinq cents marins de _la Belle Poule_, qui, par leur tenue austère, contrastaient avec la splendeur du reste. Mais ce qui était ridicule, c'étaient les vieux costumes de l'Empire, qui avaient l'air de venir de chez Franconi. La marche du char n'était pas assez promptement suivie par la foule, de sorte que le peuple se précipitait d'une façon trop bruyante. Il y a eu de mauvais cris de: «A bas Guizot! Mort aux hommes de Gand!» On a aussi vu quelques drapeaux rouges et entendu quelques chants de _la Marseillaise_, mais cela a été réprimé et étouffé. Le Prince de Joinville est bruni et maigri, mais beau et fort approuvé. Il a eu grand succès, hier, tout le long du cortège.»

La duchesse d'Albuféra a vu passer le cortège de chez Mme de Flahaut, qui avait invité les vieux restes féminins de l'Empire, la maréchale Ney, la duchesse de Rovigo, etc., mêlés au monde actuel ou à des étrangers. Les quatre-vingt mille hommes de troupes donnaient, dit-elle, l'aspect d'une revue, plutôt que d'un enterrement. La Maréchale regrette, avec raison, l'attitude du peuple, qui n'était ni religieuse, ni recueillie, ni touchante.

J'ai aussi une lettre de M. Royer-Collard, qui, lui, ne parle pas de la cérémonie à laquelle il n'a pas assisté, mais qui me dit ceci en réponse à ce que je m'étonnais qu'il ne m'eût point parlé de l'effet du discours de Berryer: «Si je vous parlais sans nul déguisement de ce que je pense des acteurs principaux de l'Adresse, je serais jeté dans des paroles qui tiendraient de l'outrage. Quant à Berryer, il soutient la cause du bien par le mal, et d'un bien chimérique par un mal certain, la cause de l'ordre par le désordre. Il a l'extérieur de l'orateur, il n'en a pas la réalité; il ne pénètre pas dans les esprits, il n'y laisse point de traces, il ne restera de lui que son nom.--Vous me demandez ce que je fais de M. de Tocqueville? Il a un fond d'honnêteté qui ne lui suffit pas, qu'il dépense imprudemment, mais dont il lui restera toujours quelque chose; je crains que, par impatience d'arriver, il ne s'égare dans des voies impraticables, voulant concilier ce qui est inconciliable. Il se sert à la fois de ses deux mains, donnant la droite à la gauche, la gauche à nous, regrettant de ne pas en avoir une troisième par derrière, qu'il donnerait invisiblement. Il va se présenter à l'Académie française, à la place de M. de Bonald; il n'aura pas ma première voix, que je dois à Ballanche, mais il aura ma seconde. Ses adversaires, et il en a, disent qu'il a déjà tiré, de ses succès littéraires, l'Institut, la Chambre, et un fauteuil chez Barrot, qu'ainsi il peut attendre.» Notre solitaire de la rue d'Enfer a un grand fond de malice à travers toute sa vertu. La troisième main en fait foi; je trouve l'image piquante!

_Rochecotte, 20 décembre 1840._--Le duc de Noailles, qui me fait aussi un petit compte rendu des funérailles, me dit que la masse curieuse regardait passer le cortège à peu près comme celui du Bœuf-Gras, et que dans l'église, on n'était occupé que du froid et de s'en garantir; que l'office religieux a été confus, et que personne ne pensait à autre chose qu'à un spectacle mondain. Il me semble que ce que tout cela prouve, c'est qu'il n'y a plus de bonapartistes en France; c'est, qu'en vérité, il n'y a plus rien, dans ce pays, que des articles de journaux.

On mande, à mon gendre, qu'il est question de faire, à la Chambre, une proposition. Celle d'effacer l'effigie de Henri IV de l'étoile de la Légion d'honneur, et d'y remettre celle de Napoléon. Au fait, il ne sera pas plus extraordinaire d'effacer son aïeul que de barbouiller ses propres armes[158].

[158] Allusion à l'acte auquel le Roi Louis-Philippe avait apposé sa signature en février 1831, au lendemain de la démolition de l'Archevêché et du sac de Saint-Germain-l'Auxerrois. Trop porté à considérer toute résistance impossible devant la sédition, M. Laffitte imposa au Souverain la publication du décret suivant: «A l'avenir, le sceau de l'État représentera un livre ouvert, portant ces mots: «Charte de 1830,» surmontés d'une couronne fermée, avec le sceptre et la main de justice en sautoir, et des drapeaux tricolores derrière l'écusson, et pour exergue: «Louis-Philippe, Roi des Français.» C'est ainsi que disparurent les fleurs de lis qui figuraient jusqu'alors sur le sceau de l'État, dans le Royaume.

_Rochecotte, 23 décembre 1840._--J'ai reçu une lettre de M. de Salvandy, dont voici l'essentiel, dégagé des phrases redondantes: Il est arrivé une note de lord Palmerston, qui déclare ratifier la convention de Napier, et s'en porter garant au nom de l'Angleterre.

M. Thiers sera président et rapporteur de la Commission des fortifications à la Chambre. Il tiendra ainsi le Cabinet sur la sellette et la Chambre en échec. Il sort, de là, que M. Thiers est moins démoli qu'on ne pensait, M. Guizot peu, ou mal affermi; tout précaire, dès lors tout possible; au dedans, la Chambre en est ébranlée; l'Europe pourrait l'être. L'Autriche avait passé une note fort modérée sur les armements, mais l'Allemagne ne désarmera pas.

M. de Salvandy dit la même chose que mes autres correspondants sur les funérailles. Il se plaint qu'il y avait trop d'or, de l'or partout et toujours; il paraît que les ordonnateurs de la fête ont cru que c'était ce qui ressemblait le plus à la gloire. Il dit aussi que rien n'était moins religieux que la cérémonie religieuse, ce qui se comprend, avec un Archevêque qui ne sait ni marcher, ni prier, ni encenser. J'ai remarqué, dans le _Moniteur_, une phrase que je trouve incomparable: «Le _De profundis_ a été chanté par Duprez, et l'_Oraison_ par l'Archevêque!»

M. de Salvandy prétend qu'à la cérémonie, M. Thiers était remarquable d'espérance au commencement, de colère à la fin, de préoccupation toujours. Il paraît qu'il comptait sur une _journée_, qui, Dieu merci, a manqué. Dans l'église même, il a recherché une discussion avec M. Molé sur les pensées et les chances de Napoléon pendant les Cent-Jours...

Voici maintenant l'extrait d'une lettre que Mme de Wolff m'écrit de Berlin: «Jusqu'à présent, rien n'a troublé la parfaite harmonie entre le Souverain et son peuple. Pour les opinions politiques, il n'y a guère de différend chez nous. Nous sommes presque tous orthodoxes à cet égard; mais les opinions religieuses se partagent et s'agitent, et c'est à ce point de vue surtout qu'on observe, avec une sorte d'inquiétude, les premières démarches du Roi. On espère que le Roi ne sacrifiera jamais le vrai mérite à des préventions de sectes. Quant à cette nouvelle noblesse que le Roi vient de créer, il me serait difficile de vous en donner une explication précise, car cette institution paraît être encore vague. Le Roi a cru prévenir les inconvénients d'une noblesse pauvre, comme l'est, généralement, la noblesse prussienne, en attachant les nouveaux titres de noblesse qu'il a donnés, aux propriétés territoriales, de manière que le titre ne passe qu'à ceux des enfants ou descendants qui héritent des terres, et qu'il s'éteigne dès que celles-ci sortiront de la famille. Cette idée n'a pas été fort appréciée jusqu'à présent; on craint qu'il n'en résulte des embarras, des complications, et que cette institution, si peu en harmonie avec les coutumes germaniques, ne puisse pas se soutenir.»

_Rochecotte, 27 décembre 1840._--Le duc de Noailles me mande que M. de Tocqueville retire sa candidature académique. Le Duc venait de dîner avec Mgr Affre, chez M. Pasquier. Il dit que c'est un vrai paysan. Tout le monde, même les ennemis de Mgr de Quélen, a remarqué la différence, à la cérémonie des Invalides. C'était Mgr de Quélen qui avait officié pour les victimes de Fieschi. Mgr Affre est vraiment le Prélat de cette vilaine époque, si dénuée de dignité, quelque part qu'on veuille la chercher.

_Rochecotte, 30 décembre 1840._--On me mande de Paris qu'il était arrivé une dépêche de Russie, avec ordre de la communiquer au gouvernement, assez douce et assez amicale, disant que c'est avec peine que l'on voit l'isolement de la France, et qu'on est prêt à entrer dans les mesures qu'on pourrait imaginer, pour faire rentrer la France dans les négociations communes, puisqu'on a rétabli à Paris un Ministère conservateur. La dépêche a été lue à M. Guizot, et ensuite au Roi. Serait-ce le témoignage d'un désir de rapprochement particulier? Je ne le crois pas, mais ce que je crois, c'est qu'on veut partout éviter la guerre, la Russie autant que les autres Puissances; qu'on désire calmer la France pour qu'elle désarme et qu'on puisse ensuite désarmer ailleurs, car ces armements généraux ruinent l'Europe.

FIN DU TOME II.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

I

_Message du Président des États-Unis, Jackson._

Depuis la dernière session du Congrès, la validité de nos réclamations contre la France, telles qu'elles ont été liquidées par le traité de 1831, a été reconnue par les deux branches de sa législature, et l'argent a été voté pour les acquitter, mais je regrette d'avoir à vous faire connaître que le paiement n'a pas encore eu lieu.

Une courte récapitulation des incidents les plus importants de cette controverse prolongée montrera combien les motifs par lesquels on cherche à justifier cette marche sont absolument insoutenables.

Lorsque j'entrai en fonctions, je trouvai les États-Unis s'adressant en vain à la justice de la France, pour qu'il fût satisfait à des réclamations dont la validité n'a jamais été douteuse, et a maintenant été admise par la France elle-même de la manière la plus solennelle. L'ancienneté de ces réclamations, leur haute justice, et les circonstances aggravantes qui leur ont donné naissance, sont trop connues du peuple américain, pour qu'il soit nécessaire de les décrire. Il suffit de dire que, pendant une période de dix années et plus, notre commerce a été, à de courtes interruptions près, l'objet d'agressions constantes de la part de la France, agressions dont les formes ordinaires étaient la condamnation de navires et de cargaisons, en vertu de décrets arbitraires adoptés en contravention, tant au droit des gens qu'aux stipulations des traités, l'incendie en pleine mer, les saisies et les confiscations, en vertu de rescrits impériaux particuliers, dans les ports d'autres nations occupés par les armées françaises ou sous le contrôle de la France.

Tel est, et ceci est maintenant concédé, le caractère des griefs que nous avons soufferts; griefs, en beaucoup de cas, tellement flagrants, que même leurs auteurs n'ont jamais dénié notre droit à des réparations. On peut se former quelque idée de l'étendue de ces pertes par ce fait que, avec l'incendie en mer, les propriétés américaines ainsi saisies et sacrifiées dans des ventes forcées, ont produit au Trésor français, sans compter ce qui a été adjugé à des corsaires, avant ou sans condamnation, près de vingt-quatre millions de francs, en outre de droits de douane considérables.

L'affaire avait déjà été, pendant vingt ans, l'objet de négociations non interrompues, excepté pendant la courte période où la France était accablée par la puissance militaire de l'Europe unie. Pendant cette période, alors que d'autres nations extorquaient d'elle le paiement de leurs réclamations à la pointe de leurs baïonnettes, les États-Unis suspendirent leur demande par égard pour l'état d'oppression d'un vaillant peuple envers lequel ils se sentaient obligés, pour l'assistance fraternelle qu'ils en avaient reçue dans leurs propres jours de souffrances et de périls. Les fâcheux effets de ces discussions prolongées et sans résultat, tant par rapport à nos relations avec la France que par rapport à notre caractère national, étaient évidents, et la ligne de mon devoir ne l'était pas moins à mon esprit. Il consistait, soit à insister sur le règlement de nos réclamations, dans un délai raisonnable, soit à les abandonner tout à fait. Je ne pouvais douter que cette marche était la plus conforme aux intérêts et à l'honneur des deux pays.

Des instructions furent données, en conséquence, dans cet esprit, au Ministre qui fut envoyé encore une fois demander des réparations. Lors de la réunion du Congrès, le 10 octobre 1829, je jugeai de mon devoir de parler de ces réclamations et des délais de la France, en termes propres à appeler l'attention sérieuse des deux pays sur l'affaire. Le Ministère français d'alors s'offensa du Message, par le motif qu'il contenait une menace, sous laquelle il n'était pas agréable au gouvernement français de négocier. Le Ministère américain réfuta l'interprétation que l'on avait cherché à donner au Message, et rappela au souvenir du Ministère français que le Message du Président était une communication adressée, non à des gouvernements étrangers, mais au Congrès des États-Unis, et dans laquelle il lui était enjoint, par la Constitution, de fournir à ce corps des informations sur l'état de l'Union, comprenant ses relations étrangères aussi bien que ses relations domestiques, et que si, dans l'accomplissement de ce devoir, il se croyait obligé d'appeler l'attention du Congrès sur les conséquences qui pourraient résulter des difficultés existantes avec un gouvernement étranger, on pouvait, équitablement, supposer qu'il le faisait par suite du sentiment de ce qu'on devait attendre de lui, dans une communication franche avec une autre branche de son gouvernement, et non par l'intention de menacer une Puissance étrangère. Le gouvernement français fut satisfait, et la négociation fut continuée. Elle se termina par le traité du 4 juillet 1831, qui reconnut, en partie, la justice de nos réclamations, et en promit le paiement, jusqu'à concurrence de vingt-cinq millions de francs, en six termes annuels. Les ratifications du traité furent échangées à Washington, le 2 février 1832, et cinq jours après, il fut présenté au Congrès, qui passa immédiatement les actes nécessaires pour assurer à la France les avantages commerciaux qui lui étaient concédés par l'arrangement. Le traité avait été préalablement ratifié d'une manière solennelle par le Roi des Français, en termes qui, certainement, ne sont pas une simple affaire de forme: «Nous, ayant pour agréable la susdite convention, en toutes et chacune des dispositions qui y sont contenues, déclarons, tant pour nous que pour nos héritiers et successeurs, qu'elle est acceptée, approuvée, ratifiée et confirmée, et par ces présentes, signées de notre main, nous l'acceptons, approuvons, ratifions et confirmons, promettant, en foi et parole de Roi, de l'observer et de la faire observer inviolablement, sans jamais y contrevenir, et permettre qu'il y soit contrevenu, directement ni indirectement, pour quelque cause ou quelque prétexte que ce soit.» L'avis officiel de l'échange des ratifications aux États-Unis est parvenu à Paris pendant que les Chambres étaient en session. Les délais extraordinaires, et préjudiciables pour nous, apportés par le gouvernement français, à agir pour assurer l'exécution du traité, ont été précédemment exposés au Congrès; il suffit de faire observer qu'on laissa passer la session alors ouverte, sans même faire un effort pour obtenir les fonds nécessaires; qu'on laissa également passer les deux sessions suivantes, sans rien faire qui ressemblât à une tentative sérieuse pour obtenir une décision sur l'affaire, et que ce ne fut pas avant la quatrième session, près de quatre ans après la conclusion du traité, et plus de deux après l'échange des ratifications, que la loi relative à l'exécution du traité, fut poursuivie jusqu'à un vote et rejetée.

En attendant, le gouvernement des États-Unis, ayant la pleine confiance qu'un traité conclu serait exécuté de bonne foi, et ne doutant pas que des mesures seraient prises pour le paiement du premier terme, qui devait échoir le 2 février 1833, négocia une traite pour le montant, par l'intermédiaire de la Banque des États-Unis. Lorsque cette traite fut présentée par le porteur, le gouvernement français la laissa protester. Outre le dommage de non-paiement, les États-Unis furent exposés à une forte réclamation de la part de la Banque, sous prétexte de dommages-intérêts, en paiement desquels cette institution saisit, et retient encore, un montant égal des deniers de l'État.

Le Congrès était en session lorsque la décision des Chambres parvint à Washington, et une communication immédiate de cette décision de la France était la marche que l'on devait naturellement attendre du Président. Le mécontentement profond manifesté par l'opinion publique et l'excitation analogue produite dans le Congrès rendaient plus que probable qu'un recours à des mesures immédiates de redressement serait la conséquence d'un appel fait, à ce sujet, à l'attention du Congrès.

Désirant sincèrement conserver les relations pacifiques qui avaient si longtemps existé entre les deux pays, je voulais éviter cette démarche, si je pouvais être convaincu qu'en agissant ainsi, ni l'intérêt, ni l'honneur de mon pays ne seraient compromis. Sans les assurances les plus complètes sur ce point, je ne pouvais point espérer de me décharger de la responsabilité que j'encourais en laissant le Congrès s'ajourner sans lui rendre compte de l'affaire. Ce caractère semblait appartenir aux assurances qui me furent données.

Le gouvernement français avait prévu que les sentiments produits aux États-Unis, par la nouvelle du rejet du crédit, seraient tels que je les ai décrits, et de promptes mesures avaient été prises par lui pour prévenir les conséquences. Le Roi, en personne, exprima, par l'intermédiaire de notre Ministre à Paris, son profond regret de la décision des Chambres, et promit d'envoyer sur-le-champ un bâtiment de guerre avec des dépêches pour son Ministre ici, à l'effet de l'autoriser à donner des assurances propres à convaincre le gouvernement et le peuple des États-Unis que le traité serait néanmoins fidèlement exécuté par la France. Le bâtiment de guerre arriva, et le Ministre reçut ses instructions. Prétendant agir en vertu de l'autorisation qu'elles lui conféraient, il donna les assurances les plus solennelles qu'aussitôt après les nouvelles élections, et le plus promptement que la Chambre le permettrait, les Chambres françaises seraient convoquées, et que la tentative, à l'effet d'obtenir le crédit nécessaire, serait renouvelée; que tous les pouvoirs constitutionnels du Roi et de ses Ministres seraient mis en action pour obtenir cet objet; on comprit qu'il contractait l'engagement, et ce gouvernement l'en informa expressément, que la question serait poussée à une décision, à une époque suffisamment rapprochée pour que l'avis du résultat pût être communiqué au Congrès au commencement de la session.

Me reposant sur ces assurances, j'encourus la responsabilité de laisser le Congrès se séparer sans lui faire aucune communication sur l'affaire.

L'attente, justement fondée sur les promesses ainsi solennellement faites, ne fut point réalisée. Les Chambres françaises se rassemblèrent le 31 juillet 1834, et quoique notre Ministre à Paris pressât les Ministres français de porter l'affaire devant elles, ils s'y refusèrent. Il insista ensuite pour que les Chambres, si elles étaient prorogées sans avoir pris de décision sur l'affaire, fussent convoquées de nouveau, à une époque assez rapprochée pour que leur vote pût être connu à Washington avant la réunion du Congrès. Cette demande raisonnable fut non seulement refusée, mais les Chambres furent prorogées au 29 décembre, jour tellement éloigné que leur décision ne pouvait, selon toutes probabilités, être obtenue à temps pour parvenir à Washington avant l'ajournement forcé du Congrès, aux termes de la Constitution. Les raisons données par le Ministère pour refuser de convoquer les Chambres à une époque plus rapprochée, furent, plus tard, démontrées n'avoir pas été insurmontables, par la convocation effective des Chambres au 1er décembre, en vertu de l'appel spécial dans l'intérêt d'affaires domestiques, ce qui, cependant, ne parvint à la connaissance de ce gouvernement qu'après la dernière session du Congrès. Ainsi trompés dans notre juste attente, mon devoir impératif m'obligea à consulter le Congrès sur la convenance d'un recours à des mesures de rétorsion, dans le cas où les stipulations du traité ne seraient pas promptement exécutées. A cet effet, une communication devint indispensable. Avoir reculé, en la faisant, devant l'exposé de tout ce qui était nécessaire pour la comprendre exactement, et de ce qui était conforme à la vérité par crainte de donner offense à d'autres, eût été indigne de nous. Avoir été, d'un autre côté, un pas au delà, dans le but de blesser la fierté d'un gouvernement et d'un peuple avec lesquels nous avions tant de motifs de cultiver des relations amicales, et d'un avantage réciproque, eût été imprudent et inconvenant.

Averti, par le passé, de la difficulté de faire même le plus simple exposé de nos griefs, sans affecter la sensibilité de ceux qui étaient, par leur position, devenus responsables de leur redressement, je fis ce que je pus pour rendre impossible toute interprétation du Message, par laquelle la recommandation, faite au Congrès, pût être considérée comme une menace pour la France, en désavouant un tel dessein, et en déclarant, encore, que sa fierté et sa puissance étaient trop bien connues pour rien attendre d'elle par la crainte. Le Message ne parvint à Paris que plus d'un mois après la réunion des Chambres, et telle était l'insensibilité du Ministère à l'égard de nos légitimes réclamations, que notre Ministre avait été informé que l'affaire, lorsqu'elle serait présentée, ne serait point poursuivie comme mesure de Cabinet.

Bien que le Message n'eut pas été communiqué officiellement au gouvernement, et nonobstant les déclarations contraires qui y étaient énoncées, les Ministres français résolurent de considérer la proposition conditionnelle de représailles comme une menace et une insulte que l'honneur national leur faisait un devoir de repousser.

Les mesures auxquelles ils eurent recours, pour montrer combien ils avaient ressenti cette prétendue offense, furent le rappel immédiat de leur Ministre à Washington, l'offre de ses passeports au Ministre américain à Paris, et la déclaration, aux Chambres législatives, de la suspension de tous rapports diplomatiques avec le gouvernement des États-Unis.

Après avoir, de cette manière, vengé la dignité de la France, ils s'occupèrent de faire ressortir sa justice. Dans ce but, un projet de loi fut immédiatement présenté à la Chambre des Députés, pour demander les fonds nécessaires à l'exécution du traité. Comme ce projet est devenu plus tard une loi dont les dispositions forment aujourd'hui le sujet principal des discussions qui subsistent entre les deux nations, je dois retracer l'histoire de cette loi.

Le Ministre des Finances, dans son exposé des motifs, fait allusion aux mesures qui avaient été prises pour repousser l'offense prétendue, et il représente l'exécution du traité comme réclamée par l'honneur et la justice de la France. En sa qualité d'organe du Ministère, il déclare que le Message, aussi longtemps qu'il n'avait pas reçu la sanction du Congrès, n'était que la simple expression des opinions personnelles du Président, et, d'un autre côté, il déclare que l'on avait pris des engagements à l'exécution desquels l'honneur de la France était engagé. Conformément à cette manière de voir, la seule condition à laquelle le Ministère français proposait de soumettre le paiement de l'argent, était de différer ce paiement, jusqu'à ce qu'on eût acquis la certitude que le gouvernement des États-Unis n'avait rien fait qui pût nuire aux intérêts de la France, ou, en d'autres termes, que le Congrès n'avait autorisé aucune mesure hostile envers la France.

Le Cabinet français ignorait, à cette époque, quelles pourraient être les dispositions ou les décisions du Congrès; mais le 14 janvier, le Sénat décida qu'il n'y aurait lieu à adopter, pour le moment, aucune mesure législative, par rapport à l'état des affaires entre les États-Unis et la France, et aucune décision à ce sujet n'était intervenue dans la Chambre des Représentants. Ces faits étaient connus à Paris avant le 28 mars 1835, au moment où la Commission à laquelle le _Bill d'indemnité_ avait été soumis, présenta son rapport à la Chambre des Députés. Cette Commission reproduisit les opinions du Ministre, déclara que le Congrès avait écarté les propositions du Président, et proposa l'adoption du projet de loi, sans autre restriction que celle originairement proposée. Le Ministère français et les Chambres savaient donc que si la position qu'ils avaient prise, et qui avait été si fréquemment annoncée comme la seule compatible avec l'honneur de la France, était maintenue, et si la loi était adoptée telle qu'elle avait été originairement proposée, l'argent serait payé, et cette malheureuse discussion serait terminée. Mais cette flatteuse espérance fut bientôt détruite par un amendement, introduit dans la loi au moment de son adoption, et portant que l'argent ne serait pas payé jusqu'à ce que le gouvernement ait reçu des explications satisfaisantes sur le Message du Président du 2 décembre 1834; et, ce qui est encore plus extraordinaire, le Président du Conseil des Ministres[159] adopta cet amendement, et consentit à son insertion dans la loi. Quant à la prétendue insulte dont ils s'étaient prévalu pour rappeler leur Ministre, et pour offrir des passeports au nôtre, ils proposèrent alors, pour la première fois, de demander des explications. Des propositions et des opinions qu'ils avaient déclaré ne pouvoir être, avec fondement, imputées au gouvernement ou au peuple américain, sont mises en avant comme des obstacles à l'accomplissement d'un acte rendant justice à ce gouvernement et à ce peuple. Ils avaient déclaré que l'honneur de la France exigeait l'exécution d'un engagement pris par le Roi, à moins que le Congrès n'adoptât les propositions du Message. Ils avaient la certitude que le Congrès ne les avait pas adoptées, et néanmoins l'exécution est refusée, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu du Président des explications sur une opinion caractérisée par eux-mêmes comme personnelle et sans effet. La supposition que j'avais l'intention de menacer ou d'insulter le gouvernement français est aussi peu fondée, qu'une tentative pour extorquer des craintes de cette nation ce que ses sentiments de justice devaient lui faire refuser, eût été vaine et ridicule. Mais la Constitution des États-Unis impose au Président le devoir d'exposer au Congrès la situation du pays, et le peuple américain ne saurait admettre l'intervention d'un gouvernement quelconque du globe, dans le libre accomplissement des devoirs domestiques que la Constitution a imposés à ses fonctionnaires publics. Les discussions qui interviennent entre les diverses branches de notre gouvernement nous regardent seuls, et pour toutes les paroles qu'ils prononcent, nos mandataires ne sont responsables qu'envers leurs propres constituants, ou les uns envers les autres. Si, dans le cours de leurs discussions, des faits sont inexactement rapportés, ou que l'on en ait tiré d'injustes déductions, ils n'ont besoin pour les corriger, lorsqu'ils reconnaissent leurs erreurs, que de leur amour de la justice, et du sentiment de ce qu'ils doivent à leur caractère, mais ils ne peuvent jamais se soumettre à être interrogés à ce sujet, comme une chose de droit, par une Puissance étrangère. Quand ces discussions se terminent par des actes, alors commence notre responsabilité envers les Puissances étrangères, mais elle n'est plus individuelle, elle devient nationale. Le principe sur lequel on se fonde pour demander des explications sur les termes de mon Message, justifierait également la prétention qu'élèverait une Puissance étrangère, à demander des explications sur les termes employés dans le rapport d'une commission, ou dans le discours d'un membre du Congrès.

[159] Alors le duc de Broglie.

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement français a pris offense des Messages des Présidents américains. Le Président Washington et le Président Adams, dans l'accomplissement de leurs devoirs envers le peuple américain, ont encouru l'animadversion du Directoire français. Le grief élevé par le Ministère de Charles X, et écarté par les explications données par notre Ministre à Paris, a déjà été mentionné, lorsqu'on eut appris que le Ministère du Roi actuel prenait offense de mon Message de l'année dernière, en lui donnant une interprétation que ses termes mêmes désavouaient; notre dernier Ministre à Paris, en réponse à la dernière note qui témoigna du mécontentement au sujet du langage dont on s'était servi dans le Message, adressa au gouvernement français, sous la date du 28 janvier 1835, une communication de nature à écarter toutes les impressions qu'avait pu produire une injuste susceptibilité. Il réitéra et rappela à l'attention du gouvernement français, le désaveu, contenu dans le Message même, de toute intention d'intimider par la menace. Il déclara, en toute vérité, que le Message ne contenait, ni de fait ni d'intention, aucune accusation de mauvaise foi contre le Roi des Français, et établit une distinction très juste entre le droit de se plaindre, en termes très mesurés, de la non-exécution d'une convention, et une imputation de mauvais motifs, en suspendant cette exécution; enfin, il démontra que l'exercice nécessaire de ce droit ne devait pas être envisagé comme une imputation offensante. Quoique cette communication ait été faite par notre Ministre, sans instructions, et entièrement sous sa propre responsabilité, elle est devenue, depuis, un acte de ce gouvernement par ma complète approbation, et cette approbation a été notifiée officiellement au gouvernement français, le 25 avril 1835. Cependant, elle a manqué son effet. La loi a passé, avec le fâcheux amendement soutenu par les Ministres du Roi, et elle a été définitivement approuvée par le Roi.

Le peuple des États-Unis est justement attaché à un système pacifique dans ses relations avec les nations étrangères; il est donc convenable qu'il sache si son gouvernement y a été fidèle. Dans la circonstance actuelle, il a été poussé jusqu'aux dernières limites compatibles avec un juste respect de soi-même. La note du 28 janvier n'est pas la seule que notre Ministre ait pris sous sa responsabilité de présenter, sur le même sujet et dans le même esprit. Trouvant qu'on avait l'intention de rendre le paiement d'une juste dette dépendant de l'accomplissement d'une condition qu'il savait ne pouvoir jamais être exécutée, il jugea de son devoir de faire une nouvelle tentative, pour convaincre le gouvernement français que, si le respect de nous-mêmes et nos égards pour la dignité des autres nations nous empêcheraient toujours de nous servir d'un langage qui pourrait offenser, cependant nous ne reconnaîtrions jamais à un gouvernement étranger le droit de demander des explications sur les communications faites par une branche de nos conseils publics à l'autre; et, pour prévenir tout malentendu, il rappela les termes employés dans une note précédente, ajoutant que, par conséquent, toute explication qui pourrait raisonnablement être demandée ou honorablement donnée, avait déjà été fournie, et était non seulement inutile, mais pourrait même être jugée offensante, et ne serait certainement pas accomplie, si elle était annexée à la loi comme condition.

Lorsque cette dernière communication, sur laquelle j'appelle spécialement l'attention du Congrès, me fut soumise, je conçus l'espoir que le moyen qu'elle avait évidemment pour objet d'arriver à un règlement prompt et honorable des difficultés existant entre les deux nations, aurait été accepté, et je n'hésitai donc pas à lui donner ma sanction et mon entière approbation. Je devais cela au Ministre qui s'était rendu responsable de l'acte; le peuple des États-Unis en a été publiquement informé, et j'en fais part, en ce moment, à ses représentants, pour montrer jusqu'où le pouvoir exécutif a porté ses efforts pour rétablir la bonne intelligence entre les deux pays. Mon approbation aurait été communiquée au gouvernement français, si elle eût été officiellement réclamée.

Le gouvernement français ayant reçu toutes les explications que l'honneur et les principes permettaient, on espérait qu'il n'hésiterait pas plus longtemps à payer les termes échus. L'agent autorisé à recevoir l'argent fut invité à informer le gouvernement français qu'il était prêt à le toucher. En réponse à cet avis, il fut prévenu que l'argent ne pouvait alors être payé, parce que les formalités requises par l'acte des Chambres n'avaient point été accomplies.

N'ayant reçu aucune communication officielle sur les intentions du gouvernement français, et désireux de conduire cette désagréable affaire à un terme avant la réunion du Congrès, j'ai fait donner à notre chargé d'affaires à Paris l'instruction de s'enquérir de la détermination finale du gouvernement français, et, dans le cas où il refuserait les termes échus, de revenir sans autres explications aux États-Unis.

Le résultat de cette dernière démarche ne nous est pas encore parvenu, mais nous l'attendons journellement. Je désire sincèrement qu'il soit favorable. Lorsque ses différents pouvoirs ont reconnu la justice de nos droits, les obligations que leur impose le traité de 1831, et lorsqu'il n'existe réellement aucune cause qui puisse motiver de nouveaux délais, la France adoptera enfin, on doit l'espérer, la marche que les intérêts des deux nations n'exigent pas moins impérieusement que les principes de la justice. Une fois le traité exécuté par la France, il restera peu de causes de désaccord entre les deux pays, rien, au fond, qui ne puisse céder aux conseils d'une politique pacifique et éclairée, et à l'influence de cette bienveillance mutuelle et de ces généreux souvenirs, qui, nous devons l'espérer, se ranimeront alors dans toute leur force première. Dans tous les cas, cependant, la question de principe soulevée par la nouvelle face qu'a prise la discussion est d'une importance tellement vitale à l'action indépendante du gouvernement, qu'elle ne peut être, de notre part, l'objet d'un abandon ou d'une transaction, sans déshonneur pour la nation. Je n'ai pas besoin de dire que ce ne sera jamais par mon organe que se fera un pareil sacrifice. Je ne souillerai jamais l'honneur de mon pays, en m'excusant d'avoir dit la vérité et d'avoir accompli mon devoir, et je ne puis donner d'autres explications de mes actes officiels que celles que commandent l'honneur et la justice. Cette détermination, j'en ai la confiance, recevra l'approbation de mes constituants. Je connais bien mal, en effet, leur caractère, si la somme de vingt-cinq millions de francs balance un instant, à leurs yeux, une question qui se rattache à leur indépendance nationale, et si, malheureusement, une impression différente venait à prévaloir, ils se rallieront, j'en suis sûr, autour du gouvernement de leur choix, avec empressement et unanimité, et feront taire à jamais cette imputation dégradante.

Ayant ainsi franchement soumis au Congrès les circonstances qui, depuis sa dernière session, sont survenues dans cette intéressante et importante affaire, ainsi que les vues du pouvoir exécutif y relatives, il ne me reste qu'à ajouter, que dès que les avis attendus de la part de notre chargé d'affaires auront été reçus, ils deviendront l'objet d'une communication spéciale.

(Nous reproduisons cette pièce d'après le _Journal des Débats_ du 1er janvier 1836.)

II

_Discours prononcé par le duc de Broglie, président du Conseil, à la Chambre des Députés, dans la séance du 6 janvier 1836, au sujet de la Pologne._

MESSIEURS,

Je rends justice aux grandes idées, aux passions généreuses qui ont inspiré le premier orateur que vous avez entendu[160]; mais je prendrai la liberté de lui rappeler qu'il n'a pas rendu une entière justice au gouvernement et au Ministère qui existait en 1831, lorsqu'il a paru croire que les embarras de cette époque avaient interdit à notre Cabinet de prendre, à la nation polonaise, l'intérêt qu'elle inspirera toujours à un gouvernement français.

[160] M. Odilon Barrot.

A cette époque même, à cette époque si difficile et si périlleuse, où les circonstances intérieures de la France étaient si embarrassantes, le gouvernement français a fait pour la nation polonaise tout ce qu'il dépendait de lui de faire. Il a fait plus que toute autre nation, et si jamais l'histoire révèle la correspondance diplomatique du gouvernement français à cette époque, j'ose croire que l'on rendra alors justice à l'homme illustre[161] qui présidait le Cabinet.

