Part 12
On venait de recevoir à Montréal la nouvelle que Riel avait de nouveau soulevé les métis du Nord-Ouest et plusieurs tribus indiennes, et l'excitation publique en vint à son comble le 28 mars, quand le 65ème reçut l'ordre de se tenir prêt à partir dans l'espace de 48 heures. La dépêche qui transmettait cet ordre avait été adressée au Col. Harwood, mais ce dernier étant en ce moment absent de la ville, ce ne fut que tard dans la nuit que le Lieut.-Col. Hughes réussit à pouvoir s'en emparer et en apprendre le contenu. Malgré l'heure avancée, une réunion des officiers du bataillon fut immédiatement convoquée et les mesures nécessaires pour exécuter l'ordre du ministre de la milice prises le jour même.
En dépit des vaines bravades des bataillons de nationalité différente qui se trouvaient à Montréal, le nombre des recrues augmentait de jour en jour et, le 1er avril, le bataillon était prêt à partir, avec un contingent de 325 hommes.
Depuis plusieurs jours je me rendais tous les matins et tous les midis à la salle du marché Bonsecours où les soldats faisaient l'exercice. Dès la première journée, un sentiment, que je ne pus d'abord m'expliquer à moi-même, s'empara de moi et je me surprenais souvent le soir dans ma tranquille demeure à penser avec envie aux grandes plaines de l'Ouest que je me figurais empestées de hordes ennemies. Chaque jour ce désir d'aller au Nord-Ouest augmentait. Je voyais mille obstacles sur ma route, d'abord la cruelle séparation qu'il faudrait faire subir à ma vieille mère qui n'avait d'autre consolation que moi, puis ma carrière professionnelle peut-être brisée par un trop long séjour sur le terrain des hostilités, et beaucoup d'autres dont je ne me rappelle pas beaucoup aujourd'hui mais qui alors me paraissaient insurmontables.
En dépit de tous ces obstacles et peut-être même à cause d'eux, mercredi, le 1er avril, comme on m'annonçait que le bataillon devait partir avant 24 heures, je pris mon parti tout à coup et, sans plus hésiter, entrai dans la chambre de recrutement et demandai qu'on m'enrôlât. On accueillit ma demande et à 10 heures a.m. j'étais enrôlé membre de la compagnie No. 1. Je me fis immédiatement donner une tunique et tout l'accoutrement qu'il me fallait. Il me semblait ne pouvoir être soldat sans cela.
L'après-midi se passa à la salle du marché, chaque compagnie faisant l'exercice militaire sous les ordres de l'instructeur Labranche.
Enfin le soir arriva. L'émotion qui s'empara de moi en arrivant à la maison peut être mieux imaginée que décrite. Ma bonne mère qui avait tant souffert lors de notre première séparation, qu'allait-elle dire en apprenant que son fils venait de s'enrôler comme soldat?
Je cachai de mon mieux mon uniforme sons mon pardessus et mettant mon képi sous mon bras, je remis mon casque d'hiver sur ma tête. Enfin j'entrai et appris à ma mère la vérité.
Quelques heures plus tard, j'allai faire mes adieux M. le curé et à mes autres amis.
J'allai à confesse et vers les neuf heures revins à la maison. Ma mère sécha bientôt ses larmes, et l'on procéda aux préparatifs de mon départ. Que la nuit me parut longue! Je ne pus fermer l'oeil, car j'entendais de ma chambre les sanglots de ma pauvre mère! Que de fois l'idée me vint de me lever et d'aller la consoler: mais aussitôt je pensais que mieux valait faire semblant de ne pas m'en apercevoir; puisqu'elle s'était retenue devant moi, pour pleurer seule maintenant, c'est qu'elle voulait me cacher sa douleur. Je m'assoupis en priant Dieu pour elle.
Dès 6.30 heures, le lendemain, j'étais debout. Ma mère vint à l'église avec moi. Nous communiâmes tous les deux. Oh! comme j'aurais mêlé mes larmes aux siennes, si l'amour-propre ne m'avait retenu. Mais la foule était là qui nous regardait.
La messe terminée, ma mère et moi retournâmes & la maison. Le déjeuner ne fut pas bien gai. Ma mère ne mangea rien du tout et sa douleur me rendit triste. Enfin le moment des adieux arriva. Mon beau-père paraissait plus ému qu'il ne l'aurait voulu, et pleura quand je l'embrassai et ma mère ne voulut pas me laisser partir seul mais vint me reconduire jusqu'à la gare.
