Chronique de 1831 à 1862, Tome 1 (de 4)
ici. Elle regarde Valençay comme son berceau; elle y est venue, à
l'époque où j'ai fondé ce petit établissement; elle était alors d'une beauté et d'une fraîcheur remarquables; maintenant, elle est maigre et pâle, mais toujours avec le plus doux regard. Malgré sa sainteté, qui l'a élevée si vite dans son ordre, elle m'aime beaucoup, et m'a embrassée comme si j'en étais digne, avec la plus grande joie du monde de retrouver une pauvre pécheresse telle que moi!
_Valençay, 7 octobre 1834._--J'ai eu, hier, une longue conversation avec M. de Talleyrand sur ses projets de retraite; elle m'a conduite à traiter avec lui plusieurs points importants de sa position, et à lui parler avec sincérité. J'ai eu le courage de lui dire la vérité; il en faut toujours pour la dire à un homme de son grand âge.
C'est pourtant une utile chose que la vérité, ce premier des biens, toujours inconnu par les âmes qui ne sont pas fortement trempées; que l'esprit dédaigne souvent, que les caractères élevés savent seuls apprécier; qui effarouche la jeunesse, qui effraye la vieillesse; qu'on n'aime et qu'on n'accueille que lorsqu'on joint aux leçons de l'expérience toute la vigueur de l'âge et de la santé. Que de réflexions j'ai faites, depuis hier, sur ce sujet! et que j'ai béni l'homme, habile et bon[44], qui a guidé mes premières années, et qui m'a donné cette habitude précieuse, devenue depuis un besoin, de me rendre un compte sévère de moi-même, d'être la première à me maltraiter; c'est ce qui a sauvé mon âme, car cela m'a toujours empêchée de confondre le bien avec le mal; je ne les ai jamais mis à la place l'un de l'autre dans mon esprit, ni dans ma conscience, et si j'ai chargé celle-ci de fautes, je l'ai, du moins, tenue libre d'erreurs. Grande différence, qui permet toujours de revenir sur ses pas; car, ce qui perd, c'est la _fausse conscience_. Vérité de l'esprit, vérité du cœur, voilà ce qu'il s'agit de préserver: c'est ce qui conserve de la dignité au caractère, et fait arriver au terme, non sans fautes, mais bien sans lâchetés.
[44] Scipion Piattoli, qui avait été précepteur de l'auteur de cette _Chronique_.
_Valençay, 9 octobre 1834._--M. de Montrond, qui est ici depuis plusieurs jours, a demandé hier matin à me voir, pour me parler d'une chose importante. Je l'ai vu, et après quelques plaisanteries que j'ai reçues assez froidement, il m'a dit qu'il venait pour m'annoncer son départ; que je ne serais probablement pas étonnée, d'après la manière inconcevable dont M. de Talleyrand le traitait. Il s'est fort étendu en plaintes, en aigreurs; il est profondément blessé et cela lui fait dire beaucoup de mauvaises choses. Il a ajouté qu'il savait bien que je ne l'aimais guère, mais que j'avais, cependant, été polie et obligeante pour lui, qu'il venait m'en remercier et me dire que, quoiqu'il pensât bien que je ne voudrais pas en convenir, il était impossible que je ne m'ennuyasse pas à la mort, et que la vie que je menais devait m'être insupportable, quoiqu'il fût difficile de la prendre de meilleure grâce. Enfin, il a mis, je ne sais trop pourquoi, du prix à se faire bien venir de moi.
J'avoue que je me suis sentie fort mal à mon aise pendant ce discours, qui, quoique haché et saccadé, à sa manière, a été long. Voici en résumé, ma ou mes réponses: «Que je regrettais tout ce qui ressemblait à de la brouillerie, parce que je ne la trouvais bonne pour personne, mauvaise surtout pour lui, M. de Montrond, à qui le monde donnerait tort, puisque son ton rude avec M. de Talleyrand expliquerait le manque de patience de celui-ci; que, de se plaindre, et d'expliquer ses griefs par les motifs qu'il venait de me donner serait de bien mauvais goût, et qu'il y avait de certaines choses, qui, lors même qu'elles auraient une apparence de vérité, ne se disaient pas, ou ne devaient jamais se dire, après quarante années d'une liaison qui, du côté de M. de Talleyrand, pouvait s'appeler du patronage; que pour ce qui me regardait, je ne pouvais m'ennuyer, au centre de mes devoirs et de mes intérêts de famille; que, d'ailleurs, il y avait fort longtemps que ma vie, mes habitudes, et toute mon existence, étaient absorbées dans les convenances de M. de Talleyrand; que c'était là ma destinée, que je m'en satisfaisais très fort et que je n'en admettais pas d'autre.»
A cela, il a repris: «Il est clair que vous êtes destinée à l'enterrer; puis, vous avez beaucoup d'esprit, un grand savoir-faire et savoir-dire, et vous êtes assez grande dame pour savoir prendre les choses d'une certaine manière; mais quant à moi, je n'ai qu'à m'en aller.»
J'ai répliqué alors: «Vous avez quelque chose de plus à faire, c'est de vous en aller poliment, sans esclandre, et de ne dire à personne que vous l'avez fait par humeur; vous avez, surtout, à ne jamais parler, je ne dis pas seulement mal, mais encore légèrement de M. de Talleyrand.» Il a dit: «Vous faites de fort jolis discours ce matin; mais si je fais ce que vous voulez, que ferez-vous de moi?--Je vous garderai le secret sur la vraie raison de votre départ.--Vous êtes trop habile, madame de Dino.--Je suis de bon conseil.» Il m'a demandé si je voulais lui donner la main, et lui promettre d'être _good-natured_ pour lui. «Oui, si vous ne parlez pas de travers de M. de Talleyrand.--Alors, je n'irai pas tout droit à Paris; je vais aller aux Ormes, chez d'Argenson, me faire passer la bile, et quand j'aurai retrouvé _ma nature d'agneau_, j'irai causer avec le Roi, et m'excuser sur quelque affaire de n'avoir pas attendu son fils ici.--Faites ce que vous voudrez, mais faites ce qui convient à un _gentleman_.» Il est parti.
A déjeuner, il a dit qu'il avait reçu une lettre qui l'obligeait à partir aujourd'hui.
Le fait est que je m'attendais à quelque chose de semblable. M. de Talleyrand, après des années d'une longanimité déplacée, a versé subitement vers l'autre extrémité, sans mesure aucune; et, avant-hier, il lui a si fort indiqué qu'il était de trop ici, qu'il a bien fallu comprendre. Il est possible que M. de Montrond prenne quelques précautions de langage, tout juste ce qu'il faudra pour ne pas être tracé comme mauvais procédé, mais il me paraît impossible qu'il n'y ait pas quelque vengeance sourde, car il est blessé et dérangé. Partir la veille de l'arrivée d'une nombreuse société anglaise, à laquelle il se préparait à faire les honneurs de Valençay, ne pas être ici quand M. le duc d'Orléans y est attendu, voilà deux sensibles mécomptes, qu'il ne pardonnera pas à M. de Talleyrand.
Dans la première et très virulente partie de sa conversation, le nom du Roi et celui de M. de Flahaut sont revenus fort souvent, et de façon à me persuader qu'il va se ranger absolument du côté du dernier, pour rendre auprès du premier de mauvais offices à M. de Talleyrand. Qu'attendre d'un pareil être? Mais aussi quel enfantillage de perdre patience au bout de quarante ans![45] M. de Montrond me disait: «Il devait me traiter avec la douceur et l'intimité d'une ancienne amitié, ou bien avec la politesse d'un maître de maison.» Mais à cela, j'ai répliqué: «M. de Talleyrand n'aurait-il pas aussi le droit de vous dire qu'il n'a trouvé en vous, ni la déférence due à un hôte, ni la bonne grâce due à son âge et à vos anciens rapports? Dans quelle autre maison auriez-vous blâmé toutes choses comme vous le faites ici? Vous avez critiqué ses voisins, ses domestiques, son vin, ses chevaux, toutes choses enfin. S'il a été rude, vous avez été hargneux; et, en vérité, il y a trop de témoins de votre perpétuelle contradiction, pour que vous puissiez vous plaindre de l'humeur qu'elle a causée.»
[45] En 1793, Montrond s'était réfugié en Angleterre, et s'y était mis sous la protection de M. de Talleyrand; de là provenait leur longue amitié.
_Valençay, 14 octobre 1834._--Nous avons en visite lady Clanricarde, M. et Mme Dawson Damer et M. Henry Greville. Je me suis longtemps promenée en calèche hier avec lady Clanricarde; j'ai beaucoup causé avec elle de son père, le célèbre M. Canning; de sa mère, non moins distinguée, mais que sa fille paraît aimer peu. Lady Clanricarde a de l'esprit, de la mesure, du bon goût, de la dignité, mais, à ce qu'il semble, assez de sécheresse de cœur, et un peu de raideur d'esprit; ses manières, son caractère, je crois, ont une valeur réelle, sans abandon, ni séduction; mais, à tout prendre, c'est assurément une personne distinguée, et de la meilleure et plus exquise compagnie. Quant à Mme Damer, c'est une bonne enfant, mais rien que cela.
_Valençay, 18 octobre 1834._--En causant avec lady Clanricarde de lord Palmerston et de lady Cowper, nous sommes arrivées à nous demander ce qui faisait conserver à de certaines personnes tant d'influence sur telles autres. Je lui ai fait alors une observation sur la justesse de laquelle elle s'est récriée. Je lui disais que «c'était par l'exigence que les hommes conservaient leur influence sur les femmes, mais que c'était par des concessions que celles-ci conservaient la leur sur les hommes.»
_Valençay, 21 octobre 1834._--On a reçu, hier, la nouvelle du terrible incendie de Westminster à Londres. C'est une horrible catastrophe, et qui semble d'un caractère tout _ominous_; l'édifice matériel croulant avec l'édifice politique! Ces vieilles murailles ne voulant plus se déshonorer en prêtant asile aux profanes doctrines du temps! Il y a là de quoi frapper, non seulement l'esprit de la multitude, mais encore celui de toute personne sérieuse.
Les Anglais qui sont ici sont tentés de croire à la malveillance comme cause de ce feu, parce qu'il a commencé par la Chambre des Pairs. Le _Globe_, qu'on avait envoyé à M. de Talleyrand, nous a tous fait veiller fort tard, car nous avons voulu connaître toutes les versions. Il paraît que la perte en papiers et documents a été énorme, non seulement par le feu, mais aussi par l'éparpillement. Quel dommage! On dit que cela va jeter du trouble et de grandes lacunes dans le cours de la justice.
J'ai mené, hier, lady Clanricarde et Mme Damer voir le petit couvent, l'école et tout le petit établissement des Sœurs de Valençay; c'est un genre de choses qui touche peu les Anglaises; elles ont beau avoir de l'esprit, de la bonté, elles ne sont pas charitables dans le vrai sens du mot; elles ont une aversion singulière pour se mettre en contact avec la pauvreté, la misère, le malheur, la maladie, la souffrance, et cet éloignement, de leur part, pour les petites gens, qui, socialement, a tant d'avantages, me glace et me froisse quand je le vois s'étendre jusqu'à l'indigence. Ainsi, lady Clanricarde, si agréable en société, n'a rien trouvé à dire à mes pauvres Sœurs, si simples et si dévouées; elle a à peine mis le nez à la porte de l'école, et rangeait sa belle robe, pour ne pas être froissée par les petites filles qui étaient à l'entrée de la classe; ces deux dames n'en revenaient pas de tout ce que j'avais trouvé à dire, et elles étaient surtout fort surprises de m'avoir vue arrêtée plusieurs fois dans le bourg par des gens qui voulaient me parler de leurs affaires. Cette façon de vivre est complètement incompréhensible pour une Anglaise, et, dans ce moment-là, lady Clanricarde, malgré tout son esprit et sa bienveillance pour moi, s'est étonnée, j'en suis sûre, que je susse manger proprement à table, et que je portasse une robe faite par Mlle Palmyre.
_Valençay, 23 octobre 1834._--Il a plu outrageusement hier toute la journée; il n'y a pas eu moyen de sortir. Nos Anglais ont fait une musique assez barbare pendant toute la matinée; le soir sont arrivées trois lettres au château. L'une, de lord Sidney à Henry Greville, disant que M. de Montrond était de retour à Paris, y répétant à tout le monde que Valençay était devenu inhabitable, que les Damer et Greville s'y ennuieraient à la mort, que lady Clanricarde seule s'en arrangerait. H. Greville a lu cela à demi-voix: lady Clanricarde a repris tout haut, M. de Talleyrand a demandé ce que c'était, on lui a lu tout le passage.
La seconde lettre, de M. de Montrond à M. Damer, pour lui demander comment il se trouvait à Valençay; que quant à H. Greville, qui aimait les caquets, il n'en était pas inquiet, parce qu'il y trouverait de quoi se satisfaire: ceci a été lu tout haut par M. Damer.
La troisième lettre, de M. de Montrond à moi, calme au possible. Je l'avais passée à M. de Talleyrand, qui, d'humeur de ce qu'il venait d'entendre, a lu, à son tour, tout haut. Cela m'a fait souvenir du billet de Célimène! Je ne sais quelles réflexions cette petite scène aura provoquées, car j'ai été me coucher aussitôt après.
_Valençay, 26 octobre 1834._--Le temps s'est un peu rajusté hier: en ce moment, il fait un froid vif, mais sec, avec un soleil éclatant. Pourvu que cela dure pour l'arrivée de M. le duc d'Orléans que nous attendons ce soir! Car les populations d'une quarantaine de communes, et du monde de Châteauroux, même d'Issoudun, à dix ou douze lieues d'ici, sont en mouvement. Le dimanche facilite cette satisfaction de curiosité, et, quoi qu'en disent les journaux, nous n'aurons d'autres magnificences, d'autres fêtes, d'autres préparatifs que ceux du nombre. Je crois que M. le duc d'Orléans sera très bien reçu par les populations rurales. Jamais, depuis la Grande Mademoiselle, aucun Prince, d'aucune dynastie, n'est venu ici: tout le pays entre Blois et Châteauroux, si bien traité par les Valois, était comme frappé de disgrâce, d'oubli; jamais aucune des administrations n'a voulu rien faire pour ce coin de Berry. Quand je suis venue ici pour la première fois, tout y était, en fait de civilisation, comme au temps de Louis XIII. M. de Talleyrand, et même moi, lui avons fait faire quelques progrès; ce n'est cependant que cette année que nous avons une poste aux chevaux organisée; il n'y a pas même encore de diligences, et les communications ont lieu, pour bien du monde, même aisé, en pataches, c'est-à-dire en voitures non suspendues. Dans un pays aussi reculé, un Prince est encore _quelqu'un_; nos communes sont flattées qu'il s'en égare un dans nos sauvageries, et elles crieront: _Vive le Roi!_ avec fureur: c'est tout ce qu'il y a de mieux.
Parmi les arrivants au château, hier soir, nous avons eu le baron de Montmorency et Mme la comtesse Camille de Sainte-Aldegonde. Le baron de Montmorency a été, autrefois, au moment d'être le Lauzun de la Mademoiselle du temps[46], et, quoiqu'il ait décliné l'honneur de l'alliance, il est resté fort intime avec Neuilly. Mme de Sainte-Aldegonde habite un joli château entre ici et Blois; elle est Dame de la Reine, et grande amie du baron de Montmorency. Elle a été, d'abord, la femme du général Augereau; elle est du même âge que moi, et nous avons fait notre entrée dans le monde à la même époque. Nous avons, toutes deux, été Dames du Palais de l'Impératrice Marie-Louise; nous ne nous sommes, cependant, pas vues beaucoup, parce qu'elle suivait son mari à l'armée et ne venait guère à la Cour. A la chute de l'Empire, nous nous sommes perdues de vue complètement. Mme de Sainte-Aldegonde a été extrêmement belle, et si elle avait une expression plus agréable, elle le serait encore; mais elle n'a jamais eu l'air doux, grâce à des sourcils trop noirs et remontés; le moelleux de la première jeunesse étant passé, il en résulte quelque chose de cru qui n'est pas attirant. Elle a le verbe un peu haut, et quoique polie et assez bien élevée, elle manque de cette aisance et de cette obligeance faciles qui ne s'acquièrent que dans les premières habitudes élégantes de la vie: quand elles manquent au berceau, on peut être convenable, on n'est jamais distingué; mais enfin, à tout prendre, elle est bien.
[46] Madame Adélaïde avait fait offrir sa main au baron de Montmorency, mais à la condition qu'elle ne changerait point son nom, ce que M. de Montmorency refusa.
_Valençay, 27 octobre 1834._--M. le duc d'Orléans est arrivé hier par un assez mauvais temps, et une heure plus tôt qu'il ne s'était annoncé, ce qui a fort dérangé les curieux ainsi que nous. Cependant, il a trouvé notre petite garde nationale, le corps municipal, et pas mal de monde sur son passage. Il n'y a point eu de harangue, ce qui, je crois, l'a soulagé.
M. le duc d'Orléans a commencé par causer un instant dans le salon avec M. de Talleyrand, M. et Mme de Valençay et moi. Il m'a annoncé, à ma grande surprise, que nous allions avoir MM. de Rigny, Thiers et Guizot; ma surprise n'a pas diminué, lorsque Monseigneur m'a dit que le Roi poussait beaucoup ses ministres à venir ici, parce que c'était une bonne excuse pour suspendre, pendant quelques jours, les Conseils; que ceux-ci étaient devenus impossibles par les fureurs du maréchal Gérard; qu'une crise était inévitable, mais qu'on désirait la retarder, et, pour cela, ne pas mettre le Cabinet en présence; que, du reste, le maréchal Gérard était seul de son bord d'un côté, et les autres ministres, jusqu'à présent, réunis de l'autre.
Quand Monseigneur s'est retiré chez lui, j'ai été faire ma toilette, et suis redescendue tout de suite pour être la première au salon. J'y ai trouvé le général Petit, commandant de la 5e division militaire, puis le général Saint-Paul, commandant du département de l'Indre, et, de la suite du Prince, le général Baudrand et M. de Boismilon, son secrétaire.
Après le dîner, il y a eu un peu de solennel que j'ai bientôt rompu, en me mettant tout simplement à mon ouvrage, comme de coutume, ce dont le Prince m'a fort remerciée. Tout le monde, alors, s'est groupé, arrangé. Plus tard, M. de Talleyrand a fait sa promenade accoutumée du soir; en rentrant il nous a trouvés jouant, lady Clanricarde, le Prince, H. Greville et moi, à un whist assez gai, la musique jouant dans le vestibule; enfin la glace s'était rompue.
Après le thé, le Prince s'est éclipsé, et à onze heures tout le monde est allé se coucher.
_Valençay, 28 octobre 1834._--Voici l'emploi de la journée d'hier: après le déjeuner, M. le duc d'Orléans a vu le château et ses entours immédiats, mon fils et moi les lui montrant; tous ceux de nos hôtes pour qui c'était une nouveauté suivaient.
En rentrant, trois calèches, un phaéton et six chevaux de selle attendaient. Chacun s'est casé: M. le duc d'Orléans, la marquise de Clanricarde, le baron de Montmorency et moi dans la première calèche; M. de Talleyrand, Mme de Sainte-Aldegonde, le général Baudrand et M. Jules d'Entraigues dans la seconde, et ainsi de suite. Après avoir traversé le parc et une partie détachée de la forêt, nous nous sommes arrêtés à un joli pavillon, d'où la vue est belle. La musique militaire était cachée derrière les arbres, qui ont encore beaucoup de feuilles; le concours de monde était considérable; c'était une très jolie scène forestière. Nous nous sommes ensuite lancés dans la forêt même et ne sommes revenus que pour notre toilette du dîner.
Après le dîner, nous avons mené le Prince au bal de l'Orangerie: les cours, le donjon, les grilles étaient illuminés et d'un très bel effet; la salle fort bien décorée, remplie de monde au point de pouvoir à peine passer; mais il n'y avait pas d'empressement grossier, tout au contraire, et des cris à se boucher les oreilles, mais qui font toujours plaisir aux Princes. Il a parcouru toutes les parties de la salle; il a beaucoup salué, un peu causé; enfin, on en a été fort content, et, quoiqu'il n'y soit pas resté plus d'une heure, on a été si satisfait de lui qu'à deux heures du matin, on criait encore sous ses fenêtres.
_Valençay, 29 octobre 1834._--Hier, avant le déjeuner, notre Royal visiteur a été, avec son aide de camp, mon fils et le baron de Montmorency, visiter la filature et les carrières d'où on a extrait les pierres dont le château est bâti; il a trouvé ces carrières superbes.
Après le déjeuner nous l'avons mené aux forges. Il y avait de la foule, des cris; les ouvriers ont bien fait leur besogne; on a coulé, forgé, et dans l'intérieur du bâtiment où l'on coule la gueuse et qui est très beau, on a opéré, à deux reprises, des feux d'artifice, avec la fonte en fusion, liquide et enflammée. C'était joli et a fort amusé nos dames anglaises. En revenant, nous avons fait un petit détour qui nous a conduits aux ruines de Veuil[47]. La musique était cachée dans une des vieilles tours, un grand feu était allumé dans la seule chambre qui reste intacte et où on avait servi un goûter. Dans la cour, et à travers des arceaux à moitié détruits, des gardes nationaux et des paysans criaient en jetant leurs chapeaux en l'air. Cette petite station a été vraiment très jolie, malgré le temps couvert; le soleil l'aurait complétée, ou plutôt la lune.
[47] Veuil domine la vallée du Nahon, et fut réuni à la seigneurie de Valençay en 1787 par M. de Luçay qui en était alors propriétaire. Le château, qui devait être remarquablement joli, est maintenant une ruine, dont une partie seulement peut être habitée par un fermier.
A dîner, outre les convives de la ville, nous avons eu les Préfets d'Indre-et-Loire[48], de Loir-et-Cher[49], le général Ornano et le colonel Garraube, député, celui qui nous a envoyé la musique qui fait nos délices. Après le dîner, le whist, quelques tours de valse, etc...
[48] M. Amédée d'Entraigues.
[49] Le comte de Lezay-Marnésia.
Il y a eu, le soir, un vrai bal avec souper pour les gens de l'office, en l'honneur des gens du Prince Royal; il a été vraiment très joli.
A dîner, hier, j'ai été un peu surprise de ce que m'a dit mon Royal voisin. Il m'a demandé quand nous allions à Rochecotte.--«Je l'ignore, Monseigneur.--Mais vous ne pouvez passer tout l'hiver dans ce lieu-ci qui est bien froid.--Il n'a jamais été question que nous y passions tout l'hiver.--Viendrez-vous à Paris?--Je n'en sais rien.--Car pour l'Angleterre, il ne peut plus en être question, puisque lord Palmerston ne va pas aux Indes.» J'ai regardé le Prince entre les deux yeux, avec un peu de surprise, et je lui ait dit: «Je crois, en effet, que le départ de lord Palmerston aurait rappelé les ambassadeurs à Londres, et que, lui restant, cela les en éloignera; mais les projets de M. de Talleyrand sont très incertains, et soumis d'ailleurs aux désirs du Roi.--Votre oncle m'a dit qu'il croyait que nous avions tiré de l'Angleterre tout ce qu'elle pouvait nous donner; que ce ne serait plus à Londres que se traiteraient les grandes affaires; qu'il fallait les appeler à Paris auprès de mon père.--En effet, c'est là la pensée de M. de Talleyrand, parce que l'habileté et la sagesse du Roi ont inspiré à l'Europe de la confiance, en raison inverse de la méfiance que la politique anglaise des derniers mois a généralement propagée.--Mon père désire beaucoup que M. de Talleyrand retourne en Angleterre, mais avant de causer avec votre oncle à ce sujet, j'avais dit au Roi que ce retour me paraissait impossible.--En effet, Monseigneur, il est difficile.--Mais vous, madame, que désirez-vous?--Ce qui sera agréable au Roi, Monseigneur; et si M. de Talleyrand ne retourne pas à Londres, c'est qu'il sera persuadé qu'avec les données actuelles, il ne saurait y être utile. Personnellement, j'aime extrêmement l'Angleterre; mille liens de reconnaissance et d'admiration m'y attachent, surtout les bontés de la Reine, l'amitié de lord Grey et du duc de Wellington; mais il y a de certains amis qu'on ne perd pas pour les avoir quittés, et j'espère bien, dans le cours des années, aller remercier ceux que j'ai eus en Angleterre, de toutes leurs bontés pour moi pendant les quatre dernières années[50].--Mais, quittant l'ambassade, que fera M. de Talleyrand?--Ce qui plaira au Roi: si le Roi désire le voir, il ira lui offrir ses hommages; si Sa Majesté lui permet de se reposer, il restera dans la retraite, à soigner ses jambes, qui, comme vous le voyez, sont bien faibles et bien douloureuses; en un mot, Monseigneur, il sera toujours le serviteur dévoué du Roi.» Et nous en sommes restés là, de cette conversation assez singulière.
[50] La duchesse de Dino n'est jamais retournée en Angleterre malgré le bon souvenir qu'elle gardait à ce pays.
_Valençay, 30 octobre 1834._--Hier matin, tous les voisins de Tours, de Blois, des environs, sont partis de bonne heure, ainsi que M. Motteux, qui a laissé un joli chien anglais à M. de Talleyrand. Ce bon petit Motteux nous a quittés avec des regrets infinis, s'étant parfaitement amusé ici, passant sa vie à la cuisine, au pressoir, au marché; ne causant guère, mais n'étant ni indiscret, ni importun, ni mal disant.
Avant le déjeuner, M. le duc d'Orléans a visité les deux ateliers de bonneterie[51], y a acheté et fait des commandes. Après le déjeuner, il a voulu voir nos écoles et l'établissement des Sœurs; il a beaucoup donné pour les pauvres. Il a paru vraiment frappé de la bonne tenue du petit couvent, et particulièrement des manières de la Supérieure. A cette occasion, il m'a raconté qu'un de ses aïeux, ayant prêté de l'argent au Saint-Siège, que celui-ci n'avait pas rendu au terme indiqué, le Pape envoya, en compensation, une Bulle par laquelle il créait tous les descendants mâles de la famille _sous-diacres-nés_, et chanoines de Saint-Martin de Tours, avec le droit de toucher, sans gants, aux vases sacrés, et de se placer à l'église du côté de l'évangile, au lieu du côté de l'épître. Le Roi Louis-Philippe a été reçu chanoine de Tours, à l'âge de sept ans.
[51] En entrant dans cette bonneterie, fort célèbre alors en France, on pouvait voir, surmontées d'une inscription portant leurs noms, les jambes moulées de toutes les amies du prince de Talleyrand, que ces dames avaient fait faire, afin de donner un modèle exact au fabricant de Valençay.
Plus tard nous avons conduit le Prince aux étangs de la forêt, auprès desquels était un grand feu de bivouac.
Avant le dîner, le Prince a encore voulu causer seul avec M. Talleyrand, puis avec moi. Après, on a joué une poule au billard, cela a été très animé; les dames étaient de la partie. Le thé pris, et les lettres arrivées par la poste reçues, celles-ci annonçant la retraite du maréchal Gérard, M. le duc d'Orléans est rentré chez lui, a mis son costume de voyage, et à onze heures et demie, après force gracieusetés, il est parti.
Quoique tout se soit bien passé pendant son séjour ici, et que le Prince ait vraiment été à merveille pour tout le monde, je n'en suis pas moins singulièrement soulagée de son départ. Je craignais à chaque instant quelque accident, ce qui m'a fait m'opposer formellement à toute chasse; je craignais les mauvais cris, le mauvais temps, mille choses, et enfin, j'étais harassée de fatigue.
Comme je le prévoyais, le voyage de M. le duc d'Orléans a éclairci notre avenir, en ce sens que M. de Talleyrand a dit au Prince qu'il n'y avait plus rien à faire pour lui à Londres, que le caractère personnel de lord Palmerston, la route actuelle suivie par le Cabinet anglais, l'absence de tout le haut Corps diplomatique de Londres, et la tendance évidente de toutes les Cours de retirer leur action de cette capitale et de centraliser la haute politique ailleurs; que, par-dessus tout cela, la fatigue de ses jambes lui faisait une nécessité de ne plus retourner en Angleterre, à moins d'une réaction qui le rendît, lui, M. de Talleyrand, plus propre que tout autre à y traiter les affaires de la France; mais que pour le moment, il croyait que n'importe qui ferait aussi bien, si ce n'est mieux que lui. M. le duc d'Orléans nous a positivement dit qu'il avait été chargé par le Roi de connaître les intentions de M. de Talleyrand, et, en même temps, de lui exprimer, s'il ne retournait pas à Londres, le désir de le voir à Paris pour causer avec lui; qu'il tenait beaucoup à ce que M. de Talleyrand n'eût pas l'air de retirer son intérêt et sa participation à l'œuvre à laquelle il avait tant travaillé.
M. le duc d'Orléans m'a raconté un petit fait curieux: c'est que Lucien Bonaparte lui avait écrit, il y a dix-huit mois, une lettre assez plate pour le prier d'obtenir pour lui le poste de ministre de France à Florence!
J'apprends, à l'instant, que le Roi a positivement refusé d'appeler le duc de Broglie à la présidence du Conseil, en remplacement du maréchal Gérard. Il est évident que c'est la crise ministérielle qui a empêché les trois ministres qui devaient venir ici de s'y rendre. Je n'en suis pas fâchée, car cela a ôté tout caractère politique au séjour du Prince.
Il m'a parlé beaucoup de Rochecotte et de son désir d'y revenir l'été prochain.
_Valençay, 31 octobre 1834._--Nous avions ici M. le comte de la Redorte. C'est un homme qui a du savoir positif; il a beaucoup étudié, beaucoup voyagé; il se souvient de tout, mais, malheureusement, au lieu d'attendre qu'on frappe à sa porte, comme ferait un Anglais, il l'ouvre toute grande et force les gens à y entrer. Quoique d'une belle figure, et de manières douces, avec un charmant son de voix, il est tout simplement assommant, et par les faits, les dates, les chiffres dont il remplit sa conversation, les détails minutieux dans lesquels il entre, les lourds sujets d'économie politique dans lesquels il se plonge, tête baissée, il fatigue, éteint, écrase ses auditeurs. Avec cela des opinions faites sur tout, des jugements absolus, des rédactions arrangées d'avance; c'est d'un ennui à périr! Nos Anglais, ici, le portaient sur leurs épaules! Il est parti après le déjeuner. Au moment où il est sorti, M. de Talleyrand a dit: «Voilà un esprit arrêté avant d'être arrivé.» Il a dit aussi un mot assez piquant sur Mme de Sainte-Aldegonde, qui est également partie ce matin. A propos de ses sourcils si noirs qui surmontent des yeux sans beaucoup d'expression: «Ce sont», a-t-il dit, «des arcs sans flèches».
Voici l'extrait d'une lettre reçue de Paris hier soir; elle est du 29: «Les chevaux de poste étaient, dimanche 26, dans la cour de M. de Rigny, qui allait partir avec Bertin de Veaux, lorsque le Roi l'a fait chercher, et lui a ordonné de différer son départ d'un jour; le moment opportun pour partir ne s'est plus retrouvé. Hier, à quatre heures, le maréchal Gérard a forcé le Roi à accepter sa démission. La résolution de M. de Rigny est de ne pas accepter la Présidence qu'on veut bien lui offrir; il ne se reconnaît ni les talents, ni la consistance nécessaires pour remplir ce poste. Il ne peut pas se dissimuler que l'embarras seul d'un choix le fait porter sur lui, et si ce refus doit lui faire perdre sa place, il s'en consolerait, en pensant qu'il vaut mieux quitter les affaires sur une pareille question que d'en sortir plus tard moins honorablement. Mais comment cela va-t-il finir? Ce qui paraît le plus vraisemblable, c'est l'entrée de M. Molé au ministère. M. Thiers voudrait bien arriver à la Présidence, mais il n'ose pas encore y prétendre formellement. M. Molé ne resterait pas longtemps; ses moyens, son caractère, son entourage, tout le fera promptement tomber; ce sera suffisant à M. Thiers pour arriver à son but, du moins il s'en flatte. Il eût bien mieux aimé cependant que M. de Rigny se fût chargé du rôle qu'il destine à M. Molé; mais là, toute son éloquence a échoué!»
_Valençay, 1er novembre 1834._--On m'écrit, de Paris, qu'un article très injurieux pour M. de Talleyrand et pour moi vient de paraître dans une revue périodique; il y a bien des années que je suis agonisée d'injures, de libelles, de mille saletés, calomnies et horreurs, et j'en aurai ainsi pour le reste de ma vie. Vivant dans la maison et dans la confiance de M. de Talleyrand, me trouvant, d'ailleurs, à l'époque la plus libellique, la plus vaniteuse, comment aurais-je échappé à la licence de la presse, à ses attaques, à ses injures? J'ai été longtemps à m'y accoutumer: j'en ai été cruellement atteinte, bouleversée, malheureuse; je n'arriverai même jamais à y rester indifférente. Une femme ne saurait l'être, et aurait, ce me semble, mauvaise grâce à le devenir; mais comme il serait également absurde de laisser son repos à la merci des gens qu'on méprise, j'ai pris le parti de ne rien lire en ce genre, et plus j'y suis directement intéressée, plus je désire ignorer. Je ne veux pas savoir le mal qu'on pense, qu'on dit ou qu'on écrit de moi ou de mes amis. Si ceux-ci font des fautes, ou que moi j'aie des torts, je les connais de reste, et désire les oublier. Quant à la calomnie, elle me dégoûte et m'indigne, et je ne vois pas pourquoi j'en recevrais les éclaboussures dans mes affections et dans mes intérêts les plus chers. Si on pouvait lutter, combattre et éclairer, à la bonne heure; il faudrait alors savoir pour être en état de répondre; mais comme répondre serait déplorable et que le silence est prescrit, ne vaut-il pas mieux éviter une connaissance pénible et stérile? Les peines, les amertumes sont si nombreuses dans la vie, il en est un si grand nombre d'inévitables, que je ne songe plus qu'à en écarter le plus que je puis, sûre qu'il restera toujours suffisamment de quoi exercer mon courage et ma résignation.
Un autre de mes motifs pour ne pas approfondir la malveillance, c'est que j'ai trop de peine à la pardonner; car si la reconnaissance est une des qualités les plus profondément gravées dans la bonne partie de ma nature, je crains toujours que la rancune lui serve de contrepoids: je n'ai jamais oublié ni un service, ni un mot d'amitié, mais je me suis trop souvent peut-être souvenue d'une injure ou d'une parole hostile. Ce n'est pas, Dieu merci, que la rancune me conduise à la vengeance, non; ma mémoire, quelque amère qu'elle puisse rester, ne m'a jamais inspirée hostilement contre ceux qui m'ont offensée; mais alors c'est moi-même qui souffre; je ne connais rien de plus douloureux au monde que d'éprouver de la malveillance, et tout inoffensive et silencieuse qu'elle reste au dehors, elle me ronge en dedans, et me fait mal en rongeant l'âme et rompant l'équilibre.
Je n'ai eu, hélas! que trop d'occasions de scruter, d'analyser, d'anatomiser, de disséquer mon _moi moral_. Qui est-ce qui n'a pas sa maladie chronique morale, comme sa maladie physique? Et qui est-ce qui, à un certain âge, ne sait pas ou ne doit pas savoir le régime qui convient le mieux à son esprit comme à son corps?
_Valençay, 4 novembre 1834._--J'arrive d'une course que nous avons faite à Blois et dans les environs, avec nos Anglais qui retournaient à Paris. Avant-hier, nous avons visité Chambord, qui a paru, ce qu'il est en effet, bizarre, original, curieux, riche de détails, du reste dans un assez vilain pays et dans un état déplorable. La fenêtre de l'oratoire de Diane de Poitiers, sur laquelle François Ier avait écrit ses deux vers impertinents sur les femmes, existe encore[52], mais les carreaux sont brisés; ces vers étaient peu honorables pour un Roi chevalier. Le lieu où le _Bourgeois gentilhomme_ fut représenté pour la première fois devant Louis XIV existe aussi, ainsi que la table sur laquelle on a ouvert et embaumé le corps du maréchal de Saxe qui est mort à Chambord; c'est même le seul objet mobilier qui soit resté dans le château.
[52] Souvent femme varie, Bien fol est qui s'y fie!
Nous sommes revenus assez tard à Blois, et hier, dans la matinée, nous avons visité le château de Blois, maintenant une caserne, et certes, un des plus curieux monuments de France. Bâti des quatre côtés, il offre quatre architectures différentes. La partie la plus ancienne date d'Étienne de Blois, Roi d'Angleterre, souche des Plantagenet; la seconde de Louis XII, où son emblème, un porc-épic avec le motto: _Qui s'y frotte, s'y pique_, se trouve encore. Puis la partie François Ier, avec tout l'élégant cachet de la Renaissance; c'est là que le duc de Guise a été assassiné, que Catherine de Médicis est morte; c'est là qu'est la salle des fameux États généraux de Blois: on voit la cheminée dans laquelle on a brûlé le corps de Guise et le cachot où le cardinal et l'archevêque de Lyon ont été enfermés; la petite niche où Henri III a placé les moines auxquels il ordonnait de prier pour le succès de l'assassinat; la fenêtre par laquelle Marie de Médicis s'est sauvée, et l'appartement où la veuve de Jean Sobieski est morte[53]. Le quatrième côté enfin, bâti par Gaston d'Orléans dans le style des Tuileries, n'a jamais été achevé. Près du château est un vieux pavillon où étaient les bains de Catherine de Médicis; à côté, une vieille masure qui servait de retraite aux mignons de Henri III.
[53] Marie-Casimire d'Arquien, morte en 1716.
En revenant de cette course ici, j'ai eu la triste nouvelle de la mort de la princesse Tyszkiewicz, qui a expiré avant-hier à Tours. C'est moi qui ai dû l'apprendre à M. de Talleyrand. A son âge, de semblables pertes frappent davantage la pensée que le cœur; on y voit plutôt un avertissement personnel qu'on n'y trouve une affliction. Il était plus saisi que moi; moi plus affligée que lui, car j'aimais réellement la Princesse; je lui étais profondément reconnaissante de tout ce qu'elle a, jadis, été pour moi et, quoiqu'elle se soit survécu à elle-même, je ne puis songer sans peine à toute cette partie du passé qui s'enterre avec elle. Car on perd, avec des amis, non seulement eux-mêmes, mais encore une partie de soi-même.
M. de Talleyrand a été du même avis que moi, qu'il ne fallait pas laisser reposer au milieu d'étrangers cette pauvre et illustre personne, nièce du dernier Roi de Pologne, sœur unique de l'infortuné maréchal prince Poniatowski: elle sera enterrée à Valençay.
Une lettre arrivée hier soir ici, de Paris, disait ceci: «Il n'y a rien de fait pour le ministère; cela finit par être extrêmement ridicule; les intrigues se continuent. Avant-hier, on croyait tout fait et que Thiers partait pour Valençay; hier tout était changé, et on en est au même point. Il n'y a jamais eu un dissolvant pareil à Thiers; nous payons cher son talent de parole; il faudrait cependant bien en finir. M. de Rigny est tout prêt à se retirer, M. Guizot porte toujours Broglie pour la présidence du Conseil et Thiers pousse Molé.»
_Valençay, 6 novembre 1834._--L'autre jour, M. Royer-Collard m'a raconté quelque chose d'amusant, parce que cela le peint très bien. Il me disait que la seconde Mme Guizot lui reprochait vivement de renier la _doctrine_, de se refuser à en être le père, l'appui, le défenseur, et de ce qu'en se plaignant, comme il le faisait, d'être réclamé par eux, il causait beaucoup d'embarras à ceux qui en étaient; que c'était mal et qu'elle le priait, par cette considération, de ne plus les attaquer, les tourner en ridicule et les renier, comme il le faisait à chaque occasion: «Ah! madame! vous voulez donc qu'en laissant le public dans l'erreur, je me prive de ma consolation et de ma vengeance!» Elle était furieuse... La seule, mais très vive irritation de M. Royer-Collard est contre tout ce qui touche à M. Guizot et tout ce qui en porte le nom; cette irritation n'est peut-être pas sans quelque fondement. M. Royer n'a aucun goût pour M. de Broglie, dont la haute vertu ne lui a pas paru être à la hauteur des dernières circonstances; et quant à Mme de Broglie, il l'aime encore moins, parce que sa dévotion ne la préserve d'aucune des agitations et même des intrigues politiques; le contraste que cela produit lui déplaît.
_Valençay, 7 novembre 1834._--Voici une anecdote parfaitement certaine qui m'a été contée par un témoin oculaire et qui m'a beaucoup frappée. M. Casimir Perier est mort, comme on sait, du choléra; mais en outre il était complètement fou dans les derniers dix jours de sa vie, disposition qui s'était déjà manifestée chez plusieurs membres de sa famille. Eh bien! quelques heures avant sa mort, deux des ministres ses collègues, avec deux de ses frères, causaient dans un coin de sa chambre des embarras que l'arrivée de Mme la duchesse de Berry produisait en Vendée, des difficultés qui en résultaient pour le gouvernement, du parti qu'il y aurait à prendre, de la responsabilité qui en résulterait, et de la terreur de chacun de l'affronter. Cette conversation fut, tout à coup, interrompue par le malade, qui, se dressant sur son lit, s'écria: «Ah! si le président du Conseil n'était pas fou!» Puis, retombant sur son oreiller, il se tut et mourut bientôt après. Cela n'est-il pas frappant et ne fait-il pas frissonner comme le _Roi Lear_?
_Valençay, 9 novembre 1834._--J'ai été hier à Châteauvieux voir M. Royer-Collard. Il avait reçu des lettres de plusieurs des ministres démissionnaires. On lui mande qu'aussitôt les cinq démissions données, toutes cinq _galamment_ acceptées, le Roi a fait chercher M. Molé, et lui a confié, avec la présidence du Conseil, la recomposition totale du Cabinet. M. Molé a demandé vingt-quatre heures pour réfléchir sur lui-même et voir avec qui il pourrait s'entendre, mais chacun ayant décliné le fardeau dont il offrait le partage, il a été obligé de s'y soustraire également, et tout était retombé dans le vague et peut-être l'impossible.
Il y a un déchaînement nouveau dans presque tous les journaux contre M. de Talleyrand; les uns le tuent, les autres le disent malade de corps et d'esprit, d'autres l'injurient grossièrement et salement. M. Royer-Collard explique cette nouvelle reprise de fureur par la crainte que la présidence du Conseil ne soit offerte à M. de Talleyrand et acceptée par lui. Il paraît que beaucoup de gens, frappés de la pénurie d'hommes, voudraient qu'on s'adressât ici, et que la terreur que cela inspire à de certains autres envenime toutes leurs démarches, leurs paroles et leurs écrits. Quel triste honneur que d'être ainsi le pis-aller de quelques-uns et l'objet de la haine de plusieurs autres, et cela à un âge où le besoin seul du repos doit dominer et où la seule et dernière condition permise est de finir honorablement!
_Valençay, 10 novembre 1834._--Voici l'extrait d'une lettre que j'ai reçue hier de M. Royer-Collard: «Je dirai fort sérieusement à M. de Talleyrand, qu'après quatre années d'absence, je ne m'étonne pas qu'il mette plus d'importance aux articles de journaux qu'ils n'en ont réellement aujourd'hui. Il ne sait pas à quel point le prestige de la presse est usé comme tous les autres; qui répondrait à un journal après deux ou trois jours ne serait pas compris, on aurait oublié. Il n'est plus donné à la témérité des paroles d'élever ou d'abaisser un personnage; dans le débordement de la louange, comme de l'injure, on reste ce que l'on est. C'est le procès de nos mauvais jours!
«Non, il n'y a rien de fait à Paris; c'est que rien de spécieux n'est possible. Ici se révèlent les véritables conséquences de la dernière révolution. M. de Talleyrand a eu l'habileté et le bonheur de la faire tourner à sa gloire, mais il ne recommencerait pas ce miracle. Sa dernière habileté sera de finir à temps, je dirais volontiers de rompre à la fois avec l'Angleterre et la France, telles que cette année-ci les a faites. Je reviens souvent à l'idée qu'il aurait fallu dénouer dès l'année dernière, et se mettre en sûreté; il était naturel de s'y tromper, je m'y suis trompé aussi. Vous seule, madame la Duchesse, disiez vrai. Dans ce même fauteuil d'où je vous écris aujourd'hui, je vous combattais en aveugle, car vous seule pouviez bien savoir, bien juger. J'ai eu tort; c'est un hommage de plus que j'aime à vous rendre.»
_Valençay, 11 novembre 1834._--M. Damer mande de Paris ce qui suit: «Avez-vous entendu une horrible histoire relative à Mme et à Mlle de Morell, sœur et nièce de M. Charles de Mornay, et qui est arrivée à l'École militaire de Saumur[54]? Un jeune homme de cette ville, nommé M. de La Roncière, assez mauvaise tête, est devenu amoureux de Mme de Morell; elle a fait, ou non, quelques coquetteries pour lui, c'est ce que je ne sais pas exactement, mais finalement, elle lui a donné son congé. Il a résolu alors de se venger, et a fait la cour à la fille, jeune personne de dix-sept ans; il lui écrivait continuellement et la menaçait de tuer son père et sa mère si elle ne l'écoutait pas. Elle a été trouvée, une nuit, dans une espèce d'état de folie. Le jeune homme, ayant appris son état, s'est enfui de l'École, mais a été arrêté depuis. Il a montré alors des lettres, supposées ou non, qu'il prétend lui avoir été écrites par la mère et par la fille et qui les compromettraient gravement. On dit que Charles de Mornay est arrivé à Paris à cause de cette affaire.»
[54] Cette affaire amena un procès criminel qui fit grand bruit. Émile de La Roncière fut traduit devant le jury d'Angers en 1835, et malgré l'habileté de son défenseur, Me Chaix-d'Est-Ange, il fut condamné à dix ans de réclusion. En 1843, le Roi Louis-Philippe lui fit remise de deux années de détention qui lui restaient encore à faire.
_Valençay, 12 novembre 1834._--Une lettre écrite avant-hier de Paris, pendant que le Roi signait, dans le cabinet voisin, l'ordonnance créatrice du nouveau ministère, qui n'a pu paraître que dans les journaux d'hier matin, nous est arrivée ici hier soir. Elle apporte des noms inattendus et presque nouveaux. Il n'y aurait peut-être pas grand mal à cela, s'ils l'étaient tous également, mais il en est un, vieilli dans les fastes de l'Empire, et auquel on en a attribué la perte, le duc de Bassano; il en est un autre, celui de M. Bresson, qui ébahira probablement, et qui, pour l'invraisemblable, aurait mérité la fameuse lettre sur le mariage de M. de Lauzun. Je n'ai pas besoin de dire les réflexions qu'il nous a fait faire, à nous, gens de Londres, qui avons vu naître, se perdre et ressusciter l'individu, le tout avec une si merveilleuse rapidité! Je n'ai pas besoin de dire, non plus, que cette solution ministérielle fixe toutes les irrésolutions de M. de Talleyrand et donnera des ailes à sa démission de l'ambassade de Londres.
_Valençay, 13 novembre 1834._--Voici l'impression produite sur M. Royer-Collard par la nouvelle phase ministérielle: «Mais c'est un ministère Polignac! Je m'attendais à tout plutôt qu'à cette aventure. Je suis bien étonné que M. Passy, qui a du mérite et de l'avenir, se soit enrôlé dans cette troupe. Voilà l'ancien Cabinet jeté dans l'opposition; mais soit qu'il attaque, soit qu'il appuie traîtreusement, il se fraye un chemin au retour; il reviendra, cela me paraît infaillible.» Le mot _aventure_ est le mot propre, car assurément, ce que tout ceci est le moins, c'est une _combinaison_.
_Valençay, 16 novembre 1834._--Nous avons appris, par le courrier d'hier au soir, que le ministère de fantaisie avait vécu «ce que vivent les roses, l'espace d'un matin». La comparaison n'est pas choquante. Ce sont MM. Teste et Passy qui, le 13 au soir, sont venus remettre au Roi leur démission, motivée sur la situation pécuniaire du duc de Bassano. Ces démissions devaient entraîner les autres, et, en effet, le lendemain matin, M. Charles Dupin est venu offrir la sienne, et M. de Bassano a reconnu qu'il ne pouvait plus rien faire et que, dès lors, «tout était dit et fini».
Avant-hier 14, à quatre heures du soir, rien n'était arrangé, ni projeté, ni espéré. Quelle cruelle et déplorable situation pour le Roi! Si on voulait faire une pièce de théâtre de cette crise ministérielle, on ne pourrait même pas lui appliquer la règle des vingt-quatre heures!
Je trouve la conduite de MM. Teste et Passy impardonnable! Il paraît que c'est eux qui avaient le plus insisté, dans l'origine, pour que le duc de Bassano obtînt la Présidence avec le ministère de l'Intérieur, et, certes, ils n'en étaient pas alors à apprendre la situation pécuniaire de M. de Bassano; car, depuis deux ans, elle était connue de tout le monde.
_Valençay, 18 novembre 1834._--Voici le passage important d'une lettre écrite hier par M. de Talleyrand à Madame Adélaïde: «Quel soulagement! Je remercie de bon cœur le maréchal Mortier d'avoir accepté la présidence du Conseil! Je voudrais faire comme lui, et remonter à la brèche; mais l'Angleterre pour moi est hors de question! Vienne me plairait, sans doute, à beaucoup d'égards, et conviendrait d'ailleurs à Mme de Dino, que tout son dévouement pour moi console difficilement de quitter Londres, où elle a été si bien appréciée; mais, à mon âge, on ne va plus chercher les affaires si loin de ses foyers! S'il ne s'agissait que d'une mission spéciale, auprès d'un Congrès; d'une réunion telle que celles de Vérone et d'Aix-la-Chapelle, je serais prêt. Et si pareille circonstance, qui n'est rien moins qu'invraisemblable, se présentait et que le Roi me crût encore capable de bien représenter la France, qu'il me donne ses ordres et je pars à l'instant, heureux de lui consacrer mes derniers jours. Mais une mission permanente ne peut plus me convenir, à Vienne surtout, où l'on m'a vu, il y a vingt ans, l'homme de la Restauration. Mademoiselle a-t-elle bien songé à un pareil rapprochement? Et cela en regard de Charles X, de Madame la Dauphine qui vient souvent à Vienne, et qui reçoit tous les honneurs dus à son rang, à ses malheurs, et à sa proche parenté? Simples particuliers en Angleterre, les Bourbons de la branche aînée sont des Princes, presque des prétendants en Autriche; c'est, pour l'ambassadeur du Roi, une énorme différence; peu sensible peut-être pour tel ou tel, mais décisive pour moi dans la vie duquel 1814 reste écrit en gros caractères.--Non, Madame, il n'y a plus pour moi d'autre existence que celle d'une retraite sincère et complète, d'une vie privée simple et paisible. Ceux qui voudront me supposer quelque arrière-pensée seront de mauvaise foi: à mon âge, on ne s'occupe plus que de ses souvenirs, etc.[55]...»
[55] Cette lettre, dont il n'est cité ici qu'une partie, a été donnée tout entière par la comtesse de Mirabeau dans son livre: _Le prince de Talleyrand et la Maison d'Orléans_, et se trouve aussi dans le tome V des _Mémoires_ du prince de Talleyrand, parus en 1892.
Le _Journal des Débats_ annonce la démission de M. de Talleyrand, et, dans son intrigue, cherche à la rattacher au ministère Bassano[56]. Assurément, de tout, c'est ce qui l'aurait le mieux expliquée, mais elle n'a été motivée par aucun des noms français qui ont successivement occupé le public depuis quinze jours. Il y avait une manière plus convenable, plus élevée, plus vraie d'en parler; mais l'esprit de parti dénature tout à son propre profit! A la bonne heure, nous n'avons plus à y regarder.