[161] M. Casimir Perier.

Ce qui a été fait à cette époque, dans l'intérêt de l'humanité, dans l'intérêt de la justice, le gouvernement n'a jamais cessé de le faire, tant qu'il a dû croire que son intervention serait utile à la population de la Pologne.

Ce n'est pas, en effet, en présence d'une Chambre aussi éclairée, que j'ai besoin de rappeler combien l'intervention d'une Puissance étrangère, dans l'administration intérieure d'un autre État, doit être conduite avec égards et ménagements; combien, souvent, il est à redouter que cette intervention, loin de calmer les irritations, les excitations, loin d'affaiblir les animosités politiques, les irrite davantage; combien, en un mot, il faut prendre de soins et de précautions, en remplissant une pareille tâche.

La Chambre me comprendra, je l'espère, si je lui dis que le gouvernement français n'a négligé, dans une circonstance quelconque, son intervention dans l'humanité; mais la Chambre comprendra que, peut-être, ce n'est pas un bon moment de servir l'humanité, que c'est même aller contre l'intention de la Chambre, que de venir presser, à cette tribune, le gouvernement d'en faire davantage. Il est à craindre, souvent, que des paroles dictées par un sentiment généreux ne produisent, en réalité, un effet tout contraire au sentiment qui les inspire, qu'elles ne se traduisent, au dehors, en animosités plus grandes; enfin, que la cause de l'humanité, qu'on a voulu servir, ne soit trahie, à l'insu même de ceux qui ont voulu la défendre. (_De toutes parts: Très bien!_)

Je n'en dirai pas davantage. L'orateur qui descend de cette tribune a lui-même remarqué quelle différence doit exister entre les paroles qui y sont prononcées par l'organe du gouvernement, et celles qu'y peut prononcer un membre isolé de la Chambre.

La Chambre comprendra certainement qu'il ne m'appartient point de répondre, une à une, aux observations qui vous ont été soumises, parce que ma réponse à ces observations aurait dans ma bouche une tout autre gravité.

Quant à l'autre branche de la question, quant à l'existence des traités dont le premier orateur a parlé, et dont le second[162] a dit aussi quelque chose, je la traiterai, et j'essaierai d'être court. Personne, que je sache, en Europe, personne sans exception, ne conteste que les traités ne doivent être exécutés fidèlement, selon leur lettre et selon leur esprit; mais dans l'article du traité auquel les deux orateurs ont fait allusion, se trouvent des principes différents, des principes qui ne sont point inconciliables, et qui ont, cependant, besoin d'être conciliés; à savoir, l'indépendance de la Pologne, d'une part, et, de l'autre, l'union de la Pologne avec la Russie. On a, dans cet article, posé le principe d'une représentation et de diverses institutions nationales, mais on a abandonné à l'exécution, de savoir quelles seront ces institutions, et sous quelle forme elles seront établies.

[162] M. Saint-Marc Girardin.

Cet article n'est pas rédigé avec autant de clarté, peut-être, que cela serait à désirer; il laisse par conséquent la possibilité, aux diverses Puissances qui ont signé le traité de 1815, de lui donner des interprétations différentes, de pousser plus ou moins loin les principes dont il se compose. Il se peut (je ne parle ici que par hypothèse) que les diverses Puissances ne se trouvèrent pas d'accord sur l'application de ces mêmes principes, et sur ce qu'il y a à faire. Est-ce à dire que, dès l'instant où il y aurait divergence entre les Puissances, il fallût aussitôt même recourir aux armes? La Chambre ne saurait avoir cette pensée. Il en est du maintien des relations entre les Puissances, comme de l'harmonie entre les pouvoirs publics. Par cela seul qu'il y aurait divergence d'opinions, ce n'est pas un motif pour faire un appel à la force; c'est à la discussion, à la raison, au temps, à faire prévaloir la vérité.

Eh bien! Messieurs, j'en ai la confiance, la Chambre comprendra, sans en dire davantage sur la question qui l'occupe en ce moment, qu'il existe, sur certains points, divergence d'opinions entre diverses Puissances; nous avons pensé que c'était aux négociations, à la raison et au temps, de faire triompher la vérité. Nous espérons que vous serez sur ce point d'accord avec nous. (_Vive approbation._)

(Nous reproduisons ce discours d'après le texte donné par le _Journal des Débats_ du 7 janvier 1836.)

III

_Éloge du Comte Reinhart, prononcé à l'Académie des Sciences morales et politiques, par le prince de Talleyrand, dans la séance du 3 mars 1838._

MESSIEURS,

J'étais en Amérique, lorsque l'on eut la bonté de me nommer membre de l'Institut, et de m'attacher à la classe des Sciences morales et politiques, à laquelle j'ai, depuis son origine, l'honneur d'appartenir.

A mon retour en France, mon premier soin fut de me rendre à ses séances, et de témoigner aux personnes qui la composaient alors, et dont plusieurs nous ont laissé de justes regrets, le plaisir que j'avais de me trouver un de leurs collègues. A la première séance à laquelle j'assistai, on renouvelait le bureau, et on me fit l'honneur de me nommer secrétaire. Le procès-verbal que je rédigeai pendant six mois, avec autant de soin que je le pouvais, portait, peut-être un peu trop, le caractère de ma déférence, car j'y rendais compte d'un travail qui m'était fort étranger. Ce travail, qui, sans doute, avait coûté bien des recherches, bien des veilles à un de nos plus savants collègues, avait pour titre: _Dissertations sur les lois ripuaires_. Je fis aussi, à la même époque, dans nos assemblées publiques, quelques lectures que l'indulgence qui m'était accordée alors a fait insérer dans les Mémoires de l'Institut. Depuis cette époque, quarante années se sont écoulées, durant lesquelles cette tribune m'a été comme interdite, d'abord par beaucoup d'absences, ensuite par des fonctions auxquelles mon devoir était d'appartenir tout entier; je dois dire aussi, par la discrétion que les temps difficiles exigent d'un homme livré aux affaires; et enfin, plus tard, par les infirmités que la vieillesse amène d'ordinaire avec elle, ou du moins qu'elle aggrave toujours.

Mais aujourd'hui j'éprouve le besoin et je regarde comme un devoir de m'y présenter une dernière fois, pour que la mémoire d'un homme connu dans toute l'Europe, d'un homme que j'aimais, et qui, depuis la formation de l'Institut, était notre collègue, reçoive ici un témoignage public de notre estime et de nos regrets. Sa position et la mienne me mettent dans le cas de révéler plusieurs de ses mérites. Son principal, je ne dis pas son unique titre de gloire, consiste dans une correspondance de quarante années, nécessairement ignorée du public, qui, très probablement, n'en aura jamais connaissance. Je me suis dit: Qui en parlera dans cette enceinte? Qui sera surtout dans l'obligation d'en parler, si ce n'est moi, qui en ai reçu la plus grande part, à qui elle fut toujours si agréable, et souvent si utile dans les fonctions ministérielles que j'ai eues à remplir sous trois règnes... très différents?

Le comte Reinhart avait trente ans et j'en avais trente-sept, quand je le vis pour la première fois. Il entrait aux affaires avec un grand fonds de connaissances acquises. Il savait bien cinq ou six langues, dont les littératures lui étaient familières. Il eût pu se rendre célèbre comme poète, comme historien, comme géographe; et c'est en cette qualité qu'il fut membre de l'Institut, dès que l'Institut fut créé.

Il était déjà, à cette époque, membre de l'Académie des sciences de Gœttingue. Né et élevé en Allemagne, il avait publié, dans sa jeunesse, quelques pièces de vers qui l'avaient fait remarquer par Gesner, par Wieland, par Schiller. Plus tard, obligé pour sa santé de prendre les eaux de Carlsbad, il eut le bonheur d'y trouver et d'y voir souvent le célèbre Gœthe, qui apprécia assez son goût et ses connaissances pour désirer d'être averti par lui de tout ce qui faisait quelque sensation dans la littérature française. M. Reinhart le lui promit: les engagements de ce genre, entre les hommes d'un ordre supérieur, sont toujours réciproques, et deviennent bientôt des liens d'amitié; ceux qui se formèrent entre M. Reinhard et Gœthe donnèrent lieu à une correspondance que l'on imprime aujourd'hui en Allemagne.

On y verra qu'arrivé à cette époque de la vie où il faut définitivement choisir l'état auquel on se croit le plus propre, M. Reinhart fit, sur lui-même, sur ses goûts, sur sa position et sur celle de sa famille, un retour sérieux qui précéda sa détermination; et alors, chose remarquable pour le temps, à des carrières où il eût pu être indépendant, il en préféra une où il ne pouvait l'être. C'est à la carrière diplomatique qu'il donna la préférence, et il fit bien: Propre à tous les emplois de cette carrière, il les a successivement tous remplis, et tous avec distinction.

Je hasarderai de dire ici que ses études premières l'y avaient heureusement préparé. Celle de la théologie surtout, où il se fit remarquer dans le séminaire de Denkendorf, et dans celui de la Faculté protestante de Tubingue, lui avait donné une force, et en même temps une souplesse de raisonnement que l'on retrouve dans toutes les pièces qui sont sorties de sa plume. Et pour m'ôter à moi-même la crainte de me laisser aller à une idée qui pourrait paraître paradoxale, je me sens obligé de rappeler ici les noms de plusieurs de nos grands négociateurs, tous théologiens, et tous remarqués par l'histoire comme ayant conduit les affaires politiques les plus importantes de leur temps: le cardinal chancelier Duprat, aussi versé dans le droit canon que dans le droit civil, et qui fixa avec Léon X les bases du Concordat, dont plusieurs dispositions subsistent encore aujourd'hui.--Le cardinal d'Ossat, qui, malgré les efforts de plusieurs grandes Puissances, parvint à réconcilier Henri IV avec la Cour de Rome. Le recueil de lettres qu'il a laissé est encore prescrit aujourd'hui aux jeunes gens qui se destinent à la carrière politique.--Le cardinal de Polignac, théologien, poète et négociateur, qui, après tant de guerres malheureuses, sut conserver à la France, par le traité d'Utrecht, les conquêtes de Louis XIV.

C'est aussi au milieu de livres de théologie qu'avait été commencée par son père, devenu évêque de Gap, l'éducation de M. de Lionne, dont le nom vient de recevoir un nouveau lustre par une récente et importante publication.

Les noms que je viens de citer me paraissent suffire pour justifier l'influence qu'eurent, dans mon opinion, sur les habitudes d'esprit de M. Reinhart, les premières études vers lesquelles l'avait dirigé l'éducation paternelle.

Les connaissances à la fois solides et variées qu'il y avait acquises, l'avaient fait appeler à Bordeaux pour remplir les honorables et modestes fonctions de précepteur dans une famille protestante de cette ville. Là, il se trouva naturellement en relation avec plusieurs des hommes dont le talent, les erreurs et la mort jetèrent tant d'éclat sur notre première Assemblée législative. M. Reinhart se laissa facilement entraîner par eux à s'attacher au service de la France.

Je ne m'astreindrai point à le suivre pas à pas à travers les vicissitudes dont fut remplie la longue carrière qu'il a parcourue. Dans les nombreux emplois qui lui furent confiés, tantôt d'un ordre élevé, tantôt d'un ordre inférieur, il semblerait y avoir une sorte d'incohérence, et comme une absence de hiérarchie que nous aurions aujourd'hui quelque peine à comprendre. Mais à cette époque, il n'y avait pas plus de préjugés pour les places qu'il n'y en avait pour les personnes. Dans d'autres temps, la faveur, quelquefois le discernement, appelaient à toutes les situations éminentes. Dans le temps dont je parle, bien ou mal, toutes les situations étaient conquises. Un pareil état de choses mène bien vite à la confusion.

Aussi, nous voyons M. Reinhart, premier secrétaire de la légation à Londres.--Occupant le même emploi à Naples.--Ministre plénipotentiaire auprès des villes hanséatiques, Hambourg, Bremen et Lübeck.--Chef de la 3e division au département des Affaires étrangères.--Ministre plénipotentiaire à Florence.--Ministre des relations extérieures.--Ministre plénipotentiaire en Helvétie.--Consul général à Milan.--Ministre plénipotentiaire près le cercle de Basse-Saxe.--Résident dans les provinces turques au delà du Danube et commissaire général des relations commerciales en Moldavie.--Ministre plénipotentiaire auprès du Roi de Westphalie.--Directeur de la chancellerie du département des Affaires étrangères.--Ministre plénipotentiaire auprès de la Diète germanique et de la ville libre de Francfort, et, enfin, ministre plénipotentiaire à Dresde.

Que de places, que d'emplois, que d'intérêts confiés à un seul homme, et cela, à une époque où les talents paraissaient devoir être d'autant moins appréciés que la guerre semblait, à elle seule, se charger de toutes les affaires!

Vous n'attendez donc pas de moi, Messieurs, qu'ici je vous rende compte en détail, et date par date, de tous les travaux de M. Reinhart dans les différents emplois dont vous venez d'entendre l'énumération. Il faudrait faire un livre.

Je ne dois parler devant vous que de la manière dont il comprenait les fonctions qu'il avait à remplir, qu'il fût Chef de division, Ministre ou Consul.

Quoique M. Reinhart n'eût point alors l'avantage qu'il aurait eu quelques années plus tard, de trouver sous ses yeux d'excellents modèles, il savait déjà combien de qualités, et de qualités diverses, devaient distinguer un Chef de division des Affaires étrangères. Un tact délicat lui avait fait sentir que les mœurs d'un Chef de division devaient être simples, régulières, retirées; qu'étranger au tumulte du monde, il devait vivre uniquement pour les affaires et leur vouer un secret impénétrable; que toujours prêt à répondre sur les faits et sur les hommes, il devait avoir sans cesse présents à la mémoire tous les traités, connaître historiquement leurs dates, apprécier avec justesse leurs côtés forts et leurs côtés faibles, leurs antécédents et leurs conséquences; savoir enfin les noms des principaux négociateurs, et même leurs relations de famille; que tout en faisant usage de ces connaissances, il devait prendre garde à inquiéter l'amour-propre toujours si clairvoyant du Ministre, et qu'alors même qu'il l'entraînait à son opinion, son succès devait rester dans l'ombre; car il savait qu'il ne devait briller que d'un éclat réfléchi; mais il savait aussi que beaucoup de considération s'attachait naturellement à une vie aussi pure et aussi modeste.

L'esprit d'observation de M. Reinhart ne s'arrêtait point là; il l'avait conduit à comprendre combien la réunion des qualités nécessaires à un ministre des Affaires étrangères est rare. Il faut, en effet, qu'un ministre des Affaires étrangères soit doué d'une sorte d'instinct, qui, l'avertissant promptement, l'empêche, avant toute discussion, de jamais se compromettre. Il lui faut la faculté de se montrer ouvert en restant impénétrable; d'être réservé avec les formes de l'abandon, d'être habile jusque dans le choix de ses distractions; il faut que sa conversation soit simple, variée, inattendue, toujours naturelle et parfois naïve; en un mot, il ne doit pas cesser un moment, dans les vingt-quatre heures, d'être ministre des Affaires étrangères.

Cependant, toutes ces qualités, quelque rares qu'elles soient, pourraient n'être pas suffisantes, si la bonne foi ne leur donnait une garantie dont elles ont presque toujours besoin. Je dois le rappeler ici, pour détruire un préjugé assez généralement répandu:--Non, la diplomatie n'est point une science de ruse et de duplicité. Si la bonne foi est nécessaire quelque part, c'est surtout dans les transactions politiques, car c'est elle qui les rend solides et durables. On a voulu confondre la réserve avec la ruse. La bonne foi n'autorise jamais la ruse, mais elle admet la réserve; et la réserve a cela de particulier, c'est qu'elle ajoute à la confiance.

Dominé par l'honneur et l'intérêt de son pays, par l'honneur et l'intérêt du Prince, par l'amour de la liberté, fondé sur l'ordre et sur les droits de tous, un ministre des Affaires étrangères, quand il sait l'être, se trouve ainsi placé dans la plus belle situation à laquelle un esprit élevé puisse prétendre.

Après avoir été un Ministre habile, que de choses il faut encore savoir pour être un bon Consul! Car les attributions d'un Consul sont variées à l'infini; elles sont d'un genre tout différent de celles des autres employés des Affaires étrangères. Elles exigent une foule de connaissances pratiques pour lesquelles une éducation particulière est nécessaire. Les Consuls sont dans le cas d'exercer dans l'étendue de leur arrondissement, vis-à-vis de leurs compatriotes, les fonctions de juges, d'arbitres, de conciliateurs; souvent ils sont officiers de l'état civil; ils remplissent l'état de notaires, quelquefois celui d'administrateurs de la marine; ils surveillent et constatent l'état sanitaire; ce sont eux qui, par leurs relations habituelles, peuvent donner une idée juste et complète de la situation du commerce, de la navigation et de l'industrie particulière au pays de leur résidence. Aussi, M. Reinhart, qui ne négligeait rien pour s'assurer de la justesse des informations qu'il était dans le cas de donner à son gouvernement, et des décisions qu'il devait prendre comme agent politique, comme agent consulaire, comme administrateur de la marine, avait-il fait une étude approfondie du droit des gens et du droit maritime. Cette étude l'avait conduit à croire qu'il arriverait un temps où, par des combinaisons habilement préparées, il s'établirait un système général de commerce et de navigation dans lequel les intérêts de toutes les nations seraient respectés, et dont les bases fussent telles que la guerre elle-même n'en pût altérer le principe, dût-elle suspendre quelques-unes de ses conséquences. Il était aussi parvenu à résoudre avec sûreté et promptitude toutes les questions de change, d'arbitrage, de conversion des monnaies, de poids et mesures, et tout cela sans que jamais aucune réclamation se soit élevée contre les informations qu'il avait données et contre les jugements qu'il avait rendus. Il est vrai aussi que la considération personnelle qui l'a suivi dans toute sa carrière donnait du poids à son intervention dans toutes les affaires dont il se mêlait, et à tous les arbitrages sur lesquels il avait à prononcer.

Mais, quelque étendues que soient les connaissances d'un homme, quelque vaste que soit sa capacité, être un diplomate complet est bien rare; et cependant M. Reinhart l'aurait peut-être été, s'il eût eu une qualité de plus; il voyait bien, il entendait bien; la plume à la main, il rendait admirablement compte de ce qu'il avait vu, de ce qui lui avait été dit; sa parole écrite était abondante, facile, spirituelle, piquante; aussi, de toutes les correspondances diplomatiques de mon temps, il n'y en avait aucune à laquelle l'Empereur Napoléon, qui avait le droit et le besoin d'être difficile, ne préférât celle du comte Reinhart;--mais ce même homme qui écrivait à merveille s'exprimait avec difficulté. Pour accomplir ses actes, son intelligence demandait plus de temps qu'elle n'en pouvait obtenir dans la conversation. Pour que sa parole interne pût se reproduire facilement, il fallait qu'il fût seul et sans intermédiaire.

Malgré cet inconvénient réel, M. Reinhart réussit toujours à faire, et bien faire, tout ce dont il était chargé. Où donc trouvait-il ses moyens de réussir, où prenait-il ses inspirations?

Il les prenait, Messieurs, dans un sentiment vrai et profond qui gouvernait toutes ses actions, dans le sentiment du devoir.--On ne sait pas assez tout ce qu'il y a de puissance dans ce sentiment. Une vie tout entière au devoir est bien aisément dégagée d'ambition. La vie de M. Reinhart était uniquement employée aux fonctions qu'il avait à remplir, sans que jamais, chez lui, il y eût trace de calcul personnel ni de prétention à quelque avancement précipité.

Cette religion du devoir, à laquelle M. Reinhart fut fidèle toute sa vie, consistait en une soumission exacte aux instructions et aux ordres de ses chefs; dans une vigilance de tous les moments, qui, jointe à beaucoup de perspicacité, ne les laissait jamais dans l'ignorance de ce qu'il leur importait de savoir; en une rigoureuse véracité dans tous ses rapports, qu'ils dussent être agréables ou déplaisants; dans une discrétion impénétrable, dans une régularité de vie qui appelait la confiance et l'estime; dans une représentation décente; enfin dans un soin constant à donner aux actes de son gouvernement la couleur et les explications que réclamait l'intérêt des affaires qu'il avait à régler.

Quoique l'âge eût marqué pour M. Reinhart le temps du repos, il n'aurait jamais demandé sa retraite, tant il aurait craint de montrer de la tiédeur à servir dans une carrière qui avait été celle de toute sa vie. Il a fallu que la bienveillance royale, toujours si attentive, fût prévoyante pour lui, et donnât à ce grand serviteur de la France la situation la plus honorable en l'appelant à la Chambre des Pairs.

M. le comte Reinhart n'a pas joui assez longtemps de cet honneur, et il est mort presque subitement le 25 décembre 1837.

M. Reinhart s'était marié deux fois. Il a laissé du premier lit un fils qui est aujourd'hui dans la carrière politique. Au fils d'un tel père, tout ce qu'on peut souhaiter de mieux, c'est de lui ressembler.

IV

_Mémorandum adressé par lord Palmerston au gouvernement français, et remis à M. Thiers par M. Bulwer au commencement du mois de septembre 1840._

Foreign Office, 31 août 1840.

Monsieur,

Différentes circonstances m'ont empêché de vous transmettre plus tôt, et, par votre entremise au gouvernement français, quelques observations que le gouvernement de Sa Majesté désire faire sur le Mémorandum qui m'a été remis le 24 juillet par l'Ambassadeur de France à cette Cour, en réponse au Mémorandum que j'avais remis à Son Excellence le 17 du même mois; mais actuellement je viens remplir cette tâche.

C'est avec une grande satisfaction que le gouvernement de Sa Majesté a remarqué le ton amical du Mémorandum français, et les assurances qu'il contient du vif désir de maintenir la paix et l'équilibre des Puissances en Europe. Le Mémorandum du 17 juillet a été conçu dans un esprit tout aussi amical envers la France, et le gouvernement de Sa Majesté est tout aussi empressé (_anxious_) que la France peut l'être de conserver la paix de l'Europe et de prévenir le moindre dérangement dans l'équilibre existant entre les Puissances.

Le gouvernement de Sa Majesté a également vu avec plaisir les déclarations contenues dans le Mémorandum français, portant que la France désire agir de concert avec les quatre autres Puissances en ce qui concerne les affaires du Levant.

Les sentiments du gouvernement de Sa Majesté sont sur ces points à tous égards semblables à ceux du gouvernement français et y correspondent entièrement, car, en premier lieu, dans tout le cours des négociations ouvertes sur cette question pendant plus de douze mois, le désir empressé du gouvernement britannique a été constamment qu'un concert fût établi entre les cinq Puissances, et que toutes cinq elles accédassent à une ligne de conduite commune, et le gouvernement de Sa Majesté, sans devoir s'en déférer, pour preuve de ce désir, aux différentes propositions qui ont été faites de temps en temps au gouvernement français, et auxquelles il est fait allusion dans le Mémorandum de la France, peut affirmer sans crainte qu'aucune Puissance de l'Europe ne peut être moins influencée que ne l'est la Grande-Bretagne par des vues particulières ou par tout désir et espérances d'avantages exclusifs qui naîtraient, pour elle, de la conclusion des affaires du Levant: bien au contraire, l'intérêt de la Grande-Bretagne, dans ces affaires, s'identifie avec celui de l'Europe en général, et se trouve placé dans le maintien de l'intégrité et de l'indépendance de l'Empire ottoman, comme étant une sécurité pour la conservation de la paix, et un élément essentiel de l'équilibre général des Puissances.

C'est à ces principes que le gouvernement français a promis son plein concours, et qu'il l'a offert dans plus d'une circonstance, et spécialement dans une dépêche du maréchal Soult, en date du 17 juillet 1839; dépêche qui a été communiquée officiellement aux quatre Puissances; il l'a encore offert dans une note collective du 27 juillet 1839, et dans le discours du Roi des Français aux Chambres, en décembre 1839.

Dans ces documents, le gouvernement français fait connaître sa détermination de maintenir l'intégrité et l'indépendance de l'Empire ottoman sous la dynastie actuelle comme un élément essentiel de l'équilibre des Puissances, comme une sûreté pour la conservation de la paix, et dans une dépêche du maréchal Soult, il a également assuré que sa résolution était de repousser par tous ses moyens d'action et d'influence toute combinaison qui pourrait être hostile au maintien de cette intégrité et de cette indépendance.

En conséquence, les gouvernements de Grande-Bretagne et de France sont parfaitement d'accord, quant aux objets vers lesquels leur politique doit être guidée; la seule différence qui existe entre les deux gouvernements est une différence d'opinion quant aux moyens qu'ils jugent les plus propres pour atteindre cette fin commune: point sur lequel, ainsi que l'observe le Mémorandum français, on peut naturellement s'attendre à voir se rencontrer différentes opinions.

Sur ce point, il s'est élevé une grande différence d'opinion entre les deux gouvernements, différence qui semble être devenue plus forte et plus prononcée à mesure que les deux gouvernements ont plus complètement expliqué leurs vues respectives, ce qui, pour le moment, a empêché les deux gouvernements d'agir de concert pour atteindre le but commun. D'un côté, le gouvernement de Sa Majesté a manifesté, à diverses reprises, l'opinion qu'il serait impossible de maintenir l'intégrité de l'Empire turc, et de conserver l'indépendance du trône du Sultan, si Méhémet-Ali devait être laissé en possession de la Syrie, comme la clef militaire de la Turquie asiatique, et que si Méhémet-Ali devait continuer à occuper cette province, outre l'Égypte, il pourrait, en tous temps, menacer Bagdad du côté du Midi, Diarbekir et Erzeroum du côté de l'Est, Koniah, Brousse et Constantinople du côté du Nord; que le même esprit ambitieux qui a poussé Méhémet-Ali en d'autres circonstances à se révolter contre son Souverain, le porterait bientôt derechef à prendre les armes pour de nouveaux envahissements, et que, dans ce but, il conserverait toujours une grande armée sur pied; que le Sultan, d'un autre côté, devrait être continuellement en garde contre le danger qui le menacerait, et serait également obligé de rester armé, qu'ainsi le Sultan et Méhémet-Ali continueraient d'entretenir de fortes armées pour s'observer l'un l'autre; qu'une collision devrait nécessairement éclater, par suite de ces continuels soupçons et de ces alarmes mutuelles; quand même il n'y aurait, d'aucun côté, une agression préméditée, que toute collision de ce genre devrait nécessairement conduire à une intervention étrangère dans l'intérieur de l'Empire turc, et qu'une telle intervention, ainsi provoquée, conduirait aux plus sérieux dissentiments entre les Puissances de l'Europe.

Le gouvernement de Sa Majesté a signalé comme probable, sinon comme certain, un danger plus grand que celui-ci, en conséquence de l'occupation continue de la Syrie par Méhémet-Ali, à savoir que le Pacha, se fiant sur sa force militaire et fatigué de sa position politique de sujet, exécuterait une intention qu'il a franchement avouée aux Puissances d'Europe, qu'il n'abandonnerait jamais, et se déclarerait lui-même indépendant. Une pareille déclaration de sa part serait incontestablement le démembrement de l'Empire ottoman, et, ce qui plus est, ce démembrement pourrait arriver dans des circonstances telles, qu'elles rendraient plus difficile aux Puissances d'Europe d'agir ensemble pour forcer le Pacha à rétracter une pareille déclaration, qu'il ne l'est aujourd'hui de combiner leurs efforts pour le contraindre à évacuer la Syrie.

Le gouvernement de Sa Majesté a, en conséquence, invariablement prétendu que toutes les Puissances qui désireraient conserver l'intégrité de l'Empire turc et maintenir l'indépendance du trône du Sultan, devaient s'unir pour aider ce dernier à rétablir son autorité directe en Syrie.

Le gouvernement français, d'un autre côté, a avancé que Méhémet-Ali, une fois assuré de l'occupation permanente de l'Égypte et de la Syrie, resterait un fidèle sujet, et deviendrait le plus ferme soutien du Sultan; que le Sultan ne pourrait gouverner si le Pacha n'était en possession de cette province, dont les ressources militaires et financières lui seraient alors d'une plus grande utilité que si elles étaient entre les mains du Sultan lui-même; qu'on peut avoir une confiance entière dans la sincérité du renoncement de Méhémet-Ali à toute vue ultérieure d'ambition, et dans ses protestations de dévouement fidèle à son Souverain; que le Pacha est un vieillard, et qu'à sa mort, en dépit de tout son héréditaire fait à sa famille, l'ensemble de puissance qu'il a acquise retournerait au Sultan, parce que toute possession des pays mahométans, quelle que soit leur constitution, ne sont réellement autre chose que des possessions à vie.

Le gouvernement français a, en outre, soutenu que Méhémet-Ali ne voudra jamais librement consentir à évacuer la Syrie, et que les seuls moyens dont les Puissances d'Europe peuvent user pour le contraindre, seraient, ou bien des opérations sur mer, ce qui serait insuffisant, ou bien des opérations sur terre, ce qui serait dangereux; que des opérations sur mer n'expulseraient pas les Égyptiens de la Syrie et exciteraient seulement Méhémet-Ali à diriger une attaque sur Constantinople, et que les mesures auxquelles on pourrait avoir recours, en pareil cas, pour défendre la capitale, mais bien plus encore toute opération sur terre, par les troupes des Puissances alliées, pour expulser l'armée de Méhémet-Ali de la Syrie, deviendraient plus fatale à l'Empire turc que ne pouvait l'être l'état de choses auquel ces mesures seraient destinées à remédier.

A ces objections, le gouvernement de Sa Majesté répliqua qu'on ne pouvait faire aucun fond sur les protestations actuelles de Méhémet-Ali; que son ambition est insatiable et ne fait que s'accroître par le succès, et que lui donner la faculté d'envahir et laisser à sa portée des objets de convoitise, ce serait semer des germes certains de nouvelles collisions; que la Syrie n'est pas plus éloignée de Constantinople qu'un grand nombre de provinces bien administrées le sont, dans d'autres États, de leur capitale, et qu'elle peut être gouvernée de Constantinople tout aussi bien que d'Alexandrie; qu'il est impossible que les ressources de cette province puissent être aussi utiles au Sultan entre les mains d'un chef, qui peut, à tout moment, tourner ces ressources contre ce dernier, qu'elles le seraient si elles étaient dans les mains et à la disposition du Sultan lui-même; qu'Ibrahim ayant une armée sous ses ordres, avait le moyen d'assurer sa propre succession, lors du décès de Méhémet-Ali, à tout pouvoir dont celui-ci serait en possession à sa mort; qu'il ne serait pas convenable que les grandes Puissances conseillassent au Sultan de conclure un arrangement public avec Méhémet-Ali, avec l'intention secrète et éventuelle de rompre cet arrangement à la première occasion où cela pourrait être opportun.

Néanmoins, le gouvernement français maintint son opinion et refusa de prendre part à l'arrangement qui supposait (_included_) l'emploi de mesures coërcitives.

Mais le Mémorandum français établit que: Dans les dernières circonstances, il n'a pas été fait à la France de proposition positive sur laquelle elle fût appelée à s'expliquer, et que, conséquemment, la détermination que l'Angleterre lui a communiquée dans le Mémorandum du 17 juillet, sans doute au nom des quatre Puissances, ne devait pas être imputée à des refus que la France n'avait pas faits.

Ce passage me force à vous rappeler, en peu de mots, le cours général de la négociation.

La première (_original_) opinion conçue par le gouvernement de Sa Majesté et dont il fut donné connaissance aux cinq Puissances, la France comprise, en 1839, était, que les arrangements entre le Sultan et Méhémet-Ali, qui pourraient assurer un état de paix permanent dans le Levant, seraient ceux qui borneraient le pouvoir délégué à Méhémet-Ali à l'Égypte seule, et rétabliraient l'autorité directe du Sultan dans toute la Syrie, aussi bien à Candie que dans toutes les villes saintes, en interposant ainsi le désert entre la puissance directe du Sultan et la province dont l'administration resterait au Pacha. Et le gouvernement de Sa Majesté proposa qu'en compensation de l'évacuation de la Syrie, Méhémet-Ali reçût l'assurance que ses descendants mâles lui succéderaient comme gouverneurs de l'Égypte, sous la souveraineté du Sultan.

A cette proposition, le gouvernement français fit des objections, en disant qu'un tel arrangement serait, sans doute, le meilleur, s'il y avait moyen de le mettre à exécution, mais que Méhémet-Ali résisterait, et que toute mesure de violence que les alliés pourraient employer pour le faire céder, produirait des effets qui pourraient être plus dangereux pour la paix de l'Europe, et pour l'indépendance de la Porte, que ne pourrait l'être l'état actuel des choses entre le Sultan et Méhémet-Ali. Mais quoique le gouvernement français refusât ainsi d'accéder au plan de l'Angleterre, cependant, durant un long espace de temps qui s'écoula ensuite, il n'eut pas à proposer de plan qui lui fût propre. Cependant, en septembre 1839, le comte Sébastiani, ambassadeur français à la Cour de Londres, proposa de tracer une ligne, de l'Est à l'Ouest de la mer, à peu près de Beyrouth au désert près de Damas, et de déclarer que tout ce qui serait au midi de cette ligne serait administré par Méhémet-Ali, et que tout ce qui serait au nord, le serait par l'autorité immédiate du Sultan; et l'ambassadeur de France donna à entendre au gouvernement de Sa Majesté que, si un pareil arrangement était admis par les cinq Puissances, la France s'unirait, en cas de besoin, aux quatre Puissances, pour l'emploi de mesures coërcitives, ayant pour but de forcer Méhémet-Ali à s'y soumettre.

Mais je fis remarquer au comte Sébastiani qu'un pareil arrangement serait sujet, quoiqu'à un moindre degré, à toutes les objections qui s'appliquent à la position actuelle et relative des deux partis, et que, par suite, le gouvernement de Sa Majesté ne pouvait y accéder. J'observai qu'il paraissait inconséquent, de la part de la France, de vouloir employer, pour forcer Méhémet-Ali à souscrire à un arrangement qui serait évidemment incomplet et insuffisant pour le but qu'on se proposait, des mesures coërcitives auxquelles elle se refusait pour le contraindre à consentir à l'arrangement proposé par Sa Majesté, dont, aux vœux de la France même, l'exécution atteindrait entièrement le but proposé.

