Ce Que Vaut Une Femme Traite D Education Morale Et Pratique Des
Chapter 4
Soyons donc, en toutes circonstances, bienveillantes et bonnes; si quelqu'un devant nous cause inconsidérément, laissons parler et cherchons, s'il se peut, des excuses à ceux que l'on critique. Pratiquons envers les autres la tolérance et l'indulgence dont nous-même, peut-être, aurons besoin plus tard. Disons-nous que si telle personne agit mal, nous ignorons dans quelle situation elle s'est trouvée, quelles difficultés elle a rencontrées, et ce qu'à sa place nous eussions fait nous-même. Une femme d'esprit ne trouvera donc aucune raison pour médire, et toutes sortes de raisons pour l'éviter.
Si nous ne sommes pas douée d'un caractère égal et facile, ce sera un grand désagrément pour nous-même et pour notre entourage, mais il ne faut pas pour cela désespérer. En nous observant sans cesse, en nous y appliquant, nous arriverons facilement à nous corriger de ce défaut, ne serait-ce que par amour-propre, pour ne pas donner aux autres le spectacle d'une girouette tournant à tout vent, ne sachant ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle a. Rien ne saurait excuser un changement non motivé dans notre humeur, pas même l'état de notre santé. Notez qu'il est maintenant de très-mauvais ton «d'avoir ses nerfs», c'est ridicule et complètement démodé.
La bonne humeur nous sera d'un grand secours dans les circonstances difficiles de la vie, et nous donnera une grande force d'âme pour en supporter les épreuves. Jeunes filles qui voulez être jolies et qui vous désolez parfois de ne pouvoir vous procurer une vaine parure, il en est une que la nature vous offre, c'est le franc et gai sourire qui est, dit le poète, comme l'épanouissement d'une fleur. Prenez garde de vous laisser aller à faire la _moue_, votre physique n'y gagnerait rien. Nous connaissons des personnes tellement rageuses, toujours mécontentes des autres et d'elles-mêmes, que lorsqu'un sourire vient par hasard s'égarer sur leur physionomie, il fait l'effet d'une grimace. Est-il rien de plus déplaisant qu'une femme acariâtre, revêche, capricieuse, et quel vilain type que celui de pie-grièche!
L'on nous reproche souvent, et non sans raison, d'attacher trop d'importance à notre toilette, et de trop sacrifier pour la parure. Aussi sommes-nous intérieurement bien flattées quand, passant auprès de quelqu'un, nous entendons murmurer discrètement: Voyez cette jeune personne, est-elle charmante? Ce mot résume l'une des aspirations les plus naturelles de la femme: être charmante, que ne ferions-nous pas pour cela, et quel plaisir de l'entendre dire. Mais êtes-vous bien certaine que ce compliment s'adresse seulement à votre toilette? Ce serait vraiment trop de modestie de votre part. L'on vous trouve charmante pour votre tenue soignée et décente, pour votre air souriant, pour l'ensemble de votre personne dont se dégagent l'amabilité, la gaieté, plaisants attributs de la jeunesse. Essayez de vous montrer avec une figure maussade et en parlant durement aux personnes de votre société, vous verrez si vous obtiendrez le même succès. Ainsi donc, si nous n'étions aimable par nature, par devoir ou par raison, il faudrait l'être par cette coquetterie innée chez la femme, par cette assurance que l'amabilité donne plus de grâce et de charme à notre visage que la plus jolie toilette n'en saurait donner à notre corps. Cette qualité rehausse la moindre de nos actions et donne du prix au plus léger service. Elle est indispensable au même titre que la politesse, qui sans elle paraîtrait ou froide ou banale. Il faut la pratiquer à tout âge, dans toutes les positions de fortune, dans toutes les circonstances de la vie. Elle dispose en notre faveur, aide à aplanir bien des difficultés et sert à nous faire aimer, même si nous ne sommes pas jolies et si nous avons cessé d'être jeunes, car elle nous donne l'apparence de la bonté, et il n'y a que la bonté qui puisse faire aimer une vieille femme.