[56] Voici, en entier, cette lettre de démission, quoiqu'elle ait déjà paru dans les _Mémoires_ de M. de Talleyrand:
_Lettre du prince de Talleyrand à M. le ministre des Affaires étrangères._
MONSIEUR LE MINISTRE,
Lorsque la confiance du Roi m'appela, il y a quatre ans, à l'ambassade de Londres, la difficulté même me fit obéir; je crois l'avoir accomplie utilement pour la France et pour le Roi, deux intérêts toujours présents à ma pensée. Dans ces quatre années, la paix générale maintenue a permis à toutes nos relations de se simplifier; notre politique, d'isolée qu'elle était, s'est mêlée à celle des autres nations; elle a été acceptée, appréciée, honorée par tous les honnêtes gens de tous les pays. La coopération que nous avons obtenue de l'Angleterre n'a rien coûté ni à notre indépendance, ni à nos susceptibilités nationales; et tel a été notre respect pour le droit de chacun, telle a été la franchise de nos procédés, que loin d'inspirer de la méfiance, c'est notre garantie que l'on réclame aujourd'hui, contre cet esprit de propagandisme qui inquiète la vieille Europe. C'est assurément à la haute sagesse du Roi, à sa grande habileté, qu'il faut attribuer des résultats aussi satisfaisants. Je ne réclame pour moi-même d'autre mérite que celui d'avoir deviné, avant tous, la pensée profonde du Roi, et de l'avoir annoncée à ceux qui se sont convaincus, depuis, de la vérité de mes paroles. Mais aujourd'hui que l'Europe connaît et admire le Roi; que, par cela même, les principales difficultés sont surmontées; aujourd'hui que l'Angleterre a, peut-être, un besoin égal au nôtre, de notre alliance mutuelle, et que la route qu'elle paraît vouloir suivre doit lui faire préférer un esprit à traditions moins anciennes que le mien; aujourd'hui, je crois pouvoir, sans manquer de dévouement au Roi et à la France, supplier respectueusement Sa Majesté d'accepter ma démission, et vous prie, Monsieur le Ministre, de la lui présenter. Mon grand âge, les infirmités qui en sont la suite naturelle, le repos qu'il conseille, les pensées qu'il suggère, rendent ma démarche bien simple, ne la justifient que trop, et en font même un devoir. Je me confie à l'équitable bonté du Roi pour en juger.
Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma très haute considération.
Le prince DE TALLEYRAND.
Valençay, 13 novembre 1834.
(Le _Moniteur universel_ du 7 janvier 1835 donna cette lettre.)
On assure que, pendant la crise ministérielle, M. de Rigny s'est conduit avec fermeté, dignité et convenance. Il n'en a pas été ainsi de tout le monde, et voici un détail curieux sur l'exactitude duquel on peut compter. Dans ce fameux Conseil d'il y a dix jours, dans lequel chacun a jeté son masque et où M. Guizot a voulu imposer M. de Broglie au Roi, comme ministre des Affaires étrangères, le Roi a dit en levant la main: «Jamais cette main ne signera l'ordonnance qui rappellera M. de Broglie aux Affaires étrangères.» Alors M. Guizot a sommé le Roi de déclarer pourquoi il s'y refusait: «Parce que, a répondu celui-ci, M. de Broglie a failli me brouiller avec l'Europe. J'en appelle au témoignage de M. de Rigny ici présent (lequel a fait silencieusement un signe d'acquiescement), et si on voulait me faire violence, je parlerais.--Et nous, Sire, nous écrirons,» a repris M. Guizot... Peut-on rien imaginer de semblable? Et voit-on après cela toutes ces mêmes figures assises au même tapis vert et réglant, d'un commun accord, les destinées de l'Europe?
_Valençay, 19 novembre 1834._--Nous avons appris, hier au soir, par une lettre de Londres, le grand événement du changement de ministère en Angleterre, et le retour des Tories au pouvoir[57]. Ce matin déjà, un courrier du Roi est arrivé ici, porteur d'une lettre de la main même de Sa Majesté, et d'une de Mademoiselle. Caresses, prières, supplications, il y a de tout dans ces lettres. Mon nom même, répété sans cesse, est appelé à l'aide. Tout cela est employé pour déterminer M. de Talleyrand à reprendre son ambassade de Londres. Le Prince royal m'écrit dans ce sens de la manière la plus pressante; toutes les autres lettres reçues par la poste sont dans le même esprit. Mme Dawson Damer m'écrit qu'elle espère que le changement du Cabinet anglais fera retirer la démission de M. de Talleyrand, et que la Reine d'Angleterre ne me pardonnerait pas s'il en était autrement. Lady Clanricarde me dit qu'elle a d'autant plus peur de voir échouer les Tories dans leur essai, que cela ferait retomber l'Angleterre dans les griffes de lord Durham, et qu'elle ne voit qu'un côté agréable à tout ceci, c'est la presque certitude de mon retour à Londres. C'est fort gracieux, mais nullement concluant.
[57] Le Cabinet whig, présidé par lord Melbourne, était tombé le 15 novembre, et fit place à un ministère tory, qui ne devait pas, d'ailleurs, durer plus de trois mois. Il était présidé par sir Robert Peel et, au ministère des Affaires étrangères, le duc de Wellington remplaçait lord Palmerston.
M. de Rigny m'écrit des excuses de son long silence et me paraît fort en dégoût de la dernière quinzaine, peu rassuré sur les chances futures du ministère français, quoique M. Humann eût accepté et que le replâtrage fût consommé; puis il ajoute le morceau obligé sur l'_impossibilité_ pour nous de ne pas retourner à Londres, et sur la _volonté_ positive du Roi à cet égard.
M. Raullin, de son petit coin, croit aussi devoir faire sa petite hymne d'occasion; il dit que les doctrinaires, chez Mme de Broglie, en disaient autant, mais que, du reste, toute cette coterie, ainsi que la Bourse et les Boulevards, étaient dans la plus grande agitation des nouvelles d'Angleterre. Il me mande des drôleries sur le duc de Bassano et sur M. Humann. Le courrier qui est parti pour aller trouver celui-ci l'a trouvé à Bar; il a dit qu'il ne répondrait que de Strasbourg. J'aime ce flegme alsacien.
On dit aussi que l'amiral Duperré se fait tirer l'oreille pour accepter la marine. Jusqu'à hier matin, il n'y avait que des ministres _in petto_. M. de Bassano signait imperturbablement et travaillait au ministère de l'intérieur avec la plus belle ardeur.
M. de Talleyrand a reçu aussi beaucoup de lettres. M. Pasquier, en réponse à la lettre d'excuse de ne pouvoir assister au procès[58], insinue une phrase sur les immenses services qu'on est encore appelé à rendre. Mme de Jaucourt écrit quatre lignes sous la dictée de M. de Rigny, pour dire: «Venez, on ne peut se passer de vous; sauvez-nous.» Et enfin M. de Montrond, qui se taisait depuis longtemps, mande que les nouvelles d'Angleterre sont venues tomber sur tout le monde comme des flots d'eau bouillante, qu'on déraisonne à l'envi, que lord Granville prend le changement chez lui de travers. Il se dit aussi chargé par le Roi de nous faire comprendre la _nécessité_ de notre retour en Angleterre; que MM. Thiers et de Rigny le désirent comme leur salut.
[58] D'Armand Carrel, du _National_.
_Valençay, 24 novembre 1834._--M. de Talleyrand persiste, heureusement, dans sa démission; mais tel est le singulier prestige qui s'attache à lui que la Bourse de Paris baisse ou se relève selon les chances plus ou moins probables de son départ pour Londres, que les lettres de toutes parts l'appellent au secours, et que des gens que nous ne connaissons pas même de nom, lui écrivent pour le supplier de ne pas abandonner la France. Cela tient évidemment à deux choses: c'est que le public français ne veut jamais voir dans le duc de Wellington qu'un croquemitaine en personne, et dans M. de Talleyrand que quelqu'un que le diable emportera un jour, mais qui, en attendant, grâce au pacte qu'ils ont ensemble, ensorcelle à son gré l'univers. Que c'est bête, le public! Il est si crédule dans sa foi! si cruel dans les vengeances de ses mécomptes!
_Valençay, 27 novembre 1834._--Une lettre du Roi, arrivée hier et qui est la réponse à celle où M. de Talleyrand persistait dans sa démission, dit, entre autres choses ceci: «Mon cher Prince, je n'ai rien vu de plus parfait, de plus noble, de plus honorable, de mieux exprimé que la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en suis profondément touché. Sans doute, il m'en coûte beaucoup de reconnaître la justesse de la plupart de vos motifs pour ne pas retourner à Londres, mais je suis trop sincère et trop ami de mes amis pour ne pas dire que vous avez raison[59].»
[59] Cette lettre, dont on ne cite ici que le commencement, porte la date du 25 novembre, et a été donnée tout entière dans le livre de la comtesse de Mirabeau: _Le prince de Talleyrand et la Maison d'Orléans_; elle se trouve aussi dans le Ve volume des _Mémoires_ du Prince.
A la suite de cet exorde vient une nouvelle invitation à arriver au plus vite à Paris, pour causer de toutes choses. M. Bresson écrit à M. de Talleyrand une lettre fort spirituelle et fort habile, où il lui demande de vouloir bien lui écrire toutes les moqueries que, sans doute, sa _gloire rapide_ lui aura inspirées; il n'en veut perdre aucune.
M. de Montrond mande que le Roi dit qu'il n'y a rien de plus beau que la lettre de M. de Talleyrand et qu'il faut se rendre à ses raisons; que du reste, les embarras sont grands; que l'on regrette le maréchal Soult; qu'on cherche à le ravoir. Quelle nouvelle ignominie pour nos petits ministres! Il paraît que l'armée se désorganise.
Les Polonais qui sont venus ici pour l'enterrement de la princesse Tyszkiewicz disent, à ce qu'il paraît, du bien de nous à Paris. Il n'y a qu'auprès du Prince Royal que Valençay ait eu un succès contesté par l'influence Flahaut; M. de Montrond enrage du bien qu'on dit de Valençay, dont il a fait tant de moqueries!
_Valençay, 1er décembre 1834._--Lorsque je passai, il y a trois mois, à Paris, j'y vis M. Daure qui écrivait, en assez mauvaise compagnie, dans le _Constitutionnel_ et me parut assez pauvre garçon. Je lui offris de m'intéresser auprès de M. Guizot pour lui faire obtenir de l'emploi dans la recherche des anciens manuscrits et chartiers du Midi, dont le ministère de l'Instruction publique s'occupe. Je fis en effet ma demande; elle fut bien accueillie. Je partis pour ici et n'entendis plus parler de Daure ni de ma demande à M. Guizot; mais, il y a quinze jours, je reçus une lettre de ce dernier pour m'annoncer la nomination de Daure à la place que j'avais demandée pour lui. J'écrivis tout de suite à Daure en lui envoyant la lettre ministérielle, mais ne connaissant pas son adresse, je fis faire à Paris des démarches qui restèrent infructueuses et ma lettre attendait quelques lumières sur ce pauvre homme, lorsque hier au soir j'ai reçu deux lettres, timbrées de Montauban, l'une de l'écriture de Daure, l'autre inconnue. J'ouvris d'abord cette dernière: elle est d'un abbé, ami de Daure, qui d'après les dernières volontés de ce malheureux, m'annonce sa mort; mais quelle mort! Le suicide! La lettre de Daure, écrite peu avant cet acte de folie, est la plus touchante, je dirai même la plus honorable pour moi. Il y a un mot sur ceux qu'il aimait à Londres. Je me reproche très vivement de ne l'avoir point engagé à venir ici cette année, cela l'aurait sans doute détourné de cette cruelle fin!
Il m'est revenu cette nuit à l'esprit que l'automne dernier, à Rochecotte, marchant avec lui tête à tête en allant visiter mes écoles, je lui parlais de sa destinée, de son avenir, je le prêchais sur son désordre, sur son manque d'économie. Il me répondit avec beaucoup de reconnaissance, en me priant de n'être nullement inquiète de lui, qu'il avait une ressource en réserve dont il ne pouvait parler à personne, qui était préparée depuis longtemps, et qui lui demeurerait, tout le reste manquant; qu'il n'était pas aussi imprévoyant qu'il en avait l'air, et qu'il était sans souci de l'avenir parce qu'il pouvait l'être. Je crus, tout bonnement, qu'il avait amassé un peu d'argent... Sotte que j'étais! Il s'est tué précisément au moment où nous enterrions ici la pauvre princesse Tyszkiewicz. Quel triste mois de novembre!
Voici un petit passage de politique, extrait d'une lettre d'hier: «La position des ministres français sera décidée dans huit jours; ils comptent profiter de la première petite circonstance et elle ne tardera pas à se présenter, pour parler franchement de tout ce qu'ils ont fait, de tout ce qui s'est passé, de manière à arranger leur position pour qu'elle soit tolérable, ou bien pour se retirer tout à fait. Ils ne tiennent pas à rester au pouvoir, de la manière dont ils sont abreuvés de dégoûts. Il faut voir ce que la Chambre va faire et quelle sera son attitude. Il avait été question de faire un discours du trône, mais il a été décidé que cela ne serait pas, et je crois qu'on a sagement fait.»
_Valençay, 2 décembre 1834._--Me voici à la veille d'une nouvelle peine: la mort, probable, du duc de Gloucester m'en sera une réelle. Comment ne pas regretter une estime, une confiance, une amitié aussi sincères, aussi solidement éprouvées?
M. Daure a aussi écrit à M. Raullin. Il paraît qu'il était particulièrement préoccupé de l'idée de ne pas reposer dans un cimetière; il a cherché un lieu isolé et désert. Il finit sa lettre à Raullin par le salut des gladiateurs au peuple romain: «_Ave, morituri te salutant!_» Ses dernières lettres ne sont rien moins que d'un fou, et cependant, comment ne pas supposer du désordre de tête? car il était religieux, il avait toujours la Bible dans sa poche et la lisait souvent. Il faut que son imagination inquiète et maladive ait un instant égaré son courage et obscurci sa foi.
On m'écrit de Paris qu'on ne nommera de nouvel ambassadeur pour Londres que quand sir Robert Peel aura constitué un gouvernement. Il a dû traverser Paris hier, à ce que l'on croyait. Une autre raison pour laquelle on ne nommera pas de huit à dix jours, c'est que personne ne se soucierait d'accepter, avant que le sort des ministres français ne soit éclairci, et il est des plus précaires. On remarque le peu d'empressement que mettent les députés à se rendre à la Chambre, comme symptôme du peu de goût qu'ils ont à s'occuper des querelles des ministres. Celles-ci sont sourdes, mais réelles; toujours même révolte contre l'orgueil pédantesque de l'un et les intrigues croisées de l'autre; l'effroi seul de la Chambre les fait encore aller ensemble.
On dit le Roi fort attristé, et peut-être ces messieurs ne doivent-ils leur conservation qu'à ce que la peur de la Chambre agit sur lui comme sur eux. Il paraît qu'on se moque beaucoup à Paris d'une lettre de M. Bresson en réponse à un mot de _la Quotidienne_. On me mande sur cette lettre: «Voilà M. Bresson qui nous fait sa généalogie et qui nous apprend qu'il a toujours été un homme important depuis le jour où il remettait les dépêches au _malheureux et trop méconnu Bolivar_, jusqu'à celui où il a failli être ministre des Affaires étrangères! Nous voilà bien heureux d'être représentés à Berlin par quelqu'un d'aussi considérable! Comprenez-vous cette manie de correspondre avec les journaux? Et puis on s'étonne de la prodigieuse importance de ceux-ci!»
M. de Talleyrand est dans une véritable colère de ce que les communications diplomatiques se colportent à la Bourse et à l'Opéra. C'est ce qui, avec tant d'autres choses, rend de certaines gens impossibles à servir.
_Paris, 7 décembre 1834._--Nous voici rentrés dans ce Paris dont la vie dévorante et hachée convient si peu à M. de Talleyrand et à moi-même. Hier déjà nous avons été envahis par mille devoirs et visites.
A midi, j'ai reçu M. Royer-Collard qui, en allant à la Chambre, venait savoir de mes nouvelles. Il n'a fait qu'entrer et sortir, et n'était venu réellement, je crois, que pour s'acquitter d'une commission de M. Molé. Celui-ci l'a chargé de me dire qu'il désirait revenir chez nous, mais, pour début, venir d'abord chez moi et me trouver seule. Ce rendez-vous a été fixé à demain lundi, entre quatre et cinq heures.
M. Royer-Collard sorti, M. le duc d'Orléans est arrivé, et, à peine assis, il est revenu sur un commérage de Mme de Flahaut. Tout cela s'est passé de fort belle humeur, de fort bonne grâce, mais sans que j'aie, ce me semble, perdu de mes avantages. J'ai été douce, mesurée, à mille lieues de l'hostilité. Mon terrain principal a été celui-ci: «Les propos de Mme de Flahaut sur moi ne sauraient m'atteindre, je n'y regarde pas; il n'y a pas chance que des personnes de mondes, d'habitudes et de situations si différents qu'elle et moi, puissions jamais nous combattre, ni moi être heurtée par elle. Je ne lui en veux que du tort qu'elle vous fait à vous, Monseigneur.--Mais ma principale raison pour l'aimer, c'est qu'elle ne l'est par personne.--Ah! si c'est comme calcul de proportion, Monseigneur doit en effet l'adorer!» Nous nous sommes mis à rire et tout a fini là.
Il m'a parlé d'autre chose, par exemple du tort qu'il avait eu d'être resté si longtemps sans nous écrire, après son voyage à Valençay. J'ai répondu: «En effet, Monseigneur, cela n'était pas trop bien élevé de la part de votre jeunesse, à l'égard du grand âge de M. de Talleyrand, mais il y a une grâce et une franchise dans vos procédés, qui font qu'on est ravi de vous pardonner.»
Il est arrivé alors aux questions générales. Il est fort embarrassé et peiné de l'état des choses, irrité contre son cher ami Dupin de l'étrange façon dont, la veille, il avait traité la Royauté, étonné de lord Brougham dont il m'a rapporté le fait suivant. Le jour de l'arrivée de lord Brougham à Paris, M. le duc d'Orléans l'a rencontré chez lord Granville; il fut question (je ne trouve pas que le lieu fût bien convenable) de l'amnistie, dont l'ex-Chancelier se déclara le partisan violent. Le duc d'Orléans contesta, mais sans, du moins en apparence, le convaincre. Le lendemain, aux Tuileries, lord Brougham tira un papier de sa poche et, en montrant un coin au Prince Royal, lui dit: «Voici mes réflexions sur l'amnistie, que je vais montrer au Roi.» (Autre manque de convenances de la part d'un étranger.) Il remit en effet ce papier. C'était le plaidoyer le plus animé contre l'amnistie! Quand la mobilité va jusqu'à un certain point, elle est, ce me semble, un symptôme évident de démence!
M. le duc d'Orléans a fini sa visite chez moi en voulant me faire sentir l'indispensable obligation dans laquelle était M. de Talleyrand de se rattacher d'une manière publique au gouvernement. J'ai répondu par l'état de ses jambes. Nous nous sommes fort bien quittés.
En redescendant, j'ai trouvé l'entresol plein: Frédéric Lamb, Pozzo, Mollien, Bertin de Veaux, le général Baudrand. Malgré ces échantillons si divers, on parlait aussi librement de toutes choses que si on eût été sur la place publique. Le plus vif était Pozzo, déversant un inconcevable mépris sur le ministère français, plaignant le Roi et en parlant très bien, gémissant sur les embarras de ses ambassadeurs au dehors à travers tout ce qui se passe ici, et fort irrité de certains passages du discours prononcé la veille par M. Thiers.
Nous avons été plus tard dîner chez le comte Mollien où se trouvaient M. Pasquier, le baron Louis, Bertin de Veaux et M. de Rigny qui est arrivé tard, apportant le vote de la Chambre; vote favorable si on veut, mais qu'on fera payer cher au ministère, et dont M. de Rigny, du moins, a le bon sens de ne rien conclure pour le courant de la session.
Il paraît qu'après le discours de M. Sauzet, qui a été admirable, à ce que l'on dit, la Chambre a été hésitante, et que le ministère s'est cru perdu. M. Thiers n'osait plus se risquer; cependant, il l'a fait, presque en désespoir de cause, et il a, dit-on, parlé _miraculeusement_ et fait virer de bord tout le monde. La veille, il avait fait _fiasco_, et les Anglais surtout jettent feu et flamme contre lui de sa très singulière phrase sur l'Angleterre qui, en effet, est inconcevable; mais hier, il a eu évidemment le triomphe le plus complet.
Un fait singulier, et dont je suis certaine, c'est celui-ci: M. Dupin avait promis au Roi, il y a trois jours, de soutenir l'ordre du jour motivé. Avant-hier, il a voté contre; hier il a parlé encore une fois contre, et... il a voté pour!--Pourquoi? Parce qu'après le discours de M. Sauzet, les ministres, se croyant perdus, ont été dire à M. Dupin: «Monsieur le Président, préparez-vous à aller chez le Roi, et ayez votre Cabinet tout prêt, car d'ici à une heure, nous aurons donné nos démissions.» M. Dupin, très empêtré, a dit: «Mais je ne croyais pas que tout ceci deviendrait si sérieux; je ne veux pas votre chute, car je ne me soucie nullement que le «paquet» me retombe sur les bras.» En disant cela, il cherchait à s'esquiver, et à laisser un vice-président à sa place, lorsque Thiers, le prenant par le bras, lui a dit: «Non, monsieur le Président, vous ne sortirez pas d'ici que la question ne soit vidée; si elle l'est contre nous, vous n'irez pas ailleurs que chez le Roi où vous serez condamné à être ministre.» C'est, sans doute, fort curieux; mais quel monde! Quelles gens!
_Paris, 8 décembre 1834._--Hier, en rentrant chez moi, à quatre heures, j'ai été étonnée d'y voir arriver le duc d'Orléans, que je croyais déjà sur la route de Bruxelles; mais il ne devait partir qu'une heure plus tard, et il était venu pour me dire que sir Robert Peel avait passé par Paris et avait envoyé son frère, à lui, duc d'Orléans, qu'il connaît beaucoup, prier le Prince Royal de l'excuser auprès du Roi, s'il ne demandait pas à avoir l'honneur de lui faire sa cour, mais Sa Majesté comprendrait aisément que dans les circonstances actuelles, les heures étaient des siècles. Nous avons conclu deux choses de cette démarche. La première, c'est que sir Robert Peel était décidé à accepter le ministère, puisqu'un simple particulier ne se serait pas cru assez d'importance pour envoyer un tel message; et la seconde, c'est que la courtoisie des paroles prouvait plutôt de bonnes dispositions pour la France que le contraire.
A propos de sir Robert Peel, j'ai reçu hier une lettre de lui, écrite de Rome, à l'occasion du ministère Bassano, très polie, obligeante, et dans laquelle il dit que ce qui l'effraye le plus dans cette combinaison, c'est la crainte qu'elle n'empêche M. de Talleyrand de retourner à Londres.
_Paris, 9 décembre 1834._--Frédéric Lamb, qui est venu chez moi hier matin, m'a raconté des choses fort curieuses; il m'a appris encore pis que ce que je savais déjà sur lord Palmerston; des détails inconcevables, par exemple, sur la conduite de celui-ci dans la question d'Orient, dont nous n'avions pu, nous autres, à Londres, juger que la superficie, et sur mille autres choses. Il m'a dit que, lors de la querelle entre l'Angleterre et la Russie, à propos de sir Stratford Canning, Mme de Lieven avait désiré que la chose pût s'arranger, de façon à ce que Frédéric Lamb fût à Pétersbourg et sir Stratford Canning à Vienne. Cela fut proposé au prince de Metternich qui répondit: «Cet arrangement n'arrangera rien, car le seul ambassadeur que nous soyons décidés à ne jamais recevoir, c'est sir Stratford Canning.»
Il m'a dit encore que M. de Metternich disait de lord Palmerston: «C'est un tyran, et nous ne sommes plus au siècle de la tyrannie.»
Frédéric Lamb déteste lord Granville; du reste, il ne croit pas au succès du Cabinet tory, mais il ne croit pas non plus que son héritage tombe nécessairement aux radicaux. Il croit à la rentrée de lord Grey et cherche les moyens d'évincer lord Palmerston et lord Holland. Il dit, comme Pozzo, comme M. Molé, des choses inouïes de M. de Broglie; jamais on n'a fait plus de fautes que celui-ci, à les en croire.
En rentrant chez moi, hier à quatre heures, j'ai reçu M. Molé. Tout s'est passé comme si nous nous étions vus la veille: lui, me parlant, comme jadis, de lui, de ses affections, intimités, dispositions d'esprit, avec ce charme qui lui est propre. Il m'a dit que j'étais beaucoup plus aimable qu'il y a quatre ans; il est resté près d'une heure. J'ai toujours trouvé qu'on ne causait avec personne aussi parfaitement bien, rapidement, agréablement, qu'avec lui; il est de très bon goût, à une époque à laquelle personne ne l'est plus; il n'a, peut-être, pas l'âme assez haute pour dominer, mais il a l'esprit assez élevé pour ne pas se dégrader, et c'est déjà beaucoup.
Bien des noms propres, bien des faits et des choses ont repassé devant nos yeux dans cette heure, et j'ai été très satisfaite du naturel avec lequel il a tout abordé. Il m'a dit que j'avais dans l'esprit une équité qui rassurait toujours, ceux même qui pourraient craindre mon inimitié; enfin, tout a été pour le mieux. Je ne suis pas sûre que cela se passe aussi bien entre M. de Talleyrand et lui. Je suis chargée d'arranger leur entrevue, et tous deux, ce qui est assez drôle, m'ont priée d'être présente à cette première rencontre.
M. Molé m'a raconté avoir, la veille, écrit à M. Dupin pour refuser de dîner chez lui, en motivant son refus sur la manière dont celui-ci avait, à la tribune, travesti les rapports purement officieux et nullement officiels qu'ils avaient eus ensemble, il y a quinze jours. M. Molé m'a dit encore qu'il ne songeait pas du tout, comme quelques personnes le prétendaient, à l'ambassade d'Angleterre, parce qu'il ne voulait rien accepter du ministère actuel.
Il ne voit plus du tout le duc de Broglie. Il croit que Rayneval est le seul ambassadeur possible à Londres en ce moment et compte aussi en parler au Roi, avec lequel il dit qu'il est très bien. Il salue à peine Guizot et n'est que très froidement avec Thiers.
_Paris, 10 décembre 1834._--C'était, hier soir, une défilade assourdissante de visites chez M. de Talleyrand. Il s'est dit beaucoup de choses, dont voici les seules qui m'ont paru piquantes.
C'est Frédéric Lamb, qui est venu le premier, et avec lequel nous avons été assez longtemps seuls, qui nous les a contées. Il nous a beaucoup parlé de M. de Metternich et de son dire, il y a quatre mois, sur le Roi Louis-Philippe: «Je l'ai cru un intrigant, mais je vois bien que c'est un Roi.» Il nous a dit encore que le jour de la chute du dernier ministère anglais, lord Palmerston en avait mandé la nouvelle au chargé d'affaires d'Angleterre, à Vienne, en l'invitant à la transmettre à M. de Metternich, et en ajoutant: «Vous ne serez jamais dans le cas de faire à M. de Metternich une communication qui lui fasse plus de joie.» Le chargé d'affaires porte cette dépêche au Prince, et, je ne sais pourquoi, la lit tout entière, même cette dernière phrase. M. de Metternich a répondu ceci, que je trouve de très bon goût: «Voici une nouvelle preuve de l'ignorance dans laquelle lord Palmerston est des hommes et des choses; car je ne puis me réjouir d'un événement dont je ne puis mesurer encore les conséquences. Dites-lui que ce n'est pas avec joie que je l'accepte, mais bien avec espérance.»
_Paris, 12 décembre 1834._--Nous avons dîné hier aux Tuileries, M. de Talleyrand, les Mollien, les Valençay, le baron de Montmorency et moi. J'étais assise entre le Roi et le duc de Nemours; ce dernier a un peu vaincu sa timidité; il lui en reste cependant beaucoup. Il est blanc, blond, rose, mince et transparent comme une jeune fille, pas joli à mon gré.
On ne saurait avoir une conversation plus intéressante que celle du Roi, surtout lorsque, laissant la politique de côté, il veut bien fouiller dans les nombreux souvenirs de son extraordinaire vie. J'ai été frappée de deux anecdotes qu'il m'a racontées à merveille, et quoique je craigne de les défigurer en les racontant moins bien, je veux cependant les dire. Un portrait de M. de Biron, duc de Lauzun, qu'il vient de faire copier sur celui que M. de Talleyrand lui a prêté, était là, et a fait naturellement parler de l'original. A ce sujet, le Roi m'a conté qu'en revenant à Paris en 1814, à sa première réception, il vit approcher un homme âgé qui lui demanda de vouloir bien lui accorder quelques minutes d'entretien un peu à part de la foule. Le Roi se plaça dans l'embrasure d'une croisée, et là, l'inconnu tira de sa poche une bague montée avec le portrait de M. le duc d'Orléans, père du Roi, et dit: «Lorsque le duc de Lauzun fut condamné à mort, j'étais au Tribunal révolutionnaire; en sortant, M. de Biron s'arrêta devant moi qu'il avait quelquefois rencontré, et me dit: «Monsieur, prenez cette bague et promettez-moi que, si jamais l'occasion s'en présente, vous la remettrez aux enfants de M. le duc d'Orléans, en les assurant que je meurs fidèle ami de leur père et serviteur dévoué de leur maison.» Le Roi fut, comme de raison, touché du scrupule avec lequel, après tant d'années, la mission avait été accomplie. Il demanda à l'inconnu de se nommer; il s'y refusa en disant: «Mon nom ne peut vous être utile à savoir; il réveillerait peut-être des souvenirs fâcheux; j'ai acquitté ma parole donnée à un mourant, vous ne me reverrez ni n'entendrez jamais parler de moi.» En effet, il ne s'est jamais manifesté depuis.
Voici la seconde anecdote. Lorsque le Roi actuel était encore en Angleterre, ainsi que Louis XVIII et M. le comte d'Artois, celui-ci voulait absolument obliger son cousin à porter l'uniforme des émigrés français et notamment la cocarde blanche, ce à quoi M. le duc d'Orléans s'est constamment refusé, disant que jamais il ne la prendrait. Il était toujours en frac; cela avait même donné lieu à quelques explications assez aigres. En 1814, M. le duc d'Orléans prit la cocarde blanche avec toute la France, et M. le comte d'Artois l'habit de colonel-général de la garde nationale. Le premier jour que M. le duc d'Orléans fut chez M. le comte d'Artois, celui-ci lui dit: «Donnez-moi votre chapeau.» Il le prit, le retourna, et jouant avec la cocarde blanche dit: «Ah! ah! mon cousin! qu'est-ce que c'est donc que cette cocarde? Je croyais que vous ne deviez jamais la porter?--Je le croyais aussi, Monsieur, et je croyais en outre que vous ne deviez jamais porter l'habit que je vous vois; je regrette bien que vous n'y ayez pas joint la cocarde qu'il entraîne.--Mon cher,» reprit Monsieur, «ne vous y trompez pas: un habit ne signifie rien. On le prend, on le quitte, et c'est assez égal. Mais une cocarde, c'est différent: c'est un symbole de parti, un signe de ralliement, et votre signe particulier ne devait pas être vaincu.» Ce que j'ai aimé chez le Roi, qui avait la bonté de me raconter cette scène, c'est qu'il s'est hâté d'ajouter: «Eh bien, madame, Charles X avait raison, et il avait trouvé là une explication plus spirituelle qu'on ne l'aurait attendue.--Le Roi dit vrai,» ai-je repris, «l'explication de Charles X était celle d'un gentilhomme et d'un chevalier, et il est certain qu'il avait de l'un et de l'autre.--Oui, sûrement,» a ajouté le Roi, «et même il a très bon cœur.» J'ai été bien aise de voir cette justice rendue là.
A neuf heures, j'ai été avec Mme Mollien chez la comtesse de Boigne. Elle était venue la première chez moi et m'avait fait dire, par Mme Mollien, qu'elle serait très flattée si je voulais venir quelquefois chez elle le soir. C'est le salon important du moment; la seule maison comme il faut, qui appartienne, je ne dirais pas à la Cour, mais au Ministère, comme celle de Mme de Flahaut appartient à M. le duc d'Orléans et celle de Mme de Massa à la Cour proprement dite. Il n'y en a pas une quatrième. Chez Mme de Boigne, qui reçoit tous les soirs, on s'occupe avant tout de politique, on en parle toujours; la conversation m'a paru tendue, assez incommode par les questions directes poussées jusqu'à l'indiscrétion, qu'on se jette à la tête: «Le duc de Wellington se maintiendra-t-il? Croyez-vous que M. Stanley se joindra à sir Robert Peel? S'ils croulent, cela tournera-t-il au profit des whigs ou des radicaux? Pensez-vous que lord Grey veuille se réconcilier avec lord Brougham?» Voilà par quelles questions j'ai été naïvement assaillie. Je me suis tirée d'affaire en plaidant ignorance complète, et en finissant par dire, en riant, que je ne m'attendais pas, dans une belle soirée, à répondre à des _questions de conscience_. Cela a fini là, mais je n'en avais pas moins reçu une impression désagréable, malgré les excessives gracieusetés de la maîtresse de maison, et j'ai été bien aise de m'en aller.
_Paris, 14 décembre 1834._--Hier, lady Clanricarde a déjeuné chez moi, et nous sommes parties à onze heures et demie pour l'Académie française. M. Thiers, le récipiendaire, nous avait fait garder les meilleures places, et, ce dont je lui ai su gré, loin de sa famille, qui était dans une petite tribune du haut avec la duchesse de Massa. Il n'y avait, dans notre groupe, que Mme de Boigne, M. et Mme de Rambuteau, le maréchal Gérard, M. Molé, M. de Celles et Mme de Castellane. Celle-ci est engraissée, épaissie, alourdie, mais elle a toujours une physionomie agréable, et de jolis mouvements dans le bas du visage. Elle a eu l'air si ravie, si émue, si touchée de me revoir (j'ai été intimement liée avec elle, et au courant de ses intérêts à un point incroyable pour l'imprudence de sa brouillerie subséquente), que cette émotion m'a gagnée; nous nous sommes serré la main. Elle m'a dit: «Me permettez-vous de revenir chez vous?» J'ai dit: «Oui, de très bon cœur.»
Voici notre histoire. Dans le moment du récri des Tuileries contre moi, sous la Restauration, Mme de Castellane m'a reniée et, sans se souvenir du tort qu'il était en mon pouvoir de lui faire, elle a rompu avec moi. J'ai été amèrement blessée parce que je l'aimais tendrement, mais me venger eût été une bassesse, et, à travers toutes mes fautes, je suis incapable d'une vilenie; je crois qu'au fond du cœur, elle m'a su gré de l'avoir ménagée.
M. de Talleyrand, comme membre de l'Institut, est entré dans la salle, appuyé sur le bras de M. de Valençay. On ne saurait croire quel effet il a produit! Spontanément, tout le monde s'est levé, dans les tribunes comme dans l'enceinte, et cela, avec un certain mouvement de curiosité sans doute, mais aussi de considération, auquel il a été très sensible. J'ai su que, malgré la foule qui obstruait les avenues, tout le monde lui avait fait faire place.
A une heure, la séance a commencé. M. Thiers est si petit qu'entouré de Villemain, de Cousin et de quelques autres, il est entré sans qu'on l'ait vu venir; on ne l'a aperçu que lorsque, seul, debout, il a commencé son discours. Il l'a dit avec le meilleur accent, la prononciation la plus nette; avec une voix soutenue, peu de gestes, pas trop de volubilité. Il était pâle comme la mort, et, dans les premiers moments, tremblant de la tête aux pieds, ce qui lui a beaucoup mieux réussi que s'il avait eu de cette insolence qu'on lui reproche souvent. Malgré son mauvais son de voix, il n'a jamais frappé l'oreille désagréablement, il n'a été ni monotone, ni glapissant, et enfin lady Clanricarde en était à le trouver _beau_!
M. de Talleyrand et M. Royer-Collard étaient en face de lui, et il semblait ne parler que pour eux! Son discours est éclatant. Je ne sais pas s'il est précisément académique, quoiqu'il soit plein d'esprit, de goût et de beau langage dans de certaines parties; mais ce qu'il est sans aucun doute, c'est politique, et il l'a dit bien plus comme une improvisation que comme une lecture. Il a eu de ces mouvements de tribune qui ont produit aussi, sur l'assemblée, un effet bien plus parlementaire que littéraire, mais toujours favorable, et, par moments, cela a été jusqu'à l'enthousiasme. M. de Talleyrand en était à l'émotion, et M. Royer-Collard faisait faire à sa perruque des hauts et des bas qui prouvaient la plus vive approbation! Le passage sur la calomnie a été dit avec une conviction intime qui a été contagieuse et a valu une salve d'applaudissements.
Le discours est anti-révolutionnaire au plus haut degré; il est orthodoxe dans les principes littéraires; il est--et c'est ce que j'en aime surtout--il est traversé d'un bout à l'autre par un sentiment honnête qui m'a fait plaisir et qui doit être utile à M. Thiers dans le reste de sa carrière. Enfin, ce beau discours, pour ressortir, pouvait se passer de l'ennuyeuse réponse de M. Viennet, que personne n'a écoutée et qui a permis à tout le monde de s'apercevoir qu'il était tard et qu'il faisait une chaleur affreuse.
On m'a dit que, pendant le discours de M. Thiers, M. de Broglie faisait force quolibets; M. Guizot était renfrogné, et médiocrement satisfait, je pense, de voir à son rival, dans la même semaine, un double succès, politique et littéraire.
_Paris, 16 décembre 1834._--Hier, j'ai fait quelques visites; j'ai trouvé Mme de Castellane qui ne m'avait pas rencontrée chez moi. Elle a voulu que j'entendisse son histoire des douze dernières années; elle la raconte bien. Il m'a semblé qu'elle avait dû la roucouler ainsi à d'autres qu'à moi. Elle n'a plus de jeunesse du tout, c'est une grosse personne, courte, trapue; ce n'est plus du tout, au sourire près, celle que j'avais connue, au physique du moins; moralement, il m'a paru qu'elle s'était faite grave plutôt qu'elle n'était devenue sérieuse. Elle est spirituelle, caressante, comme toujours; elle a beaucoup parlé, moi très peu. J'avais le cœur serré par mille souvenirs du passé, et, quoiqu'elle ait été douce, je n'ai pu reprendre confiance, mais j'ai bien reçu toutes ses paroles et je ne suis pas fâchée de ne plus en être à l'amertume avec elle.
_Paris, 17 décembre 1834._--Je me suis laissé décider par Mme Mollien, à aller, hier, avec elle, à la Cour des Pairs, non pas dans une tribune en évidence, mais dans une tribune retirée d'où on voyait et entendait sans être vu, celle de la duchesse Decazes. Je n'y avais jamais été, les séances n'étant pas publiques avant 1830. La journée d'hier était fort annoncée et excitait la curiosité générale; aussi la salle était remplie.
A quelque époque qu'on arrive à Paris, on est toujours sûr d'y trouver quelque drame scandaleux qui amuse le public. Hier, c'était le procès contre Armand Carrel du _National_.
M. Carrel n'a nullement répondu à mon attente. Il a été impertinent, il est vrai, mais sans cette espèce d'insolence courageuse et énergique, sans cette verve de talent qui frappe, même alors que le sujet en lui-même déplaît. Il n'a produit que peu d'effet par son discours écrit, et a très positivement choqué, dans sa mauvaise improvisation. C'est le général Exelmans qui a vociféré sur l'_assassinat_ du maréchal Ney, au scandale de tout le monde, car il y allait comme un homme ivre; il était hors de lui, et cela était d'autant plus ridicule qu'on ne pouvait s'empêcher de se souvenir de ses platitudes pendant la Restauration, qu'on a, du reste, assuré lui avoir été très durement reprochées, hier au soir, chez le ministre de la Marine. Le matin, à la Chambre des Pairs, il n'a été soutenu que par M. de Flahaut, qui s'agitait beaucoup et dont le maintien a été très inconvenant; il a révolté tout le monde par ses cris de: «_Continuez, continuez_,» adressés à Carrel, lorsque le Président lui ôtait la parole. C'est même cet encouragement qui a fait résister Carrel et qui l'a fait argumenter avec M. Pasquier, sur ce que celui-ci n'avait pas le droit de lui ôter la parole, lorsqu'un membre de la Chambre, un de ses juges enfin, l'engageait à continuer.
A cette occasion, j'ai appris de toutes les bouches que M. de Flahaut était insupportable à tout le monde, par son arrogance, son humeur, son aigreur et son ignorance; il deviendra bientôt aussi _impopular_ que sa femme.
M. Pasquier a présidé avec fermeté, mesure, dignité et sang-froid, mais j'avoue que je partage l'opinion de ceux qui auraient préféré qu'il arrêtât M. Carrel, lorsqu'il a parlé des _jeunes gens qui avaient glorieusement combattu dans les troubles d'avril_, au lieu de le faire à propos du procès du maréchal Ney: la première question, touchant à des intérêts matériels, aurait trouvé, ce me semble, plus d'écho au dehors comme au dedans.
Nous avions du monde à dîner hier: une douzaine de personnes; Pauline, ma fille, faisait la douzième. Il n'y a pas de mal à ce qu'elle apprenne à écouter sans ennui de la conversation sérieuse; elle a bon maintien dans le monde, où elle me paraît plaire par sa physionomie ouverte et ses manières bienveillantes. Après le dîner, les visites ont recommencé, comme si nous étions des ministres. Le fait est que c'était jeudi, jour de réception aux Affaires étrangères et à la Marine, et que, sur le chemin des deux, on nous a pris, je suppose, en allant et en venant.
_Paris, 19 décembre 1834._--M. le duc d'Orléans est revenu de Bruxelles: il est venu me voir, hier, et m'a invitée à un bal qu'il donne le 29. Il n'est resté qu'un instant, le Roi l'ayant envoyé chercher; j'ai su, plus tard, à quel propos.
M. Guizot est venu ensuite; il avait l'air moins à son aise que de coutume; il a cherché à s'y mettre en faisant de la doctrine sur l'Angleterre, sur la France, sur toutes choses, mais il m'aura trouvée peu digne de l'entendre; en effet, j'écoutais froidement, parce que c'était parfaitement ennuyeux, et il est parti.
Mme de Castellane m'est arrivée, tout essoufflée, de la part de M. Molé, pour que je prévienne M. de Talleyrand de ce qui se passait. M. le duc d'Orléans, entraîné par cette déplorable influence Flahaut, se proposait aujourd'hui, à l'ouverture de la séance de la Chambre des Pairs, et à la lecture du procès-verbal de la séance d'hier, de protester, avec son groupe, contre l'_assassinat_ du maréchal Ney, et de demander la revision du procès. Heureusement que M. Decazes en a été averti; il a été en prévenir M. Pasquier, celui-ci a couru chez M. Molé, un des vingt-trois Pairs restants du procès du Maréchal. Grande et juste rumeur dans le camp; on a été à Thiers, celui-ci a couru chez le Roi, qui ignorait tout et qui est entré en grande colère. Il a fait chercher son fils partout, et, après une scène très vive, lui a défendu toute démarche. Son grand argument a été celui-ci: «Si vous demandez la revision du procès du maréchal Ney, que répondrez-vous à tel ou tel Pair carliste qui viendra (et il s'en trouvera) demander la revision du procès de Louis XVI, bien autrement un assassinat?» J'ai su cette dernière partie de l'incident par M. Thiers, qui est venu chez M. de Talleyrand, tout à la fin de la matinée. Bertin de Veaux, qui avait eu vent de la chose, arrivait aussi tout épouffé.
Enfin le bon sens du Roi a arrêté cette belle équipée; mais qu'elle se soit présentée à l'esprit de quelqu'un, et de qui? est une des grandes étrangetés du temps!
_Paris, 20 décembre 1834._--J'ai reçu hier une lettre de Londres, du 18, et l'ai portée tout de suite à M. de Talleyrand. Je lui ai lu ce qui était relatif à l'effroi causé par ce nom de M. de Broglie comme ambassadeur à Londres, et à la nécessité de nommer un successeur à M. de Talleyrand. Il a très bien senti cela, et a écrit immédiatement qu'il désirait voir le Roi. A ce moment est arrivé M. de Rigny, lui apportant une autre lettre particulière. M. de Talleyrand a insisté sur le choix de Rayneval, ce qui n'a pas plu, je crois, à M. de Rigny, si j'en juge par ce que celui-ci m'a dit à dîner: «Il y a un inconvénient immense à envoyer M. de Rayneval à Londres, mais c'est le secret du ministre des Affaires étrangères; si c'était le secret de l'amiral, je vous le dirais.» Je n'ai pas insisté.
Je sais que chez le Roi, à cinq heures, il a été convenu que Rigny écrirait à Londres une lettre à la fois ostensible et confidentielle, dans laquelle on dirait que le Roi portera son choix sur Molé, Sainte-Aulaire ou Rayneval et qu'on serait bien aise de savoir lequel de ces trois noms serait le plus agréable au duc de Wellington. Je me suis permis de dire à M. de Talleyrand que cela me paraissait fort maladroit, puisque si le choix du Duc porte sur Rayneval, on sera très embarrassé ici de ne pas le nommer, et cependant on me paraît décidé à ne pas le faire; que si le Duc désire Molé, on éprouvera un refus de ce dernier, et, qu'en définitive, il faudra nommer Sainte-Aulaire, qui n'est désiré ni par le Roi, ni par le Conseil, ni par le Duc. Comme tout est mal dirigé et mal conduit ici! Il n'y a nulle part ni bon sens, ni simplicité, ni élévation, et on prétend, cependant, gouverner non seulement trente-deux millions de sujets, mais encore l'Europe tout entière!
_Paris, 21 décembre 1834._--J'ai su, de bien bonne part, ces trois faits: que l'on ne veut pas envoyer Rayneval comme ambassadeur à Londres, et que c'est la fraction doctrinaire et Broglie en sous-main qui s'y opposent; que l'on a, officiellement, propose hier Londres à Molé, qui l'a officiellement et formellement refusé; et qu'enfin ce matin, on en était à Sébastiani, sans rien d'arrêté cependant.
_Paris, 24 décembre 1834._--On parlait de Sébastiani, hier, comme devant être dans le _Moniteur_ de demain, mais à mesure que ce nom circule dans le public, il excite une véritable rumeur. M. de Rigny grille de se démettre de son ministère pour demander l'ambassade de Londres, mais on craint de voir la machine, ici, se détraquer sur nouveaux frais, par la sortie d'un des membres importants du Cabinet. Il paraît que c'est l'état des affaires financières de Rayneval qui empêche de songer à lui; on le dit criblé de dettes et presque en banqueroute.
_Paris, 28 décembre 1834._--J'ai su, par M. Molé, que M. de Broglie avait une influence étonnante dans le ministère actuel, dont le Roi ne se doutait pas; que M. Decazes allait, chaque matin, lui rendre compte de ce qui se passait au ministère; que M. de Rigny et M. Guizot se laissaient beaucoup influencer par lui, et qu'aucun choix ne se faisait sans lui avoir été préalablement soumis.
Comment comprendre que dans le _Journal des Débats_ on traduise tout le discours de sir Robert Peel et qu'on en retranche, quoi? Le passage flatteur pour le duc de Wellington et qui, certes, n'avait rien de choquant pour la France! Et cela quand le Duc est ministre des Affaires étrangères, qu'il est à merveille pour la France et que les _Débats_ sont réputés organe officieux du gouvernement! On est ici, malgré tout l'esprit français, d'une merveilleuse gaucherie!
_Paris, 29 décembre 1834._--Cette pauvre petite Mme de Chalais est morte cette nuit. Elle était si heureuse, de ce bonheur honnête et régulier qu'il n'est donné qu'à certaines femmes de rencontrer! La vie se retire toujours trop lentement de ceux qui sont fatigués de leur pèlerinage, toujours trop rapidement de ceux qui la parcourent joyeusement. Sous quelque forme qu'on implore la Providence, soit qu'on l'importune de ses prières, soit qu'on se laisse deviner dans un discret silence, elle dit presque toujours non, et le plus souvent un non irrévocable.
Quelle douleur à Saint-Aignan! Elle y était l'enfant de tous les habitants. Il me semble que j'entends les cris de tous ses vieux serviteurs, que je connais et pour qui elle était la troisième génération qu'ils servaient. Les pauvres, les malades, les gens aisés, tous la chérissaient. Elle était si secourable, si obligeante, si gracieuse! C'est plus qu'une mort: c'est la destruction d'un jeune bonheur et d'une race antique et illustre! Je suis vraiment ébranlée très profondément.
_Paris, 31 décembre 1834._--J'ai eu, hier matin, une bonne longue visite de M. Royer-Collard. Il m'a raconté toute l'histoire de son professorat; il m'a montré un coin de son système philosophique, puis il m'a beaucoup parlé de Port-Royal. Ce sont vraiment des heures précieuses que celles qu'il me donne; trop rares et trop courtes pour tout ce qu'il y a à apprendre d'un esprit comme le sien.
Mme de Castellane est venue ensuite; si je m'y prêtais le moins du monde, elle se ferait ma garde-malade! J'ai su, par elle, que M. Molé écrivait ses _Mémoires_ et qu'il y en avait déjà cinq volumes.
M. le duc d'Orléans m'est venu ensuite; il m'a raconté beaucoup de choses de son bal de la veille. Voici ce qui, comparé à ce qui m'a été dit d'ailleurs, m'est resté: la plus grande élégance, la plus grande recherche; de la magnificence, du joli monde; un souper superbe, des fleurs, des statues groupées avec art, des lumières à aveugler, du blanc et or partout; des livrées neuves, des valets de chambre en habits habillés, l'épée au côté, vêtus de velours, tous poudrés à blanc, et beaucoup de diamants dans les parures des femmes; la Reine charmée, Madame Adélaïde piquée, disant: «C'est du Louis XV»; tous les hommes en uniforme, mais en pantalons et bottes, et M. le duc de Nemours arrivant en habit d'officier général, extrêmement brodé, en culottes courtes, bas et souliers, joli, à ce que l'on dit, ayant bonne grâce et l'air fort noble. M. le duc d'Orléans m'a demandé si, pour un militaire, je ne préférais pas le pantalon et les bottes; voici ma réponse: «L'Empereur Napoléon, qui a gagné quelques batailles, était tous les soirs, quand il dînait seul avec l'Impératrice, en bas de soie et en souliers à boucles.--Vraiment?--Oui, Monseigneur!--Ah! c'est différent.»
Mais voici le revers de la médaille: c'est que des députés priés (je veux dire priés comme simples députés, car il y en avait d'autres comme ministres et généraux), comme simples députés, donc, il n'y en avait que trois: MM. Odilon Barrot, Bignon et Étienne: le premier en frac pour faire plus d'effet!
Il y a de singuliers contrastes dans le Prince Royal: le goût et les prétentions aristocratiques dans ses habitudes et une détestable tendance dans la politique. Hier même, nous avons eu pour la première fois maille à partir ensemble à l'occasion du duc de Wellington. Il m'a dit: «_Vous voilà comme le Roi._ Aussi mon père sait-il que vous me parlez toujours dans son sens et vous aime-t-il beaucoup.--Monseigneur, je ne parle jamais que dans mon propre sens et dans celui de votre intérêt, mais je n'en suis pas moins très fière de l'approbation et de la justice du Roi.» Cela a, du reste, très bien fini entre nous, puisqu'il m'a demandé la permission d'ajouter son portrait à ceux que j'ai réunis à Rochecotte.
Me voici donc finissant l'année 1834, mémorable dans ma vie, puisqu'elle termine cette part de mon existence consacrée à l'Angleterre. Ces quatre années, que je viens d'y passer, m'ont placée dans un autre cadre, offert un nouveau point de départ, dirigée vers une nouvelle série d'idées; elles ont modifié le jugement du monde sur moi. Ce que je dois à l'Angleterre ne me quittera plus, j'espère, et traversera, avec moi, le reste de ma vie. Maintenant, faisons des provisions de forces pour les mauvais jours qui ne manqueront pas probablement et pour lesquels il est convenable de se préparer.