Le long de la route, elle me fit toutes les recommandations qu'elle crut nécessaires et quand elle eut fini, nous marchâmes en silence. Sans doute, nos idées étaient les mêmes, tous deux nous souffrions de la même douleur et cependant chacun semblait préférer savourer sa peine en silence. Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, puis le sifflet aigu du train qui approchait nous ramena à la cruelle réalité. Je me levai et allai les larmes aux yeux lui donner le baiser d'adieu. Elle, pauvre femme! elle sanglotait! Je m'arrachai de ses bras en lui murmurant à l'oreille: courage et espoir!... Le train arriva à Montréal vers 7.30 heures; à 8.15 heures j'étais au marché. L'avant-midi s'écoula lentement. Chaque compagnie allait une à une chercher sa tenue de campagne. On distribua des bas, des bottes, des _knapsacks_, havresacs, chaudières à manger, couteaux, fourchettes, etc. Le mardi, on prit le dîner au Richelieu. Après dîner, le trousseau de chacun fut complété, puis le bataillon sortit parader dans les rues. Partout la foule nous acclama! on ne pensait plus à la famille que l'on quittait, aux amis de qui l'on s'éloignait, on ne voyait plus devant nous que la patrie qui nous appelait à sa défense tandis que ses enfants nous encourageaient par leurs cris et leurs acclamations.
Après la parade, on retourna aux casernes pour la dernière fois, puis l'on se dirigea vers la gare du G. P.E.
LE RETOUR A MONTRÉAL.
L'auteur ne croit pas pouvoir mieux raconter le récit du retour du 65ème à Montréal que de reproduire ce que contenait un des premiers journaux français de cette ville, le lendemain de l'arrivée du bataillon:
Grande journée que celle d'hier. Rarement, peut-être jamais encore, excepté lors de la visite du prince de Galles, Montréal n'a vu pareil enthousiasme. La ville était en ébullition, les affaires étant suspendues, lo port vide, les chars urbains arrêtés, les commis partis des magasins; les ouvriers avaient déserté l'atelier, les typographes ont suivi le mouvement, les rues regorgeaient de monde, les drapeaux flottaient sur tous les édifices, les maisons étaient pavoisées, la joie partout, les poitrines se gonflaient et poussaient à chaque instant un formidable: VIVE LE 65ÈME! qui se répétait cent fois, mille fois, sur tout le parcours des braves volontaires.
Mais il faut essayer de mettre un peu d'ordre dans notre compte-rendu.
Le voyage, bien que long et pénible, a eu quelques bons moments. Sur la route, quand le train triomphal s'arrêtait, on voyait arriver des députations qui, venaient saluer les braves qui viennent enfin goûter au foyer de leur famille, un repos bien gagné.
A MATTAWA.
C'est ainsi qu'à Mattawa, les citoyens de Sudbury leur ont présenté l'adresse suivante:
Au lieutenant-colonel J. A. Ouimet, aux officiers et sous-officiers du 65ème bataillon.
Messieurs,
A l'occasion de votre retour du Nord-Ouest, permettez à vos amis de Sudbury de vous féliciter de l'heureux apaisement des troubles, qui vous permet de rentrer dans vos foyers, d'aller vous reposer au milieu de vos familles, des fatigues de toutes sortes que vous avez endurées pendant cette campagne lointaine, à laquelle vous avez pris une si glorieuse part.
Croyez, messieurs, que nous vous avons suivis, par la pensée, dans les marches que vous avez faites dans les prairies, par des chemins impraticables, dans les périls incessants qui vous environnaient de tous côtés, dans vos engagements avec l'ennemi, que vous avez su combattre et vaincre, nous vous avons suivis dans toutes ces circonstances avec le plus grand intérêt.
Nous avons constaté avec une joie indicible, qu'au plus fort du danger, vous avez noblement rempli votre devoir, que les balles meurtrières des Indiens n'ont point fait fléchir votre courage un seul instant.
Nous désirerions beaucoup assister à, la grande démonstration que vos amis de Montréal préparent pour votre arrivée, ce sera simplement splendide, comme il s'en est rarement vu; mais s'il nous est impossible d'y assister, du moins, nous pouvons nous joindre à eux pour vous dire de tout notre coeur. Honneur! à vous tous, messieurs, du 65ème.