A ce raisonnement, le comte Sébastiani répliqua que les objections avancées par le gouvernement français pour employer les mesures coërcitives contre Méhémet-Ali, étaient fondées sur des considérations de régime intérieur, et que ces objections seraient écartées si le gouvernement français était en mesure de prouver, à la nation et aux Chambres, qu'il avait obtenu pour Méhémet-Ali les meilleures conditions possibles, et que celui-ci avait refusé d'accepter ces conditions.

Cette insinuation n'ayant pas été admise par le gouvernement de Sa Majesté, le gouvernement français communiqua le 27 septembre 1839, et officiellement, son propre plan, qui était que Méhémet-Ali serait fait gouverneur héréditaire d'Égypte et de toute la Syrie, et gouverneur à vie de Candie en ne donnant autre chose que l'Arabie et le district d'Adana.

Le gouvernement français ne dit même pas, au reste, s'il savait que Méhémet-Ali voulût adhérer à cet arrangement, et il ne déclara pas non plus que, s'il refusait d'y accéder, la France prendrait des mesures coërcitives pour l'y contraindre.

Évidemment, le gouvernement de Sa Majesté ne pouvait consentir à ce plan, qui était susceptible de plus d'objections que l'état de choses actuel, d'autant plus que donner à Méhémet-Ali un titre légal et héréditaire au tiers de l'Empire ottoman, qu'il n'occupe maintenant que par la force, c'eût été tout d'abord introduire un démembrement réel de l'Empire.

Mais le gouvernement de Sa Majesté pour prouver son désir empressé d'en venir, sur ces questions, à une entente avec la France, établit qu'il ferait céder son objection bien fondée à toute extension de pouvoir de Méhémet-Ali au delà de l'Égypte, et qu'il se joindrait au gouvernement français pour recommander au Sultan d accorder à Méhémet-Ali, outre le Pachalik d'Égypte, l'administration de la partie basse de la Syrie, bornée au Mord par une ligne tirée du cap Carmel à l'extrémité méridionale du lac de Tibérias, et par une ligne de ce point au golfe d'Akaba, pourvu que la France voulût s'engager à coopérer avec les quatre Puissances aux mesures coërcitives, si Méhémet-Ali refusait cette offre.

Mais cette proposition ne fut pas agréée par le gouvernement français, qui déclare maintenant ne pouvoir coopérer aux mesures coërcitives, ni participer à un arrangement auquel Méhémet-Ali ne voudrait pas consentir.

Pendant le temps que ces discussions avaient lieu avec la France, une négociation séparée avait lieu entre l'Angleterre et la Russie, dont tous les détails et les transactions ont été portés à la connaissance de la France. La négociation avec la France fut suspendue pendant quelque temps au commencement de cette année: 1º parce qu'on s'attendait à un changement de ministère, et 2º parce que ce changement eut lieu.

Mais au mois de mai, le baron de Neumann et moi-même, nous résolûmes, sur l'avis de nos gouvernements respectifs, de faire un dernier effort, afin d'engager la France à entrer dans le traité à conclure avec les quatre autres Puissances, et nous soumîmes au gouvernement français, par l'entremise de M. Guizot, une autre proposition d'arrangement à intervenir entre le Sultan et Méhémet-Ali. Une objection mise en avant par le gouvernement français, aux dernières propositions de l'Angleterre, fut que, bien qu'on voulût donner à Méhémet-Ali la forte position qui s'étend du Mont Carmel au Mont Thabor, on le priverait de la forteresse d'Acre.

Pour détruire cette objection, le baron de Neumann et moi, nous proposâmes que les frontières du Nord de cette partie de la Syrie, qui serait administrée par le Pacha, s'étendraient depuis le cap Nakhora jusqu'au dernier point Nord du lac de Tibérias, de manière à renfermer dans les limites la forteresse d'Acre, et que les frontières de l'Est s'étendraient le long de la côte Ouest du lac de Tibérias, et ensuite jusqu'au golfe Akaba; nous déclarâmes que le gouvernement de cette partie de la Syrie ne pourrait être donné à Méhémet-Ali que sa vie durant, et que ni l'Angleterre, ni l'Autriche ne pouvait consentir à accorder l'hérédité à Méhémet-Ali, pour aucune partie de la Syrie. Je déclarai, de plus, à M. Guizot, que je ne pouvais aller plus loin, en fait de concessions, dans la vue d'obtenir la coopération de la France, et que c'était notre dernière proposition. Le baron de Neumann et moi nous fîmes séparément cette communication à M. Guizot, M. de Neumann d'abord, et moi le lendemain. M. Guizot me répondit qu'il ferait connaître cette proposition à son gouvernement, ainsi que les circonstances que je lui avais exposées, et qu'il me ferait savoir la réponse, dès qu'il l'aurait reçue. Peu de temps après, les plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie m'informèrent qu'ils avaient tout lieu de croire que le gouvernement français, au lieu de décider cette proposition lui-même, l'avait transmise à Alexandrie, pour connaître la décision de Méhémet-Ali; que c'était placer les quatre Puissances qui s'occupaient de cette affaire, non pas en face de la France, mais en face de Méhémet-Ali; que, sans parler du délai qui en résultait, c'était ce que leurs Cours respectives n'avaient jamais eu l'intention de faire, et ce à quoi elles n'avaient non plus l'intention de consentir, et que le gouvernement français avait ainsi placé les plénipotentiaires dans une situation fort embarrassante. Je convins avec eux que leurs objections étaient justes à l'égard de la conduite qu'ils attribuaient au gouvernement français, mais que M. Guizot ne m'avait rien dit sur ce que l'on ferait. On avait fait connaître à Méhémet-Ali que le gouvernement français était, en ce moment, tout occupé de questions parlementaires, et pouvait naturellement demander quelque temps pour faire une réponse à nos propositions; qu'il ne pouvait, d'ailleurs, y avoir un grand mal dans un délai. Vers le 27 juin, M. Guizot vint chez moi et me lut une lettre qui lui avait été adressée par M. Thiers, contenant la réponse du gouvernement français à notre proposition. Cette réponse était un refus formel. M. Thiers disait _que le gouvernement français savait d'une manière positive que Méhémet-Ali ne consentirait pas à la division de la Syrie, à moins qu'il n'y fût forcé; que la France ne pouvait coopérer aux mesures à prendre contre Méhémet-Ali dans cette circonstance et que, par conséquent, elle ne pouvait participer à l'arrangement projeté_.

La France ayant refusé d'accéder à l'ultimatum de l'Angleterre, les plénipotentiaires durent examiner quelle serait la marche à adopter par leur gouvernement. La position des cinq Puissances était celle-ci: toutes cinq avaient déclaré être convaincues qu'il était essentiel, dans des intérêts d'équilibre, et pour préserver la paix de l'Europe, de conserver l'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman sous la dynastie actuelle; toutes cinq, elles avaient déclaré qu'elles emploieraient tous leurs moyens d'influence à maintenir cette intégrité et cette indépendance; mais la France, d'un côté, soutint que le meilleur moyen pour arriver à ce résultat était d'abandonner le Sultan à la merci de Méhémet-Ali, et de lui conseiller de se soumettre aux conditions que Méhémet lui imposerait, afin de conserver la paix _sine qua non_; tandis que, d'un autre côté, les quatre Puissances regardèrent une plus longue occupation militaire des provinces du Sultan par Méhémet-Ali comme devant détruire l'intégrité de l'Empire turc et être fatales à son indépendance; elles crurent donc qu'il était nécessaire de renfermer Méhémet-Ali dans une limite plus étroite.

Après environ deux mois de délibérations, la France, non seulement refusa de consentir au plan proposé par les quatre Puissances, comme un ultimatum de leur part, mais elle déclara de nouveau qu'elle ne pourrait s'associer à aucun engagement auquel Méhémet-Ali ne consentirait pas de son propre mouvement et sans qu'on l'y forçât. Il ne resta donc, aux quatre grandes Puissances, d'autre alternative que d'adopter le principe posé par la France, qui consistait dans la soumission entière du Sultan aux demandes de Méhémet-Ali, ou d'agir d'après leurs principes, qui consistaient à contraindre Méhémet-Ali à accepter un arrangement compatible, quant à la forme, avec les droits du Sultan, et, quant au fond, avec l'intégrité de l'Empire ottoman. Dans la première hypothèse, on aurait obtenu la coopération de la France; dans la seconde, on devait s'en passer.

Le vif désir des quatre Puissances d'obtenir la coopération de la France a été manifesté par les efforts qu'elles ont faits pendant plusieurs mois de négociations. Elles en connaissaient bien la valeur, non seulement par rapport à l'objet qu'elles ont actuellement en vue, mais encore par rapport aux intérêts généraux et permanents de l'Europe. Mais ce qui leur manquait et ce qu'elles estimaient, c'était la coopération de la France pour maintenir la paix, pour obtenir la sécurité future de l'Europe, pour arriver à l'exécution pratique des principes auxquels les cinq Puissances avaient déclaré vouloir concourir. Elles estimaient la coopération de la France, non seulement pour elles-mêmes, pour l'avantage et l'opportunité du moment, mais pour le bien qu'elle devait procurer et pour les conséquences futures qui devaient en résulter. Elles désiraient coopérer avec la France pour faire le bien, mais elles n'étaient pas préparées à coopérer avec elle pour faire le mal.

Croyant donc que la politique conseillée par la France était injuste et nullement judicieuse envers le Sultan, qu'elle pouvait occasionner des malheurs en Europe, qu'elle ne se coordonnait pas avec les engagements publics des cinq Puissances, et qu'elle était incompatible avec les principes qu'elles avaient mis sagement en avant, les quatre Puissances sentirent qu'elles ne pouvaient faire le sacrifice qu'on exigeait d'elles et mettre ce prix à la coopération de la France, si, en effet, on peut appeler coopération ce qui devait consister à laisser suivre aux événements leur cours naturel. Ne pouvant donc adopter les vues de la France, les quatre Puissances se sont déterminées à accomplir leur mission.

Mais cette détermination n'avait pas été imprévue, et les éventualités qui devaient s'ensuivre n'avaient pas été cachées à la France. Au contraire, à diverses reprises, pendant la négociation, et pas plus tard que le 1er octobre dernier, j'avais déclaré à l'Ambassadeur français que notre désir de rester unis avec la France devait avoir une limite, que nous désirions marcher en avant avec la France, mais que nous n'étions pas disposés à nous arrêter avec elle, et que, si elle ne pouvait trouver moyen d'entrer en accommodement avec les quatre Puissances, elle ne pouvait pas être étonnée de voir celles-ci s'entendre entre elles et agir sans la France.

Le comte Sébastiani me répondit qu'il prévoyait que nous en agirions ainsi, et qu'il pouvait prédire le résultat; que nous devions tâcher de terminer nos arrangements sans la participation de la France, et que nous trouverions que nos moyens étaient insuffisants; que la France serait spectatrice passive des événements; qu'après une année ou une année et demie d'efforts inutiles, nous reconnaîtrions que nous nous étions trompés et que nous nous adresserions alors à la France, et que cette Puissance coopérerait à arranger ces affaires aussi amicalement après que nous aurions échoué, qu'elle l'aurait fait avant notre tentative, et qu'alors elle nous persuaderait probablement d'accéder à des choses auxquelles nous refusions de consentir pour le moment.

De semblables significations furent également faites à M. Guizot, relativement à la ligne que suivraient probablement les quatre Puissances, si elles ne réussissaient pas à en venir à un arrangement avec la France. C'est pourquoi le gouvernement français ayant refusé l'ultimatum des quatre Puissances, et ayant, en le refusant, posé de nouveau un principe de conduite qu'il savait ne pouvoir être adopté par les quatre Puissances, principe qui consistait, notamment, en ce qu'il ne pourrait se faire aucun règlement de difficultés entre le Sultan et son sujet, si ce n'est aux conditions que le sujet ne pourrait accepter spontanément, ou, en d'autres termes, dicter, le gouvernement français dut s'être préparé à voir les quatre Puissances déterminées à agir sans la France, et les quatre Puissances ainsi déterminées ne pouvaient être représentées comme se séparant elles-mêmes de la France, ou comme excluant la France de l'arrangement d'une guerre européenne. Ce fut au contraire la France qui se sépara des quatre Puissances, car ce fut la France qui se posa pour elle-même un principe d'action qui rendit impossible sa coopération avec les autres Puissances.

Et ici, sans chercher à m'étendre sur des observations de controverse relativement au passé, je trouve tout à fait nécessaire de remarquer que cette séparation volontaire de la France n'était pas purement produite par le cours des négociations à Londres, mais que, à moins que le gouvernement de Sa Majesté n'eût été étrangement induit en erreur, elle avait encore eu lieu d'une manière plus décidée dans le cours des négociations à Constantinople. Les cinq Puissances ont déclaré au Sultan, par la note collective qui a été remise à la Porte, le 27 juillet 1839, par leurs représentants à Constantinople, que leur union était assurée, et ceux-ci lui avaient demandé de s'abstenir de toute négociation directe avec Méhémet-Ali, et de ne faire aucun arrangement avec le Pacha sans le concours des cinq Puissances. Mais cependant, le gouvernement de Sa Majesté a de bonnes raisons de croire que, depuis quelques mois, le représentant français à Constantinople a isolé la France d'une manière tranchée des quatre autres Puissances, et a pressé vivement et à plusieurs reprises la Porte de négocier directement avec Méhémet-Ali, et de conclure un arrangement avec le Pacha, non seulement sans le concours des quatre grandes Puissances, mais encore sous la seule médiation de la France, et conformément aux vues particulières du gouvernement français.

En ce qui concerne la ligne de conduite suivie par la Grande-Bretagne, le gouvernement français doit reconnaître que les vues et les opinions du gouvernement de Sa Majesté n'ont jamais varié depuis le commencement de ces négociations, excepté en ce que le gouvernement de Sa Majesté a offert de modifier ses vues dans l'intention d'obtenir la coopération de la France. Ces vues ont été de tous temps exprimées franchement au gouvernement français et ont été constamment appuyées de la manière la plus pressante par des arguments qui paraissaient concluants au gouvernement de Sa Majesté. Dès les premiers pas de la négociation, des déclarations de principe, faites par le gouvernement français, portèrent le gouvernement de Sa Majesté à croire que les deux gouvernements ne pourraient qu'accéder au moyen de mettre à exécution leurs principes communs. Si les intentions du gouvernement français sur les moyens d'exécution différaient, même dès le commencement des négociations, la France n'a certainement pas le droit de qualifier la dissidence inattendue entre la France et l'Angleterre, celle que le gouvernement français reconnaît avoir existé depuis longtemps. Si les intentions du gouvernement français sur les moyens d'exécution ont subi un changement depuis l'ouverture des négociations, la France n'a certainement pas le droit d'imputer à la Grande-Bretagne une divergence de politique qui provient d'un changement de la part de la France, et nullement de l'Angleterre.

Mais, de toutes manières, quand, de cinq Puissances, quatre se sont trouvées d'accord sur une ligne de conduite, et que la cinquième a résolu de poursuivre une politique entièrement différente, il ne serait pas raisonnable d'exiger que les quatre abandonnassent, par déférence pour la cinquième, les opinions dans lesquelles elles se confirment de jour en jour davantage, et qui ont trait à une question d'une importance vitale pour les intérêts majeurs et futurs de l'Europe.

Mais comme la France continue à s'en tenir aux principes généraux dont elle a fait déclaration au commencement et qu'elle continue à considérer le maintien de l'intégrité et de l'indépendance de l'Empire turc comme nécessaire, pour la conservation de l'équilibre des Puissances; comme la France n'a jamais méconnu que l'arrangement que les quatre Puissances ont l'intention d'amener entre le Sultan et le Pacha fût, s'il pouvait être exécuté, le meilleur; et comme les objections de la France s'appliquent, non sur la fin qu'on se propose, mais sur les moyens par lesquels on doit arriver à cette fin, son opinion étant que cette fin est bonne, mais que les moyens sont insuffisants et dangereux, le gouvernement de Sa Majesté a la confiance que l'isolement de la France, isolement que le gouvernement de Sa Majesté regrette on ne peut plus vivement, ne peut pas être de longue durée.

Car, lorsque les quatre Puissances réunies au Sultan seront parvenues à amener un pareil arrangement entre la Porte et ses sujets, il ne restera plus aucun point de dissidence entre la France et ses alliés, et il ne peut rien y avoir qui puisse empêcher la France de concevoir, avec les autres Puissances, tels autres engagements pour l'avenir qui puissent paraître nécessaires pour donner une stabilité convenable aux bons effets de l'intervention des quatre Puissances en faveur du Sultan, et pour préserver l'Empire ottoman de tout retour de danger.

Le gouvernement de Sa Majesté attend avec impatience le moment où la France sera en position de reprendre sa place dans l'union des Puissances, et espère que ce moment sera hâté, pour l'entier développement de l'influence morale de la France. Quoique le gouvernement français ait, pour des raisons qui lui sont propres, refusé de prendre part aux mesures de coërcition contre Méhémet-Ali, certainement ce gouvernement ne peut rien objecter à l'emploi de ces moyens de persuasion, pour porter le Pacha à se soumettre aux arrangements qui doivent lui être proposés, et il est évident que plus d'un argument peut être mis en avant, et que plus d'une considération de prudence peut être appuyée auprès du Pacha, avec plus d'efficacité, par la France, comme Puissance neutre ne prenant aucune part à ces affaires, que par les quatre Puissances qui sont activement engagées à l'exécution des mesures de contrainte.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement de Sa Majesté a la confiance que l'Europe reconnaîtra la moralité du projet qui a été mis en avant par les quatre Puissances, car leur but est désintéresse et juste; elles ne cherchent pas à recueillir quelques avantages particuliers; elles ne cherchent à établir aucune influence exclusive, ni à faire aucune acquisition de territoire, et le but auquel elles tendent doit être aussi profitable à la France qu'à elles-mêmes, parce que la France, ainsi qu'elles-mêmes, est intéressée au maintien de l'équilibre des Puissances, et à la conservation de la paix générale.

Vous transmettrez officiellement à M. Thiers une copie de cette dépêche.

Je suis, etc.

_Signé_: PALMERSTON.

(Ce document est reproduit d'après le _Journal des Débats_ du 2 octobre 1840.)

V

_Manifeste à la nation espagnole._

Espagnols!

En m'éloignant du sol espagnol, en un jour, pour moi, plein de deuil et d'amertume, mes yeux baignés de larmes se tournèrent vers le Ciel, pour supplier le Dieu des miséricordes de répandre sur vous sa grâce et ses bénédictions.

Arrivée sur une terre étrangère, le premier besoin de mon âme, le premier mouvement de mon cœur, a été d'élever une voix amie, cette voix que je vous ai toujours fait entendre avec un sentiment d'ineffable tendresse, aussi bien dans la bonne que dans la mauvaise fortune.

Seule, abandonnée, en proie à la plus profonde douleur, mon unique consolation dans cette grande infortune, est de m'ouvrir à Dieu et à vous, à mon père et à mes enfants.

Ne craignez pas que je me laisse aller à des plaintes et à des récriminations stériles; que, pour mettre en lumière ma conduite comme Régente du Royaume, j'en vienne à exciter vos passions. Non, j'ai tout fait pour les calmer, et je voudrais les voir éteintes. Un langage mesuré est le seul qui convienne à mon affection, à ma dignité et à ma gloire.

Quand je quittai ma patrie pour en chercher une autre dans les cœurs espagnols, la renommée avait porté jusqu'à moi l'histoire de vos grandes actions et de vos grandes qualités. Je savais que dans tous les temps, vous vous étiez élancés au combat avec la plus noble et la plus généreuse ardeur, pour défendre le trône de vos Souverains; que vous l'aviez défendu au prix de votre sang, et que, dans des jours de glorieuse mémoire, vous aviez bien mérité de votre patrie et de l'Europe. Je jurai alors de me consacrer au bonheur d'une nation qui avait versé son sang pour briser la captivité de ses Rois. Le Tout-Puissant entendit mon serment. Vos témoignages d'allégresse me prouvèrent que vous l'aviez pressenti. J'ai la conscience de l'avoir tenu.

Quand votre Roi, au bord du tombeau, remit de sa main défaillante les rênes de l'État dans mes mains, mes yeux se dirigèrent alternativement vers mon époux, vers le berceau de ma fille, et vers la nation espagnole, confondant ainsi en un seul ces trois objets de mon amour, afin de les recommander à la protection du Ciel dans une même prière. Mes douloureuses épreuves, comme mère et comme épouse, tandis que restaient en péril la vie de mon époux et le trône de ma fille, ne parvinrent pas me distraire de mes devoirs de Reine. A ma voix, s'ouvrirent les Universités; à ma voix disparurent des abus invétérés et commencèrent à se formuler des réformes utiles et sagement méditées; à ma voix, enfin, retrouvèrent des foyers, ceux qui, vainement, en avaient cherché, proscrits et errants sur les terres étrangères. Votre joyeux enthousiasme pour ces actes solennels de justice et de clémence ne put être comparé qu'à l'étendue de la douleur, qu'à la grandeur des amertumes auxquelles je restai livrée. J'avais réservé, pour moi, toutes les tristesses, pour vous, Espagnols, toutes les joies.

Plus tard, lorsque Dieu eut appelé à lui mon auguste époux, qui me laissait le gouvernement de toute la Monarchie, je travaillai à régir l'État en Reine Régente (_justiciera_) et clémente. Dans la courte période écoulée depuis mon élévation au pouvoir, jusqu'à la convocation des premières Cortès, ma puissance fut une, mais non despotique, absolue, mais non arbitraire, car ma volonté y posa des bornes. Lorsque des personnes élevées en dignité, et le Conseil de gouvernement que, selon la dernière volonté de mon auguste époux, je devais consulter dans les occurrences graves, me représentèrent que l'opinion publique exigeait de moi d'autres garanties, comme dépositaire du pouvoir souverain, je les donnai; et de ma volonté libre et spontanée je convoquai les Proceres de la nation, et les Procuradores du Royaume.

J'octroyai le Statut Royal, et je ne l'ai pas enfreint; si d'autres l'ont foulé aux pieds, c'est à eux que la responsabilité en appartiendra, devant Dieu qui a voulu que les lois fussent saintes.

La Constitution de 1837 ayant été acceptée et jurée par moi, j'ai fait, pour n'y pas porter atteinte, le dernier et le plus grand de tous les sacrifices: j'ai déposé le sceptre, et j'ai dû abandonner mes filles.

En rapportant les faits qui ont attiré sur moi de si cruelles tribulations, je vous parlerai, comme le veut ma dignité, avec retenue et avec mesure.

Servie par des Ministres responsables, qui avaient l'appui des Cortès, j'acceptai leur démission, impérieusement exigée par une émeute à Barcelone. Dès lors, commença une crise qui n'a trouvé de terme que dans la renonciation que j'ai signée à Valence. Durant cette déplorable période, la municipalité de Madrid s'est mise en rébellion contre mon autorité, et les municipalités d'autres villes considérables avaient suivi son exemple. Les révoltés exigeaient que je condamnasse la conduite de Ministres qui m'avaient loyalement servie; que je reconnusse la révolte comme légitime; que j'annulasse, ou au moins que je suspendisse la _loi des municipalités_, sanctionnée par moi après avoir été votée par les Cortès; que je misse en question l'unité de la Régence.

Je ne pouvais accepter la première de ces conditions sans me dégrader à mes yeux; je ne pouvais accéder à la seconde sans reconnaître le droit de la force, droit que ne reconnaissent ni les loi divines ni les lois humaines, dont l'existence est incompatible avec la Constitution, comme elle est incompatible avec toutes les Constitutions; je ne pouvais accepter la troisième sans enfreindre la Constitution, qui appelle loi tout ce que votent les Cortès et que sanctionne le Chef suprême de l'État, et qui place hors du domaine de l'autorité royale, une loi sanctionnée; je ne pouvais accepter la quatrième sans accepter mon ignominie, sans me condamner moi-même et énerver le pouvoir que le Roi m'avait légué, que, depuis, confirmèrent les Cortès constituantes, et qui était conservé par moi comme un dépôt sacré que j'avais juré de ne pas livrer aux mains des factieux.

Ma constance à résister à ce que ne me permettaient d'accepter, ni mes devoirs, ni mes serments, ni les plus chers intérêts de la Monarchie, a accumulé sur cette femme sans défense, dont la voix s'adresse aujourd'hui à vous, une telle suite de douloureuses et pénibles épreuves, qu'elle ne pourrait être exprimée dans aucun langage humain. Vous ne l'aurez pas oublié, Espagnols, j'ai porté mon infortune de cité en cité, recueillant partout l'insulte et l'affront, car Dieu, par un de ces décrets qui sont pour l'homme un mystère, avait permis à l'iniquité et à l'ingratitude de prévaloir. C'est pour cela, sans doute, que le petit nombre de ceux qui me haïssaient, s'étaient enhardis jusqu'à m'outrager, et que le grand nombre de ceux qui m'aimaient avaient faibli de cœur jusqu'au point de ne m'offrir, en témoignage de leur affection, qu'une compassion silencieuse. Il en fut qui m'offrirent leur épée; mais je n'acceptai pas leur offre, aimant mieux être seule martyre que de me voir condamnée un jour à lire un nouveau martyrologe de la loyauté espagnole. Je pouvais allumer la guerre civile; mais la guerre civile ne devait pas être suscitée par moi qui venais de vous donner une paix telle que la souhaitait mon cœur, paix cimentée dans l'oubli du passé. Mes yeux maternels se détournèrent donc d'une pensée si horrible; je me dis à moi-même que, lorsque les enfants sont ingrats, une mère doit souffrir jusqu'à la mort, mais qu'elle ne doit pas provoquer la guerre entre eux.

Les jours s'écoulèrent dans une si affreuse situation; je vis mon sceptre réduit à n'être plus qu'un roseau inutile, et mon diadème changé en une couronne d'épines; mes forces s'épuisèrent enfin;... je déposai ce sceptre, je détachai cette couronne pour respirer un air libre, victime malheureuse, mais le front calme, la conscience tranquille et sans un remords dans l'âme.

Espagnols, telle a été ma conduite. En vous la présentant pour qu'elle ne puisse être souillée par la calomnie, j'ai accompli le dernier de mes devoirs. Celle qui fut votre Reine ne vous demande plus rien, si ce n'est d'aimer ses filles et d'honorer sa mémoire.

Marseille, le 8 novembre 1840.

_Signé_: MARIE-CHRISTINE.

INDEX BIOGRAPHIQUE

(Les noms suivis d'un astérisque sont ceux qui ont été déjà donnés, avec plus de détails, dans l'Index biographique du tome I.)

A

ABD-EL-KADER, 1807-1853. Célèbre Émir arabe qui soutint en Algérie, pendant quinze ans, une lutte acharnée contre les Français; il fut enfin fait prisonnier en 1847 par le général Lamoricière, embarqué pour la France et interné à Pau, puis à Amboise. Napoléon III le rendit à la liberté et il fut dès lors ami de la France. Il mourut en Syrie où il s'était retiré.

ACERENZA (la duchesse D'), 1783-1876. Jeanne, princesse de Courlande, épousa en 1801 François Pignatelli de Belmonte, duc d'Acerenza. Elle était la troisième fille du duc Pierre de Courlande et sœur de la duchesse de Talleyrand.

ACTON (lady). Elle était la fille du duc de Dalberg et avait épousé en premières noces lord Acton. En deuxièmes noces, elle épousa Mr Georges Leveson, plus tard lord Granville.

ADÉLAÏDE (Mme)*, 1777-1847. Sœur du roi Louis-Philippe, sur lequel elle exerçait une grande influence.

ADOLPHE DE NASSAU, 1250-1298. Il fut élu empereur d'Allemagne en 1292 à la mort de Rodolphe de Habsbourg, à l'exclusion d'Albert, fils de ce Prince. L'Allemagne se révolta contre lui, et il fut vaincu et tué par son compétiteur Albert d'Autriche, à la bataille de Gœllheim.

AFFRE (Denis-Auguste), 1793-1848. Archevêque de Paris depuis 1840. Le 25 juin 1848, Mgr Affre se rendit aux barricades du faubourg Saint-Antoine, et y fut atteint d'une balle au moment où il suppliait les insurgés de se rendre. Il mourut deux jours plus tard des suites de cette blessure.

AGNÈS SOREL, 1409-1450. Dame d'honneur d'Isabelle de Lorraine, Agnès Sorel fut remarquée par Charles VII et devint sa favorite. Il lui donna un château à Loches, le comté de Penthièvre, les seigneuries de Roquessière, d'Issoudun, de Vernon-sur-Seine, enfin le château de Beauté dans le bois de Vincennes, d'où elle prit le nom de Dame de Beauté.

ALAVA (don Ricardo DE)*, 1780-1843. Officier et diplomate espagnol.

ALBUFÉRA (la duchesse D'), 1791-1884. Fille du baron de Saint-Joseph, elle épousa en 1808 le maréchal Suchet, duc d'Albuféra, dont elle devint veuve en 1826.

ALDBOROUGH (lady)*, Cornélie, fille de Charles Sandy.

ALFIERI (le comte Victor)*, 1749-1803. Poète tragique italien. Il épousa secrètement la comtesse d'Albany.

ALIBAUD, 1810-1836. Régicide qui attenta à la vie du roi Louis-Philippe dans la soirée du 25 juin 1836, et qui fut exécuté le 11 juillet suivant.

ALTENSTEIN (le baron Charles D'), 1770-1840. Homme d'État prussien; il fut, de 1808 à 1810, ministre des Finances, et devint, plus tard, sous le roi Frédéric-Guillaume III, ministre des Cultes et de l'Instruction publique,

ALTON-SHÉE DE LIGNIÈRES (le comte Édouard D'), 1810-1874. Pair de France en 1836. D'abord très attaché à la monarchie constitutionnelle de Juillet, il changea tout à coup sous l'influence des idées de 1848 et prit part aux manifestations du parti avancé. Pendant le Second Empire, il vécut loin de la politique.

ALVANLEY (lord)*, 1787-1849. Homme du monde et officier anglais, connu pour son esprit.

ANCILLON (Jean-Pierre-Frédéric), 1766-1837. D'origine suisse, il fut ministre de l'Église réformée à Berlin et professeur à l'Académie militaire. En 1806, Frédéric-Guillaume III l'appela à faire l'éducation du Prince Royal, (plus tard Frédéric-Guillaume IV). Admis à la Cour, Ancillon y joua, jusqu'à sa mort, un certain rôle. M. Ancillon se maria trois fois: 1º en 1792, à Marie-Henriette Baudouin, qui mourut en 1823; 2º en 1824, à Louise Molière, qui mourut en 1826; 3º en 1836, à Flore Tranouille d'Harley et de Verquignieulle, d'une ancienne famille de Belgique.

ANDRAL (Mme), Fille de M. Royer-Collard; elle avait épousé le célèbre docteur Andral.

ANGLONA (le prince D'), 1817-1871; fils du général de l'armée espagnole; il épousa en 1837 la fille du duc de Frias et devint duc d'Uceda, titre qui appartenait à la famille de sa femme.

ANGOULÊME (le duc D'), 1777-1844. Appelé aussi M. le Dauphin, depuis que son père, le roi Charles X, était monté sur le trône en 1824. Il avait épousé en 1799, à Mitau, sa cousine, Marie-Thérèse-Charlotte, fille unique du roi Louis XVI. Généralissime de l'armée française envoyée en Espagne en 1823, il prit le fort du Trocadéro et signala sa modération par l'Ordonnance d'Andujar. Il mourut en exil à Goritz, sans avoir jamais eu d'enfants de son mariage.

ANGOULÊME (la duchesse D'), 1779-1851. Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille unique du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette. Elle reçut à sa naissance le titre de Madame Royale; elle partagea la captivité de sa famille, et en 1795, le Directoire consentit à l'échanger contre les commissaires que rendit l'Autriche. Elle épousa son cousin, le duc d'Angoulême, et rentra à Paris avec lui en 1815. Exilée de nouveau en 1830, elle ne revit plus la France et mourut à Frohsdorf.

ANNE D'AUTRICHE*, 1602-1661. Reine de France et Régente pendant la minorité de Louis XIV.

ANNE DE BRETAGNE, 1476-1514. Reine de France. Fille de François II de Bretagne, elle épousa successivement Charles VIII et Louis XII et apporta à la Couronne le duché de Bretagne dont elle était l'héritière.

APPONYI (le comte Antoine), 1782-1852. Diplomate autrichien, il fut d'abord Envoyé extraordinaire à la cour de Toscane, puis ambassadeur à Rome jusqu'en 1825. Plus tard, il fut ambassadeur à Londres, puis à Paris où il resta jusqu'en 1848. Il avait épousé, en 1808, Thérèse, fille du comte Nogarola de Vérone.

ARGOUT (le comte D'), 1782-1858. Homme politique et financier français, il devint conseiller d'État en 1817, puis pair de France. A partir de 1830, il fit partie de plusieurs ministères, et garda le poste de gouverneur de la Banque de France jusqu'à sa mort.

ARNAULD D'ANDILLY, 1589-1674. Après avoir longtemps vécu à la Cour, il se retira en 1644 à Port-Royal des Champs; il écrivit, dans cette retraite, des traductions des _Confessions_ de saint Augustin, des _Mémoires_, etc. Son fils fut le marquis de Pomponne, ministre des Affaires étrangères, et sa fille la mère Angélique de Saint-Jean, abbesse de Port-Royal.

ARNAULD (Antoine), 1612-1694. Théologien et philosophe; il avait d'abord suivi la carrière du barreau, puis fut attiré par le rigide christianisme des Jansénistes, et il devint le théologien militant de Port-Royal. Il composa, avec Nicole, la _Logique_ de Port-Royal, et avec Lancelot, la _Grammaire_. Il était le frère d'Arnauld d'Andilly.

ARNAULD (la mère Marie-Angélique de Sainte-Madeleine), 1591-1661. Sœur d'Arnauld d'Andilly et d'A. Arnauld, elle fut abbesse de Port-Royal des Champs dès l'âge de quatorze ans. Elle y rétablit la réforme et l'esprit de Cîteaux.

ARNAULD (la mère Angélique de Saint-Jean), 1624-1684. Elle était fille d'Arnauld d'Andilly. Elle fut abbesse de Port-Royal, comme sa tante, la mère Angélique de Sainte-Madeleine, et elle eut une grande part au _Nécrologe_ de Port-Royal; elle écrivit aussi des _Relations_, des _Réflexions_, etc.

ARNIM (le baron D'), 1789-1861. Diplomate prussien. Il fut envoyé en 1836 à Bruxelles et de 1840 à 1848 à Paris. Après avoir été un moment ministre des Affaires étrangères à Berlin, en 1848, il se retira bientôt des affaires.

