Cent Vingt Jours De Service Actif Recit Historique Tres Complet
Chapter 5
Que la nuit parut longue aux soldats épuisés par les fatigues de la veille et incapables de dormir! On passe la nuit à la belle étoile sans couverte ni capote. Vers le matin quelques chariots arrivent. A trois heures on se met en rangs et tous prennent à la hâte un déjeuner des plus modestes. Quelques minutes plus tard la colonne s'est mise en marche et rencontre l'ennemi dans une position fortement retranchée, sur une éminence rendue presqu'inapprochable par un ravin profond qui la sépare des volontaires. Le général ordonne au 65e de descendre en tirailleurs dans ce ravin, pendant que l'on installe le canon sur la côte, opposée. Plusieurs détonations retentissent à la fois du côté des Sauvages; mais pas un homme ne bronche, pas une seule balle n'avait atteint son but. Les volontaires, en ce moment, descendent la côte au pas de charge et, malgré la terrible solennité du moment, trouvent encore un bon mot pour égayer les moins philosophes le long de la route. En effet le spectacle est imposant! Cent jeunes soldats, la fleur de la jeunesse montréalaise, se précipitant de coeur joie au milieu des balles ennemies, qu'une main divine peut seule faire dévier de leur route; derrière chaque compagnie, le capitaine devenu sérieux, comprenant toute l'importance de sa charge, toute la responsabilité que lui impose sa position; un peu plus loin, le révérend aumônier, revêtu du surplis blanc, la sainte étole au cou et prêt à administrer les derniers sacrements de la sainte Eglise. Le révérend Père attend avec calme l'heure de remplir son devoir et jette de tous côtés un regard inquiet. Tout à coup, au milieu de la fumée, il distingue le brave Lemay qui tombe frappé à la poitrine. En un clin d'oeil il est auprès de lui ainsi que l'ambulancier Marc Prieur. On relève le malheureux blessé et le prêtre lui donne les saintes huiles. Puis on le transporte dans la voiture d'ambulance. Le chirurgien-major est déjà près de lui et lui donne ses soins. On fend la chemise de Lemay et, au premier coup d'oeil, la blessure parait mortelle. La balle a passé si près du coeur qu'au premier abord on a quelques doutes sur la possibilité d'une guérison. L'hémorragie se produit et bientôt toute la figure et les habits de Lemay sont couverts du sang qui lui sort par la bouche. On a à peine donné les soins à Lemay, qu'un autre ambulancier, aidé du général Strange en personne, apporte Marcotte et le dépose à côté de Lemay dans le waggon d'ambulance. La plaie n'est pas si dangereuse que celle de Lemay, la balle ayant frappé Marcotte à l'épaule. Le premier coup de feu fut tiré à ou vers six heures et demie du matin et vers neuf heures et demie la fusillade avait cessé.
Voyant que l'ennemi était de beaucoup supérieur en nombre et que sa position était imprenable, le général ordonna la retraite qui se fit dans le plus grand ordre. Dans toute cette affaire le 65e n'a pas été ménagé; en se rendant au combat il était à l'avant-garde et dans la retraite il formait l'arrière-garde. Vers midi le 65e s'arrête sur une hauteur, où il se retranche fortement. Le général part avec le transport de fourgons et ordonne au 65e de se rendre à bord du Ëig Bear. On se remet donc en route; mais en descendant la colline qui borde la rive on s'aperçoit que le bateau n'y est plus. On fut donc obligé de continuer par terre et il était sept heures et demie du soir quand la première compagnie arriva à Fort Pitt. Le lieutenant Mackay y était arrivé pendant la journée avec ses hommes et une compagnie de l'Infanterie Légère de Winnipeg.
On ne peut guère se figurer la fatigue des soldats après les événements de cette journée. Pas un n'avait dormi de toute la nuit précédente; on était parti pour le champ de bataille sans avoir à peine déjeuné; l'on était resté trois heures sous le feu, puis il avait fallu revenir à pied au Fort, une distance de onze milles. Aussi chacun goûta-t-il avec délices le repas qui fut servi au Fort et la nuit de repos qui le suivit.