Le Canada est content de vous! il a le droit d'être fier de posséder de tels soldats pour le défendre en tous temps et à quelque place que ce soit!
Honneur! encore à vos chers camarades blessés! Ah! puissiez-vous vivre assez longtemps pour montrer à vos enfants et petits enfants les cicatrices des blessures que vous avez reçues au service de votre pays, et enflammer leur jeune coeur du feu de votre amour, patriotique!
Stephen Fournier, J. H. Dickson, Thomas Morton, F. A. Ouellet, Frs. Thompson, Jos. Anctil, J. L. Michaud, J. B. Francoeur, A. Simard, A. Lemieux.
Le colonel Ouimet remercie ces excellents amis en quelques mots. Les instants sont précieux. On doit arriver à Montréal à, heure fixe, la cloche sonne, le train part. Adieu! Hourra! Hourra!
A OTTAWA.
L'heure matinale de l'arrivée du 65ème--il était cinq heures et demie--a empêché une démonstration populaire; cependant, le maire, les échevins, les membres du parlement, des employés du gouvernement et nombre de militaires se sont rendus à la gare, où Son Honneur le maire McDougall a souhaité la bienvenue au 65ème en ces termes:
Aux officiers, sous-officiers et aux volontaires du 65ème Bataillon, soldats de l'année du Canada.
Au nom des citoyens du Canada je vous offre la bienvenue la plus cordiale et la plus chaleureuse à votre retour de la campagne du Nord-Ouest.
Les citoyens d'Ottawa, avec le peuple du Canada, en général, ont vu avec admiration et orgueil la manière noble et l'élan avec lequel les volontaires du Canada ont répondu à l'appel de leur pays de prendre les armes. L'histoire peut montrer quelque chose d'analogue, mais les pages de l'histoire ne montrent pas d'exemple d'un patriotisme plus grand.
Les membres du 65ème bataillon ont droit de se féliciter qu'en temps de service actif ils ont acquis pour leur pays un prestige qui lui donne une place honorable parmi les peuples qui ont compté sur eux-mêmes et leur héroïsme pour la défense de leurs droits.
Je vous fait maintenant mes adieux et vous souhaite un heureux retour dans vos familles. J'espère que de sitôt vous ne serez pas appelés à marcher dans les sentiers de la guerre.
Ottawa, juillet 20, 1885.
MM. P. LETT, Greffier de la cité.
F. McDougall, Maire.
La musique du 65ème, qui est allée au devant du bataillon, est là et jette au vent ses joyeux accords.
Mais le morceau ne peut finir, on se reconnaît, on s'appelle, on se serre la main, on demande des nouvelles de là-bas. Les musiciens montent dans le train et on se prépare à continuer la route.
C'est la dernière grande étape; le sifflet de la locomotive se fait entendre.
Trois hourrahs, suivis de trois et six autres, acclamèrent encore nos braves jeunes gens.
Enfin, ils vont arriver; ils vont revoir les parental, la bonne mère, les soeurs, les frères, les amis qui les attendent.
A SAINT-MARTIN.
A peine le train entre-t-il en gare que plusieurs citoyens, de Montréal, parmi lesquels nous avons remarqué M, Arthur Dansereau, l'honorable E. Thibaudeau, M. C. A. Corneiller, l'échevin Mount et autres, montent dans le train et viennent serrer la main aux officiers et aux amis du bataillon.
L'honorable E. Thibaudeau et M. A. Dansereau présentent au colonel Ouimet un magnifique bouquet de rosés et de lys.
Le maire de Saint-Martin s'avance à son tour et lit cette adresse au colonel:
Présentée au 65ème bataillon à son passage à la Jonction de Saint-Martin, au retour de son expédition au Nord-Ouest.
Vaillant colonel et braves soldats,
Si jamais, nous, citoyens de Saint-Martin, avons été fiers et joyeux de recevoir des amis c'est bien aujourd'hui. Aussi, est-ce de toute l'effusion de nos coeurs que nous vous disons: soyez les bienvenus; soyez les bienvenus, parce que à l'aide de votre bravoure, de votre courage, et surtout de votre sagesse que vous avez déployé dans cette expédition, vous nous avez convaincus que notre pays et notre nationalité continueront de se fortifier et de se développer comme par le passé. Vous nous avez convaincus que vous étiez les vaillants descendants de Salaberry, et des héros des Plaines d'Abraham et de Carillon.