ARSOLI (don Camille, prince Massimo et D'), 1803-1873. Il fut grand maître des Postes pontificales. En 1827, il épousa Marie-Gabrielle de Villefranche-Carignan, et, devenu veuf, il se remaria avec la comtesse Hyacinthe de la Porta Rodiani.

ARSOLI (la princesse D'), 1811-1837. Marie-Gabrielle de Villefranche, fille d'un mariage du baron de Villefranche avec Mlle de la Vauguyon.

ATHALIN (le baron Louis-Marie), 1784-1856. Général du génie en France; il fit avec distinction les campagnes de l'Empire, et devint sous la Restauration, aide de camp du duc d'Orléans; sous la monarchie de Juillet, il remplit diverses missions diplomatiques, et devint pair de France en 1840. Il rentra dans la vie privée, après 1848.

AUBUSSON (le comte Pierre D'), 1793-1842, Colonel d'infanterie. Il épousa en 1823, Mlle Rouillé du Boissy du Coudray, et mourut, fou, en 1842.

AUBUSSON (Mlle Noémi D'). Née en 1826, elle était la fille du comte Pierre d'Aubusson. Elle épousa en 1842 le prince Gontran de Bauffremont.

AUGUSTE D'ANGLETERRE (la princesse)*, 1797-1809. Duchesse de Cambridge, elle était fille du landgrave Frédéric de Hesse-Cassel.

AUMALE (Henri d'Orléans, duc D'), 1822-1897; quatrième fils du roi Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie, il se distingua par de brillants services militaires en Algérie. Il quitta la France en 1848, y rentra après 1871. De nouveau exilé, il ne revint qu'en 1889. Son talent d'historien le fit entrer à l'Académie française. Il légua à l'Institut de France son beau domaine de Chantilly.

AUSTIN (Sarah), 1793-1867. Femme de lettres anglaise qui traduisit en anglais beaucoup de livres allemands, et composa des ouvrages de morale et d'éducation.

B

BADE (le grand-duc Léopold DE), 1790-1858; succéda en 1830 à son frère Louis. Il épousa la princesse Sophie, fille de Gustave IV Adolphe, roi de Suède.

BADE (la grande-duchesse Stéphanie DE), 1789-1860. Fille de Claude de Beauharnais, chambellan de l'impératrice Marie-Louise, elle avait épousé, en 1806, le grand-duc Charles-Louis-Frédéric de Bade, qui mourut en 1818.

BADE (la princesse Marie DE), 1817-1887. Fille du grand-duc Charles-Louis de Bade et de Stéphanie de Beauharnais. Elle épousa, en 1842, le duc de Hamilton, dont elle devint veuve en 1863.

BAGRATION (la princesse), 1783-1857. Catherine Skavronska épousa en 1800 le prince Pierre Bagration, qui fut tué à Borodino, en 1812. En 1830, la princesse épousa le colonel anglais sir John Hobart Caradoc, baron Howden. La princesse Bagration fut une amie du prince de Metternich.

BALBI (la comtesse DE), 1753-1839. Fille du marquis de Caumont-La Force, elle avait épousé le comte de Balbi et devint dame d'honneur de Mme la comtesse de Provence. Le comte de Provence (plus tard Louis XVIII) l'honora de son amitié. La comtesse de Balbi réunissait tous les charmes de la beauté et de l'esprit.

BALLANCHE (Pierre-Simon), 1776-1846. Penseur mystique qui, après avoir dirigé quelque temps, à Lyon, un vaste établissement de librairie et d'imprimerie, héritage de sa famille, vint s'établir à Paris où il se lia avec Mme de Staël, Chateaubriand, Joubert, etc. Il devint membre de l'Académie française en 1844.

BALZAC (Honoré DE), 1799-1850. L'un des plus féconds et des plus remarquables romanciers contemporains, excellant surtout dans la peinture profonde des passions humaines.

BARANTE (le baron Prosper DE), 1782-1866. Il fut successivement auditeur au Conseil d'État, chargé de missions diplomatiques, préfet de la Vendée, de la Loire-Inférieure, puis député, pair de France et ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Comme écrivain et historien, il obtint les plus grands succès et son _Histoire des ducs de Bourgogne_ lui ouvrit les portes de l'Académie française.

BARANTE (la baronne DE), née d'Houdetot. D'origine créole, elle était renommée pour sa beauté.

BENDEMANN (Édouard), 1811-1889. Peintre allemand qui acquit de bonne heure une brillante renommée. Professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Dresde, il décora de fresques la salle du Trône du Château Royal de cette ville. En 1860, il succéda, dans la direction de l'Académie de Düsseldorf, à Schadow dont il avait épousé la fille.

BARBET DE JOUY (Joseph-Henri), 1812-1896. Conservateur au Musée du Louvre et membre de l'Académie des Beaux-Arts.

BARROT (Odilon)*, 1791-1873, Homme politique français.

BARTHE (Félix)*, 1795-1863. Magistrat et homme d'État français.

BASTIDE (Jules), 1800-1879. Libéral ardent, affilié aux carbonari, J. Bastide fit une guerre acharnée à Charles X. Sous Louis-Philippe, il fut commandant dans la Garde nationale, fut compromis et condamné à mort, pour sa participation à l'émeute des funérailles du général Lamarque; il s'échappa, se réfugia à Londres, revint plus tard en France et prit la direction du _National_ après la mort d'Armand Carrel. En 1848, il fut député et un moment ministre des Affaires étrangères. Sous l'Empire, il se tint à l'écart de la politique.

BATHURST (lady Georgina), épouse de lord Henry Bathurst, un des membres les plus éminents du parti tory.

BATTHYANY (la comtesse)*, 1798-1840. Née baronne d'Ahrenfeldt.

BAUDRAND (le général comte)*, 1774-1848. Aide de camp du duc d'Orléans.

BAUDRAND (Mme). La grande modiste à la mode à Paris en 1836.

BAUFFREMONT (la duchesse DE), née en 1771. Fille du duc de la Vauguyon, elle épousa en 1787 Alexandre, duc de Bauffremont. Elle était très liée avec le prince de Talleyrand.

BAUFFREMONT (la princesse DE), 1802-1860. Laurence, fille du duc de Montmorency, elle épousa en 1819 le prince Théodore de Bauffremont. Elle était la sœur aînée de la duchesse de Valençay.

BAUFFREMONT (le prince Gontran DE). Né en 1822, il épousa, en 1842, Mlle d'Aubusson de la Feuillade.

BAUSSET (le cardinal de), 1748-1824. Evêque d'Alais. Il fut fait Pair à la Restauration et reçut le chapeau de Cardinal en 1817. L'année précédente, il était entré à l'Académie française. Il a laissé une _Histoire de Fénelon_ et une _Histoire de Bossuet_.

BAUTAIN (l'abbé), 1796-1867. Élève de l'École normale où il eut comme maître M. Cousin, il fut nommé en 1816 professeur de philosophie au collège de Strasbourg. Il entra dans les ordres en 1828. En 1849, Mgr Sibour, archevêque de Paris, le nomma son vicaire général. L'abbé Bautain a cultivé presque toutes les branches des connaissances humaines.

BAVIÈRE (la reine douairière DE), 1770-1841. La princesse Caroline de Bade, fille de Charles-Louis, prince héréditaire de Bade, épousa, en 1797, le roi Maximilien de Bavière dont elle devint veuve en 1825.

BAVIÈRE (le roi Louis Ier DE), 1786-1868, monta sur le trône de Bavière en 1825, à la mort de son père Maximilien Ier. Le roi Louis abdiqua en 1848, après avoir fait de Munich l'Athènes de l'Allemagne.

BAVIÈRE (la reine Thérèse DE), 1792-1854; fille du duc Frédéric de Saxe-Hildburghausen (plus tard Saxe-Altenburg),

BAVIÈRE (le prince royal DE), 1811-1864; Maximilien II, fils du roi Louis Ier auquel il succéda en 1848. En 1842, il épousa la princesse Marie de Prusse.

BEAUVAU (le prince Marc DE), 1816-1883; épousa en premières noces, en 1840, Mlle Marie d'Aubusson de La Feuillade, et en secondes noces, Mlle Adèle de Gontaut-Biron.

BECKETT (saint Thomas), 1117-1170, Archevêque de Canterbury, assassiné au pied des autels par des courtisans de Henri II, roi d'Angleterre. Le pape Alexandre III le canonisa comme martyr.

BEGAS (Charles-Joseph), 1794-1854. Peintre allemand, élève de Gros, chez qui il étudia à Paris. En 1822, il alla en Italie; en 1825, il se fixa à Berlin où il devint peintre du roi de Prusse, professeur et membre de l'Académie des Beaux-Arts.

BELGES (le roi des)*, Léopold Ier, 1790-1865.

BELGES (la reine des), Louise, princesse d'Orléans, 1812-1850, seconde femme de Léopold Ier de Belgique, et fille de Louis-Philippe,

BELGIOJOSO (la princesse), 1808-1868. Christine Trivulzio épousa en 1824 le prince Barbiano Belgiojoso. Ne pouvant souffrir les Autrichiens, elle quitta Milan et s'établit à Paris en 1831, où elle se fit remarquer par sa beauté, son esprit et ses allures étranges. La princesse Belgiojoso publia en 1846, sous un anonyme assez transparent, un ouvrage en quatre volumes, ayant pour titre: _Essai sur la formation du dogme catholique_, qui fut fort discuté. Quand le Piémont déclara la guerre à l'Autriche en 1848, la Princesse accourut à Milan et y équipa et paya un bataillon. Exilée après la paix, elle retourna à Paris, où elle vécut principalement de sa plume, ses biens ayant été confisqués par le gouvernement autrichien, pour ne lui être rendus qu'en 1859, époque où elle revint se fixer en Italie, s'occupant toujours ardemment de politique.

BENKENDORFF (le comte Constantin DE), 1786-1858. Général aide de camp de l'empereur Nicolas Ier de Russie. Il fut quelque temps ministre de Russie à Stuttgart, où il mourut.

BERGERON (Louis)*. Né en 1811. Journaliste français.

BERNARD (Simon, baron), 1779-1839. Pair de France et Ministre de la guerre sous Louis-Philippe, après avoir servi sous l'empereur Napoléon Ier et sous la première Restauration.

BERRYER (Antoine)*, 1790-1868. Avocat français.

BERTIN DE VEAUX (M.)*, 1771-1842. Journaliste français.

BERTIN DE VEAUX (Mme), née Bocquet; elle était la belle-fille de M. Merlin.

BERTIN L'AÎNÉ (Louis-François), 1766-1841. Publiciste français, fondateur du _Journal des Débats_ avec son frère Bertin de Veaux.

BERTIN (Mme). Mlle Boutard, sœur d'un critique d'art au _Journal des Débats_, épousa M. Bertin, dit l'aîné.

BERTRAND (le comte), 1773-1844. Le fidèle ami de Napoléon Ier dont il fut l'aide de camp, et qu'il suivit à l'île d'Elbe et à Sainte-Hélène.

BERWICK (la duchesse DE), 1793-1863. Dona Rosalia Ventimighi Moneada naquit à Palerme et était fille du comte de Prado. Elle fut Dame de la reine Isabelle et grande-maîtresse du Palais. Son fils, le duc de Berwick et d'Albe, épousa la sœur aînée de l'impératrice Eugénie.

BILZ (Mlle Marguerite DE), 1792-1875. Elle fut d'abord maîtresse de piano de la princesse Marie de Bade (plus tard duchesse de Hamilton) et devint ensuite demoiselle d'honneur de la grande-duchesse Stéphanie de Bade.

BINZER (Mme DE), 1801-1891. Née de Gerschau, elle avait épousé, en 1822, M. de Binzer, littérateur allemand.

BIRON (Henri, marquis DE), 1803-1883. Il avait épousé Mlle de Mun, sœur du marquis de Mun, qui ne lui donna pas d'enfants. Devenu veuf de bonne heure, il vécut depuis chez son frère, le comte Étienne de Biron.

BIRON-COURLANDE (le prince Charles DE). Né en 1811, il avait épousé en 1833 une comtesse de Lippe-Biesterfeld.

BIRON-COURLANDE (la princesse Fanny DE), 1815-1883; sœur de la comtesse de Hohenthal et de Mme de Lazareff, la princesse Fanny épousa le général de Boyen.

BJOERNSTJERNA (la comtesse DE), 1797-1865. Élisabeth-Charlotte, fille du feld-maréchal comte de Stedingk, ambassadeur de Suède en Russie, et sœur de la comtesse Ugglas, épousa en 1815 le baron de Bjoernstjerna, nommé ministre de Suède à Londres en 1828, et dont elle devint veuve en 1847.

BLITTERSDORF (le baron Frédéric DE), 1705-1861. Homme d'État badois. Il fut chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg en 1816, ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire à la Confédération germanique en 1821, ministre des Affaires étrangères à Carlsruhe en 1835. En 1848, il se retira des affaires. Il avait épousé Mlle Brentano.

BONALD (le vicomte DE), 1753-1840. Le plus célèbre représentant des doctrines monarchiques et religieuses de la Restauration. Émigré en 1791, il revint en France à la proclamation de l'Empire. Député de 1815 à 1822, il devint pair de France en 1823, puis membre de l'Académie française, et il ne cessa de dévouer sa plume et sa parole au maintien du trône et de l'autel, contribuant ainsi au retour des idées religieuses en France.

BONAPARTE (Mme Lætitia), 1750-1836. Lætitia Ramolino, d'une famille italienne, avait épousé, à l'âge de seize ans, Charles Bonaparte, dont elle eut treize enfants. Napoléon Ier était son second fils, En 1814, après la chute de l'Empire, elle se retira à Rome où elle vécut dans la retraite.

BONAPARTE (Joseph), 1768-1844. Frère aîné de Napoléon Ier, Joseph Bonaparte épousa à Marseille, en 1794, la fille d'un négociant, sœur de la femme de Bernadotte, Marie-Julie Clary. Il coopéra au coup d'État du 18 Brumaire, et administra plusieurs fois la France en l'absence de Napoléon. Nommé roi de Naples en 1806, il fut transféré en 1808 au trône d'Espagne dont il descendit en 1813. Après la chute de l'Empire, il se retira d'abord aux États-Unis, puis à Florence où il mourut.

BONAPARTE (Lucien)*, 1773-1840. Troisième frère de Napoléon Ier.

BONAPARTE (Jérôme)*, 1784-1860. Le plus jeune frère de Napoléon Ier.

BONAPARTE (le prince Louis), 1808-1873. Fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, et de Hortense de Beauharnais, le prince Louis eut une jeunesse aventureuse. Il essaya, en 1836 à Strasbourg, et en 1840 à Boulogne, de renverser Louis-Philippe et de rétablir l'Empire à son profit. Condamné à la détention perpétuelle, il fut enfermé à Ham, d'où il s'échappa, s'enfuit en Belgique, et revint en France après la révolution de 1848. Il fut élu président de la République le 16 décembre de cette même année. Quatre ans plus tard, l'Empire fut proclamé, et le prince Louis régna jusqu'en 1870, sous le nom de Napoléon III.

BORDEAUX (le duc DE)*, 1820-1883. Fils du duc de Berry et petit-fils du roi Charles X. Il prit plus tard le nom de comte de Chambord.

BOSSUET (Jacques-Bénigne), 1627-1704. D'une famille de magistrats, il fut élevé chez les Jésuites, et reçut les ordres sacrés en 1652. Il fut évêque de Condom, en 1669, puis évêque de Meaux. Nommé, en 1670, précepteur du Dauphin de France, Bossuet composa pour ce Prince plusieurs ouvrages d'éducation (_Discours sur l'histoire universelle_, _etc._) et il se montra un zélé défenseur des libertés gallicanes.

BOURDOIS DE LA MOTTE (Edme-Joachim), 1754-1830. Médecin de l'hôpital de la Charité, à Paris, M. Bourdois fut détenu à la Force pendant les troubles révolutionnaires, puis il suivit l'armée d'Italie. Nommé médecin du roi de Rome en 1811, il fut également attaché à la Cour sous la Restauration, et devint membre de l'Académie de Médecine en 1820.

BOURGOGNE (la duchesse DE), 1685-1712. Marie-Adélaïde, fille de Victor-Amédée, premier roi de Sardaigne; très aimée à la cour de France, cette Princesse mourut à la fleur de l'âge, six jours avant son mari, et comme lui de la rougeole. Elle avait eu plusieurs enfants dont un seul survécut, qui devint Louis XV.

BOURLIER (le comte), 1731-1821. Il fit ses études ecclésiastiques à Saint-Sulpice, fut nommé, en 1802, évêque d'Évreux, et chargé par Napoléon Ier de plusieurs missions de confiance auprès du Pape. Il fut fait pair de France par Louis XVIII en 1814.

BOURLON DE SARTY (Paul DE); fut préfet de la Marne. Il avait épousé Mlle Adrienne de Vandœuvre.

BOURQUENEY (le baron, puis comte DE)*, 1800-1869. Diplomate français.

BRESSON (le comte Charles)*, 1788-1847. Diplomate français.

BRETZENHEIM DE REGÉCZ (la princesse DE). Née en 1806, Caroline, fille du prince Joseph de Schwarzenberg, épousa le prince Ferdinand de Bretzenheim, chambellan de la cour d'Autriche.

BRÉZÉ (le marquis DE DREUX-), 1793-1846. Il fit, comme officier, les dernières campagnes de l'Empire. Aide de camp du maréchal Soult à la Restauration, il suivit le Roi à Gand; retiré du service en 1827, il devint pair de France par la mort de son père en 1829. Il fut, à la Chambre haute, l'un des chefs les plus ardents du parti légitimiste contre le gouvernement du roi Louis-Philippe.

BRETONNEAU (le Dr Pierre)*, 1778-1862. Médecin de Tours.

BRIGNOLE (la marquise DE). Née Anna Pieri, d'une noble famille de Sienne. Elle fut la mère du marquis de Brignole, longtemps ambassadeur de Sardaigne à Paris, et de la duchesse de Dalberg. Elle mourut en 1815 pendant le Congrès, à Vienne où elle avait accompagné l'impératrice Marie-Louise.

BRIGODE (le baron DE), 1775-1854. Entré comme auditeur au Conseil d'État en 1803, il fut député au Corps législatif en 1805. En 1837, il fut nommé pair de France. La révolution de 1848 le rendit à la vie privée.

BROGLIE (le duc Victor DE)*, 1785-1870. Homme d'État français.

BROGLIE (la duchesse DE)*, 1797-1840. Elle était née Albertine de Staël.

BROGLIE (Mlle Louise DE). Née en 1818; épousa, en 1836, le comte d'Haussonville.

BROSSES (Charles DE), 1709-1777; érudit et littérateur français, auteur d'un ouvrage sur l'Italie, qui eut un grand succès.

BROUGHAM (lord)*, 1778-1868. Homme d'État anglais.

BÜLOW (le baron Henri DE)*, 1790-1846. Diplomate prussien.

BÜLOW (Mme DE), 1802-1889. Fille de Guillaume de Humboldt et épouse du baron Henri de Bülow, qu'elle accompagna à Londres de 1830 à 1834.

BULWER (sir Henry), 1804-1870. Diplomate anglais, d'abord attaché aux légations de Berlin, Vienne et la Haye, et qui résida souvent à Paris. De 1843 à 1848, il fut ministre plénipotentiaire en Espagne. Après avoir épousé la plus jeune des filles de lord Cowley, il alla représenter son pays aux États-Unis, puis en Toscane, et, en 1858, à Constantinople.

BUOL-SCHAUENSTEIN (le comte), 1797-1865. Diplomate autrichien, successivement attaché à Florence en 1816, à Paris en 1822, à Londres en 1824, puis ministre à Carlsruhe, à Darmstadt en 1831, à Stuttgart en 1838, à Turin en 1848 et ensuite à Saint-Pétersbourg. Il devint conseiller intime et accompagna en 1851 le prince de Schwarzenberg aux conférences de Dresde. En 1852, il fut nommé ministre des Affaires étrangères. Il quitta le pouvoir en 1859.

BUOL (la comtesse), 1809-1862. La princesse Caroline d'Isenbourg épousa en 1829 le comte Buol. Par sa mère (née baronne de Herding), elle était en possession d'une énorme fortune.

BUSSIÈRE (Jules-Edmond DE), 1804-1888. Diplomate, chargé d'affaires à Darmstadt, puis à Dresde. Louis-Philippe l'éleva à la Pairie en 1841. En 1848, il rentra dans la vie privée.

BYRON (George Gordon, lord)*, 1788-1824. Célèbre poète romantique anglais.

C

CALATRAVA (don José-Maria), 1781-1846. Homme d'État espagnol, et défenseur des libertés de son pays. Déporté en 1814, Calatrava ne put rentrer en Espagne qu'au rétablissement de la Constitution en 1820. Ministre de la Justice en 1823, il dut s'embarquer pour l'Angleterre, lors de l'occupation française. En 1830, il vint faire partie de la Junte directrice de Bayonne. Hostile à Martinez de la Rosa, il s'associa à la garde nationale de Madrid en 1835. Quand la Reine eut juré la Constitution, la direction des affaires lui fut remise, et, après de nombreuses preuves d'incapacité, on fit de lui un sénateur.

CAMPAN (Mme)*, 1752-1822. Célèbre éducatrice française.

CANOVA (Antoine)*, 1757-1822. Célèbre sculpteur italien.

CAPOUE (le prince DE), 1811-1862. Charles-Ferdinand, frère du roi Ferdinand de Naples. Il avait été soupçonné de prendre part aux intrigues antidynastiques, et fut exilé. Il épousa morganatiquement en Angleterre miss Penelope Smith, dont il eut deux enfants qui ne furent pas reconnus par la famille royale de Naples. Il obtint de Victor-Emmanuel, après 1860, un apanage, qui fut confirmé plus tard à sa veuve et à ses enfants durant leur vie.

CAPRARA (le cardinal J.-B.), 1733-1810. Évêque d'Iési. Ayant rempli avec succès plusieurs missions diplomatiques, il fut nommé par le pape Pie VII légat _a latere_ près du gouvernement français, et, en cette qualité, le Cardinal conclut le Concordat de 1801. Après avoir été fait archevêque de Milan, le cardinal Caprara sacra, dans cette ville, Napoléon roi d'Italie.

CARADOC (sir John Hobart), 1799-1873. Plus tard baron Howden. Colonel dans l'armée anglaise, puis ministre d'Angleterre à Rio-de-Janeiro et à Madrid.

CARAMAN (la marquise DE). Césarine Gallard de Béarn épousa le marquis Victor de Caraman, dont elle devint veuve en 1836.

CARIGNAN (le prince Eugène DE), 1816-1888. Il était fils du baron de Villefranche et de Mlle de la Vauguyon. Le roi de Sardaigne, Charles-Albert, le reconnut comme Prince du sang. Il fut Amiral de la marine sarde et Régent du royaume pendant les guerres de 1859 et de 1866. S'étant marié morganatiquement, il eut plusieurs enfants auxquels le roi Humbert accorda le titre de comtes de Villefranche-Soissons sans leur reconnaître aucune espèce d'alliance avec la maison de Savoie.

CARIGNAN (Philiberte DE), 1814-1874. Fille du prince de Villefranche, de la maison de Carignan, et de son mariage avec Mlle de la Vauguyon.

CARLOTTA (l'infante)*, 1804-1844. Sœur de la reine Christine d'Espagne.

CAROLATH-BEUTHEN (le prince Henri DE), 1783-1864. Général de cavalerie dans l'armée prussienne et Grand-Veneur royal. Il épousa en premières noces une comtesse Pappenheim dont il eut deux filles, et en secondes noces, sa cousine la comtesse Firks dont il n'eut pas d'enfants.

CAROLATH-BEUTHEN (la princesse Adélaïde), 1797-1849. Fille du comte de Pappenheim, lieutenant-général en Bavière, elle épousa en 1817 le prince Henri Carolath.

CAROLATH-BEUTHEN (la princesse Lucie). Née en 1822. Fille aînée du prince Henri Carolath, elle épousa le comte de Haugwitz dont elle devint veuve en 1888.

CAROLATH-BEUTHEN (la princesse Adélaïde). Née en 1823. Fille cadette du prince Henri Carolath.

CAROLATH-SAABOR (le prince Frédéric DE), 1790-1859. Major au service de Prusse et Conseiller du cercle de Grünberg (Silésie). Il avait épousé la fille du prince Henri XLIV Reuss.

CAROLINE (Marie-), 1752-1814. Reine de Naples. Fille de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, cette Princesse épousa, en 1768, Ferdinand IV, roi de Naples. Par son influence, elle fit déclarer la guerre à la République française, et s'attira, par là, les vengeances de Napoléon Ier. Chassée de ses États, la reine Caroline se retira en Autriche et mourut à Schœnbrunn. Elle était la mère de la reine Marie-Amélie.

CAROLINE (l'impératrice), 1803-1884, La princesse Caroline de Savoie, fille de Victor-Emmanuel Ier, et sœur jumelle de la duchesse de Lucques, épousa en 1831 Ferdinand II, qui fut empereur d'Autriche.

CARRACHE (Annibal)*, 1560-1609. Célèbre peintre italien.

CARREL (Armand)*, 1800-1836. Publiciste français.

CASANOVA DE SEINGALT, 1725-1803. Célèbre aventurier du dix-huitième siècle, fils d'acteurs, tour à tour publiciste, prédicateur et surtout homme à bonnes fortunes. Il se lia avec Rousseau, Voltaire, Souvaroff, Frédéric le Grand et Catherine II. A bout d'argent et d'aventures, il suivit en Bohême le comte Waldstein-Dux, pour être son bibliothécaire. A Dux, il composa ses _Mémoires_, confession sans repentirs et tableau d'une société plus spirituelle que morale.

CASTELLANE (la comtesse DE)*, 1766-1847. Cordélia Greffulhe, mariée en 1813 au comte de Castellane, plus tard maréchal de France.

CASTELLANE (le marquis Henri DE), 1814-1847. Fils aîné du maréchal de Castellane, auditeur au Conseil d'État et conseiller général du Cantal, il fut nommé député en 1844. En 1839, il avait épousé Mlle Pauline de Périgord, petite-nièce du prince de Talleyrand et fille de la duchesse de Dino, auteur de cette _Chronique_.

CÉSAR (Jules), 101-40 av. J.-C. Célèbre général romain, qui s'illustra par la conquête de la Gaule.

CHABOT (Philippe DE), 1815-1875. Ph. de Chabot, comte de Jarnac, suivit la carrière diplomatique et garda toute sa vie un profond attachement à la maison d'Orléans. Il avait été nommé ambassadeur de France à Londres en 1874, mais il y mourut bientôt après d'une pleurésie.

CHABROL DE CROUSOL (le comte DE), 1771-1831. Membre du Conseil d'État sous Napoléon Ier, président de la Cour impériale d'Orléans, préfet du Rhône en 1814, directeur de l'Enregistrement et des Domaines en 1822, ministre de la Marine en 1823 et des Finances en 1829.

CHALAIS (le prince DE), 1809-1883. Élie-Louis-Roger, fils aîné du duc de Périgord. Il avait épousé Elodie de Beauvilliers de Saint-Aignan, dont il devint veuf en 1835.

CHAMPCHEVRIER (Mme DE). Dame fort respectable, habitant le château de Champchevrier, près de Cinq-Mars en Touraine vers 1840, dans un âge très avancé.

CHARLES-THÉODORE, 1724-1799. Électeur de Bavière. Il n'aimait pas Munich et vint s'établir à Mannheim. On lui a érigé une statue à Heidelberg.

CHARLES IV, 1316-1378. Empereur d'Allemagne. Fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême. Il succéda à son père en 1346 et fut élu Empereur en 1347. Charles IV publia en 1356 la fameuse _Bulle d'or_, constitution de l'Empire qui est restée en vigueur jusqu'en 1806, et il fut le premier Prince allemand qui vendit des titres de noblesse. Il fonda les Universités de Prague et de Vienne.

CHARLES X*, 1757-1836. Roi de France de 1824 à 1830.

CHARLOTTE (la reine), 1744-1818. La princesse Charlotte de Mecklembourg-Strélitz, épousa, en 1761, le roi George III d'Angleterre, dont elle eut un très grand nombre d'enfants.

CHASTELLUX (Mme DE), née Zéphyrine de Damas; elle avait épousé en premières noces M. de Vogüé.

CHATEAUBRIAND (le vicomte DE)*, 1768-1848. Homme de lettres français.

CHOISEUL-PRASLIN (la comtesse DE). Née en 1782. Seconde femme du comte René de Choiseul-Praslin, fille de François de Rougé, comte du Plessis-Bellière.

CHOMEL (le Dr), 1788-1859. Médecin français, le premier qui établit une véritable clinique à l'hôpital de la Charité. Élève de Corvisard, Chomel devint médecin du roi Louis-Philippe.

CHREPTOWICZ (la comtesse), morte en 1878. Hélène, fille du comte de Nesselrode, épousa le comte Michel Chreptowicz, qui servit longtemps dans la diplomatie russe, et fut fait grand-chambellan de la Cour dans les dernières années du règne d'Alexandre II.

CLAM-GALLAS (le comte Édouard DE), 1805-1891. Général de cavalerie autrichien, qui joua un rôle important dans les guerres où l'Autriche se trouva engagée depuis 1848. Il se démit de ses fonctions en 1868, aigri par les attaques dirigées contre sa campagne de 1866 en Bohême contre la Prusse, bien qu'un conseil de guerre l'ait entièrement disculpé.

CLANRICARDE (lord)*, 1802-1874. Homme politique anglais.

CLANRICARDE (lady)*, morte en 1876. Fille du célèbre Canning.

CLARY-ALDRINGEN (le prince Charles), 1777-1831. Il avait épousé la comtesse Louise Chotek.

CLAUSEL (le comte Bertrand), 1772-1842. Engagé volontaire en 1791, Clausel eut un avancement rapide. Général de division en 1805, il servit en Italie, en Dalmatie, en Illyrie, s'illustra dans la guerre d'Espagne. Après les Cent-Jours, et après s'être rallié à Napoléon, il se retira aux États-Unis, et ne revint qu'après l'armistice de 1820. Député en 1827, il fit partie de l'opposition libérale, et après 1830, il fut nommé gouverneur de l'Algérie, mais échoua au siège de Constantine et fut remplacé dans son commandement. Il vécut dès lors dans la retraite.

CLÉMENT DE RIS (Mlle), épousa, plus tard, l'amiral la Roncière le Noury. Elle était fille d'un sénateur de l'Empire, et habitait, aux environs de Valençay, le château de Beauvais.

CLÉMENTINE (la princesse), 1817-1907. La princesse Clémentine d'Orléans, fille du roi Louis-Philippe, épousa en 1843 le prince Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha, duc de Saxe.

CLERMONT-TONNERRE (le prince Jules DE), 1813-1849. Second fils du duc Aimé de Clermont-Tonnerre, ancien Ministre de la guerre et Pair de France. Le prince J. de Clermont-Tonnerre épousa Mlle de Crillon.

COBOURG (le prince Ferdinand DE)*, 1816-1888. Mari de doña Maria da Gloria, reine de Portugal.

COBOURG (le duc Ernest I de Saxe-), 1784-1844. Ce Prince succéda, en 1806, à son père, le duc François. Il épousa, en premières noces, la princesse Louise de Saxe-Cobourg-Altenbourg, qui mourut en 1831, et il se remaria, en 1832, avec la princesse Antoinette de Würtemberg.

COEUR (l'abbé), 1805-1860. Issu d'une famille de négociants, que la tradition fait descendre du célèbre argentier de Charles VII, l'abbé Cœur fut d'abord professeur de philosophie au séminaire de Lyon. Venu à Paris, en 1827, il y suivit avec assiduité les cours de MM. Guizot, Villemain et Cousin, puis se voua à la prédication. En 1840, il prêcha à Saint-Roch un carême après lequel le roi Louis-Philippe lui donna la croix de la Légion d'honneur. En 1848, il fut appelé à l'évêché de Troyes. Ce fut lui qui prononça l'oraison funèbre de Mgr Affre.

COGNY (le Dr). Médecin de Valençay.

COIGNY (le duc DE), 1788-1865. Entré dans l'armée comme volontaire en 1805, il perdit le bras à la bataille de Smolensk, reçut le grade de colonel de cavalerie après le retour des Bourbons, en 1814, fut nommé aide de camp du duc de Berry, puis attaché au duc de Bordeaux. En 1821, il remplaça le maréchal de Coigny, son grand-père, à la chambre des Pairs. Après avoir fait d'inutiles démarches auprès de Charles X, en 1830, pour obtenir la révocation des Ordonnances, M. de Coigny prêta serment à la monarchie de Juillet. En 1837, il fut Chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans, et en 1843, il fut promu Maréchal de camp.

COIGNY (la duchesse DE). Elle était Anglaise et fille de sir H.-J. Dalrymple Hamilton. Elle épousa le duc de Coigny en 1822.

COLLARD (Mme Hermine). Élevée par Mme de Genlis, il régnait une grande obscurité sur sa naissance.

COMBALOT (l'abbé Théodore), 1798-1873. Prédicateur français. Il fut ordonné prêtre fort jeune et devint un zélé partisan de Lamennais, dont il désavoua cependant plus tard les doctrines. Ses prédications causèrent une vive émotion par leur caractère politique.

CONDÉ (Louis II, prince DE), 1621-1686, dit _le Grand Condé_, premier Prince du sang, connu d'abord sous le nom de duc d'Enghien. Il s'illustra par ses victoires de Rocroy, de Fribourg, de Nordlingen, de Lens. Après avoir pris une part regrettable aux troubles de la Fronde, le prince de Condé fut remis en possession de son commandement lors du traité des Pyrénées, et se conduisit glorieusement pendant les guerres de Flandre et de Franche-Comté.

CONYNGHAM (François-Nathaniel, marquis DE)*, 1797-1882. Homme politique anglais.

CORMENIN (le vicomte DE), 1788-1868. Publiciste, conseiller d'État, député, célèbre comme pamphlétaire sous le pseudonyme de Timon.

CORNÉLIUS (Pierre DE), 1783-1867. Célèbre peintre allemand, de l'école de Düsseldorf. Il étudia plusieurs années à Francfort-sur-le-Mein et à Rome. Ses compositions sont grandioses, son dessin remarquable.

COSSÉ-BRISSAC (le duc DE), 1775-1848. Administrateur sous l'Empire, il se rallia à la Restauration et entra à la Chambre des Pairs en 1814. M. de Cossé se rallia ensuite à la monarchie de Juillet.