Voici les noms de ceux du 65e qui ont pris part à la bataille de la Butte aux Français:
Lt.-col. Hughes, major Prévost, major Robert, adj. Starnes, Dr. Paré, l'abbé Provost, l'instructeur Labranche. Comp. No. 3: Capt. E. Bauset, Lt. F. Ostell, sergents N. Gauvreau, J. B. Dussault, A. Beaudin, caporaux, Browning, L'espérance. Soldats: J. Marcotte. J. Deslauriers, Eug. Maillet, E. Brais, A. Brais, E. Soulière, Alp. Mérino, U. Viau, Jos. Gaudet, Marc Prieur, ambulancier, Ed. Houle, Jos. Desglandon, Alb. Sauriol, H. Chartrand, Alex Martin, P. Sarrasin, A. Laviolette, A. Gagnon, Alf. Boisvert, Alex Riché. Comp. No. 4: Capt. A. Roy, Lt. Hébert, sergents G. Labelle, Houle, P. Valiquette, caporaux R. Vallée, Pouliot, E. Barry. Soldats: Ephrem Lemay, Ant. Mousette, G. Tessier, F. Carli, J. Martineau, B. Rodier, N. Beaulne, A. Fafard, F. X. Pouliot, D. Traversé, Alp. Dumont, S. Gascon, J. Roy, A. Labelle, X. Lortie, C. Gravel, Jos. Paquette, P. Dufresne, G. Grenier, ambulancier, clairon Descastiau. Comp. No. 5: sergents D'Amour, Bennet. Soldats: Valois, Desroches, Despatie, Jutras, Beauchamp, L. Leduc, Jos. Dagenais, Tellier, Gauvreau, Jos. Morin, Marceau, W. Rowarty, clairon, T. Robichaud. Comp. No. 6 à la charge du canon: sergent Lapierre. Soldats: L. Rose, G. Clairmont, A. Bertrand, O. Bertrand, E. Chalifoux, X. Larin, Jos. Lavoie, H. Langlois, D. Dansereau, H. O. Rochon, E. Allard, N. Doucet.
La journée qui suivit fut donnée entièrement au repos et chacun flâna de son mieux. Dans l'après-midi, Borrodaile et Scott, les deux courriers qui étaient allés à Battleford, arrivent au camp et annoncent la soumission de Poundmaker, La nuit s'écoule silencieuse.
CHAPITRE IV.
A LA POURSUITE DE GROS-OURS.
30 de mai.--Vers neuf heures et demie du matin, tous les préparatifs étant terminés, le bataillon reçoit ordre de partir immédiatement. Chaque homme a trente livres de bagage, et chaque compagnie n'a que deux voilures pour son bagage, etc. Tout le monde est donc obligé de marcher. Il était midi et quinze minutes quand on arrêta pour le dîner; on était rendu à un endroit très-près de celui où l'on s'était battu l'avant-veille. Vers les deux heures on reprit la marche et, après environ huit milles, on monta le camp.
31 de mai.--La nuit fut très-silencieuse. Il plut tout le temps et la pluie continua toute la journée. Dans le cours de l'après-midi le major Perry arriva au camp. Il avait rempli sa mission à Battleford et était revenu jusqu'à Fort Pitt à bord de _l'Alberta_.
1er de juin.--Réveil à quatre heures; déjeuner une heure plus tard. Ayant appris que Gros-Ours s'était de nouveau mis en route pour le nord, le Général ordonne au 65e de continuer au plus tôt sa poursuite. A une heure et demie a.m., le camp est levé et le bataillon se met en marche. Il fait mauvais.
En route, l'on traversa le camp fortifié des Sauvages.
Ils l'avaient laissé en toute hâte, abandonnant en arrière une cinquantaine de caissons, une centaine de charrettes, une quantité énorme de fourrures et de provisions, en un mot, presque tout le butin qu'ils avaient pris à Fort Pitt. On retrouva dans ce camp un billet de McLean, nous indiquant la direction que prenaient les Sauvages dans leur fuite. On campa cette nuit-ci sur le rivage. Vers les onze heures du soir, des prisonniers qui s'étaient échappés de Gros-Ours, arrivèrent au Camp au nombre de trois. Ces derniers donnèrent toutes sortes de renseignements au général.