1835
_Paris, le 3 janvier 1835._--J'ai eu hier la visite du duc de Noailles qui m'avait écrit un billet fort aimable pour me prier de le recevoir. Il est venu me parler de la nièce de sa femme, Mme de Chalais, qu'il aimait comme son enfant et qu'il savait être vivement regrettée par moi. Nous avons pleuré ensemble; puis il m'a parlé un peu de politique avec bon sens et bon goût; un peu de la société; beaucoup de Maintenon. Il est resté très longtemps et paraissait à son aise et se plaire fort. Il m'a exprimé le désir de me voir souvent et d'entrer un peu dans nos habitudes. C'est un des hommes que M. Royer-Collard compte davantage: il est fort laid et a l'air vieux sans l'être; il est studieux, distingué et de très bonne compagnie. J'ai beaucoup vu sa femme quand elle s'appelait Mlle Alicia de Mortemart et qu'elle demeurait chez sa sœur la duchesse de Beauvilliers, qu'elle suivait à Saint-Aignan. Nous sommes, d'ailleurs, fort parents des Mortemart, la vieille princesse de Chalais, chez laquelle M. de Talleyrand a été élevé, étant Mortemart, fille de M. de Vivonne, frère de Mme de Montespan.
J'ai été hier à la grande réception du soir aux Tuileries, la Reine m'ayant fait dire par Mme Mollien que je pourrais arriver et m'en aller par les appartements particuliers, et, par conséquent, ne pas attendre ma voiture. C'était le dernier jour de réception; j'y ai mené ma belle-fille, Mme de Valençay. Le palais, éclairé, est vraiment superbe; beaucoup de choses ont très bon air; beaucoup d'autres font contraste. Ainsi, par exemple, les fracs isolés à travers la grande majorité des uniformes, quelques femmes fort parées, puis d'autres en bonnet de comptoir; point de désordre, mais aucune distinction de salles, de places; on ne défile pas, c'est la Cour qui entre quand tout le monde est arrivé et qui fait le tour des dames, après quoi, les hommes seuls défilent; il y a un petit monsieur en uniforme qui précède et qui demande à chaque dame son nom, ce qui me paraît pour les trois quarts et demi indispensable.
On a été très gracieux pour moi et je crois qu'on attachait du prix à ce que j'allasse un jour de grande réception qu'on peut bien appeler _publique_. On craignait que je ne voulusse me borner aux audiences particulières. C'eût été, ce me semble, de mauvais goût; peut-être aimerais-je mieux ne pas aller du tout, mais, quand on trouve bon de voir les gens en particulier, il ne faut pas avoir l'air de s'en cacher et de les renier en public. Aussitôt vue, la Reine m'a elle-même dit de m'en aller, on m'a fait ouvrir la petite porte et je me suis sauvée, ravie d'être quitte de cette corvée!
_Paris, 7 janvier 1835._--M. Molé est venu me voir hier, il m'a dit bien des choses singulières, et entre autres, celle-ci, qu'il se croyait «la mission de purger le gouvernement de l'influence doctrinaire». Il a une terrible haine pour les doctrinaires; car il sait haïr. Il m'a même surprise à ce sujet et je me suis demandé s'il savait aussi bien aimer. Je suis restée embarrassée devant la réponse.
_Paris, 8 janvier 1835._--Madame Adélaïde m'ayant demandé de lui mener Pauline, je l'ai fait hier. Le Roi m'a fait dire de l'attendre chez sa sœur, ce qui fait que j'y ai passé trois heures. Le Roi venait d'apprendre la scène étrange qui a eu lieu parmi les amnistiés du Mont-Saint-Michel: le jour même de leur délivrance, tous les amnistiés républicains (les carlistes ont dit des prières et sont retournés tranquillement dans la Vendée) ont chanté des chansons atroces, et ont fini par jurer sur leurs couteaux de table l'assassinat du Roi. Celui-ci avait sous les yeux les rapports de police et nous en a dit tous les détails.
Il a causé longtemps, et de toutes choses; je dois dire avec beaucoup de bon sens, d'esprit, de lucidité et de prudence; comprenant parfaitement les destinées anglaises, jugeant bien l'Europe, parlant de son fils avec une grande raison. Il m'a particulièrement dit deux choses qui m'ont frappée. La première, c'est que, sans avoir été entraîné aussi loin que son fils, il avait lui-même, cependant, donné dans de certaines erreurs dont la pratique l'avait guéri. Il est revenu sur la Révolution de Juillet, et a mis du prix à s'en montrer étranger dans le principe, aussi m'a-t-il raconté que lors de la décoration de Juillet, ses ministres avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y était refusé, disant qu'il ne la porterait jamais, n'y ayant eu aucune part que celle d'en arrêter les résultats destructeurs. Il a ajouté: «Madame, vous ne me l'avez jamais vu porter, cette décoration!»
Il est de plus en plus embarrassé pour son ambassadeur à Londres, car les nouvelles reçues hier matin même de Naples prouvent que Sébastiani est hors d'état. Je crois que le Roi aimerait M. de Latour-Maubourg, mais celui-ci est malade et ne parle que de se retirer à la campagne. M. de Sainte-Aulaire arrivera dans trois ou quatre jours et je m'imagine que la chance tournera vers lui. Il a été question, entre le Roi et moi, de M. de Rigny pour Londres, mais le Roi dit à cela: «Le seul ministre possible aux Affaires étrangères pour remplacer Rigny serait Molé, mais Guizot n'oserait pas rester avec lui à cause de la fureur de Broglie, et on ne croit pas pouvoir se passer de Guizot à la Chambre.» L'objection contre Sainte-Aulaire, c'est l'influence qu'exerce sur lui M. Decazes, qui est mauvaise en elle-même et à juste titre désagréable au Roi.
La lettre de M. de Talleyrand du 13 novembre a été enfin lue au Conseil hier, elle paraîtra dans le _Moniteur_ d'aujourd'hui, et sa publication sera accompagnée d'une réponse très polie de M. de Rigny. On a seulement demandé le changement d'un mot qui a été accordé, parce qu'en réalité, il ne fait qu'éclaircir la pensée sans l'altérer. On a prié M. de Talleyrand de permettre qu'on mît: _cet esprit de propagande_, au lieu de _certaines doctrines_.
J'ai été hier soir au grand bal des Tuileries. M. le duc d'Orléans m'a encore attaquée sur les élections anglaises: il a une peur étrange qu'elles ne tournent au profit du Cabinet tory. Voici la seconde fois que nous avons maille à partir à ce sujet; hier, je cherchais à décliner la discussion, mais lui a voulu l'entamer, disant que «peut-être je le convertirais». A quoi j'ai répondu: «J'en serais d'autant plus fière, Monseigneur, que ce serait vous convertir à votre propre cause.»
Il venait de relire la lettre de démission de M. de Talleyrand. Il a dit que c'était un chef-d'œuvre, un vrai document historique; qu'elle aurait un grand retentissement au dehors; que rien ne pouvait être si noble, si simple, si bien pour le Roi que personne ici n'avait le courage de louer; mais que M. de Talleyrand s'y montrait terriblement conservatif, et que cela allait donner lieu à une grande controverse dans les journaux. Je lui ai répondu: «Cela se peut, Monseigneur, mais qu'importe. Que M. de Talleyrand parle ou se taise, il est toujours attaqué par la mauvaise presse. A son âge, et quand on fait ses adieux au public, on a bien le droit de le faire de manière à se satisfaire soi-même et à se montrer tel qu'on est, tel qu'on a toujours été, un homme d'un bon esprit, ami de son pays et du bon ordre, et qui plus est, un homme de sa caste, ce qui n'implique pas nécessairement un homme à préjugés. Enfin, M. de Talleyrand, _seul_, dites-vous, a le courage ici de louer le Roi, et pourquoi? Parce qu'il est un gentilhomme, un grand seigneur, et par conséquent un conservatif. Il faudra toujours que la Royauté revienne à ceux-là; soyez-en bien sûr.» Il a repris: «Oh! au dehors, cette lettre sera extrêmement admirée.--Oui, Monseigneur, elle le sera au dehors, mais elle le sera aussi par tous les honnêtes gens du dedans, et Monseigneur me permettra de ne compter que ceux-là!» Voilà encore un échantillon de mes conversations avec ce jeune Prince, qui ne manque ni d'intelligence, ni de courage, ni de grâce, mais dont le jugement est encore bien dépourvu de prudence et d'équilibre.
Le Roi qui, lui, est prudent par excellence, et de plus fort gracieux pour moi, est venu à moi et, en riant, m'a dit: «Avez-vous raconté à M. de Talleyrand notre longue conversation?--Sans doute, Sire; elle était trop riche et trop curieuse pour que je ne lui procurasse pas le plaisir d'en apprendre quelque chose.--Ah! ah! je suis sûr que vous n'aurez pas oublié mon anecdote sur la décoration de Juillet.--En effet, Sire, c'est la première chose que j'ai citée à M. de Talleyrand; je la conterai à mon fils, à mon petit-fils; je veux que mes descendants s'en souviennent pour répéter un jour ce que je dis sans cesse, c'est que le Roi a un _grand_ esprit.» Il y a longtemps qu'on a dit que, lorsque la flatterie ne réussissait pas, c'était la faute du flatteur et non de la flatterie; il me semble qu'hier, le flatteur n'était pas en défaut.
_Rochecotte, 12 mars 1835._--Nos lettres de Paris nous disent que le refus de M. Thiers de rester au ministère, avec le duc de Broglie, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, refus auquel le Roi ne veut pas entendre pour ne pas se trouver livré si uniquement aux doctrinaires, arrête de nouveau toute la machine. La Chambre des députés commence à s'émouvoir, et il est impossible de bien apprécier où tout ceci précipite.
Il doit y avoir, à Saint-Roch, une quête pour les salles d'asile dirigées par Madame Adélaïde, c'est donc elle qui choisit les quêteuses. Elle a désigné Mmes de Flahaut et Thiers. La première, furieuse, dit-on, du _pendant_, a refusé; et cette petite difficulté a trouvé moyen de se faire remarquer à travers toutes les grandes impossibilités du moment.
_Rochecotte, 14 mars 1835._--Les lettres d'hier ne laissent plus aucun doute sur le dénouement de la crise ministérielle.
C'est, à peu de chose près, la répétition du mois de novembre dernier: le maréchal Gérard fut alors remplacé par le maréchal Mortier; aujourd'hui M. de Broglie remplace Mortier à la présidence et Rigny lui cède les Affaires étrangères, pour prendre l'intérim de la Guerre, jusqu'à l'arrivée de Maison, auquel on a envoyé un courrier. Si celui-ci accepte, l'ambassade de Pétersbourg serait à donner, mais on croit qu'il refusera. Alors Rigny restera-t-il définitivement à la Guerre ou ira-t-il à Naples en cédant la place à quelque général secondaire? C'est ce qu'on ignore encore. Ainsi, avec Broglie et Maison de plus et Rigny de moins, ou à peu près, chacun reste à son poste. C'était bien la peine de faire tant de bruit.
Voici ce qu'on mande relativement à M. Thiers, qui, d'abord, s'était refusé à entrer avec M. de Broglie. Il a été travaillé, tiraillé en tous sens, Mignet et Cousin pour le dissuader, Salvandy pour le faire accepter. Pendant ce temps-là, une réunion nombreuse de députés s'assemblait chez M. Fulchiron. Thiers, le sachant, a dit que si cette réunion le demandait, il accepterait; Salvandy d'y courir et de revenir avec une députation, pour obtenir le consentement de Thiers, qui, cette fois enfin, l'a donné pour ne pas être accusé de faire manquer la seule combinaison possible, et fort, d'ailleurs, d'une expression solennelle de la majorité parlementaire. On croit qu'il ne tardera pas, cependant, à se repentir d'avoir cédé... La balance n'est plus en équilibre; ils vont être deux contre un dans le Conseil. Il n'y a pas là condition de durée.
J'ai reçu une lettre de M. Molé qui me mande: «Vous laissez ici un vide que rien ne peut ni ne saurait remplir; personne ne l'a senti et n'en a souffert comme je l'ai fait depuis quelques jours. J'ai l'espérance que vous m'auriez approuvé, j'ose dire que j'en suis sûr; vous êtes du très petit nombre pour lesquels je me pose la question avant d'agir. Ce n'est plus pour des noms propres qu'on a lutté, c'est pour l'amnistie. L'amnistie pleine et entière était ma condition; ceux qui se retiraient, pour s'imposer, ont provoqué, à la Chambre, un hourra contre; moi seul ai soutenu qu'il tomberait devant la réalité. Quelques-uns, qui voulaient l'amnistie avec moi, ont cependant perdu courage, et, en ce moment, l'ancien ministère va se reformer sous la présidence de M. de Broglie. Plusieurs de ses membres montrent en cela peu de fierté, tous acceptent une position que l'avenir jugera, ainsi que bien d'autres choses.»
_Rochecotte, 16 mars 1835._--M. Royer-Collard m'écrit ceci, sur la dernière crise ministérielle: «C'est mardi 10 que le Roi a chargé Guizot d'avertir M. de Broglie. Vous vous attendez à l'insolence d'un vainqueur? Point du tout. M. de Broglie, instruit par Guizot, avait déposé, non seulement son arrogance, mais cette dignité personnelle à laquelle il ne faut pas renoncer, même pour être président du Conseil. Il s'est aussi excusé fort humblement du passé, il a promis d'être sage à l'avenir. Tenez cela pour certain, l'orgueil Necker, qui est le type de l'orgueil Broglie, a fléchi.»
Plus loin, et à propos du papier signé par la soi-disant réunion Fulchiron chez Thiers, il y a ceci: «C'est sur cette pièce que Thiers a capitulé; il rentre donc, mais séparé et dégagé des doctrinaires qu'il a humiliés. Il _rentre_ au lieu que Guizot _reste_. Personne ne gagne, je crois, à ce replâtrage.»
Plus loin encore ceci: «Quand M. Molé est entré hier chez moi, je l'ai embrassé comme un naufragé sauvé. Il sort de là plus considéré, il s'est surpassé.»
_Rochecotte, 23 mars 1835._--J'ai eu, hier soir, une très gracieuse réponse de la duchesse de Broglie à la lettre de félicitations que je lui avais adressée. Le triomphe politique se dissimule sous d'humbles citations bibliques; la bienveillance y domine, et, au fait, je suis contente d'elle, elle est une personne de mérite.
J'avais écrit aussi à M. Guizot, à l'occasion de la mort de son frère; il a attendu la fin de son deuil pour répondre, mais enfin il a répondu, et hier m'est arrivée une lettre de lui très cajolante. Voici la seule phrase politique: «Je suis de ceux qui doivent dire que la crise est finie; mais je suis aussi de ceux qui savent qu'il n'y a jamais rien de fait en ce monde, et qu'il faut recommencer chaque jour. Un effort continuel pour un succès toujours incomplet et incertain, voilà notre vie. Je l'accepte sans illusion, comme sans découragement.»
J'ajouterai un extrait d'une lettre de M. Royer-Collard, arrivée aussi hier soir: «Ce qui s'est passé est fort triste, le dénouement comme la crise. Voyez-y le Roi et Thiers vaincus par Guizot, et par contre-coup M. de Talleyrand dans ce qui lui reste de vie politique. Il est vrai que cette victoire n'a pas l'aspect et ne fait pas le bruit d'un triomphe; elle est obscurcie par l'incertitude de la Chambre; mais Guizot est savant dans l'intrigue et obstiné de toute la force de sa présomption, de toute l'ardeur de sa soif de domination personnelle: il ne s'arrêtera que vaincu lui-même par la force des choses, et je ne sais pas s'il y a quelque part aujourd'hui une telle force. Thiers a eu le plaisir de se faire attendre trente-six heures et de se séparer à la tribune; mais il reste qu'il a reculé, et que c'est la peur que lui fait Guizot avec les petits doctrinaires qui l'a empêché d'entrer, malgré sa bonne volonté, dans le ministère Gérard-Molé; jusqu'à nouvelle circonstance, il est absorbé dans la soumission. M. Molé est sorti de ce chaos avec un surcroît de considération, dont il vous doit, soyez-en sûre, une partie: vous lui avez apparu plus d'une fois et vous l'avez secouru. Il vous aime fort et a besoin de votre approbation; ce qui me l'a tout à fait donné, c'est d'avoir contribué, à ce qu'il croit, à le rapprocher de vous.»
_Rochecotte, 10 mai 1835._--J'ai reçu, hier, un assez curieux compte rendu de ce qui s'est passé au comité secret de la Chambre des Pairs à l'occasion de la forme du jugement[60]. Plusieurs Pairs ont déclaré qu'on ne pouvait en finir en jugeant les prévenus par défaut, c'est-à-dire en jugeant les banquettes. De cet avis ont été MM. Barthe, Sainte-Aulaire, Séguier et, à ce que l'on croit, de Bastard. M. Decazes et quelques autres ont prétendu qu'il fallait les juger un à un. M. Cousin a adressé les plus violents reproches à M. Pasquier, pour n'avoir pas admis les défenseurs, et à la Chambre pour avoir eu la faiblesse de maintenir la décision de son président. M. Pasquier, dans sa réponse, a fait de la sensibilité, du pathétique. Mais l'incident le plus grave est la déclaration de M. Molé, qui a dit, formellement, que si on jugeait les prévenus en son absence, il se récuserait. Cette déclaration a fait le plus grand effet, et plusieurs Pairs, parmi lesquels le duc de Noailles, se sont rangés à cette opinion. On ajoute ceci: «Vous voyez bien que dans cette déclaration, il y a le noyau d'un nouveau ministère Molé, dans le cas où l'impossibilité du procès forcerait les ministres actuels à céder leurs places; mais, d'un autre côté, faiblir devant de tels accusés serait si dangereux, que la nécessité de résister l'emportera sur toute autre considération: reste à savoir comment! Ce procès est une hydre!»
[60] Une ordonnance royale avait chargé la Cour des Pairs de juger les auteurs des insurrections républicaines qui eurent lieu du 7 au 13 avril 1834 dans plusieurs villes de province et à Paris. Les arrêts de condamnation ne furent rendus qu'en décembre 1835 et janvier 1836.
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_Langenau (Suisse), 18 août 1835._--Il y a quelque temps que cette petite _Chronique_ a été interrompue. J'ai été souvent malade, toute application m'était impossible; ma paresse a augmenté, puis est survenu le dégoût de la plume et de rédiger ma propre pensée, après avoir si longtemps mis en œuvre celle des autres, ou, pour parler plus exactement, leur avoir prêté la mienne; puis les déplacements, les voyages, tout enfin a concouru à rompre mes habitudes. Trop de tableaux nouveaux ont distrait mon esprit, le temps m'a manqué pour la vie recueillie et appliquée, toute inspiration d'ailleurs était éteinte. J'avais vécu en prodigue pendant quatre années; mes provisions étaient courtes, elles se sont trouvées épuisées! Bref, pour me servir du mot, peu filial, de M. Cousin parlant de son père, devenu imbécile, _l'animal seul est resté_.
Mes lettres ont raconté, dans le temps, le séjour de M. le duc d'Orléans à Valençay; le drame (je peux bien le nommer ainsi) de la démission de M. de Talleyrand de son ambassade de Londres; le changement du ministère, à Paris, qui n'a eu que trois jours de durée; celui du Cabinet anglais, qui, au bout de trois mois, s'est retiré devant un Parlement imprudemment renouvelé; le mécontentement de tous ces événements autour de moi; l'intrigue à facettes qui a fait Sébastiani ambassadeur à Londres, tandis que M. de Rigny y aspirait en cachette; tout cela est bien connu, je n'en dirai donc plus rien.
A Maintenon, où j'ai passé quelques heures chez le duc de Noailles, j'ai eu plaisir à entendre un long récit du séjour que Charles X y fit en 1830, en quittant Rambouillet pour s'embarquer à Cherbourg. Le duc de Noailles raconte avec émotion, et par conséquent avec talent, cette scène dramatique. Je ne l'ai malheureusement pas écrite le jour même où il me l'a contée et aujourd'hui je craindrais que ma mémoire ne la défigurât. Je repasserai un jour ou l'autre par Maintenon et, à défaut du récit que je n'entendrai plus, je dirai ce que cette ancienne et curieuse demeure sera devenue entre les mains du duc de Noailles, qui y fait beaucoup d'embellissements.
Notre paisible séjour à Rochecotte aurait pu aussi fournir quelques pages, dues aux récits piquants de M. de la Besnardière, à la correspondance souvent agitée de Madame Adélaïde pendant la rentrée, en mars dernier, du ministère doctrinaire, et à quelques traits caractéristiques de M. de Talleyrand, aux prises avec une solitude comparative, cherchant, presque toujours, à mettre les autres dans leurs torts pour se créer des émotions, s'y plaçant lui-même et guerroyant ainsi tout seul dans une atmosphère toute pacifique.
J'aurais dû, pendant les jours que Mme de Balbi a passés chez moi, écrire les mille traits animés qui peignent si bien son époque et son genre d'esprit. Sa conversation en était semée; ils se lient, presque toujours, à des scènes, à des personnages et à des situations qui leur ôtent toute trivialité et en font de vraies données historiques. Si j'avais été en train alors, je n'aurais pas, certes, passé sous silence l'apparition bavarde, pompeuse, médisante, en somme grotesque, quoique travaillant sur un fond spirituel et animé, du comte Alexis de Saint-Priest, contraste frappant avec la mesure, le bon goût et la malice incisive de Mme de Balbi. Le manque de toute convenance est ce qui choque le plus dans M. de Saint-Priest, qui se croit diplomate par droit de naissance et qui ne l'est sûrement pas par tempérament. Il s'occupe aussi de littérature, de Mémoires historiques, pour lesquels il s'est cru le droit de demander à Mme de Balbi, dès le premier jour de leur rencontre à Rochecotte, de lui communiquer les lettres que, sans doute, elle devait avoir, en grand nombre, de Louis XVIII. La prétention était trop forte pour ne pas faire changer en sérieux la gaieté habituelle de Mme de Balbi, qui lui répondit, fort sèchement, qu'elle manquerait à tous les sentiments de respect et de reconnaissance qu'elle conservait pour le feu Roi, si une seule de ces lettres était publiée ou seulement montrée tant qu'elle vivrait.
Pendant le mois de juin, que j'ai passé à Paris, Versailles, que le Roi a eu la bonté de nous montrer, aurait dû me donner le besoin de retracer ici l'impression profonde que m'avait faite la pensée première et la restauration actuelle. A Paris, où tout s'efface si vite, Versailles cependant est resté net et éblouissant dans ma pensée, mais c'était le _trop à dire_ que j'ai craint. Il est douteux que je revoie ce château d'une manière aussi curieuse, entre M. de Talleyrand qui refaisait le Versailles de Louis XV, de Louis XVI et de l'Assemblée constituante, et le Roi Louis-Philippe, au milieu de la salle de 1792, reporté aux premiers souvenirs de sa jeunesse, et les faisant revivre par ses récits aussi bien que par les beaux portraits et les curieux tableaux qu'il leur a consacrés. Au mois d'avril 1812, j'avais visité Versailles avec l'Empereur Napoléon, lorsque, rêvant d'y établir sa Cour, il était allé y inspecter les travaux qu'il y faisait exécuter et qui, les premiers, ont retiré Versailles du désordre et de la destruction que la Révolution y avait portés! Cette première visite méritait bien de me revenir à la mémoire lors de la seconde. M. Fontaine, l'habile architecte, et moi, étions les seuls qui pouvions faire le rapprochement de ces deux restaurations.
_Berne, 19 août 1835._--Le mois de juin, passé à Paris, a été assez rempli d'événements divers. Je me reproche vraiment d'en avoir laissé l'impression s'affaiblir au point d'en avoir à peine conservé une trace légère; plusieurs conversations en tiers entre le Roi et Madame Adélaïde, les petites intrigues des doctrinaires tournant avec défiance autour de moi, par l'entremise de M. Guizot, en qui j'ai souvent remarqué une _hypocrisie dégagée_ qui me paraît être un charlatanisme assez nouveau; les accès de découragement et d'enivrement de M. Thiers; mille circonstances enfin qui donnaient à chaque jour un mouvement particulier, auraient bien mérité quelques notes. J'aurais dû dire un mot d'un dîner à la villa Orsini, chez M. Thiers, où quinze personnes, bizarrement rapprochées, donnaient à cette partie un cachet de mauvais goût qui l'a rendue embarrassante pour moi et qui a fait dire à M. de Talleyrand: «Nous venons de faire un dîner du Directoire.»
Des intérêts personnels aussi ont été touchés. La mort de la jeune Marie Suchet, la douleur de sa mère; la confirmation de ma fille Pauline, qui m'a fait rencontrer, après cinq années de séparation, Mgr l'archevêque de Paris, ont été autant d'événements qui ont marqué les jours, en les détachant, pour ainsi dire, les uns des autres, ne permettant pas de les confondre.
J'ai été plus particulièrement frappée de mon entrevue avec M. de Quélen, parce qu'elle a amené une conversation que je ne veux pas livrer à l'oubli. L'Archevêque, revenant sur un sujet qui, de tout temps, l'a fortement préoccupé, celui de la conversion de M. de Talleyrand, m'en a reparlé avec la même vivacité que du temps de M. le cardinal de Périgord. A tous ses vœux, à l'assurance que toutes les tribulations de sa vie épiscopale avaient été acceptées avec joie dans l'espérance d'obtenir de Dieu, par ses propres souffrances, le retour de M. de Talleyrand dans le sein de l'Église; à d'instantes exhortations pour me faire travailler à une œuvre aussi méritoire, il a ajouté que, connaissant la sûreté de mon caractère, et croyant, d'ailleurs, bien faire de me prévenir sur sa conduite dans cette question, il devait me confier qu'ayant cru trouver, dans la dernière phrase de la lettre de démission de M. de Talleyrand, du 13 novembre dernier, un retour vers des idées graves, il s'était, lui, M. de Quélen, flatté que le moment d'agir efficacement était venu, et qu'il avait alors écrit à Rome, directement au Pape, pour demander quelle ligne le Saint-Père lui tracerait: «La réponse du Saint-Père ne s'est pas fait attendre», m'a dit M. de Quélen, «elle est en termes doux et affectueux pour M. de Talleyrand; elle me donne le droit d'absoudre et de réconcilier, et elle étend même mes pouvoirs jusqu'à me permettre de les déléguer aux prélats dans les diocèses desquels M. de Talleyrand pourrait être atteint de sa dernière maladie, nommément aux archevêques de Bourges et de Tours; enfin le Pape m'a même témoigné la disposition d'écrire lui-même à M. de Talleyrand.» Mes réponses à M. de Quélen n'ont pu être que dilatoires. J'ai montré cependant d'une manière précise que toute démarche directe provoquerait probablement un effet opposé à celui désiré et que, quant à moi personnellement, je ne pourrais jamais me renfermer que dans un rôle purement passif.
Assurément, je ne puis que me tenir également éloignée de toute action contraire au but désiré par l'Église, et de toute action qui pourrait troubler un repos qui m'est confié, sans amener le résultat souhaité. Si jamais ce résultat peut être atteint, c'est à une voix plus haute et plus puissante que la voix humaine à l'obtenir.
L'Archevêque m'a aussi parlé de ses propres tribulations, de celles qu'il a éprouvées depuis 1830: elles ont été étranges et douloureuses. Je regrette que, dernièrement, il ne les ait pas un peu plus oubliées, lorsque, retournant aux Tuileries après l'attentat du 28 juillet[61], et rouvrant Notre-Dame au Roi, il n'a pas accompagné ses actes de paroles plus franches, plus nettement pacifiques. Il aurait évité ainsi le reproche d'avoir parlé à deux adresses, l'une à Prague, l'autre à Paris. Le malheur de l'Archevêque, c'est de n'avoir pas tout à fait la portée d'esprit nécessaire pour le rôle difficile dans lequel les circonstances l'ont placé; il n'a pas, non plus, le degré d'énergie qui supplée, souvent avec avantage, à ce qui manque à l'esprit. Il n'est, certes, point dépourvu d'excellents sentiments, ni des meilleures intentions; il est doux, charitable, affectueux, reconnaissant, sincèrement attaché à ses devoirs et toujours prêt au martyre; mais il reçoit trop facilement toutes les impressions. Il est aisé d'obtenir sa confiance et d'en abuser, en le poussant dans une route dont il ne découvre pas assez vite le but; il s'intimide du blâme et sans cesse le provoque, par une hésitation et un manque d'équilibre qui tiennent à l'incertitude de l'esprit et aux scrupules d'une conscience qui ne sait jamais si le bien d'hier est encore le bien d'aujourd'hui. Bon pasteur en temps ordinaire, il n'a eu, à notre époque, où personne ne semble fait pour la place qu'il occupe, qu'une attitude sans force publique et sans tranquillité privée. Cependant, comme il a beaucoup de nobles et bonnes qualités et qu'il porte à tout ce qui se nomme Talleyrand un intérêt extrême et qui lui fait honneur, puisqu'il est puisé dans sa reconnaissance pour le cardinal de Périgord, je lui souhaite de bien bon cœur une vie plus douce que celle des dernières années et la fin de toutes ses tribulations. Un autre aurait su, peut-être, en tirer parti; il ne sait, lui, qu'y succomber...
[61] Tentative criminelle de Fieschi, pour tuer le Roi Louis-Philippe.
Le séjour de quatre semaines que j'ai fait dernièrement à Baden-Baden m'a plu. J'y ai trouvé d'anciennes connaissances, j'y ai fait quelques rencontres agréables. C'est bien là encore que j'aurais dû fixer mes souvenirs par quelques lignes consacrées à Mme la princesse d'Orange, ce chef-d'œuvre d'éducation de princesse; au Roi de Würtemberg, à ses filles les princesses Sophie et Marie, à l'hostilité assez mal dissimulée entre Mmes de Lieven et de Nesselrode, à la douce philosophie de M. de Falk, au bon langage de M. et de Mme de Zea, enfin à tout ce qui, en bien et en mal, m'a frappée dans cette réunion de personnes dont chacune avait sa part de distinction.
Elles se groupaient toutes, plus ou moins, autour de Mme de Lieven dont l'éclat passé et l'infortune récente (la mort de ses deux plus jeunes fils dans la même semaine), excitaient l'intérêt ou imposaient des devoirs. Elle m'a fait grande pitié et m'est apparue, d'ailleurs, comme un grand enseignement. Déroutée, jetée au hasard, sans résignation, ne se complaisant pas dans ses regrets, et ne trouvant qu'un vide cruel dans des distractions qu'elle ne se lasse pas de demander à chacun, sans goût d'occupation, sans satisfaction pour elle-même, elle vit dans la rue, dans les promenades, cause sans suite, n'écoute guère, rit, sanglote, et fait, au hasard, des questions sans intérêt. Cette douleur est d'autant plus lourde qu'elle est sans patience au bout de quatre mois d'infortune. Elle s'étonne déjà de la durée de ses regrets; ne voulant pas subir le mal, il ne s'use pas; elle le prolonge en luttant avec hostilité. Dans le combat la douleur triomphe et la victime crie, mais le son est discordant et ne fait vibrer aucune corde sympathique dans l'âme d'autrui. J'ai vu chacun se lasser de la plaindre et de la soigner: elle s'en apercevait et en était humiliée. Elle a paru me savoir gré d'avoir eu pour elle des soins plus durables, et elle m'a laissé la conviction de lui avoir été, non pas une consolation, mais du moins une ressource, et j'en suis bien aise.
J'ai revu avec plaisir, il y a quelques jours, le beau lac de Constance; j'y avais rêvé, il y a trois ans, un petit château: il a brûlé. J'y rêve maintenant une chaumière; je serais fâchée qu'un asile manquât sur ce promontoire, d'où la vue est si riche, si variée, si calme, où il serait si doux de se reposer.
Du Wolfsberg que j'habitais, j'ai été plusieurs fois à Arenenberg, chez la duchesse de Saint-Leu; elle m'a paru un peu plus calme qu'il y a trois ans. L'élève prétentieuse de Mme Campan, la Reine de théâtre a fait place à une bonne grosse Suissesse, qui babille assez facilement, reçoit avec cordialité et sait gré à ceux qui font diversion à sa solitude. Sa petite demeure est pittoresque, mais elle n'est calculée que pour la belle saison; elle y passe cependant presque toute l'année. L'intérieur est petit et réduit, et ne semble être fait que pour des fleurs, des joncs, des nattes et des divans; ce n'est vraiment qu'un pavillon. Les débris des magnificences impériales qui y sont entassés n'y font pas trop bien. La statue en marbre de l'Impératrice Joséphine, par Canova, aurait besoin d'un plus grand cadre. J'aurais voulu, d'un coup de baguette, transporter dans le musée de Versailles le portrait de l'Empereur, comme général Bonaparte, par Gros (sans contredit le plus admirable portrait moderne que je connaisse); il devrait être une propriété nationale, car la vie guerrière et politique, et toutes les gloires et les destinées de la France se rattachent à ce portrait, si parfait, de Napoléon. Dans un petit cabinet, sous un châssis de glace, se trouvent quelques reliques précieuses, mêlées à d'assez insignifiantes babioles. L'écharpe de cachemire portée par le général Bonaparte à la bataille des Pyramides, le portrait de l'Impératrice Marie-Louise et de son fils sur lequel le dernier regard de l'exilé de Sainte-Hélène s'est porté, et plusieurs autres souvenirs intéressants, sont réunis là avec de mauvais petits scarabées et mille petites nippes sans valeur et sans mérite: ainsi un lorgnon oublié par l'Empereur Alexandre à la Malmaison, et un éventail donné par le citoyen Talleyrand à Mlle Hortense de Beauharnais, conservés au milieu des traditions de l'Empire, prouvent une grande liberté d'esprit et pas mal d'insouciance, ou une grande facilité d'humeur et de caractère.
Il est vrai que j'ai vu l'Impératrice Joséphine et Mme de Saint-Leu demander à être reçues par Louis XVIII quinze jours après la chute de Napoléon. J'ai vu, à Londres, Lucien Bonaparte se faire présenter par lady Aldborough au duc de Wellington, et au congrès de Vienne, Eugène de Beauharnais chanter des romances. Les anciennes dynasties peuvent manquer d'habileté, les nouvelles manquent toujours de dignité.
_Fribourg, 20 août 1835._--Il y aurait, ce me semble, si ce n'est dignité, du moins bon goût, de la part de Mme de Saint-Leu, à restituer à la ville d'Aix-la-Chapelle le magnifique reliquaire porté par Charlemagne et trouvé à son cou, lors de l'ouverture de son tombeau. Ce reliquaire, qui sous un gros saphir contient un morceau de la vraie Croix, a été donné à l'Impératrice Joséphine par le Chapitre de la Cathédrale pour se la rendre favorable; se séparer de cette relique a dû être un douloureux sacrifice. Il y aurait eu délicatesse et convenance à le faire cesser; ce qui pouvait convenir au successeur de Charlemagne ne sied guère à l'habitante d'Arenenberg!
J'ai peu à dire de la tournée qui m'a amenée ici. Saint-Gall est dans une position charmante, l'intérieur de la ville assez laid, l'église, reconstruite trop nouvellement ainsi que les bâtiments qui y tiennent, et qui maintenant servent de siège au gouvernement cantonal, ont manqué leur effet sur moi. Rien n'y retrace la grande et singulière existence des anciens princes-évêques de Saint-Gall; l'église a cependant un beau vaisseau, mais rien d'ancien, rien de recueilli. Le pont qu'on passe pour prendre la route nouvellement tracée qui conduit à Heinrichsbad est un accident pittoresque dans un pays boisé.
Heinrichsbad est un établissement tout nouveau; on y prend des bains ferrugineux et la situation alpestre de cette maison isolée permet d'y faire des cures de petit-lait. La partie de l'Appenzell qu'on traverse pour atteindre Meynach m'a plus rappelé les Pyrénées qu'aucune autre partie de la Suisse.
J'ai revu avec plaisir le lac de Zurich; celui de Zug, que j'ai longé le lendemain, plus ombragé, plus retiré, m'a semblé plus gracieux. On le voit presque en entier du couvent des dames de Saint-François dont la maison domine et la ville et le lac. Je suis arrivée chez ces Dames pendant une messe chantée, médiocrement, j'en conviens; mais l'orgue, mais ces voix qui partent de lieux et de personnes invisibles s'emparent toujours trop vivement de moi pour me disposer à la critique. Ces religieuses s'occupent de l'éducation de la jeunesse; la sœur Séraphin, qui m'a promenée, parle bien le français; sa cellule était très propre. La règle du couvent ne m'a pas paru très austère.
La chapelle de Kussnach, à l'endroit même où Gessler fut tué par Guillaume Tell, a un mérite historique sans doute, mais comme situation elle est fort inférieure à celle construite sur le lac des Quatre-Cantons, à la place où Tell, s'élançant hors de la barque de son persécuteur, rejeta celle-ci dans l'orage et les flots.
La position de Lucerne, que je connaissais, m'a encore frappée par le tableau pittoresque qu'elle présente. Le lion, sculpté dans le roc, près de Lucerne, d'après le dessin de Thorwaldsen, est un monument imposant, une belle pensée bien rendue.
Berne, où je suis arrivée par l'Immersthal, gracieuse vallée, riche de la plus belle végétation et embellie de charmants villages, a l'aspect grande ville, grâce à de nombreux édifices et à la beauté des avenues. Mais la ville est triste, et même en été on sent combien elle doit être froide en hiver. La terrasse plantée et suspendue à une grande hauteur sur le cours de l'Aar, en face des montagnes et des glaciers de l'Oberland, est une belle promenade, que l'Hôtel de la Monnaie d'un côté et la Cathédrale de l'autre, terminent noblement.
La route de Berne ici n'offre rien de remarquable. Fribourg se présente d'une façon assez frappante et originale. Sa position âpre et sauvage, les tours jetées sur les hauteurs qui l'environnent, la profondeur de la rivière, ou, pour mieux dire, du torrent qui coule au pied du rocher sur lequel pose la ville, le pont suspendu qui s'élève au-dessus de la ville, tout cela est pittoresque. L'intérieur de la ville, avec ses nombreux couvents et sa population de Jésuites à longues robes noires et à grands chapeaux, ressemble à un vaste monastère, auquel ne manque même pas, au besoin, une petite odeur d'Inquisition; ce n'est pas sur ce point mystérieux et claustral de la Suisse qu'on se sent respirer l'air de la liberté classique de l'Helvétie. Le nouveau collège des Jésuites, par sa position, domine la ville, et, par son importance, y exerce une grande influence. A en juger par le peu qu'il est permis au voyageur de visiter, cet établissement est sur la plus grande échelle et parfaitement bien tenu; trois cent cinquante enfants, la plupart français, y sont élevés; la maison me paraît destinée à en contenir un plus grand nombre. Outre ce grand pensionnat, les Jésuites ont à côté leur propre maison, et, de plus, à une lieue de la ville, une maison de campagne.
J'ai été voir la Cathédrale, qui serait tout à fait indigne d'être visitée, sans un orgue dont on jouait au moment où je suis entrée et dont le son m'a paru le plus harmonieux et le moins aigre et sifflant que j'aie entendu.
Je suis fort aise d'avoir vu Fribourg; je l'avais traversé, il y a onze ans, pour l'examiner. Je comprends mieux, maintenant, l'espèce de rôle que cette ville joue dans l'histoire religieuse du temps actuel.
_Lausanne, 21 août 1835._--La route large et facile de Fribourg traverse un pays boisé en partie, cultivé aussi, riant et varié, mais il n'est pas précisément pittoresque, si j'en excepte le point de Lussan. La nature ne se grandit qu'au moment où la chaîne de montagnes qui couronne le lac Léman apparaît à la sortie d'un bois de sapins, qui cache assez longtemps le lac et la ville de Lausanne.
Comme toutes les villes de Suisse, Lausanne est laid au dedans, mais dans une situation pittoresque, sur un terrain inégal, qui en rend l'habitation incommode, mais qui offre plusieurs terrasses d'où la vue est fort belle: celles de la Cathédrale et du Château sont les plus citées. Je préfère celle de la promenade Montbadon, moins élevée, mais d'où l'on distingue mieux la campagne; les toits tiennent trop de place dans les autres vues.
_Bex, 23 août 1835._--Un peu moins de murs et de vignes, quelques arbres de plus, rendraient la route de Lausanne à Vevey charmante; ce n'est qu'à Vevey que le pays me plaît tout à fait. Chillon surtout m'a frappée par sa position, et ses souvenirs. J'aurais voulu y relire les vers de lord Byron en parcourant le fameux souterrain; son nom, seul, barbouillé avec du charbon sur un des piliers de la prison, le même auquel François de Bonnivard a été attaché pendant six ans, suffit déjà à rendre ce cachot poétique.
On quitte le lac Léman à Villeneuve pour s'enfoncer dans une gorge étroite et sauvage. La dentelure aiguë et bizarre des rochers entre lesquels passe la route est la seule beauté des quatre grandes lieues après lesquelles on arrive ici. Tout auprès, sur une saillie du rocher veiné de diverses couleurs, s'aperçoit, à demi cachée dans une touffe d'arbres, la ruine du château de Saint-Triphon, qui m'a paru d'un bel effet.
Bex même est un village qui ne ressemble en rien aux beaux villages suisses du canton de Berne. Tout se ressent déjà du voisinage piémontais. Nous sommes tous à l'auberge de l'Union, la seule du lieu, ni bonne, ni mauvaise. L'établissement des bains sulfureux ne s'est pas soutenu, celui du petit-lait, pas davantage. En fait, c'est un endroit dénué de ressources, et assez triste et sombre, éclairé cependant pour moi par la bonne petite mine couleur de rose de Pauline et par l'éclat de ses beaux yeux bleus; j'ai été charmée de m'y trouver.
On m'a remis ici une lettre que l'amiral de Rigny y avait laissée pour moi, en passant pour se rendre à Naples. Il me dit qu'il trouve partout sur sa route l'opinion fort arrêtée que la duchesse de Berry était le 24 à Chambéry, et que le 30 Berryer, qui allait aux eaux d'Aix-en-Savoie, en a disparu, quelques heures après l'attentat de Paris, et qu'il a reparu ensuite, fort effaré, à Aix. J'ai trouvé, ainsi que M. de Rigny, cette version établie partout. Les journaux suisses signalent aussi Mme la duchesse de Berry; il n'y a, cependant, rien de constaté.
Il vient d'y avoir, à Maintenon, chez le duc de Noailles, une réunion de gens d'esprit et d'intrigue. M. de Chateaubriand, Mme Récamier, la vicomtesse de Noailles, M. Ampère, enfin tout ce qui va, le matin, à l'Abbaye-aux-Bois[62]. J'en suis fâchée; le duc de Noailles ne devrait pas quitter une route large pour entrer dans un sentier.
[62] L'Abbaye-aux-Bois était une communauté religieuse de femmes, située à Paris, rue de Sèvres, à l'angle de la rue de la Chaise. Elle servit de prison d'arrêt pendant la Révolution. Rendue, plus tard, à sa destination première, elle offrit, en dehors du cloître réservé aux religieuses, un asile paisible à des dames du grand monde: c'est là que Mme Récamier vint s'établir.
D'après ce que l'on me mande de Touraine, je vois que les atrocités de Paris, du 28 juillet[63], y ont créé de l'indignation, mais une indignation qui craignait de se manifester hautement et qui est peut-être effacée aujourd'hui. Nous vivons dans un temps où l'on voit tant de monstruosités sur la scène, les livres en sont tellement remplis, elles descendent si régulièrement dans la rue, que le peuple, blasé sur l'horrible, y devient indifférent et se trouve ainsi familiarisé avec le crime. Cette ville de Tours, dans le fond si calme, s'est signalée cependant par le refus d'adresses du Tribunal, du Conseil municipal, du Conseil d'arrondissement. Il a suffi de deux hommes de chicane, argumentant sur la lettre de la loi, pour mettre à leur aise tous les indifférents. Il paraît cependant que la garde nationale s'est montrée en grand nombre le jour du service funèbre et qu'elle a fait une adresse d'assez bonne grâce. Quand on voit, d'une part, les passions les plus violentes et les plus criminelles, de l'autre des masses paresseuses ou indifférentes, on se demande si les lois répressives demandées par le ministère français suffiront. Peut-être ne feront-elles qu'irriter!
[63] Attentat Fieschi.
C'est un fort vilain temps que le nôtre; les bons siècles sont rares, mais il n'y a guère d'exemple d'un plus vilain que celui-ci. Je plains de tout mon cœur ceux qui sont chargés de le museler, M. Thiers, par exemple, dont la fatigue et l'inquiétude se montrent, dans une lettre que j'ai reçue de lui, hier, et dont voici un extrait. Après m'avoir parlé des dangers personnels auxquels il a échappé lors de l'attentat du 28 juillet, il ajoute: «Mais le seul chagrin, chagrin accablant, c'est l'immense responsabilité attachée à mes fonctions; je suis debout jour et nuit. Je suis à la Préfecture de police, aux Tuileries, aux Chambres, sans me reposer jamais, et sans être sûr d'avoir pourvu à tout, car la fécondité du mal est infinie, comme dans toute société déréglée, où on a donné à tous les bandits l'espoir d'arriver à tout, en mettant le feu au monde; les misérables feraient sauter la planète si on les laissait faire; ils n'avaient d'autre combinaison, le lendemain de cette horrible boucherie, que celle-ci: «Nous «verrons;» c'est le principal assassin qui me l'a dit lui-même. Pour prix de tant de tourments, je ne sais quel jour je me reposerai, ni par quelle issue j'échapperai à mon supplice.»
Un mot qui me paraît digne de notre excellente Reine, aussitôt après l'explosion de la machine infernale, et quand elle sut que le Roi et ses enfants n'avaient pas succombé, a été celui-ci: «Comment mes enfants se sont-ils conduits?» Les jeunes Princes ont été dévoués et touchants. Ils se sont serrés autour du Roi; le lendemain, lorsqu'on reconnut la trace d'une balle sur le front du Roi, le duc d'Orléans dit: «Pourtant, hier, je me suis fait _le plus grand_ qu'il m'a été possible.»
Pendant que Mme Récamier est à Maintenon chez la duchesse de Noailles, la princesse de Poix, ma belle-sœur, va aux lundis de la duchesse d'Abrantès, où on rencontre Mme Victor Hugo! Le bel esprit et la politique ont étrangement confondu toutes les compagnies, bonnes et mauvaises!
M. le duc de Nemours va faire une course à Londres; joli, sérieux, digne et réservé, avec le plus grand air de noblesse et de jeunesse possible, il me semble qu'il devrait réussir en Angleterre, mais son excessive timidité lui ôte tellement toute facilité et toute grâce dans la conversation, qu'il sera peut-être jugé inférieur de beaucoup à ce qu'il vaut réellement.
De toutes les lettres de félicitations écrites au Roi des Français par les souverains étrangers, à l'occasion de l'attentat du 28 juillet, la meilleure, la plus bienveillante est celle du Roi des Pays-Bas. C'est, ce me semble, de très bon goût de sa part, et j'en suis fort aise; j'ai toujours trouvé que depuis ses malheurs, le Roi des Pays-Bas avait montré de l'esprit, de l'à-propos et une persévérance qui, quel qu'en soit le succès définitif, lui assurera une belle page dans l'histoire de nos jours, où j'en vois si peu pour qui que ce soit.
Pendant que le Roi des Français se soumet aux escortes, aux mesures de sûreté, à des allures plus royales, son président du Conseil vient dîner aux Tuileries, à des dîners d'ambassadeurs, en pantalon de couleur et sans décorations, et ce ministre est le duc de Broglie!
Jérôme Bonaparte, avec toute sa famille, a quitté Florence, et se trouve maintenant à Vevey; le choléra fait refluer toute l'Italie en Suisse.
_Bex, 24 août 1835._--Le temps s'étant éclairci, nous avons été voir des salines près de Bex: ce sont les seules de la Suisse, et elles ne suffisent pas à la consommation du pays. Nous n'avons pas pénétré fort avant dans la mine, à cause du froid humide dont nous nous sommes sentis saisis, mais nous avons vu en détail les étuves de graduation. Le sel m'a paru être d'une grande blancheur.
On nous a ramenés par la vallée du Cretet, le long du torrent de Davanson, qui est le plus abondant et le plus impétueux que j'aie vu dans cette partie-ci des Alpes; son cours est assez long et sa pente extrêmement rapide; il est resserré dans une gorge étroite, haute et boisée. Il sert à faire aller beaucoup d'usines pour les besoins desquelles il se divise en mille petits canaux et aqueducs. Ces établissements sont presque toujours suspendus sur des quartiers de rocher qui semblent s'être détachés des cimes supérieures et être restés suspendus comme par miracle sur l'abîme. Toute cette route, jusqu'au petit château de M. de Gautard, est charmante, et m'a un peu réconciliée avec cette contrée qui m'avait désagréablement surprise au premier aspect.
Je reviens d'une course qui est pleine d'intérêt. Le but principal était la cascade de Pisse-Vache, belle gerbe d'eau, droite, écumeuse, jetant au loin autour d'elle une poussière humide, s'élançant, en un seul jet, d'une brèche de rochers, dont les deux pointes se dressent en longues aiguilles; l'eau de cette cascade se mêle bientôt à celle du Rhône, près du pont sur lequel on passe ce fleuve, également impétueux depuis sa source jusqu'à son embouchure; il l'est remarquablement dans la gorge étroite qu'il traverse en quittant le Valais, pour entrer dans le canton de Vaud. La limite est à Saint-Maurice, village pittoresque dont les couvents, le castel, la vieille tour, les fortifications inégalement appuyées sur les flancs de rochers à pic sont d'un curieux aspect. La porte de ce bourg est, pour ainsi dire, formée par l'étroit passage que laissent entre eux deux grands rochers qui séparent les deux cantons. De ce point, on voit, à droite, le canton de Vaud, terminé, au loin et par delà le lac Léman, par le Jura, et à gauche, le sauvage Valais, fermé par la chaîne neigeuse du Saint-Bernard.
Ce qui, cependant, a fort gâté cette course pour moi, a été la nature de la population. Les crétins sont nombreux, et ceux-là même qui ne sont pas aussi infortunés, sont encore affreusement défigurés par des goitres; les femmes surtout en ont jusqu'à trois; les eaux, provenant des neiges fondues, l'action incomplète du soleil, qui n'éclaire que peu les étroites gorges du Valais, y rendent cette infirmité fort commune.
_Genève, 26 août 1835._--Partis de Bex ce matin, nous avons longé le Rhône jusqu'au point où il se jette dans le lac Léman, de là à Thonon; route charmante, hardie, taillée dans le roc, suspendue sur le lac, mélange pittoresque de pelouses superbes, de châtaigniers admirables et de rochers majestueux du plus bel effet. A partir de Thonon, la route devient monotone jusqu'à deux lieues de Genève; aux beautés naturelles de la contrée se joignent alors les nombreux embellissements de jardins soignés comme en Angleterre, de jolies maisons de campagne, d'avenues superbes, le tout groupé, ainsi que la ville de Genève, en amphithéâtre autour du lac.
Nous sommes descendus à l'Hôtel des Bergues. Ma fenêtre donne sur un nouveau pont en fil de fer, qui, en passant sur le Rhône, joint les deux parties de la ville et conduit, en même temps, à une petite île sur laquelle se trouve la statue de Jean-Jacques Rousseau, entourée d'un bouquet de gros arbres. On aperçoit aussi une grande partie du lac couvert de petites embarcations. Rien ne saurait être plus gai, plus animé.