COURLANDE (la duchesse DE), 1761-1821. Née comtesse de Medem, elle avait épousé le duc Pierre de Courlande, dont elle eut quatre filles. La plus jeune était la duchesse de Dino, auteur de la _Chronique_ que nous publions.

COUSIN (Victor)*, 1792-1867. Philosophe français.

COWPER (lady)*, 1787-1869. Plus tard lady Palmerston.

CRÉMIEUX (Adolphe), 1796-1880. Avocat et homme politique français. Il fut membre de la Défense nationale en 1870.

CRESCENTINI (Girolamo), 1769-1846. Célèbre sopraniste, surnommé l'_Orphée italien_. Crescentini entra au théâtre en 1788, et se fit entendre à Rome, Vérone, Padoue, Vienne et Lisbonne. Napoléon le retint à Paris de 1806 à 1812. Il devint plus tard professeur au Conservatoire de Naples.

CRUVEILHIER (le Dr Jean), 1791-1874. Médecin et célèbre anatomiste français. Il était né à Limoges et fit ses études à Paris, où il eut ensuite une clientèle étendue et choisie.

CUBIÈRES (le général DE), 1786-1853. Sorti, en 1804, de l'École militaire de Fontainebleau, il se distingua à Austerlitz et à Auerstaedt où il fut blessé; il gagna la crois d'honneur à Eylau, le grade de capitaine à Essling, devint chef d'escadron pendant la campagne de 1813, colonel en 1815 et se couvrit de gloire à Waterloo. Mis à la retraite par la deuxième Restauration, il obtint la Recette générale de la Meuse, et reçut, en 1832, le commandement du corps expéditionnaire d'Ancône. Il fut fait Général, et nommé deux fois Ministre de la guerre en 1839 et 1840. En 1847, son nom fut mêlé à une affaire déplorable: on l'accusa d'avoir corrompu le ministre Teste pour obtenir la concession des mines de sel de Gouhénans. Traduit devant la Cour des Pairs, il fut condamné à la dégradation civique et à 10 000 francs d'amende. En 1852, il fut réhabilité par la Cour d'appel de Rouen.

CUMBERLAND (Ernest-Auguste, duc de)*, 1771-1851. Le dernier des fils de George III, roi d'Angleterre.

CUMBERLAND (la duchesse DE)*. Née princesse de Mecklembourg-Strélitz.

CUNÉGONDE (sainte), morte en 1040. Impératrice d'Allemagne, femme de Henri II de Bavière. On la fête le 3 mars.

CUVIER (Rodolphe). Pasteur protestant de la duchesse d'Orléans. Il était issu d'une branche collatérale du célèbre naturaliste de ce nom.

CUVILLIER-FLEURY (Alfred-Auguste), 1802-1887. Littérateur français, collaborateur du _Journal des Débats_, appelé, par le roi Louis-Philippe, auprès de son quatrième fils le duc d'Aumale, dont il fut le précepteur et plus tard le secrétaire des commandements. Il fut élu membre de l'Académie française en 1866.

CZARTORYSKI (le prince Adam)*, 1770-1861. Ancien ministre des Affaires étrangères de l'empereur Alexandre Ier de Russie.

CZARTORYSKI (le prince Adam), 1804-1880. Fils du prince Constantin Czartoryski et de la princesse Angélique Radziwill, il épousa en premières noces, en 1832, sa cousine germaine, la princesse Wanda Radziwill, et en deuxièmes noces, en 1848, la comtesse Dzialynska.

CZARTORYSKA (la princesse Wanda), 1813-1846. Fille du prince Antoine Radziwill et de la princesse Louise de Prusse, elle épousa en 1832 le prince Adam Czartoryski.

D

DALBERG (le duc DE)*, 1773-1833. Fils du Primat et Archichancelier du même nom.

DANEMARK (le roi Frédéric III DE), 1768-1839. Il succéda à son père en 1815 et épousa la fille du landgrave de Hesse-Cassel.

DANEMARK (le prince Chrétien DE), 1786-1848. Ce prince avait épousé en premières noces une princesse de Mecklembourg-Schwerin, dont il divorça, et en secondes noces, la princesse Caroline de Schleswig-Holstein-Augustenbourg. De son premier mariage, il eut un fils, Frédéric, qui régna après lui, sous le nom de Frédéric VII.

DANEMARK (la princesse Chrétien DE), 1796-1881. Seconde femme du prince Chrétien, elle était née princesse de Schleswig-Holstein-Augustenbourg.

DARMÈS. Auteur de l'attentat du 15 octobre 1840 sur le roi Louis-Philippe.

DARMSTADT (la princesse Marie DE). Née en 1824, elle épousa, en 1841, le grand-duc héritier de Russie.

DECAZES (Élie, duc)*, 1780-1846. Homme politique français.

DELAVIGNE (Casimir), 1793-1843. Poète lyrique et dramatique. Il entra à l'Académie en 1825. Ses idées libérales l'avaient mis en disgrâce sous la Restauration; le roi Louis-Philippe, alors duc d'Orléans, l'en tira en lui confiant sa bibliothèque du Palais-Royal.

DEMERSON (l'abbé), 1795-1872. Prêtre français, entré dans les ordres en 1819, et curé de Saint-Séverin, puis de Saint-Germain l'Auxerrois de 1838 à 1850, époque où il devint titulaire de Notre-Dame de Paris.

DEMIDOFF (le comte Anatole), 1812-1870. Le comte Demidoff, prince de San-Donato, épousa en 1841 la princesse Mathilde, fille du roi Jérôme de Westphalie, qui portait le nom de princesse Mathilde de Montfort.

DENIS BARBIER. Un des domestiques de Pouch Lafarge. Il avait fabriqué des billets de complaisance pour son maître, lorsque celui-ci, assez mal dans ses affaires, vint à Paris, et il était resté son factotum.

DESJARDINS (l'abbé), 1756-1833. Ordonné prêtre en 1775, il fut vicaire général de Bayeux, émigra en Angleterre, puis en Amérique, pendant la Révolution, et ne revint en France qu'en 1802. Devenu curé des Missions étrangères à Paris, l'Empereur Napoléon le fit arrêter sur quelques soupçons, enfermer à Vincennes, puis exiler à Verceil. Rentré en France à la Restauration, l'abbé Desjardins refusa en 1823 l'évêché de Blois, en 1824, celui de Châlons, mais il fut nommé vicaire général de Paris.

DIEFFENBACH (Jean-Frédéric), 1794-1847. Célèbre oculiste prussien auquel on doit la découverte de l'opération qui consiste à redresser les yeux qui louchent. Il mourut subitement dans la salle des opérations de l'hôpital de la Charité de Berlin, dont il était directeur depuis 1840.

DIESKAU (Mlle Sidonie DE). Morte à un âge très avancé; elle demeurait à Gera, en Saxe, près d'Altenbourg, et était proche voisine du château de Lœbichau.

DINO (le duc DE), 1813-1894. Connu d'abord sous le nom de comte Alexandre de Périgord*, il prit ce titre en 1838, lorsque son père devint duc de Talleyrand.

DOHNA (la comtesse Marie), 1805-1893. Née Mlle de Steinach, elle épousa en 1829 le comte Dohna qui fut pendant de longues années landrat à Sagan, et possédait, non loin de là, la terre de Kunzendorf.

DOLOMIEU (la marquise DE)*, 1779-1849. Dame d'honneur de la reine Marie-Amélie.

DON CARLOS DE BOURBON*, 1788-1855. Second fils de Charles IV et frère de Ferdinand VII, rois d'Espagne. Après la mort de son frère, en 1833, il souleva la guerre civile en voulant s'emparer du trône.

DON FRANCISCO*, 1794-1865. Infant d'Espagne. Époux de l'Infante Carlotta.

DOSNE (M.). D'abord simple employé dans une maison de banque de Paris, il devint agent de change en 1816. Après la révolution de Juillet, il démissionna pour devenir Receveur général du Finistère et, quatre ans plus tard, Receveur général du Nord. Devenu régent de la Banque de France et un des plus forts actionnaires des mines d'Anzin, il accrut beaucoup sa fortune.

DOSNE (Mme)*. Épouse de l'agent de change, et mère de Mme Thiers.

DOSNE (Mlle Félicie). Sœur de Mme Thiers. Très dévouée, elle se consacra tout entière à sa sœur et à son beau-frère, et publia, en 1903, comme un monument à la mémoire de M. Thiers, des papiers qu'il lui avait laissés, sous le titre _Occupation et libération du territoire_ (1871-1875). Elle mourut bientôt après, dans un âge très avancé.

DOUDAN (Ximénès), 1800-1872. D'abord précepteur dans la maison du duc de Broglie, M. Doudan dirigea ensuite le cabinet politique du Duc, qui l'avait en très grande estime, et le conserva toujours auprès de lui comme secrétaire intime.

DUBOIS (M.). Député de la Loire-Inférieure, il était membre du Conseil royal de Instruction publique et directeur de l'École normale.

DUCHÂTEL (Charles, comte)*, 1803-1867. Homme politique français.

DUFAURE (Jules-Armand-Stanislas), 1798-1881. Avocat et homme d'État français. Nommé député en 1834, il prit place dans les rangs du parti libéral constitutionnel, fut conseiller d'État en 1836 et ministre des Travaux publics en 1839. Il se rallia à la République en 1848, et devint ministre de l'Intérieur, mais se tint à l'écart des affaires sous le second Empire. En 1871, il devint ministre de la Justice. Il siégea plus tard au Sénat et fit voter les lois de garanties.

DUPANLOUP (Félix-Philibert), 1802-1878. Prêtre des plus distingués, il se fit d'abord connaître par ses fameux catéchismes; devenu, après 1835, vicaire général du diocèse de Paris et supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas, il prit, dès lors, une part active dans la question de la liberté de l'enseignement. En 1849, il fut nommé évêque d'Orléans. Devenu membre de l'Académie en 1854, Mgr Dupanloup se fit ensuite remarquer par sa défense du Saint-Siège au moment de l'expédition d'Italie. En 1869, il siégea au concile de Rome, puis revint à Orléans pour se trouver au milieu de son troupeau pendant la guerre. Après la conclusion de la paix, il fut élu membre de l'Assemblée par ses diocésains reconnaissants.

DUPIN (André-Marie)*, 1783-1865. Jurisconsulte et magistrat français.

DUPREZ (Gilbert-Louis), 1806-1879. Célèbre chanteur français, attaché pendant dix années à l'Opéra de Paris. Il avait une voix de ténor incomparable.

DÜRER (Albert), 1471-1523. Célèbre peintre et graveur allemand, qui joignait à un coloris profond une touche savante et beaucoup de vérité. Il excella dans le portrait, et la gravure lui doit de grands perfectionnements.

DURHAM (John Lambton, comte)*, 1792-1848. Homme d'État anglais.

DUVERGIER DE HAURANNE (Prosper), 1798-1881. Homme politique français; un des chefs de l'opposition dynastique sous la monarchie de Juillet, et un des organisateurs des banquets en 1848. Il fit partie de la minorité anti-napoléonienne, fut emprisonné, puis exilé après le coup d'État du 2 décembre 1851, mais put rentrer en France en 1852. Renonçant alors à la politique militante, il composa une _Histoire du gouvernement parlementaire en France_, qui le fit entrer à l'Académie en 1870, en remplacement du duc de Broglie.

E

ÉDOUARD. Le grand coiffeur des dames à Paris, sous Louis-Philippe.

ÉLISABETH DE PRUSSE (la reine), 1801-1873. Fille du roi Maximilien de Bavière, elle épousa en 1823, le prince royal de Prusse, qui monta sur le trône en 1840, sous le nom de Frédéric-Guillaume IV. Devenue veuve en 1861, la reine Élisabeth vécut depuis dans la retraite.

ELLICE (M. Édouard)*, 1787-1863. Homme politique anglais, gendre de lord Grey.

ELSSLER (Thérèse). 1806-1878. Célèbre danseuse allemande, créée baronne de Barnim par le roi Frédéric-Guillaume IV, en 1850, à l'occasion de son mariage avec le prince Adalbert de Prusse.

ELSSLER (Fanny). 1810-1886. Sœur de la précédente et, comme elle, célèbre danseuse. Elle parcourut toutes les scènes de l'Europe et de l'Amérique, puis se retira en 1845 dans sa belle propriété près de Hambourg. Elle s'était acquis une grande fortune.

EMMANUEL-PHILIBERT, dit _Tête-de-fer_, 1528-1580. Duc de Savoie. Ce Prince se mit au service de son oncle, l'empereur Charles-Quint. Il se distingua au siège de Metz en 1552, reçut en 1553 le commandement de l'armée Impériale, et gagna en 1557, pour Philippe II, la bataille de Saint-Quentin. Il recouvra son duché (dont François Ier avait dépouillé son père), en 1559 au traité de Cateau-Cambrésis, et épousa Marguerite de France, sœur de Henri II. Sa statue, œuvre du sculpteur Marochetti, occupe le centre de la place San-Carlo à Turin.

ENTRAIGUES (Amédée Goveau D')*. Né en 1785. Préfet de Tours. Il avait épousé une princesse Santa-Croce, pupille du prince de Talleyrand.

ENTRAIGUES (Jules D')*. Né en 1787. Frère du Préfet et propriétaire du château de _la Moustière_, aux environs de Valençay.

ÉON DE BEAUMONT (Charles), 1728-1810. Célèbre par l'ambiguïté de son sexe, car il fut tantôt le chevalier, tantôt la chevalière d'Éon. Il se distingua de bonne heure dans la carrière diplomatique, et fut pendant quatorze ans l'agent secret de Louis XV. La Révolution lui enleva sa pension, et réduit à des leçons d'escrime, il n'échappa à la misère que grâce aux secours de quelques amis.

ESPARTERO (Joachim-Boldomero), 1792-1879. Engagé en 1808, il fit comme militaire une brillante carrière. Il fit l'expédition du Pérou en 1825 et en rapporta une belle fortune. A la mort de Ferdinand VII, il prit parti pour la régente Marie-Christine. Ses succès contre les Carlistes lui valurent, en 1836, la nomination de général en chef de l'armée du Nord et de vice-roi de Navarre. En 1840, la régente Marie-Christine ayant abdiqué, les Cortès transférèrent la Régence au général Espartero, mais il fut renversé en 1842 et se retira en Angleterre jusqu'en 1847. En 1854 et en 1868, Espartero reprit le pouvoir pour peu de temps chaque fois. En 1870, les Cortès lui offrirent la Couronne qu'il refusa, vu son grand âge, et l'absence d'héritier.

ESTERHAZY (le prince Paul)*, 1786-1866. Diplomate autrichien.

EXELMANS (Isidore, comte)*, 1775-1852. Un des plus brillants généraux de l'Empire, fait pair de France et Maréchal sous la monarchie de Juillet.

F

FAGEL (le général Robert)*, 1772-1856. Diplomate hollandais.

FALK (Antoine Reinhard)*, 1776-1843. Diplomate hollandais.

FÉNELON (François de Salignac de la Mothe-), 1651-1715. Archevêque de Cambrai, précepteur du duc de Bourgogne; il avait adopté les doctrines du Quiétisme et fut vivement combattu par Bossuet. Il fut aussi grand écrivain que grand prédicateur.

FERDINAND VII*, 1784-1833. Fils aîné du Roi Charles IV d'Espagne et son successeur, il fut détrôné par Napoléon Ier au profit de son frère Joseph, mais remonta sur le trône en 1814.

FERRUS (Guillaume-Marie-André), 1784-1861. Médecin français. Il introduisit d'habiles réformes à l'hospice des aliénés de Bicêtre, dont il était médecin en chef. Nommé, en 1830, médecin consultant du Roi, le Dr Ferrus devint bientôt membre de l'Académie de médecine et commandeur de la Légion d'honneur.

FESCH (le cardinal Joseph), 1763-1839. Frère de Mme Lætitia Bonaparte, il fut nommé archevêque de Lyon en 1802, par son neveu Napoléon Ier. Ambassadeur de France à Rome, puis grand-aumônier et sénateur, il retourna vivre à Rome à la Restauration, et y mourut.

FIESCHI (Joseph)*, 1790-1835. Auteur de l'attentat du 28 juillet 1835 contre le Roi Louis-Philippe.

FIQUELMONT (le comte Charles-Louis DE), 1777-1857. Né en Lorraine, il entra dans l'armée autrichienne en 1793 et y fit les campagnes de 1805 à 1809. En 1815, il fut envoyé comme ministre à Stockholm, et en 1820, dans la même qualité à Florence. Nommé ambassadeur à Pétersbourg, il y résida plusieurs années et ne rentra en Autriche qu'en 1840 pour devenir ministre d'État, et un moment ministre des Affaires étrangères en 1848. Sa fille unique avait épousé le prince Edmond Clary.

FITZ-JAMES (Jacques, duc DE), 1799-1846. Il épousa, en 1825, Mlle de Marmier.

FLAHAUT (le général comte DE)*, 1785-1870. Pair de France sous Louis-Philippe, sénateur et ambassadeur sous Napoléon III.

FLAHAUT (la comtesse DE)*, morte en 1867. Fille de l'amiral anglais lord Keith.

FLAHAUT (Clémentine DE), 1819-1835. Fille du comte et de la comtesse de Flahaut.

FONTANES (Louis DE), 1757-1821. Poète et orateur plein d'élégance, très en faveur auprès de Napoléon Ier. Membre du Corps législatif en 1804, il en devint Président en 1805. En 1808, l'Empereur le nomma grand-maître de l'Université; en 1810, il fut appelé au Sénat. Il se rallia plus tard à la Restauration.

FOULD (Bénédict), 1791-1858. Fils d'un banquier israélite, qui avait fondé l'importante maison Fould-Oppenheim et Cie. Il fut député de 1834 à 1842, et chevalier de la Légion d'honneur depuis 1843.

FOULQUES III NERRA, ou _le Noir_, 987-1040. Comte d'Anjou. Il fit la guerre à Conan, premier duc de Bretagne, qu'il battit et tua, et à Eudes II, comte de Blois, par lequel il fut défait. Foulques alla trois fois en Terre Sainte, pour expier ses violences. Sa nièce Constance épousa le Roi Robert.

FOY (le comte Fernand), 1815-1871. Fils du général Foy; il fut nommé pair de France par le Roi Louis-Philippe. Tout en étant dévoué à la monarchie constitutionnelle, il se montra partisan des idées libérales. De bonne heure, il se consacra aux œuvres de bienfaisance.

FRANÇOIS Ier*, 1494-1547. Roi de France et adversaire de Charles-Quint.

FRÉDÉRIC II, DIT LE GRAND*, 1712-1786. Roi de Prusse et fondateur de la puissance militaire prussienne.

FRÉDÉRIC VII, 1808-1863. Roi de Danemark. Il était le fils unique du prince Chrétien de Danemark et de sa première femme, la princesse Charlotte de Mecklembourg-Schwerin. Divorcé deux fois, il fut exilé pendant quelques années en Jutland, et ne monta sur le trône qu'en 1848.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME, dit _le Grand Électeur_ de Brandebourg, 1620-1688. Il monta sur le trône en 1640 et organisa l'armée prussienne.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME III, 1770-1840. Roi de Prusse. Il succéda, en 1797, à son père Frédéric-Guillaume II. Il avait épousé une princesse de Mecklembourg-Strélitz, connue sous le nom de _la Reine Louise_, dont il devint veuf en 1810. Il contracta, en 1824, un mariage morganatique avec la comtesse Auguste de Harrach, à laquelle il donna le titre de princesse de Liegnitz.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV, 1795-1861. Roi de Prusse. Il monta sur le trône en 1840 à la mort de son père, il avait épousé en 1823 la princesse Élisabeth de Bavière, dont il n'eut pas d'enfants.

FRIAS (le duc DE)*, 1783-1851. Ambassadeur, homme d'État et littérateur espagnol.

FRONSAC (le duc DE), mort en 1791. Fils du maréchal de Richelieu, auquel il ne survécut que trois ans.

G

GAGE (sir William Hall), 1777-1865. Amiral anglais qui prit une part active aux opérations contre Napoléon Ier. Il fut nommé lord de l'Amirauté en 1841. En 1860, il reçut la Grande-Croix de l'ordre du Bain.

GARIBALDI (Mgr Antoine), 1797-1853. Archevêque de Myre en 1844, nonce à Paris en 1850, comme successeur du cardinal Tonari, il eut, lui-même, comme successeur, Mgr Sacconi.

GARNIER-PAGÈS, 1801-1841. D'abord avocat, il participa à la révolution de 1830 et devint un des chefs du parti républicain. Député, il fut l'objet de quelques poursuites après l'insurrection de 1832 et acquit une grande popularité.

GENLIS (Mme DE), 1746-1830. Félicité Ducrest de Saint-Aubin épousa à quinze ans le comte de Genlis. Sa tante, Mme de Montesson, la fit entrer dans la maison du duc d'Orléans, qui bientôt la choisit comme _gouverneur_ de ses enfants. Mme de Genlis émigra en 1792, rentra en France après le 18 Brumaire, et devint la correspondante de Napoléon Ier qu'elle entretenait des usages et de l'étiquette de l'ancienne Cour. Elle vécut à l'écart à partir de 1814. Mme de Genlis est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages; ses traités sur l'éducation sont des plus remarquables.

GÉRARD (François-Pascal-Simon), 1770-1837. Célèbre peintre français. Il étudia chez David où il eut pour émules Drouais, Girodet et Gros. Il se livra au portrait qu'il traita avec un talent remarquable. Louis XVIII le fit Baron.

GÉRARD (Étienne-Maurice, comte)*, 1773-1852. Maréchal de France.

GERSDORFF (le baron Ernest-Chrétien-Auguste DE), 1781-1852. Au service de Saxe, il prit part au Congrès de Vienne. Il fut ministre à Londres et à la Haye et démissionna en 1848. Il avait épousé une comtesse de Freudenstein.

GERSDORFF (le baron Adolphe DE), 1800-1855. Officier dans l'armée prussienne; il démissionna et épousa Mlle Marianne de Schindel. En 1827, il devint l'administrateur des terres de la princesse Pauline de Hohenzollern et de sa sœur, la duchesse d'Acerenza.

GIRARDIN (le comte Émile DE), 1806-1881. Fils du général Alexandre de Girardin, et époux de Delphine Gay, il fut un célèbre publiciste, et le fondateur des journaux à un sou. Il fut député de 1877 à 1881. Devenu veuf en 1855, il épousa la veuve du prince Frédéric de Nassau dont il se sépara judiciairement en 1872.

GIRAUD (Augustin), 1796-1875. Propriétaire à Angers, dont il fut maire sous Louis-Philippe. Membre de l'Assemblée législative de 1849, il y siégea à droite. Il était chevalier de la Légion d'honneur.

GIROLET (l'abbé)*, 1765-1836. Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, ami intime de la famille de Talleyrand.

GIVRÉ (le baron DE), 1794-1854. Entré de bonne heure dans la diplomatie, il fut attaché d'ambassade à Londres, à Rome, démissionna à l'avènement du ministère Polignac et collabora au _Journal des Débats_. Élu député en 1837, il vota avec la majorité orléaniste.

GLOUCESTER (la duchesse DE)*, 1776-1857. Quatrième fille du Roi George III d'Angleterre.

GOECKING (M. Léopold DE), 1748-1828. Poète et conseiller d'État prussien, qui élabora plusieurs projets de réformes douanières pour son pays.

GOETHE (Wolfgang), 1749-1832. Le plus célèbre des poètes de l'Allemagne, auteur de _Faust_, _Werther_, etc. Il fut le conseiller, puis le ministre d'État du grand-duc Charles-Auguste de Weimar.

GONTAUT-BIRON (la duchesse DE)*, 1773-1858. Gouvernante des Enfants de France, qu'elle suivit en exil en 1830.

GONTAUT-BIRON (le vicomte Élie DE), 1817-1890. Élu député à l'Assemblée nationale en 1871, il fut ambassadeur de la République à Berlin. Il y rétablit les relations brisées par la guerre et resta six années à ce poste difficile.

GOUIN (Alexandre-Henri), 1792-1872. Ancien élève de l'École polytechnique, député depuis 1831, il fut appelé à prendre le portefeuille de l'Agriculture et du Commerce en 1840, dans le ministère Thiers.

GOURGAUD (le général), 1783-1852. Entré au service en 1801, il se signala à Austerlitz, où il fut blessé, à Iéna, à Friedland, à Essling et surtout à Wagram. Il prit une part glorieuse à la campagne de Russie et à la campagne de France. Il accompagna l'Empereur à Sainte-Hélène, mais des mésintelligences avec un de ses compagnons d'exil le forcèrent à s'éloigner. En 1818, il publia _la Campagne de 1815_, ce qui le fit rayer des contrôles de l'armée par Louis XVIII, mais il rentra en activité avec Louis-Philippe qui le nomma général de division et le choisit comme aide de camp. En 1840, il accompagna le prince de Joinville à Sainte-Hélène, ramena avec lui les cendres de Napoléon, et fut élevé ensuite à la Pairie.

GRAMONT (Mme DE), tante du duc de Gramont de la branche d'Aster, religieuse du Sacré-Cœur et supérieure de la maison de Paris.

GRANVILLE (lord)*, 1775-1846. Diplomate anglais, longtemps ambassadeur à Paris.

GRANVILLE (lady), morte en 1862. Elle était fille du duc de Devonshire.

GRANVILLE (lady Charlotte-Georgiana), morte en 1885. Deuxième fille de lord Granville, elle avait épousé en 1833 Alexander-George Fullerton. Elle resta toute sa vie très liée avec la marquise de Castellane. Elle acquit, par ses romans, une certaine célébrité littéraire.

GRÉGOIRE VII (Hildebrand), 1015-1085. Élu Pape en 1073, il fut un des plus grands Pontifes romains et est resté célèbre par ses luttes contre l'Empereur d'Allemagne.

GRISI (Giulia)*, 1812-1869. Cantatrice italienne d'un grand talent et d'une grande beauté.

GREY (lord)*, 1764-1845. Homme d'État anglais.

GREY (lady)*, 1775-1861. Née Ponsonby.

GRIVEL (l'abbé Louis-Jean-Joseph), 1800-1866. Dès 1825, il fut prédicateur à Paris. En 1829, il fut chargé par la Cour de prononcer le panégyrique de saint Louis devant l'Académie française. Devenu aumônier de la Chambre des Pairs en 1834, il fut, trois ans plus tard, nommé chanoine de Saint-Denis.

GROS (Antoine-Jean), 1771-1835. Célèbre peintre d'histoire. Son père peignait la miniature et fut son premier maître, puis il entra dans l'atelier de David. Atteint par la réquisition, ce fut en suivant les opérations militaires qu'il acquit un talent tout particulier pour représenter les batailles. Il reçut plus tard, de Charles X, le titre de Baron.

GUERNON-RANVILLE (le comte DE), 1787-1866. Magistrat et homme d'État français. En 1820, président du tribunal civil de Bayeux, il s'y signala par son zèle et ses talents. En 1829, le prince de Polignac l'appela à prendre dans son ministère le portefeuille de l'Instruction publique et des Cultes. Il se prononça, dans le Conseil des ministres, contre les Ordonnances de juillet 1830, mais ne les signa pas moins. Jugé avec ses collègues, par la Chambre des Pairs, il fut condamné à la mort civile et à la détention perpétuelle. L'amnistie de 1836 lui rendit heureusement la liberté.

GUICHE (le duc DE), 1819-1880. Connu plus tard sous le nom de duc de Gramont. Diplomate, il fut ambassadeur de France à Turin, à Rome, à Vienne, et était ministre des Affaires étrangères, lors de la déclaration de la guerre à la Prusse en 1870. Il avait épousé en 1848 une Anglaise, fille d'un membre du Parlement.

GUILLAUME Ier, 1772-1843. Roi des Pays-Bas. Fils du stathouder Guillaume V de Nassau; ce fut sous son règne que la Belgique se détacha de sa couronne après la révolution de 1830, pour devenir un État indépendant. Il avait épousé la princesse Frédérique de Prusse, après la mort de laquelle il s'unit morganatiquement avec une Belge, la comtesse d'Oultremont. Il abdiqua en 1840.

GUIZOT (François-Pierre-Guillaume)*, 1787-1874. Homme d'État et historien français.

H

HAINGUERLOT (M.), mort en 1842; il avait épousé Mlle Stéphanie Oudinot, fille du maréchal Oudinot, duc de Reggio.

HAMILTON (John-Church), 1792-1882. Fils du major-général Hamilton, l'ami de M. de Talleyrand, il fut, pendant peu de temps, aide de camp du Major-général Harrisson qui devint plus tard Président des États-Unis. Hamilton devint ensuite avocat, et consacra sa vie à la mémoire de son père, dont il écrivit la vie, et publia les œuvres.

HAMILTON (la duchesse DE), 1817-1887. Marie-Amélie, dernière fille du grand-duc Charles-Louis-Frédéric de Bade et de la grande-duchesse, née Stéphanie de Beauharnais.

HANOVRE (le roi de), 1771-1851. Ernest-Auguste, duc de Cumberland *, monta sur le trône de Hanovre en 1837, à la mort de son frère, le Roi Guillaume IV d'Angleterre.

HANOVRE (le prince Georges DE), 1819-1878. Plus tard George V*, Roi de Hanovre.

HARCOURT (lady Élisabeth), 1793-1838.

HARRISSON (miss). Gouvernante des trois princesses de Courlande qui furent plus tard la comtesse de Lazareff, la comtesse de Hohenthal et Mme de Boyen. Elle vécut jusqu'à sa mort chez Mme de Lazareff, à Dyrnfurth.

HAUSSONVILLE (le comte Joseph-Bernard D'), 1809-1884. Homme politique et écrivain français; il fut député sous la monarchie de Juillet, puis à l'Assemblée nationale de 1871. Il était membre de l'Académie française.

HÉLIAUD (le comte D'), 1768-1858. Il vivait en Touraine assez solitairement et y mourut la même année que son fils, qui était employé au ministère des Affaires étrangères.

HÉLIE. Valet de chambre du prince de Talleyrand durant de longues années.

HENEAGE (M.). Diplomate anglais, attaché à l'ambassade de Paris en 1840.

HENNENBERG (M.), mort en 1836. Conseiller de justice au tribunal de Berlin.

HESSE (le prince Georges DE), 1793-1881. Ce prince était au service de Prusse.

HESSE-DARMSTADT (le grand-duc Louis II DE)*, 1777-1848. Il avait épousé une princesse de Bade.

HESSE-DARMSTADT (la princesse Élisabeth DE), 1815-1885. Fille du prince Guillaume de Prusse, frère du Roi Frédéric-Guillaume III, et sœur aînée de la Reine Marie de Bavière.

HESSE-DARMSTADT (la princesse Marie DE), 1824-1880. Fille de Louis II, grand-duc de Hesse, elle épousa, en 1841, le grand-duc héritier de Russie, qui succéda à son père, l'Empereur Nicolas Ier, en 1855.

HOHENLOHE-OERINGEN (le prince Frédéric DE), né en 1812. Major de cavalerie au service de Würtemberg.

HOHENTHAL (le comte Alfred DE), né en 1806. Chambellan du Roi de Saxe, il avait épousé la princesse Louise de Biron-Courlande.

HOHENTHAL (la comtesse Louise DE)*. 1808-1845. Née princesse de Biron-Courlande.

HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince Frédéric DE), 1776-1838. Ce Prince avait épousé en 1800 la princesse Pauline de Courlande, sœur de la duchesse de Talleyrand.

HOHENZOLLERN-HECHINGEN (la princesse DE), 1782-1845. Pauline, princesse de Courlande, fille du duc Pierre de Courlande.

HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince Constantin DE), 1800-1859. Fils du prince Frédéric de Hohenzollern-Hechingen, et de la princesse de Courlande. Par suite d'une convention signée en 1849, le prince Constantin abdiqua le gouvernement de la principauté de Hohenzollern en faveur du Roi de Prusse, et en 1850, il reçut le titre d'Altesse Royale. Il épousa d'abord la princesse de Leuchtenberg dont il n'eut pas d'enfants, puis, morganatiquement, la fille du baron de Schenk, dont il eut deux enfants qui portèrent le nom de Rothenbourg.

HOLLAND (lord)*, 1772-1840. Homme d'État anglais, neveu du célèbre Fox.

HOLLAND (lady)*, morte en 1840. Elle avait été, en premières noces, lady Webster.

HOTTINGER (le baron Jean-Conrad), 1764-1841. D'origine suisse, M. Hottinger forma à Paris une importante maison de commerce. Créé baron de l'Empire en 1810, il fut, en 1815, élu à la Chambre des Cent-Jours. Il devint, plus tard, président de la Chambre du commerce, juge au tribunal de commerce et régent de la Banque de France.

HOWARD DE WALDEN (Charles-Auguste Ellis, baron), né en 1799. Diplomate anglais; sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 1824, ministre à Stockholm en 1832, à Lisbonne en 1834 et à Bruxelles en 1846.

HÜBNER (le comte DE), 1811-1892. Entré en 1833 dans la chancellerie du prince de Metternich, qui appréciait ses qualités, il fut ensuite secrétaire de légation à Lisbonne, consul général à Leipzig et conseiller politique du maréchal Radetzky en Italie. Fait prisonnier à Milan en 1848, il ne fut remis en liberté qu'après la conclusion de la paix avec le roi Charles-Albert. En 1849, il fut d'abord ministre, puis ambassadeur à Paris jusqu'en 1859. En 1867, M. de Hübner fut nommé ambassadeur à Rome. Il quitta ensuite la diplomatie et se consacra à ses voyages et à ses ouvrages littéraires.

HUGEL (Ernest-Eugène DE), 1774-1849. Général au service d'Autriche, où il fut quelque temps Ministre de la guerre. Il avait été aussi ministre d'Autriche à Paris.

HUMANN (Mlle Louise), née vers 1757. Elle égalait, par sa piété, les chrétiennes de l'Église primitive, et fut, à Strasbourg où elle vivait, la protectrice des abbés Bautain, Gratry et Ratisbonne. Elle était la sœur de l'évêque de Mayence et du Ministre des finances du Roi Louis-Philippe.

HUMANN (Jean-Georges)*, 1780-1842. Homme d'Etat et financier français, d'une vieille famille alsacienne.

HUMBOLDT (le baron Guillaume DE), 1767-1835. Homme d'État et philologue prussien. Il était en 1802 Ministre résident à Rome, puis il fut conseiller d'État à Berlin, et chef de la section des Cultes et de l'Instruction publique. Nommé, en 1808, ministre plénipotentiaire à Vienne, il prit part en 1810 aux conférences de Prague, en 1815, au Congrès de Vienne. Envoyé extraordinaire à Londres en 1816, puis ministre d'État et membre de la commission chargée de préparer, en 1818, la constitution prussienne, il résigna ses fonctions en 1819, pour ne s'occuper plus que de travaux littéraires.