2 de juin.--De bonne heure ce matin une des femmes prisonnières de Gros-Ours arrive au camp. Elle corrobore le témoignage des prisonniers recueillis la veille et déclare que les prisonniers ont été comparativement bien traités, et que les prisonnières n'ont pas encore été violées. Vers les dix heures et demie du matin, le général Middleton arrive accompagné de son état-major, de deux cents cavaliers et d'un fort détachement d'infanterie des Midland, du 90e et des Grenadiers Royaux. Il fallait attendre les événements avant de prendre aucun parti, et toute la journée s'est passée à rien faire. Vers le soir le ciel se couvre de nuages menaçants.
3 de juin.--De bonne heure, le major Robert s'éloigne à bord de _l'Alberta_, dans la direction de Fort Pitt, d'où il doit se rendre jusqu'à l'hôpital de Battleford. Les blessés Lemay et Marcotte sont à bord du même bateau. Le soldat Isidore Gauthier qui souffrait du rhumatisme obtint la permission d'accompagner les blessés à Battleford et les assista tout le temps de leurs souffrances avec une patience digne, d'éloges. Le caporal Lafrenière qui venait de se blesser à la jambe avec un petit pistolet qu'il portait sur lui, fut aussi expédié à Battleford, où il passa le reste de la campagne. Quelques heures plus tard, au nombre des ordres du jour, on lut au bataillon celui de son retour à Fort Pitt, pour attendre en ce dernier endroit l'ordre du départ pour Montréal. Cependant la joie que causa la lecture de cet ordre ne fut pas de longue durée. Dans l'après-midi un contr'ordre fut lu disant aux troupes de se rendre au Lac à l'Oignon. Le départ eut lieu vers les trois heures. Il faisait un temps des plus mauvais. On marcha quelques milles à travers des marais où les soldats enfonçaient jusqu'à la ceinture. Il était cinq heures et demie a.m. quand on s'arrêta pour camper. L'endroit choisi à cette fin était très joli. Figurez-vous, une colline quelque peu élevée au pied de laquelle un lac sans nom roule placidement ses eaux.
4 de juin,--Réveil à quatre heures et demie a.m. Les soldats se mettent en rangs d'assez mauvaise humeur, et la marche commence malgré que personne n'ait, pris une bouchée depuis la veille. Il est une heure de l'après-midi quand, après avoir voyagé par des chemins impossibles, l'on arrête pour le repas du midi qui est aujourd'hui le premier de la journée. Dans l'après-midi le voyage se continue à travers les mêmes chemins. Le paysage varie peu. Ici un lac, là une rivière, à travers lesquels la .plaine s'allonge en souveraine. Quand l'on campa, le soir, on avait fait vingt-cinq milles presque au pas de course. Aussi les soldats ont-ils souffert énormément. Plusieurs avaient les pieds tout en sang; cependant personne ne murmura.
5 de juin.--Pendant la nuit, une compagnie d'infanterie légère de Winnipeg arrive au camp. De deux heures et demie à cinq heures du matin, il fait un orage épouvantable; tonnerre, éclairs, rien n'y manque. Vers les sept heures, le départ sonne. Après trois heures et demie de marche à travers des chemins impraticables, la première colonne arrive au Lac aux Grenouilles. A peine arrivés, quelques soldats, mettant de côté la fatigue du matin, se dirigent vers la scène des massacres et y trouvent. quatre cadavres. Le fait ayant été rapporté au général, une escouade de la compagnie No. 3 est chargée de les enterrer. Certains indices portent à croire que ce sont les corps de Quinn et Gouin; de même que les autres victimes de la sinistre journée du 3 avril, ils sont à demi carbonisés et n'ont plus de forme humaine. Ce triste devoir ayant été rempli, le clairon sonne le départ. Le paysage aux alentours du Lac aux Grenouilles est magnifique. La marche se continue pendant l'après-midi. Le temps et les chemins sont des plus mauvais. Les soldats arrivent au camp épuisés de fatigue et ne sont pas lents à se reposer.