Si à ces qualités nous joignons quelques avantages intellectuels, notre société sera ainsi la plus plaisante et la plus agréable que l'on puisse souhaiter. Notre mari et les autres membres de notre famille n'auront plus pour nous délaisser cette excuse, que nous ne savons rien, que nous sommes incapable de raisonner des questions à l'ordre du jour, qu'en un mot nous ne sommes pas dans le mouvement, et que pour causer et se distraire il faut aller au café. Pour être une femme distinguée, il ne suffit pas d'avoir bonne tournure; si nous ambitionnons ce titre, il faut nous appliquer, dans la mesure du possible, à augmenter nos connaissances, à élever notre niveau intellectuel, de sorte que si quelqu'un des nôtres cause devant nous des grandes questions économiques et sociales qui intéressent tout le monde, il n'ait pas l'air de parler grec. Nous en retirerons des avantages de toutes sortes, d'abord en nous trouvant plus facilement en conformité de vues avec notre mari, ensuite en devenant capable de comprendre et d'apprécier les évolutions et les progrès qui s'accomplissent autour de nous. Il n'est pas nécessaire pour cela d'être savante; l'instruction la plus élémentaire, celle qu'a consacrée l'obtention de notre certificat d'études, y suffit largement, surtout si nous savons l'étendre par la réflexion et d'utiles lectures. Cela ne saurait nuire à l'accomplissement de nos devoirs familiaux; car, de même que l'on peut être une femme charmante sans connaître la chimie et une bonne mère sans rien comprendre aux évolutions des astres, l'on peut être également bonne fille, bonne épouse, bonne mère en s'occupant des choses de l'esprit, et on le sera même d'autant plus que l'intelligence sera mieux cultivée. Car nous devons toujours garder le sentiment de notre dignité; si la nature et plus encore la nécessité font de nous la servante de l'homme, nous ne saurions lui permettre de nous considérer absolument comme une machine à faire la soupe et à raccommoder les chaussettes.
Si donc nos occupations nous laissent quelques instants de loisir, c'est sans contredit à la lecture que nous les emploierons le plus utilement. Gardons-nous de cette littérature frivole, de ces romans plus ou moins stupides qui fausseraient notre esprit, troubleraient notre coeur sans aucun profit pour notre intelligence. Donnons la préférence aux ouvrages sérieux, oeuvres d'auteurs de talent, il n'en manque pas, dont les observations, quelle qu'en soit la nature, serviront de complément à notre instruction, ou aux organes de la presse modérée, qui reflètent le mieux l'opinion du pays et qui nous tiendront au courant de ce qui se fait autour de nous. Tirons aussi de l'oubli où souvent nous les laissons nos livres d'éducation, ce serait une erreur de croire qu'ils ne peuvent être nécessaires qu'à notre première jeunesse; nous serons tout étonnées, en les relisant, du profit que nous en pouvons tirer encore, et des sages conseils, des utiles remarques qui, autrefois, avaient échappé à notre inexpérience. Ayons sans cesse devant les yeux le but à atteindre, qui consiste à nous élever en capacités, en intelligence et en vertu pour être à la hauteur de la mission que nous sommes appelées à remplir. La femme moderne ne doit être ni frivole, ni vulgaire; il lui faut savoir se tenir à égale distance de ces deux choses qui la rendraient indigne, et mettre son orgueil à se rendre utile à elle-même, à sa famille et à la société.
RAPPORTS AVEC LES VOISINS
L'on a écrit sur le savoir-vivre, la politesse, la façon de se conduire dans le monde et avec le monde, des ouvrages d'une incontestable utilité, pleins de bon sens et de raison. Ces ouvrages et les règles qui y sont exposées s'adressent généralement à la classe riche ou aisée de la société; il n'en existe pas, à notre connaissance, qui puisse servir de guide dans la plupart des cas aux personnes de la classe ouvrière. Nous n'avons pas l'intention de faire double emploi avec ces écrits, cela nous entraînerait hors de notre sujet; nous ne pouvons que vous engager à les lire; vous y trouverez de précieuses indications. Mais il est une lacune que nous voudrions combler en vous disant quelques mots des usages que vous ferez bien d'observer dans vos rapports avec le voisinage.
Tout le monde ne peut avoir une habitation particulière; vous serez probablement obligée, pour des motifs d'économie, de vous loger dans une maison habitée par plusieurs locataires, de là une promiscuité souvent désagréable et gênante; il faudra vous armer de patience et vous apprêter à supporter philosophiquement les ennuis qui en résultent. Dans la plupart de ces maisons, où la place est mesurée avec parcimonie et où l'on ne peut se mouvoir sans incommoder quelqu'un, il faudra vous resserrer le plus possible et éviter en toute occasion de gêner les autres. Quel que soit le tapage qui déchire vos oreilles ou la malpropreté qui offusque vos yeux, il faudra vous résigner et ne jamais trouver à redire à quoi que ce soit, pour éviter des contrariétés sans cesse renaissantes. Si les désagréments dont vous souffrez étaient vraiment trop graves, il vaudrait mieux chercher un appartement ailleurs que de vous exposer à vous faire des ennemis de vos voisins; ce qui serait pour vous un supplice intolérable. Il faut d'ailleurs savoir se supporter mutuellement et ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fissent à nous-mêmes. Certaine société mutuelle, qui s'occupe de l'amélioration du logement de l'ouvrier, vous procurera une habitation saine et à bon marché; ce qui vous permettra d'éviter en partie ces inconvénients.