HUMBOLDT (Alexandre DE), 1769-1858. Grand naturaliste et savant allemand, qui s'est illustré par ses voyages scientifiques dans le Nouveau Monde, et par le génie dont sont empreintes les nombreuses relations qu'il en a données. Il était frère du précédent.

HUMBOLDT (Mme Guillaume DE), 1771-1829. Fille de Frédéric de Dachrœden, elle avait épousé Guillaume de Humboldt en 1791.

HUMBOLDT (Caroline DE), 1792-1837. Fille aînée de Guillaume de Humboldt.

HYDE DE NEUVILLE (le baron Jean-Guillaume), 1776-1857. Homme politique français, très attaché à la royauté. Impliqué dans un complot contre Napoléon Ier, il s'enfuit aux États-Unis, et ne revint en France qu'à la chute de l'Empire. Député en 1815, il devint en 1816 ministre aux États-Unis, puis en Portugal. En 1828, dans le ministère Martignac, il prit le portefeuille de la Marine, qu'il résigna à l'avènement du cabinet Polignac. Après 1830, il défendit la cause désespérée du duc de Bordeaux et vécut dès lors dans la retraite.

I

IBRAHIM-PACHA, 1772-1848. Fils du vice-Roi d'Égypte Méhémet-Ali, qu'il seconda dans la réorganisation égyptienne. Il envahit la Syrie en 1832 sur l'ordre de son père et marchait sur Constantinople, quand il fut arrêté à Kutayeh par l'intervention des puissances européennes. Quelques années après, la guerre ayant recommencé, Ibrahim remporta en 1839 à Nezib une bataille décisive sur les Turcs, mais le traité de Londres (15 juillet 1840) et le bombardement des ports de la Syrie par la flotte anglaise, le forcèrent une seconde fois à abandonner sa conquête de la Syrie. Depuis lors, il ne s'occupa plus que de l'administration intérieure de l'Égypte.

ISABELLE II*, 1830-1904. Reine d'Espagne.

ISTURITZ (Xavier D'), né en 1790. Homme d'État espagnol, il siégea dès 1812 aux Cortès, et s'y fit remarquer par son patriotisme révolutionnaire. Président de la Chambre des _Procuradores_ en 1835, ses idées libérales le compromirent et il dut s'enfuir à Londres. Il remplit plus tard plusieurs missions auprès des différentes Cours de l'Europe et fut même ambassadeur à Paris de 1863 à 1864.

J

JACKSON (André), 1767-1845. Général américain et septième Président de la République des États-Unis en 1829. En 1834, il réclama, de façon très hautaine, à la France, une indemnité de vingt-cinq millions, pour les bâtiments saisis aux États-Unis sous l'Empire. Après deux Présidences successives, il rentra dans la vie privée.

JAUBERT (le chevalier), 1779-1847. Orientaliste qui accompagna Bonaparte en Égypte, comme interprète. Il fut secrétaire interprète au ministère des Affaires étrangères, maître des requêtes, puis chargé d'affaires à Constantinople. En 1819, il était secrétaire interprète de Louis XVIII. Il entra à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1830 et fut fait pair de France par Louis-Philippe.

JAUBERT (le comte Hippolyte-François), 1798-1874. Homme politique et savant français; il fut député en 1831 et ministre des Travaux publics en 1840. Nommé pair de France en 1844, la chute de Louis-Philippe le fit rentrer dans la vie privée.

JAUCOURT (la marquise DE)*, 1762-1848. Née Mlle Charlotte de Bontemps.

JERSEY (lady Sarah)*, 1787-1867. Elle eut un des salons les plus remarquables de Londres.

JOINVILLE (François d'Orléans, prince DE), 1818-1900. Troisième fils du Roi Louis-Philippe; il servit dans la marine et ramena en France les restes de Napoléon en 1840. En 1843, il épousa la princesse Françoise de Bragance, fille de l'Empereur du Brésil.

JUMILHAC (Odet de Chapelle DE), 1804-1880. Duc de Richelieu. Neveu, par sa mère, du duc de Richelieu mort en 1822, M. de Jumilhac prit le titre de son oncle et devint ainsi membre de la Chambre des Pairs. Il était chevalier de la Légion d'honneur.

K

KAROLYI (la comtesse Ferdinande), 1805-1844. Fille du prince Louis de Kaunitz-Rietberg, elle épousa en 1823 le comte Louis Karolyi.

KENT (la duchesse DE)*, 1786-1861. Belle-sœur du Roi Guillaume IV d'Angleterre et mère de la Reine Victoria.

KRÜDENER (la baronne DE), 1760-1825. Julie de Witkingoff, fille du gouverneur de Riga, épousa, à l'âge de quatorze ans, M. de Krüdener, ministre de Russie à Berlin, dont elle eut deux enfants. Son mari divorça en 1791. Après une série d'aventures, elle s'insinua dans l'intimité de la Reine Louise de Prusse, puis se jeta dans une dévotion exaltée. Se trouvant à Paris en 1814 lors de l'entrée des Alliés, elle y prit un grand ascendant sur L'Empereur Alexandre Ier. Expulsée d'Allemagne, puis de Suisse, Mme de Krüdener vint se réfugier dans ses propriétés près de Riga; elle s'y mit en rapport avec les frères Moraves et partit enfin, en 1822, pour la Crimée, dans le dessein de fonder une maison de refuge pour les criminels et les pécheurs.

KRÜDENER (la baronne Amélie DE), 1808-1888. Belle-fille de la précédente; elle était une fille naturelle de la princesse de la Tour et Taxis (née Mecklembourg-Strelitz), sœur de la Reine Louise de Prusse, et du comte Maximilien de Lerchenfeld qui l'éleva chez lui, et dont la femme l'adopta. Elle épousa, en 1825, M. de Krüdener, et en secondes noces, en 1850, le comte Nicolas Adlerberg, aide de camp de l'Empereur Nicolas Ier de Russie.

KRÜGER (François), 1797-1857. Peintre de portraits, très en renom à Berlin.

KUHNEIM (la comtesse), 1770-1854. Elle était née During, et était une amie de la princesse Charles de Prusse.

L

LA BESNARDIÈRE (J.-B. Goney DE)*, 1765-1843. Conseiller d'État, qui, depuis sa retraite, en 1819, vécut beaucoup en Touraine.

LABORDE (le comte Léon DE), 1807-1869. Archéologue et voyageur, il fut, pour peu de temps, diplomate. Nommé député en 1840, il fut conservateur du Musée des antiques au Louvre, de 1845 à 1848. Il fut appelé au Sénat en 1868.

LABOUCHÈRE (Henri)*, 1798-1869. Membre du Parlement anglais.

LA BRICHE (la comtesse DE). Mme de La Briche s'était fait, à Paris, un salon célèbre, en réunissant chez elle des hommes distingués et des gens de lettres. Elle possédait le château du Marais, près de Paris, où elle faisait souvent jouer la comédie. Sa fille avait épousé M. Molé.

LA BRUYÈRE (Jean DE)*, 1645-1695. Auteur des _Caractères_.

LACAUE-LAPLAGNE (Jean-Pierre-Joseph), 1795-1849. Élève de l'École polytechnique, il prit part aux dernières campagnes de l'Empire et démissionna lors du retour des Bourbons. Il s'adonna dès lors à l'étude du droit, se fit recevoir avocat à Toulouse et entra dans la magistrature. Il fut député du Gers, et reçut plusieurs fois le portefeuille des finances. Le Roi Louis-Philippe lui avait confié l'administration des biens du duc d'Aumale.

LACORDAIRE (Henri), 1802-1861. Célèbre prédicateur français, Dominicain de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Il entra à l'Académie française en 1860, en remplacement de M. de Tocqueville.

LADVOCAT (M.). Procureur du Roi sous la monarchie de 1830. Porteur de recommandations, Fieschi s'était adressé à lui, lors de son arrivée à Paris, pour obtenir une place. Après l'attentat, Fieschi, qui avait pris un faux nom, fut reconnu par M. Ladvocat.

LAFARGE (Mme). La mère de M. Lafarge. Elle ne put, dans le fameux procès, se mettre à l'abri de tout soupçon. Elle avait brisé les cachets du testament de sa bru pour en connaître les conclusions.

LAFARGE (M.). Veuf à 28 ans, Pouch Lafarge, possesseur d'une forge au Glandier (Corrèze), était toujours mal dans ses affaires et réduit aux expédients, il épousa Marie Capelle, qui se rendit tristement célèbre en l'empoisonnant.

LAFARGE (Mme), 1816-1852. Marie Capelle, orpheline, épousa, en 1839, M. Lafarge. Un célèbre et triste procès la fit condamner à la prison perpétuelle.

LA FAYETTE (le marquis de)*, 1767-1834. Député aux États généraux en 1789, il prit une certaine part aux événements révolutionnaires de son temps.

LAFFITTE (Jacques), 1767-1844. Financier français; il joua un rôle important dans la révolution de Juillet et fut ministre du Roi Louis-Philippe.

LAMARTINE (Alphonse DE), 1790-1869. Poète et homme politique français, il entra à l'Académie en 1830, à la Chambre des députés en 1834; il acquit une grande popularité qui s'évanouit bientôt après 1848.

LAMB (Frédéric)*, 1782-1848. Diplomate anglais, frère de lord W. Melbourne et héritier de son titre.

LAMBRUSCHINI (le cardinal), 1776-1854. Il fut évêque de Sabine, archevêque de Gênes, et nonce du Saint-Siège à Paris sous Charles X. Il reçut le chapeau de Cardinal en 1831. Le pape Grégoire XVI le nomma ministre des Affaires étrangères, puis secrétaire des brefs et préfet de la Congrégation des Études. Après les événements de 1848, il suivit Pie IX à Gaëte.

LANSDOWNE (lady)*. Morte en 1851. Elle avait épousé en 1851 le marquis de Lansdowne.

LARCHER (Mlle Henriette)*, 1782-1860. Institutrice de Mlle Pauline de Périgord.

LA REDORTE (le comte Mathieu DE)*, 1804-1886, diplomate français.

LA REDORTE (la comtesse DE), morte en 1885. Elle était née Louise Suchet, fille du maréchal d'Albuféra.

LA ROCHEFOUCAULD (le comte Sosthène DE). Duc de Doudeauville, 1785-1864. Aide de camp du comte d'Artois sous la Restauration, il fut toujours un légitimiste ardent, et s'occupa aussi beaucoup de littérature.

LA ROCHEFOUCAULD (Marie DE), morte en 1840. Elle était fille du duc Sosthène de la Rochefoucauld-Doudeauville et petite-fille de la duchesse Mathieu de Montmorency.

LA ROVÈRE (la marquise DE), 1817-1840. Élisabeth de Stackelberg, Russe d'origine, se fit catholique en épousant le marquis de la Rovère, et mourut bientôt après son mariage. Son tombeau, en marbre blanc, se trouve au Campo-Santo de Turin.

LAS CASES (le comte Emmanuel DE), 1800-1854. Il avait suivi son père à Sainte-Hélène. La révolution de 1830 trouva plus tard en lui un auxiliaire ardent. Nommé député, il siégea dans les rangs du parti libéral et entra au Sénat après le coup d'État du 2 décembre 1852.

LAVAL (le prince Adrien DE)*, 1768-1837. Pair de France et diplomate.

LAVAL (la vicomtesse DE), 1745-1838. Mlle Tavernier de Boullongne avait épousé en 1765 le vicomte de Laval et fut la mère du duc Mathieu de Montmorency, qui fut ministre des Affaires étrangères. Elle était une grande amie de M. de Talleyrand.

LAZAREFF (Mme DE), 1813-1881. Elle était née princesse Antoinette de Biron-Courlande *.

LÉAUTAUD (la comtesse DE). Alexandrine-Clémentine de Nicolaï, fille du marquis et de la marquise Scipion de Nicolaï, née Lameth. Son nom parut dans le procès Lafarge, au sujet d'un vol de diamants, dont on accusait Mme Lafarge, tandis que celle-ci prétendait qu'ils lui avaient été remis par Mme de Léautaud.

LEBRUN (Pierre-Antoine), 1785-1873. Littérateur, il fit partie de l'Académie française depuis 1828. De 1830 à 1848, il fut directeur de l'Imprimerie royale. Nommé pair de France en 1839, il fut appelé au Sénat en 1853 et devint grand-officier de la Légion d'honneur.

LE HON (le comte)*, 1792-1868. Homme d'État belge, pendant de longues années ministre à Paris.

LÉON (le prince Charles-Louis-Jocelyn DE), 1819-1893. Il prit le titre de duc de Rohan, à la mort de son père en 1869. Il avait épousé Mlle de Boissy en 1843.

LERCHENFELD (le comte Maximilien DE), 1779-1843. Homme d'État bavarois; il coopéra à l'élaboration de la Constitution bavaroise, et prit en 1825 le portefeuille des Finances, qu'il laissa pour devenir ambassadeur près de la Diète germanique. Il avait épousé la baronne Anna de Grosschlag.

LESTOCQ (Mme DE), 1788-1849. Veuve du général de Lestocq, gouverneur de Breslau, mort en 1818. Elle était grande-maîtresse de Cour de la princesse Guillaume de Prusse, née princesse de Hesse-Hombourg, belle-sœur du Roi Frédéric-Guillaume III.

LEUCHTENBERG (le prince Auguste-Charles DE)*, 1807-1835. Il fut pendant peu de temps l'époux de doña Maria, Reine de Portugal.

LEVESON (George), 1815-1891. Il fut secrétaire de son père lord Granville, ambassadeur d'Angleterre à Paris, puis secrétaire au ministère des Affaires étrangères. En 1846, à la mort de son père, il hérita de son titre et entra à la Chambre des Pairs. Il quitta et reprit différentes fois le pouvoir et se retira définitivement en 1886 avec M. Gladstone.

LEZAY-MARNÉSIA (le comte DE)*, 1772-1857. Préfet et pair de France sous les Bourbons, il fut sénateur sous l'Empire, en 1852.

LIAUTARD (l'abbé), 1774-1842. Il fit ses études au collège Sainte-Barbe à Paris, puis le décret du 23 août 1793 l'appela sous les drapeaux. Entré à l'École polytechnique, il fut un des plus brillants élèves, mais, renonçant au monde, il entra au séminaire de Saint-Sulpice et fut ordonné prêtre en 1804. L'abbé Liautard fonda le collège qui devait être plus tard le collège Stanislas, puis devint curé-archiprêtre de Fontainebleau, après avoir refusé l'évêché de Limoges.

LICHTENSTEIN (la princesse DE), 1776-1848. Née landgravine Joséphine de Fürstenberg, elle avait épousé en 1792 le prince Jean-Joseph de Lichtenstein.

LIEBERMANN (le baron Auguste DE), 1791-1841. Diplomate prussien, il représenta la Prusse à Madrid en 1836, et à Pétersbourg en 1840.

LIEVEN (le prince DE)*, 1770-1839. Diplomate russe; il fut pendant vingt-deux ans ambassadeur à Londres.

LIEVEN (la princesse DE)*, 1784-1857. Née Dorothée de Benkendorff.

LIEGNITZ (la princesse DE), 1800-1873. La comtesse de Harrach épousa morganatiquement en 1824 le Roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, qui lui donna le titre de princesse de Liegnitz.

LINANGE (le prince Charles DE), 1804-1856. Fils du premier mariage de la duchesse de Kent; il avait épousé une comtesse de Klebelsberg.

LINDENAU (le baron Bernard-Auguste DE), 1780-1854. Savant astronome et homme politique allemand; il reçut plusieurs missions diplomatiques, et devint en 1830 ministre de l'Intérieur, en Saxe; il travailla activement à doter ce pays d'une constitution. Il a créé à Dresde un musée astronomique.

LINGARD (John), 1769-1851. Historien anglais; il était prêtre catholique, et avait été élevé à Douai chez les jésuites.

LISFRANC DE SAINT-MARTIN (Jacques), 1790-1847. Célèbre chirurgien français, qui se fit un grand renom sous la deuxième Restauration.

LOBAU (le comte DE), 1770-1838. Il prit, comme volontaire, une part active aux campagnes de la République et de l'Empire. Après Leipzig, enveloppé dans la capitulation de Gouvion-Saint-Cyr, il fut envoyé prisonnier en Hongrie, et y resta jusqu'à la Restauration. Commandant de la 1re division militaire pendant les Cent-Jours, il dirigea le 6e corps à Waterloo où il tomba entre les mains des Anglais. Exilé de 1815 à 1818, il vécut ensuite dans la retraite jusqu'en 1823, où il entra à la Chambre des députés. Il fut fait Pair de France et Maréchal en 1831 et combattit avec succès les émeutes qui eurent lieu à Paris en 1831 et 1834.

LOBAU (la maréchale). Elle était la fille de Mme d'Arberg et la belle-sœur du général de Klein.

LOEWENHIELM (le comte Gustave-Charles-Frédéric, DE), 1771-1856. Diplomate suédois; ministre extraordinaire au Congrès de Vienne en 1815 et ministre de Suède en Autriche en 1816, il alla ensuite à Paris avec le même titre et y résida durant trente-huit ans. Il avait une grande fortune, qu'il employait très noblement.

LOEWENHIELM (la comtesse DE), 1783-1859. Mlle de Schœnburch-Wechselburg épousa en premières noces, en 1806, le comte Gustave de Düben, alors chargé d'affaires de Suède à Vienne. Devenue veuve en 1812, elle se remaria en 1826 avec le comte de Lœwenhielm, lui-même veuf d'une baronne de Gur.

LOEWE-WEIMAR (le baron François-Adolphe DE), 1801-1854. Il appartenait à une famille israélite allemande, mais embrassa le christianisme, et, venu à Paris, s'y fit une place dans la littérature. M. Thiers lui fit confier une mission en Russie. Nommé Consul général à Bagdad, il s'y fit remarquer, en 1847, par son dévouement pendant l'épidémie du choléra. Il fut, plus tard, Consul général à Caracas.

LOGÈRE (M. DE). Attaché libre à la légation de France à Berlin.

LOTTUM (le comte Charles-Henri DE), 1767-1841. Général d'infanterie et ministre d'État en Prusse sous le règne de Frédéric-Guillaume III, puis ministre du Trésor. Il avait épousé Mlle Frédérique de Lamprecht.

LOUIS-PHILIPPE Ier*, 1773-1849. Roi des Français de 1830 à 1848.

LOUVEL (Louis-Pierre), 1783-1820. Ouvrier sellier, qui assassina, le 13 février 1820, par fanatisme politique, à la sortie de l'Opéra, le duc de Berry, fils de Charles X, neveu de Louis XVIII, pour mettre fin à la dynastie des Bourbons. Condamné par la Cour des pairs, il fut exécuté.

LUCQUES (la duchesse DE), 1803-1879. Elle était fille du Roi de Sardaigne, et sœur jumelle de l'Impératrice Caroline d'Autriche, épouse de l'Empereur Ferdinand II.

LUTTEROTH (Alexandre DE), 1806-1882. Né à Leipzig, il servit, pendant sa jeunesse, dans la diplomatie française. Il avait épousé une comtesse Batthyàny.

LYNDHURST (lord), 1770-1864. Homme politique anglais, du parti tory. Dans trois cabinets, il eut le Grand Sceau, et occupa successivement les postes les plus élevés dans les affaires de son pays. Il avait, en secondes noces, épousé une israélite, Mrs Norton, ce qui explique qu'il soutint avec tant de vigueur le Bill pour l'admission des juifs au Parlement.

M

MACDONALD (le maréchal Alexandre), 1765-1840. D'une famille d'origine irlandaise; il fit toutes les campagnes de la République et de l'Empire. Disgracié en 1804 pour avoir défendu Moreau, il ne reprit du service qu'en 1809, où sa belle conduite, à Wagram, lui valut le titre de duc de Tarente. Après l'abdication de Napoléon Ier, il fut nommé pair de France et grand-chancelier de la Légion d'honneur, dignité qu'il conserva jusqu'en 1831.

MACDONALD (le général Alexandre DE), 1824-1881. Duc de Tarente; fils unique du maréchal Macdonald et de Mlle de Bourgoing, il était le filleul du Roi Charles X et de Madame la Dauphine. A l'avènement de Napoléon III, il devint chambellan de l'Empereur et chevalier de la Légion d'honneur. Député en 1852, sénateur en 1869, il rentra dans la vie privée en 1870.

MAGON-LABALLUE DE BOISGARIN (Mlle), 1765-1834. Issue d'une famille de gentilshommes devenus armateurs, elle épousa, en 1779, le comte de Villefranche, des princes de Carignan, après la mort duquel elle vécut à Paris, très retirée.

MAHOMET II, 1785-1839. Sultan des Turcs ottomans; il monta sur le trône en 1808. Ses guerres furent funestes à son Empire, mais dans son administration intérieure, il fit de grandes réformes, appelant les sciences et les institutions de l'Occident à son aide, disciplinant ses troupes à l'européenne, et garantissant la liberté des cultes par un firman de 1839.

MAILLÉ (le duc DE), 1770-1837. Charles-François-Armand de la Tour-Landry, duc de Maillé, fut, avant la Révolution, premier gentilhomme de la chambre de Monsieur; ayant émigré avec les Princes, il se tint en dehors de la politique jusqu'à la chute de l'Empire, prit une grande part au mouvement royaliste de 1814, et reprit ses anciennes fonctions auprès du Roi Louis XVIII, qui le nomma Pair de France. Il refusa de prêter serment à la monarchie de Juillet.

MAINTENON (la marquise DE)*, 1625-1719. Épouse morganatique du Roi Louis XIV, et éducatrice célèbre.

MAISON (le maréchal)*, 1771-1840. Pair de France et diplomate français; il fit partie de plusieurs Cabinets.

MAISON (la maréchale). Marie-Madeleine-Françoise Weygold était née en 1776 en Prusse et avait épousé le maréchal Maison, alors chef de bataillon, en 1796.

MALESHERBES (Chrétien-Guillaume Lamoignon DE), 1721-1794. Fils du chancelier Lamoignon, il fut ministre avec Turgot sous Louis XVI; il défendit le Roi devant la Convention et mourut lui-même sur l'échafaud. Il était membre de l'Académie française.

MALTZAN (le comte Mortimer DE), 1783-1843. Premier gentilhomme de la Cour de Prusse, chambellan et major, Ministre plénipotentiaire auprès de la cour de Vienne. Il avait épousé une comtesse de Golz.

MANNAY (l'abbé Charles), 1745-1824. Il fit ses études à Saint-Sulpice et s'y distingua. Ordonné prêtre, il devint grand vicaire, puis chanoine de la cathédrale de Reims. A la Révolution, il passa en Angleterre et en Écosse, puis fut nommé en 1802 évêque de Trèves; il démissionna en 1814 et revint en France, où il fut nommé en 1817 à l'évêché d'Auxerre, et en 1820 à celui de Rennes. Il était un grand ami du prince de Talleyrand.

MARBEUF (la marquise DE), 1765-1839. Elle épousa en 1784 le comte, depuis marquis de Marbeuf, gentilhomme de la chambre du comte de Provence et Maréchal de camp, puis gouverneur de la Corse. Elle devint veuve en 1786, et se retira au couvent du Sacré-Cœur où elle prit le voile.

MARBOIS (le marquis de Barbé-)*, 1745-1837. Diplomate et homme politique français, longtemps président de la Cour des comptes.

MARCHAND (Louis-Joseph-Narcisse), 1791-1876. Premier valet de chambre de l'Empereur Napoléon Ier, qu'il suivit à Sainte-Hélène. C'est à lui que l'Empereur dicta le _Précis des guerres de Jules César_, que Marchand publia en 1836. A son lit de mort, Napoléon lui donna le titre de Comte et le fit dépositaire de son testament. Revenu en France, Marchand épousa en 1823 la fille du général Brayer et se fixa à Strasbourg. En 1840, il fut adjoint au prince de Joinville pour ramener de Sainte-Hélène les cendres de l'Empereur; il fut fait chevalier, et, plus tard, officier de la Légion d'honneur.

MARCHESI (Luigi), 1755-1829. Célèbre chanteur italien, dont la méthode a fait autorité dans l'art musical. Il débuta à Rome en 1774; toutes les capitales de l'Europe se le disputèrent, mais il termina au théâtre de sa ville natale, Milan, une carrière qui lui avait apporté gloire et richesse.

MARESCALCHI (la comtesse DE), morte en 1846; elle était la fille du marquis de Pange et de Mlle de Caraman.

MAREUIL (le comte Joseph Durand DE)*, 1769-1855. Diplomate français.

MARIA II ou _Dona Maria da Gloria_*, 1819-1855. Reine de Portugal.

MARIE-AMÉLIE (la Reine)*, 1782-1866. Épouse du Roi des Français Louis-Philippe.

MARIE-CHRISTINE (la Reine), 1806-1878. Fille de François Ier, Roi des Deux-Siciles, elle fut la troisième femme de Ferdinand VII, Roi d'Espagne. Devenue veuve et Régente en 1833, elle épousa en 1834 Ferdinand Muñoz, officier aux Gardes du corps, qui fut créé duc de Rinanzarès. Ayant dû fuir en cédant la Régence à Espartero (duc de la Victoire), la Reine Christine rentra en Espagne en 1843 et gouverna alors au nom de sa fille Isabelle II. Exilée de nouveau en 1854, elle se retira à Paris et y vécut jusqu'à sa mort.

MARIE DE MÉDICIS*, 1573-1642. Épouse du Roi de France Henri IV et Régente sous la minorité de son fils Louis XIII.

MARIE D'ORLÉANS (la princesse)*, 1813-1839. Fille du Roi Louis-Philippe et épouse du prince Alexandre de Würtemberg.

MARIE-LOUISE (l'archiduchesse), 1791-1847. Impératrice * par son mariage avec Napoléon Ier, elle se fit donner, après la chute de son mari, les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla. Après la mort de l'Empereur, elle épousa le comte de Neipperg dont elle eut trois enfants. Elle épousa en troisièmes noces le comte de Bombelles.

MARIE-THÉRÈSE (l'impératrice)*, 1717-1780. Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie, épouse de François de Lorraine.

MARLBOROUGH (la duchesse DE), 1660-1744. Sarah Jennings épousa, vers 1680, le célèbre général anglais John Churchill, plus tard duc de Marlborough. La duchesse de Marlborough fut la favorite de la reine Anne, sur qui elle exerçait une grande influence.

MAROCHETTI (le baron Charles), 1805-1867. Né à Turin, il avait dix ans quand son père adopta la nationalité française, et il fit ses études au lycée Napoléon à Paris. Il étudia la sculpture dans l'atelier de Bosio, élève de Canova, puis passa huit années à Rome. Il laissa un fils, qui, redevenu Italien, entra dans la carrière diplomatique, et fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg.

MARS (Mlle). Célèbre actrice de la Comédie-Française.

MARTIN DU NORD (Nicolas-Ferdinand-Marie-Louis-Joseph)*, 1790-1847. Magistrat et homme politique français.

MARTINEZ DE LA ROSA (François)*, 1789-1862. Littérateur et homme d'État espagnol.

MASSA (la duchesse DE)*, née en 1892. Fille du maréchal Macdonald.

MASSIMO (la princesse Christine). Morte du choléra en 1837. Fille du prince Xavier de Saxe et de la comtesse Claire de Spinucci.

MATHIEU (M.), peintre français; il donna des leçons de dessin aux filles de la grande-duchesse Stéphanie de Bade.

MATUSIEWICZ (le comte André-Joseph)*, 1790-1842. Diplomate polonais, au service russe.

MAUSSION (le baron Alfred DE). Il commença, comme son frère Adolphe, par la carrière militaire, et fut officier. Très liés avec les Montmorency, en vertu d'une parenté éloignée, ils vivaient dans leur intimité, ainsi que dans celle de la famille Dosne. Alfred de Maussion devint là l'ami de M. Thiers, qui le fit nommer consul à Rostock.

MECKLEMBOURG-SCHWERIN (la grande-duchesse DE), 1771-1871. Auguste, princesse de Hesse-Hombourg, troisième femme du grand-duc héréditaire Frédéric de Mecklembourg-Schwerin, qu'elle épousa en 1818 et qui mourut en 1819, avant son père. La Grande-Duchesse était ainsi belle-mère de la duchesse d'Orléans.

MECKLEMBOURG-SCHWERIN (la princesse Hélène), 1814-1858. Elle épousa en 1837 le duc d'Orléans, dont elle eut deux enfants, le comte de Paris et le duc de Chartres, et devint veuve dès 1842. Elle était la fille du second mariage du grand-duc héréditaire Frédéric de Mecklembourg (mort en 1819), avec une princesse de Saxe-Weimar.

MECKLEMBOURG-STRELITZ (le grand-duc DE), 1779-1860. Succéda à son père, le grand-duc Charles, en 1816, et épousa, en 1817, une princesse de Hesse-Cassel. Il était frère de la reine Louise de Prusse.

MEDEM (le comte Paul)*, 1800-1854. Diplomate russe, cousin de la duchesse de Dino.

MÉDICIS (Laurent DE), dit _le Magnifique_, 1448-1492. Protecteur des arts et des lettres, il honora de son amitié et de ses bienfaits Pic de la Mirandole, Ange Politien et Michel-Ange auquel on doit son mausolée à Florence.

MÉHÉMET-ALI, 1769-1849. Vice-roi d'Égypte. D'abord marchand, il se fit ensuite soldat, et combattit en Égypte les Français en 1799. En 1806, il réussit à expulser le gouverneur de l'Égypte, et se fit proclamer vice-Roi. Les Mameluks ne voulant pas cesser leurs révoltes, il les fit massacrer, le 1er mars 1811, dans toute l'Égypte. Dans ses deux guerres contre la Porte en 1832 et 1839, il eut pour lieutenant son fils Ibrahim, qui, par la victoire de Nézib, mit le Sultan à sa merci. Une coalition européenne, à laquelle la France ne voulut pas prendre part, lui arracha le fruit de sa victoire, mais il obtint, pour lui et ses descendants, le gouvernement de l'Égypte, sous la suzeraineté de la Porte.--Méhémet a introduit de grandes réformes dans son pays.

MELBOURNE (William-Lamb, lord)*, 1779-1848. Homme politique de l'Angleterre, frère de lady Palmerston.

MÉRODE (le comte Werner DE), 1816-1905. Il épousa, en 1843, sa cousine Mlle Thérèse de Mérode.

METTERNICH (le prince DE)*, 1773-1859. Diplomate et homme d'État autrichien.

METTERNICH (la princesse Mélanie DE), 1805-1854. Troisième femme du prince de Metternich et fille du comte François de Zichy-Ferraris.

MEUNIER. En 1836, il fut trouvé complice de Lavau qui venait d'attenter à la vie de Louis-Philippe. Il était sellier, et patron de Lavau.

MICHEL-ANGE BUONAROTTI, 1474-1564. Célèbre peintre, sculpteur et architecte italien, le plus savant et le plus profond des dessinateurs. Architecte de la basilique de Saint-Pierre à Rome, après la mort de Bramante, il éleva la sublime coupole qui fait sa gloire.

MIRAFLORÈS (le marquis DE)*, 1792-1867. Diplomate et littérateur espagnol.

MOIRA (lord), 1808-1843. Fils aîné du premier marquis de Hastings, il fut, en 1830, chambellan du Roi Guillaume IV d'Angleterre.

MOLÉ (le comte Mathieu)*, 1781-1855. Homme politique français, d'une vieille famille parlementaire.

MOLÉ (la comtesse)*. Morte en 1845. Elle était née Mlle de la Briche.

MOLITOR (le maréchal comte), 1770-1849. Il fit toutes les guerres de la Révolution et de l'Empire, fut exilé à la seconde Restauration, puis rappelé, en 1818, à ses fonctions d'inspecteur général. Il commanda le 2e corps pendant la guerre d'Espagne en 1823, et fut fait ensuite Maréchal et pair de France. Sous le gouvernement de Juillet, il fut gouverneur des Invalides, et grand chancelier de la Légion d'honneur.

MOLLIEN (la comtesse)*, 1785-1878. Dame du palais de la reine Marie-Amélie.

MOUNIER (le baron Claude-Philippe-Édouard), 1784-1843. Auditeur au Conseil d'État sous l'Empire, puis intendant de Saxe-Weimar, et ensuite de Basse-Silésie, il reçut en 1809 le titre de Baron et en 1813 la charge d'Intendant des bâtiments de la Couronne. Louis XVIII le confirma dans cet emploi et le fit pair en 1819. Il continua à siéger à la Chambre des pairs après 1830, et prit part, avec talent, à un grand nombre de discussions.

MONTALEMBERT (le comte Charles DE), 1810-1870. Publiciste et homme politique français, un des plus brillants défenseurs du catholicisme libéral.

MONTALIVET (le comte DE), 1801-1880. Élève de l'École polytechnique, il siégea plus tard à la Chambre des pairs parmi les libéraux. Louis-Philippe le nomma, en 1830, ministre de l'Intérieur, puis de l'Instruction publique et des Cultes. Comme intendant de la Liste civile, il créa le musée de Versailles, agrandit celui du Louvre et fit restaurer les palais de Fontainebleau, Saint-Cloud, Trianon et Pau. Il entra en 1840 à l'Académie des beaux-arts. Les événements de 1848 le rendirent à la vie privée.

MONTBRETON (Mme DE). Clémence-Marie de Nicolaï, fille du marquis et de la marquise Scipion de Nicolaï, dont le nom parut dans le procès Lafarge.

MONTEBELLO (Napoléon-Auguste Lannes DE), 1801-1874. Fils du célèbre Maréchal. Diplomate et ministre français, créé Pair à 14 ans par le Roi Louis XVIII; il se rallia au gouvernement de Juillet, et plus tard à l'Empire.

MONTENON (M. DE). Jeune homme de la Creuse qui fréquentait beaucoup le château de Valençay.

MONTESQUIOU (la comtesse Anatole DE), née en 1794. Élodie, fille du comte Henri de Montesquiou-Fezensac de Bacquencourt, épousa, en 1809, son cousin germain, aide de camp de Napoléon Ier, plus tard pair de France. Elle fut première Dame de Cour de la duchesse d'Orléans.

MONTESSUY (le comte DE). Diplomate français, il remplit les fonctions de ministre de France à Hanovre en 1849, à Parme 1855, à Darmstadt et à Francfort de 1855 à 1858. Il avait épousé une fille morganatique du prince Paul de Würtemberg.