6 de juin.--La nuit a été belle. A six heures et demie dû matin, l'on se remet en route. Après quatre heures de marche on fait la halte ordinaire pour le repas du midi. Le temps se continue beau. Vers les trois heures de l'après-midi la marche se reprend et se continue jusqu'à six heures. Au lieu de faire monter les tentes, les officiers distribuent à chaque soldat sa ration pour deux jours et, ces derniers l'ayant mis dans leurs sacs à pain, la route se continue. Il fait assez clair, mais les chemins sont plus impraticables que jamais. Ce n'est plus qu'une suite de _swamps_ ou marais profonds et interminables, où l'on patauge dans l'eau jusqu'à la ceinture, sur une distance de deux cents verges. Pour comble de désagrément, l'affût du canon se trouve embourbé, et, les chevaux n'y pouvant plus rien, tous mettent la main au câble, quelques-uns l'épaule à la roue et, à force de travail et de misère, on réussit à conserver le canon que les soldats anglais de Winnipeg étaient disposés à sacrifier plutôt que de faire le travail herculéen dont le 65e s'acquitte avec bonne humeur. Le dévouement du 65e en cette circonstance, pour sauver, le canon, lui a valu de la part des Anglais le sobriquet de "crocodiles". Il était onze heures et demie a.m. quand on se coucha autour des feux du bivouac et sans abri.
7 de juin.--La nuit parut longue et triste. Après les fatigues de la veille on se trouva sans couverte ni capote. Chacun s'étendit du mieux qu'il pût autour d'un bon feu, au risque de se réveiller les cheveux brûlés et les pieds gelés. Quand l'on se réveilla, presque tous les habits étaient couverts de frimas. Le déjeuner servit bien à ramener la gaieté dans les esprits; il se composait de biscuits durs, viande en boîte et d'eau. La marche se continue encore aujourd'hui. Le paysage est loin d'être, beau et, en vérité, il, faudrait qu'il le fût extraordinairement pour faire oublier aux soldats leurs souffrances physiques. Triste procession de la Fête-Dieu! On dirait plutôt une troupe de pieux pèlerins, tous se dirigeant à travers un pays inconnu, vers un lieu plus inconnu encore. Vers midi l'on fait la halte et les tentes sont montées. Ou croyait trouver ici quantité de fleur et d'avoine et il n'y a qu'une vingtaine de sacs de farine. On annonça aux soldats que la fin de la campagne n'était pas éloignée, il ne fallait rien moins que cela pour relever le courage des troupes. Tous les coeurs tressaillent d'allégresse à cette seule nouvelle. Le reste de la journée est donné au repos. Le même jour, la garnison du 65e, laissée à Fort Pitt, quittait cet endroit pour rejoindre leurs frères. Le Lt.-Col. Williams et une partie des Midland l'accompagnent. Ce détachement campe au Lac aux Grenouilles et élève une seconde croix à la mémoire des martyrs, à quelques arpents de la première.
8 de juin.--Le beau temps continue. De bonne heure l'on se remet en route. L'on arrête vers midi à la mission indienne de la Rivière aux Castors, puis on va camper à quelques milles de là, au milieu d'un bois. Cet endroit est parfaitement caché de tous côtés, et s'appelle la "Fuite de l'Ours." Ici doit-on rester Dieu sait combien de temps; c'est l'avant poste de l'armée. Jamais endroit ne fut plus propre à se dérober à la vue de l'ennemi et, cependant, on n'y avait pas été une demi-heure, qu'une bande innombrable d'ennemis inattendus fondit sur les soldats épuisés de fatigue: c'étaient les maringouins! Ils s'étaient rendus par centaines, infatigables, insatiables, attaquant sans relâche. Il n'y a pas d'autre moyen de s'en défendre que de se renfermer sous les tentes et de s'y enfumer comme des jambons. Pour sortir, on s'enveloppe la tête avec de la mousseline et l'on se couvre les mains de gants épais.