Vaillant colonel et braves soldats, pendant que vous étiez là-bas exposés aux misères des camps et à des dangers imminents, nous étions dans l'anxiété et nous anticipions les événements tant nous avions à coeur votre retour au milieu de nous. Enfin, vous voilà revenus sains et saufs pour le plus grand nombre, ne laissant que quelques pertes précieuses à déplorer. Et ce qui, nous fait plaisir c'est que le bataillon, emporte avec lui les sympathies et l'estime de ceux que, là-bas, vous avez contribué à faire rentrer dans le devoir.
Et voua, vaillant colonel en particulier, votre esprit de justice noua a concilié l'estime des habitants du Nord-Ouest en adoptant des procédés que tout homme juste doit approuver. Nous avons admiré votre conduite quand vous avez établi à Edmonton une garde composée de Métis.
Comme vous nous pensons que ces hommes peuvent remplir dans leur pays des charges, tout aussi bien que tout étranger qui nous arrive de l'autre côté de l'océan. Peut-être que si ces procédés avaient été suivis plus tôt par d'autres fonctionnaires publics, nous n'aurions pas aujourd'hui tant de désastres à déplorer.
Dans les temps difficiles que nous traversons nous sommes heureux de rencontrer des hommes forts et courageux pour sauver la barque fragile de notre nationalité. Ainsi recevez donc nos éloges les plus sincères, ils partent de coeurs vraiment généreux. Ce que nous, citoyens de Saint-Martin, vous disons, tout le pays vous le dit. Vous avez mérité beaucoup de la patrie et nous ne cesserons de vous féliciter.
LES CITOYENS DE SAINT-MARTIN.
On passa le pont, on entrevoit au loin les contours de la montagne, à gauche le joli village du Sault; à droite les cloches de l'église Saint-Laurent, on reconnaît les maisons, les champs, etc.
La locomotive file toujours.
De temps à autre, un hourra se fait entendre, c'est un brave homme, une bonne femme, un enfant, qui, le chapeau ou le mouchoir à la main, nous envoie la bienvenue.
On passa Hochelaga, on est à Montréal, on approche du but. Les vivats, les cris de joie, les acclamations deviennent plus nourris, on voit des groupes aux fenêtres, sur les portes, sur la rive, cela prend du corps, les groupes deviennent foule et nos braves soldats penchés aux fenêtres des wagons, étonnés, émus de ces manifestations se regardent et se demandent ce qui les attend encore.
En passant près du parc Mount, des acclamations enthousiastes saluent le train au passage, maintenant chaque éminence, chaque fenêtre est occupée.
La musique du 65ème entonne la marche triomphale composée spécialement pour cette occasion.
Au loin un murmure qui se change bientôt en grondement se fait entendre et quand enfin on dépasse le signal qui se trouve près du fleuve et que le train entre en gare, c'est une explosion, un éclat de tonnerre qui se fait entendre.
A MONTREAL
Il est dix heures précises.
Vingt mille voix jettent un cri formidable:
--Hourra! Hourra!
--Vive le 65ème!
Le canon tonne, au loin les cris redoublent, augmentent et se succèdent pour se décupler encore.
Le train s'arrête, la foule serrée; comprimée, écrasée se rue en avant et escalade les chars.
Les mouchoirs s'agitent, toutes les têtes se découvrent.
--Salut aux braves!
Un détachement de trente hommes de police est impuissant à réprimer le mouvement.
De l'ordre? Ah, bien oui, on s'occupe bien de cela, on veut les voir, les toucher, leur serrer la main.
Les braves colonels des bataillons de Montréal sont entraînés, poussés, bousculés.
"Tant pis! excusez mon colonel!" on donne un coup d'épaule, il faut avancer quand même.
Le maire Beaugrand, toutes décorations dehors, le collier au cou, essaie de se frayer un passage et parvient enfin jusqu'au colonel Ouimet, qui serré de tous côtés et escorté des majors Hughes et Dugas, ne peut avancer ni reculer.
Le maire leur serre la main, leur souhaite la bienvenue et va pour parler quand le capitaine Des Rivières qui est arrivé lui aussi jusque là, Dieu sait par quel miracle, se jette dans les bras du colonel et du major et leur étreint les mains à les briser.
Chaque officier qui descend est tiré par les bras, par les épaules, par les pans de son dolman.