MONTFORT (Mlle DE), 1820-1904. La princesse Mathilde, fille de Jérôme, roi de Westphalie et de Catherine, princesse de Würtemberg. Elle épousa, en 1841, le comte Anatole Demidoff, prince de San-Donato.

MONTMORENCY (la duchesse DE)*, 1774-1846. Née Mlle de Matignon, elle fut la mère du baron Raoul de Montmorency, de la princesse de Beauffremont-Courtenay et de la duchesse de Valençay.

MONTMORENCY (Raoul, baron DE)*, 1790-1862. Il prit le titre de Duc à la mort de son père en 1846.

MONTMORENCY (la duchesse Mathieu DE). Morte en 1858, Hortense de Chevreuse-Luynes avait épousé Mathieu de Montmorency-Laval. Sa fille unique fut la première femme du duc Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville.

MONTPENSIER (la duchesse DE)*, 1627-1693. Connue sous le nom de _la Grande Mademoiselle_; elle était la fille du duc Gaston d'Orléans.

MONTROND (le comte Casimir DE)*. Ami de M. de Talleyrand; il fut parfois chargé de missions diplomatiques peu importantes.

MORTEMART (Arthur DE). Fils unique du duc de Mortemart, qui mourut des suites d'une chute de cheval en octobre 1840.

MOTTEVILLE (Mme DE), 1621-1689. Françoise Bertaut épousa en 1639 Nicolas Langlois, seigneur de Motteville, qui mourut en 1641. A la mort de Louis XIII, en 1643, Anne d'Autriche appela Mme de Motteville auprès d'elle, et l'admit dès lors dans son intimité. Mme de Motteville a laissé des _Mémoires_ fort intéressants.

MUNOZ (Fernando), 1810-1873. Issu d'une famille obscure, il s'engagea de bonne heure dans l'armée espagnole et devint Garde du corps. La reine Christine se prit pour lui d'une vive passion, et l'épousa morganatiquement trois mois après la mort de Ferdinand VII. Muñoz ne montra aucune ambition; il accepta seulement d'être créé duc de Rianzarès, grand d'Espagne, et chevalier de la Toison d'or.

MUNSTER (le comte DE), 1794-1842. George Fitz-Clarence, fils naturel du roi Guillaume IV et de Mrs Jordan, entra très jeune dans l'armée, devint major général, membre du Conseil privé, aide de camp de la reine Victoria, et il reçut le titre de comte de Munster.

MURAT (Mme), 1782-1839. Caroline Bonaparte, sœur de Napoléon Ier, épousa en 1800 le général Murat. Successivement grande-duchesse de Berg en 1806 et reine de Naples en 1808, elle devint veuve en 1815 et se retira alors en Autriche, puis à Florence où elle mourut.

N

NAPIER (sir Charles), 1786-1860. Capitaine de vaisseau en 1810, il fit la campagne de Portugal. En 1815, il fut mis en non-activité; mais, en 1829, il entra au service de don Pedro de Portugal et fit triompher sa cause. Revenu en Angleterre, il fut élu à la Chambre des communes en 1834, nommé _commodore_ en 1839, contre-amiral en 1846 et vice-amiral en 1853. En 1840, il seconda la flotte turque dans l'expédition de Syrie; mais, en 1853, il fut moins heureux et échoua devant Cronstadt.

NAPLES (le roi DE), 1810-1859. Ferdinand II *, fils du roi François Ier et d'Isabelle d'Espagne.

NAPLES (la reine DE), 1812-1836. Marie-Christine, fille du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel Ier, avait épousé en 1832 le roi Ferdinand II.

NAPLES (le prince Charles-Ferdinand DE), 1811-1862. Frère du comte de Syracuse, et époux morganatique de miss Penelope Smith, dont il eut deux enfants. Son fils porta le titre de comte Mascali.

NAPLES (le prince Léopold DE), 1813-1860. [_Voir_ à SYRACUSE (comte DE)].

NEALE (la comtesse Pauline), 1779-1869. D'une famille originaire d'Irlande, établie en Prusse depuis plusieurs générations, la comtesse Neale fut dame d'honneur de la princesse Louise de Prusse, mariée en 1795 au prince Antoine Radziwill.

NEIGRE (le baron), 1774-1847. Engagé volontaire en 1790, il fit une brillante carrière dans les guerres du premier Empire. En 1813, il était général de division; plus tard, il se rallia aux Bourbons, prit part au siège d'Anvers, et siégea à la Chambre des pairs jusqu'à sa mort.

NEIPPERG (le comte Alfred DE), 1807-1865. Chambellan autrichien, major général würtembergeois, se maria en secondes noces, en 1840, avec la princesse Marie de Würtemberg.

NEMOURS (la duchesse DE), 1625-1701. Marie d'Orléans, femme de Henri II, duc de Savoie-Nemours, son cousin. En 1690, elle recueillit la principauté de Neuchâtel. Elle a laissé des _Mémoires_ pleins de grâce et d'esprit.

NEMOURS (le duc DE)*, 1814-1896. Deuxième fils du roi Louis-Philippe.

NESSELRODE (le comte DE)*, 1780-1862. Diplomate russe, plus tard Chancelier de l'empire de Russie.

NESSELRODE (la comtesse DE)*, morte en 1849. Elle était fille du comte Gourieff, qui fut ministre des Finances russes.

NEUMANN (le baron). Diplomate autrichien qui avait épousé, en Angleterre, une fille du duc de Beaufort.

NEY (la maréchale). Duchesse d'Elchingen, princesse de la Moskowa. Née Aglaé-Louise de Lascans, elle avait épousé en 1802 le maréchal Ney. La mère de la Maréchale avait rempli des fonctions auprès de la reine Marie-Antoinette, ce qui avait amené des relations d'enfance entre sa fille et Madame la Dauphine.

NICOLAÏ (la marquise Scipion DE), née Lameth. Elle fut la mère de Mme de Léautaud et de Mme de Montbreton, dont il fut fort question à propos d'un vol de diamants, dans le procès Lafarge.

NICOLE (Pierre), 1625-1695. Moraliste, théologien et controversiste, l'un des écrivains les plus remarquables de Port-Royal où il enseigna les belles-lettres. Il écrivit, avec Arnaud et Pascal, contre les Jésuites; fut enveloppé dans les poursuites dont les Jansénistes furent l'objet, et se vit obligé de quitter la France en 1679; il ne put y revenir que par l'intervention de Mgr de Harlay, archevêque de Paris.

NINA LASSAVE. Fille de Laurence Petit pour qui Fieschi avait conçu une grande passion dans sa prison d'Embrun. Nina, âgée de 15 ans, avait été laissée à Fieschi par Laurence.

NOAILLES (le duc Paul DE)*, 1802-1885. Il succéda, dès l'âge de vingt ans, à la Pairie, par la mort de son grand-oncle, le duc Jean de Noailles.

NOAILLES (la vicomtesse DE)*, 1792-1851. Fille du duc de Poix, elle avait épousé son cousin, le vicomte Alfred de Noailles.

NOAILLES (le comte Maurice DE). Né en 1808, il épousa, en 1842, sa cousine, Mlle Pauline de Noailles, fille du duc de Noailles.

NORTON (Mrs). Née en 1808. Caroline-Élisabeth-Sarah Norton était la petite-fille de Sheridan; très connue par sa liaison avec lord Melbourne, son mari lui intenta en 1836 un procès en adultère qui fit grand bruit. Le jury acquitta lord Melbourne en dépit de fortes présomptions contre lui. Mrs Norton se sépara de son mari, et acquit une certaine notoriété dans les lettres anglaises par ses romans et ses articles de journaux.

O

O'CONNELL (Daniel)*, 1775-1847. Patriote et agitateur irlandais.

O'CONNELL (Maurice). Mort en 1853. Fils aîné de Daniel O'Connell, et continuateur de sa politique à la Chambre des communes.

OFFALIA (le comte D'), 1777-1843. Homme d'État espagnol; d'abord secrétaire d'ambassade à Washington en 1800, il fut ensuite ministre de la Justice en 1823, ambassadeur à Paris en 1828, ministre de l'Intérieur en 1832, chef du Cabinet et ministre des Affaires étrangères en 1837.

OLLIVIER (l'abbé Nicolas-Théodore). Né en 1798. Curé de Saint-Roch, à Paris, il fut nommé évêque d'Évreux en 1841.

OMPTEDA (la baronne)*, 1767-1843. Née comtesse de Schlippenbach.

ORANGE (le prince Guillaume D')*, 1792-1849. Il monta sur le trône de Hollande en 1840.

ORANGE (la princesse D')*. Née Anne Paulowna, fille de l'empereur Paul de Russie.

ORIE (le docteur). Médecin de Bourgueil en Touraine. Il mourut subitement sur la route entre Benais et Bourgueil. Sur la place même où il a expiré, on a dressé une colonne avec cette inscription commémorative: _Ici mourut le Dr Orie, le 14 juillet 1846_.

ORLÉANS (le duc D')*, 1741-1793. Louis-Philippe-Joseph, dit _Philippe-Égalité_, mort sur l'échafaud révolutionnaire.

ORLÉANS (le duc D')*, 1810-1842. Ferdinand, fils aîné du roi Louis-Philippe et Prince Royal.

ORLOFF (le comte), 1781-1861. Alexis Fédorowitch, prit part à toutes les guerres contre Napoléon Ier, et, à partir de 1828, entra dans la diplomatie russe.

P

PAHLEN (le comte)*. Né en 1775. Diplomate russe, ambassadeur à Paris.

PALATINE (la princesse), 1616-1684. Anne de Gonzague, épousa Édouard, Comte palatin, fils de l'Électeur palatin Frédéric V, et vint se fixer à Paris, où elle fit l'ornement de la cour d'Anne d'Autriche, par sa beauté et son esprit. Après une vie de plaisirs et d'intrigues politiques, elle essuya une disgrâce, par l'influence de Mazarin, et passa ses dernières années à l'écart. Bossuet prononça son _Oraison funèbre_, une des plus célèbres qu'il ait composées.

PALFFY (la princesse). Née en 1774. Fille du comte de Hohenfeld, épouse du prince Joseph Palffy, mort en 1827.

PALMELLA (la duchesse DE). Descendante de Vasco da Gama, elle avait épousé dom Pedro de Souza-Holstein, duc de Palmella, homme d'État portugais.

PALMERSTON (lord)*, 1784-1865. Homme politique anglais, longtemps ministre des Affaires étrangères.

PALMYRE (Mme)*. Habile couturière parisienne.

PARIS (le comte DE), 1838-1894. Fils aîné du duc d'Orléans et de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Après la mort du comte de Chambord, il devint le chef de la maison de France.

PASCAL (Blaise), 1623-1662. L'un des plus grands et des plus nobles génies du dix-septième siècle: mathématicien, physicien et philosophe. La querelle entre les Jansénistes et les Jésuites lui procura l'occasion de se montrer la plus forte plume de Port-Royal.

PASQUIER (le duc Étienne)*, 1767-1862. Homme politique et pair de France, nommé Chancelier en 1837.

PASSY (Hippolyte-Philibert)*, 1793-1880. Homme politique français, député et membre de l'institut.

PAYS-BAS (la reine des), 1774-1837. Wilhelmine, fille du roi Guillaume II de Prusse, épouse du roi Guillaume Ier des Pays-Bas.

PAYS-BAS (la princesse Frédéric des)*, 1808-1870. Née princesse Louise de Prusse, fille de Frédéric-Guillaume III.

PÉAN. Un des valets de chambre du prince de Talleyrand.

PEEL (sir Robert)*, 1788-1850. Homme d'État anglais, membre de plusieurs ministères.

PEMBROKE (lady Catherine). Fille unique du comte Woronzoff, épousa, en 1808, lord George-Auguste Pembroke, dont elle devint veuve en 1827.

PENELOPE SMITH (miss), 1815-1882. Épouse morganatique du prince Charles de Naples, comte de Capoue. Victor-Emmanuel lui reconnut ce titre.

PÉPIN*, 1780-1836. Marchand épicier, complice de Fieschi, et, comme lui, exécuté sur l'échafaud.

PÉRIGORD (le comte Paul DE), 1811-1880. Paul-Adalbert-René de Talleyrand-Périgord, époux de Mlle Amicide de Saint-Aignan, qui mourut en 1854.

PÉRIGORD (Mlle Pauline DE)*, 1820-1890. Fille de la duchesse de Dino, elle épousa, en 1839, le marquis Henri de Castellane.

PÉRIGORD (Boson DE), 1832. Fils aîné du duc de Valençay et de sa première femme, Mlle de Montmorency. Il porta plus tard le titre de duc de Talleyrand et de Sagan.

PERPONCHER (le comte Henri DE), 1771-1856. Général d'infanterie en Hollande, il devint ministre des Pays-Bas, à la Cour de Frédéric-Guillaume III.

PERPONCHER (la comtesse DE), morte en 1861. Adélaïde, comtesse de Reede, épousa en 1816, le comte Henri de Perponcher.

PERREGEAUX (le comte DE), 1785-1841. D'abord auditeur au conseil d'État, il remplit ensuite quelques missions administratives sous l'Empire; la Restauration le tint à l'écart, mais le roi Louis-Philippe le créa pair de France en 1831.

PETETOT (l'abbé Louis-Pierre), 1801-1887. Supérieur général de l'ordre de l'Oratoire, après avoir été curé de Saint-Louis-d'Antin et de Saint-Roch, il dirigea cet ordre pendant plus de vingt ans, puis démissionna en 1884.

PEYRONNET (le comte DE), 1778-1854. Émigré durant la Révolution et l'Empire, il fut élu député sous la Restauration, et siégea à droite parmi les ultras; ministre de la Justice sous M. de Villèle, il attacha son nom à toutes les mesures rétrogrades. Devenu, en 1829, ministre de l'intérieur dans le ministère Polignac, il fut un des rédacteurs des Ordonnances qui provoquèrent la révolution de Juillet. Arrêté, jugé par la Cour des pairs, il fut condamné à la détention perpétuelle. Il passa six ans au fort de Ham, puis fut gracié, mais vécut dès lors dans une retraite absolue, dans sa propriété de Montferrand, près de Bordeaux.

PIATOLI (l'abbé Scipion), 1750-1809. Né à Florence, il entra dans les ordres. La princesse Lubomirska, née Czartoryska, qui voyageait en Italie, le prit comme instituteur pour son neveu, le prince Henri Lubomirski; l'Abbé vint avec elle en Pologne en 1787 et le comte Ignace Potocki, frappé de ses qualités, le fit nommer secrétaire du roi Stanislas-Auguste. L'abbé Piatoli persuada le Roi de se joindre au parti patriotique polonais, et il devint le rédacteur, après en avoir donné lui-même la direction, de la Constitution du 3 mai 1791. Après le second démembrement de la Pologne, il quitta le pays, et fut attaché comme précepteur auprès de la princesse Dorothée de Courlande. Il obtint, plus tard, par l'entremise du prince Adam Czartoryski, une place au service de la Russie. Très savant, plein d'imagination et de sentiments élevés, il était très imbu d'idées voltairiennes.

PIE VII (le pape), 1740-1823. Barbé Chiaramonti, bénédictin, puis évêque de Tivoli, reçut la pourpre en 1795 avec l'évêché d'Imola, et fut élu Pape en 1800. Il réorganisa ses États, signa un Concordat avec Bonaparte, puis vint le sacrer Empereur à Paris en 1804. Quelques années après, ayant refusé d'expulser les ennemis de la France, il vit ses États envahis, et ses provinces furent réunies à l'Empire français. Ayant excommunié l'Empereur, il dut subir une dure captivité à Fontainebleau. Le Congrès de Vienne lui rendit ses possessions en 1814, et il y retourna. Il eut la générosité de donner asile, à Rome, à plusieurs membres de la famille de l'Empereur déchu.

PIMODAN (le marquis DE), né en 1789. Camille de Rarécourt de la Vallée, marquis de Pimodan, capitaine de cavalerie, gentilhomme honoraire de la chambre du roi Charles X, chevalier de la Légion d'honneur. Il avait épousé, en 1819, Mlle de Frénilly.

PISCATORY (Théobald-Émile), 1799-1870. Il se rendit en Grèce, sous la Restauration, pour y défendre la cause de l'indépendance. Il fut nommé député en 1832 et vota toujours avec la majorité conservatrice. De 1844 à 1846, il fut ministre plénipotentiaire en Grèce, et y contre-balança habilement l'influence anglaise. En 1846, il fut fait pair de France; en 1847, il fut nommé ambassadeur en Espagne. Il quitta la vie politique après le coup d'État de 1851.

PLAISANCE (la duchesse DE), 1786-1854. Marie-Anne-Sophie, fille du marquis de Barbé-Marbois, épousa Lebrun, duc de Plaisance. Spirituelle et un peu étrange, elle quitta de bonne heure la France pour la Grèce où elle mourut.

PLESSEN (M. DE). Mort en 1837. En 1832, il était ministre et conseiller privé du grand-duché de Mecklembourg, il négocia le mariage de la princesse Hélène avec le duc d'Orléans.

POLIGNAC (le prince Jules DE)*, 1780-1847. Ministre de Charles X, signataire des ordonnances de Juillet, il fut condamné par la Cour des pairs, puis amnistié en 1837.

POLIGNAC (la princesse DE)*, 1792-1864. Charlotte Parkyns, fille de Lord Rancliffe, épousa en premières noces le marquis de Choiseul, et en secondes noces, en 1821, le prince Jules de Polignac.

POMPONNE (le marquis DE), 1618-1699. Simon-Arnauld, marquis de Pomponne, fils d'Arnauld d'Andilly, conseiller du Roi en 1644; disgracié avec Fouquet et relégué à Verdun en 1662, il rentra en grâce trois ans après, et fut envoyé comme ambassadeur à Stockholm; le Roi lui donna ensuite le ministère des Affaires étrangères, et ce fut sous son administration que la glorieuse paix de Nimègue fut conclue. De nouveau disgracié, il ne revint au Ministère qu'après la mort de Louvois.

PONSONBY (lord)*, 1770-1855. Ambassadeur d'Angleterre à Constantinople de 1832 à 1837.

PONTOIS (le comte Charles-Édouard DE), 1792-1871, diplomate français, il fut, sous Louis-Philippe, ministre plénipotentiaire de France au Brésil, puis aux États-Unis; il fut, ensuite, ambassadeur de France à Constantinople. En 1846 il fut appelé à la Chambre des pairs.

POTEMKIN (Ivan-Alexiéwitch), 1778-1849. Diplomate russe, conseiller intime, il fut nommé ambassadeur à Rome en 1840, et mourut à Naples.

POZZO DI BORGO (le comte), 1764-1842. Corse de naissance, il fut diplomate au service russe, et notamment ambassadeur à Paris.

PRASLIN (le marquis Charles-Hughes-Théobald DE), 1805-1847. Il prit le titre de Duc à la mort de son père; Chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans en 1837, il siégea à la Chambre des députés de 1839 à 1842, puis fut appelé à la Pairie en 1845. Il avait épousé en 1824 la fille du maréchal Sébastiani, et ils eurent tous deux la fin la plus tragique en 1847, M. de Praslin ayant tué sa femme dans un accès de folie, et s'étant suicidé ensuite.

PREISSAC (le comte François-Jean DE), 1778-1852. Préfet de la Gironde, député, puis pair de France en 1832. Il avait épousé Mlle de Francfort, fille d'un ancien colonel du régiment Royal-cavalerie.

PRIMAT DE FRANCFORT (le prince). Charles de Dalberg, 1744-1817. Entré dans les ordres, il devint en 1772 conseiller intime de l'Électeur de Mayence, puis gouverneur d'Erfurth et coadjuteur de l'archevêque de Mayence, auquel il succéda en 1802. Il devint en 1806 Prince primat de la Confédération du Rhin, Prince souverain de Ratisbonne et grand-duc de Fulda. Charles de Dalberg bénit à Francfort, en avril 1810, le mariage de la princesse de Courlande, avec le comte Edmond de Périgord, plus tard duc de Dino, et, après la mort de son père, duc de Talleyrand.

PRUSSE (le prince Frédéric DE), 1794-1863. Fils unique du prince Louis de Prusse et de la princesse Frédérique de Mecklembourg-Strelitz, sœur de la reine Louise.

PRUSSE (la princesse Frédéric DE), 1799-1882. Fille du duc d'Anhalt-Bernbourg, elle avait épousé en 1817 le prince Frédéric.

PRUSSE (la princesse Guillaume DE), 1785-1846. Amélie-Marianne, fille du landgrave Louis de Hesse-Hombourg, épousa, en 1804, le prince Guillaume de Prusse, frère de Frédéric-Guillaume III.

PRUSSE (le prince Guillaume DE), 1797-1888. Second fils du roi Frédéric-Guillaume III. Son frère aîné n'ayant pas d'enfant, il prit en 1840 le titre de prince de Prusse, à l'avènement au trône de Frédéric-Guillaume IV, lui succéda comme Roi en 1861 et devint, en 1870, le premier empereur d'Allemagne de la maison de Hohenzollern.

PRUSSE (la princesse Guillaume DE), 1816-1890. La princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisnach, épousa en 1829 le prince Guillaume, fils du Roi Frédéric-Guillaume III. Elle fut plus tard l'impératrice Augusta.

PRUSSE (le prince Charles DE), 1801-1883. Troisième fils du Roi Frédéric-Guillaume III et de la Reine Louise.

PRUSSE (la princesse Charles DE), 1808-1877. Marie, fille du grand-duc de Saxe-Weimar, épousa en 1827 le prince Charles de Prusse.

PRUSSE (le prince Albert DE), 1809-1872. Quatrième fils du Roi Frédéric-Guillaume IV, il épousa en 1830 la princesse Marianne des Pays-Bas, dont il divorça en 1849; il épousa morganatiquement, en 1853, Mlle de Rauch, à laquelle on décerna le titre de comtesse de Hohenau.

PRUSSE (la princesse Albert DE), 1810-1883. Marianne, fille du Roi des Pays-Bas, épousa, en 1830, le prince Albert de Prusse, le plus jeune fils de Frédéric-Guillaume III dont elle eut deux enfants. Divorcée en 1849, elle quitta la cour de Prusse.

PRUSSE (le prince Adalbert DE), 1811-1873. Fils du prince Guillaume de Prusse, frère de Frédéric-Guillaume III, et d'une princesse de Hesse-Hombourg, il était commandant en chef de la marine prussienne; il épousa morganatiquement, en 1850 Thérèse Elssler, qui reçut le titre de baronne de Barnim.

PRUSSE (la princesse Marie DE), 1825-1889. Sœur du précédent. Elle épousa en 1842 le Prince royal de Bavière, qui devint Roi en 1848, sous le nom de Maximilien II et mourut en 1864.

PÜCKLER (le prince Hermann-Louis-Henri), 1795-1871. Officier des gardes du corps à Dresde en 1804, il passa au service russe de 1813 à 1815, et épousa, en 1817, la fille du prince Hardenberg, dont il se sépara en 1826. Il devint, en 1863, membre de la Chambre des seigneurs en Prusse. Il voyagea beaucoup et fut un grand amateur de parcs et de jardins.

PÜCKLER (la princesse), 1776-1854. La princesse Anna Hardenberg épousa en premières noces le comte de Pappenheim, en 1796; elle divorça, en 1817, pour épouser le prince Hermann Pückler, dont elle se sépara en 1826.

PUTBUS (le comte Malte), 1807-1837. Attaché à la légation diplomatique de Prusse à Naples, il mourut de la poitrine. Sa sœur était la comtesse Lottum.

Q

QUATREMÈRE DE QUINCY (Antoine-Chrysostome), 1755-1849. Il s'adonna de bonne heure à l'étude de l'antiquité et des arts, et il laissa des ouvrages importants sur ces matières. Il fut député de Paris à l'Assemblée législative de 1791, membre du Conseil des Cinq-Cents en 1797; Intendant des théâtres en 1815, professeur d'archéologie en 1818; il fut membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et de celle des beaux-arts.

QUÉLEN (Mgr DE)*, 1778-1839. Coadjuteur du cardinal de Talleyrand-Périgord, il lui succéda à l'archevêché de Paris en 1821.

R

RACHEL (Mlle), 1820-1858. Grande tragédienne. Elle était la fille d'un pauvre colporteur israélite du nom de Félix; après une enfance misérable, elle entra au Conservatoire, débuta au Gymnase, et fut admise en 1838 au Théâtre-Français, où elle rendit avec une admirable perfection les plus beaux rôles de Corneille et de Racine. En 1856, elle entreprit une tournée en Amérique, et y contracta une maladie de poitrine qui devait bientôt la conduire au tombeau.

RACZYNSKI (le comte Athanase), 1788-1874. Diplomate au service de la Prusse; il fut, pendant plusieurs années, ministre à Lisbonne et à Madrid, montrant le plus grand désintéressement et sans jamais toucher ses appointements; ces fonds forment maintenant un capital au ministère des Affaires étrangères, qui rend les plus grands services aux diplomates en détresse. Très riche, le comte Raczynski rassembla une belle collection de tableaux qu'il légua à la Couronne et écrivit plusieurs ouvrages sur les arts. Sa correspondance politique a été aussi publiée. Il avait épousé en 1816 la princesse Anna Radziwill. Il était membre de la Chambre des seigneurs et conseiller intime.

RADZIWILL (la princesse Louise), 1770-1836. Fille du prince Ferdinand de Prusse, plus jeune frère de Frédéric le Grand, elle épousa en 1796 le prince Antoine Radziwill.

RADZIWILL (le prince Guillaume), 1797-1870. Général d'infanterie au service de Prusse, commandant successivement de plusieurs corps d'armée, et membre de la Chambre des seigneurs. Il épousa en premières noces, en 1825, sa cousine Hélène Radziwill, qui mourut en 1827, et en secondes noces, en 1832, la comtesse Mathilde Clary.--Il était fils aîné du prince Antoine Radziwill et de la princesse Louise de Prusse.

RADZIWILL (la princesse Guillaume), 1806-1896. Mathilde, fille du prince Charles Clary-Aldringen et de la comtesse Louise Chotek, épousa le prince Guillaume Radziwill en 1832.

RADZIWILL (la princesse Boguslaw), 1811-1890. Léontine, troisième fille du prince Charles Clary, épousa en 1832 le prince Boguslaw Radziwill, fils cadet du prince Antoine Radziwill.

RANTZAU (le comte Josias DE), 1609-1650. Il prit du service en France en 1635 sous le Roi Louis XIII, après avoir servi successivement le prince d'Orange, le Roi Christian IV de Danemark, Gustave-Adolphe et l'Empereur Ferdinand II. Il fut maréchal de France.

RANTZAU (le comte Antoine DE), 1793-1849. Chambellan et capitaine au service du grand-duc de Mecklembourg-Schwerin.

RAQUENA (le comte DE), 1821-1878. Fils du duc de la Rocca, il porta ce titre après la mort de son père. Officier d'artillerie espagnol, il servit plus tard dans le corps royal des hallebardiers, et mourut avec le grade de général. Grand seigneur, grand joueur, sa vie fut des plus aventureuses.

RATISBONNE (l'abbé Marie-Théodore), 1802-1884. Fils d'un banquier juif de Strasbourg, il venait de terminer son droit lorsqu'il se convertit au catholicisme et prit les ordres. Il se fit connaître comme écrivain et comme prédicateur, et fonda la congrégation de Notre-Dame de Sion.

RATISBONNE (Alphonse), 1812-1884. Frère de Théodore Ratisbonne; il se convertit aussi au catholicisme et entra dans la congrégation de Notre-Dame de Sion, fondée par son frère.

RAUCH (Chrétien-Daniel), 1777-1857. Célèbre sculpteur prussien; il partit en 1804 pour étudier à Rome, puis revint en 1811 à Berlin où il fut très protégé parla cour.

RAULLIN (M.)*, conseiller d'État français.

RAVIGNAN (l'abbé DE), 1795-1858. Né à Bayonne, il commençait sa carrière dans la magistrature quand, obéissant à sa vocation, il quitta le monde, entra au séminaire, puis dans l'ordre des Jésuites. Il s'y distingua par ses hautes vertus et son talent de prédicateur. Il eut à prononcer l'oraison funèbre de Mgr de Quélen, archevêque de Paris.

RAYNEVAL (Maximilien DE), 1778-1836. Diplomate français, auquel ses services valurent le titre de Comte et la Pairie.

RAZUMOWSKI (la comtesse). Elle était née princesse Wiasemski.

RÉCAMIER (Mme)*, 1777-1849. Célèbre par sa beauté et par l'amitié profonde qui l'unit aux plus hautes personnalités littéraires de son temps, notamment à Chateaubriand.

RECKE (la baronne DE), 1754-1833. Élisabeth-Charlotte, comtesse de Medem, sœur de la duchesse de Courlande, avait épousé en 1774 le baron de Recke, dont elle divorça en 1776, et perdit sa fille unique l'année suivante. Elle voyagea beaucoup en Italie, en Allemagne, et fut liée avec tous les hommes de lettres de son temps; elle-même écrivit plusieurs ouvrages.

REDERN (la comtesse DE), 1772-1842. Wilhelmine d'Otterstaedt, épousa le comte Wilhelm-Jacob de Redern et eut deux fils, Guillaume et Henri.

REDERN (le comte Guillaume DE), 1802-1880. Gros propriétaire prussien, membre de la Chambre des seigneurs, et plus tard grand chambellan à la cour de l'Empereur Guillaume Ier.

REDERN (la comtesse DE), 1811-1875. Bertha Ienisz, fille d'un sénateur de Hambourg, épousa en 1834 le comte Guillaume de Redern. Elle n'eut qu'une fille, qui mourut en bas-âge.

REEDE (la comtesse DE), 1769-1847. Née Krusemackt, fille et sœur de deux généraux prussiens de ce nom. En 1823, lors du mariage du Prince royal de Prusse, la comtesse de Reede fut nommée Grande maîtresse de cour de la Princesse royale.

REINHARD (le comte Charles-Frédéric), 1761-1837. Né en Würtemberg, il étudia à l'Université de Tubingue et y connut Gœthe. Il entra dans la diplomatie française en 1792, fut ministre plénipotentiaire à Florence en 1797 et, en 1799, remplaça le prince de Talleyrand au ministère des Affaires étrangères. Il fut fait pair de France en 1832, après avoir été fait Comte en 1814. Il était membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres et de l'Académie des Sciences morales et politiques.

REUILLY (M.), avocat, maire de Versailles, chevalier de la Légion d'honneur; il était, en 1840, député de Seine-et-Oise. Il fut membre de la Constituante de 1848.

RÉMUSAT (le comte Charles DE)*, 1797-1875. Écrivain et homme politique français.

RETZ (le cardinal DE)*, 1614-1679. Joua un grand rôle pendant la Fronde, et laissa des _Mémoires_ remarquables.

REUSS-SCHLEITZ-KOESTRITZ (le prince Henri LXIV), 1787-1856. Général, feld-maréchal au service d'Autriche, et divisionnaire à Prague, il était propriétaire du 7e régiment de hussards.

REUSS-SCHLEITZ (la princesse Sophie-Adélaïde). Née en 1800; fille du prince Henri LI de Reuss-Ebersdorff.

RIBEAUPIERRE (le comte Alexandre DE), 1783-1865. Originaire d'une famille de la Suisse française. Son grand-père était venu en Russie à la suite de la princesse Sophie de Zerbst, plus tard Catherine II. Son père avait épousé la sœur du général Bibikoff; devenu général-major, il mourut au siège d'Ismaïl. Alexandre de Ribeaupierre se destina à la diplomatie, et devint ministre de Russie à Constantinople et à Berlin. Créé Comte en 1856, il avait épousé Mlle Potemkin.

RICHELIEU (le duc DE), 1696-1788. Maréchal de France. Il joua un rôle brillant à la cour de Louis XIV et de Louis XV. Il entra, dès 1720, à l'Académie française et fut un ami de Voltaire. Arrière-petit-neveu du Cardinal par les femmes, il était filleul de Louis XIV et de la duchesse de Bourgogne; il avait fait ses premières armes sous Villars. Ambassadeur à Vienne, en 1725, il opéra habilement un rapprochement entre la France et l'Autriche. Après quelques exploits militaires en Allemagne, pendant la guerre de Sept ans, il ne s'occupa, vers la fin de sa vie, que d'intrigues et de plaisirs.

RIGNY (le comte Henri-Gauthier DE)*, 1783-1835. Amiral français, plusieurs fois ministre et aussi ambassadeur à Naples.

RIGNY (le vicomte Alexandre DE), 1790-1873. Fils d'un officier de cavalerie et de la sœur de l'abbé Louis, il sortit de l'École militaire de Fontainebleau en 1807, prit part aux campagnes de Prusse, de Pologne, d'Autriche et d'Espagne. Maréchal de camp en 1830, il fit partie de la première expédition de Constantine en 1836, et, bien qu'il eût montré, lors de la retraite, une incontestable bravoure, il se vit en butte aux imputations les plus graves de la part du général Clausel. Un Conseil de guerre l'acquitta à l'unanimité en 1837, mais il fut relégué au commandement de la subdivision de l'Indre, jusqu'en 1848, et mis à la retraite en 1849.

RIGNY (Mlle Auguste DE). Elle était la fille du général de Rigny et fut l'héritière de son oncle, le baron Louis.

RIVERS (lady), morte en 1866. Suzan-Georgiana Leveson-Gower, fille de lord Granville, avait épousé, en 1833, George Pitt, lord Rivers.

ROHAN (le duc DE), 1789-1869. Fernand de Rohan-Chabot suivit tout enfant son père dans l'émigration, puis, revenu en France, entra à vingt ans dans l'armée, avec le grade de sous-lieutenant de hussards. Le jeune Rohan, qui portait alors le titre de prince de Léon, assista à la bataille de Wagram, puis devint aide de camp de l'Empereur. Fait prisonnier en 1814, il fut échangé peu après. Sous la Restauration, il devint aide de camp du duc de Berry, puis premier écuyer du duc de Bordeaux, enfin maréchal de camp en 1824. Après 1830, il vécut dans la retraite.

ROOTHE (Mme DE). Célèbre par sa beauté, elle épousa le duc de Richelieu, alors âgé de plus de 80 ans et dont elle était la troisième femme.

ROOTHE (M. DE). Fils du premier mariage de la duchesse de Richelieu.

ROSAMEL (M. DE), 1774-1848. Claude-Charles-Marie du Camp de Rosamel, marin français, capitaine de vaisseau en 1814, contre-amiral en 1823. Il fit la campagne d'Alger en 1830. En 1836, il reçut le portefeuille de la Marine dans le ministère Molé, et en 1839, entra à la Chambre des pairs.

