Ceci n'est pas un conte

Chapter 3

Chapter 3588 wordsPublic domain

Aux particularités curieuses qu'il avait recueillies sur Mlle de La Chaux, et qu'il a consignées dans cet écrit, je n'ajouterai qu'un fait, qu'il a omis par oubli et qui mérite d'être conservé; c'est que cette femme si tendre, si passionnée, si intéressante par son extrême sensibilité et par ses malheurs, si digne surtout d'un meilleur sort, avait eu aussi pour amis D'Alembert et l'abbé de Condillac. Elle était en état d'entendre et de juger les ouvrages de ces deux philosophes; elle avait même donné au dernier, dont elle avait lu l'_Essai sur l'origine des connaissances humaines_, le conseil très-sage de revenir sur ses premières pensées, et, pour me servir de son expression, _de commencer par le commencement_; c'est-à-dire de rejeter avec Hobbes l'hypothèse absurde de la distinction des deux substances dans l'homme. J'ose dire que cette vue très-philosophique, cette seule idée de Mlle de La Chaux suppose plus d'étendue, de justesse et de profondeur dans l'esprit, que toute la métaphysique de Condillac, dans laquelle il y a en effet un vice radical et destructeur qui influe sur tout le système, et qui en rend les résultats plus ou moins vagues et incertains. On voit que Mlle de La Chaux l'avait senti; et l'on regrette que Condillac, plus docile aux conseils judicieux de cette femme éclairée et d'une pénétration peu commune, n'ait pas suivi la route qu'elle lui indiquait. Il n'aurait pas semé de tant d'erreurs celle qu'il s'est tracée, et sur laquelle on ne peut que s'égarer avec lui, comme cela arrive tous les jours à ceux qui le prennent pour guide. Voyez, sur ce philosophe, les réflexions préliminaires qui servent d'introduction à son article, dans l'ENCYCLOPÉDIE MÉTHODIQUE, _Dictionnaire de la Philosophie ancienne et moderne_, t. II, et ce que j'en ai dit encore dans mes _Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les ouvrages de Diderot_. (N.)

[3] Antoine de Ricouart, comte d'Hérouville, né à Paris en 1713, est auteur du _Traité des Légions_, qui porte le nom du maréchal de Saxe[4]. Paris, 1757. Il a fourni des Mémoires curieux aux rédacteurs de l'_Encyclopédie_. On voulut le porter au ministère sous Louis XV, mais un mariage _inégal_ l'en fit exclure. Il mourut en 1782. (BR.)

[4] Dans les trois premières éditions seulement. L'ouvrage avait été imprimé d'abord sur une copie communiquée au maréchal, et trouvée dans ses papiers.

[5] Montucla n'avait que trente ans lorsqu'il publia son _Histoire des Mathématiques_. Paris, 1758. Elle a été revue et achevée par Lalande. Paris, 1799-1802. (BR.)

[6] Voir t. 1er, p. 399.

[7] Le Camus (Antoine), qui a laissé après lui d'autres souvenirs de bienfaisance, était né à Paris en 1722.

On lui doit un grand nombre d'ouvrages de médecine et de littérature. Nous citerons seulement: _La Médecine de l'Esprit_, Paris, 1753. _Projet d'anéantir la petite vérole_, 1767. _Médecine pratique rendue plus simple, plus sûre et plus méthodique_, 1769. Plusieurs Mémoires sur différents sujets de médecine. _Abdéker, ou l'Art de conserver la beauté_, 1754-1756. _L'Amour et l'Amitié_, comédie, 1763. _Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé_, traduites du grec de Longus, par Amyot, avec une double traduction, Paris, 1757. Cette nouvelle traduction de Le Camus mérite encore d'être lue après celle que vient de publier M. Courier à Sainte-Pélagie, où il était détenu pour un écrit sur l'acquisition du domaine de Chambord. Paris, 1821. (BR.)

[8] Gardeil est mort le 19 avril 1808, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. On a de lui une _Traduction des OEuvres médicales d'Hippocrate_, sur le texte grec, d'après l'édition de Foës; Toulouse, 1801. (BR.)--C'est à Montpellier qu'il exerçait.

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