9 de juin.--Beau temps. Les maringouins ont cessé les hostilités pendant l'avant-midi, mais reviennent à la charge avec plus d'ardeur que jamais dans l'après-midi. Il fallut s'enfermer de nouveau. Le père Legoff, qui est missionnaire parmi les Montagnais depuis dix-huit ans déjà, et qui s'est échappé du camp de Gros-Ours où il était prisonnier depuis deux mois, ayant réussi à persuader ses Sauvages de se séparer de Gros Ours, vient nous voir; il est reçu à bras ouverts surtout par le Père Provost auquel il remet la croix du Père Fafard toute maculée du sang de ce martyr et aussi d'autres reliques. Il se rend auprès du Général pour intercéder pour ses ouailles.
10 de juin.--Farniente. Beau temps chaud. Le général envoie le père Legoff et le père Provost auprès des Montagnais avec l'ultimatum suivant: "Soyez au camp demain à midi ou je brûle tous vos établissements et je vous chasse." Dans la soirée les maringouins reviennent avec du renfort, on redevient jambons.
11 de juin.--Rien d'extraordinaire aujourd'hui, à part l'arrivée du Capt. Giroux avec sa compagnie. Le Lt.-Col. Williams était retourné au Lac aux Grenouilles sur l'ordre du Général. Encore les moustiques!
12 de juin.--La nuit a été très-fraîche. Les Montagnais viennent trouver le général et se livrent à lui. Moustiques! Moustiques!
13 de juin.--Beau temps frais. Un petit orage vient de temps à autre varier l'uniformité de la température. Le général envoie un détachement de l'Infanterie Légère de Winnipeg, fort de cent hommes, intercepter la route de Gros-Ours.
14 de juin.--Même température que la veille. On eut la messe vers les sept heures. Dans l'après-midi, quelques officiers vont visiter le camp des Sauvages. Un triste spectacle s'offrit à leur vue. Dénués de tout, le corps à peine vêtu de quelques haillons ramassés un peu partout et formant un assemblage de costumes les plus bizarres, les malheureux Montagnais étaient étendus sous leurs tentes usées et déchirées. Jamais pauvreté plus abjecte n'habita plus misérable abri. Les officiers revinrent au camp tout pensifs, songeant aux milliers de familles éparses dans la vaste plaine dont la misère trouvait un tableau dans celle des pauvres malheureux qu'ils venaient de visiter.
15 de juin.--La nuit fut très-froide. Quand le réveil sonna le matin, on fut quelque peu surpris de voir les tentes entourées d'une épaisse couche de neige; le lac situé près du camp était lui-même couvert d'une couche de glace d'un quart de pouce d'épaisseur. Le colonel Smith quitta le camp, accompagné de cent hommes de l'Infanterie Légère de Winnipeg, pour des régions inconnues. Dans le cours de l'après-midi le général Middleton arriva accompagné de son état-major et en commandement de renforts considérables. Ils ont avec eux un canon _gatling_.
16 de juin.--Beau temps. Les maringouins se font encore sentir.
17 de juin.--Le beau temps continue, les maringouins ditto. Le capitaine Giroux part pour Montréal.
18 de juin.--Aucun changement dans la température. Plusieurs officiers et soldats vont se baigner dans la rivière aux Castors.
19 de juin.--Temps frais. On apporte au camp la nouvelle que quelques Cris des Bois sont au lac des Iles avec la famille McLean qu'ils se déclarent prêts à rendre. Le général envoie deux Chippewayens accompagnés de l'éclaireur Mackay pour aller chercher les prisonniers.
20 de juin.--La nuit a été très-froide et peu de soldats ont bien dormi. Au lever, il y avait une petite gelée blanche de près de deux pouces d'épaisseur. Le camp est levé et l'on retourne coucher aux quartiers-généraux.
21 de juin.--Beau temps. Messe à huit heures. Dans l'après-midi, il commence à circuler des rumeurs quant au prochain départ des troupes.