ROSSE (le comte Lawrence DE), 1758-1841. Il épousa en 1797 Miss Alice Lloyd. Il se distingua dans le Parlement irlandais par sa popularité et son éloquence. Il succéda à la mort de son père, en 1807, à son siège dans la Chambre des lords. Il est le père du savant astronome William Rosse.

ROSSI (la comtesse), 1803-1854. Henriette Sontag, d'origine suédoise, fut une cantatrice célèbre. En 1830, elle renonça au théâtre, par son mariage avec le comte Rossi, et elle régna, dès lors, dans les salons aristocratiques par les grâces de son esprit et la dignité de sa conduite. En 1848, des revers de fortune la déterminèrent à réapparaître sur les scènes de Paris et de Londres, puis elle passa en Amérique et mourut du choléra à Mexico.

ROTHSCHILD (Mme Salomon DE)*, 1774-1855. Elle avait épousé le second fils de Mayer-Anselme Rothschild, qui créa les succursales de Vienne et de Paris.

ROTHSCHILD (James DE), 1793-1868. Quatrième fils de Mayer-Anselme Rothschild, établi à Paris.

ROUGÉ (le marquis Alexis DE), 1778-1838. Créé pair de France en 1815. Il avait épousé, en 1804, Mlle de Crussol d'Uzès.

ROUSSEAU (J.-J.), 1712-1778. Célèbre écrivain et philosophe. Né à Genève, fils d'un horloger, son éducation fut très négligée. Il fut, avec Voltaire, un élément révolutionnaire important du dix-huitième siècle.

ROUSSIN (l'amiral)*, 1781-1854. Pair de France, ambassadeur à Constantinople de 1832 à 1834 et ministre de la Marine en 1840.

ROVIGO (le duc DE), 1774-1833. Anne-Jean-Marie-René Savary. Aide de camp du général Bonaparte, en Égypte, puis commandant de la gendarmerie d'élite du Premier Consul, il fut chargé de faire exécuter la sentence capitale prononcée contre le duc d'Enghien, en 1804, et fut alors nommé général. Après la bataille de Friedland, il fut fait duc de Rovigo; en 1810, il succéda à Fouché comme ministre de la Police. Après 1815, les Anglais refusèrent de l'envoyer à Sainte-Hélène avec Napoléon, et la Restauration le fit condamner à mort, mais il s'échappa, et fut plus tard acquitté. En 1831, il fut commandant de l'armée d'Algérie; il y effraya les indigènes par ses rigueurs, mais fit construire de belles routes stratégiques.

ROY (le comte Antoine) 1764-1847. Avocat, puis député, il devint, en 1818, ministre des Finances et apporta dans ce département d'utiles réformes. Il fut membre de la Chambre des Pairs sous la Restauration et sous la monarchie de Juillet.

ROYER-COLLARD (Pierre-Paul)*, 1763-1845. Philosophe et homme d'État français. Membre de l'Académie.

RUBINI (J.-B.)*, 1795-1854. Célèbre ténor italien.

RUMFORD (Mme DE), 1766-1836. Mlle de Paulze, épouse en premières noces du savant Lavoisier qui mourut sur l'échafaud révolutionnaire, épousa, en 1804, Rumford, physicien et philosophe allemand. Devenue veuve en 1814, elle eut à Paris un salon célèbre.

RUMIGNY (le comte Marie-Théodore DE), 1789-1860. Il prit part aux guerres du premier empire, et fut aide de camp du général Gérard, en 1812. En 1830, Louis-Philippe le nomma Maréchal de camp; après 1848, il accompagna le Roi en Angleterre et vécut dès lors dans la retraite.

RUSSELL (lord William)*, 1790-1846. Diplomate anglais, ambassadeur à Berlin.

RUSSELL (lord John)*. Homme d'État anglais, membre de plusieurs ministères, deux fois chef de cabinet.

RUSSIE (l'Impératrice Marie de), 1759-1828. Marie-Féodorovna, ci-devant Sophie, fille du duc Frédéric de Würtemberg, seconde femme de l'Empereur Paul, mère d'Alexandre Ier et de Nicolas Ier. Elle devint veuve en 1801.

RUSSIE (la grande-duchesse Constantin de), 1781-1831. Julienne, princesse de Saxe-Cobourg-Gotha, épousa, en 1796, le grand-duc Constantin de Russie et fut baptisée sous le nom d'Anna-Féodorovna.

RUSSIE (l'Empereur de), 1796-1855. Nicolas Ier*.

RUSSIE (l'Impératrice de), 1798-1860. Charlotte, fille de Frédéric-Guillaume III de Prusse, épousa en 1817 le grand-duc Nicolas de Russie, qui monta sur le trône en 1825.

RUSSIE (la grande-duchesse Hélène de), 1807-1873. Fille du prince Paul de Würtemberg et de son premier mariage avec une princesse de Saxe-Altenbourg, elle épousa en 1824 le grand-duc Michel de Russie, plus jeune fils de l'Empereur Paul.

RUSSIE (le grand-duc héritier de), 1818-1881. Alexandre, fils de l'Empereur Nicolas, auquel il succéda en 1855 sous le nom d'Alexandre II. En 1841, il épousa la princesse de Hesse-Darmstadt.

RUSSIE (la grande-duchesse Olga de), 1822-1892. Fille de l'Empereur Nicolas Ier de Russie, elle épousa en 1846 le prince héréditaire de Würtemberg, qui devait succéder à son père sur le trône cette même année.

S

SAGAN (la duchesse DE), 1781-1839. Wilhelmine, fille aînée du duc Pierre de Courlande; elle se maria trois fois: 1º En 1800, avec le prince Henri de Rohan; 2º avec le prince Troubetskoï, et 3º avec le comte Charles de Schulenbourg, qui lui survécut. La duchesse de Sagan mourut subitement à Vienne sans laisser d'enfants.

SAINT AUGUSTIN, 354-430. Évêque d'Hippone, fils de sainte Monique et un des Pères de l'Église.

SAINT-BLANCARD (le marquis DE), 1814-1897. Ancien page du roi Charles X. Il avait épousé Mlle de Bauffremont.

SAINT-CYRAN (l'abbé DE), 1581-1643. Jean Duvergier de Hauranne suivit les cours de l'Université de Louvain, s'y lia avec les Jansénistes dont il embrassa les doctrines avec ardeur, et obtint en 1620 l'abbaye de Saint-Cyran. Il comptait beaucoup de disciples et d'amis, entre autres Arnauld, Lemaistre de Sacy, Bignon, etc. Il attaqua les Jésuites dans quelques écrits, et Richelieu le fit emprisonner pendant quatre ans.

SAINTE-ALDEGONDE (la comtesse Camille DE)*, 1793-1869. Veuve d'un aide de camp du Roi Louis-Philippe.

SAINTE-AULAIRE (le comte DE)*, 1778-1854. Pair de France et diplomate, successivement ambassadeur à Rome, à Vienne et à Londres.

SAINTE-AULAIRE (la comtesse DE). Née Louise-Charlotte-Victoire de Grimoard de Beauvoir du Roure-Brison, elle avait épousé, en 1809, M. de Sainte-Aulaire, déjà veuf.

SAINT-LEU (la duchesse DE)*, 1783-1837. Née Hortense de Beauharnais; elle était veuve de Louis Bonaparte, roi de Hollande, et mère du futur Napoléon III.

SAINT-PRIEST (le comte Alexis DE)*. Diplomate et écrivain français, il fut membre de l'Académie française.

SAINT-SIMON (Louis de Rouvroy, duc DE), 1675-1755. Grand seigneur de la cour de Louis XIV, il écrivit des _Mémoires_ célèbres et importants pour l'histoire de son temps.

SALERNE (le prince DE), 1790-1851. Léopold de Bourbon, frère de François Ier, roi de Naples, fut inspecteur général de la garde royale et propriétaire du 22e régiment d'infanterie autrichien. Il épousa en 1816 l'archiduchesse Marie d'Autriche, et en eut une fille, qui devint la duchesse d'Aumale.

SALERNE (la princesse DE), 1798-1880. Marie, fille de l'Empereur François Ier d'Autriche.

SALVANDY (le comte DE)*, 1795-1856. Littérateur et homme politique français, ambassadeur et plusieurs fois ministre.

SALVANDY (la comtesse DE). Julie Ferey, fille d'un manufacturier et homme politique, épousa en 1823 le comte de Salvandy.

SANDWICH (lady), morte en 1853. Louise, fille de lord Belmore, épousa en 1804 George-John Montagu, lord Sandwich, qui mourut en 1818. Une de ses filles fut la première femme du comte Walewski.

SAULX-TAVANNES (le duc Roger-Gaspard DE), 1806-1845. Il hérita de la pairie en 1820, à la mort de son père, mais il ne prit aucune part aux travaux de la Chambre et se suicida à 39 ans, mettant fin ainsi à cette vieille famille ducale.

SAUZET (Paul)*, 1800-1876. Avocat, puis député, il fut ministre de la Justice en 1836.

SAXE (Auguste II le Fort, Électeur de), 1670-1733. Plus tard Roi de Pologne, élu après la mort de Jean Sobieski, à force d'intrigues et d'argent, et couronné à Varsovie en 1697.

SAXE (la princesse Auguste DE), née en 1782.

SAXE-WEIMAR (le duc Bernard)*, 1792-1862. Général d'infanterie au service des Pays-Bas.

SAXE (la princesse Amélie DE), 1794-1870. Sœur du Roi Frédéric-Auguste et du prince Jean de Saxe.

SAXE (le Roi Frédéric-Auguste II de), 1797-1854. Monta sur le trône en 1836, après avoir été co-Régent depuis 1830 et avoir promulgué une Constitution libérale à son peuple. Prince éclairé, libéral, instruit, il mourut des suites d'une chute de cheval sans laisser d'enfants.

SAXE (la Reine de), 1805-1877. Marie, fille du Roi Maximilien de Bavière, et épouse du Roi Frédéric-Auguste II.

SAXE (le prince Jean DE), 1801-1873. Ce Prince succéda à son frère, le Roi Frédéric-Auguste, en 1854. Il avait épousé la princesse Amélie de Bavière, dont il eut plusieurs enfants, et il se distingua toute sa vie par les plus grandes vertus comme par sa science.

SAXE (la princesse Jean DE), 1801-1877. Amélie, fille du roi Maximilien de Bavière, épouse du prince Jean de Saxe.

SCHOENBURG (la princesse), 1803-1884. Louise Schwarzenberg, sœur du Cardinal de ce nom, épousa en 1823 le prince Édouard Schœnburg-Waldenbourg.

SCHOENLEIN (le Dr Jean-Luc), 1793-1864. Professeur de médecine à Zürich; il fut appelé à Berlin où il se fit une grande réputation.

SCHRECKENSTEIN (le baron Maximilien DE), 1794-1862. Longtemps grand-maître de la Cour de la grande-duchesse Stéphanie de Bade, et administrateur de la maison et de la fortune de cette princesse.

SCHULENBURG-KLOSTERRODE (le comte DE), 1772-1853. Il servit dans la diplomatie autrichienne et mourut à Vienne. Il avait épousé sa cousine la comtesse Armgard de Schulenburg.

SCHULENBURG (le comte Charles-Rodolphe DE), 1788-1856. Lieutenant-colonel autrichien; il avait épousé la duchesse Wilhelmine de Sagan, fille aînée du dernier duc de Courlande, mariage qui fut bientôt rompu. En 1846, le comte de Schulenburg se chargea de l'administration des terres de la duchesse de Talleyrand. Mort à Sagan d'une attaque d'apoplexie, il y est enterré.

SCHWARZENBERG (Charles-Philippe, prince DE), 1771-1820. Il fut d'abord militaire, puis ambassadeur d'Autriche à Paris. C'est lui qui négocia le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise. Il donna, à l'occasion de cette union en 1810, un grand bal qui se termina tristement par l'incendie de l'ambassade, où sa femme périt dans les flammes.

SCHWEINITZ (la comtesse DE), 1799-1854. Mlle Dullack, épousa, en 1832, le comte Hans-Herrmann de Schweinitz, et devint, en 1840, Grande-maîtresse de Cour de la princesse Guillaume de Prusse, née princesse de Saxe-Weimar.

SÉBASTIANI DE LA PORTA (le maréchal)*, 1775-1851. Ambassadeur à Constantinople, à Naples, puis à Londres.

SÉBASTIANI (la maréchale), morte en 1842. Fille du duc de Gramont, elle avait émigré, à seize ans, avec les Bourbons. Elle avait épousé en premières noces à Milan le général Davidow, et en secondes noces le général Sébastiani, dont elle était la seconde femme.

SÉGUR (la comtesse DE), 1779-1847. Félicité d'Aguesseau, unique héritière du dernier Marquis de ce nom, épousa le comte Octave de Ségur, chef d'escadron d'état-major de la Garde royale, qui mourut en 1818.

SÉMONVILLE (le marquis DE)*, 1754-1839. Grand référendaire de la Cour des pairs.

SERCEY (le marquis DE), 1753-1856. Pierre-César-Charles-Guillaume de Sercey fut un marin très distingué. Au retour des Bourbons en 1814, il reçut la mission de traiter de l'échange des prisonniers français avec l'Angleterre. Il fut ensuite nommé vice-amiral et entra à la Chambre des pairs.

SÉVIGNÉ (la marquise DE)*, 1626-1696. Une des femmes les plus distinguées de la cour de Louis XIV, auteur de _Lettres_ remarquables.

SFORZA (Ludovico), 1451-1508, dit _le More_, fut l'adversaire de la maison d'Aragon, en Italie, et y appela Charles VIII en 1494. Après avoir trahi les Français, il fut attaqué par Louis XII qui lui enleva ses États et l'obligea à fuir en Allemagne. L'impopularité de Trivulce dans le Milanais permit à Sforza de reconquérir ce duché, mais en 1500 il fut battu et fait prisonnier à Novare par les Français. Enfermé à Loches, il y mourut dix ans après.

SIDNEY (lady Sophie)*, morte en 1837. Baronne de l'Isle et de Dudley, cinquième enfant de Guillaume IV d'Angleterre et de Mrs Jordan.

SIEYÈS (l'abbé)*, 1748-1836. Vicaire général de Chartres et politicien de la Révolution.

SIGALON (Xavier), 1790-1837. Peintre d'histoire. Il fut chargé par le gouvernement, en 1833, d'aller à Rome pour copier la fresque du _Jugement dernier_ de Michel-Ange. Cette reproduction parfaite, d'un dixième moins grande que l'original, est à l'École des beaux-arts à Paris.

SIMÉON (le comte Joseph-Balthazar), 1781-1846. Maître des requêtes au Conseil d'État, pair de France en 1835; il avait beaucoup de goût pour les arts.

SOLMS-SONNENWALD (le comte Guillaume-Théodore DE), 1787-1859. Capitaine de cavalerie et chambellan, fils du premier mariage de la comtesse Ompteda.

SOLMS-SONNENWALD (la comtesse DE). Née, en 1790, Clémentine, fille du comte de Bressler.

SOPHIE (l'archiduchesse), 1805-1872. Fille du Roi Max de Bavière, elle épousa en 1824 l'archiduc François et fut mère de l'Empereur François-Joseph Ier.

SOULT (le maréchal)*, 1769-1852. Un des plus glorieux combattants des guerres de l'Empire, ministre sous Louis-Philippe.

STACKELBERG (le comte Gustave DE). Conseiller intime et chambellan de l'Empereur Alexandre Ier, il devint ambassadeur de Russie et prit part au Congrès de Vienne en 1815. Il avait épousé, en 1805, Mlle Caroline de Ludolf, fille de l'ambassadeur de Naples à Pétersbourg.

STACKELBERG (la comtesse DE), 1785-1868. Née Caroline de Ludolf, elle épousa en 1805 le comte Stackelberg. Devenue veuve, elle vint s'établir à Paris.

STANLEY (Mme). Henriette-Marie, fille du vicomte Dillon, avait épousé en Italie, en 1826, sir Edward-John Stanley, membre du Parlement anglais.

STOPFORD (Robert). 1768-1847. Amiral anglais qui se fit remarquer dans les principales campagnes navales de la Révolution et de l'Empire. En 1840, il bombarda Saint-Jean-d'Acre.

STROGONOFF (la comtesse Julie). Elle avait épousé un Espagnol, le comte d'Éga, avec qui elle vivait à Madrid, quand elle fit la connaissance du comte Grégoire Strogonoff, qui l'enleva et la prit pour femme. Elle était fort bien reçue dans la société pétersbourgeoise, mais sa fausse position ne lui laissa obtenir que très tard le cordon de Sainte-Catherine, qui était sa grande ambition. Elle mourut très âgée entre 1860 et 1870 après avoir fort bien soigné son mari devenu aveugle.

STURMFEDER (Mme DE), 1819-1891. Camille-Wilhelmine de Münchingen avait épousé le baron de Sturmfeder d'Oppenveiller, et fut la Grande-maîtresse de la Cour de la grande-duchesse Stéphanie de Bade.

SUTHERLAND (la duchesse DE)*, morte en 1868. Née lady Carlisle, elle était _mistress of the robes_ de la reine Victoria.

SYRACUSE (le comte DE), 1813-1860. Léopold de Bourbon, fils de François Ier roi de Naples, et de Marie-Isabelle d'Espagne; il fut élevé au grade de lieutenant-général sans recevoir de commandement.

SYRACUSE (la comtesse DE), 1814-1874. [Voir à Carignan (Philiberte de).]

T

TALARU (le marquis DE), 1769-1850. Au retour de l'émigration en 1815, M. de Talaru fut appelé à la Pairie, et devint ambassadeur de France à Madrid en 1823. En 1825, il fut ministre d'État et membre du Conseil privé de Charles X, mais la révolution de 1830 le fit rentrer dans la retraite. Il avait épousé Mlle de Rosière-Saraus, veuve du comte de Clermont-Tonnerre, dont il n'eut pas d'enfants, aussi la maison de Talaru s'éteignit-elle avec lui.

TALLEYRAND-PÉRIGORD (le cardinal DE)*, 1736-1821. Alexandre-Angélique, second fils de Daniel de Talleyrand-Périgord, fut archevêque de Reims en 1777, et de Paris en 1817.

TALLEYRAND (Charles-Maurice, prince DE)*, 1754-1838. Prince de Bénévent. Il fut ministre des Affaires étrangères, grand chambellan de France, membre de l'Institut et ambassadeur. Il avait abandonné la carrière ecclésiastique où il était entré malgré lui, et fut un des meilleurs hommes politiques de son temps.

TALLEYRAND (la princesse DE)*, 1762-1835. Née Catherine Werlée et d'origine anglaise, elle fut civilement mariée, en 1802, au prince de Talleyrand, par ordre de l'Empereur Napoléon, mariage d'ailleurs aussitôt rompu.

TALLEYRAND (le duc DE), 1762-1838. Celui qu'on appelait _le bel Archambaud_ épousa, en 1779, Mlle Sabine de Senozan de Viriville, qui fut décapitée en 1793 victime de la Révolution.

TALLEYRAND (le comte Anatole DE), mort en 1838. Fils du baron Augustin de Talleyrand et d'Adélaïde de Montigny.

TASCHEREAU (M.), 1801-1874. Député français. Il avait d'abord étudié le droit, puis, après quelques publications intéressantes, il prit une place marquée parmi les érudits et devint administrateur général de la Bibliothèque Impériale réorganisée.

TATITCHEFF (Démétrius-Pawlowitch DE), 1769-1845. Diplomate russe, ministre à Madrid en 1815, puis à Vienne où il resta jusqu'en 1845. Il devint alors conseiller d'État et grand-chambellan de l'Empereur Nicolas.

TAURY (l'abbé François-Louis), 1791-1859. Curé de Chauvigny, choisi en 1832 par l'abbé Tournet, fondateur des Sœurs de Saint-André, pour lui succéder comme Supérieur général de cette congrégation. En 1845, il fut nommé vicaire général à Niort. Il mourut d'une attaque d'apoplexie au moment où, descendant de la chaire, il se préparait à célébrer la messe.

TAYLOR (sir Herbert)*, 1775-1839. Secrétaire particulier des rois George III, George IV et Guillaume IV d'Angleterre.

THÉRÈSE (l'archiduchesse), 1816-1867. Fille de l'archiduc Charles et d'une princesse de Nassau-Weilbourg, l'archiduchesse Thérèse devint la seconde femme de Ferdinand II, roi de Naples, qui l'épousa en 1837.

THIARD DE BISSY (le comte DE)*, 1772-1852. Maréchal français, député libéral, nommé en 1848 ministre de France en Suisse.

THIERRY (Augustin), 1795-1856. Célèbre historien français, auteur des _Lettres sur l'histoire de France_ et des _Récits des temps mérovingiens_.

THIERS (Adolphe)*, 1797-1877. Homme d'État et historien français.

THIERS (Mme)*, 1815-1880. Née Élise Dosne, fille de l'agent de change.

THORWALDSEN (Barthélemy)*, 1769-1844. Célèbre sculpteur danois.

TOCQUEVILLE (le comte Alexis DE), 1805-1859. Membre de la Chambre des députés sous Louis-Philippe, il y siégea dans les rangs de l'opposition. Lors du coup d'État du 2 décembre, il fit partie des représentants qui signèrent l'acte d'accusation de Louis Bonaparte, et fut emprisonné à Vincennes. Relâché peu après, il rentra dans la vie privée. Il est l'auteur de _la Démocratie en Amérique_ et de _l'Ancien régime_.

TORENO (le comte DE)*, 1786-1843. Homme d'État espagnol, député aux Cortès et plusieurs fois ministre.

TOSCANE (le grand-duc DE), 1797-1870. Léopold II, archiduc d'Autriche, succéda à son père, le grand-duc Ferdinand III, en 1824. Il épousa en premières noces une princesse de Saxe, et en 1833 la princesse Antoinette des Deux-Siciles.

TOUR ET TAXIS (la princesse DE LA). Née en 1773. Thérèse, fille du grand-duc Charles de Mecklembourg-Strelitz, sœur de la Reine Louise de Prusse, épousa, en 1789, le prince Charles de la Tour et Taxis, conseiller privé de l'Empereur d'Autriche et grand-maître des Postes, charge qui était dans sa maison depuis 1695.

TROGOFF (Mme DE). Dame russe, grande amie de la duchesse Wilhelmine de Sagan dont elle avait été la dame de compagnie; elle habitait Versailles.

V

VALÉE (le maréchal Sylvain-Charles), 1773-1846. Fit les guerres de la Révolution et de l'Empire où il se distingua, et Napoléon lui donna le titre de Comte. Il se rallia à la seconde Restauration et Charles X le nomma pair de France. En 1837, il gagna son bâton de Maréchal à la prise de Constantine, puis devint Gouverneur général de l'Algérie. En 1840, il céda le commandement au général Bugeaud.

VALENÇAY (Mme DE). Épouse de Jacques d'Étampes, marquis de la Ferté-Imbault, maréchal de France qui vécut de 1590 à 1668.

VALENÇAY (le duc DE)*, 1811-1898. Louis de Talleyrand-Périgord, duc de Talleyrand et de Valençay, duc de Sagan après la mort de sa mère, fils aîné du duc Edmond de Talleyrand et de la princesse Dorothée de Courlande.

VALENÇAY (la duchesse DE)*, 1810-1858. Née de Montmorency.

VALENÇAY (Yolande DE), 1833-1835. Fille du duc et de la duchesse de Valençay, morte en bas âge de la scarlatine.

VANDOEUVRE (le baron Guillaume DE), 1779-1870. Auditeur au Conseil d'État en 1806, puis député de l'Aube, il fut fait pair de France en 1837. Il avait épousé Mlle Dassy.

VATRY (le baron DE), 1793-1871. Alphée Bourdon Vapereau de Vatry, aide de camp du prince Jérôme Bonaparte, fut écarté de l'armée sous la Restauration; devenu agent de change, il gagna une grande fortune. Il fut député de 1835 à 1848.

VATRY (la baronne DE), morte en 1881. Fille de M. Hainguerlot, épousa le baron Alphée de Vatry, dont elle devint veuve en 1871.

VAUGUYON (Mlle Pauline DE LA), 1783-1829. Fille du duc de la Vauguyon; épousa, en 1810, le baron de Villefranche, des princes de Carignan. A la suite d'un accident, elle mourut brûlée dans sa villa d'Auteuil, laissant trois enfants: 1º une fille qui épousa le prince Massimo d'Arsoli; 2º une autre fille qui épousa le comte de Syracuse, de la maison de Naples; 3º un fils, Eugène, qui fut reconnu par le roi de Sardaigne comme Prince du sang.

VÉRAC (le marquis DE), 1768-1858. Armand de Vérac servit quelque temps dans l'armée des Princes, puis rentra en France, d'où Napoléon l'exila huit ans plus tard en Belgique. La Restauration le fit pair de France et gouverneur du château de Versailles.

VERNET (Horace), 1789-1863. Illustre peintre français. Il suivit l'armée pendant la campagne d'Algérie et en peignit plusieurs combats.

VERQUIGNIEULLE (la marquise DE). Flore-Marie de Proudhomme et d'Harlay de Verquignieulle, épousa en 1836 M. Ancillon, dont elle était la troisième femme. Devenue veuve en 1837, elle retourna vivre en Belgique, son pays natal.

VERTOT (l'abbé DE), 1655-1735. René-Aubert de Vertot embrassa d'abord la vie religieuse, et fut successivement capucin sous le nom de Père Zacharie, chanoine régulier de Prémontrés, membre de l'ordre de Cluny, puis, fatigué de la vie du cloître, il entra dans le clergé séculier, fut curé de Croissy-la-Garenne, etc. Il publia une _Histoire des révolutions de Portugal_, mais son œuvre favorite fut son _Histoire de la République romaine_.

VESTIER (Phidias), 1796-1874. Architecte, inspecteur des monuments historiques du département d'Indre-et-Loire, il fut fait chevalier de la Légion d'honneur après avoir construit la gare du chemin de fer à Tours en 1849. Il était petit-fils d'un peintre, dont quelques œuvres sont au Louvre. Très protégé par la duchesse de Talleyrand, Vestier bâtit à Paris de nombreux hôtels, et plusieurs châteaux dans la vallée de la Loire.

VICENCE (le duc DE), 1815-1896. Armand-Alexandre-Joseph-Adrien de Caulaincourt, fit ses débuts dans la diplomatie, puis la quitta en 1837. Député sous la monarchie de Juillet, sénateur du second Empire, il fut fait commandeur de la Légion d'honneur en 1868.

VILLEFRANCHE (le comte Eugène DE), 1753-1785. Ce prince de la maison de Carignan servit dans l'armée française, et obtint de Louis XVI le commandement d'un régiment d'infanterie qui prit le nom de _Savoie-Carignan_. Tombé en disgrâce, à cause de son mariage avec Mlle Magon-Laballue, il quitta l'armée et mourut oublié, jeune encore, à Domart, en Picardie.

VILLEFRANCHE (le baron Joseph-Marie DE), 1783-1825. Fils du précédent. Il servit brillamment sous l'Empire dans la cavalerie, continua sa carrière sous la Restauration et, en 1823, suivit le duc d'Angoulême en Espagne. Il mourut subitement en voiture, d'une attaque d'apoplexie. Il avait épousé la fille du duc de la Vauguyon.

VILLEGONTIER (le comte Louis DE LA), 1776-1849. Préfet de l'Allier en 1816, puis préfet d'Ille-et-Vilaine et pair de France en 1819; il prêta serment au gouvernement de Louis-Philippe et en soutint la politique jusqu'en 1848, puis rentra dans la vie privée.

VILLÈLE (le comte Guillaume-Aubin DE), 1770-1840. Élève du séminaire de Saint-Sulpice, il émigra pendant la Révolution et c'est à Düsseldorf qu'il reçut la prêtrise. De retour en France en 1802, l'abbé de Villèle s'adonna à la prédication; Louis XVIII lui donna le siège épiscopal de Soissons, d'où il passa en 1824 à l'archevêché de Bourges, en même temps qu'il entrait à la Chambre des pairs. Après 1830, il tint rigueur au nouveau gouvernement, et, en 1839, refusa la croix de la Légion d'honneur. Lorsque don Carlos, forcé de quitter l'Espagne, fut interné à Bourges, l'Archevêque lui offrit d'habiter son palais et reçut de ce Prince le grand cordon de Charles III.

VILLEMAIN (Abel-François)*, 1790-1870. Professeur, écrivain et homme politique français.

VINCKE (Mme DE), 1766-1845. Mlle de Vincke épousa son parent M. de Vincke et devint la dame d'honneur de la Reine Louise de Prusse, qui l'avait en grande affection. Après la mort de cette Princesse, elle conserva une grande situation à la Cour et dans la société de Berlin.

VIVIEN (Alexandre-François-Auguste), 1799-1854. En 1840, il fut ministre de la Justice dans le ministère Thiers, et attacha son nom à la suppression des juges suppléants devant le tribunal de la Seine.

VOLTAIRE (Arouet DE)*, 1694-1778. Philosophe français, qui exerça une immense influence sur le dix-huitième siècle historique et littéraire.

W

WAGRAM (le prince Napoléon-Louis DE), 1810-1888. Fils du célèbre maréchal Berthier, fut fait pair de France en 1836 et sénateur en 1848.

WALEWSKI (le comte Alexandre), 1810-1868. Homme politique français, ministre de Napoléon III. Il était le fils naturel de l'Empereur Napoléon Ier et de la comtesse Marie Walewska, que l'Empereur avait connue à Varsovie en 1807.

WALLENSTEIN, 1583-1634. Célèbre homme de guerre, né en Bohême, l'un des plus grands généraux de la guerre de Trente ans.

WALSH (la comtesse Agathe). Déjà veuve en 1806, la comtesse Walsh devint Grande-maîtresse de Cour de la grande-duchesse Stéphanie de Bade et ne se retira qu'en 1839. Son fils Théophile était beaucoup reçu à la cour de Bade.

WALTER SCOTT*, 1771-1832. Romancier écossais.

WASA (la princesse), 1811-1854. Louise-Stéphanie, fille du grand-duc Charles de Bade et de la grande-duchesse, née Stéphanie de Beauharnais.

WEIZEL (Mlle DE). Amie très intime de la famille d'Entraigues et du baron et de la baronne Finot, voisins de Valençay.

WELLINGTON (le duc DE)*, 1769-1852. Illustre général anglais, adversaire de Napoléon, souvent membre du cabinet.

WERTHER (le baron DE)*, 1772-1859. Diplomate prussien, ambassadeur à Paris, puis ministre des Affaires étrangères à Berlin.

WERTHER (la baronne DE)*, 1778-1853. Née comtesse Sophie Sandizell.

WERTHER (le baron Charles DE), 1809-1894, fils des précédents; il remplaça, en 1869, le comte de Golz, ambassadeur à Paris, et y fut l'instrument de rupture des relations au moment de la guerre de 1870. En 1874, il fut nommé ambassadeur à Constantinople, puis se retira à Münich en 1877.

WEYER (Sylvan VAN DE)*, 1803-1874. Homme d'État et littérateur belge.

WITTGENSTEIN (le prince Guillaume de Sayn-), 1770-1851. Ministre de la maison du Roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, un des personnages les plus importants de la Cour de Berlin.

WOLFF (M. DE). Conseiller au ministère de l'intérieur prussien pendant plusieurs années.

WOLFF (Mme DE). Fille du conseiller de justice Hennenberg.

WOLOWSKI (Louis), 1810-1876. Né à Varsovie, il se fit naturaliser Français après la révolution polonaise de 1830 et se consacra à l'étude du droit et des problèmes économiques, où il devint un maître.

WORONZOFF-DASCHKOFF (le comte Ivan), 1791-1854. Ministre de Russie à Münich de 1824 à 1828, puis à Turin jusqu'en 1835, il fut ensuite conseiller d'Empire à Pétersbourg, et Grand-maître des cérémonies à la Cour. Il fut un protecteur éclairé des arts.

WURMB (M.-Frédéric-Charles DE), 1766-1843. Officier d'état-major à Berlin, il démissionna pour épouser Mlle de Gœcking, et devint administrateur des terres de la duchesse de Dino, à Deutsch-Wartenberg.

WURMB (Mme DE), 1783-1862. Wilhelmine de Gœcking, fille du conseiller d'État au ministère des Finances.

WURTEMBERG (le duc Alexandre DE), 1804-1855. Il entra au service militaire de l'Autriche, mais ayant épousé morganatiquement, en 1835, une comtesse Rhéday, il s'établit à Paris.

WURTEMBERG (le Roi de)*, 1781-1862. Guillaume Ier.

WURTEMBERG (la princesse Marie DE)*, 1816-1863. Fille du Roi Guillaume Ier, épouse du général de Neipperg.

WURTEMBERG (la princesse Sophie DE)*, 1818-1877. Sœur de la précédente, elle épousa Guillaume III, roi des Pays-Bas. Princesse très distinguée, elle fut une intime amie de l'Empereur Napoléon III.

WURTEMBERG (le prince Paul DE), 1785-1852. Frère du Roi Guillaume Ier, il épousa, en 1825, la princesse Charlotte de Saxe-Altenburg, dont il eut plusieurs enfants. Remarié plus tard morganatiquement à une Anglaise, il vécut dès lors à Paris.

WURTEMBERG (le prince Frédéric DE). Né en 1808. Fils du précédent; il resta au service de Würtemberg.

WURTEMBERG (le prince Auguste DE). Né en 1813. Frère du précédent; il entra au service de Prusse.

X

XIMÉNÈS DE CISNEROS (le cardinal DE), 1436-1517. Célèbre ministre d'État espagnol, archevêque de Tolède; il rendit les plus grands services à Charles-Quint, qui s'en montra peu reconnaissant et l'éloigna, après avoir profité de son influence pour se faire nommer Roi de Castille et d'Aragon.

Z

ZEA-BERMEDEZ (Don Francisco)*, 1772-1850. Diplomate espagnol. Il appartenait à une des plus anciennes familles de la Reconquête.

ZEA-BERMEDEZ (Mme DE)*. Morte en 1848. Elle était née Doña Maria-Antonia de Auduaga, d'une famille originaire de Guipuscoa, qui compta plusieurs diplomates parmi ses membres. Elle était Dame noble de l'Ordre de Marie-Louise.

ZOÉ, négresse au service de la vicomtesse de Laval, puis de la duchesse Mathieu de Montmorency, chez qui elle finit ses jours.

PARIS.--TYP. PLON-NOURRIT ET Cie, 8, RUE GARANCIÈRE.--12288.