_Genève, 27 août 1835._--Le duc de Périgord, que j'ai rencontré hier, ici, et qui est une bonne autorité pour ce qui regarde M. l'archevêque de Paris, m'a expliqué, de la manière suivante, le rapprochement de celui-ci avec le gouvernement actuel. Après l'attentat du 28 juillet, le curé de Saint-Roch, dont l'église est devenue la paroisse de la famille royale, depuis la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois, s'est rendu chez le Roi, qui lui a dit ses intentions pour un service funèbre. Le curé, qui se nomme l'abbé Olivier, a fait alors observer au Roi, qu'après le service funèbre, un _Te Deum_ en action de grâces pour la conservation du Roi et de ses enfants, serait aussi indiqué que convenable. Le Roi a adopté cette idée, en ajoutant toutefois: «Ce _Te Deum_ aura donc lieu à Saint-Roch, puisque l'Archevêque continue son opposition à mon gouvernement.» Le curé de Saint-Roch a aussitôt prévenu l'Archevêque de l'innovation qu'allait entraîner son éloignement. C'est alors que M. de Quélen s'est décidé à aller chez le Roi: il a été reçu, et, depuis, il a officié aux Invalides et à Notre-Dame. Je saurai, plus tard, ce qui s'est passé entre le Roi et lui.
On m'écrit de Paris, que le maréchal Maison, qui ne se mêle pas des débats de la Chambre, promène tous les jours, à la belle heure, en phaéton, une demoiselle qu'il a ramenée de Saint-Pétersbourg. C'est l'élégant du ministère.
_Genève, 29 août 1835._--Les environs de Genève ont autant gagné que l'intérieur de la ville; chaque année, de nouvelles maisons de campagne remplacent et augmentent celles qui peuplaient les bords du lac. La plus soignée appartient à un banquier nommé Bartholony. C'est le goût italien qui domine dans la construction de ces villas; les jardins et la disposition des fleurs rappellent l'Angleterre; le cadre général seul reste suisse, et l'on n'en saurait trouver un plus grandiose. Coppet, plus éloigné de Genève, n'a aucun style; habité maintenant par la jeune Mme de Staël, qui y vit dans toute l'austérité des premières veuves chrétiennes, ce lieu semble désert et lugubre; le village sépare le château du lac et en ôte la vue. M. et Mme Necker et la fameuse Mme de Staël reposent dans une partie du parc défendue par des broussailles qui en rendent les approches difficiles. D'ailleurs, d'après l'ordre des défunts, personne, pas même leurs enfants, ne peut franchir cette enceinte. Le reste du parc est plein de beaux arbres, mais trop rapprochés: ils manquent d'air et de soin, comme tout l'ensemble de cette demeure. On n'y laisse plus pénétrer les étrangers. J'y ai été jadis: les appartements sont bien distribués et dans d'assez belles proportions, mais arrangés sans goût, sans élégance; c'est, à tous les égards, l'établissement d'un banquier puritain: vaste et austère, ni noble, ni imposant.
La position de Ferney est très agréable; les terrasses et la végétation embellissent cette demeure, qui, en elle-même, est petite; le tout est sur l'ancien modèle français du siècle dernier. Le salon et la chambre à coucher de M. de Voltaire sont restés seuls ouverts aux visiteurs et consacrés au souvenir du grand esprit qui a fait, pendant trente ans, de ce petit manoir, le foyer d'où sont parties tant d'étincelles brûlantes. Nous sommes restés longtemps à examiner toutes les petites reliques conservées par le jardinier. Il avait quatorze ans à la mort de M. de Voltaire; il débite assez bien sa leçon: car je ne trouve pas que ses récits aient un caractère original.
Il y a, dans une lettre que j'ai reçue hier de M. le duc d'Orléans, le passage suivant: «C'est le jour où les lois en discussion seront votées, où cette arme dangereuse sera remise entre les mains du pouvoir, que commencera la difficulté. Ce n'est rien de les avoir fait voter, c'est tout de les exécuter. Saura-t-on suffire à cette lutte de tous les instants? Saura-t-on déjouer chaque jour toutes les ruses? résister à toute la ténacité que déploieront, dans la défense de leurs dernières ressources, des hommes poussés à bout, et n'ayant plus qu'une seule pensée, qu'un seul but? Les mauvaises langues, ici, prétendent qu'il est bien plus difficile de gouverner régulièrement et avec suite, que d'emporter d'assaut, à coups de discours, des lois nouvelles, lorsqu'on n'exécute pas même celles dont on est armé. Pour ma part, je me borne à dire, que maintenant que les ministres nous ont engagés dans la lutte si grave que nous venons de commencer, je n'aurais pas de mots pour qualifier leur conduite, s'ils n'usaient pas convenablement de la force qu'ils ont cru devoir demander, ou s'ils voulaient rejeter sur d'autres le fardeau d'exécuter ce qu'eux seuls ont conçu et exigé dans ce qu'ils croyaient être leur propre intérêt.»
_Lons-le-Saulnier, 31 août 1835._--Je suis arrivée ici hier au soir, bien tard, après avoir traversé le sauvage, aride et triste Jura. De grands efforts y ont créé une route facile, quoique lentement parcourue à cause des montées et des descentes continuelles; mais les chemins, arrachés à du roc pur, abrités par des encaissements habilement pratiqués entre les infiltrations de l'eau, sont parfaitement unis, larges et bien défendus contre les dangers d'une nature aussi âpre. Des hauteurs de Saint-Cergues j'ai jeté un dernier regard sur le beau lac de Genève et des Alpes. Ce grand tableau se déploie magnifiquement et laisse dans le souvenir une belle image.
_Arlay, 1er septembre 1835._--Ce lieu-ci, qui faisait partie de l'ancien duché d'Isenghien, est venu au prince Pierre d'Arenberg du fait de sa grand'mère maternelle, héritière de la maison d'Isenghien, qui descendait de celles de Châlons et d'Orange. Tout cela est fort noble d'origine, et fort présent à la mémoire du propriétaire actuel. La vue, de ma chambre, et celle de toute la maison, est étendue sans être pittoresque, de même que la maison, qui est vaste et bien restaurée, est un peu nue d'ameublement et un peu froide, le coteau qui la domine l'abritant du midi.
Au sommet de ce coteau se voient les restes du gothique manoir tombé en ruines qui n'ont pas assez de caractère. Les arrivées sont courtes. Il n'y a pas d'autre avenue qu'une cour plantée. Beaucoup de choses manquent à l'agrément et au bon air de l'établissement, mais c'est un bon débris arraché au naufrage révolutionnaire. Les maîtres de la maison et la duchesse de Périgord m'ont reçue avec la plus parfaite obligeance.
J'ai reçu ici une lettre de M. Royer-Collard. Il retournait chez lui, à la campagne, «après avoir acquitté à la Chambre ce qu'il croyait être de son devoir et de son honneur», et sans attendre le vote sur l'ensemble de la loi. Son discours, que j'admire comme pensée, comme sentiment, comme langage (il n'a pas voulu en faire un discours d'effet ou d'entraînement), était pour satisfaire un cri de sa conscience, pour bien faire comprendre sa position, qu'un long silence laissait incertaine dans l'esprit de plusieurs; c'était pour tracer nettement sa ligne d'opinion, qu'il a, quoique fort souffrant, prononcé ce discours peu étendu, mais si plein de choses! Depuis cinq ans, c'est la première fois que, sans exciter des murmures, sans paraître ridicule, hypocrite ou imprudent, on a loué, défendu, honoré la Pairie, et que l'esprit religieux, les mots de Dieu et de Providence se sont fait entendre dans l'enceinte de la Chambre des députés. Le respect avec lequel de telles paroles ont été écoutées me paraît, plus que toutes choses, placer M. Royer-Collard à part, dans la haute région qui lui appartient.
L'homme qui semble avoir soudoyé Fieschi, et qui se nomme Pépin, avait été enfin arrêté. C'était une grosse affaire, mais il s'est échappé! Sur un ordre du Parquet, ce Pépin avait été extrait à minuit, peu d'heures après son arrestation, de la Conciergerie où il avait été placé, afin de faire, en sa présence, des perquisitions dans sa maison. Il a été conduit, par un commissaire de police et deux hommes seulement; aussitôt entré chez lui, il a disparu! Un homme dont l'arrestation était si importante conduit à _minuit_ par deux gardes!... sans être attaché, et conduit dans sa propre maison dont il connaissait des issues sans doute inconnues à ceux qui le menaient, c'est d'une étrange imprudence! Il paraît que depuis les affaires du 6 juin 1832[64], dans lesquelles cet homme avait été impliqué, sa maison était disposée pour lui fournir les moyens de s'échapper. Le juge d'instruction qui a laissé échapper Pépin, en ne le faisant pas mieux surveiller, se nomme Legonidec; c'est un jeune juge d'instruction de la Cour d'assises de Paris. Il y a des personnes qui croient qu'il sera fortement compromis par la légèreté, si ce n'est plus, qu'il a apportée dans une circonstance aussi grave.
[64] L'enterrement du général Lamarque, mort du choléra, le 2 juin, avait eu lieu le 5 juin, et avait été l'occasion d'une insurrection qui se continua pendant toute la journée du 6.
On m'a menée voir les ruines du vieux château; elles ont plus d'étendue et d'importance que je n'avais jugé en arrivant. C'était une forteresse considérable, qui, sous Louis XI, dans le temps des guerres contre les Bourguignons, a été démantelée par les ordres de ce souverain.
_Dijon, 3 septembre 1835._--J'ai quitté Arlay ce matin, emportant un souvenir reconnaissant du bon accueil qui nous y a été fait, à Pauline et à moi. La princesse d'Arenberg surtout m'a inspiré une véritable amitié; sa politesse, sa bienveillance, sa simplicité, jointes à beaucoup de raison et d'aplomb, embellies par l'instruction, des talents, le tout se communiquant facilement, assurent à cette jeune femme une place distinguée parmi les personnes de son âge et de son rang, dont bien peu me paraissent la valoir.
J'ai parcouru la nouvelle route, qui passe par Saint-Jean-de-Losne et abrège beaucoup. Le chemin est beau et facile, mais le pays qu'il traverse, riche sans doute, et bien cultivé, n'offre cependant rien de gracieux, et je dirais même rien d'intéressant, sans un assez grand nombre de châteaux, et le canal de Bourgogne orné de beaux rideaux de peupliers.
Pierres, le château de M. de Thiard, est le plus important de ceux qui se trouvent sur cette route. Il m'a paru considérable et noblement entouré, mais dans une position peu agréable; il est fâcheux qu'on abatte celui de Seurre, placé au bord de la Saône: il m'a semblé offrir une jolie situation; Toiran, la Bretonnière et quelques autres, prouvent que la province est bien habitée.
Je regrette d'être arrivée trop tard ici pour visiter Dijon. Cette ville se présente bien, elle renferme de beaux édifices, les rues sont animées; le parc, belle promenade publique, à un quart de lieue de la ville, et qui y tient par de longues avenues, doit être d'un grand agrément pour les habitants.
_Tonnerre, 4 septembre 1835._--La route de Dijon à Montbard est unie, dépouillée, fatigante à l'œil. Montbard est un vieux château féodal des duc de Bourgogne, placé sur une hauteur considérable, et qui avait été donné par Louis XV à M. de Buffon; celui-ci possédait déjà, au bas du coteau, une assez grande et triste maison dans une des rues de la petite ville. Il a continué d'habiter la maison d'en bas; elle n'a rien d'intéressant, si ce n'est un assez beau portrait du célèbre propriétaire. Il fit démolir quatre tours sur les cinq qui restaient autour de l'enceinte du vieux château; une seule subsiste donc ainsi que d'énormes murs de clôture: ceux-ci n'enferment plus, maintenant, qu'une espèce de quinconce de beaux arbres plantés par M. de Buffon, avec de belles allées qui y conduisent à partir de la maison d'en bas. Les beaux arbres offrent d'épais ombrages et une promenade agréable. Au sommet du quinconce est une petite maisonnette qui ne contient qu'une seule pièce où M. de Buffon s'établissait chaque jour pendant plusieurs heures pour travailler sans interruption. Il a fait construire une église, sur une partie d'anciennes fondations du château fort; c'est dans cette église qu'il est enterré. La maison de M. de Buffon est habitée par sa belle-fille, veuve sans enfants.
Le pays devient plus varié, à mesure qu'on s'approche d'Ancy-le-Franc, grand et noble château construit au seizième siècle par MM. de Clermont-Tonnerre, acheté depuis par le fameux Louvois, et appartenant encore à un de ses descendants. Ce château, parfaitement régulier, se compose de quatre corps de bâtiment joints à chaque angle par une tour carrée; il n'y a pas d'escalier principal, chaque tour en contient un assez étroit; les chambres à coucher sont dans de belles proportions, bien meublées, mais le grand appartement est mal distribué, les pièces ne se lient pas, elles sont assez petites, surtout le salon, que de riches dorures semblent encore rétrécir. Quelques anciens plafonds et des lambris analogues donnent à quelques-unes des pièces un caractère gothique et intéressant. Il entre peu de jour par les fenêtres, peu nombreuses et assez étroites; la cour intérieure est resserrée et sombre; le parc entoure tout le château, il est vaste et bien planté; les eaux sont vilaines et bourbeuses; je n'ai vu ni serres, ni fleurs, mais les dépendances sont considérables. La grande route traverse l'avant-cour à dix pas du château, c'est pousser la facilité des communications un peu trop loin.
Ce qui me plaît le moins dans cette demeure, c'est sa position: le château, placé dans le fond d'un étroit vallon, manque de jour, d'air et de vue; le mot anglais _gloomy_ semble fait pour Ancy-le-Franc. La chapelle est belle. Il est inutile de dire qu'il y a une salle de spectacle: comment M. de Louvois d'aujourd'hui pourrait-il s'en passer?
J'avais souvent entendu citer Ancy-le-Franc et Valençay comme étant les deux châteaux les plus considérables et les plus remarquables de France. Je ne puis admettre aucune comparaison entre eux; Valençay est bien autrement imposant, et, en même temps, gai à habiter: sa situation est pittoresque et saine; le château est bien plus riche d'ornements d'architecture, et sa belle partie qui est du quinzième siècle, de cent ans plus ancienne, par conséquent, qu'Ancy-le-Franc, est du pur style Renaissance.
Je n'ai point vu de bibliothèque chez M. de Louvois. C'est une observation qui me revient seulement à présent: je regrette de n'en avoir pas fait la remarque au concierge; il avait cependant l'air de montrer en conscience.
Je préfère non seulement Valençay à Ancy-le-Franc, mais même, tradition à part, Chenonceaux et Ussé s'il était arrangé et meublé.
_Melun, 6 septembre 1835._--Les bords de l'Yonne sont assez agréables, et reposent un peu de la triste route de Dijon; il est fâcheux, cependant, que la végétation soit, pour ainsi dire, factice, car je n'ai guère vu, jusqu'à Sens, d'autres arbres que des peupliers plantés en quinconces ou en allées; cela finit par être extrêmement monotone, et par donner trop d'apprêt et de raideur au paysage.
La cathédrale de Sens est belle, dans de justes proportions; deux objets de sculpture y attirent particulièrement l'attention: le mausolée du Dauphin, père de Louis XVI, et l'autel de saint Leu, où ce bon évêque de Sens est représenté, subissant son martyre, qui lui fut, en effet, imposé à Sens même; ce groupe en marbre blanc ne laisse pas que de faire impression. Je trouve le mausolée du Dauphin lourd dans son ensemble, manquant de simplicité dans sa composition, mais beau dans quelques-unes de ses parties. Le trésor de la Cathédrale est non seulement fort riche en reliques dont on peut contester l'authenticité, mais encore en vieilleries qui m'ont intéressée, parce qu'elles portent un vrai cachet d'ancienneté. Ainsi le siège de saint Leu, son anneau pastoral, sa mitre, l'anneau pastoral de Grégoire VII, le peigne dont se servait saint Leu aux ordinations, les vêtements d'église de Thomas Beckett, qui, comme je l'ai lu dernièrement encore dans Lingard, s'était, à une première persécution, réfugié sur le Continent, et avait surtout résidé en France; ces vêtements sont renfermés dans une caisse en fer, avec beaucoup de soin. Un beau Christ en ivoire par Girardon vaut bien la peine d'être examiné.
Dans une lettre de la princesse de Lieven du 29 août, de Baden, que j'ai trouvée à Sens, il y a ceci: «Les nouvelles qui nous parviennent d'Angleterre sont étranges. Les ministres auront-ils bien le courage de mettre à exécution leurs menaces contre les Pairs? Ceux-ci fléchiront-ils devant ces menaces? J'en doute; mais voilà la collision, si longtemps différée, qui arrive enfin.--En France on marche parfaitement bien, le discours de M. de Broglie est superbe. Lord William Russell ne cesse de dire: _Our alliance is at an end_; la France répudiant les principes révolutionnaires, et l'Angleterre avançant rapidement dans cette carrière, ne peuvent plus s'entendre; l'alliance était une alliance de principes: cette identité de principes n'existant plus, l'alliance est morte.»
_Paris 7 septembre 1835._--C'est toujours un grand événement pour moi que de rentrer dans Paris, où j'ai passé tant de mauvais moments: tout mon passé se déroule devant moi, à mesure que je traverse ces rues, ces places, qui me rappellent des souvenirs presque tous pénibles.
En allant le long des boulevards, j'ai jeté les yeux, en frémissant, sur cette maison d'où Fieschi a commis son crime. Elle est toute petite, de mauvaise apparence; la trop fameuse fenêtre est fermée par des planches. Dans quelques années, cette maison sera peut-être démolie; j'en serais fâchée. Un monument expiatoire qu'on élèvera pour l'abattre, au premier tour de girouette, parlera, ce me semble, bien moins à l'esprit que ne le fait la conservation exacte des lieux: ils se mêlent mieux à la tradition en la conservant; chacun en sait l'histoire, et peut y trouver une leçon. La rue de la Ferronnerie existe encore. On a abattu la salle de l'Opéra où M. le duc de Berry a été assassiné, pour démolir ensuite la chapelle qui l'avait remplacée. Et cependant la chapelle d'où Charles IX tirait sur le peuple est toujours là, toujours montrée, toujours citée. Pourquoi les crimes des Rois resteraient-ils visibles et ceux des peuples ne le seraient-ils pas?
Je vais tirer quelques extraits des lettres de M. de Talleyrand qui m'attendaient à Paris: «Vous trouverez ici dans le ministère plus de politesse que d'amitié. Être lié intimement avec M. Royer-Collard et ne pas l'avoir empêché de parler contre les lois de la presse, c'est bien mal! Voilà notre véritable délit! Thiers même n'est pas venu ici depuis deux jours. Je ne l'ai pas regretté, parce que je lui aurais dit, fort net, que je trouvais les articles du _Journal de Paris_, qu'il fait ou qu'il inspire, fort inconvenants, et qu'il devrait respecter assez M. Royer-Collard pour garder au moins le silence. La confiance des Tuileries est aussi une des causes du refroidissement ministériel... Thiers a beaucoup perdu aux dernières séances de la Chambre! Arriver à la tribune avec le _National_ d'avant 1830 pour établir qu'on n'a pas dit!!... c'est se placer bien petitement. Les hommes qui n'ont pas eu une première éducation ont bien de la peine à se grandir: à la première contradiction le bout de l'oreille passe... Vous ne pouvez trop louer le discours de M. de Broglie: tous les encensoirs de Paris ont traversé son salon... L'affaire de l'évasion de Pépin a beaucoup diminué la consistance du ministère; il s'est montré incapable dans une circonstance grave, ce qui fait dire: «Si le gouvernement ne sert pas mieux que cela le Roi, où sera notre appui à nous autres?» Thiers, au lieu d'employer son esprit à faire sa position, l'a employé à la diminuer et à la réduire seulement à de l'esprit. Il s'est mal tiré des dernières séances de la Chambre: d'abord il a été battu dans un amendement de Firmin Didot, puis il a apporté ses titres de journaliste à la tribune, ce qui a fait mauvais effet partout. Et c'est cependant lui qui vaut le mieux dans le ministère, parce qu'il a du cœur, outre tout son esprit: il aime ses amis, il est bon enfant, dans la bonne acception du mot, mais il aurait besoin d'être bien entouré et il l'est très mal... Souvenez-vous que l'espionnage, dans les Chambres, dans les rues, dans les lettres, est poussé au dernier degré... Le Roi, la Reine, Madame Adélaïde comptent le plaisir de vous voir parmi leurs meilleures consolations. Ils en ont besoin, car ils sont, je vous assure, bien malheureux.--Les Guizot et Broglie vous parleront peut-être de ma froideur: vous pouvez leur dire que la froideur n'est pas venue de mon côté; je l'ai reçue.»
Voici maintenant l'extrait d'une lettre de Mme de Lieven, de Bade, du 2 septembre: «J'ai lieu de croire, d'après quelques mots reçus d'Angleterre, que Peel et lord Grey s'entendent; la querelle des deux Chambres s'arrangera, à ce que me mande lady Cowper. On trouve en Angleterre M. le duc de Nemours très bien.»
_Paris, 8 septembre 1835._--M. Thiers est vieilli, souffrant; il n'est malade que de fatigue et d'épuisement, mais aussi, quelle existence! Il en veut à ses collègues de marchander les jours de repos qu'il réclame; il les accuse tout simplement de lâcheté, parce qu'ils reculent devant trois semaines d'une responsabilité qui pèse toute l'année sur lui, mais aussi, quelle responsabilité! Celle de préserver le Roi des coups des assassins! chaque jour voit surgir de nouveaux complots; les déjouer efficacement est une tâche écrasante.
Jusqu'à présent, le crime de Fieschi ne se rattache à rien d'important; quelques obscurs complices de cabaret, et voilà tout; les ministres ne peuvent arriver à rien de plus élevé. M. Thiers trouve même que c'est là le plus funeste symptôme, que pareille atrocité soit le fruit, non des passions exaltées, non du fanatisme, ni même d'une combinaison politique profonde, mais tout simplement le produit de la licence et de l'anarchie qui règnent dans les esprits.
Fieschi a répondu, au médecin qui le pressait sur le motif qui lui avait fait commettre le crime: «Je l'ai fait comme un gamin fait sauter un pétard.» Horrible insouciance! Il est positif que tous les clubs et sociétés secrètes, carlistes et autres, étaient informés que le 28 juillet il y aurait une tentative faite pour tuer le Roi. Fieschi avait eu des relations avec quelques brigands comme lui; ceux-ci avaient parlé à leurs amis, et ainsi un bruit vague s'était répandu dans le public, qui était même arrivé jusqu'au gouvernement, mais sans détails, sans noms propres, sans rien de précis. Quant à Fieschi même, c'est tout simplement une nature de sbire ou de bravo italien, qui prête volontiers son bras pour commettre un crime, même sans grande récompense.
M. Guizot, qui a été chargé d'annoncer l'événement à la Reine, me disait qu'elle avait été saisie de maux de nerfs; Madame Adélaïde d'un désespoir et d'une sorte de rage, qui lui avait ôté tout empire sur elle-même, et qu'à la lettre, elle ne se connaissait plus. Quant à la duchesse de Broglie, qui était aussi à la Chancellerie, sur la place Vendôme, avec la Reine, elle avait été fort émue, mais plus forte que son émotion. A cette occasion, M. Guizot m'a dit qu'il comparait l'âme de Mme de Broglie à un grand désert avec de belles oasis, qu'il y avait en elle de grandes lacunes, mais cependant beaucoup de force et de puissance.
_Paris, 9 septembre 1835._--Les ridicules de Sébastiani se font jour jusque dans le cabinet de Madame Adélaïde; ils paraissent être, en effet, hors de proportions. On se moque fort de lui à Londres et il s'y déplaît beaucoup. Il dit, avec sa parole dogmatique et paralytique: «La société anglaise m'est indigeste.» Quant à sa femme, ses bêtises et ses naïvetés sont devenues proverbiales. Ils reçoivent peu, on les délaisse; lord Palmerston est le seul qui, pour faire contraste avec les insolences dont il honorait M. de Talleyrand, soit aux petits soins avec le général, lui fasse sans cesse des visites du matin, le tienne au courant, avec empressement, de toutes les nouvelles insignifiantes. Enfin, c'est du noir au blanc!
La légion anglaise soulevée par le général Alava vient d'être battue en Espagne; cette abominable canaille qu'il avait enrôlée a lâché pied tout de suite.
Le compromis entre les deux Chambres en Angleterre a lieu: c'est une trève jusqu'à la session prochaine.
J'ai vu le Roi, qui m'a raconté le 28 juillet. Ce qui est fort singulier, c'est qu'il ait, dès la veille, averti ses ministres qu'on tirerait sur lui par une fenêtre, parce que cela serait plus sûr pour l'assassiner. M. Thiers et le général Athalin craignaient une attaque à bout portant, et désiraient que le Roi prît des précautions contre ce genre de tentative, à quoi il s'est absolument refusé, comme étant inutile. Ces messieurs se rendirent en partie à l'avis du Roi, mais dirent qu'ils croyaient que le coup, s'il avait lieu, partirait d'une rue étroite; le Roi, au contraire, soutint qu'ils se trompaient, que la tentative aurait lieu sur le boulevard, à cause des arbres qui masqueraient mieux l'assassin; enfin, toutes les prédictions du Roi se sont vérifiées. Il m'a dit que, dans une vie aussi remplie que la sienne, le moment le plus cruel avait été celui où l'ordre de la revue l'ayant ramené au bout d'une demi-heure sur la place même du crime, il avait été obligé de passer au milieu des mares de sang des morts et des blessés, des cris et des larmes de cette population mitraillée à cause de lui; son premier mot, en revoyant les siens, a été, en fondant en larmes: «Mon pauvre maréchal Mortier est mort.» Il est impossible d'avoir été moins occupé de lui-même, plus simplement courageux et cependant plus ému des malheurs des autres: il a été vraiment admirable et il n'y a qu'une voix à ce sujet.
L'Empereur de Russie s'est borné à faire faire un compliment de condoléances par un chargé d'affaires, sans écrire lui-même, ce qui est d'autant plus mal qu'il a écrit de sa propre main une lettre de condoléances à la veuve du duc de Trévise, celui-ci ayant été ambassadeur à Pétersbourg. Plusieurs petits souverains se sont également tus. Les lettres de l'Autriche ont été cordiales, celles de la Prusse excellentes, celles de la Saxe, tendres; de l'Angleterre, convenables; de La Haye, aimables, d'ailleurs insignifiantes.
Le Roi, qui, avec raison, craint toute secousse, désire garder le ministère actuel aussi longtemps que possible, mais il croit déjà remarquer quelques nouveaux germes de division qu'il redoute de voir se développer pendant le congé de santé qu'a demandé M. Thiers, et qu'il obtiendra. La recomposition d'un nouveau Cabinet serait extrêmement difficile, la difficulté gisant surtout dans la question de la présidence qui met toutes les vanités en jeu. Le Roi voudrait abolir tout à fait cette présidence, et, pour cela, il voudrait la confier, momentanément, à quelqu'un hors de ligne, qui n'admettrait pas de concurrents et pas de successeurs, et c'est alors qu'il pense à M. de Talleyrand. Du reste, le Roi a au moins autant d'aigreur que par le passé contre le parti doctrinaire du Cabinet, et craint, avant tout, que dans une décomposition partielle, ce ne soit cette fraction-là qui se recrute.
Je suis toujours surprise du mensonge, quand il porte sur des choses qui n'ont aucune utilité. Que les journalistes s'amusent à tromper le public, à la bonne heure; mais que les ministres s'amusent à faire des contes, c'est étrange! Ainsi, M. Guizot m'a dit, avant-hier, que c'était lui qui avait annoncé à la Reine la catastrophe du 28 juillet à l'hôtel de la Chancellerie. Eh bien! c'est encore aux Tuileries, et au moment de se rendre à la Chancellerie, que les Princesses ont été informées par deux aides de camp envoyés par le Roi du danger que celui-ci venait de courir! La vanité fait faire de bien petites choses! Y a-t-il rien de plus puéril que de faire une histoire sur un fait de ce genre?
_Paris, 10 septembre 1835._--M. le duc d'Orléans regrette le projet de mariage manqué en Wurtemberg. Il veut, dit-il, avoir le cœur net à l'égard de la princesse Sophie, et passer par Stuttgart, au premier voyage en Allemagne. Il dit que s'il en épousait une autre sans l'avoir vue, il croirait avoir manqué sa destinée.
M. le duc d'Orléans est assez aigre sur le ministère en général; la famille royale est disposée à s'en prendre à la négligence, à l'étourderie, si ce n'est pire, de la police. Il est sûr qu'elle n'a pas été bien habile depuis quelque temps, mais quant à l'évasion de Pépin, la faute en est uniquement à la négligence de M. Pasquier qui donne, négligemment et rejeté dans son fauteuil, des ordres incomplets, et aussi un peu à M. Martin du Nord qui les transmet, avec encore moins de détails, à des agents inférieurs qui les exécutent avec paresse. M. Legonidec, pour se disculper, porte des charges assez graves contre ses supérieurs; aussi y a-t-il des personnes qui vont jusqu'à expliquer l'incurie de M. Pasquier, par sa crainte de trouver quelque carliste au fond de l'affaire Fieschi. C'est tout ce que désirerait Madame Adélaïde, c'est tout ce que redouterait la Reine. L'opinion du Roi est que le coup est républicain. Arriver, s'il se peut, à la vérité, voilà l'essentiel, et le parti-pris des ministres de ne voir dans toute cette affaire qu'une conspiration de cabaret est peu propre à conduire à de nouvelles découvertes.
Le prince Léopold de Naples, dans la question de son mariage, est accusé d'une duplicité qui aurait pu en dégoûter toute autre que la princesse Marie, mais elle tient à s'établir, il ne se présente pas d'autre parti et, comme dit le Roi: «Vous ne savez donc pas qu'il faut absolument marier des Princesses napolitaines.» Sa fille l'est à moitié.
L'aînée de nos Princesses, la Reine des Belges, avait si peu de goût à épouser le Roi, son mari, qu'elle ne veut plus retourner à Compiègne, où son mariage a été célébré, et c'est pour cela principalement qu'on arrange cette année-ci un voyage à Fontainebleau. Cependant, l'éloignement de la Reine Louise pour son mari s'est transformé depuis en une passion conjugale, au point qu'elle vit à peu près enfermée avec le Roi dans un tête-à-tête non interrompu, pas même par ses dames ou par le grand-maître de la maison. Tout se traite par écrit avec eux. Le Roi et la Reine s'occupent dans deux cabinets contigus dont la porte reste ouverte. Le Roi, casanier et méfiant, aime assez cette vie qui est surtout du goût de sa femme, car elle n'est qu'aimée, au lieu qu'elle adore. Je tiens ces détails de son frère, M. le duc d'Orléans.
_Paris, 11 septembre 1835._--Mon fils Alexandre, qui arrive d'Italie, dit qu'elle est couverte de moines, fuyant d'Espagne et apportant les richesses de leurs couvents: les pierres précieuses qui en proviennent se vendent à vil prix.
La Reine des Français, quoique d'une santé délicate, se couche tard; elle ne se met au lit qu'après avoir parcouru elle-même toutes les pétitions qui lui sont adressées, et cela surtout par la crainte de manquer un avis utile pour la sûreté du Roi, qui pourrait lui être donné sous cette forme.
Au moment même où le Roi a vu, le 28 juillet, ses trois fils autour de lui, il s'est tourné vers Thiers et lui tendant la main il lui a dit: «Soyez tranquille, je vis et je me porte bien.» Ce sont des paroles de Henri IV!
_Maintenon, 12 septembre 1835._--Ce lieu-ci est tout arrangé, tout meublé; l'appartement est beau, l'établissement considérable, la rivière vive, les aqueducs grandioses; pour qui n'a pas besoin de vue, et pour qui ne craint pas l'humidité, ce vieux château, si riche en souvenirs, est une des meilleures et des plus nobles habitations.
_Courtalin, 13 septembre 1835[65]._--Ici, où on est fort au courant de ce qui se passe à la Cour de Charles X, on assure que le langage sur le crime du 28 juillet y a été très doux et très convenable. Cette malheureuse Cour exerce son animosité contre son propre intérieur dans une sorte de guerre intestine; ce sont les mêmes intrigues, les mêmes rivalités qu'autrefois à Rome, à la Cour du Prétendant.
[65] Ce château appartenait au duc de Montmorency.
_Rochecotte, 14 septembre 1835._--J'ai été ce matin voir le prince de Laval dans son joli manoir de Montigny, qu'il arrange et qu'il orne à merveille, en cherchant à lui conserver son caractère gothique. C'est un lieu qui sied bien aux goûts héraldiques du propriétaire.
J'ai trouvé, à Tours, le préfet un peu irrité d'un ordre ministériel qui provoque un compte rendu exact des journaux auxquels les employés de l'administration sont abonnés; en effet, cette petite inquisition sent un peu la curiosité de la Restauration.
_Valençay, 15 septembre 1835._--J'ai dîné aujourd'hui à Beauregard, chez Mme de Sainte-Aldegonde; c'est un beau château, ancien rendez-vous de chasse de François Ier, lorsque, de Chambord, il allait courre le cerf dans la forêt de Roussé. Il y a une galerie avec cent vingt portraits, assez mauvais, mais curieux, parce qu'ils représentent tous les personnages célèbres de l'époque dans toute l'Europe. Cette galerie est carrelée en faïence du temps. Le château renferme de vieux lambris et de vieux meubles très bien conservés par la propriétaire actuelle.
Je suis arrivée tard à Valençay, où j'ai trouvé M. de Talleyrand maigri, se plaignant de palpitations de cœur et d'une gêne assez pénible dans le bras gauche. Il venait de recevoir une lettre du Roi, qui lui annonçait la nomination de M. de Bacourt au poste de ministre à Carlsruhe. Voici les expressions du Roi qui ont trait au peu de déférence de M. de Broglie pour lui[66]: «Mon cher Prince, le moyen auquel mon _impuissance_ m'a décidé à recourir a eu un plein succès, et ce que vous désiriez est fait: j'ai voulu avoir au moins le plaisir de vous l'annoncer moi-même en vous renouvelant de tout mon cœur l'assurance de cette vieille amitié qui vous est connue depuis si longtemps.»
[66] Allusion à la démarche que le prince de Talleyrand avait faite auprès du Roi pour faire nommer M. de Bacourt à Carlsruhe.
Le Roi des Français n'est pas le seul souverain qui n'aime guère ses ministres; celui d'Angleterre déteste les siens; il parle tout haut, à table, contre eux, ainsi que contre sa belle-sœur, la duchesse de Kent, qui, pendant ce temps-là, promène sa fille de comté en comté, écoute les harangues, y répond, et fait déjà la Régente.
_Valençay, 16 septembre 1835._--Mlle Sabine de Noailles a seize ans, de la grosse beauté, une voix d'homme, de l'esprit, de l'instruction, de la mémoire comme tous les Noailles, et enfin de la brusquerie dans les manières. A dîner, à Courtalin, elle élève la voix et, s'adressant à M. de Talleyrand dont elle n'était pas la voisine, elle lui dit: «Mon oncle, voulez-vous boire un verre de vin avec moi?--Très volontiers, mon neveu,» lui répond M. de Talleyrand.
Le duc de Modène fait le petit tyran dans ses États. Une de ses vexations les plus habituelles est de faire couper les favoris et la moustache de ceux dont les passeports offrent la moindre irrégularité; la mode du temps rend cette tonte plus douloureuse que ne le serait la prison; celle-ci y est, du reste, jointe assez ordinairement.
La grand'mère du duc d'Arenberg actuel, amie intime de Marie-Thérèse, grande et noble dame à tous égards, vint en France sous le Consulat pour obtenir sa radiation de la liste des émigrés et la restitution de ses biens qui étaient encore sous le séquestre. Elle vint demeurer chez la maréchale de Beauvau avec laquelle elle était liée. Il lui fallut écrire à Fouché et demander une audience; celle-ci accordée, elle vint à l'hôtel de police; on ne permit pas à sa voiture d'y entrer, elle fut obligée de descendre à la porte et de se crotter en traversant la cour. Le ministre étant occupé ne put recevoir la duchesse d'Arenberg et la renvoya à son premier commis. Celui-ci lui dit qu'elle pouvait s'asseoir pendant qu'il chercherait le carton qui contenait les papiers relatifs à son affaire. Il se mit à feuilleter un registre, puis s'écria: «Mais votre affaire est rayée depuis quinze jours! Vous êtes toute rayée. Oh! bien! citoyenne d'Arenberg, puisque je suis le premier à vous donner cette bonne nouvelle, il faut que je vous embrasse!» Et le voilà prenant la duchesse par la tête et lui baisant les joues. Mais Mme d'Arenberg n'était point encore au bas de l'escalier qu'il la rappelle en lui criant: «Eh! citoyenne d'Arenberg, je me suis trompé; ce n'est pas vous, c'est une d'Alembert qui est rayée!» Et voilà la pauvre Duchesse revenant chez Mme de Beauvau après avoir été embrassée et non rayée! Le Premier Consul, qui sut cette histoire le lendemain, fit aussitôt rayer la Duchesse, qui rentra dans ses biens.
_Valençay, 17 septembre 1835._--La princesse de Lieven a eu, à Bade, une conversation assez curieuse avec M. Berryer, l'avocat-député: «Que pensez-vous, monsieur, des nouvelles lois proposées par le gouvernement français à l'occasion de l'attentat du 28 juillet?--J'en approuve le principe, et c'est pour cela que ne vais pas siéger à la Chambre où, par ma situation, je serais obligé de les combattre.--Croyez-vous à la durée du gouvernement actuel?--Non.--A la République?--Non.--A Henri V?--Non.--Mais à quoi croyez-vous donc?--A rien; car, en France, rien n'est possible à établir!» M. Berryer est parti le lendemain pour Ischl y voir Mme la duchesse de Berry, et de là à Naples.
_Valençay, 18 septembre 1835._--M. de Talleyrand m'inquiète, non que je croie grave l'incommodité dont il se plaint, mais il en est frappé. Il parle souvent de sa fin, il en a évidemment effroi, il en repousse l'image avec horreur. Il soupire souvent et hier je l'ai entendu s'écrier avec une profonde tristesse: «Ah! mon Dieu!» Les nouvelles, la politique l'intéressent, mais nous ne sommes pas en fonds pour cela ici.
_Valençay, 19 septembre 1835._--Lord Alvanley, revenant en fiacre du lieu où il s'était battu avec le fils d'O'Connell, donna une pièce d'or au cocher; celui-ci, surpris de cette générosité, dit: «Comment, my lord, une pièce d'or pour vous avoir mené si près?--Non, mon ami, mais pour m'en avoir ramené!»
Le bon et excellent docteur Bretonneau que j'ai appelé, de Tours, vient d'examiner M. de Talleyrand; il déclare que son mal n'est que dans les muscles, tiraillés et fatigués par les efforts que M. de Talleyrand est obligé de faire pour s'aider de ses bras, à défaut de ses jambes. De plus, il le trouve dans un état nerveux de langueur et d'ennui, mais, enfin, rien de dangereux. Ce qu'il y a de pis, c'est la faiblesse croissante des extrémités qui peut, d'un instant à l'autre, faire craindre une impotence complète. Bref, toutes les conditions d'une existence difficile, mais aucune d'une existence qui touche à sa fin. J'espère que la présence et les douces et spirituelles paroles de Bretonneau auront calmé l'esprit de M. de Talleyrand.
_Valençay, 20 septembre 1835._--Le général Sébastiani a manqué de sauter dans Manchester-Square à Londres. Un nouveau Fieschi y avait établi une petite machine infernale; une pauvre femme seule aurait été blessée, on ne sait encore rien de plus. Tout est crime et mystère dans le temps actuel!
M. Royer-Collard nous a parlé hier de son dernier discours à la Chambre des députés. Il dit qu'il se serait cru déshonoré s'il s'était tu, qu'il se serait fait porter à la tribune plutôt que de se taire dans une circonstance qui intéressait la gloire de toute sa vie; enfin, qu'il serait mort s'il n'avait pas parlé, et qu'il ne se porte mieux que parce qu'il a pu dire toute sa pensée.
J'ai eu le courage de toucher la question des cours prévôtales[67] à l'époque de la seconde Restauration, qu'on lui a tant reprochées dernièrement, et voici ce que M. Royer-Collard m'a répondu: «J'ai été, en effet, nommé, avec plusieurs conseillers d'État, pour examiner le projet de loi, avant que le ministère le portât à la Chambre. M. Cuvier et moi combattîmes le projet dans son principe et nous le fîmes beaucoup modifier dans les détails. M. de Marbois, alors garde des sceaux, qui n'aimait guère cette loi, désirant la faire porter aux Chambres par des hommes qui y étaient opposés, me nomma Commissaire du gouvernement sans me consulter. Je ne l'appris que par le _Moniteur_ et je m'en plaignis avec amertume. Je n'ai point paru à la Chambre comme Commissaire pendant la discussion de la loi, et je porte le défi à qui que ce soit de citer un mot de moi en faveur de cette loi.» Il a ajouté que M. Guizot, alors secrétaire général du ministère de la Justice, n'aurait pas dû se borner à citer charitablement à ses collègues du Cabinet actuel le _Moniteur_ qui contient son nom, mais qu'il aurait dû, en même temps, dire de quelle manière les choses s'étaient passées. Si cette accusation, au lieu d'être portée simplement dans les journaux ministériels, l'avait été à la Chambre, M. Royer serait monté à la tribune pour rétablir la vérité des faits.
[67] Les cours prévôtales étaient, en 1789, des tribunaux chargés de punir, promptement et sans appel, certains crimes et délits définis par une ordonnance de 1731. Sous le Consulat et l'Empire, on institua, sous le même nom, des juridictions exceptionnelles pour les désertions, les insoumissions, les délits politiques et la contrebande. Les cours prévôtales de la Restauration, composées de juges de tribunaux de première instance, et dirigées par un prévôt, officier supérieur de l'armée, jugèrent, de 1815 à 1817, sans appel et avec rétroactivité, les crimes et délits portant atteinte à la sûreté publique. Elles furent un instrument de réaction et de vengeances politiques.
Il est peiné d'avoir blessé M. Thiers dans son discours; ce n'était pas contre lui qu'il était dirigé, et il aurait désiré pouvoir lui faire une place à part.
M. Royer, qui n'a pas toujours bien pensé ni bien parlé du Roi Louis-Philippe, est fort revenu sur son compte. Il disait, hier, devant le beau portrait du Roi qui est ici, qu'il s'était fort grandi dans sa pensée, et à tel point qu'il n'aimait pas à se l'avouer à lui-même, tant il se trouvait en contradiction avec le passé à cet égard, et sa raison en opposition avec ses goûts.
_Valençay, 21 septembre 1835._--M. de Talleyrand, qui, le premier jour, avait été rassuré par le dire satisfaisant et consciencieux de Bretonneau, est retombé dans ses préoccupations sur sa santé. Il convient qu'il ne songe pas à autre chose et dit que cela tient à l'ensemble de sa disposition morale qui est triste et ennuyée. En rentrant chez lui, hier au soir, je l'ai trouvé lisant des ouvrages de médecine, étudiant l'article des maladies de cœur et se figurant y avoir un polype. Il souffre cependant fort peu, à de longs intervalles, et ses souffrances s'expliquent tout naturellement. Ce qu'il a, c'est évidemment, pour moi qui m'y connais, mal aux nerfs. Cet étrange Protée lui était inconnu, il le niait chez les autres, il le subit maintenant sans vouloir le reconnaître.
On dit le général Alava nommé président du Conseil à Madrid. Depuis un an, il n'avait, disait-il, accepté la mission de Londres que parce que le duc de Wellington était ministre; il y est resté, malgré la retraite du Duc, parce que, disait-il, Martinez de la Rosa était président du Conseil à Madrid; il n'a pas pu se retirer en même temps que Martinez de la Rosa parce que, disait-il, celui-ci a été remplacé par Toreno qui était aussi son ami! Il a conduit lui-même, en Espagne, la légion anglaise qu'il avait formée à Londres, après avoir juré de se déclarer pour don Carlos, le jour où la Régente appellerait un seul étranger à la défense de sa cause, et enfin, il serait maintenant fait chef du Cabinet espagnol par Mendizabal, qu'il chassait jadis de chez lui parce qu'il était un voleur et un coquin! C'est, il faut en convenir, pousser la logique de l'inconséquence à ses dernières limites.
_Valençay, 22 septembre 1835._--C'est la première fois depuis vingt et un ans que cet anniversaire[68] se passe pour moi loin de M. de Talleyrand, qui est parti hier pour le conseil général de Châteauroux. Je suis restée seule avec la génération qui est destinée à lui succéder ici. Cela m'a fait faire plus d'une réflexion, et surtout celle que le jour où M. de Talleyrand ne serait plus, je viendrais bien rarement à Valençay, non pas que j'aie la crainte qu'on y serait mal pour moi, mais parce que les souvenirs du passé rendraient tout pénible et que le contraste que déjà je remarquais hier tendra toujours à se marquer davantage. Je ne me sentais point appelée à régler, à tenir le salon, je n'étais point chez moi, et je voudrais avoir des ailes à déployer pour prendre mon vol vers Rochecotte.
[68] Le 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, était la fête de M. de Talleyrand, dont ce saint était le patron.
M. Mennechet, jusqu'à présent rédacteur de _la Mode_, journal carliste, diffamateur par principe, a dit ceci: «Figurez-vous que depuis cinq ans que je combats sur la brèche pour le monde qui est à Prague, je n'ai eu que deux lettres de leur part: la première du Roi Charles X, qui se plaignait amèrement des caricatures que nous lui avions envoyées contre le Roi Louis-Philippe, et qui nous recommandait de cesser d'en faire; la seconde est de Madame la Dauphine, qui m'a écrit il y a deux mois une lettre extrêmement sévère, et qui m'a renvoyé notre journal en déclarant qu'elle cessait son abonnement parce que nous avions inséré un article dans lequel nous disions avoir _vu_ ou _reçu_ une lettre d'elle qui contenait de bonnes nouvelles de M. le duc de Bordeaux.» M. Mennechet, navré de ces deux lettres, a quitté la rédaction du journal. Je trouve les lettres de Prague très raisonnables, et très honorables pour ceux qui les ont écrites.
_Valençay, 23 septembre 1835._--J'attends avec impatience le retour de M. de Talleyrand de Châteauroux. Quoiqu'il soit devenu triste et irritable, sa présence fait bien ici; elle remplit ce grand château, elle y maintient le bon langage et la bonne tenue. Je sais d'ailleurs, alors, pourquoi je suis ici.
_Valençay, 24 septembre 1835._--Le dire de Bretonneau s'est vérifié. M. de Talleyrand est revenu de Châteauroux ranimé et satisfait de l'accueil du préfet, de l'empressement de toute la ville et du succès d'une route qui l'intéresse.
Madame Adélaïde me mande que la course que le Roi vient de faire à la ville d'Eu avait été non seulement bonne pour sa santé, mais encore douce à son cœur et consolante pour tous les siens, par les témoignages d'affection impossibles à décrire qu'il a reçus tout le long de sa route.
Pépin a été enfin repris le 22 au matin, à ce que me mande aussi Madame, mais elle venait de l'apprendre et n'ajoute aucun détail.
M. de Rigny est signalé à Toulon, ce qui prouve qu'il n'a pas réussi dans la négociation du mariage napolitain.
_Valençay, 28 septembre 1835._--M. Brenier, qui arrive de Londres, me racontait hier que le général Sébastiani a autant d'aversion pour la musique que sa femme, au contraire, a de goût et de plaisir à l'entendre. Le mari ne permet point à sa femme d'aller à l'Opéra ni au concert. Un jour cependant, après de longues instances, Mme Sébastiani obtint la permission de se rendre à un concert chez lady Antrobus; c'était le 18 juin. Le général devait venir, plus tard, y reprendre sa femme. En effet, il s'y rendit au moment où entrait le duc de Wellington, en uniforme, entouré de beaucoup d'officiers, qui venaient tous du grand dîner militaire donné à l'occasion de l'anniversaire de la bataille de Waterloo. Les chanteurs entonnent alors un hymne en l'honneur du vainqueur. Sébastiani furieux dit à M. de Bourqueney, son premier secrétaire d'ambassade, qui l'avait accompagné, d'avertir Mme Sébastiani qu'il fallait se retirer. Celle-ci, qui n'entend pas l'anglais et ne comprenait par conséquent pas les paroles de la cantate, se refusa d'abord à quitter sa place; mais M. de Bourqueney, encouragé par les gestes du général en colère, fit enjamber presque de force les banquettes à la pauvre femme. Ayant enfin rejoint son mari, celui-ci lui dit, de l'air doctoral et sentencieux qui lui est propre: «Je vous avais bien dit, madame, que la musique vous porterait malheur!»
C'est ce même M. de Bourqueney, dont, il est ici question et qui écrivait dernièrement dans le _Journal des Débats_, avant d'aller à Londres avec Sébastiani, qui a eu le front d'insinuer que c'était lui qui avait, de Paris, préparé pour M. de Talleyrand le discours que celui-ci a adressé au Roi d'Angleterre, en lui remettant ses lettres de créance, en 1830. Voici toute l'histoire de ce discours. M. de Talleyrand, achevant sa toilette pour se rendre chez le Roi, me dit qu'il lui était venu à l'esprit qu'il serait convenable de dire quelques mots, que c'était l'ancien usage, et que dans la circonstance particulière de l'époque, il y verrait de l'avantage, mais qu'il manquait de temps pour préparer quelque chose, puis il ajouta: «Voyons, madame de Dino, mettez-vous là et trouvez-moi deux ou trois phrases que vous écrirez de votre plus grosse écriture.» C'est ce que je fis. Il changea deux ou trois mots à mon brouillon; je recopiai le tout pendant qu'on lui attachait ses décorations et qu'on lui donnait sa canne et son chapeau. Telle est l'histoire exacte de ce petit discours qui, par des allusions heureuses et un rapprochement entre 1688 et 1830, fut assez remarqué dans le temps[69].
[69] Ce discours se trouve aux pièces justificatives de ce volume. J'en détache seulement ici la phrase à laquelle l'auteur fait allusion: «L'Angleterre, au dehors, répudie comme la France le principe de l'intervention dans les affaires extérieures de ses voisins; et l'ambassadeur d'une royauté votée unanimement par un grand peuple, se sent à l'aise sur une terre de liberté, et près d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.»
Il en est de même de la lettre de démission que M. de Talleyrand a écrite il y a moins d'un an. On prétend généralement qu'elle est de M. Royer-Collard, et voici encore ce qui s'est passé à cet égard. J'avais, dans ma conscience, reconnu qu'il était d'une nécessité absolue pour M. de Talleyrand de donner sa démission; je familiarisai peu à peu M. de Talleyrand avec cette résolution; je savais qu'il était toujours difficile pour lui de rédiger sa pensée, et qu'il lui convenait mieux d'agir. Aussi depuis longtemps j'avais cherché les paroles qu'il faudrait employer. Un jour enfin, au mois de novembre de l'année dernière, dans notre solitude ici, je reparlai à M. de Talleyrand de la convenance qui, chaque jour, devenait plus grande pour lui de donner cette démission, devant laquelle il reculait un peu. Il me dit alors que la lettre pour l'annoncer serait très difficile à faire. Je rassemblais immédiatement tout ce que j'avais préparé en pensée, je le mis par écrit et retournant une demi-heure après chez M. de Talleyrand, je le lui lus. Il en fut frappé, et l'adopta en totalité à l'exception de deux mots qu'il trouvait trop affectés. Je lui demandai alors de soumettre ce projet de lettre à M. Royer-Collard; il le voulut bien. Je partis le lendemain pour Châteauvieux. M. Royer-Collard trouva la lettre bien, seulement il mit à la fin, _les pensées qu'il suggère_, au lieu de _les avertissements qu'il donne_ que j'avais mis; puis, au commencement, il changea une expression qu'il trouvait trop pompeuse, et la remplaça par un mot de meilleur goût. Et c'est ainsi que, sans aucune nouvelle altération, cette lettre parut ensuite au _Moniteur_ d'où elle a, pendant assez longtemps, occupé le public. Toutes les lettres de cette époque écrites par M. de Talleyrand au Roi, à Madame Adélaïde et au duc de Wellington ont été d'abord jetées sur le papier et remaniées par M. de Talleyrand. La première seule, contenant la démission, a été corrigée par M. Royer-Collard; les autres lui ont été simplement communiquées, il les a toutes approuvées.
_Valençay, 1er octobre 1835._--Hier, j'ai été à Châteauvieux par un temps épouvantable.