22 de juin.--On doute de l'exactitude des rapports quant au renvoi prochain des forces militaires du Nord-Ouest. Le temps se continue beau.
23 de juin.--Vers huit heures et demie du soir, l'ordre du départ est lu aux troupes et la date est fixée au lendemain. Quelques-uns ont peine à y croire mais ne refusent pas de se mêler à la réjouissance générale qui est immense.
24 de juin.--Réveil à quatre heures. Le général adresse aux troupes des paroles de félicitation et l'on prend la route du retour à six heures et demie du matin. Il fait une chaleur accablante. La première halte se fait à dix heures et demie de l'avant-midi après dix milles de marche. Dans l'après-midi on parcourt quinze autres milles. Aussitôt après souper on reprend la marche et l'on ne campe qu'à onze heures et demie du soir. On a fait dans cette journée trente-cinq milles.
25 de juin.--Le départ a lieu à neuf heures. L'on marche toute la journée. A sept heures du soir on arrive au rivage où le "North West" attend les troupes; on avait parcouru vingt-cinq milles. Les soldats sont épuisés de fatigue. Les officiers vont coucher à bord, et les soldats restent sous la tente.
26 de juin.--Les soldats montent à bord du bateau vers les huit heures de l'avant-midi. Quelque temps après le général arrive en personne accompagné de son état-major. Il est salué par des hourrahs significatifs. Le reste de la journée est consacré à la flânerie.
27 de juin.--Il est dix heures de l'avant-midi quand le bateau arrive à Fort Pitt. On monte les tentes sur la rive. Réjouissances générales.
28 de juin.--Il fait très-beau. Basse messe eu plein air. On donne un permis général de sortir du camp, et tous vont visiter leurs frères d'armes des autres bataillons.
29 de juin.--Le départ des troupes commence aujourd'hui. Il fait une chaleur accablante.
30 de juin.--Le temps chaud continue.
1er de juillet.--Toute la brigade d'Alberta parade, à sept heures du matin, devant le général Middleton. Ce dernier, après avoir fait l'inspection des différents bataillons, complimente de nouveau les troupes.
2 de juillet.--Il fait beau. Le colonel Ouimet arrive avec le reste du 65e bataillon. Joie indescriptible On reçoit l'ordre de s'embarquer demain à bord de la "Baronness."
CHAPITRE V.
LEMAY ET MARCOTTE.
Arrivé à ce point du récit, l'auteur a cru intéresser spécialement les lecteurs en pariant de la vie que menèrent les deux vaillants blessés du 65e pendant le reste de la campagne.
Le récit de leurs souffrances et de leurs misères commence naturellement du jour où ils sont tombés sur le champ de bataille.
Comme on a pu le voir plus haut, Lemay tomba le premier. Lorsque la balle meurtrière le frappa, il était quelque peu en avant de ses compagnons d'armes. Ceux-ci s'arrêtèrent subitement en le voyant tomber et semblèrent hésiter un moment. Le caporal Grave! fut le premier auprès de lui, et le soldat Marc Prieur, qui était attaché au corps d'ambulance, arriva quelques instants plus tard. En les voyant auprès de leur frère blessé, les soldats continuèrent leur marche. Le chirurgien-major Paré et le révérend aumônier furent bientôt sur les lieux. Pendant que le chirurgien examinait la plaie et pâlissait à la vue de la gravité de la blessure, le digne chapelain administrait les derniers sacrements au Blessé.
Ce ne fut qu'une demi-heure plus tard que l'on apporta une civière pour transporter le pauvre Lemay en dehors du terrain des hostilités. On l'y avait à peine transporté qu'un soldat accourut à la hâte demander un second brancard pour apporter Marcotte qui venait de succomber. Quelques instants plus tard, le soldat Prieur, aidé du gén. Strange lui-même, apportait Marcotte et le plaçait à côté de Lemay. Le chirurgien ordonna aussitôt qu'on mit les deux blessés dans un caisson, n'ayant pas d'autre moyen de transport.