"Bonjour, salut, comment ça va; bravo, hourra vive le 65ème!"
On ne s'entend plus, on ne se voit plus; tout le monde parle, chante, crie. C'est splendide!
Les poussées continuent, les soldats ne peuvent sortir des chars, on les tire par les bras, on voudrait les faire sortir par les fenêtres.
Et les crie recommencent et les acclamations deviennent de plus en plus vigoureuses.
Pendant que le maire, les échevins, les colonels et les officiers viennent serrer la main à leurs collègues, on a fait un peu de place sur les quais de débarquement, les wagons se vident, voilà les soldats!
Bronzés, noirs, fatigués, déguenillés, la figure abîmée, les yeux rouges, les cheveux négligés, la barbe inculte, pantalons déchirés, tuniques en lambeaux, coiffés qui d'un chapeau, qui d'une casquette, les chaussures rapiécées, gibernes cousues avec des ficelles................ .........natures magnifiques, en un mot de beaux soldats aux traits mâles, durs, énergiques, vigoureux.
Voilà les soldats du 65ème après une campagne de, trois mois et demi, après avoir marché dans la neige, dans la boue, dans l'eau, dans le sable, dans la poussière, sous la pluie, la neige et le soleil!
Voilà nos braves volontaires après avoir fait des marches forcées de trente, trente-cinq et trente-huit milles en une journée!
Voilà nos amis après avoir souffert du froid, de la faim et de la chaleur.
Voilà nos Canadiens-Français après avoir vu le feu, tels qu'ils étaient avant le soir de la bataille et qu'on croit voir noirs de poudre et de poussière.
Chapeau bas! Salut aux braves!
LES ANCIENS MEMBRES DU 65e BATAILLON.
Le capitaine DesRivières haussant la voix autant qu'il le peut pour se faire entendre au-dessus des grondements de la foule, lit enfin les lignes qui suivent:
Au lieutenant-colonel J. A, Ouimet, commandant le 65e bataillon, C. M. R., aux officiers et soldats du 65e bataillon, C. M. R.
Messieurs,
Les soussigné, anciens officiers, sons-officiers et soldats du 65e bataillon, C. M. R., mus par un sentiment de joie de vous voir revenir dans vos foyers, après une campagne rude et pénible, viennent vous souhaiter la bienvenue, et vous exprimer en même temps leur admiration pour le courage, l'énergie et les qualités essentiellement militaires dont vous avez donné tant de preuves dans la guerre du Nord-Ouest.
Tous avez mérité la reconnaissance du pays entier, en contribuant dans une large part & faire respecter la loi et à rétablir l'ordre troublé.
Mous n'ignorons pas que ce n'a été qu'au prix de grands sacrifices personnels, de privations de toutes sortes, de marches longues et pénibles, et même au pris de votre sang que vous avez assuré la tranquillité du pays.
Vous avez montré sur le champ de bataille le sang-froid, la valeur qui distinguent de vieux soldats aguerris.
Vous êtes bien les descendants des héros de la Monongahéla, de Carillon et de Châteaugay!
Les annales conserveront le souvenir des travaux accomplis et des succès remportés par le 65e bataillon Carabiniers Mont-Royaux.
Vous avez attaché un tel prestige au bataillon que l'honneur d'y appartenir rejaillit sur ceux qui y ont appartenu, et nous, vos amis, vos anciens compagnons d'armes, pouvons dire avec orgueil: "Nous avons été au 65ème."
Vous avez fait honneur à votre race! vous êtes les bienvenus.
Puissiez-vous trouver dans le sein de vos familles le repos que vous avez si bien mérité. Salut, honneur, reconnaissance au 65ème.
Montréal, juillet, 1885.