M. Royer-Collard disait que les deux hommes les plus semblables qu'il eût rencontrés étaient Charles X et M. de la Fayette, tous deux également fous, également entêtés, également honnêtes. En parlant de M. Thiers, il a dit: «C'est un polisson, bon enfant, qui a beaucoup d'esprit, quelques lueurs même de grand esprit, mais bon surtout à perdre un Empire par son étourderie et son enivrement.» Revenant sur les dernières lois répressives, il disait: «Je n'ai pas goût à la dictature, mais ma raison me dit qu'elle peut parfois être nécessaire. Nous sommes peut-être dans un de ces moments-là. Mais où prendre le Dictateur? Si on proposait franchement le Roi, je comprendrais, mais les ministres d'aujourd'hui!»
_Valençay, 4 octobre 1835._--J'ai entendu conter hier de singulières histoires sur M. Cousin dont les idées révolutionnaires d'autrefois sont changées en sentiments monarchiques les plus exaltés. On cite de lui des mots charmants à ce sujet. Il paraît que cet illustre Pair a composé un catéchisme monarchique et catholique. L'ouvrage fait, il va le porter à M. Guizot qui l'approuve, ainsi que M. Persil, ministre des cultes. On l'imprime, on l'envoie aux collèges en le recommandant à tous les établissements de l'Université. Tout cela fait, un pauvre prêtre vient, le livre à la main, prouver que tous ces docteurs n'ont oublié qu'un seul petit point de la doctrine catholique, celui du Purgatoire, dont il n'était pas fait la moindre mention dans le catéchisme doctrinaire, vérifié et approuvé par M. Guizot qui est ministre de l'Instruction publique, et en même temps de la religion calviniste!
_Valençay, 10 octobre 1835._--Un préfet, pédant et maussade, refusa de mauvaise grâce à M. de Talleyrand, l'autorisation de planter un bouquet de bois, en disant qu'il était _à cheval sur la loi_.--«Ma foi!» répondit M. de Talleyrand, «vous montez une fière rosse!»
Le célèbre Alfieri, après avoir donné dans les premières idées de la Révolution française, s'en dégoûta, au point de vouloir quitter la France, parce qu'un matin, menant lui-même à grandes guides quatre chevaux au bois de Boulogne, on les lui avait pris violemment pour le service public; le soir même, il annonça son départ, et aux instances qu'on lui faisait de rester en France, il répondit: «Eh! que voulez-vous qu'on fasse dans un pays où les nobles sont sans poignard et les prêtres sans poison!»
_Valençay, 16 octobre 1835._--Me voici entrée dans de nouveaux soucis. J'ai été avertie que la princesse de Talleyrand était dans un était de santé alarmant, et qui menaçait d'une fin prochaine. La baronne de Talleyrand, qui me le mande, me prie d'y préparer M. de Talleyrand. J'avoue que j'ai reculé devant cette mission. Les idées sinistres auxquelles M. de Talleyrand revient si souvent depuis quelque temps, la tristesse que lui inspire son grand âge, l'inquiétude qu'il manifeste à chaque petite souffrance, l'impression vive et pénible qu'il reçoit de la mort de ses contemporains, m'ont fait redouter de lui montrer celle de sa femme comme prochaine. Je ne craignais pas d'affliger son cœur qui n'est nullement intéressé dans cette circonstance; mais la disparition d'une personne à peu près de son âge, avec laquelle il a vécu, qu'il a jadis assez aimée ou à laquelle il a été assez soumis pour lui donner son nom, tout cela m'a fait croire que le danger de la Princesse lui causerait une impression profonde.
Je me suis agitée, tourmentée pour trouver des insinuations détournées, afin d'aborder la question sans causer de saisissement. Mes premières paroles à ce sujet ont été écoutées en silence, sans réponse; puis M. de Talleyrand a aussitôt parlé d'autre chose. Le lendemain cependant, il m'en a reparlé, mais uniquement, le cas échéant, comme d'un embarras de deuil, d'enterrement et de billets de part. Il m'a dit que si la Princesse mourait, il irait passer huit ou quinze jours hors de Paris, et tout cela, il l'a dit, non seulement avec la plus grande liberté d'esprit, mais même avec un soulagement visible. Il a immédiatement abordé les questions d'argent, assez importantes, qui se lient pour lui à la succession de sa femme, par laquelle il rentrerait et dans la jouissance d'une rente viagère, et encore dans d'autres sommes à la propriété desquelles la mort de la Princesse mettrait fin pour elle. Tout le reste du jour, M. de Talleyrand a montré une sorte de sérénité et d'entrain, que je ne lui avais pas vue depuis longtemps, et qui m'a tellement frappée que, l'entendant fredonner, je n'ai pu m'empêcher de lui demander «si c'était son prochain veuvage qui le mettait si fort en hilarité». Il m'a fait la grimace, comme un enfant qui joue, et a continué à parler de ce qu'il y aurait à faire si la Princesse mourait. Outre la satisfaction de retrouver par là plus de facilité dans son revenu qui, par plusieurs causes, a notablement diminué depuis quelques années, ce dont il dépitait extrêmement, il y a probablement, quoiqu'il n'en convienne pas, même avec moi, dans la perspective de cette mort, le soulagement de voir briser un lien qui a été le plus grand scandale de sa vie, parce qu'il a été le seul irrémédiable.
_Valençay, 18 octobre 1835._--Après plusieurs mois de silence, pendant lesquels le général Alava a échoué, à la tête des bandits anglais qu'il avait conduits en Espagne, je reçois une lettre de lui, de Madrid, du 6 octobre; elle commence ainsi: «Vous aviez raison, chère Duchesse, de dire dans le temps que c'était tenter la Providence que d'aller en Espagne avec des troupes étrangères.» Cette lettre finit par un nouveau retour vers ma prédiction, qui paraît s'être réalisée pour ce pauvre absurde Alava, beaucoup plus qu'il ne peut le supporter. Il insiste cependant sur ce que son honneur était engagé à cette vie de partisan qu'il ennoblit du titre de chevaleresque et qui n'est qu'un mauvais don-quichottisme.
Il n'a pas besoin d'expliquer pourquoi il a refusé la Présidence, mais il dit avoir accepté les Affaires étrangères, parce qu'il voyait la sûreté de la Régente compromise, sans dire en quoi. Puis il ajoute qu'aussitôt qu'il a été rassuré sur ce point, il s'est retiré entièrement du Cabinet, qu'il ne songe plus qu'à aller reprendre son poste à Londres, aussitôt après la session des Cortès. Il paraît sentir tout ce qu'il y a d'incertain dans cette marche, car il s'écrie: «Dieu seul peut savoir ce qui, d'ici là, peut se placer entre moi et Londres.» Il termine en disant que s'il peut se rendre en Angleterre, ce sera par mer, pour éviter Paris qui, d'après lui, est l'endroit le plus dangereux pour un diplomate espagnol.
A l'occasion de la France, il dit ceci: «Puisqu'on a attendu le _casus fœderis_ pour agir, le _casus mortis_ où nous nous trouvons dispense de penser à notre libération, car les morts n'ont besoin de rien.»
_Paris, 23 octobre 1835._--Nous sommes revenus à Paris depuis quelques jours.
M. le duc d'Orléans, me parlant hier du mariage manqué à Naples pour sa sœur la princesse Marie, m'a dit qu'il s'était adressé à son beau-frère, le Roi des Belges, qui est ici en ce moment, pour qu'il trouvât quelque cadet de grande lignée en Allemagne, qui, en épousant la Princesse, viendrait s'établir à Paris. La princesse Marie a de l'esprit, mais une imagination vive et inquiète, le goût des arts, très peu l'habitude de la gêne et de la représentation. On verrait dans son établissement à Paris plus d'assurance de bonheur pour elle, et plus de facilité que dans un établissement au dehors. Il ne s'en présente aucun de cette dernière espèce, les chances même paraissent s'éloigner; la Princesse a vingt-trois ans, la Reine s'afflige et s'inquiète.
Les prétentions pour les enfants du Roi se sont, en tout, fort amoindries, car M. Guizot disait l'autre jour à M. de Bacourt qui part pour Carlsruhe, où il faisait remarquer qu'il n'y avait pas d'affaires, que cependant il y en avait une, celle de conserver la dernière princesse de Bade pour M. le duc d'Orléans. Cette Princesse est la fille de Stéphanie de Beauharnais. Je doute qu'un pareil mariage plût au jeune Prince qui, hier encore, à propos des Leuchtenberg, ne s'est pas bien exprimé sur les Beauharnais, les taxant tous d'aimer l'intrigue, et ne voulant pas même faire une exception en faveur de la grande-duchesse Stéphanie de Bade qui, cependant, dans mon opinion, mérite une place à part, car elle a non seulement de la bonté, mais encore de l'élévation d'âme, un peu trop d'activité à la vérité et un peu de prétention au bel esprit, mais ses sentiments sont tous pris dans un ordre supérieur.
La princesse de Talleyrand est mieux, et si peu occupée de son état qu'elle ne songe qu'à se faire assurer de nouveaux bienfaits après la mort de son mari.
_Paris, 24 octobre 1835._--M. Pasquier nous disait hier que Fieschi, à qui on a été obligé de couper la phalange d'un doigt à la suite des blessures causées par l'éclat de la machine infernale, avait, de l'autre main, pris le doigt malade, avant que les chirurgiens s'en emparassent, et le regardant, avait dit: «Mon petit, j'en suis fâché, mais tu perdras ta tête avant que je perde la mienne.» Son sang-froid, son courage, sa force physique, ne sont égalés que par l'excès de sa vanité.
J'ai trouvé les Tuileries tristes, Madame Adélaïde vieillie, le Roi rouge et bouffi, tous deux affligés du départ du Prince Royal pour l'Algérie. Châtier un brigand africain ne paraît pas un motif suffisant pour exposer une vie aussi précieuse. Ils en veulent aux ministres d'avoir plutôt encouragé qu'arrêté le mouvement aventureux et fort naturel du jeune Prince.
Le choléra n'est fini ni à Toulon ni en Afrique, il peut en arriver quelque malheur au Roi. Le mariage manqué à Naples leur donne des regrets; la froideur extrême du nouvel ambassadeur de Russie, tout les jette dans le découragement.
L'Empereur de Russie, dans les trente-six heures passées à Vienne, en hommage apparent au dernier Empereur d'Autriche, et en réalité pour charmer M. de Metternich par sa femme, et l'archiduc Louis par l'archiduchesse Sophie, a couru tout Vienne en fiacre, a forcé le caveau où le dernier Empereur est déposé, et a trouvé moyen, en trente-six heures, de changer quatre fois d'uniforme.
Les carlistes, à propos de la nomination du comte Pahlen comme ambassadeur de Russie en France, disent que rien ne prouve mieux le rapprochement de l'Empereur Nicolas avec le Roi Louis-Philippe, que le choix d'un fils d'assassin comme ambassadeur près du fils d'un régicide.
_Paris, 27 octobre 1835._--M. de Talleyrand disait hier qu'à son retour d'Amérique, après toutes les horreurs de la Révolution, rencontrant Sieyès, il lui demanda comment il avait traversé cette cruelle époque, ce qu'il avait fait pendant ces tristes années. «J'ai vécu,» répondit Sieyès! C'était, en effet, ce qu'il y avait de mieux et de plus difficile à faire!
Le gouvernement, désirant arriver à la mise en liberté des prisonniers de Ham[70], a saisi ardemment quelques symptômes de dérangement mental qui se manifestaient chez M. de Chantelauze, pour atteindre ce but. En conséquence, M. Thiers, avec l'arrière-pensée de faire échanger aux prisonniers, au bout de quelque temps, une maison de santé pour les châteaux de quelques amis qui auraient répondu d'eux, avait nommé une commission de médecins célèbres, pour constater l'état de M. de Chantelauze d'abord, et par occasion, celui des autres anciens ministres; mais M. de Chantelauze, aussitôt qu'il entendit parler de l'arrivée des médecins, se hâta de déclarer, positivement, qu'il les recevrait poliment, comme gens de mérite, mais nullement comme médecins; qu'il ne répondrait à aucune de leurs questions, et qu'il veut sa liberté pleine, entière, immédiate, ou rien du tout. Je ne pense pas que ses compagnons d'infortune lui sachent bien bon gré de cette humeur dédaigneuse.
[70] En 1830, les signataires des fameuses ordonnances qui amenèrent la chute de Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet, Guernon de Ranville et Chantelauze, furent traduits devant la Cour des Pairs, privés de tous leurs titres et condamnés à la prison perpétuelle. Ils étaient alors enfermés à Ham.
_Paris, 14 novembre 1835._--Je viens de recevoir des lettres de lord et de lady Grey, très amicales. Ils sont fort occupés de leur propriété de Howick, d'où ils m'écrivent, et paraissent complètement détachés de la politique.
Lady Grey dit une chose que je répète de bon cœur avec elle: «If my friends will only love me, and that I can possess a garden in summer, and an arm-chair in winter, I am perfectly happy in leading the life of an oyster.--Don't expose me to Mme de Lieven, she would think me unfit to live!»
_Paris, 16 novembre 1835._--M. de Barante est venu me dire adieu. Il part demain pour Pétersbourg, le cœur gros, l'esprit préoccupé. Depuis le fameux discours de l'Empereur Nicolas à Varsovie[71], que Mme de Lieven elle-même appelle _une catastrophe_, et les articles du _Journal des Débats_ qui ont commenté ce discours, la position de l'ambassadeur de France n'est pas rendue facile. Il semble, du reste, dans une direction fort sage et d'autant plus prudente qu'il l'a reçue directement du Roi.
[71] Le discours dont il est ici question a été prononcé le 10 octobre 1835 à Varsovie, par l'Empereur Nicolas, en présence du Corps municipal de cette ville auquel il était adressé. Les paroles de l'Empereur étaient remplies de menaces et de reproches à l'adresse des Polonais, et formulées dans des termes si violents qu'elles firent l'étonnement de l'Europe, où l'on douta même de leur authenticité. Les allusions aux relations clandestines entretenues par l'insurrection polonaise avec l'étranger embarrassèrent plus d'un diplomate et plus d'un gouvernement. Ce discours fut publié par le _Journal des Débats_ du 11 novembre 1835. On le trouvera aux pièces justificatives de ce volume.
Nous avons dîné, hier, aux Tuileries; il n'y avait que la famille royale, le service immédiat, et quelques élèves, amis des petits Princes. M. le duc d'Aumale venait d'être premier, ce qui le mettait _in high spirits_. C'était le seul qui me parût l'être, de toute la compagnie.
Le Roi a eu la bonté de faire apporter pour moi un portrait charmant de Marie Stuart, d'autant plus curieux que son origine est touchante. Les femmes de Marie Stuart passèrent d'Angleterre en Belgique, aussitôt après l'exécution de leur maîtresse; elles portèrent avec elles ce portrait, qu'elles placèrent dans un édifice public, où il est encore. La Reine des Belges en a fait faire une copie parfaite qu'elle a donnée au Roi son père, et c'est cette copie que j'ai vue.
Le Roi, dans le courant de la soirée, a longtemps causé avec M. de Talleyrand, et lui a demandé de faire un voyage à Vienne, ce que celui-ci a décliné, en se rejetant sur la saison, sur son âge et sur la présence d'un autre ambassadeur déjà accrédité à Vienne.
_Paris, 20 novembre 1835._--L'effet du fameux discours de l'Empereur Nicolas à la municipalité de Varsovie a été non moins grand et non moins désagréable à Vienne qu'à Berlin. Les journaux anglais l'ont attaqué violemment: le _Morning Chronicle_, qui est le journal du Cabinet whig, a été bien plus violent encore que le _Journal des Débats_. A propos de celui-ci, il s'est passé quelque chose de singulier. Le gouvernement, ennuyé de toutes les imprudences et inconvenances que commettent les _Débats_, et qui deviennent gênantes, à cause de sa couleur semi-officielle, a pensé à donner un peu plus d'importance au _Moniteur_, à y faire insérer des articles soignés, et à ôter ainsi aux _Débats_ de leur importance ministérielle. Cette pensée était celle du Roi qui l'avait fait adopter par son Cabinet, mais lorsqu'il s'est agi de savoir sous la direction immédiate de qui se trouverait le _Moniteur_, le duc de Broglie l'a réclamé comme président du Conseil. Le Roi a, alors, aussitôt abandonné et fait abandonner le projet et les choses sont demeurées comme auparavant.
Les lettres d'Angleterre disent le ministère anglais fort embarrassé. Le timide discours de lord John Russell à Bristol, sans satisfaire les conservatifs, a irrité les radicaux et les catholiques d'Irlande à un point extrême, et l'existence du Cabinet paraît sérieusement menacée, quoique la solution soit ajournée jusqu'à la réunion du Parlement.
Plus je vois le comte de Pahlen, le nouvel ambassadeur de Russie, plus je lui trouve les allures d'un homme comme il faut. Je vais en citer une preuve. Je sais de source certaine qu'il a écrit à sa Cour en termes nets, simples, droits, bienveillants sur ce qu'il a trouvé et sur ce qui s'est présenté à lui dans ces derniers temps. Il n'a pas laissé ignorer combien sa situation sociale souffrait des instructions qu'il avait reçues; il a ajouté qu'il ne se sentait pas appelé à rester dans une semblable position et il a déclaré nettement que son gouvernement devait ou changer ses premières directions, ou le rappeler. C'est hier que cette déclaration est partie. Le Roi et Madame Adélaïde attendent avec impatience la réponse qui décidera, nécessairement, de la nature des relations futures entre ce gouvernement et celui de Russie.
_Paris, 23 novembre 1835._--Voici les traits saillants d'une lettre que je viens de recevoir du duc de Wellington, qui me devait une réponse depuis longtemps: «Nous sommes toujours sur la grande route où nous sommes entrés il y a cinq ans; tout ce que nous pouvons espérer, c'est que notre marche ne sera pas trop rapide. L'arrêt et le retour surtout sont impossibles. Robespierre était au moins honnête homme en fait d'argent; sa puissance était fondée sur le désintéressement; mais ceux qui veulent et viendront à nous gouverner, ne seront pas touchés par la même considération. Je le crains du moins.»
_Paris, 24 novembre 1835._--J'ai passé hier une matinée singulière, dont je veux rendre un compte détaillé. Il faut avant, pour l'intelligence du récit, que je fasse une petite préface.
J'ai, de par le monde, une cousine qui s'appelle Louisa de Chabannes. Dans sa première jeunesse, elle avait été fort jolie; chantant, dessinant, très bien élevée, mais pauvre, elle ne trouva pas à se marier, devint retirée, sauvage, souffrante et presque laide. Je la voyais jadis, trois ou quatre fois l'an, et toujours j'étais frappée de cette personne affaissée, maigrie, ternie, nerveuse, silencieuse. Il y a sept ans, j'appris qu'elle était entrée aux Grandes Carmélites. Je n'en fus pas surprise, car quoiqu'elle n'eût pas précisément les allures dévotes, il était bien visible qu'elle se sentait froissée dans le monde; mais, ainsi que tous ses parents, je fus bien convaincue que les austérités de cet ordre rigoureux détruiraient bientôt cette organisation délicate et souffrante. J'entendais cependant, de loin en loin, son frère Alfred dire qu'elle vivait et se portait mieux que dans le monde.
Hier matin, on me remet une lettre commençant par: «Ma chère cousine,» et finissant par: «Sœur Thérèse de Jésus.» Je fus d'abord un petit moment sans comprendre, puis je me souvins de Louisa de Chabannes. Elle me disait dans cette lettre, qu'ayant enfin obtenu de ses Supérieures la permission de me voir, elle me suppliait de venir aussitôt, la journée d'hier étant une de celles qui, en si petit nombre, sont accordées aux visiteurs; elle ajoutait que, pour ne pas m'effaroucher, elle avait, par grande faveur, obtenu de me voir à visage découvert, et sans témoins. Je me serais fort reproché de désappointer cette pauvre fille, et une visite à M. l'archevêque me conduisant dans ce quartier, je résolus de faire les deux choses le même jour.
Je suis sortie à deux heures et me suis arrêtée au haut de la rue d'Enfer devant un portail surmonté d'une croix. La tourière m'a dit que les vêpres n'étaient pas finies, car ces religieuses disent chaque jour le grand office, je devrais entrer à la chapelle. Je m'y suis placée. Au fond du chœur est une grille armée de pointes en saillie, derrière laquelle est un grand voile brun. C'est de là que partaient les voix des Sœurs. Il n'y avait, en plus de moi, que deux vieilles dames dans la chapelle, qui est ornée d'une statue du cardinal de Bérulle agenouillé, en marbre blanc, et de plusieurs portraits de sainte Thérèse. Je n'avais pas vu ma cousine assez souvent pour reconnaître sa voix; d'ailleurs, l'office a fini presque aussitôt. Je suis rentrée chez la tourière, où le médecin du couvent est arrivé.
Pendant qu'on allait avertir de sa présence et de la mienne, il a vu que je tremblais de froid, car, dans cette maison, il n'y a jamais de feu qu'à l'infirmerie et dans la cuisine. Le docteur m'a parlé alors du régime intérieur, qu'il prétend ne pas être malsain, et, pour preuve, il me disait qu'après beaucoup d'observations, il avait constaté que l'âge moyen auquel les femmes parvenaient dans le monde était trente-sept ans et que, chez les Carmélites, il allait à cinquante-quatre ans. Il m'a quittée pour aller à l'infirmerie, et bientôt après, on m'a menée au parloir, toujours sans feu. Un petit fauteuil de jonc, sous lequel s'étendait une natte également en jonc, était placé auprès d'une grille en fer, doublée de petits montants en bois, et derrière cette double séparation un rideau de laine brune.
Au bout de quelques instants, j'ai entendu tourner un verrou, quelqu'un s'avancer vers la grille, et une voix très claire dire: «Deo gratias». Je ne savais ce qu'il fallait répondre, je me suis tue; la même voix a repris: «Deo gratias». Alors, je me suis résignée à dire: «Je ne suis pas prévenue de ce qu'il faut répondre.» Un petit éclat de rire m'a déconcertée: «Ma cousine, c'était pour m'assurer que vous étiez là!» Le rideau a été tiré, et je me suis trouvée en face d'un visage rond, frais, de deux yeux bleus brillants, d'une bouche souriante. Au lieu d'une voix éteinte, j'ai entendu des accents timbrés, animés, une parole rapide, des pensées douces et bienveillantes, avec des assurances d'un bien-être et d'une satisfaction que ne démentait pas l'aspect le plus consolant qu'on pût avoir d'une religieuse sévèrement cloîtrée. Elle a quarante-huit ans, mais ne paraît pas en avoir trente-six. Elle m'a beaucoup remerciée d'être venue, m'a remis une petite médaille à l'effigie de la sainte Vierge, en me suppliant de la faire porter, à son insu, par M. de Talleyrand. «Cette médaille, a-t-elle dit, ramène à la foi les plus égarés.» Je ne l'ai pas refusée, je n'ai pas refusé d'en faire l'usage désiré, c'eût été une dureté odieuse. D'ailleurs, il y a quelque chose de contagieux dans une foi aussi sincère et aussi vive! J'ai dit que je guetterais un moment favorable pour remplir ces saintes intentions.
Je suis repartie fort touchée, fort préoccupée, après avoir dit un adieu probablement éternel à cette douce et heureuse personne, qui couche sur une planche, ne se chauffe jamais, fait maigre toute l'année, et qui serait bien fâchée de ne pas dire avec sainte Thérèse: «Souffrir ou mourir.»
J'ai été, de là, rue Saint-Jacques, au couvent des Dames Saint-Michel, pour voir Monseigneur l'Archevêque, auquel je voulais parler d'un projet de mariage pour mon second fils avec Mlle de Fougères. J'ai été menée par une des Sœurs, vêtue de blanc de la tête aux pieds, dans un petit bâtiment séparé, qui donne sur l'immense jardin de ces dames. C'est là que vit habituellement M. de Quélen, depuis la destruction de son palais. L'appartement est joli, propre, très soigné.
J'ai trouvé l'Archevêque en bonne santé et en bonne disposition d'humeur, fort aise de ma visite. Il m'a aussitôt parlé de mes enfants, de leur avenir, de leur mariage. Je n'ai pas hésité à entrer dans des détails avec lui à ce sujet. Il a bien écouté et m'a dit qu'il serait heureux en toute circonstance de témoigner l'intérêt qu'il prenait à la famille de feu M. le cardinal de Périgord et particulièrement à mes enfants; que je devais bien savoir qu'il avait pour moi un intérêt à part, qui tenait à mes qualités, et à ce qu'il avait toujours vu en moi l'instrument dont la Providence se servirait probablement pour accomplir l'œuvre de sa grâce et de sa miséricorde sur M. de Talleyrand. Je l'ai engagé à venir quelquefois, le matin, de loin en loin, chez M. de Talleyrand, comme il le faisait avant notre départ pour l'Angleterre. Quand je suis partie, il m'a dit: «Traitez-moi, comme jadis, en grand parent, si ce n'est en ami, et laissez-moi croire que vous reviendrez me voir aux approches du jour de l'an.» J'ai dit que oui, et que je lui demanderais alors de lui présenter ma fille, qui avait été baptisée et confirmée par lui. «Et qui, je l'espère, ne sera mariée que par moi», a-t-il repris, et là-dessus je me suis retirée.
_Paris, 6 décembre 1835._--Voici une histoire que M. Molé m'a contée hier soir. Mme de Caulaincourt (Mlle d'Aubusson) s'est mariée en 1812. En sortant de la cérémonie, elle est rentrée au couvent où elle avait été élevée et son mari est parti pour l'armée. Il a été tué à la bataille de la Moskowa, où son beau-frère, jeune page de l'Empereur, a disparu, sans qu'on ait pu constater son sort. Mme de Caulaincourt, après son année de veuvage, est entrée dans le monde, sans cependant y aller beaucoup. Elle tenait la maison de son père, veuf depuis longtemps. Son frère aîné, peu de temps après avoir épousé Mlle de Boissy, est devenu fou furieux, et sa sœur, la duchesse de Vantadour, languit dans une lente consomption. Le père, frappé ainsi dans tous ses enfants, a voulu se remarier. Il a, en effet, épousé Mme Greffulhe, mère de Mme de Castellane. Mme de Caulaincourt s'est retirée alors dans un couvent, où elle voulait prendre le voile. Son père s'y opposa, et l'archevêque de Paris, dont le consentement était nécessaire, n'ayant pas voulu le donner aussi longtemps que M. d'Aubusson refusait le sien, Mme de Caulaincourt fut obligée d'y renoncer. Elle suivait cependant tous les exercices de la communauté, en portait l'habit, et ne quittait le couvent que lorsque son père était malade. Le chagrin de se voir contrariée dans sa vocation a miné sa santé, au point d'attaquer mortellement sa poitrine. Sur son lit de mort, elle a enfin obtenu la permission de son père; alors, elle a fait demander l'Archevêque et lui a exprimé le désir de prendre le voile en recevant l'extrême-onction. Cela a éprouvé quelques difficultés, qui cependant ont été levées, et quarante-huit heures avant d'expirer, elle a reçu les derniers sacrements et le voile tant désiré! Hier matin elle est morte, jeune encore, en vraie sainte.
_Paris, 9 décembre 1835._--Mme la princesse de Talleyrand est morte il y a une heure. Je n'ai encore parlé à M. de Talleyrand que d'agonie. Là même où il n'y a pas d'affection, le mot _mort_ est sinistre à prononcer, et je n'aime pas à l'adresser à quelqu'un d'âgé et de souffrant, d'autant plus qu'en se réveillant, il a eu encore une petite angoisse au cœur, qui a cédé, du reste, quand il a mis ses jambes dans la moutarde. Il s'est rendormi, et je ne lui dirai la mort qu'à son réveil. Du reste, il a, je crois, grande hâte d'être, à tout prix, hors des agitations de ces derniers jours.
_Paris, 15 décembre 1835._--M. Guizot, qui est venu, hier, chez M. de Talleyrand, a raconté qu'on avait trouvé dans les papiers de M. Réal, ancien chef de la police impériale, le manuscrit original des _Mémoires_ du cardinal de Retz, raturé par les religieux de Saint-Mihiel; que le gouvernement l'avait acheté, remis au plus habile chimiste de Paris, qui, après avoir essayé, infructueusement, de divers procédés, en avait enfin trouvé un, qui lui a permis d'enlever les surcharges et de lire le texte primitif. On va faire une nouvelle édition des _Mémoires_ d'après ce manuscrit.
Mme d'Esclignac, qui se conduit fort mal à propos de la succession de la princesse de Talleyrand, a eu hier une explication avec la duchesse de Poix. Celle-ci a essayé de lui faire sentir l'inconvenance de sa conduite, l'odieux d'un procès et de la publicité, son ingratitude envers M. de Talleyrand qui l'a dotée et qui paye encore, en ce moment, une pension à sa nourrice qu'elle laissait mourir de faim. A tout cela, Mme d'Esclignac a répondu: «Je ne crains pas le scandale pour moi, et je le désire pour mon oncle; j'aurai le faubourg Saint-Germain, puisque j'ai fait administrer Mme de Talleyrand par l'archevêque de Paris.»
_Paris, 21 décembre 1835._--Le comte de Pahlen a reçu, hier, de son gouvernement, des dépêches fort satisfaisantes, et dans lesquelles on l'assure qu'on ne confond pas les extravagances du _Journal des Débats_ avec la pensée du Roi et de son Conseil. Ces dépêches, arrivées par la poste, étaient, bien décidément, destinées à être connues du public. L'Ambassadeur attend, d'un jour à l'autre, un courrier, qui apportera sans doute, la pensée secrète du Czar.
La princesse de Lieven, que j'ai rencontrée hier chez Mme Apponyi, m'a parlé de ses propres affaires et m'a dit que, depuis longtemps, son mari et elle avaient placé toutes leurs économies hors de Russie pour être à l'abri des ukases.
Le prince de Laval disait, hier, assez drôlement que l'esprit de M. de Montrond «se nourrissait de chair humaine!» M. de Talleyrand trouvait cela _très vrai_ et _très joli_!
_Paris, 30 décembre 1835._--J'ai vu, hier, Madame Adélaïde qui était très satisfaite de la séance d'ouverture des Chambres, qui avait eu lieu ce matin même. Elle était contente de l'accueil fait au Roi, à l'arrivée et à la sortie, et, pendant toute sa route, par la garde nationale. On avait eu beaucoup de peine à s'entendre sur le discours de la Couronne, auquel on travaillait encore, dix minutes avant la séance. Les mots: «L'aîné de ma race», qui font grande sensation, qu'on trouve hardis, mais qui plaisent au Corps diplomatique, et aux gens dont l'esprit veut de la stabilité, ne sortent ni du Château, ni du Conseil. Ils étaient fondus dans une phrase entière que M. de Talleyrand et moi avions rédigée et que le Roi avait adoptée avec attendrissement, mais le Conseil n'a voulu garder que les mots indiqués: «L'aîné de ma race». Les carlistes les trouvent insolents! Ils reculent, épouvantés, devant une quatrième race! Les républicains ne les aiment guère mieux, peut-être moins encore... Le reste approuve beaucoup.
Nous avions hier, à dîner, Mme de Lieven, M. Edouard Ellice, le comte de Pahlen, Matuczewicz et M. Thiers, qui était _in high spirits_ et fort brillant de conversation. Il m'a dit, dans un coin, que le Bergeron, celui du Port-Royal, avait voulu tenter une nouvelle entreprise; qu'il s'était déguisé en femme, avec un de ses amis, que leur projet était que l'on présenterait une pétition au Roi, pendant que l'on tirerait à bout portant. Le projet a manqué, parce que le Roi, au lieu de se rendre à cheval à la Chambre, comme il le devait, y a été en voiture, à cause du verglas. On a fait quelques arrestations, mais comme il n'y a pas eu commencement d'exécution, on suppose qu'il faudra finir par relâcher les gens arrêtés.
On a été frappé des huit chevaux qui, pour la première fois, étaient attelés à la voiture du Roi. En voici la raison, inconnue du public. Pour plus de sûreté, on a fait monter le Roi (qui ne s'en doutait pas), dans l'ancienne voiture de l'Empereur Napoléon, qui était toute doublée de fer, pour le mettre à l'abri des coups de feu; elle est extrêmement lourde et exige huit chevaux.
Le comte de Pahlen a reçu hier un courrier qui lui a apporté des modifications à ses premières instructions, si sèches et qui rendaient sa position ici odieuse. Il paraît qu'on a bien compris cela à Pétersbourg et qu'on lui laisse plus de facilités. Cela mettait Mme de Lieven de fort bonne humeur!
FIN DU TOME PREMIER
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
Page 375.
_Discours adressé au Roi d'Angleterre par M. de Talleyrand, le 6 octobre 1830, en lui remettant les lettres de créance qui l'accréditaient comme ambassadeur de France auprès de S. M. le Roi d'Angleterre[72]._
[72] Ce discours fut d'abord inséré dans le _National_; le _Moniteur_ le reproduisit quelques jours après.
Sire,
Sa Majesté le Roi des Français m'a choisi pour être l'interprète des sentiments qui l'animent pour Votre Majesté.
J'ai accepté avec joie une mission qui donnait un si noble but aux derniers pas de ma longue carrière.
Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand âge a traversées, de toutes les diverses fortunes auxquelles quarante années, si fécondes en événements, ont mêlé ma vie, rien, peut-être, n'avait aussi pleinement satisfait mes vœux, qu'un choix qui me ramène dans cette heureuse contrée.--Mais quelle différence entre les époques! Les jalousies, les préjugés qui divisèrent si longtemps la France et l'Angleterre, ont fait place aux sentiments d'une estime et d'une affection éclairée. Des principes communs resserrent, encore plus étroitement, les liens des deux pays. L'Angleterre, au dehors, répudie, comme la France, le principe de l'intervention dans les affaires extérieures de ses voisins, et l'ambassadeur d'une Royauté votée unanimement par un grand peuple, se sent à l'aise, sur une terre de liberté, et près d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.
J'appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations que je suis chargé d'entretenir avec Votre Majesté, et je la prie d'agréer l'hommage de mon profond respect.
II
Page 385.
_Discours adressé par S. M. l'Empereur Nicolas au Corps municipal de la ville de Varsovie, le 10 octobre 1835[73]._
Je sais, Messieurs, que vous avez voulu me parler; je connais même le contenu de votre discours, et c'est pour vous épargner un mensonge, que je ne désire pas qu'il me soit prononcé.--Oui, Messieurs, c'est pour vous épargner un mensonge, car je sais que vos sentiments ne sont pas tels que vous voulez me les faire accroire.
Et comment y pourrais-je ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce même langage la veille de la Révolution?--N'est-ce pas vous-mêmes qui me parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidélité, de dévouement, et qui me faisiez les plus belles protestations? Quinze jours après, vous aviez violé vos serments, vous avez commis des actions horribles.
L'Empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur de Russie n'aurait dû faire, a été payé de la plus noire ingratitude.
Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse, et vous avez fini par briser vous-même votre bonheur.--Je vous dis ici la vérité, car je vous vois et je vous parle pour la première fois depuis les troubles.
Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles, il faut que le repentir vienne du cœur; je vous parle sans m'échauffer; vous voyez que je suis calme; je n'ai pas de rancune et je vous ferai du bien malgré vous.
[73] Nous reproduisons cette pièce d'après le _Journal des Débats_ du 11 novembre 1835.
Le Maréchal, que voici, remplit mes intentions, me seconde, dans mes vues, et pense aussi à votre bien-être.
(A ces mots, les membres de la députation saluent le Maréchal.)
Eh bien, Messieurs, que signifient ces saluts? Avant tout, il faut remplir ses devoirs, il faut se conduire en honnêtes gens.--Vous avez, Messieurs, à choisir entre deux partis: ou persister dans vos illusions d'une Pologne indépendante, ou vivre tranquillement, en sujets fidèles, sous mon gouvernement.
Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de nationalité distincte, de Pologne indépendante et de toutes ces chimères, vous ne pouvez qu'attirer sur vous de grands malheurs. J'ai fait élever ici la citadelle, et je vous déclare qu'à la moindre émeute, je ferai foudroyer la ville, je détruirai Varsovie, et, certes, ce n'est pas moi qui la rebâtirai.
Il m'est bien pénible de vous parler ainsi; il est bien pénible à un souverain de traiter ainsi ses sujets, mais je vous le dis pour votre bien.--C'est à vous, Messieurs, de mériter l'oubli du passé; ce n'est que par votre conduite, et par votre dévouement à mon gouvernement que vous pouvez y parvenir.
Je sais qu'il y a des correspondances avec l'étranger, qu'on envoie ici de mauvais écrits et que l'on tâche de pervertir les esprits; mais la meilleure police du monde, avec une frontière comme vous en avez une, ne peut empêcher les relations clandestines; c'est à vous-mêmes à faire le police, à écarter le mal.
C'est en élevant bien vos enfants, en leur inculquant des principes de religion et de fidélité à leur souverain, que vous pouvez rester dans le bon chemin.
Et au milieu de tous ces troubles qui agitent l'Europe, et de toutes ces doctrines qui ébranlent l'édifice social, il n'y a que la Russie qui reste forte et intacte.
Croyez-moi, Messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de jouir de sa protection.--Si vous vous conduisez bien, si vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'étendra sur vous tous, et, malgré tout ce qui s'est passé, mon gouvernement pensera toujours à votre bien-être.
Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit!
INDEX BIOGRAPHIQUE
DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS CETTE CHRONIQUE
A
ABERCROMBY (George-Ralph), 1800-1852. Colonel dans l'armée anglaise, il fut aussi membre du Parlement et lord-lieutenant. Il fit partie du cabinet de lord Grey.
ABERDEEN (George-Hamilton-Gordon, lord), 1784-1860. Il servit avec distinction dans la diplomatie anglaise; fit partie de plusieurs ministères, et, en 1852, fut appelé aux fonctions de premier ministre qu'il exerça pendant trois ans.
ABERGAVENNY (Henry, comte), 1755-1843. Il épousa, en 1781, Marie, fille unique de lord Robinson. Le nom de famille est Neville.
ABRANTÈS (Laure de Saint-Martin-Permon, duchesse D'), 1784-1838. Par sa mère, elle descendait de la famille impériale des Comnènes. Née à Montpellier, elle épousa le général Junot à son retour d'Égypte, le suivit dans ses campagnes, étudia et observa beaucoup, et après la mort de son mari en 1813, se voua à l'éducation de ses enfants. Elle composa plusieurs romans, plus faits pour les cabinets de lecture que pour les bibliothèques.
ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), 1777-1847. Sœur cadette du roi Louis-Philippe, dont elle fut constamment l'amie dévouée. Cette princesse exerçait sur l'esprit de son frère un grand ascendant, on la surnommait son _Egérie_. Femme de tête, elle contribua, sous la Restauration, à rallier autour de Louis-Philippe les hommes les plus distingués du parti libéral, et, en 1830, à le décider à accepter la couronne. Elle ne se maria pas et laissa son immense fortune à ses neveux.
ADÉLAÏDE (la reine), 1792-1849. Fille du duc de Saxe-Meiningen, elle épousa en 1818 le duc de Clarence qui monta sur le trône d'Angleterre sous le nom de Guillaume IV.
AGOULT (la vicomtesse D'), Anne-Henriette-Charlotte de Choisy, morte en 1841. Dame d'atour de Madame la Dauphine, qu'elle suivit dans son exil, elle mourut à Goritz. Elle avait épousé le vicomte Antoine-Jean d'Agoult qui mourut en 1828. Il fut grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, gouverneur de Saint-Cloud, pair de France en 1823 et chevalier du Saint-Esprit en 1825.
ALAVA (don Ricardo DE), 1780-1843. Lieutenant-général de l'armée espagnole. Il fut, en même temps que le prince d'Orange, aide de camp du duc de Wellington pendant la guerre et contracta alors avec le futur roi des Pays-Bas une vive amitié. Il fut ministre plénipotentiaire d'Espagne en Hollande, à Londres et à Paris, après la mort de Ferdinand VII. En 1834, il fut fait sénateur par la reine régente Marie-Christine. Après l'insurrection de La Granja, il se retira des affaires et vint se fixer en France où il mourut.
ALBANY (la comtesse D'), 1753-1824. Caroline de Stolberg avait épousé en 1773 le prétendant Charles-Edouard, qui avait pris le titre de comte d'Albany. Elle s'en sépara en 1780 et vécut avec le poète Alfieri à qui elle avait inspiré une grande passion, et qui l'épousa secrètement, après la mort du comte d'Albany. Après qu'Alfieri fut mort, la comtesse se retira à Florence, où elle se lia avec le peintre français Fabre.
ALCUDIA (le comte D'). Homme d'État espagnol. Membre du ministère Calomarde du vivant de Ferdinand VII, il remplaçait aux Affaires étrangères le ministre Salmon; mais il fut toujours un personnage secondaire, et perdit son poste à la mort de Calomarde.
ALDBOROUGH (lady), Cornélie, fille aînée de Charles Landry, épousa en 1804 lord Aldborough.
ALEXANDRE LE GRAND. Roi de Macédoine. 356-323 avant Jésus-Christ.
ALEXANDRE Ier. Empereur de Russie, 1777-1825. Fils aîné et successeur de l'empereur Paul Ier, il eut à soutenir de grandes luttes contre Napoléon Ier.
ALFIERI (le comte Victor), 1749-1803, grand poète tragique italien; resté orphelin très jeune, son éducation fut très négligée, mais à l'âge de vingt-cinq ans, il se fit en lui une métamorphose subite. Pour plaire à la comtesse d'Albany, qui lui avait inspiré le goût des lettres et de la poésie, il se jeta dans les études les plus sérieuses, créa un système de composition poétique nouveau et écrivit, en prose, des ouvrages qui devaient le placer à côté de Machiavel.
ALLEN (George), 1770-1843. Médecin et érudit anglais, qui laissa des ouvrages historiques, métaphysiques et physiologiques nombreux. Très lié avec lord Holland, Allen vivait chez lui.
ALTHORP (John-Charles-Spencer, lord), 1782-1845. Homme d'État anglais, il fut nommé chancelier de l'Échiquier, après avoir été ministre de l'Intérieur et lord de l'Amirauté. Médiocrement doué au point de vue de l'éloquence et des capacités financières, il fut un ministre laborieux, consciencieux, et d'une honnêteté politique proverbiale.
ALVANLEY (lord), 1787-1849. Fils de Richard Pepper-Arden, ministre de la Justice, créé en 1801 lord Alvanley, il eut un duel avec Morgan, fils d'O'Connell.
AMÉLIE D'ANGLETERRE (la princesse), 1783-1810. Elle était la dernière des quatorze enfants du roi George III d'Angleterre, la favorite et la compagne de son père. Elle mourut à vingt-sept ans sans s'être mariée.
AMPÈRE (Jean-Jacques), 1800-1864. Professeur au Collège de France, littérateur distingué, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et de l'Académie française.
ANNE D'AUTRICHE. Reine de France. 1602-1666. Fille aînée de Philippe II, roi d'Espagne, elle épousa Louis XIII, roi de France, et, à sa mort, devint régente pendant la minorité de son fils Louis XIV.
ANNE PAULOWNA. Reine des Pays-Bas, 1795-1865. Elle était une des filles de l'empereur Paul de Russie et épousa en 1816 le roi Guillaume II des Pays-Bas.
ANNE STUART. Reine d'Angleterre. 1665-1714. Fille de Jacques II. Elle lutta contre Louis XIV et réunit l'Écosse à l'Angleterre.
ANTROBUS (lady), 1800-1885. Anne, fille unique de Hugh Lindsay, épouse de sir Edmond Antrobus.
APPONYI (la comtesse), 1798-1874. Elle était fille du comte Nogarola; elle épousa en 1818 le comte Antoine Apponyi, qui fut pendant de longues années ambassadeur d'Autriche à Paris.
ARBUTHNOT (Mrs), morte en 1834. Mrs Arbuthnot et son mari Charles Arbuthnot, surnommé _Gosch_ dans le monde, étaient les amis les plus intimes du duc de Wellington, chez lequel ils vivaient, et très répandus dans la haute société de Londres.
ARENBERG (la duchesse D'), née en 1730. Louise-Marguerite, fille unique et héritière du dernier comte de la Mark, épousa, en 1748, le duc Charles d'Arenberg.
ARENBERG (le duc D'), Prosper-Louis, 1785-1861. Il avait épousé une princesse Lobkowitz en 1819.
ARENBERG (le prince Pierre D'), 1790-1877. Il épousa en premières noces, en 1829, Mlle de Talleyrand-Périgord, qui mourut en 1842; en 1860, il se remaria avec la fille du comte Kannitz-Rietberg, veuve du comte Antoine Starhemberg.
ARENBERG (la princesse Pierre D'). 1808-1842. Alix-Marie-Charlotte, fille du duc et de la duchesse de Périgord.
ARGENSON (le comte Voyer D'), 1771-1842. Petit-fils de Marc-Pierre d'Argenson, ministre de la guerre sous Louis XV. Il était entré au service militaire en 1791. En 1809, il fut préfet du département des Deux-Nèthes (Anvers). Député sous la Restauration et le gouvernement de Juillet, il se fit remarquer par ses opinions libérales. Il avait épousé la veuve du prince Victor de Broglie, mère du duc Victor.
ARNAULT (Antoine-Vincent), 1766-1834. Poète tragique et fabuliste français. Il s'attacha de bonne heure à Bonaparte, qu'il accompagna en Égypte et qui le nomma gouverneur des îles Ioniennes; puis, il travailla à l'organisation de l'Instruction publique. Il fut admis à l'Institut dès 1799 et devint en 1833 secrétaire perpétuel de l'Académie française.
ASHLEY (sir Antoine), 1801-1881. Homme politique et philanthrope anglais. En 1830, il épousa lady Emilie Cooper et, en 1851, à la mort de son père, devint _lord Shaftesbury_. En 1826, il était entré à la Chambre des communes, et fit partie de plusieurs ministères.
ATHALIN (le baron Louis-Marie), 1784-1856. Général du génie en France, il fit avec distinction les campagnes de l'Empire, reçut le titre de baron après la bataille de Dresde et devint, sous la Restauration, aide de camp du duc d'Orléans. Il fut chargé de plusieurs missions diplomatiques et nommé pair de France quand Louis-Philippe monta sur le trône. Après 1848, il rentra dans la vie privée.
AUBUSSON DE LA FEUILLADE (Pierre-Hector-Raymond, comte D'), 1765-1848. Sous le premier empire, il fut chambellan de l'impératrice Joséphine, puis ministre plénipotentiaire et ambassadeur. Il fut nommé pair par l'empereur aux Cent-Jours. La seconde Restauration l'éloigna: il ne rentra à la Chambre des pairs qu'en novembre 1831. Il était père de la duchesse de Lévis; il fut le dernier de son nom, ayant perdu en 1842 son fils, devenu fou.
AUGEREAU (Pierre-François-Charles), 1757-1816. Maréchal de France sous le premier empire, duc de Castiglione, il se signala dans plusieurs campagnes. Il exécuta le coup d'État du 18 fructidor.
AUGUSTE D'ANGLETERRE (la princesse), fille du roi George III; elle ne se maria jamais.
AUTRICHE (l'empereur D'), Ferdinand Ier, 1793-1875. Fils de François II, il monta sur le trône en 1835. Son incapacité et sa mauvaise santé l'obligèrent à laisser le gouvernement à une régence dirigée surtout par le prince de Metternich. Il abdiqua, en 1848, en faveur de son neveu François-Joseph Ier.
AUTRICHE (l'archiduc Louis-Joseph D'), 1784-1864, fils de l'empereur Léopold II et de l'impératrice Marie-Louise, fille du roi Charles III d'Espagne. Il fut directeur général de l'artillerie.
AUTRICHE (l'archiduchesse Sophie D'), 1805-1872. Fille de Maximilien Ier, roi de Bavière, elle épousa en 1824 l'archiduc François-Charles et fut la mère de l'empereur François-Joseph Ier.
B
BACKHOUSE (John), mort en 1845. Homme d'État et écrivain anglais. Il fut, pendant quelques années, secrétaire particulier de Canning. Il a été deux fois sous-secrétaire aux Affaires étrangères.
BACOURT (Adolphe-Fourrier DE), 1801-1865. Diplomate français, pair de France. Il fut envoyé à Londres auprès du prince de Talleyrand qui y était ambassadeur du roi Louis-Philippe. Il fut ensuite ministre à Carlsruhe, à Washington et ambassadeur à Turin. Il démissionna en 1848.
BAILLOT. Jeune officier, fils unique; tué à Paris dans l'émeute du 13 avril 1834 par un coup de pistolet, à bout portant, pendant qu'il portait un ordre du maréchal Lobau.
BALBI (la comtesse DE), 1753-1839. Elle était fille du marquis de Caumont-La Force et avait épousé un Génois, le comte de Balbi. Dame d'honneur de la comtesse de Provence, elle fut honorée de l'amitié du comte de Provence (plus tard Louis XVIII).
BARANTE (le baron DE), 1782-1866. Il fut successivement auditeur au Conseil d'État, chargé de missions diplomatiques, préfet de la Vendée, puis de Nantes, député, pair de France et ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Comme historien, il obtint les plus grands succès et entra à l'Académie.
BARRINGTON (Charles). Jeune Anglais, de l'intimité de lord Holland vers 1832.
BARROT (Odilon), 1781-1873. Homme politique français. Il commença sa carrière dans le droit et prit une part active à la révolution de 1830. Sous le règne de Louis-Philippe, il fut le chef de la gauche dynastique.
BARTHE (Félix), 1795-1863. Magistrat et homme d'État français. Affilié aux _carbonari_, il fut un ennemi véhément de la Restauration. Député en 1830, il fut ensuite ministre de l'Instruction publique, garde des Sceaux, président de la Cour des comptes. En 1834, il fut nommé pair. Dans le Cabinet Molé, il fut ministre de la Justice. En 1852, il fut appelé au Sénat.
BARTHOLONY (François), 1796-1881. Riche financier genévois, un des fondateurs de la Compagnie de chemins de fer d'Orléans; il prit une part active à la création du Crédit foncier de France.
BASTARD D'ETANG (le comte), 1794-1844. Magistrat et homme politique français. Conseiller à la Cour en 1810, il fut appelé en 1819 à la Chambre des pairs. Il instruisit avec intégrité le procès de Louvel, montra beaucoup d'indépendance politique, et après 1830 fut un des membres chargés de l'instruction du procès des ministres de Charles X.
BASSANO (Hughes-Bernard Maret, duc DE), 1763-1839. Commença par être avocat, et en 1789, publia les bulletins de l'Assemblée nationale, fondant ainsi le _Moniteur universel_. Bonaparte le nomma, après le 18 Brumaire, secrétaire général des consuls, puis ministre. Il accompagna toujours l'empereur, fut nommé en 1811 duc de Bassano, et ministre des Affaires étrangères. Nommé pair de France en 1831 par le roi Louis-Philippe, il fut un instant ministre de l'Intérieur et président du Conseil en 1834.
BASSANO (duchesse DE), Mme Maret, femme du duc de Bassano, fut dame d'honneur des impératrices Joséphine et Marie-Louise.
BATHURST (Henry, comte), 1762-1834. Homme d'État anglais, un des plus éminents du parti Tory. Il fut ministre des Affaires étrangères, de la Guerre, du Commerce, des Colonies, président du Conseil formé par le duc de Wellington dont il était l'ami intime, et se montra l'ennemi acharné de Napoléon Ier qu'il fit reléguer à Sainte-Hélène.
BATTHYÁNY (la comtesse), 1798-1840. Elle était née baronne d'Ahrenfeldt et avait épousé le feld-maréchal comte Bubna. Devenue veuve en 1825, elle se remaria en 1828 avec le comte Gustave Batthyány Strattman.
BAUDRAND (Marie-Étienne-François, comte DE), 1774-1848. Général français, servit sous la République, dans les armées du Rhin et d'Italie, prit part comme chef d'état-major à la bataille du Mont Saint-Jean, devint pair de France sous Louis-Philippe, aide de camp du duc d'Orléans au siège d'Anvers en 1832 et, en 1837, gouverneur du comte de Paris.
BEAUHARNAIS (Eugène DE), 1781-1824. Fils du général de Beauharnais et de Joséphine Tascher de la Pagerie, plus tard impératrice par son second mariage avec Bonaparte, Eugène de Beauharnais prit une part active aux guerres de l'empire; en 1805, il fut nommé vice-roi d'Italie et en 1806 il épousa la princesse Auguste, fille du roi de Bavière. Après la chute de Napoléon, il se retira en Bavière, avec le titre de duc de Leuchtenberg.
BEAUHARNAIS (Hortense DE), 1783-1837. Fille de l'impératrice Joséphine, elle épousa, en 1802, Louis Bonaparte, roi de Hollande, et fut mère de Napoléon III. La Restauration lui donna une pension et le titre de duchesse de Saint-Leu.
BEAUHARNAIS (Stéphanie DE), 1789-1860. Fille de Claude de Beauharnais, chambellan de l'impératrice Marie-Louise, elle avait épousé en 1806 le grand-duc Charles-Louis-Frédéric de Bade, dont elle devint veuve en 1818.
BEAUVEAU (la maréchale, princesse DE), 1720-1807. Marie-Charlotte de Rohan-Chabot avait d'abord épousé en 1749 J.-B. de Clermont d'Amboise; devenue veuve, elle se remaria en 1764 avec le prince de Beauveau.
BEAUVILLIERS (la duchesse DE), 1774-1824. Elle était la septième fille du duc de Mortemart, et de son premier mariage avec Mlle d'Harcourt. Elle épousa le duc François de Beauvilliers de Saint-Aignan, pair de France.
BEDFORD (John, duc DE), 1766-1839. Il épousa d'abord une fille du vicomte de Torrington, et en secondes noces, une fille du duc de Gordon. Son troisième fils fut lord John Russell.
BEDFORD (la duchesse DE), morte en 1853. Fille d'Alexandre, duc de Gordon, elle épousa en 1803 le duc de Bedford.
BEÏRA (la duchesse DE), 1793-1874. Marie-Thérèse, infante de Portugal, devint veuve en 1813 de don Pedro-Charles, infant d'Espagne, se remaria à l'infant don Carlos d'Espagne en 1828 et en devint veuve en 1855.
BELFAST (lady), 1799-1860. Anne-Henriette, fille aînée de Richard, comte de Glengall, épousa en 1822 le baron de Belfast.
BELGES (la reine des), Louise, princesse d'Orléans, 1812-1850. Seconde femme du roi Léopold Ier de Belgique et fille de Louis-Philippe, roi des Français.
BENKENDORFF (Alexandre, comte), 1784-1844, officier russe. Lors de la rébellion de 1825, il se montra dévoué à l'empereur Nicolas, qui le prit comme aide de camp, le fit comte et sénateur. Il était frère de la princesse de Lieven.
BÉRANGER (Mme DE), morte en 1826. Mlle de Lannois épousa en 1793 le duc de Châtillon-Montmorency. Devenue veuve, elle se remaria en 1806 avec le comte du Gua de Béranger.
BÉRANGER (Mlle Élisabeth DE), fille du second mariage de la duchesse de Châtillon, elle épousa le comte Charles de Vogüé, frère du marquis.
BERGAMI (Barthélemy). Postillon italien des écuries de la Reine Caroline, épouse de George IV d'Angleterre; la reine l'éleva au rang de chambellan, après qu'elle eut quitté l'Angleterre et se fut réfugiée en Italie. Il était très beau. Il avait deux frères, Balloti et Louis. La Princesse donna l'intendance de sa maison à celui-ci et chargea l'autre de sa caisse; leur sœur, qui avait épousé un comte Oldi, devint sa dame d'honneur.
BERGERON (Louis), né en 1811. Journaliste français. Après 1830, il se jeta dans le mouvement républicain et fut accusé, en novembre 1832, d'avoir tiré sur Louis-Philippe; il fut acquitté, mais en 1840, ayant souffleté en plein Opéra M. de Girardin pour une question de polémique, il fut condamné à trois ans de prison.
BERRY (le duc DE), 1778-1820. Second fils du comte d'Artois (Charles X), il suivit sa famille dans l'émigration et revint en France en 1814. En 1816 il épousa la princesse Caroline de Naples. Il fut assassiné à Paris, le 13 février 1820, par Louvel, qui voulait éteindre en lui la race des Bourbons, mais il laissa un fils posthume, le duc de Bordeaux.
BERRY (la duchesse DE), 1798-1870. La princesse Caroline, fille de François Ier, roi des Deux-Siciles; elle épousa, en 1816, le duc de Berry, second fils de Charles X, et fut la mère du duc de Bordeaux.
BERRYER (Antoine), 1790-1868. Avocat de premier ordre, orateur du parti légitimiste, il fut plusieurs fois député et entra à l'Académie en 1855. Il avait épousé, à vingt ans, Mlle Caroline Gauthier. Ses dernières années se passèrent dans la retraite, dans sa terre d'Augerville.
BÉRULLE (le cardinal Pierre DE), 1575-1629. Aussi distingué par son caractère doux et conciliant que par sa fermeté religieuse et l'étendue de son savoir, il seconda puissamment le cardinal du Peyron dans ses controverses avec les protestants. Il établit en France l'ordre des Carmélites et fonda la congrégation de l'Oratoire.
BERTIN DE VEAUX. 1766-1842. Né à Essonnes; il fonda en 1799 le _Journal des Débats_ avec son frère. Il fut conseiller d'État, député et vice-président de la Chambre, ministre à La Haye et pair de France.
BIGNON (Louis-Pierre-Édouard, baron), 1771-1841. Diplomate français, il fut secrétaire de légation en Suisse, en Sardaigne, en Prusse; ministre à Cassel, à Carlsruhe; administrateur en Pologne et en Autriche sous le premier empire; il fut député en 1817 et pair de France en 1837.
BIRON (Armand-Louis, duc DE), 1747-1793. Connu sous le nom de Lauzun. Il fit la guerre de l'Indépendance en Amérique. En 1792, il fut nommé général en chef des armées du Rhin. Accusé de trahison par le comité du Salut public et traduit devant le tribunal révolutionnaire il fut condamné à mort et exécuté.
BIRON-COURLANDE (la princesse Antoinette DE), 1813-1881, épousa le comte de Lazareff, colonel russe.
BJOERSTJERNA (Magnus-Frédéric-Ferdinand), 1779-1847. Après la bataille d'Eckmühl, il fut envoyé en mission auprès de Napoléon Ier; il fut, plus tard, ministre plénipotentiaire à Londres.
BLACAS (Pierre-Louis-Jean, duc DE), 1770-1839. Il s'attacha à la personne de Louis XVIII pendant son exil, et, à la Restauration, il fut nommé ministre de la maison du roi. En 1815, il entra à la Chambre des pairs et fut envoyé à Naples pour négocier le mariage du duc de Berry avec la princesse Caroline, et à Rome pour conclure un concordat qui n'a jamais été appliqué.
BOIGNE (la comtesse DE), 1780-1866. Adèle d'Osmond épousa en 1798, pendant l'émigration, le comte de Boigne, qui, après une vie d'aventures, était revenu fort riche des Indes. De 1814 à 1859, le salon de Mme de Boigne fut, à Paris, l'un des plus importants du monde aristocratique, diplomatique et politique. Le duc Pasquier en était le plus fidèle habitué.
BOISMILON (Jacques-Dominique DE), 1795-1871. Professeur français. Il fut choisi comme secrétaire du duc d'Orléans; plus tard, il fut attaché au comte de Paris et promu officier de la Légion d'honneur en 1845.
BOISSY (Mlle Rouillé DE). Sœur du marquis de Boissy, pair de France, elle avait épousé le comte Pierre d'Aubusson qui devint fou, et dont elle devint veuve en 1842. Elle mourut elle-même en 1855.
BOLIVAR (Simon), 1783-1830. Le libérateur de l'Amérique. Il affranchit le Venezuela et la Nouvelle-Grenade, qu'il unit, sous le nom de Colombie, en une seule République.
BONAPARTE (le général), voir à $1er.
BONAPARTE (Jérôme), 1784-1860. Roi de Westphalie. Il était le plus jeune frère de Napoléon Ier. Dans sa jeunesse, il avait épousé miss Paterson dont l'Empereur le força à divorcer pour épouser la princesse Catherine de Würtemberg.
BONAPARTE (Lucien), 1773-1840. Troisième frère de Napoléon Ier. Plein de talents, mais d'un caractère indépendant, il essuya la disgrâce de son frère et se retira à Rome où le pape Pie VII érigea en principauté sa terre de Canino.
BONNIVARD (François DE), 1494-1571. Chroniqueur et homme politique. Prieur de Saint-Victor dans le territoire de Genève. Il se ligua avec les patriotes de cette ville contre Charles III, duc de Savoie, qui en convoitait la possession. Le duc, devenu maître de Genève, emprisonna Bonnivard à Chillon où il resta six ans. Lord Byron l'a mis en scène dans son beau poème _le Prisonnier de Chillon_.
BORDEAUX (le duc DE), 1820-1883. Fils du duc de Berry et petit-fils de Charles X. Il vécut dans l'exil avec sa famille à partir de 1830, soit à Venise, soit à Frohsdorf en Styrie, où il portait le titre de comte de Chambord. Il avait épousé une archiduchesse d'Autriche et n'eut jamais d'enfant.
BOULE (André-Charles), 1642-1732. Ébéniste dont les ouvrages sont très recherchés.
BOURQUENEY (baron, puis comte DE), 1800-1869. Attaché à la rédaction du _Journal des Débats_, puis maître des requêtes au conseil d'État, il entra ensuite dans la diplomatie, et fut secrétaire de l'ambassade de Londres, puis en 1844 ambassadeur à Constantinople, et en 1859 à Vienne. Il quitta bientôt après la carrière diplomatique pour entrer au Sénat.
BRAGANCE (la duchesse DE), 1812-1873. Amélie-Auguste, fille d'Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, et d'une princesse de Bavière, fut la deuxième femme de l'empereur du Brésil dom Pedro Ier, dont elle devint veuve en 1834.
BRENIER DE RENAUDIÈRE (le baron), 1807-1885. Il fut chargé en 1828 d'une mission en Grèce, et plus tard secrétaire d'ambassade à Londres, Lisbonne et Bruxelles. En 1855, il était ministre à Naples.
BRESSON (Charles, comte), 1788-1847. Diplomate français, il fut chef de division au ministère des affaires étrangères sous Napoléon Ier. Nommé en 1833 premier secrétaire à Londres, il reçut en 1836 le poste de ministre à Berlin où il rétablit les relations d'amitié entre la France et la Prusse. En 1841, il devint ambassadeur à Madrid, et, en 1847, à Naples où il se tua bientôt, dans un accès de démence.
BRETONNEAU (Pierre, docteur), 1778-1862. Célèbre médecin français, résidant à Tours, son pays d'origine, où il s'était établi, indifférent à la renommée. Il fut une des gloires médicales de la France et fit beaucoup de bien aux pauvres.
BROGLIE (le duc DE), Achille-Charles-Victor, 1785-1870. Membre de la Chambre des pairs, il s'y honora en défendant le maréchal Ney, lors de son procès. Attaché au parti doctrinaire, il fut plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe. Il fut membre de l'Académie française. Il avait épousé la fille de Mme de Staël.
BROGLIE (la duchesse DE), 1797-1840. Albertine de Staël épousa en 1814 le duc Victor de Broglie. Mme de Broglie était belle, sérieuse, pieuse et passait pour un peu sévère.
BROOKE (lord), né en 1818, il épousa en 1852 Anne, fille du comte de Wemyss, et succéda en 1853 à son père comme lord Warwick.
BROUGHAM (Henry, lord), 1778-1868. Homme politique et écrivain anglais, il collabora avec éclat à la _Revue d'Edimbourg_ et fut, par de grands succès au barreau, conduit au Parlement en 1810. Il fut l'avocat célèbre et heureux de la reine Caroline accusée d'adultère. Il se distingua toujours par la défense des idées libérales. Il devint pair et chancelier sous le ministère de lord Grey, en 1830.
BROUGHAM (lady), morte en 1865. Marie-Anne, fille de sir Thomas Eden, avait épousé d'abord lord Spalding. Devenue veuve, elle épousa lord Brougham en 1819. Une seule fille naquit de ce mariage, elle se nommait Éléonore, et mourut à dix-sept ans d'une maladie de poitrine. Ce fut dans l'espoir de la ramener à la vie que lord Brougham construisit, dans le beau climat de Cannes, une maison qui fut le commencement de la prospérité de cet endroit.
BÜLOW (Henri, baron DE), 1790-1846. Diplomate prussien. En 1827, il fut nommé ministre en Angleterre et prit part aux conférences de Londres en 1831. Plus tard, il fut chargé du portefeuille des Affaires étrangères en Prusse. Il avait épousé la fille de Guillaume de Humboldt.
BURGHERSH (John, lord), 1811-1859. Après la mort de son père, comte de Westmorland. Ancien aide de camp du duc de Wellington, il passa dans la diplomatie, fut ministre à Florence, à Berlin, à Vienne. Grand musicien, il a composé plusieurs opéras.
BUTERA (le prince DE), mort en 1841. Anglais, du nom de Wilding, qui avait épousé la princesse de Butera, d'une grande famille de Palerme. Par un décret du roi des Deux-Siciles, il fut autorisé en 1822 à ajouter ce titre à son nom. En 1835, un autre décret lui accorda, en toute propriété, le titre de prince de Radoli qu'il porta jusqu'à sa mort. Il ne laissa point d'enfant.
BYRON (George-Gordon, lord), 1788-1824. Célèbre poète anglais. Au moment de l'insurrection hellénique, il se rendit en Grèce et mourut à Missolonghi.
C
CALOMARDE (François-Thadé), 1775-1842. Homme d'État espagnol qui fut l'âme de la politique de son pays après le rétablissement de Ferdinand VII. Il fit partie, en 1824, du ministère de grâce et de justice, où il sut se conserver une influence prépondérante sur les déterminations du roi. Il devint l'âme du parti rétrograde, prit part au décret par lequel Ferdinand VII abolissait la loi salique en Espagne, et fit punir sévèrement les tentatives carlistes. Mais lors de la grave maladie du Roi en 1832, où on le crut mort, Calomarde fut le premier à saluer don Carlos du titre de Roi, et la reine Christine devenue régente l'exila dans ses terres. Il allait y être arrêté lorsqu'il s'enfuit en France où il vécut dans la retraite jusqu'à sa mort.
CAMBRIDGE (la duchesse Auguste DE), 1797-1889. Elle était fille du landgrave Frédéric de Hesse-Cassel, et épousa en 1818 le duc Adolphe-Frédéric de Cambridge, septième fils du roi George III d'Angleterre. Elle devint veuve en 1857.
CAMPAN (Mme), 1752-1822. Jeanne Genest, devint à quinze ans lectrice de Mesdames, filles de Louis XV. Elle épousa M. Campan et devint première femme de chambre de Marie-Antoinette. Pendant la Révolution, retirée dans la vallée de Chevreuse, elle y fonda un pensionnat où Mme de Beauharnais fit entrer sa fille. Napoléon Ier nomma, plus tard, Mme Campan surintendante de la maison qu'il fonda à Ecouen pour l'éducation des filles de la Légion d'honneur.
CANINO (Charles-Jules-Laurent, prince DE), et de Musignano, 1803-1857. Fils de Lucien Bonaparte, il épousa une fille de Joseph Bonaparte. Président de l'Assemblée constituante romaine en 1848, naturaliste distingué, correspondant de l'Institut de France.
CANIZZARO (la duchesse DE). Elle était Anglaise, et avait épousé François de Plantamone, duc de Canizzaro, qui fut pendant plusieurs années ministre des Deux-Siciles accrédité à la cour d'Angleterre.
CANNING (George), 1770-1827. Homme d'État anglais. Il laissa le barreau et se fit nommer à la Chambre des communes en 1793, y soutint Pitt qui le fit nommer sous-secrétaire d'État. Plus tard, il fut dans l'opposition; puis fut ambassadeur à Lisbonne. Il voyagea sur le Continent et ses liaisons avec les libéraux de Paris changèrent ses principes. En 1822, il fut appelé au ministère des Affaires étrangères et s'employa, depuis lors, à des réformes libérales. Il fit des efforts généreux en faveur des catholiques.
CANNING (Charles-John, comte), 1812-1862. Homme d'État anglais, fils de G. Canning. Il entra en 1836 à la Chambre des communes du côté de l'opposition dirigée par sir Robert Peel. A la mort de son père, il entra à la Chambre des lords et fut sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères; en 1846, il fut nommé directeur général des Eaux et Forêts; en 1852, directeur général des Postes, puis gouverneur des Indes, où il eut à lutter pendant deux ans contre l'insurrection.
CANNING (lady), 1817-1861. Fille aînée de lord Stuart de Rothesay, elle épousa lord Canning en 1835 et mourut sans laisser d'enfants.
CANOVA (Antoine), 1757-1822. Célèbre sculpteur italien.
CAPO D'ISTRIA (Jean-Antoine, comte), 1776-1831. Né à Corfou, il fit son éducation en Italie et entra au service russe. L'empereur Alexandre Ier l'employa à plusieurs missions en Allemagne, en Turquie, en Suisse; il fut plénipotentiaire au deuxième traité de Paris en 1815. Plus tard, retiré en Suisse, il prêta son appui aux Grecs révoltés. Il fut assassiné par les fils du Bey des Mainotes.
CARLISLE (Georges-William, vicomte Morpeth, lord), 1802-1864. Petit-fils, par sa mère, de la belle duchesse de Devonshire; il remplit avec distinction les fonctions de lord-lieutenant d'Irlande, sous le ministère libéral de lord John Russell.
CARLOTTA (l'infante), 1804-1844. Fille du roi des Deux-Siciles, sœur de la reine Marie-Christine d'Espagne et épouse de don Francesco de Paulo, infant d'Espagne.
CAROLINE (la reine), 1781-1821. Fille du duc de Brunswick, elle épousa en 1795 le prince de Galles qui fut régent en 1810 et devint roi d'Angleterre en 1820 sous le nom de George IV. Son mari l'accusa publiquement d'adultère dans un procès célèbre. L'enquête ne constata que des inconséquences chez cette Princesse.
CARRACHE (Annibal), 1560-1609. Considéré comme le plus grand des peintres de sa famille, où ils étaient, presque tous, des artistes distingués.
CARREL (Armand), 1800-1836. Célèbre publiciste français. Ancien élève de Saint-Cyr, il prit une part active aux conspirations semi-libérales, semi-bonapartistes sous la Restauration, et, au moment de la révolution espagnole, alla secrètement soutenir les constitutionnels. Il quitta l'épée pour la plume, devint rédacteur en chef du _National_, journal fondé par MM. Thiers et Mignet dans le but de hâter la chute des Bourbons et de préparer l'avènement de la maison d'Orléans. Ce ne fut qu'en 1832 que le _National_ arbora le drapeau républicain. Carrel se battit en duel avec M. de Girardin et mourut quarante-huit heures après, des suites de ses blessures.
CASTELLANE (André, marquis DE), 1758-1837. Député de la noblesse en 1789, il s'unit au Tiers-État et fut secrétaire de l'Assemblée constituante. Jeté en prison pendant la Terreur il n'échappa à la mort que par la chute de Robespierre. En 1802, il fut nommé préfet des Basses-Pyrénées, et, ensuite, maître des requêtes au conseil d'État. Louis XVIII le nomma pair de France en 1815 et lieutenant-général l'année suivante. Il fut le père du maréchal de Castellane.
CASTELLANE (comtesse DE), 1796-1847. Cordelia Greffulhe, épousa en 1813 le comte de Castellane, plus tard maréchal de France.
CASTLEREAGH (Robert Stewart, marquis de Londonderry, vicomte), 1769-1822. Entra de bonne heure à la Chambre des communes où il soutint la politique de Pitt. Ennemi acharné de la Révolution française, âme des coalitions contre Napoléon Ier, il fournit des subsides aux puissances pendant qu'il était ministre de la guerre. Lors du congrès de Vienne, en 1815, il sacrifia la Pologne, la Belgique, la Saxe et Gênes; sa conduite fut vivement attaquée au Parlement. Dans un accès de démence, il mit fin à ses jours.
CASTRIES (Armand-Charles-Augustin de la Croix, duc DE), 1756-1842. Député aux États généraux, il avait fait comme colonel la guerre de l'Indépendance en Amérique. Il défendit énergiquement les prérogatives de la royauté et blessa au bras Charles de Lameth dans un duel né d'une discussion politique, ce qui l'obligea à passer en Allemagne. En 1814, il fut nommé pair de France, général de division. Plus tard, il se rallia à la monarchie de Juillet.
CATHERINE D'ARAGON, 1483-1536. Fille de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille, elle épousa successivement Henri VII et Henri VIII d'Angleterre. Ce dernier la répudia pour épouser Anne de Boleyn, et ce divorce fut l'origine du schisme en Angleterre.
CATHERINE DE MÉDICIS, 1519-1589. Reine de France. Fille de Laurent II de Médicis, elle épousa Henri II, roi de France, et fut régente pendant la minorité de son second fils Charles IX. Catherine avait apporté d'Italie le goût des arts, elle construisit le palais des Tuileries et continua le Louvre.
CATHERINE PAULOWNA (la grande-duchesse), 1788-1819. Fille de l'empereur Paul Ier de Russie, elle épousa d'abord le prince Pierre de Holstein, puis Guillaume Ier, roi de Würtemberg, dont elle eut une fille.
CAULAINCOURT (la comtesse DE), morte en 1835. Blanche d'Aubusson, épousa en 1812 Auguste-Jean-Gabriel de Caulaincourt, qui fut tué à la bataille de la Moskova, et qui était frère du duc de Vicence.
CELLES (Antoine-Charles, comte de Visher DE), 1769-1841, d'une famille illustre du Brabant, il fut élu député aux États-généraux de cette province. Napoléon Ier le nomma maître des requêtes au conseil d'État et préfet de la Loire-Inférieure, puis du Zuyderzée. Après 1814, devenu sujet du roi des Pays-Bas, il fut élu pendant quelque temps aux États provinciaux. Le roi Léopold l'ayant envoyé comme ministre plénipotentiaire en France, M. de Celles se fit naturaliser, et devint conseiller d'État en France en 1833. Il était le beau-frère du maréchal Gérard.
CHABANNES LA PALICE (le comte Alfred DE), 1799-1868. Il fut d'abord garde du corps de Louis XVIII, puis chef d'escadron et colonel après le siège d'Anvers. Il devint général de brigade et aide de camp du roi Louis-Philippe en 1840. Il quitta le service en 1848 et suivit la famille royale en exil.
CHABANNES (Louisa DE), 1791-1869. Religieuse carmélite; elle fut supérieure du couvent de Paris pendant plusieurs années, puis de celui de Bruxelles où elle mourut.
CHALAIS (la princesse DE), Marie-Françoise de Rochechouart-Mortemart, épousa en premières noces le marquis de Cany dont elle eut une fille qui fut la grand'mère du prince de Talleyrand. Elle épousa, en secondes noces, Louis-Charles de Talleyrand, prince de Chalais, qui mourut en 1757. Elle était dame du palais de la Reine.
CHALAIS (la princesse DE), morte en 1834. Élolie-Pauline Beauvilliers de Saint-Aignan, épousa en 1832 Hélie-Roger de Talleyrand-Périgord, prince de Chalais, titre que porte le fils aîné du chef de cette maison.
CHANTELAUZE (Victor DE), 1787-1859. Député et dernier garde des Sceaux de Charles X, il avait rédigé les fameuses ordonnances qui amenèrent la révolution de Juillet; il fut arrêté et condamné à la prison perpétuelle. L'amnistie de 1837 le rendit à la liberté.
CHARLEMAGNE, 742-814. Roi des Francs, chef de la dynastie des Carolingiens; il succéda à son père Pépin le Bref en 768; en 800 le pape Léon III le couronna empereur d'Occident.
CHARLES Ier. Roi d'Angleterre, 1600-1649. Fils de Jacques Ier, il épousa Henriette de France, fille du Roi Henri IV et sœur de Louis XIII. Victime de la Révolution de 1648, il fut condamné à mort et mourut sur l'échafaud.
CHARLES IX. Roi de France, 1550-1574. Deuxième fils de Henri II et de Catherine de Médicis. Sous son règne, le royaume fut déchiré par les guerres de religion.
CHARLES X. Roi de France, 1757-1836. Frère de Louis XVI et de Louis XVIII à qui il succéda en 1824, il porta le titre de comte d'Artois jusqu'à son avènement; il mourut à Goritz en exil.
CHARLES-JEAN. Roi de Suède, 1764-1844. Général Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, maréchal de France, il épousa Mlle Clary, sœur de la femme de Joseph Bonaparte. Après la mort de Charles XIII de Suède qui l'avait adopté, il devint en 1818 roi de Suède et de Norvège.
CHARLOTTE DE PRUSSE (la princesse), 1798-1860. Fille du roi Frédéric-Guillaume III, elle épousa en 1817 le grand-duc Nicolas de Russie qui succéda sur le trône à son frère Alexandre Ier.
CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte DE), 1768-1848. Un des plus illustres écrivains français du dix-neuvième siècle. Il eut des relations avec beaucoup de femmes connues par leur talent, leur grâce ou leur beauté. Sous la Restauration, il fut pendant quelques années dans la diplomatie, et, comme ministre des Affaires étrangères, il prit une grande part à la guerre d'Espagne en 1822.
CHÂTILLON-MONTMORENCY (duc DE), mari de Mlle de Lannois. Il périt noyé dans le naufrage de la frégate _la Blanche_ à l'entrée de l'Elbe.
CHODRON (Jules), 1804-1870. Fils du notaire du prince de Talleyrand, qui obtint pour lui, du roi Louis-Philippe, le nom de Courcel, il entra dans la diplomatie, où il sut se faire une position aussi honorable que distinguée. Son fils fut pendant plusieurs années ambassadeur à Berlin et à Londres.
CHOISEUL-STAINVILLE (Étienne-François, duc DE), 1719-1785. Homme d'État français, ambassadeur, puis ministre, de 1758 à 1770, sous Louis XV, il fit conclure _le Pacte de famille_. Une intrigue de cour le renversa parce qu'il ne voulait pas plier devant la Dubarry. Relégué dans sa terre de Chanteloup, il y reçut, malgré le roi, le témoignage de l'estime publique. Il avait épousé Mlle Crozat du Châtel, qui paya les dettes que la générosité de son mari lui avait fait contracter, et passa les dernières années de sa vie, après son veuvage, dans un pauvre couvent de Paris.
CLANRICARDE (marquis DE), 1802-1874. Homme politique anglais. Il épousa en 1825 la fille de Canning et fut appelé, l'année suivante, à siéger à la Chambre des lords. Il fut sous-secrétaire aux Affaires étrangères en 1826, ambassadeur en Russie de 1838 à 1841, directeur général des postes de 1846 à 1852 et lord du Sceau privé en 1857.
CLANRICARDE (lady), morte en 1876. Henriette, fille unique de G. Canning, épouse de lord Clanricarde.
CLARENCE (duchesse DE), 1792-1849. Voir à ADÉLAÏDE (la reine).
CLARENDON (Edouard-Hyde, comte), 1608-1674. Magistrat et historien anglais. Lors de la guerre civile, sous Charles Ier, il prit le parti du roi Charles II qui le nomma grand chancelier. Il se retira en France et mourut à Rouen.
CLARENDON (lord), 1800-1870. Ministre d'Angleterre à Madrid en 1833, plus tard ministre du Commerce et lord-lieutenant d'Irlande. En 1853, il devint ministre des Affaires étrangères, représenta l'Angleterre au Congrès de Paris en 1856, puis fut ambassadeur en Italie en 1868.
COBBETT (William), 1766-1835. Démagogue anglais. Il passa plusieurs années aux États-Unis; à son retour en Angleterre en 1804, il y rédigea un journal radical qui fut souvent poursuivi. Élu en 1832 à la Chambre des communes, il y appuya chaudement la réforme parlementaire.
COBOURG (le prince Ferdinand DE), 1816-1888. Ce prince fut le deuxième mari de la reine de Portugal, doña Maria da Gloria, qu'il épousa en 1836. Il reçut le titre de Roi en 1837. Veuf en 1853, il fut régent pendant la minorité de son fils. En 1869, il contracta un mariage morganatique avec Mlle Hensler, qui fut faite comtesse Elice d'Edla. Il était frère du roi Léopold de Belgique et de la duchesse de Kent.
COLMAGHI. Marchand de tableaux et de gravures à Londres. L'origine de cette maison, qui existe encore, remonte à 1750, lorsque Paul Colmaghi, Italien venu de Paris à Londres, y ouvrit une boutique en association avec M. Nolteno. Le roi George IV en fut un constant protecteur.
CONROY (sir John), 1786-1854. Officier anglais; il fut chevalier d'honneur de la duchesse de Kent. A son avènement, la reine Victoria le fit baron. Il avait épousé en 1808 la fille et héritière du major Fisher, frère de l'évêque de Salisbury.
CONYNGHAM (William, lord), 1765-1854. Avocat irlandais, membre de la Chambre des communes, il appartenait au groupe libéral de Burke; vers la fin de sa vie il pencha vers les tories. Il fut élevé à la Pairie.
CONYNGHAM (Henri, baron), 1766-1832. Il épousa la fille aînée de Joseph Denison.
CONYNGHAM (lady). Morte en 1861. Élisabeth, fille de J. Denison, banquier à Londres, épousa en 1794 le baron Henri Conyngham, qui fut créé marquis en 1816. Amie intime du prince régent d'Angleterre, plus tard le roi George IV, elle sut profiter de son pouvoir sur lui.
CONYNGHAM (François-Nathaniel, marquis DE), 1797-1882. Il portait, du vivant de son père, le nom de Mount-Charles. Il se signala dans les affaires publiques par ses idées libérales, fut sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, lord de la Trésorerie, directeur des Postes en 1834, membre du Conseil privé en 1835 et vice-amiral de l'Ulster en 1849.
CORINNE, femme poète de la Grèce, cinquième siècle avant Jésus-Christ.
COUSIN (Victor), 1792-1867. Philosophe et écrivain français, pair de France, directeur de l'École normale et membre de l'Académie française. Il fut un instant ministre de l'Instruction publique sous M. Thiers en 1840.
COWLEY (lady), 1796-1860. Georgiana-Auguste, fille aînée du marquis de Salisbury, épousa en 1816 l'Honorable Henry Wellesley, créé en 1828 baron Cowley.
COWPER (lady), sœur de W. Lamb, lord Melbourne. Elle épousa en deuxièmes noces, en 1840, lord Palmerston, à l'âge de 50 ans.
CRANMER (Thomas), 1489-1556. Archevêque de Canterbury, promoteur de la Réforme en Angleterre. Il prononça lui-même le divorce que le Pape avait refusé à Henri VIII contre Catherine d'Aragon. A l'avènement de la reine Marie Tudor, il fut arrêté comme hérétique et mourut sur le bûcher.
CROMWELL (Olivier), 1599-1658. Protecteur de la République d'Angleterre en 1652, il amena la ruine du parti royaliste et les infortunes du roi Charles Ier, qu'il fit condamner à mort.
CUMBERLAND (Ernest-Auguste, duc DE), 1771-1851. Le dernier des fils de George III d'Angleterre. En 1837, il monta sur le trône de Hanovre.
CUMBERLAND (duchesse DE), 1778-1841. Frédérique, princesse de Mecklembourg-Strélitz, sœur cadette de la reine Louise de Prusse; elle épousa, en 1793, le prince Louis de Prusse, frère du roi Frédéric-Guillaume III. Devenue veuve, elle épousa en deuxièmes noces le prince Frédéric-Guillaume de Solms-Braunfels, et enfin en troisièmes noces le duc de Cumberland, qui fut appelé au trône de Hanovre en 1837. Elle fut la mère du roi Georges V de Hanovre.
CUVIER (Georges), 1769-1838. Célèbre naturaliste, membre de l'Académie française. Il fut conseiller d'État en 1814 et pair de France en 1831.
CZARTORYSKI (le prince Adam), 1770-1861. Fils d'Adam-Casimir Czartoryski, qui, à la mort d'Auguste III, roi de Pologne, fut porté candidat au trône, mais que Catherine II en fit écarter au profit de Stanislas Poniatowski. Envoyé comme otage à Saint-Pétersbourg après le partage de la Pologne, il y jouit d'une grande faveur auprès de l'empereur Alexandre Ier, devint ministre des Affaires étrangères de 1801 à 1805, et en 1815 fut sénateur-palatin de Pologne, et curateur de l'Université de Vilna. Il se retira des affaires en 1821, et, après 1830, s'établit à Paris. En 1817, il avait épousé la princesse Anna Sapieha.
D
DACRE (lord), 1774-1851. Thomas Brand. Il épousa, en 1819, Barbe, fille de sir C. Ogle.
DALBERG (le duc DE), 1773-1833. Fils du Primat et archichancelier de ce nom; il fut membre du Conseil provisoire à Paris après la chute de Napoléon et plénipotentiaire au congrès de Vienne.
DAUPHIN DE FRANCE. Louis, fils de Louis XV, 1729-1765. Il épousa d'abord l'infante Marie d'Espagne qui mourut bientôt. De son second mariage avec la princesse Josépha, fille de l'électeur de Saxe, roi de Pologne, il eut plusieurs enfants. Il ne régna pas, mais fut le père des rois Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. Modèle de toutes les vertus, il vécut comme un saint.
DAURE (M.). Répétiteur au collège Henri IV, à Paris; il écrivait dans le _Constitutionnel_.
DAVOUT (Napoléon-Louis), 1810-1853. Fils du Maréchal. Il fit partie de l'état-major du général Gérard, au siège d'Anvers. Il entra à la Chambre des Pairs en 1836. Il portait le titre de prince d'Eckmühl.
DAWSON-DAMER (George-Lionel), né en 1788, colonel dans l'armée anglaise.
DAWSON-DAMER (Mrs), morte en 1848. Nièce et enfant adoptive de Mrs Fitzherbert.
DECAZES (Élie, duc), 1780-1846. Il fut d'abord avocat, puis attaché au service du roi Louis de Hollande. Il fut fait ensuite ministre et pair de France par Louis XVIII. En 1820, il dut quitter le ministère, les royalistes exaltés ne craignant pas de lui imputer l'assassinat du duc de Berry; créé duc, il fut envoyé comme ambassadeur en Angleterre. Après 1830, il se rallia à Louis-Philippe et fut nommé grand référendaire de la cour des Pairs.
DECAZES (la duchesse). Fille du comte de Saint-Aulaire et de Mlle de Soycourt, petite-fille, par sa mère, du dernier prince de Nassau-Sarbrück et petite-nièce de la duchesse de Brunswick-Bevern, qui obtint de Frédéric VI, roi de Danemark, la transmission du duché de Glucksbourg en faveur du duc et de la duchesse Decazes, à leur mariage en 1818. Elle fut la deuxième femme du duc Decazes.
DEDEL (Salomon), 1775-1846. Diplomate danois; il fut ambassadeur en Suède, en Espagne, en Angleterre. Il mourut à Londres.
DEMION (M.). Homme d'affaires de la famille Montmorency, du prince de Talleyrand et des James Rothschild. Il administra pendant plusieurs années les terres de Valençay.
DENISON (Albert), 1805-1860. Second fils du marquis de Conyngham. Par sa mère, il hérita des grandes propriétés de son oncle Denison et prit alors ce nom. Il fut créé baron de Londesborough en 1850.
DESAGES (Émile), 1793-1850. Fils d'un employé supérieur au ministère des Affaires étrangères, il entra dans les bureaux de ce ministère dès l'âge de seize ans. En 1820, il fut nommé secrétaire à l'ambassade de Constantinople. En 1830, le général Sébastiani, ministre des Affaires étrangères, l'appela à la tête de la direction politique de ce département. Il se retira, après 1848, à Menesele, dans la Charente.
DEVONSHIRE (William, duc DE), 1768-1835. De la maison de Courthenay. Le titre s'étant éteint dans la ligne aînée, le duc parvint à le reprendre, après avoir établi devant la Chambre des lords en 1831 que, par ses lettres patentes de 1553, la reine Marie avait stipulé que le titre, à défaut de ligne directe, passerait aux héritiers de la ligne collatérale.
DEVONSHIRE (la marquise DE). Morte en 1806. Fille de lord Spencer, elle avait épousé en 1774 le marquis de Devonshire.
DIANE DE POITIERS, 1499-1586. Fille aînée de Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, Diane épousa à treize ans Louis de Brézé. Elle fut la favorite du roi Henri II, qui la fit duchesse de Valentinois et lui donna le château d'Anet, un des plus beaux ouvrages de cette époque.
DIDOT (Firmin), 1764-1836. Il se distingua de bonne heure par les progrès qu'il fit faire à la typographie, déjà illustrée par son père et son frère aîné. Il fut élu député en 1827. Décoré de la Légion d'honneur, il fut nommé par le roi Louis-Philippe imprimeur du roi et de l'Institut de France.
DINO (duchesse DE), 1793-1862. Titre que porta la comtesse Edmond de Périgord depuis 1815. Il avait été décerné par le roi de Naples au prince de Talleyrand qui avait si heureusement défendu ses intérêts au Congrès de Vienne, et M. de Talleyrand l'offrit galamment à sa nièce.
DOLOMIEU (la marquise DE), 1779-1849. Dame d'honneur de la reine Marie-Amélie, à qui elle était très dévouée. Mme de Dolomieu était la sœur de Mme de Montjoye, dame de Madame Adélaïde.
DOM MIGUEL, 1802-1866. Il fut régent du royaume de Portugal, pendant la minorité de sa nièce, la reine doña Maria da Gloria; il en profita pour s'emparer du trône et se faire déclarer Roi en 1828. Dom Pedro Ier revint alors du Brésil, et après une lutte assez vive il parvint à reconquérir la couronne pour sa fille, et il força dom Miguel à quitter le Portugal.
DON ANTONIO (l'infant), 1755-1817. Un des infants espagnols internés à Valençay par Napoléon Ier. En revenant de sa captivité, il fut nommé grand-amiral de Castille.
DON CARLOS de Bourbon, 1788-1855. Second fils de Charles II et frère de Ferdinand VII, roi d'Espagne, il fut détenu avec son frère à Valençay. Ferdinand VII ayant terminé son règne en 1833 en abolissant la loi d'hérédité et en léguant sa couronne à sa fille Isabelle, don Carlos protesta, fut exilé, rentra en Espagne en 1834 et commença la guerre civile. Vaincu en 1839, il se réfugia en France, puis en 1847 à Trieste où il mourut.
DON FRANCESCO, 1794-1865. Infant d'Espagne; il épousa en 1819 la princesse Carlotta, fille du roi des Deux-Siciles et sœur de la reine Christine.
DONNADIEU (Gabriel), 1777-1849. Général français. Il embrassa avec ardeur les principes de la Révolution, s'enrôla et fut attaché longtemps au corps d'armée de Moreau. Soupçonné d'intrigues sous le Consulat et l'Empire, il passa à plusieurs reprises de la grâce à la disgrâce. Il se rallia à Louis XVIII qui lui conféra le grade de lieutenant-général.
DORSET (le duc DE), 1795-1815. Il se tua en tombant de cheval, et ne laissa pas d'enfants. Il était le frère de lady Plymouth. Le titre de duc de Dorset a été donné à la famille Sackfield par la reine Élisabeth d'Angleterre.
DORSET (Charles, vicomte de Sackfield, duc DE), 1767-1843; oncle du précédent et héritier de son titre. Il ne se maria jamais.--Il était très lié avec le roi Guillaume IV d'Angleterre.
DOSNE (Mme), Mlle Sophie-Eurydice Matheron, épousa en 1816 M. Dosne, agent de change. Elle était née en 1788. Ses parents tenaient un magasin de mercerie en gros dans le faubourg Montmartre.
DOUGLAS (le marquis DE), 1811-1863. Plus tard duc de Hamilton. En 1843, il épousa la princesse Marie de Bade. Il mourut à Paris des suites d'un accident.
DROUET D'ERLON, 1765-1844. Maréchal de France; il s'était enrôlé sous la République et avait fait les campagnes de l'Empire. Il fut un des plus empressés à reconnaître Napoléon Ier à son retour de l'île d'Elbe, et commanda le premier corps d'armée pendant les Cent-Jours. Il combattit à Waterloo. Condamné par contumace, il trouva un asile en Prusse et ne reprit de service en France qu'en 1830. Il fut nommé gouverneur d'Algérie en 1834.
DUCHATEL (Charles Tanneguy, comte), 1803-1867. Homme politique français. Il fut successivement conseiller d'État, député, ministre. Il fut membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
DUNCANNON (John-William), 1781-1847. Il avait épousé, en 1805, Marie, fille de lord Westmorland. D'opinions très libérales, il fit partie en 1834 du ministère Melbourne avec le portefeuille de l'Intérieur; en 1835, il fut créé lord Bessborough.
DUPERRÉ (l'amiral), 1775-1846. Il se signala de bonne heure dans des combats contre les Anglais, fut fait contre-amiral et baron en 1811. Il conduisit, en 1830, la flotte qui portait l'armée française en Algérie et contribua à la prise d'Alger, ce qui le fit nommer amiral et pair de France. Il fut plusieurs fois ministre de la Marine.
DUPIN (André-Marie), 1783-1865, dit _Dupin l'aîné_; jurisconsulte et magistrat français, député. Il prit une part active à l'élection de Louis-Philippe comme roi des Français. De 1832 à 1840, il fut président de la Chambre des députés. Sous le deuxième empire, il fut appelé au Sénat.
DUPIN (Pierre-Charles-François, baron), 1784-1873. Le dernier des trois Dupin. Statisticien français. Membre de l'Institut, de la Chambre des Pairs, il se montra également dévoué à la dynastie d'Orléans et à la Charte de 1830.
DURHAM (John-Lambton, comte DE), 1792-1840. Gendre de lord Grey. Il était entré au Parlement et siégea dans les rangs des Whigs avancés. En collaboration avec lord John Russell, il élabora le grand Bill de réforme en 1831; il fut plus tard ambassadeur en Russie et gouverneur du Canada.
DURHAM (lady), 1816-1841. Louise-Élisabeth, fille de lord Grey, deuxième femme de lord Durham.
E
EASTNOR (lord), 1788-1873. Il avait épousé, en 1815, la fille de lord Hardwick.
EASTNOR (lady), morte en 1873. Fille de lord Hardwick, elle était sœur de lady Stuart de Rothesay.
EBRINGTON (Hughes, comte de Fortescue, lord), 1783-1861. Il entra de bonne heure à la Chambre des communes. En 1839, il fut nommé conseiller privé et vice-roi d'Irlande; en 1846, grand-intendant de la Couronne, et il se retira en 1850. Il appartint toujours au parti whig.
ÉLISABETH, reine d'Angleterre, 1533-1603. Fille de Henri VIII et d'Anne de Boleyn. Elle ne se maria pas, et laissa sa couronne à Jacques Ier, roi d'Écosse et fils de Marie Stuart.
ELLICE (l'honorable Édouard), 1787-1863, gendre de lord Grey. Membre de la Chambre des communes, il contribua à y faire voter le Bill de réforme. Il fut secrétaire du Trésor et de la Guerre. Riche commerçant, il possédait de vastes propriétés au Canada.
ENTRAIGUES (Amédée Goveau D'), né en 1785. Préfet à Tours de 1830 à 1847. Il avait épousé une princesse Santa-Croce dont le père avait été mêlé aux événements de 1798 qui enlevèrent Rome au Pape et y firent proclamer la République. Ce prince avait confié sa fille au prince de Talleyrand qui la fit élever et la dota.
ENTRAIGUES (Jules D'), né en 1787 et mort fort âgé. Frère du préfet de Tours, il possédait, dans les environs de Valençay, un joli château nommé _la Moustière_.
ESCLIGNAC (la duchesse D'), 1801-1868. Georgine, fille du baron Boson de Talleyrand-Périgord, troisième frère du prince de Talleyrand, et de Charlotte-Louise de Puissigneux, elle avait épousé le duc d'Esclignac.
ESTERHAZY (Paul-Antoine, prince), 1786-1866. Diplomate autrichien, il fut ambassadeur à Londres pendant les conférences de 1831 et membre du Ministère hongrois Batthyány. Il fut toujours un ami fidèle de la duchesse de Dino.
ÉTIENNE (Charles-Guillaume), 1777-1845. Journaliste et auteur dramatique français; il devint député en 1832, vota avec les libéraux et obtint, en 1839, un siège à la Chambre des Pairs.
ÉTIENNE DE BLOIS, roi d'Angleterre, 1105-1154. Il avait pour mère une fille de Guillaume le Conquérant. Étienne de Blois épousa l'héritière des comtes de Boulogne.
EXELMANS (Isidore, comte), 1775-1852. Un des plus brillants généraux du premier Empire. Exilé au retour des Bourbons, il ne put rentrer en France qu'en 1823. Nommé pair de France par le roi Louis-Philippe, il devint en 1849 grand chancelier de la Légion d'honneur, et, en 1851, maréchal de France. Il mourut d'une chute de cheval.
F
FABRE (François-Xavier), 1766-1837. Peintre français, élève de David. Il se lia, à Florence, avec la comtesse d'Albany, veuve du dernier des Stuart et d'Alfieri, le célèbre poète italien, qu'elle avait épousé en secondes noces.
FAGEL (le général Robert). D'une famille néerlandaise, il combattit contre la France pendant les guerres de la République. Il fut nommé ambassadeur des Pays-Bas aux Tuileries sous la Restauration.
FALK (Antoine-Reinhard), 1776-1843. Homme d'État hollandais; il fut secrétaire de légation à Madrid; plus tard, ministre des Affaires étrangères, de l'Instruction publique, du Commerce, des Colonies. En 1824, il fut envoyé comme ambassadeur à Londres; après la séparation de la Hollande et de la Belgique, il fut ambassadeur à Bruxelles où il mourut.
FALK (Mme), 1792-1851. Rose, baronne de Roisin; elle était demoiselle d'honneur de la Reine des Pays-Bas et épousa, en 1817, M. Falk. Après la mort de son mari, elle fut nommée grande maîtresse de la princesse d'Orange, et se démit de ses fonctions en 1849 lorsque la Princesse monta sur le trône.
FARNBOROUGH (lord), 1761-1838. Ami intime de Pitt, il fut maître général des Postes.
FERDINAND II, roi des Deux-Siciles, 1810-1859. Il monta sur le trône en 1830, et amena par son impopularité la chute de sa dynastie. On l'avait surnommé _le roi Bomba_.
FERDINAND VII, roi d'Espagne, 1784-1833. Fils aîné de Charles IV et de Marie-Louise de Parme. L'année même de son avènement, en 1808, il fut interné à Valençay, mais remonta sur le trône en 1814.
FERGUSSON (Robert Cutlat), 1768-1838. Avocat et magistrat anglais. Il passa vingt ans à Calcutta, où il fit une grosse fortune, et, en 1826, revint en Angleterre, où il soutint vigoureusement les réformes libérales. En 1830, il se fit l'avocat de la Pologne. En 1831, il épousa une Française, Mlle Auger, dont il eut deux enfants.
FERRETTE (Étienne, bailli DE), 1747-1831. Il était déjà bailli de l'ordre de Malte en 1767 et ambassadeur de cet ordre à Paris. En 1805, les domaines de Malte à Heitersheim ayant été sécularisés et incorporés au grand-duché de Bade, le baron de Ferrette fut indemnisé par une pension viagère de 60,000 livres et nommé ministre de Bade auprès de l'empereur Napoléon Ier, plus tard, auprès de Louis XVIII. Il démissionna en 1830. Il avait beaucoup de relations à Paris et était un ami du prince de Talleyrand.
FERRERS (lord), 1822-1859. Washington Sewallis, comte Ferrers.
FERRERS (lady), épousa en 1844 lord Ferrers. Elle se nommait Arabella et était fille du marquis de Donegall.
FIESCHI (Joseph), 1790-1835; né à Murano (Corse); il tenta de faire périr le roi Louis-Philippe pendant une revue le 28 juillet 1835, à Paris, au moyen d'une machine infernale dressée dans une maison vers le milieu du boulevard du Temple. Le Roi et les Princes échappèrent, mais vingt-deux personnes furent blessées et dix-huit tuées, parmi lesquelles le maréchal Mortier, duc de Trévise, ministre de la Guerre. Fieschi fut condamné à mort avec ses complices Pépin et Morey.
FITZCLARENCE (Adolphus, lord), 1802-1856. Troisième fils illégitime du roi Guillaume IV d'Angleterre et de l'actrice Mrs Jordan. Il fut contre-amiral et aide de camp naval de la reine Victoria.
FITZ-PATRICK (Richard), 1747-1813. Il fut général et se distingua dans la guerre d'Amérique. Il entra au Parlement en 1870, fut secrétaire du duc de Portland, lord-lieutenant d'Irlande, et, en 1783, secrétaire au ministère de la Guerre; il fut un constant ami de Fox.
FITZ-PATRICK (M.). Né en 1809, il épousa en 1830 la fille d'Auguste Douglas. Il fut capitaine dans l'armée anglaise et membre du Parlement.
FITZROY-SOMERSET (lord), 1788-1855. Plus tard lord Raglan. Fils cadet du comte de Beaufort, aide de camp du duc de Wellington, aux côtés de qui il perdit le bras droit à Waterloo. Il mourut du choléra sous Sébastopol, où il commandait l'armée anglaise.
FITZROY-SOMERSET (lady), morte en 1881. Elle était fille de lord Wellesley, et nièce du duc de Wellington, chef et ami de lord Fitzroy-Somerset, qu'elle épousa, en 1814.
FLAHAUT (le général comte DE), 1785-1870. Aide de camp de Napoléon Ier, il fut, sous Louis-Philippe, pair de France, et sous Napoléon III ambassadeur et sénateur. Ses parents étaient pauvres, et le prince de Talleyrand avait contribué en partie aux frais de son éducation.
FLAHAUT (la comtesse DE), morte en 1867. Elle était fille de lord Keith et Nairne, amiral anglais.
FOUCHÉ (Joseph), duc d'Otrante, 1763-1820. Maître de police sous l'Empire; homme habile, mais sans convictions et sans scrupules.
FOUGIÈRES (Mlle DE). Elle épousa le marquis Christian de Nicolay. Son fils, Antoine, épousa Mlle de Vogüé, et sa fille Aymardine, Paul de Larges.
FOX (Charles-Jacques), 1748-1806. Un des plus grands orateurs de l'Angleterre. Député, il entra dans l'opposition et fut bientôt à la tête du parti whig. Défenseur de la tolérance et de la liberté, il se montra favorable à la Révolution française et ne cessa de conseiller la paix avec la France.
FRANÇOIS Ier, Roi de France, 1494-1547. Fils de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, et de Louise de Savoie, il succéda, en 1515, au roi Louis XII dont il avait épousé la fille Claude.
FRÉDÉRIC II LE GRAND. Roi de Prusse, 1712-1786. Guerrier illustre, il fonda la puissance militaire de la Prusse. Amateur des lettres et se piquant de philosophie, il attira Voltaire à sa cour et fut en relation avec les encyclopédistes.
FRIAS (le duc DE), 1783-1851. Don Bernardino Fernandez Vilano, comte de Haro, duc de Frias, duc de Meda, marquis de Villena. Depuis 1796, il servit dans la _Guardia Volona_ et devint capitaine. Il épousa doña Marianna de Siloa, fille du marquis de Santa-Cruz. Le duc de Frias fut ambassadeur d'Espagne à Londres, et devint ensuite président de la Chambre haute établie par la Charte qu'octroya la reine Marie-Christine en 1834, et appelée _El estatuto Real_. Il était homme de lettres et a laissé des poésies.
FULCHIRON (Jean-Claude), 1774-1859. Littérateur et homme politique français. Élève de l'École polytechnique, il servit dans l'artillerie. En 1831, élu député, il se montra, pendant quinze ans, le constant défenseur de la politique conservatrice. Pair de France en 1845, il rentra dans la vie privée en 1848.