(Signatures)
E. DesRivières, Armand Beaudry, L. E. N. Pratte, Horace Pépin, A. Renaud, P. J. Bédard, A. Bryer, L. N. Paré, A. Simard, E. Globensky, G. Faille, J. H. Salameau, A. Lussier, Joseph Pelletier, H. Viger, E. D. Collerette, J. A. Dorval, C. A. Bourgeois, M.E. Dymbumer, Henri Morin, Flavien J, Granger, J. Arthur Tessier, Albert Béliveau, A. Sumbler, Adolphe Grenier, Napoléon Leduc, Pierre E. Drouin. George N. Watie, G. L. A. Beaudet, J. B. Emond; E. G. Phaneuf, Frs Corbeille, C. A. Giroux, G. S. Malepart, Philippe Gareau, Roméo LaFontaine, J. Edouard LaFontaine, Wilfrid Lortie, Ephrem Chalifoux, Auguste Lavoie, Napoléon Lefebvre, Aimé Grothé, Ernest Neveu, J. A. Dazé, Arthur Nay, Philippe LeBel, D. Payette, Pierre Villeneuve, Camille Nourrie, J. E. Marois, Joseph Pelletier, Joseph Pouliot, Charles Boy, Elie Duchesne, Adolphe Lecault, Charles Brunelle, Joseph Lagacé, Alexis Gauthier, Séraphin Laroche, Eug. Beaudry, J. A. Boudrias, J. W. Bacon, Emile A. Lorimier, Edmond Daller, E. Trestler, N. Millette, E. Dansereau, D. Maypenholder, Louis Houle, Alfred Bertrand, Georges Cadieux, Georges Giroux, Jean-Baptiste Dubois, Omer Fontaine, Napoléon Leclerc, Léon Gagnon, Louis Gauthier, Charles Deslauriers, Charles Berger, Alfred Bernier, Frédéric Guillette, O. Boyer, J. N. A. Beaudry, P. A. Beaudry, Charles Blanchard, Ernest Gadbois, Gustave A. Leblanc Alfred Labbé, George Lesage, Adolphe Lefebvre, O. Corriveau, A. N. Brodeur, J. B. L. Précourt, Albert Leduc, Edouard Villeneuve, J. E. A. Dubord, Alex Scott, P. A. Boivin, Joseph Hurtubise, Arthur Quevillon, Chs Alex Merrill, Israël Marion, Moïse Raymond, A. B. Brault, J. Z. Resther, E, N. Lanthier, Arthur Labelle, J. Bte. Métivier, W. Maynard, Horace Normandin, E. Hébert, J. R. Saint-Michel, J. E, Decelles, Aug. S. Mackay, J. B. Labelle, H. A. Cholette, L. P. Trudel, J. C. Moquin, J. C. Dupuis Ï. J. R. Hubert, Adolphe Lupien, R. Resther, Joseph Ross, Napoléon Melançon, Alfred Desnoyers, C. E. Stanton.
Tous les vétérans du 65e, portant le _helmet_ blanc et le ruban à la boutonnière, sont rangés en bataille sur le quai, capitaines, lieutenants, sergents et caporaux à leur rang, comme au temps où ils portaient l'uniforme.
Ces vétérans avec leur teint frais et rosé et leurs joues pleines semblent des jeunes gens à côté des volontaires qui reviennent du Nord-Ouest.
Le colonel Ouimet répond brièvement et conseille aux vétérans de former un double bataillon, comme cela se fait à Toronto pour les Queen's Own.
"J'accepte vos compliments, mes amis, dit-il, en ma qualité de colonel du 65e. Les éloges que vous adressez à mes soldats sont mérités, et il suffit, pour s'en convaincre, de lire les rapports du général Strange."
Ces paroles sont reçues par des hourras et des "vive le 65e!"
LE DÉFILÉ
Les commandements se font entendre et enfin on se met en marche, les vétérans en avant, la musique du 65e, le colonel Ouimet escorté des officiers délégués de tous les autres régiments, et enfin le bataillon.
En haut de la rue des Casernes, attend la tête de la colonne qui se compose ainsi:
Une section d'artillerie, deux pièces de canon, trente hommes et quatre officiers, le 85ème bataillon, les officiers et sergents du Prince of Wales, un détachement du 6ème Fusiliers, un détachement des Royal Scotts, les vétérans du 65e, les membres fondateurs du bataillon, la musique de la Cité, les officiers de la brigade militaire et le bataillon.
Le passage était littéralement bloqué, l'enthousiasme ne se ralentissait pas et les bravos étaient ininterrompus: "Il y avait peut-être un plus grand déploiement de richesse à Paris, lors du retour des soldats de Crimée," nous disait un Français, "mais certainement que la réception n'était pas plus cordiale, ni l'enthousiasme plus grand."
Lemay et Lafrenière, les deux blessés, avaient pris place dans une superbe voiture. Inutile de dire qu'ils ont été l'objet d'une ovation. Les dames leur lancèrent tellement de bouquets, que la voiture en étaient remplie.