G
GAËTE (Martin-Charles Gaudin, duc DE), 1756-1841. Ministre des Finances sous Napoléon Ier, qui le créa duc. Il fut député sous la Restauration, et, en 1820, gouverneur de la Banque de France.
GARCIA (Manuel), 1775-1832. Compositeur et artiste lyrique espagnol; il fut le père de Mme Malibran et de Mme Viardot.
GARRAUBE (Jean-Alexandre Valleton DE), 1790-1859. Il suivit la carrière militaire et se signala d'abord par son zèle légitimiste. Son dévouement pour la duchesse d'Angoulême lui valut le surnom de _Chevalier du Brassard_, et une faveur qui, pendant quinze ans, ne se démentit pas. Il se rallia à Louis-Philippe en 1830. En 1831, il était colonel et député. Il se montra, en général, fidèle à la politique des doctrinaires. Il fut admis à la retraite en 1852 avec le grade de général de brigade.
GASTON D'ORLÉANS, 1608-1660. Troisième fils du roi Henri IV et frère de Louis XIII. Il porta le titre de duc d'Anjou jusqu'en 1624, où il reçut en apanage le duché d'Orléans. Il joua un rôle déplorable pendant la Fronde, passant sans cesse d'un parti à un autre. C'était, du reste, un homme spirituel, ami des lettres et des sciences. Il laissa une seule fille, la célèbre Mademoiselle, duchesse de Montpensier.
GAUTARD (M. DE), mort en 1839. Il possédait, près de Bex, le château Grenier. Très estimé, il fut beaucoup regretté quand il mourut des suites d'un accident, l'esprit-de-vin dont il dirigeait la fabrication ayant pris feu et fait explosion.
GEORGE III, Roi d'Angleterre, 1738-1820. Il monta sur le trône en 1760, succédant à son grand-père George II. Il étendit les conquêtes de l'Angleterre aux Indes et réunit définitivement l'Irlande. Il combattit de tout son pouvoir la Révolution française, et devint fou dix ans avant sa mort.
GEORGE IV, Roi d'Angleterre, 1762-1830. Une jeunesse dissipée, l'énormité de ses dettes et son mariage avec une catholique, Mrs Fitzherbert, lui aliénèrent l'estime de sa nation. En 1795, il épousa la princesse Caroline de Brunswick, à laquelle il intenta plus tard un procès scandaleux. En 1811, le Parlement lui donna la Régence par suite de la démence de son père. Il monta sur le trône eu 1820. Ce fut à lui que Napoléon adressa sa lettre pour réclamer l'hospitalité de l'Angleterre, après sa seconde abdication.
GEORGE V, Roi de Hanovre, 1819-1878. Il succéda à son père le roi Ernest-Auguste en 1851, malgré sa cécité. En 1866, il perdit ses États, qui passèrent à la Prusse, après avoir absolument refusé toute entente avec elle.
GÉRARD (Étienne-Maurice, comte), 1773-1852. Ayant adopté la carrière militaire, il fit toutes les campagnes de la République et de l'Empire. La Restauration l'éloigna. En 1830, il devint ministre de la Guerre, et en 1831 maréchal. Commandant de l'expédition de Belgique, il prit la citadelle d'Anvers et fut élevé à la Pairie en 1832.
GESSLER (Hermann). Bailli des cantons de Schwytz et d'Uri pour Albert Ier d'Autriche; il fut, par sa cruauté, cause de l'insurrection du pays en 1307, et, selon la tradition, périt de la main de Guillaume Tell.
GILLES LE GRAND. Type de la comédie bouffonne, tirant son nom d'un acteur célèbre au dix-septième siècle.
GIRARDON (François), 1630-1715. Sculpteur: protégé par le chancelier Séguier qui l'envoya étudier à Rome, il fit plusieurs ouvrages très estimés.
GIROLLET (Jean-Baptiste-Simon, abbé), 1765-1836. Prêtre bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, que la Révolution força d'émigrer. Il trouva en Pologne une situation de précepteur où il connut la princesse Tyszkiewicz. Elle le recommanda au prince de Talleyrand, qui le fit nommer aumônier de la Chambre des Pairs. Il fut très ami de la famille de Talleyrand. Vers la fin de sa vie, il s'établit à Rochecotte, où il fonda une école qui porte son nom.
GLOUCESTER (Frédéric, duc DE), 1776-1834. Fils du duc Guillaume-Henri de Gloucester, mort en 1805, il avait épousé en 1816 la quatrième fille du roi George III, et fut, à cette occasion, élevé au rang de prince du sang.
GLOUCESTER (la duchesse DE), 1776-1857. Marie, fille de George III d'Angleterre et de la princesse Sophie-Charlotte de Mecklembourg-Strélitz, épouse du duc de Gloucester.
GONTAUT-BIRON (la duchesse DE), 1773-1858, née Montault-Navailles, gouvernante des enfants de France, qu'elle suivit en exil. Charles X l'avait créée duchesse en 1827: c'était un titre à brevet.
GRAFTON (Henry Fitzroy, duc DE), 1790-1863. Il entra en 1826 à la Chambre des communes parmi les libéraux et les promoteurs de la réforme parlementaire. A la mort de son père, il entra à la Chambre des lords où il conserva son attitude libérale, suivant assez fidèlement la politique de lord John Russell. Il avait épousé une fille de l'amiral Berkeley.
GRAHAM (sir James), 1792-1861. Il devint en 1836, à la mort de son père, duc de Montrose et il siégea alors à la Chambre des lords dans les rangs du parti conservateur. En 1837, il devint chancelier de l'Université de Glascow; en 1852, grand maître de la maison de la reine: il fut aussi lord-lieutenant et chancelier du duché de Lancastre.
GRANT (Charles), plus tard lord Glenelg. Il était né en 1780, fut membre de la Chambre des communes. De 1817 à 1822, il fut secrétaire d'État pour l'Irlande. En 1830, il fit partie du ministère de lord Grey et, en 1835, de celui de lord Melbourne.
GRANVILLE (lord), 1775-1846. Fils cadet du marquis de Stafford; il représenta pendant de longues années l'Angleterre à Paris, où il sut se créer des amitiés précieuses. Sa femme était fille de la belle duchesse de Devonshire.
GRANVILLE (lady). Henriette-Élisabeth Cavendish, fille du duc de Devonshire, épousa en 1809 lord Granville et mourut en 1862.
GREFFULHE (Mme), 1766-1859. Pauline de Randan-Pully; elle épousa en 1793 M. Louis Greffulhe, dont elle eut une fille qui fut la comtesse de Castellane. Devenue veuve en 1821, Mme Greffulhe épousa en secondes noces le comte d'Aubusson la Feuillade, pair de France et ancien ambassadeur, qui mourut en 1848.
GRENVILLE (lord William Wyndham), 1759-1834; attaché au parti de Pitt dont il était le parent, il remplit plusieurs rôles politiques.
GREVILLE (Henry). Il occupa un emploi à la cour vice-royale de Dublin sous lord Clarendon; il eut ensuite un poste au Foreign-office et fut secrétaire privé du duc de Wellington.
GREY (Charles Howick, lord), 1764-1845. Appartenant au parti libéral, lord Grey fut ministre avec Fox et joua un grand rôle dans le procès de la reine Caroline et aussi dans les affaires de Belgique en 1830. C'est à lui que l'Angleterre dut sa réforme électorale.
GREY (lady), 1775-1861. Fille de William Ponsonby et de Louise, fille du vicomte Molesworth, elle avait épousé lord Grey en 1794.
GREY (lady Élisabeth), fille de lord Grey; elle mourut sans s'être mariée.
GREY (lady Georgiana), sœur de la précédente; elle mourut en 1870 sans avoir été mariée.
GRISI (Giulia), 1812-1869. Célèbre cantatrice, fille d'un officier italien au service de la France et nièce de Mme Grassini. Elle naquit à Milan, entra de bonne heure au Conservatoire et devint une artiste renommée, admirée dans toute l'Europe et l'Amérique. En 1836, elle épousa à Paris le comte Gérard de Melcy, mais cette union fut rompue peu après, à la suite d'un duel entre M. de Melcy et lord Castlereagh, neveu du célèbre homme d'État. Elle se remaria plus tard avec son camarade Mario, comte de Candia.
GROSVENOR (lady), née en 1797; Élisabeth, fille cadette du duc de Sutherland, épousa en 1819 le duc de Westminster.
GUILLAUME II, Roi des Pays-Bas, 1792-1849. Il épousa, en 1816, Anna Paulowna, fille de l'Empereur Paul de Russie, et eut un règne paisible et conciliateur.
GUILLAUME IV, Roi d'Angleterre, 1765-1837. Il monta sur le trône à l'âge de soixante-cinq ans, succédant à son frère George IV, et régna de 1830 à 1837. Il avait épousé, en 1818, Adélaïde, fille du duc de Saxe-Meiningen.
GUILLAUME LE CONQUÉRANT ou le Bâtard, duc de Normandie, 1027-1087. Il conquit l'Angleterre en 1066 et sut organiser fortement son nouveau royaume en créant une noblesse militaire hiérarchisée.
GUILLAUME TELL, mort en 1354. Un des chefs de la révolution qui affranchit la Suisse en 1307.
GUISE (Henri de Lorraine, duc DE), dit _le Balafré_; 1550-1588. Fils aîné de François de Guise, chef de la Ligue, il fut assassiné au château de Blois par ordre de Henri III; il avait dirigé le massacre de la Saint-Barthélemy.
GUIZOT (François-Pierre-Guillaume), 1767-1874. Homme d'État et écrivain français; il fut ministre sous Louis-Philippe. Ambassadeur à Londres et membre de l'Académie française.
GUIZOT (Mme), 1803-1833. Élisa Dillon, fut la deuxième femme de M. Guizot, qu'elle épousa en 1828, après la mort de sa première femme, Pauline de Meulan.
H
HAENDEL (Georges-Frédéric), 1685-1759. Compositeur allemand, né à Halle en Saxe, mort aveugle à Londres.
HALFORD (sir Henry Wangham), 1766-1844. Premier médecin du roi George III d'Angleterre, jouissant d'une grande réputation. En 1809, il fut créé baron. Il avait épousé, en 1795, la deuxième fille de lord Blestow.
HARDWICK (lady), 1763-1858. Élisabeth, fille du comte de Balcarres, épousa, en 1782, Charles-Philippe Yorke, qui, à la mort de son oncle lord Hardwick, prit son nom et son titre. Le mari de lady Hardwick, amiral, fit partie du ministère Derby en 1852.
HARDY (miss Émily), morte en 1866. Elle épousa, en 1839, le Rév. Francis Flewson de Rillarmes.
HAREWOOD (lord Henry), 1767-1841. Il avait épousé lady Louise Thynne, fille du marquis de Bath.
HARISPE (le général), 1768-1854. Il fit avec distinction les campagnes de la Révolution et de l'Empire. Écarté par la Restauration, il fut rappelé en 1830, élevé à la Pairie et fait maréchal de France en 1851.
HAYDN (François-Joseph), 1732-1809. Compositeur allemand. Auteur de symphonies et d'oratorios remarquables.
HÉLÈNE DE TROIE. Princesse grecque célèbre par sa beauté, et, selon la fable, fille de Jupiter et de Léda. Épouse de Ménélas, elle fut enlevée par Pâris, ce qui détermina l'expédition des Grecs contre Troie.
HENRI III, Roi d'Angleterre, 1216-1272. Fils de Jean sans Terre, auquel il succéda à l'âge de neuf ans.
HENRI III, Roi de France, 1551-1589. Troisième fils de Henri II. Il porta d'abord le titre de duc d'Anjou, fut élu roi de Pologne, mais abandonna ce royaume au bout de quelques mois pour venir succéder, en France, à son frère Charles IX. Il fut assassiné par Jacques Clément, et avec lui s'éteignit la branche des Valois.
HENRI IV, Roi de France, 1553-1610. Fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret; il monta sur le trône en 1589, et mourut assassiné par Ravaillac.
HENRI V. Les légitimistes appelaient ainsi le duc de Bordeaux.
HENRI VIII, Roi d'Angleterre, 1491-1547; succéda en 1509 à son père Henri VII; il se prononça pour Charles-Quint contre François Ier et rompit avec l'Église catholique.
HERTFORD (lady), morte en 1836. Isabelle, fille aînée de Charles-Ingram Sheffield, vicomte Irvin, épousa Seymour Conway, marquis de Hertford. Elle était une amie de George IV.
HESSE-DARMSTADT (le grand-duc DE), 1777-1848. Louis II; il épousa en 1830 une princesse Wilhelmine de Bade, qui mourut en 1836.
HESSE-DARMSTADT (la grande-duchesse DE), 1813-1842. Mathilde-Caroline, fille du roi Louis de Bavière et épouse du grand-duc Louis III de Hesse-Darmstadt.
HESSE-HOMBOURG (la Landgravine DE), 1770-1840. Élisabeth, fille du roi George III d'Angleterre, épousa, en 1818, le landgrave Frédéric-Joseph, qui mourut en 1829.
HESSE-HOMBOURG (la Landgravine DE), née en 1778. Auguste, fille du duc de Nassau-Usingen, épousa en 1804 le landgrave Louis de Hesse-Hombourg.
HEYTESBURY (lord William), 1779-1860. Homme d'État anglais; conseiller privé, diplomate distingué; son dernier poste d'ambassadeur fut celui de Saint-Pétersbourg de 1828 à 1833. De 1844 à 1846, il fut lord-lieutenant d'Irlande. Il avait épousé une fille de W. Bouverie.
HILL (lord Rowland), 1773-1842. Général anglais. Il s'illustra dans la guerre d'Espagne et la campagne de 1815. En 1827, il devint gouverneur de Plymouth, et l'année suivante il reçut le commandement en chef de l'armée anglaise.
HOBHOUSE (sir John Cam), 1785-1869. Écrivain et homme politique anglais. Condisciple de lord Byron à Cambridge, il conserva toujours pour lui une vive amitié. Ils visitèrent ensemble une partie de l'Orient et du Continent et sir J. Hobhouse fit paraître en 1812 un ouvrage, _Voyage à travers l'Albanie_, qui le fit nommer membre de la Société Royale de Londres. S'étant trouvé à Paris lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, sir J. Hobhouse publia, après la bataille de Waterloo, _Lettres écrites par un Anglais pendant les Cent-Jours_, livre qui fit sensation, car il y attaquait vivement le gouvernement et y émettait des idées libérales. Hobhouse entra en 1820 à la Chambre des communes et occupa dès lors plusieurs postes administratifs. Il fut élevé à la Pairie en 1851 sous le titre de baron Broughton Gyfford.
HOHENTHAL (la comtesse DE), 1808-1845. Née princesse Louise de Biron-Courlande, sœur de la comtesse de Lazareff et de Mme de Boyen.
HOLLAND (lord), 1772-1840. Neveu de Fox, il fut, comme son oncle, le champion des libertés publiques. Il contribua, avec lady Holland, à adoucir le sort de Napoléon à Sainte-Hélène.
HOLLAND (lady), morte en 1840. Elle fut en premières noces lady Webster. Lord Holland l'avait connue à Florence et l'épousa après avoir eu avec elle une liaison antérieure, et après son divorce d'avec sir Godfrey Webster. Lady Holland était très spirituelle et Holland-House fut pendant longtemps le rendez-vous des notabilités littéraires de l'époque.
HOMÈRE. Célèbre poète grec, regardé comme l'auteur de l'_Iliade_ et de l'_Odyssée_.
HOPE (Thomas), 1774-1835. Riche et amateur des arts, il voyagea beaucoup, puis s'installa à Londres où il forma de riches galeries de peinture et de sculpture.
HOWE (Richard-William Penn, lord), mort en 1870, fils du baron Curzon. En 1831, il occupait une charge à la cour de la reine Adélaïde d'Angleterre.
HOWICK (Henry), 1802-1894. Fils aîné de lord Grey et sous-secrétaire d'État aux colonies dans le ministère de son père en 1830. En 1845, à la mort de lord Grey, il prit son titre et sa place à la Chambre des lords. Il avait des opinions très libérales.
HUGO (Mme Victor), née en 1810; elle se nommait Adèle Foucher, et était la fille de Paul-Henry Foucher, littérateur et homme politique français.
HUMANN (Jean-Georges), 1780-1842. Financier et homme d'État français. Il siégea à la Chambre des députés à partir de 1820, fut un des deux cent vingt et un signataires qui amenèrent la révolution de 1830, fut ministre des Finances de 1832 à 1836 et de 1840 jusqu'à sa mort.
HURE (M.). Grand ami de Fox.
HUSS (Jean), 1373-1415. Théologien hérésiarque, de Bohême. Excommunié par le pape Alexandre V pour avoir adopté les doctrines de Wicleff, il en appela au Concile de Trente, et, refusant de se rétracter, il fut brûlé vif.
I
INÈS DE CASTRO. Assassinée en 1355. Célèbre par sa beauté et ses malheurs; elle fut épousée par l'Infant Pierre de Portugal. Ferreira fit sur elle, au seizième siècle, une tragédie.
ISABELLE (doña), 1801-1876. Régente de Portugal de 1826 à 1828.
ISABELLE II, Reine d'Espagne, 1830-1904. Elle succéda à son père le roi Ferdinand VII en 1833, sous la tutelle de sa mère, la reine Christine. Isabelle II épousa son cousin germain, François d'Assise de Bourbon, qui prit le titre de roi. Elle abdiqua, en 1870, en faveur de son fils Alphonse XII, après avoir quitté l'Espagne par suite de la révolution de 1868.
J
JACOB (Louis-Léon, comte), 1768-1854. Marin français. Il inventa en 1805 les signaux sémaphoriques, devint contre-amiral en 1812. Il fut élevé à la Pairie après 1830, et un moment ministre de la Marine.
JACQUES Ier, Roi d'Écosse et d'Angleterre, 1566-1625. Fils de Marie Stuart, il fut roi d'Écosse à un an, en 1567, et roi d'Angleterre en 1603 à la mort d'Élisabeth.
JAUCOURT (la marquise DE), 1762-1848. Mlle Charlotte de Bontemps avait épousé le marquis de Jaucourt, petit-neveu du chevalier de Jaucourt, rédacteur de l'_Encyclopédie_.
JERMINGHAM (Miss). Fille aînée du baron Stafford, elle mourut en 1838.
JERSEY (lady), 1787-1867. Sarah, fille du comte de Westmorland. Lord Jersey, son mari, remplit diverses charges de cour et lady Jersey tint longtemps, dans la société de Londres le sceptre de l'élégance.
JOSÉPHINE (l'impératrice), 1763-1814. Née à la Martinique, Joséphine Tascher de la Pagerie épousa en 1779 le vicomte de Beauharnais, qui mourut sur l'échafaud en 1794; en 1796, elle épousa le général Bonaparte, et elle devint Impératrice en 1804; mais, en 1809, Napoléon divorça et elle mourut cinq ans après au château de la Malmaison, près de Paris.
K
KENT (la duchesse DE), 1786-1861. Fille du duc de Saxe-Cobourg-Saalfeld et mère de la reine Victoria d'Angleterre. Elle avait épousé, en premières noces, le prince Emich de Leiningen, et en secondes noces, le duc de Kent, quatrième fils du roi George III d'Angleterre.
KOREFF (David-Ferdinand), 1783-1851. Fils d'un médecin juif, il naquit à Breslau, fit ses études à Halle, à Berlin et à Paris. Il voyagea en Italie avec la famille de Custine et se trouvant à Vienne, en 1814, y fit la connaissance de Hardenberg, chancelier du roi de Prusse, qui l'engagea à entrer au service de l'État prussien. Il se fit alors baptiser. En 1821, il alla à Paris, puis passa quelques années en Angleterre.
KÜPER (le Rév. Dr William), originaire d'Allemagne et luthérien, il fut pendant de longues années lecteur de la reine Adélaïde d'Angleterre. Il eut pour fils l'amiral Auguste-Léopold Küper.
L
LA BESNARDIÈRE (Jean-Baptiste Goney DE), 1765-1843. En 1805 il accompagna le prince de Talleyrand à la suite de la Grande Armée; pendant les dernières années de l'Empire, il représenta au Conseil d'État, avec MM. d'Hauterive et Dalberg, le ministère des Affaires étrangères; en 1814, il accompagna le prince de Talleyrand à Vienne. En 1819, il se retira en Touraine.
LABOUCHÈRE (Henri), 1798-1861. Anglais, d'une famille d'origine française, il fut député de Taunton depuis 1830. Il était le deuxième fils de Pierre-César Labouchère, associé de la maison Hope et Cie, d'Amsterdam, et d'une fille de sir Francis Baring. Il épousa une Baring, sa cousine germaine. En 1858 il fut élevé à la Pairie sous le titre de lord Taunton.
LA BRUYÈRE (Jean DE), 1645-1696. Moraliste français; il fut le précepteur du petit-fils du grand Condé et l'auteur des _Caractères_.
LACRETELLE (Jean-Claude-Dominique DE), 1766-1855. Auteur de plusieurs ouvrages historiques où il se recommande plus par une certaine habileté d'arrangement que par la profondeur.
LA FAYETTE (Gilbert Mortier, marquis DE), 1757-1834. Après avoir fait, fort jeune, la guerre d'Amérique, il fut nommé en 1788 député aux États généraux: mis hors la loi après le 20 juin 1792, il dut s'enfuir, mais, arrêté par les Autrichiens, il resta cinq ans enfermé à Olmütz. Député en 1814, il vota la déchéance de l'Empereur; sous la Restauration, il resta toujours dans l'opposition. Chef des gardes nationales en 1830, il contribua à l'avènement de Louis-Philippe.
LAGRANGE-CHANCEL (Joseph DE), 1676-1758. Littérateur français, auteur de tragédies assez faibles et des _Philippiques_.
LAMB (sir Frédéric), 1782-1852. Diplomate anglais; frère de lord Melbourne, il fut ambassadeur à Venise, à Münich, en Espagne, et entra en 1821 à la Chambre des lords sous le titre de lord Beauvale. En 1848, il devint vicomte Melbourne, à la mort de son frère William.
LAMENNAIS (Hughes-Félicité-Robert, abbé DE), 1782-1854. Écrivain catholique, philosophe réformateur, journaliste révolutionnaire, il rompit avec l'Église, qui avait condamné ses ouvrages.
LANGWARD. Improvisateur allemand peu célèbre.
LANSDOWNE (Henry, marquis DE), 1780-1863. Homme d'État anglais. Whig modéré, il a laissé une réputation méritée de droiture et d'honnêteté politique. Il entra au Parlement de 1802; il montra beaucoup de zèle pour l'abolition de l'esclavage, et défendit avec ardeur les catholiques irlandais. En 1830, il entra dans le Cabinet réformiste de lord Grey, et devint président du Conseil privé.
LANSDOWNE (lady), morte en 1865. Elle était fille de sir Henry Vane Tempest et épousa le marquis de Lansdowne en 1819.
LARCHER (Mlle Henriette), 1782-1860. Elle était Genevoise, et fut la gouvernante de Mlle Pauline de Périgord, plus tard marquise de Castellane.
LA REDOUTE (Joseph-Charles-Maurice, comte DE), 1804-1886. Élève de l'École polytechnique, il devint lieutenant en 1826 et fut nommé officier d'ordonnance du duc d'Orléans, en 1833. Élu député de Carcassonne en 1835, il quitta la carrière militaire; fut en 1840 ambassadeur pendant quelques mois, à Madrid, et entra à la Chambre des pairs l'année suivante.
LA ROCHEFOUCAULD (la vicomtesse Sosthène DE), 1790-1834. Elle était la fille unique du duc Mathieu de Montmorency.
LA RONCIÈRE LE NOURY (Émile-Clément DE), 1804-1874. Fils du général de la Roncière, il s'engagea à dix-sept ans dans la cavalerie et fut détaché comme lieutenant à l'école de Saumur en 1833. A la suite d'un procès qui le condamna à dix ans de réclusion, il rentra dans l'obscurité. Le second Empire l'en fit sortir, et le nomma successivement inspecteur de la colonisation en Algérie, chef de service à Chandernagor, puis aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon.
LATOUR-MAUBOURG (le marquis DE), 1781-1847. Diplomate français; il fut, sous le premier Empire, chargé d'affaires à Constantinople, puis ministre plénipotentiaire en Würtemberg. Sous la Restauration, il devint successivement ministre en Hanovre, en Saxe, ambassadeur à Constantinople en 1823, à Naples en 1830, et à Rome en 1831. Cette même année il fut appelé à la Pairie.
LAURENCE (Justin), 1794-1863. Fils d'un orfèvre de Mont-de-Marsan, il fut le champion de l'opposition libérale dans son département. Tour à tour conseiller de préfecture des Landes, avocat général à la Cour royale de Pau, il fut élu député en 1831. En 1844, il fut appelé à la Direction générale des Contributions. La Révolution de 1848 mit fin à sa carrière politique.
LAUZUN (le duc DE), 1632-1733. Joua un rôle brillant, mais aventureux, à la cour de Louis XIV. Il épousa la Grande Mademoiselle, cousine germaine du Roi.
LAVAL (le prince Adrien DE), 1768-1837. Pair de France, duc de Fernando en Espagne; il fut ambassadeur de France à Rome. Il avait épousé sa cousine, Mlle de Montmorency-Luxembourg.
LAVRADIO (don Francisco de Almeida, comte DE), 1796-1870. Portugais, pair du royaume, conseiller d'État, il fut ministre en 1825 et en 1846. En 1851, il fut ministre à Londres et il venait d'être transféré à Rome lorsqu'il mourut.
LAZAREFF (le comte Lazare DE), 1792-1871. Colonel russe; il épousa la princesse Antoinette de Biron-Courlande.
LEGONIDEC (Joseph-Julien), 1763-1844. Magistrat français. Avocat au Parlement de Paris, il passa en Amérique le temps de la Révolution et ne revint en France qu'en 1797. En 1815, la Restauration le nomma conseiller à la Cour de cassation où il siégeait encore au moment de sa mort comme doyen de la Chambre civile.
LE HON (le comte Charles), 1792-1868. Né à Tournay, en Belgique, il joua dans son pays un rôle d'opposition avant 1830. Il fut ensuite, pendant de longues années, ministre de Belgique à Paris où il resta jusqu'en 1852.
LEHZEN (Mlle Louise) morte en 1870. Fille d'un pasteur protestant hanovrien, elle vint en Angleterre en 1818 pour être gouvernante de la princesse Féodore de Leiningen, fille du premier mariage de la duchesse de Kent; elle prit les mêmes fonctions auprès de la princesse Victoria, plus tard Reine d'Angleterre. En 1827, le Roi George IV lui conféra le titre de baronne. Elle resta à la cour d'Angleterre jusqu'en 1849 et retourna alors en Allemagne.
LEICESTER (Richard Dudley, comte DE), 1531-1588. Jouissant d'un grand crédit sur la reine Élisabeth d'Angleterre, le comte de Leicester fut comblé de ses faveurs.
LENORMAND (Marie-Anne), 1772-1843. Célèbre devineresse. Elle fut élevée chez les bénédictines d'Alençon, où elle commença son rôle de prophétesse, vint ensuite à Paris en 1790; elle se mit à y prédire l'avenir, par les cartes, et fut consultée par l'impératrice Joséphine et d'autres personnages de distinction.
LÉON (la princesse DE), morte en 1815. Elle se nommait, avant son mariage, Mlle de Séran. Elle mourut d'un accident, sa robe ayant pris feu. Son mari entra dans les ordres trois ans plus tard; il fut successivement appelé aux évêchés d'Auch et de Besançon et, en 1830, il reçut le chapeau de cardinal. Après la mort de son père, le prince de Léon avait pris le titre de duc de Rohan.
LÉON (l'évêque DE). Don Joachim Albarca y Blanquès, 1781-1844. Un des conseillers du prétendant don Carlos, qu'il accompagna à Londres en 1834, et qui le nomma plus tard son ministre de grâce et de justice. Il mourut à Turin. Il avait pris possession du siège épiscopal de Léon en 1825.
LÉOPOLD Ier, Roi des Belges, 1790-1865. Georges-Chrétien-Frédéric, prince de Cobourg-Gotha, fut élu roi des Belges en 1831. Il avait épousé, en premières noces, en 1816, la princesse Charlotte d'Angleterre, et en deuxièmes noces, la princesse Louise d'Orléans, fille du Roi Louis-Philippe.
LESLIE (Charles-Robert), 1794-1839. Peintre anglais; artiste remarquable, excellant surtout à reproduire sur la toile les écrivains à qui il empruntait généralement ses tableaux, Shakespeare, Cervantes, Molière, Sterne, Walter Scott.
LEUCHTENBERG (le prince Auguste-Charles DE), 1807-1835. Il épousa, en 1835, doña Maria, reine de Portugal, et mourut la même année.
LEUCHTENBERG (le prince Max DE), 1817-1852. Fils d'Eugène de Beauharnais; il épousa, en 1839, la grande-duchesse Marie, fille de l'Empereur Nicolas Ier de Russie.
LEZAY-MARNESIA (Albert, comte DE), 1722-1857. Il occupa plusieurs préfectures, entre autres celle du Loir-et-Cher, dont il était titulaire en 1834.
LICHTENSTEIN (Aloys-Joseph, prince DE), 1796-1858. Diplomate autrichien; il fut attaché aux ambassades de Londres, de La Haye et de Dresde. Il avait épousé une comtesse Kinsky.
LIEVEN (Christophe, prince DE), 1770-1839. Général russe; il fut ambassadeur à Paris et à Londres, puis, en 1834, gouverneur du grand-duc héritier de Russie, plus tard Alexandre II.
LIEVEN (la princesse DE), 1784-1857. Dorothée de Benkendorff, épouse du prince Christophe de Lieven, ambassadeur à Londres; remarquable par son esprit et son jugement, elle fit de son salon à Londres le rendez-vous des hommes les plus distingués, et passa les dernières années de sa vie à Paris, où elle se vit recherchée par les plus hauts personnages politiques.
LITTLETON (Édouard-John Walhouse), 1791-1863. Créé baron Hatherton en 1835. Membre du Parlement anglais. En 1812, il épousa une fille du marquis de Wellesley, et en 1858, en secondes noces, la veuve d'Édouard Davenport.
LONDONDERRY (Charles-William, lord), 1778-1854. Soldat et diplomate anglais, il fut ambassadeur à Vienne, général et lord-lieutenant. Il épousa en premières noces une fille de lord Darnley, et en deuxièmes noces, une fille de sir Henry Vane Tempest.
LONDONDERRY (lady), morte en 1865. Fille de sir H. Vane Tempest, elle épousa lord Londonderry en 1819.
LOUIS (le baron), 1755-1837. Ministre des Finances en France. Il avait reçu les ordres et était très lié avec le prince de Talleyrand. Depuis 1815, il siégea comme député dans presque toutes les assemblées législatives, où il se fit remarquer par la modération et la sagesse de ses vues.
LOUIS XI, Roi de France, 1423-1483. Fils de Charles VII; aucun prince de son temps ne connut mieux les ruses de la politique et l'art de dominer les hommes.
LOUIS XII, Roi de France, 1462-1515. D'abord connu sous le titre de duc d'Orléans, il succéda comme roi de France à Charles VIII.
LOUIS XIII, Roi de France, 1601-1643. Fils de Henri IV et de Marie de Médicis, sous la régence de qui il régna d'abord. Il épousa Anne d'Autriche.
LOUIS XIV, Roi de France, 1638-1715. Fils de Louis XIII, il n'avait pas cinq ans, lorsqu'il succéda à son père sous la régence de sa mère Anne d'Autriche; il épousa l'infante Marie-Thérèse, et plus tard, secrètement, Mme de Maintenon.
LOUIS XV, Roi de France, 1710-1774. Fils du duc de Bourgogne et de la princesse Adélaïde de Savoie, il succéda sur le trône à son aïeul Louis XIV.
LOUIS XVI, Roi de France, 1754-1793. Une des premières victimes de la Révolution, qui le fit périr sur l'échafaud.
LOUIS XVIII, Roi de France, 1755-1824. Il porta, d'abord, le titre de comte de Provence et épousa, en 1771, Louise-Marie-Joséphine de Savoie; son règne ne commença qu'en 1814.
LOUIS-PHILIPPE Ier, Roi des Français, 1773-1849. Fils de Philippe-Égalité, duc d'Orléans; il fut proclamé Roi après la révolution de 1830 et l'abdication de Charles X, et obligé, lui aussi, d'abdiquer, à la révolution de 1848.
LOUISE, Reine de Prusse, 1776-1810. Fille du grand-duc de Mecklembourg-Strélitz et épouse du roi Frédéric-Guillaume III de Prusse. Elle fut la mère des rois Frédéric-Guillaume IV et Guillaume Ier, qui, en 1870, fut proclamé empereur d'Allemagne.
LOULÉ (la marquise DE), 1806-1857. Anne, infante de Portugal, mariée en 1827 à Mendoça, marquis de Loulé, ministre d'État. Le marquis fut créé duc, mais ses enfants ne jouirent jamais d'aucun privilège royal.
LOUVOIS (le marquis DE), 1639-1691. Homme d'État français, ministre de la guerre sous Louis XIV; il était fils du chancelier Le Tellier.
LOUVOIS (le marquis DE), 1783-1844. Il entra dans la carrière, puis devint chambellan de l'empereur Napoléon Ier. Il établit à Ancy-le-Franc des hauts-fourneaux, une verrerie, un moulin, des scieries qui amenèrent la prospérité dans ce pays. Il fut fait pair de France sous la Restauration.
LUDOLF (Guillaume-Constantin, comte), 1759-1839. Ministre du roi de Naples à Londres durant de longues années; sa famille était d'origine autrichienne.
LYNDHURST (lady), Sarah Grey; veuve du lieutenant-colonel Charles-Thomas, qui tomba à Waterloo, elle épousa en 1819 lord Lyndhurst dont elle fut la deuxième femme; elle était d'origine juive.
M
MAINTENON (la marquise DE), 1635-1719. Françoise d'Aubigné, épousa, en 1652, le poète Scarron. Devenue veuve, elle fut chargée d'élever les enfants de Louis XIV et de Mme de Montespan. Après la mort de la Reine, Louis XIV s'unit à Mme de Maintenon par un mariage secret.
MAISON (le maréchal), 1771-1840. Il fit, avec distinction, les guerres de la République et de l'Empire; fut fait pair de France sous la Restauration. Chargé en 1828 de l'expédition de Morée, il y obtint plein succès et fut créé maréchal. Sous Louis-Philippe, il fut tour à tour ministre des Affaires étrangères, de la Guerre, ambassadeur à Vienne et en Russie.
MALIBRAN (Mme Marie-Félicité), 1808-1836. Célèbre cantatrice, fille de Manuel Garcia. Elle épousa en premières noces le banquier Malibran et en secondes noces le violoniste de Bériot.
MARBOIS (le marquis François $1-), 1745-1837. Il remplit avant la Révolution plusieurs missions diplomatiques; à la Révolution, il fut déporté à la Guyane, et n'en revint qu'après le 18 Brumaire. Le premier Consul le nomma président de la Cour des comptes. La Restauration le fit pair et ministre de la Justice. Plus tard, il reprit ses fonctions de président de la Cour des comptes, qu'il exerça jusqu'en 1834.
MAREUIL (Joseph-Durand, comte DE), 1769-1855. Diplomate français. A la seconde Restauration, il fut nommé conseiller d'État, et chargé de diverses missions. Nommé pair de France en 1833 et grand-cordon de la Légion d'honneur en 1834, il fut envoyé à Naples comme ambassadeur; rappelé dix-huit mois plus tard, il vécut depuis lors dans la retraite.
MARIE (l'infante), 1793-1874. Fille de Jean VI de Portugal, elle épousa en premières noces l'infant dom Pedro et plus tard don Carlos, infant d'Espagne.
MARIE II ou MARIA DA GLORIA. Reine de Portugal, 1819-1853. Fille de dom Pedro Ier, qui, reconnaissant l'impossibilité de garder ensemble les deux trônes de Brésil et de Portugal, abdiqua celui de Portugal en faveur de son second enfant, doña Maria, après avoir octroyé à ce Royaume une charte libérale. Doña Maria épousa en premières noces le duc de Leuchtenberg, et, en secondes noces, le prince Ferdinand de Cobourg.
MARIE-AMÉLIE (la Reine), 1782-1866; Fille de Ferdinand Ier, Roi des Deux-Siciles, elle épousa en 1809 le duc d'Orléans, qui fut plus tard Louis-Philippe, roi des Français.
MARIE-CASIMIRE D'ARQUIEN, 1635-1716. Fille du marquis de La Grange d'Arquien, elle avait accompagné en Pologne la reine Marie-Gonzague. Mariée d'abord à Zamoyski, elle épousa en secondes noces le roi Jean Sobieski. Devenue veuve, elle se retira d'abord à Rome, puis à Blois où elle mourut.
MARIE DE MÉDICIS, Reine de France, 1573-1642. Fille du grand-duc François Ier de Toscane, elle épousa le Roi de France Henri IV, fut la mère de Louis XIII et exerça la Régence pendant la minorité de son fils.
MARIE D'ORLÉANS (la princesse), 1813-1839. Fille du Roi Louis-Philippe, elle épousa le prince Alexandre de Würtemberg. Elle avait du talent pour la sculpture et est l'auteur d'une statue de Jeanne d'Arc placée dans la cour de l'Hôtel de ville à Orléans.
MARIE-LOUISE (l'Impératrice), 1791-1847. Fille de l'Empereur François II d'Autriche, elle épousa en 1810 l'Empereur Napoléon Ier.
MARIE STUART, 1542-1587. Reine d'Écosse. Elle épousa François II, roi de France, dont elle devint veuve en 1560. De retour en Écosse, elle eut à lutter contre la Réforme et les agissements secrets de la reine Élisabeth d'Angleterre qui la fit emprisonner puis exécuter après dix-huit ans de captivité.
MARIE-THÉRÈSE (l'Impératrice), 1717-1780. Fille de l'Empereur Charles VI, elle lui succéda sur le trône d'Autriche et eut à lutter contre le Roi de Prusse, Frédéric II, qui lui enleva la Silésie. Elle avait épousé François de Lorraine.
MARTIN (M.). Élève de l'École normale, il devint professeur dans un collège de Paris où le prince de Talleyrand le prit pour le charger de l'éducation de ses deux neveux Louis et Alexandre de Périgord; il devint plus tard recteur de l'Académie d'Amiens.
MARTIN DU NORD (Nicolas-Ferdinand), 1789-1862. Littérateur et homme d'État français; élu député en 1830, il siégea dans les rangs des conservateurs, il fut avocat général à la Cour de cassation en 1842, puis procureur général à la Cour royale de Paris. En 1834, il devint ministre des Travaux publics; en 1839, ministre de la Justice et des Cultes.
MARTINEZ DE LA ROSA (François), 1789-1862. Littérateur et homme d'État espagnol. Député aux Cortès en 1812, il y soutint les idées les plus avancées, qui le firent condamner à dix ans d'emprisonnement au Maroc; la révolution de 1820 lui rendit la liberté, et il devint président du conseil. Sous la Reine régente, il devint chef d'un Cabinet constitutionnel, qui signa la Quadruple Alliance, mais il se retira en 1835. Il fut, depuis, ambassadeur à Paris, à Rome, et président des Cortès.
MASSA (la duchesse DE), née en 1792; fille du duc de Tarente, elle avait épousé Régnier, duc de Massa, dont elle devint veuve en 1814.
MATUCZEWICZ (le comte André-Joseph), 1790-1842. Diplomate au service russe, Polonais de naissance. Il fut ministre intérimaire de Russie en Angleterre, ministre à Naples et à Stockolm.
MAUGUIN (François), 1785-1854. Libéral ardent, il fut élu député en 1827 et joua un rôle actif jusqu'en 1848. Après le coup d'État de 1851, il se retira à Saumur, chez sa fille, la comtesse de Rochefort.
MEDEM (le comte Paul), 1800-1854. Diplomate russe. Chargé d'affaires à Paris, puis à Londres, et, en 1839, ministre à Stuttgart.
MELBOURNE (lord), 1779-1848. William Lamb. Homme d'État anglais; il fut appelé, en 1830, par lord Grey, au ministère de l'Intérieur; whig modéré, il s'est acquitté avec beaucoup de tact et de dévouement du soin qui lui incombait d'initier la jeune reine Victoria à ses devoirs de souveraine.--Séparé de sa femme, lady Catherine Ponsonby, connue par sa liaison avec lord Byron, lord Melbourne eut une liaison avec Mrs Norton, qui aboutit, en 1836, à un procès en divorce dont le scandale fut grand.
MENDELSLOH (le comte Charles-Auguste-François DE), 1788-1852. Diplomate würtembergeois; il fut, successivement, ministre à Saint-Pétersbourg, à Londres et à Vienne.
MENDIZABAL (don Juan Alvarez y), 1790-1853. Homme d'État espagnol. Fils d'un pauvre fripier, il gagna une grosse fortune dans le commerce. Il devint ministre des Finances en 1835, mais dut se retirer bientôt.
MENNECHET (Édouard), 1794-1845. Littérateur français. Il fut secrétaire particulier du duc de Duras, qui le fit connaître à Louis XVIII; celui-ci le nomma chef de son bureau; Mennechet remplit ensuite les mêmes fonctions auprès de Charles X.
METTERNICH (Clément-Wenceslas-Lothaire, comte, puis prince DE), 1773-1859. Homme d'État autrichien. Il fut ministre à La Haye, à Dresde, à Berlin, à Paris. En 1809, il fut ministre des Affaires étrangères d'Autriche, et resta au pouvoir jusqu'en 1848 où la révolution l'obligea à fuir.
MIAOULIS (André), 1771-1835. Amiral grec; il commanda en chef la flotte des insurgés en 1821, battit les Turcs à Patras, mit le feu aux navires d'Ibrahim-Pacha à Modon, mais ne put empêcher la chute de Missolonghi. En 1831, il se mit à la tête des Hydriotes révoltés contre le président Capo d'Istria.
MIGNET (François-Auguste-Marie), 1796-1884. Historien français, membre de l'Académie française, directeur des Archives du ministère des Affaires étrangères.
MINA (don Francisco Espozy), 1781-1836. Fameux chef de partisans en Espagne. En 1809, il se mit à la tête d'une bande de guérillas, au moment de l'invasion française, et en entrava les opérations pendant cinq années. En 1820, pendant la révolution d'Espagne, il tint tête au maréchal Moncey. En 1834, il défendit le trône constitutionnel contre les prétentions de don Carlos.
MIRABEAU (Victor Riquetti, marquis DE), 1749-1791. L'orateur le plus éminent de la Révolution française. En 1789, il fut député du Tiers aux États généraux, et il contribua par son éloquence aux succès de la Constituante.
MIRAFLORÈS (don Manuel, marquis DE), 1792-1867. Issu d'une famille de marchands (Pando) enrichie dans les guerres du dix-huitième siècle, il fut anobli et reçut la grandesse. Il fut ambassadeur à Londres, et, en 1834, y signa le fameux traité de la Quadruple Alliance. En 1846, il devint grand chambellan de la reine Isabelle, et, en 1864, président du Conseil des ministres. Littérateur éminent, il fut membre de l'Académie d'histoire de Madrid.
MIRAFLORÈS (la marquise DE), 1795-1867. Doña Vicenta Monina y Pontejos, héritière et nièce du fameux comte de Florida-Blanca, elle épousa, en 1814, le marquis de Miraflorès.
MODÈNE (le duc DE), 1779-1846. François IV de Modène était fils de l'archiduc Ferdinand d'Autriche; il épousa la princesse Marie-Béatrice, fille de Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne.
MOLÉ (le comte Mathieu), 1781-1855. Issu d'une famille parlementaire; il remplaça en 1813 le duc de Massa comme ministre de la Justice, et reçut alors le titre de comte de l'Empire; il se rallia à Louis-Philippe, fut nommé pair, et reçut en 1830 le ministère des Affaires étrangères. En 1840, il fut nommé membre de l'Académie française.
MOLÉ (la comtesse), morte en 1845. Mlle Caroline de la Briche, rencontra, dans le salon de sa mère, le jeune comte Molé, qu'elle épousa en 1798. La comtesse Molé a publié, sous le voile de l'anonyme, plusieurs ouvrages traduits de l'anglais.
MOLLIEN (le comte François), 1758-1850. Habile financier, il fut nommé, en 1806, ministre du Trésor. Louis XVIII l'appela en 1819 à la Chambre des pairs.
MOLLIEN (la comtesse), 1785-1878. Mlle Juliette Dutilleul, épouse de François Mollien. Mme Mollien, personne attachante et distinguée, fut dame du palais de la Reine Marie-Amélie.
MONSON (lord), 1809-1841. Fils du premier mariage de lady Warwick, il ne laissa point d'enfants et son héritage passa son cousin.
MONSON (lady), Theodosia, fille de Latham Blacker, épousa en 1832 lord Monson.
MONTESPAN (la marquise DE), 1641-1707. Françoise-Athénaïs de Rochechouart; favorite de Louis XIV.
MONTMORENCY (Raoul, baron DE), 1790-1862. Il prit le titre de duc en 1846, à la mort de son père. Il épousa Euphémie de Harchies, dont il n'eut pas d'enfants; il était frère de la princesse de Bauffremont-Courtenay et de la duchesse de Valençay.
MONTMORENCY (la duchesse DE), 1774-1846. Anne-Louise-Caroline de Matignon; mère de Raoul de Montmorency, de la princesse de Bauffremont et de la duchesse de Valençay.
MONTPENSIER (la duchesse DE), 1627-1693. Anne-Marie-Louise d'Orléans, connue sous le nom de la Grande Mademoiselle, était la fille unique de Gaston d'Orléans. Elle fut plusieurs fois au moment de faire les alliances les plus brillantes, sans y jamais réussir; à quarante-deux ans, elle conçut une passion violente pour un simple gentilhomme, le comte de Lauzun, qu'elle épousa secrètement. Elle avait pris une part très vive à la Fronde.
MONTROND (le comte Casimir DE), 1757-1843. Ami de M. de Talleyrand et habitué de sa maison. Napoléon Ier, à son retour de l'île d'Elbe, l'expédia à Vienne, où siégeait le Congrès, avec la mission de persuader M. de Talleyrand de se tourner vers lui, mais M. de Talleyrand fut inflexible et resta fidèle à Louis XVIII.
MONTROND (la comtesse DE), 1769-1820. Aimée de Coigny, qui inspira à Chénier _la Jeune Captive_, avait épousé en premières noces le duc de Fleury et divorça pour épouser le comte de Montrond.
MORELL (la baronne DE). Mlle de Mornay, sœur du marquis et du comte de Mornay, épousa le général baron de Morell, qui commandait, en 1834, l'École de cavalerie de Saumur.
MORELL (Mlle Marie DE), née en 1818, connue pour sa beauté, était la fille du général baron de Morell; elle épousa le marquis d'Eyragues, qui a rempli divers postes diplomatiques sous le règne de Louis-Philippe.
MORELLET (l'abbé André), 1727-1819. Lié d'amitié avec les hommes les plus éminents de son siècle, l'abbé Morellet se distingua surtout par son esprit fin et railleur. Il fut un laborieux collaborateur de l'_Encyclopédie_ et du dictionnaire de l'Académie, dont il sauva les archives pendant la Révolution.
MORNAY (le comte Charles DE), 1803-1878. Pair de France, ambassadeur en Suède, frère du marquis Jules de Mornay, député de l'Oise. Dévoué à la monarchie de Juillet, il fut élevé à la Pairie en 1845 et fait grand officier de la Légion d'honneur. En 1848, il rentra dans la vie privée.
MORNINGTON (lady), 1742-1831. Anne, fille aînée du vicomte Duncannon, épousa en 1759 le comte Mornington. Un de ses fils fut le célèbre duc de Wellington.
MORTEMART (Mlle Alicia DE), 1800-1887. Fille du duc de Mortemart et de sa seconde femme, née de Cossé-Brissac, elle épousa en 1823 le duc Paul de Noailles.
MORTIER (le maréchal), duc de Trévise, 1768-1835. Fit avec distinction les campagnes de la République et de l'Empire. Député et pair de France en 1834, il accepta le ministère de la Guerre avec la présidence du Conseil. Il fut tué par l'explosion de la machine infernale de Fieschi, aux côtés mêmes de Louis-Philippe.
MOSKOWA (le prince de la), 1803-1857. Fils aîné du maréchal Ney, il entra d'abord au service de Suède et ne revint en France qu'après la révolution de Juillet. Il fut fait pair de France sous Louis-Philippe. Il avait épousé la fille de Jacques Lafitte.
MOTTEUX (M.). Il était, à Londres, un habitué de Holland-House, et très bien vu chez le prince de Talleyrand. Très liée avec lady Cowper (plus tard lady Palmerston), il laissa toute sa fortune à son second fils.
MONT-EDGECUMBE (lord Richard), 1764-1839. Un des intimes du roi Guillaume IV d'Angleterre; il avait épousé, en 1789, une fille du comte de Buckinghamshire.
MULGRAVE (lord), 1797-1863. Constantin-Henry Phipps, plus tard lord Normanby. Il fit partie du ministère whig de lord Melbourne, fut gouverneur de la Jamaïque, puis lord-lieutenant d'Irlande. En 1846, il fut envoyé à Paris comme ambassadeur, puis en Toscane.
MUNIER DE LA CONVERSERIE (le général comte), 1766-1837.
MUNSTER-LEDENBURG (le comte Ernest-Frédéric-Herbert DE), 1766-1839. Il contribua, comme envoyé de l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre, à former plusieurs coalitions contre la France. Il fut ministre de Hanovre à Londres.
MUNSTER-LEDENBURG (la comtesse DE), 1783-1858. Wilhelmine-Charlotte, comtesse de Lippe, sœur du duc de Schœnburg-Lippe, épousa en 1814 le comte de Munster-Ledenburg.
MUSSET (Alfred DE), 1810-1857. Poète français, fils d'un chef de bureau au ministère de la Guerre; il fut le condisciple du duc d'Orléans au collège Henri IV et devint son ami.
N
NANTES (Mlle DE), 1673-1743. Quatrième enfant de Louis XIV et de Mme de Montespan, légitimée par lettres patentes du roi, et mariée en 1785 au duc de Bourbon.
NAPLES (la princesse Marie DE), 1820-1861. Elle épousa en 1850, Charles de Bourbon, comte de Montemolin.
NAPOLÉON Ier, Empereur des Français, 1769-1821. Deuxième fils de Charles Bonaparte et de Lætitia Ramolino. Marié en premières noces avec Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du général de Beauharnais, il divorça en 1810 et épousa Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, dont il eut un fils.
NASSAU (Guillaume-Georges-Auguste, duc DE), 1732-1839.
NECKER (Jacques), 1732-1804. Banquier genevois qui devint directeur des finances de France sous Louis XVI. Il fut le père de Mme de Staël.
NECKER (Mme), 1739-1794. Suzanne Curchot, fille d'un pasteur calviniste suisse, épousa Jacques Necker. Elle fut célèbre par sa beauté, son esprit, sa bienfaisance.
NEELD (lady Caroline), morte en 1869. Fille du comte de Shaftsbury, elle épousa en 1831 Joseph Neeld, comte de Grittelton.
NEMOURS (le duc DE), 1814-1896. Louis-Charles d'Orléans, un des fils du roi Louis-Philippe; il épousa une princesse de Saxe-Cobourg-Cohari.
NESSELRODE (le comte DE), 1780-1862. D'une famille originaire de Westphalie, dont une branche s'était établie en Livonie, il entra dans la diplomatie russe; il fut attaché à différentes ambassades, notamment à celle de Paris, puis devint chancelier de l'empire de Russie.
NESSELRODE (la comtesse DE), morte en 1849; elle était la fille du comte Gourieff, qui fut ministre des finances russes.
NEY (Michel), 1769-1815. Duc d'Elchingen, prince de la Moskowa, maréchal de France; il se couvrit de gloire dans les guerres de la Révolution et de l'Empire. Napoléon l'avait surnommé _le brave des braves_. Créé pair de France par Louis XVIII, il se déclara pour Napoléon aux Cent-Jours; à la seconde Restauration, il fut condamné à mort par la Cour des Pairs et fusillé.
NICOLAS Ier, Empereur de Russie, 1776-1855. Troisième fils de Paul Ier, il monta sur le trône en 1825, succédant à son frère Alexandre Ier, et après que son frère, le grand-duc Constantin, y eut renoncé.
NOAILLES (le duc Paul DE), 1802-1885. Il prêta serment au gouvernement de Louis-Philippe et prit souvent la parole dans des discussions importantes de la chambre des Pairs. La révolution de 1848 le rendit à la vie privée, et il s'occupa dès lors de travaux littéraires. Il entra à l'Académie en 1849.
NOAILLES (la duchesse DE), voir MORTEMART.
NOAILLES (la vicomtesse DE), 1792-1851. Charlotte-Marie-Antoinette, fille du duc de Poix, épousa son cousin, le vicomte Alfred de Noailles, qui mourut en 1812 au passage de la Bérésina.
NOAILLES (Mlle Sabine DE), 1819-1870. Mariée en 1846 à Lionel Wildrington Standish.
NORFOLK (le duc DE), 1791-1856; il épousa, en 1814, Charlotte-Sophie, fille du duc de Sutherland. Guillaume IV lui conféra l'ordre de la Jarretière en 1834.
NORTHUMBERLAND (la duchesse DE), morte en 1848; elle était née Louisa Stuart Wartley.
O
O'CONNELL (Daniel), 1775-1847. Il s'affilia de bonne heure aux associations qui avaient pour but l'émancipation de l'Irlande. En 1823, il posa les bases d'une association catholique qui s'étendit dans toute l'Irlande. Membre de la Chambre des communes, il y établit une puissante influence, amena le triomphe des whigs et vota, avec eux, la réforme parlementaire; il obtint l'abolition des lois vexatoires pour les Irlandais.
OLIVIER (l'abbé Nicolas-Théodore), né en 1798; il fut curé de Saint-Roch à Paris, et en 1841 évêque d'Évreux.
OMPTEDA (baron Charles-Georges D'), 1767-1857. Diplomate hanovrien; ministre d'État et chef de cabinet en Hanovre en 1823, il fut, depuis 1831, accrédité à Londres auprès du roi Guillaume IV. Il démissionna à la mort de ce souverain.
OMPTEDA (la baronne D'), 1767-1843. Frédérique-Christine, comtesse de Schlippenbach; elle avait épousé en premières noces le comte de Solms-Sonnenwald, et en deuxièmes noces, elle épousa le baron d'Ompteda.
ORANGE (le prince Guillaume D'), 1793-1849; il monta en 1840 sur le trône de Hollande. Il avait épousé en 1816 Anna Paulowna.
ORANGE (la princesse D'), voir à $1.
ORLÉANS (le duc D'), 1741-1793. Louis-Philippe-Joseph, connu sous le nom de PHILIPPE-ÉGALITÉ, fit, toute sa vie, une opposition systématique à la Cour et devint, en 1787, le chef de tous les mécontents. Député aux États-généraux, il devint membre du Club des Jacobins, ce qui ne l'empêcha pas d'être guillotiné.
ORLÉANS (le duc D'), 1810-1842. Ferdinand, fils aîné du roi Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie. Il servit sous le maréchal Gérard en Belgique, commanda des campagnes en Algérie; il mourut d'un accident de voiture, près de Paris.
ORSAY (le comte Alfred D'), 1801-1852; surnommé le _Roi de la Mode_. La beauté était héréditaire chez les d'Orsay. Le comte Alfred avait la vocation du _dandysme_ et alla de bonne heure à Londres, regardée alors comme le conservatoire de l'élégance masculine. Élégant, artiste, il se ruina et mourut misérablement d'une maladie de la moelle épinière.
OSSULSTON (lord), né en 1810, il épousa la fille du duc de Manchester et devint, en 1859, lord Tankerville.
P
PAHLEN (le comte Pierre). Né en 1775. Général russe; il prit une part glorieuse aux campagnes de 1812, 1813, 1814; il fut ambassadeur de Russie à Paris de 1835 à 1841; fut ensuite nommé membre du conseil de l'Empire et Inspecteur général de la cavalerie.
PALAFOX (don José DE), 1780-1847. L'intrépide défenseur de Saragosse; il accompagna en 1808, à Bayonne, la famille royale d'Espagne, comme officier, et s'évada dès qu'il vit Ferdinand VII retenu prisonnier. Il souleva l'Aragon et, après une vigoureuse défense dans Saragosse, força les Français à s'en éloigner, mais ils revinrent à la charge avec toutes leurs forces et le contraignirent à capituler. Palafox contribua puissamment à rétablir Ferdinand VII sur le trône. S'étant, en 1820, prononcé pour la Constitution, il fut disgracié et vécut, depuis lors, dans la retraite: Marie-Christine, à son avènement comme Régente, le créa duc de Saragosse et grand d'Espagne.
PALMELLA (duc P. de Souza-Holstein DE), 1786-1850. Homme d'État portugais. Il fut régent de Portugal en 1830 et fit prévaloir la cause de doña Maria sur celle de dom Miguel. Il fut un des plénipotentiaires du Congrès de Vienne en 1815.
PALMERSTON (lord), 1784-1865. Homme d'État anglais. Élu aux Communes en 1807, il fut lord de l'Amirauté en 1808, secrétaire à la Guerre de 1809 à 1828, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1830 à 1841, puis de 1846 à 1851; ministre de l'Intérieur de 1852 à 1855, lord de la Trésorerie de 1855 à 1858, et de 1859 jusqu'à sa mort.
PALMERSTON (lady), 1787-1869. Elle était sœur de lord Melbourne, et avait épousé, en premières noces, lord Cowper; en secondes noces, elle épousa lord Palmerston.
PALMYRE (Mlle). La plus grande couturière de Paris sous Louis-Philippe.
PÂRIS. Second fils de Priam et d'Hécube; c'est lui qui décerna à Vénus la pomme de discorde, choix qui suscita contre Troie la haine de Junon et de Minerve.
PARRY (sir William Edward), 1790-1855. Navigateur anglais, connu par ses expéditions au Pôle Nord. Il était hydrographe à l'Amirauté et accompagna Ross dans son premier voyage de découvertes.
PASQUIER (Étienne, duc), 1767-1862. Nommé par Napoléon maître des requêtes, puis conseiller d'État, il se rallia aux Bourbons en 1814, fut, en 1815, chargé des Sceaux; plus tard membre de la Chambre des pairs, il en reçut la Présidence sous Louis-Philippe. Il fut élevé à la dignité de Chancelier en 1837.
PASSY (Hippolyte-Philibert), 1793-1880. Homme politique français, membre de l'Institut. Élu député en 1830, il fut appelé en 1834 dans le Cabinet éphémère du duc de Bassano. En 1838, il remplaça le prince de Talleyrand comme membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
PASTA (Judith), 1798-1865. Chanteuse italienne, d'origine juive. En 1821 elle vint à Paris et s'y fit une grande renommée. En 1849 elle se retira, dans sa belle maison de campagne, près du lac de Côme.
PAYS-BAS (le Roi DES). Voir à $1.
PAYS-BAS (le prince Frédéric DES), 1797-1881. Amiral de la flotte. En 1825, il avait épousé la princesse Louise de Prusse.
PAYS-BAS (la princesse Frédéric DES), 1808-1870. Louise, princesse de Prusse, fille du roi Frédéric-Guillaume III.
PEDRO Ier (dom), 1798-1834. Empereur du Brésil et roi de Portugal, père de la reine doña Maria de Portugal.
PEEL (sir Robert), 1788-1850. Homme d'État anglais. Élu aux Communes en 1809, il fut ministre de l'Intérieur en 1822. Conservateur pour tout ce qui touchait au système politique, il se montra libéral en ce qui concernait la législation criminelle et l'administration. Il fit partie de plusieurs ministères et sut, en 1848, rétablir l'équilibre financier, que les whigs avaient laissé avec un déficit de 30 millions, par la mesure de l'_income-tax_, en ouvrant de nouvelles sources de revenus par l'abolition des lois de prohibition sur les céréales.
PEEL (lady), morte en 1849. Julie, fille du général sir John Floyd Bart, épousa, en 1820, sir Robert Peel.
PÉPIN, 1780-1836. Épicier de la place de la Bastille, à Paris, Pépin fut élu capitaine de la garde nationale après les journées de juillet 1830; impliqué dans l'attentat Fieschi en 1835, il fut arrêté, condamné à mort et exécuté.
PERIER (Casimir), 1777-1832. Il entra en 1817 dans la vie politique. Après 1830, il fut élu président de la Chambre des députés, et, peu après, ministre sans portefeuille. En 1831, il fut président du Conseil et gouverna en homme ferme et résolu. Il succomba aux atteintes du choléra à la suite d'une visite faite avec le duc d'Orléans à l'Hôtel-Dieu.
PÉRIGORD (le duc DE), 1788-1879. Augustin-Marie-Élie-Charles de Talleyrand-Périgord, Grand d'Espagne de première classe.
PÉRIGORD (la duchesse DE), 1789-1866. Marie-Nicolette, fille du comte de Choiseul-Praslin, épousa, en 1807, le duc de Périgord.
PÉRIGORD (le comte Alexandre DE), plus tard duc de Dino, 1813-1894. Second fils du duc de Talleyrand et de la princesse Dorothée de Courlande. Alexandre de Périgord servit d'abord dans la marine, mais abandonna bientôt cette carrière; en 1849, il fit la campagne du Piémont contre l'Autriche, dans l'état-major du Roi Charles-Albert, et, pendant la guerre de Crimée, il fut attaché au corps d'armée sarde comme commissaire français. Il avait épousé Mlle Valentine de Sainte-Aldegonde.
PÉRIGORD (Mlle Pauline DE), 1820-1890. Fille du duc de Talleyrand et de l'auteur de la _Chronique_ que nous publions. Elle épousa, en 1839, le marquis Henri de Castellane, dont elle devint veuve en 1847. Depuis lors, elle vécut retirée du monde; et adonnée à la pratique des plus hautes vertus; elle demeurait, la plus grande partie de l'année, dans son domaine de Rochecotte, dans la vallée de la Loire.
PERSIL (Jean-Charles), 1785-1870. Magistrat et homme d'État français. Nommé député en 1830, il attaqua aussitôt le ministère Polignac en protestant contre les ordonnances. Il fut ministre de la justice en 1834, mais ayant eu des divergences avec M. Molé, il démissionna. En 1839, il entra à la Chambre des pairs et prit la direction de l'Hôtel des Monnaies. Napoléon III le nomma membre du conseil d'État.
PETER (Mme), dame anglaise, fort connue dans la société de Londres vers 1835 et amie de plusieurs hommes d'État.
PETIT (le général), 1772-1856. Il fit avec distinction les campagnes de la République et de l'Empire. C'est lui qui reçut, à Fontainebleau, avec la dernière accolade de l'Empereur, ces adieux touchants qui s'adressaient à toute l'armée. Il fut fait Pair de France en 1838.
PIRON (M.), 1802-1865. Fils d'un propriétaire du Nivernais, il reçut une bonne éducation et occupa une situation considérable dans l'administration des postes. Ses fonctions l'avaient fait entrer en rapport avec le personnel des postes anglaises, et il connaissait bien l'Angleterre. En 1834, M. Dupin, Nivernais lui aussi, l'emmena avec lui pendant son voyage à Londres, afin de lui servir de guide dans la société anglaise, où Piron avait d'anciennes relations, entre autres avec le duc de Richmond (ancien ministre des Postes de son pays) et lord Brougham. La mort prématurée d'un fils qui était tout son orgueil fut un tel coup pour M. Piron, qu'il en mourut aussi, terrassé par une attaque quelques semaines plus tard.
PITT (William), 1759-1806. Il suivit les traces de son père, célèbre homme d'État anglais. Il manifesta, après la Révolution française, une grande haine à la France et soudoya contre elle trois coalitions. Il fut un très habile administrateur.
PLANTAGENET. Dynastie qui occupa le trône d'Angleterre, depuis Henri II jusqu'à l'avènement de Henri VII. Au quatorzième siècle, elle se sépara en deux branches rivales, d'où naquit la guerre des Deux Roses.
PLYMOUTH (lady), 1792-1864. Elle était fille du duc de Dorset, et épousa en premières noces, en 1811, lord Plymouth. Devenue veuve, elle épousa William Pitt, lord Amherst. Elle mourut sans laisser d'enfants.
POIX (la duchesse-princesse DE), 1785-1862. Mélanie de Périgord, fille du duc de Talleyrand et de Mlle de Senozan, épousa en 1809 le comte Just de Noailles, prince de Poix. La duchesse de Poix avait été dame du palais de la duchesse de Berry.
POLIGNAC (Jules-Armand, prince DE), 1780-1847. Président du conseil et ministre des Affaires étrangères à la fin du règne de Charles X. Il signa, le 29 juillet 1830, les fameuses ordonnances qui amenèrent la révolution et la déchéance de la branche aînée des Bourbons.
POLIGNAC (princesse DE). Née miss Barbara Campbell, Écossaise; très belle et très riche mais sans naissance; elle dut abjurer le protestantisme et se convertir au catholicisme pour épouser le prince de Polignac. Elle mourut en 1819.
PONIATOWSKI (le prince Joseph), 1762-1803. Général polonais; il servit dans la légion polonaise sous les ordres de Napoléon Ier, fut fait maréchal de France à Leipzig et périt dans les eaux de l'Ulster. Sa bravoure chevaleresque l'avait fait surnommer _le Bayard polonais_.
PONSONBY (lord), 1770-1855. Beau-frère de lord Grey, il fut ambassadeur à Constantinople de 1822 à 1827.
PORCHESTER (lord), 1800-1849. Henry-John-Charles, comte de Carnarvon; il épousa en 1830 la fille de lord Molyneux.
POTOCKI (le comte Stanislas), 1757-1821. Il combattit contre la Russie en 1792, quitta la Pologne en 1793, devint, lors de la création du grand-duché de Varsovie par Napoléon Ier, sénateur palatin et chef du conseil d'État. Maintenu aux affaires par l'empereur Alexandre Ier, lors de la formation du nouveau royaume de Pologne, le comte Potocki fut nommé ministre des Cultes et de l'Instruction publique, puis président du conseil d'État.
POZZO DI BORGO (le comte), 1764-1842. Originaire de Corse, il servit différentes puissances, et, en dernier lieu, la Russie. Il fut un des représentants de l'empereur de Russie au Congrès de Vienne, et plus tard, ambassadeur.
PRINCE NOIR (LE), 1330-1376. Édouard, Prince de Galles, surnommé le Prince Noir pour la couleur de son armure; il était fils d'Édouard III et de Philippa de Hainaut, et s'immortalisa par ses exploits. Il mourut avant son père, mais un de ses fils monta sur le trône sous le nom de Richard II.
PROTÉE. Dieu marin qui changeait de forme à volonté.
PRUDHON (Pierre), 1760-1822. Peintre français; il passa plusieurs années à Rome où il se lia avec Canova; ce fut lui que choisit Napoléon Ier pour donner des leçons à l'impératrice Marie-Louise.
PRUSSE (le prince Louis DE), 1773-1796. Frère du Roi Frédéric-Guillaume III, il avait épousé la princesse Frédérique de Mecklembourg-Strélitz, sœur de la reine Louise de Prusse.
Q
QUÉLEN (le comte DE), 1778-1839. D'une famille de Bretagne, il entra de bonne heure dans les ordres; le cardinal Fesch le distingua, se l'attacha comme secrétaire; devenu sous la Restauration coadjuteur du cardinal de Talleyrand-Périgord, il lui succéda en 1821, comme archevêque de Paris. En 1831, une insurrection saccagea l'archevêché. Lors du choléra de 1832, Mgr de Quélen montra le plus admirable dévouement. Ses mandements et plusieurs oraisons funèbres, écrites avec élégance, lui valurent l'entrée de l'Académie française.
R
RADNOR (lord William), 1779-1869. Membre du Parlement anglais et ami de lord Brougham. Il se maria trois fois; en 1814 avec la fille du duc de Montrose, en 1837 avec Émily Bagot et enfin avec Fanny Royd-Rice.
RAMBUTEAU (Claude-Philibert Barthelot, comte DE), 1781-1869. Chambellan de Napoléon Ier en 1809, pair de France en 1835, membre de l'académie des Beaux-Arts en 1843. En 1833, Louis-Philippe l'avait nommé préfet de la Seine et il conserva ce poste durant quinze ans.
RAMBUTEAU (la comtesse DE). Fille du comte Louis de Narbonne, elle épousa, en 1809, le comte de Rambuteau.
RAPHAEL SANZIO, 1483-1520. Célèbre peintre de l'École romaine de la Renaissance.
RAULLIN (M.). Fils d'un employé au ministère des Affaires étrangères que le prince de Talleyrand estimait. Il fut conseiller d'État.
RAYNEVAL (Maximilien DE), 1778-1836. Diplomate français. Secrétaire d'ambassade à Lisbonne, puis à Saint-Pétersbourg, il fut nommé, sous la Restauration, consul général à Londres, puis, successivement, sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, ambassadeur à Berlin, en Suisse, à Vienne, à Madrid, et partout il rendit d'éminents services qui lui valurent le titre de comte et la Pairie.
RÉAL (le comte), 1765-1834. Procureur au Châtelet avant la Révolution, conseiller d'État après le 18 Brumaire, préfet de police durant les Cent-Jours, il fut proscrit par la seconde Restauration et ne revint en France qu'en 1818. En 1830, il eut une fonction auprès du préfet de police, puis vécut dans la retraite.
RÉCAMIER (Mme), 1777-1849. Julie Bernard épousa à seize ans un riche banquier de Paris, M. Récamier. Spirituelle et bonne, elle sut réunir dans son salon, sous le Consulat et l'Empire, une foule de personnages distingués. Exilée de Paris, elle y rentra après la chute de Napoléon Ier. Mme Récamier se retira en 1819 à l'Abbaye-aux-Bois, où elle continua à recevoir toutes les célébrités de l'époque.
RÉGENT (LE), Philippe d'Orléans, 1674-1723; il gouverna la France pendant la minorité du Roi Louis XV.
RÉMUSAT (le comte Charles DE), 1797-1875. Écrivain et homme politique français, membre de l'Institut, ancien ministre.
RETZ (le cardinal DE), 1614-1679, Jean-François-Paul de Gondi, joua un rôle célèbre dans les troubles de la Fronde, qui le força à s'exiler jusqu'à la mort de Mazarin. Il a laissé des _Mémoires_ qui sont un des chefs-d'œuvre de la langue française.
RICHMOND (le duc DE), 1799-1860. Charles Lennox; officier anglais, lord-lieutenant du comté de Sussex; dans le ministère réformiste de 1830, il devint directeur général des postes. Il avait épousé lady Paget, fille du marquis d'Anglesea.
RIGNY (Henri-Gauthier, comte DE), 1783-1835. Entré dans la marine en 1798, il prit part aux campagnes du premier Empire, fut fait contre-amiral sous la Restauration, et en 1827 se conduisit brillamment à Navarin; il reçut alors, avec le titre de comte, la préfecture maritime de Toulon; il devint ministre de la Marine en 1831, puis ministre des Affaires étrangères et ensuite ambassadeur à Naples.
RIPON (lord), 1781-1859. Il fut chancelier de l'Échiquier en 1833. Il appartenait au parti tory, mais passa plus tard aux whigs.
ROBESPIERRE (Maximilien), 1758-1794. Avocat et conventionnel; il régna par la terreur, au moyen du Comité du salut public, mais la réaction le fit périr sur l'échafaud.
ROBSART (Amy), 1532-1560. Elle épousa, en 1550, Robert Dudley, comte de Leicester, et s'en sépara bientôt. Un jour, elle fut trouvée morte, sans qu'on pût savoir si elle avait elle-même mis fin à ses jours, ou si Leicester l'avait fait périr dans l'espoir d'épouser la Reine Élisabeth. Amy Robsart est l'héroïne du roman de Walter Scott, _le Château de Kenilworth_.
RODIL (le marquis DE), 1789-1853. Don José Ronion Rodil s'engagea dans le bataillon nommé _des cadets littéraires_ en 1808 au moment de l'invasion française en Espagne. En 1816 il s'embarqua pour les colonies insurgées de l'Amérique du Sud, et acquit de la renommée dans la défense de Callao. Il rentra en Espagne en 1825, et, en 1833, vint en aide, en Portugal, au roi dom Pedro, contre dom Miguel et don Carlos. En 1836, il fut, pour peu de mois, ministre de la Guerre. De 1840 à 1843, sous la régence d'Espartero, il fut président du Conseil du dernier ministère.
ROGERS (Samuel), 1763-1855. Poète anglais. Il avait des habitudes de sarcasme qui n'épargnaient personne, malgré de la générosité et de la bouté.
ROLAND (Mme), 1754-1793. Manon Phlipon, femme d'une haute intelligence et épouse d'un conventionnel. Elle mourut sur l'échafaud.
ROMERO-ALPUENDE. Député espagnol. Il était un libéral outré, une tête exaltée; son rôle fut peu important.
ROSS (sir John), 1777-1856. Fils du Rév. André Ross et capitaine de la marine royale anglaise, il se rendit célèbre par deux expéditions dans les mers polaires arctiques qu'il fit avec sir Edward Parry en 1818 et 1819. Sir John Ross fit sa seconde expédition à ses frais, trouva le pôle magnétique boréal, perdit son navire, et ce ne fut que le quatrième hiver qu'un vaisseau de Hull vint le délivrer et le ramena en Angleterre.
ROTHSCHILD (Nathan), 1777-1826. Troisième fils de Mayer-Anselme Rothschild, fondateur de la célèbre maison de banque, il était chef de la maison de Londres.
ROTHSCHILD (Mme Salomon DE), 1774-1855, épouse de Mayer-Anselme Rothschild, qui fonda à Vienne une succursale et partagea avec son frère Anselme les affaires d'Allemagne. Vers 1835, ayant abandonné à son fils la direction des affaires de Vienne, Salomon de Rothschild vint, avec sa femme, rejoindre à Paris son frère James.
ROUSSIN (l'amiral), 1781-1854. Capitaine de vaisseau en 1814, il rectifia les cartes des côtes de l'Afrique et du Brésil; contre-amiral en 1822, il fit partie en 1824 du conseil d'amirauté; en 1831, il commanda l'escadre chargée d'exiger du Portugal la réparation des insultes faites aux résidents français, il força l'entrée du Tage, réputée inexpugnable et obtint tout ce qu'il demandait. A la suite de cette glorieuse expédition, Louis-Philippe l'éleva à la Pairie avec le titre de baron, en 1832.
ROYER-COLLARD (Pierre-Paul), 1763-1845. Philosophe et homme d'État français; il fut avocat, député au conseil des Cinq-Cents en 1797. Sous le premier Empire, il renonça à la politique, pour ne s'occuper que de ses études philosophiques et il fut reçu à l'Académie française en 1827. M. Royer-Collard habitait Châteauvieux, près de Valençay, et était très lié avec le prince de Talleyrand et la duchesse de Dino.
RUBINI (Jean-Baptiste), 1795-1854. Célèbre chanteur italien. Les opéras de Bellini lui doivent une grande part de leurs succès.
RUSSELL (lord William), 1799-1846. Diplomate anglais; il fut, pendant quelques années, ambassadeur à Berlin; il avait épousé Élisabeth Rawdon, nièce du marquis de Hastings.
RUSSELL (lord John), 1792-1878. Homme d'État anglais, troisième fils du duc de Bedford; il fut un des auteurs du célèbre Bill de réforme; en 1831 il fut ministre de l'Intérieur, des Colonies; chef du cabinet whig, ministre des Affaires étrangères en 1859, et, de nouveau, chef du cabinet après la mort de lord Palmerston.
RUSSIE (l'Empereur DE), voir Nicolas 1er.
S
SACKFIELD. Nom de famille des ducs de Dorset.
SAINTE-ALDEGONDE (la comtesse DE), 1793-1869. Elle était née de Chavagnes. Créole d'origine, elle épousa Augereau, duc de Castiglione, qui mourut en 1816. En 1817, elle se remaria avec le comte de Sainte-Aldegonde; elle eut deux filles, dont la seconde épousa Alexandre de Périgord, duc de Dino.
SAINTE-AULAIRE (le comte Louis Beaupoil DE), 1778-1854. Il fut chambellan de Napoléon Ier, préfet sous Louis XVIII et député; après 1830, il fut un des plus habiles appuis de la monarchie de Juillet. Il fut, successivement, ambassadeur à Rome, à Vienne et à Londres, et fut élevé à la Pairie.
SAINTE THÉRÈSE, 1515-1582. D'une riche et noble famille d'Avila, dans la Vieille Castille, Thérèse réforma l'ordre des Carmélites, et, inspiré par elle, saint Jean de la Croix réforma celui des Carmes. Elle fut canonisée en 1621. Ses nombreux écrits la firent appeler par les papes Grégoire XV et Urbain VIII un docteur de l'Église.
SAINT LEU ou saint Loup, 573-623. Archevêque de Sens depuis 609, il se distingua par sa charité. Le roi Clotaire II, trompé par de faux rapports, l'exila en Picardie en 613, mais mieux instruit, il le rappela l'année suivante et le combla d'honneurs.
SAINT-LEU (la duchesse DE), voir à BEAUHARNAIS (Hortense DE).
SAINT-PAUL (Vergibier DE), général français; il commandait les troupes de l'Indre en 1834.
SAINT-PRIEST (le comte Alexis DE), 1805-1851. Fils du comte de Saint-Priest, gouverneur d'Odessa et d'une princesse Galitzin. Il ne vint en France qu'en 1822, et s'y fit beaucoup remarquer par son goût pour les lettres; très lié avec le duc d'Orléans, il entra dans la diplomatie en 1833 et devint ministre de France au Brésil, à Lisbonne, à Copenhague. Il fut nommé pair de France en 1841 et membre de l'Académie française en 1849. Il avait épousé Mlle de La Guiche.
SALISBURY (la marquise DE), 1750-1835. Marie-Amélie, fille du marquis de Devonshire. Elle s'était mariée en 1773 et fut brûlée dans l'incendie de Hatfield-House.
SALVANDY (le comte DE), 1795-1856. Il fit, comme militaire, les campagnes de 1813 et 1814, et se retira du service sous la Restauration, pendant laquelle il occupa plusieurs fonctions auprès de Louis XVIII; il démissionna en 1823 et se tourna vers la littérature. Nommé député après 1830, il devint ministre de l'Instruction publique de 1837 à 1839, ambassadeur à Madrid en 1841, à Turin en 1843, et, en 1845, de nouveau ministre de l'Instruction publique jusqu'en 1848. Il était membre de l'Académie française depuis 1835.
SAMPAÏO (Antonio-Rodriguez), 1806-1882. Journaliste et homme d'État portugais qui défendit toujours les idées libérales.
SAND (George), 1804-1876. Aurore Dupin, baronne Dudevant, fut, sous le pseudonyme de George Sand, un des meilleurs écrivains du dix-neuvième siècle.
SARAÏVA (Antonio-Ribeira), 1800-1890. Diplomate portugais. Pendant la régence de dom Miguel, il fut envoyé en mission secrète en Espagne et en Angleterre. Partisan fanatique du pouvoir absolu, il ne retourna plus en Portugal après la chute du prétendant, et demeura à Londres jusqu'à sa mort.
SARMENTO (M. DE). Diplomate portugais, représentant de dom Pedro à Londres lors des conférences après 1830.
SAUZET (Paul), 1800-1877. Avocat au barreau de Lyon, il fut élu député en 1834, et deux ans plus tard, nommé ministre de la Justice dans le ministère Thiers.
SAXE (Maurice, comte DE), 1695-1750. Maréchal de France, il se couvrit de gloire pendant la guerre de la succession d'Autriche, et, en récompense de ses services, le roi Louis XV lui donna le château de Chambord et 40,000 livres de rente. Il était le fils naturel d'Auguste II, électeur de Saxe, et de la comtesse Aurore de Kœnigsmark.
SAXE-MEININGEN (Bernard, duc DE), 1800-1882. Frère de la reine Adélaïde d'Angleterre. En 1866, il abdiqua en faveur de son fils, le duc Georges II.
SCHEFFER (Ary), 1785-1858. Peintre français, d'une famille originaire d'Allemagne. Il était très protégé par le Roi Louis-Philippe et sa famille.
SÉBASTIANI DE LA PORTA (le maréchal), 1775-1851. Originaire de la Corse, il se distingua à l'armée d'Italie. En 1806, envoyé comme ambassadeur à Constantinople, il décida le sultan Selim à déclarer la guerre aux Russes et dirigea les opérations qui contraignirent la flotte anglaise à repasser les Dardanelles. Après Waterloo, il fut un des commissaires désignés pour traiter la paix. Sous Louis-Philippe, il fut ministre des Affaires étrangères, puis ambassadeur à Naples et à Londres. Il avait épousé Fanny de Coigny, qui mourut en 1807 en donnant le jour à une fille, qui épousa le duc de Praslin.
SEFTON (lord), 1772-1838. Créé pair et baron en 1831. Il avait épousé une fille de lord Craven.
SEFTON (lady), morte en 1851. Marie-Marguerite, fille de lord Craven, épousa en 1791 lord William Sefton.
SÉGUIER (le comte), 1768-1848. Émigré pendant la Révolution, il rentra en 1800 et, grâce à Cambacérès, se fit une belle carrière dans la magistrature sous l'Empire. En 1815, Louis XVIII le fit pair de France et le chargea d'instruire le procès du maréchal Ney. Il se rallia à Louis-Philippe en 1830.
SÉGUR (Louis-Philippe, comte DE), 1753-1833. Il prit part à la guerre d'Amérique en 1781, fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg, vécut de sa plume pendant la Révolution, fut appelé ensuite au Corps législatif par le Premier Consul et devint grand maître des cérémonies de la cour impériale. Depuis 1803, il était membre de l'Académie française, et Louis XVIII l'avait fait pair.
SÉMONVILLE (le marquis DE), 1754-1839. Il fut chargé d'abord de plusieurs missions à l'étranger. Pair de France en 1814, il reçut le premier le titre de grand référendaire de la Cour des Pairs et ne se démit de ses fonctions que sous Louis-Philippe en 1834.
SÉVIGNÉ (la marquise DE), 1626-1696. Marie de Rabutin-Chantal, une des femmes les plus distinguées du dix-septième siècle, célèbre par les lettres qu'elle écrivait à sa fille, Mme de Grignan. Elle avait été mariée en 1644 au marquis de Sévigné, qui, tué en duel, la laissa veuve à vingt-cinq ans.
SGRICCI (Thomas), 1788-1836. Célèbre improvisateur italien et grand érudit. Il révéla sa prodigieuse facilité de versification à un bal masqué, où, costumé en Pythonisse, il rendit ses oracles en vers, avec une promptitude et une aisance admirables.
SHAFTSBURY (Cropley-Ashley), 1768-1851, membre de la Chambre des lords, il épousa Anne, fille du duc de Marlborough.
SIDNEY (lord, John-Robert), né en 1805. Il était lord-chambellan, et épousa en 1832, Emily-Caroline, fille du marquis d'Anglesey.
SIDNEY (lady Sophie), morte en 1837. Lady Fitzclarence, fille naturelle du roi Guillaume IV d'Angleterre, épousa en 1825 Philippe-Charles Sidney, baron de l'Isle et de Dudley.
SIEYÈS (l'abbé), 1748-1836. Il fut vicaire général de Chartres, et l'un des grands politiques de son temps. Il fit comprendre la puissance du Tiers, et amena plusieurs des mesures les plus importantes de la Révolution. Il fit partie du conseil des Cinq-Cents, fut fait sénateur et comte par Napoléon.
SOBIESKI (Jean III), Roi de Pologne, 1629-1696. Un des héros nationaux de son pays; il vainquit les Turcs et délivra Vienne assiégée par Kara-Mustapha.
SOMERSET (le ducDE), 1773-1855. Édouard Saint-Maur, baron Seymour; il avait épousé lady Hamilton.
SOPHIE D'ANGLETERRE (la princesse), 1777-1848. Une des filles du roi George III d'Angleterre; elle ne se maria jamais.
SOULT (Nicolas-Jean de Dieu) 1769-1852. Il fit toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire: la prise de Kœnigsberg lui valut le titre de duc de Dalmatie; exilé sous la seconde Restauration, il s'attacha au gouvernement de 1830 et prit à deux reprises le ministère de la Guerre et la présidence du Conseil.
SPRING-RICE (sir Thomas), 1790-1866. Il fut élevé à la pairie en 1839 sous le titre de lord Monteagle de Brandon. Il fut sous-secrétaire à l'Intérieur en 1827, puis secrétaire de la Trésorerie, et, en 1834, secrétaire des Colonies. En 1835, il devint chancelier de l'Échiquier. Il était membre de la Société royale et de la Société astronomique.
STAËL (Mme DE), 1766-1817. Née Necker. Célèbre par ses talents et son exil.
STAËL (la baronne de), Adélaïde Vernet, petite-fille du professeur suisse Pictet, épousa, en 1826, le baron Auguste de Staël, fils de la célèbre Mme de Staël.
STANLEY (Édouard-Geoffroy), 1799-1869. Homme d'État anglais, plus connu sous le nom de _comte de Derby_ qu'il prit en 1831. Il fut sous-secrétaire d'État aux Colonies en 1827, puis premier secrétaire pour l'Irlande de 1830 à 1833, ministre des Colonies en 1833; il fit passer le bill de l'émancipation des esclaves. En 1858, il pacifia les Indes et en réorganisa l'administration. Il avait épousé, en 1825, la seconde fille de lord Skelmersdale.
STANLEY (Édouard-Jules, baron), 1801-1869. Membre du Parlement anglais depuis 1831, il fut sous-secrétaire d'État, sous-secrétaire aux Affaires étrangères et maître général des Postes. Il avait épousé en 1826 la fille du vicomte Dillon.
STEVENS (Catherine), 1794-1872. Cantatrice anglaise très admirée, qui se fit entendre à Covent-Garden, puis à Drury Lane. Elle rentra dans la vie privée en 1815 et épousa, en 1838, le comte d'Essex.
STRATFORT CANNING (sir), 1788-1880. Cousin du célèbre Canning et diplomate anglais. Il fut ministre plénipotentiaire en Suisse, assista au Congrès de Vienne en 1815, fut élu ambassadeur auprès de la Porte ottomane en 1851, jusqu'à 1858, époque de sa retraite. La Reine l'avait nommé vicomte de Redcliffe.
STUART DE ROTHESAY (lady), 1789-1867. Fille de lord Hardwick, elle s'était mariée en 1816.
SURREY (le comte DE), 1815-1860. Fils aîné du duc de Norfolk, il fut député au Parlement en 1837 et se posa en catholique zélé. En 1839 il épousa une fille de lord Lyons, et, en 1856, à la mort de son père, il prit le titre de duc de Norfolk.
SUSSEX (Auguste-Frédéric, duc DE), 1773-1843. Un des fils du Roi George III d'Angleterre. Il fut grand maître de la Maçonnerie dans ce pays.
SUCHET (Marie), 1820-1835. Fille du maréchal Suchet, duc d'Albuféra. Amie intime de Mlle Pauline de Périgord, elle mourut prématurément.
SUTHERLAND (la duchesse DE), morte en 1868. Fille de lord Carlisle, elle épousa, en 1823, le duc de Sutherland. La duchesse fut _mistress of the robes_ de la Reine Victoria.
T
TAHMASP-KOULI-KHAN. Nadir-Shah, roi de Perse, 1688-1747. Conducteur de chameaux, puis brigand, il entra au service de Tahmasp II, mit les affaires du Prince dans l'état le plus florissant et battit les Turcs, puis il fit déposer Tahmasp et se fit, après une régence, proclamer schah de Perse. Il marcha contre les Afghans rebelles et attaqua l'empire du Grand Mogol; la Perse, opprimée, le détestait et il fut tué par ses propres généraux.
TALLEYRAND-PÉRIGORD (le cardinal DE), 1636-1821. Alexandre-Angélique, second fils de Daniel de Talleyrand-Périgord et de Marie de Chamillart, dame du palais de la Reine, embrassa l'état ecclésiastique, fut nommé aumônier du Roi, grand-vicaire à Verdun, et, en 1766, coadjuteur de l'archevêque de Reims auquel il succéda en 1777. Député aux États-Généraux de 1789, il lutta contre les innovations et émigra. Conseiller de Louis XVIII à Mittau, Mgr de Périgord devint, en 1808 son grand aumônier, fut inscrit le premier sur la liste des pairs en 1814, et obtint en 1817 le chapeau de cardinal et l'archevêché de Paris.
TALLEYRAND (le prince DE), 1754-1838. Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, duc de Dino, pair, grand chambellan de France, membre de l'Institut. Boiteux par accident de naissance, il fut destiné à l'Église quoique l'aîné de sa famille. Elève de Saint-Sulpice, il y fit ses études ecclésiastiques et fut d'abord connu sous le nom d'abbé de Périgord; en 1788, il fut évêque d'Autun; en 1789, membre des États généraux; il fut plus tard obligé de se réfugier en Amérique; de retour en 1797 il fut nommé ministre des Affaires étrangères par le Directoire, et, pendant huit ans, dirigea la politique extérieure de la France. En qualité de vice-grand-électeur de l'Empire, il put, en 1814, convoquer le Sénat et faire proclamer la déchéance de l'Empereur. Il représenta Louis XVIII au Congrès de Vienne. En 1830, Louis-Philippe le nomma ambassadeur à Londres. Son dernier acte politique fut la conclusion de la Quadruple Alliance entre la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal.
TALLEYRAND (la princesse DE), 1762-1835. Fille du capitaine de vaisseau Werlée et de Laurence Allany, elle était née dans les Indes sur la côte de Coromandel; à quinze ans, elle épousa, à Calcutta, un employé civil, George Grant, mais divorça un an après. Vers 1780, Mme Grant s'embarqua pour l'Europe, s'établit à Paris, et épousa le prince de Talleyrand en 1802. Après sa séparation d'avec son mari, elle se retira à Auteuil. Elle mourut en 1835 et fut enterrée à Montparnasse, avec cette inscription: _Veuve de M. Grant, plus tard civilement mariée avec le prince de Talleyrand_.
TALLEYRAND-PÉRIGORD (la baronne DE), 1800-1873. Charlotte-Alix-Sarah, épouse du baron Alexandre-Daniel de Talleyrand, conseiller d'État, dont elle eut trois enfants.
TALLEYRAND-PÉRIGORD (le comte Edmond DE), 1787-1872. Duc de Dino depuis 1817 et duc de Talleyrand depuis la mort de son père en 1838. Il épousa, en 1809, la princesse Dorothée de Courlande. Brave officier, bon camarade, cité avec éloges parmi les aides de camp du major-général Berthier, il fit les campagnes de la Grande-Armée. Il était commandeur de l'ordre de Saint-Louis, grand-officier de la Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne. Il passa les quarante dernières années de sa vie à Florence, où il mourut.
TALMA (François-Joseph), 1766-1826. Célèbre tragédien. Napoléon l'aimait beaucoup et paya plusieurs fois ses dettes.
TANKERVILLE (lady), morte en 1865. Fille du duc Antoine de Gramont, elle épousa en 1806 lord Tankerville.
TAYLOR (sir Herbert), 1775-1839. D'abord officier, il devint secrétaire particulier du duc d'York, dont il était l'ami, et passa en cette même qualité auprès du roi George III; il fut chargé de plusieurs missions délicates en Suède et en Hollande. Il avait épousé la fille d'Edouard Disbrowe.
TERCEIRE (le duc DE). Marquis de Villaflor, 1790-1860, général portugais; il s'était mis à la tête des partisans de dom Pedro, l'aida à chasser dom Miguel. Il avait épousé, en deuxièmes noces, la fille du marquis de Loulé.
TESTE (Jean-Baptiste), 1780-1852. Jurisconsulte français. Député en 1831, il fit partie des libéraux. En 1839, il devint ministre de la Justice, en 1840 des Travaux publics. En 1843, il fut nommé pair de France et président de la Cour de cassation, mais la fin de sa vie fut attristée par un lamentable procès dans lequel il fut compromis.
THIARD DE BUSSY (le comte DE), 1772-1852. Général français. Chambellan de Napoléon en 1884, il le suivit comme aide de camp dans les campagnes de 1805 à 1807, mais démissionna ensuite. Louis XVIII le nomma maréchal de camp. Devenu député en 1815, il siégea presque sans interruption jusqu'en 1848, puis fut, pendant une année, ministre en Suisse.
THIERS (Adolphe), 1797-1877. Homme d'État et historien français. Il débuta à Paris dans le journalisme, fonda le _National_ en 1830, devint ministre en 1832 et président du Conseil en 1836 et 1840. Comme député, il s'opposa vainement à la guerre de 1870. Président de la République en 1871, il attacha son nom à la libération du territoire.
THIERS (Mme), 1815-1880. Élise Dosne n'avait que seize ans lorsqu'elle épousa M. Thiers, auquel elle apporta une grosse fortune.
THORWALDSEN (Barthélemy), 1769-1844. Célèbre sculpteur danois. Fils d'un pauvre marin de Copenhague, il fit de longs séjours en Italie où il travailla beaucoup. Il a fondé, à Copenhague, un musée et a laissé son immense fortune à cet établissement.
TORENO (le comte José DE), 1786-1843. Homme d'État espagnol, député aux Cortès depuis 1811, il provoqua l'abolition de l'Inquisition. En 1834, il fut nommé ministre des Finances, puis président du Conseil avec le portefeuille des Affaires étrangères; il se retira de la vie publique en 1835.
TRAJAN (l'empereur), né en Espagne en 52, il fut empereur à Rome de 98 à 117. Il fut vainqueur des Daces et des Parthes, et excellent administrateur.
TRÉVISE (duc DE), voir à MORTIER.
TULLEMARE (lady), morte et 1848, elle s'était mariée en 1821. C'était la sœur du duc d'Argyll.
TYSZKIEWICZ (la princesse), 1765-1834. Marie-Thérèse, fille du prince André Poniatowski, second frère du Roi; elle épousa le comte Vincent Tyszkiewicz, mais garda son titre de princesse. Son mari était référendaire du grand-duché de Lithuanie. La Princesse était très liée avec le prince de Talleyrand. Elle habita presque toujours la France et est enterrée à Valençay.
V
VALENÇAY (le duc DE), 1811-1898. Louis de Talleyrand-Périgord, duc de Talleyrand et de Valençay, duc de Sagan après la mort de sa mère. Fils du duc Edmond de Talleyrand et de la princesse Dorothée de Courlande; chevalier de la Toison d'or d'Espagne et de l'Aigle noir de Prusse. Il épousa d'abord, en 1829, Alix, fille du duc de Montmorency, puis la comtesse de Hatzfeld, fille du maréchal de Castellane. Le duc de Valençay était le fils aîné de la duchesse de Dino.
VALENÇAY (la duchesse DE), 1810-1858. Alix, fille du duc de Montmorency et de Caroline de Matignon.
VALOIS (les), famille issue des Capétiens, qui monta sur le trône de France en 1328 avec Philippe VI, pour finir avec Henri III en 1576.
VAN DYCK (Antoine), 1599-1641. Peintre flamand, élève de Rubens; il voyagea en Italie, en Hollande, en France, en Angleterre où il fut appelé par le roi Charles Ier et se fixa.
VANTADOUR (la duchesse DE), 1799-1863. Fille du comte d'Aubusson la Feuillade et de son premier mariage avec Mlle de Refouville, elle épousa le duc de Lévis et de Vantadour.
VAUDÉMONT (la princesse DE), 1763-1832. Elise-Marie-Colette de Montmorency-Lognÿ, épousa en 1778 le prince Joseph de Vaudémont, de la maison de Lorraine, dont elle devint veuve en 1812. Amie intime de M. de Talleyrand, elle était bonne, très recherchée, et l'on retrouvait, chez elle, les habitudes de l'ancien régime.
VICTORIA Ire (la Reine), 1819-1901. Fille du quatrième fils du roi d'Angleterre George III, le duc de Kent, qui mourut en 1820. Elle monta sur le trône en 1837, à la mort de son oncle Guillaume IV. En 1840, la jeune Reine épousa son cousin germain, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, qui fut déclaré prince Consort en 1857.
VIENNET (Jean-Guillaume), 1777-1868. Littérateur français; il entra à l'Académie en 1830.
VILLEMAIN (Abel-François), 1790-1870. Professeur, écrivain et homme politique français, membre de l'Académie française depuis 1822, pair de France; il fut, à deux reprises, ministre de l'Instruction publique et, depuis 1835, secrétaire perpétuel de l'Académie.
VISCONTI-AYMI (la marquise), morte en 1831 à Paris. Née Carcano, elle avait appartenu à la société la plus élégante de Milan à l'époque de la vice-royauté d'Eugène de Beauharnais. En premières noces elle avait épousé le comte Sopranzi, dont elle eut un fils, qui fut aide de camp du maréchal Berthier, avec qui elle était très liée.
VITROLLES (Eugène d'Arnaud, baron DE), 1774-1854. Il servit dans l'armée de Condé, fut nommé ministre d'État en 1814, mais se montra si violent que Louis XVIII le priva de ses fonctions. A son avènement, Charles X le nomma ambassadeur à Turin. Il avait épousé, en 1795, Mlle de Folleville.
VIVONNE (Louis-Victor de Rochechouart, comte DE), 1636-1688; plus tard duc de Mortemart et maréchal de France; la faveur de sa sœur, Mme de Montespan, lui valut un avancement rapide; il était connu pour son esprit, ses bons mots et son embonpoint.
VOGÜÉ (le comte Charles DE), marié à Mlle de Béranger. Il était frère du marquis de Vogüé.
VOLTAIRE (M. DE). 1694-1778. François-Marie-Arouet de Voltaire, fils d'un trésorier de la Chambre des comptes; il exerça une immense influence sur le dix-huitième siècle littéraire et philosophique.
W
WABURTON. Aubergiste anglais du _Ship_ à Douvres.
WALTER SCOTT, 1771-1832. Poète et romancier écossais.
WARD (sir Henry-George), 1798-1860. Gendre de lord Grey. Il entra dans la diplomatie anglaise en 1816, comme attaché d'ambassade à Stockolm, puis à La Haye et à Madrid. Il entra au Parlement en 1832, fut nommé commissaire des îles Ioniennes en 1849. De 1856 jusqu'à sa mort il fut gouverneur de Ceylan.
WARWICK (Guy, comte DE), mort en 1471, surnommé le _Faiseur de rois_. Beau-frère de Richard d'York, il le poussa à revendiquer le trône d'Angleterre, puis fit proclamer Edouard IV, ce qui ne l'empêcha pas plus tard de faire rétablir Henri VI sur le trône et de se faire nommer gouverneur du royaume.
WARWICK (lord), 1779-1853. Henri Richard Greville, comte de Brooke, descendant, par les femmes, des anciens Beauchamp.
WARWICK (lady), morte en 1851. Sarah, fille de lord Mexborough, épousa, en premières noces, lord Monson, et, en deuxièmes noces, lord Warwick.
WEIMAR (le duc Charles-Bernard DE), 1792-1862. Général au service des Pays-Bas; il avait épousé, en 1815, la princesse Ida de Saxe-Meiningen. Son fils, le prince Édouard de Weimar, entra au service de l'Angleterre.
WEIMAR (la duchesse Bernard DE), 1794-1852, née princesse de Saxe-Meiningen et sœur de la reine Adélaïde d'Angleterre.
WELLESLEY (le marquis DE), 1760-1842. Richard, comte de Mornington, frère aîné du duc de Wellington; gouverneur des Indes en 1797, il devint, en 1810, ministre des Affaires étrangères, en 1822 lord-lieutenant d'Irlande et, en 1833, vice-roi de ce pays.
WELLINGTON (le duc DE), 1769-1852. Troisième fils du vicomte Wellesley, il servit en 1797 dans l'armée des Indes, revint en Angleterre en 1805; il dirigea l'armée anglaise en Portugal, en Espagne, et fut le vainqueur de Napoléon à Waterloo. Il fit partie de plusieurs ministères.
WERTHER (le baron Wilhelm DE), 1772-1859. Diplomate prussien; il fut ministre à Paris de 1824 à 1837, et de 1837 à 1841 ministre des Affaires étrangères à Berlin.
WERTHER (la baronne DE), 1778-1853. La comtesse Sophie Sandizell, Bavaroise, épouse du baron de Werther.
WESSENBERG-AMPRINGEN (le baron), 1773-1858. Diplomate autrichien; il assista, en 1830, aux conférences de Londres, et fut en 1848, pendant peu de temps, ministre des Affaires étrangères.
WEYER (Sylvan VAN DE), 1803-1874. Homme d'Etat et littérateur belge. Chargé d'une importante mission à Londres, il réussit par faire agréer la proposition d'y réunir une conférence pour consolider la nouvelle constitution belge; il parvint à faire accepter le prince Léopold de Cobourg comme roi des Belges. En 1845, il fut rappelé pour prendre la tête du cabinet, puis, en 1846, reprit ses fonctions d'ambassadeur à Londres jusqu'en 1867, lorsqu'il se retira des affaires.
WILLOUGHBY-COTTON (sir Henry), 1796-1865. Député à la Chambre des communes.
WINCHELSEA (lord), 1791-1858. George-William Hatton. Sa première femme était une fille du duc de Montrose. En 1829, il eut un duel célèbre avec le duc de Wellington; le duc de Wellington manqua son adversaire, lord Winchelsea tira en l'air.
WORONZOFF (la comtesse), morte en 1832 à Londres; Catherine Siniavin, épouse du général Woronzoff.
WURTEMBERG (le roi DE), 1781-1864. Guillaume Ier; il monta sur le trône en 1816. Il avait épousé en premières noces la grande-duchesse Catherine de Russie, et, en deuxièmes noces, sa cousine, la duchesse Pauline de Würtemberg.
WURTEMBERG (la princesse Marie DE), 1816-1863. Fille du roi Guillaume Ier, elle épousa, en 1840, le major-général comte de Neipperg.
WURTEMBERG (la princesse Sophie DE), 1818-1877. Sœur de la précédente; elle épousa, en 1839, Guillaume III, Roi des Pays-Bas.
Y
YARBOROUGH (lord), 1812-1851. Frère de lord Garbowy, et, en 1831, capitaine dans la maison royale d'Angleterre.
YORK (le duc d'), 1763-1827. Frère des rois George IV et Guillaume IV d'Angleterre; il épousa la princesse Frédérique de Prusse.
Z
ZEA-BERMEDEZ (don Francisco), 1772-1850. Diplomate espagnol. De 1809 à 1820, il fut chargé d'affaires auprès de l'empereur Alexandre Ier, puis ambassadeur à Constantinople. En 1824, il fut nommé ministre des Affaires étrangères, puis en 1825, il fut ambassadeur à Dresde; de 1828 à 1833, ambassadeur à Londres. Depuis 1834, il habita presque toujours Paris où il mourut.
ZEA-BERMEDEZ (Mme), femme du ministre. Elle était très recherchée dans la société par sa distinction et son amabilité. Sa ville natale était Malaga.
ZUMALACARREGUY (Thomas), 1789-1835. Général espagnol, commandant la garde royale à la mort de Ferdinand VII. Il se démit de ses fonctions pour suivre don Carlos, et fit une terrible guerre aux Christinos.
ZUYLEN VAN NIJEVELT (le baron Hugo DE), 1781-1853. Homme d'Etat hollandais; il prit une part active aux efforts qui furent faits dans son pays pour secouer le joug de Napoléon Ier. Il fut ambassadeur à Paris, à Madrid, à Stockolm, à Constantinople, revint à La Haye en 1829 et déploya une rare activité lors de la révolution belge en 1830. Il fut ensuite envoyé, avec Falk, à la conférence de Londres. De 1833 à 1848, il reçut plusieurs portefeuilles, puis rentra dans la vie privée.
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