Le meilleur moyen pour rester en bons termes avec vos voisins est d'observer envers eux la plus grande réserve en même temps que la plus exquise politesse. Ne passez jamais auprès d'eux sans les saluer, adressez-leur à l'occasion quelque parole aimable, rendez-leur service toutes les fois que vous le pouvez, mais évitez avec soin les fréquentations et les commérages; ils sont dangereux à tous les points de vue et amènent avec eux des montagnes de désagréments. Si quelqu'un d'entre eux paraît vouloir entrer dans cette voie, vous trouverez toujours quelque prétexte poli pour vous en débarrasser, vos occupations de ménagère économe et sérieuse ne vous permettent d'ailleurs pas de perdre votre temps. Si c'est une voisine qui vous gêne par sa présence, vous aurez quelque course à faire au moment opportun, et si c'est une conversation à laquelle on vous a conviée qui menace de se prolonger outre mesure, vous trouverez toujours une excuse plausible, un travail pressant à faire ou votre graisse qui risque de brûler, pour vous y soustraire. Il est toujours gênant d'avoir auprès de soi des étrangers qui commentent vos actions; votre mari, qui aime à être libre chez lui, s'en montrerait peu satisfait, d'autant plus que ce ne sont pas toujours de sages conseils ni de bons exemples que vous pouvez en retirer.
Il va sans dire qu'une personne bien élevée ne se permettra jamais la moindre ingérance dans les affaires personnelles de ses voisins, ni la plus petite observation ayant trait à leur vie privée. Vous devez feindre d'ignorer ce qui se passe chez les autres, et si vous les blâmez intérieurement, n'en rien laisser paraître. Gardez-vous de vous laisser aller à l'envie et à la jalousie, c'est là généralement la cause de la malveillance avec laquelle les femmes se jugent entre elles. Si vous êtes affligée de ces mauvais sentiments, il faut les dissimuler avec soin et veiller particulièrement à ne jamais manquer de politesse envers la personne qui en est l'objet, car alors vous feriez preuve de sottise, de grossièreté et d'un manque absolu d'éducation. Nous avons été témoin dernièrement à ce sujet d'un petit fait qui nous donna une triste opinion du caractère de celle qui en fut l'auteur.
Nous allions rendre visite à une de nos amies, jeune femme élégante et distinguée, habitant avec sa famille un quartier des plus paisibles de notre ville, lorsqu'arrivée à une petite ruelle très proche de sa maison, nous aperçûmes assez loin devant nous sa mère revenant de la boulangerie. Nous vîmes également une jeune femme que nous avions déjà rencontrée à cet endroit et qu'à sa tenue nous avions prise pour la servante d'une ferme voisine. Elle regarda venir la mère de notre amie, et au moment où elle passait, au lieu de la saluer poliment ou tout au moins de ne rien laisser paraître, elle rentra en fermant violemment la porte, sans que cette vieille dame l'eût en rien provoquée. Et comme nous en faisions l'observation à notre amie; celle-ci nous dit: C'est toujours ainsi; croirais-tu, que cette femme, que nous ne connaissons pas, nous témoigne en toute occasion de la malveillance. Lorsque je passe devant sa porte elle sort de chez elle pour me regarder et elle reçoit impoliment les personnes qui par mégarde s'adressent à elle et demandent notre adresse; que serait-ce donc si nous devions vivre ensemble dans la même maison! Mais, répondîmes-nous, férue de notre idée que ce devait être quelque domestique, ses maîtres devraient la tancer sévèrement pour son inconvenance.--Ses maîtres! mais c'est elle qui est la maîtresse, c'est même, à ce qu'il paraît, la fille d'un instituteur. Elle ne nous aime pas, je n'en connais pas la raison. Va, j'en suis bien désolée, j'en perds l'appétit et sûrement j'en mourrai, s'écria notre amie, enfant terrible, avec une mimique à faire éclater de rire un moellon. Nous ne pûmes nous empêcher de faire cette réflexion que cette personne avait fort peu profité des leçons de bienséance que bien certainement son père avait dû lui donner. Évitons donc de nous rendre ridicules par de pareilles sottises; soyons aimables autant que possible et polies toujours, même envers les voisins que nous n'aimons pas, c'est là un des moyens de nous faire respecter.
ÉDUCATION PRATIQUE
CONSIDÉRATIONS MORALES SUR LES VERTUS PRATIQUES DE LA FEMME
Nous avons dit quelques mots des qualités morales indispensables à toutes les femmes dans toutes les classes de la société, permettez-nous maintenant d'aborder le chapitre non moins urgent des vertus pratiques nécessaires à toutes et indispensables aux jeunes filles, aux jeunes femmes dans une situation peu fortunée. Pardonnez-nous si ce sujet, que nous voudrions traiter pour votre profit, nous entraîne à certaines considérations tout intimes que vous serez tentées de qualifier de petits détails. Nous sommes persuadée qu'en ce qui concerne notre ménage il n'y a pas de détails inutiles, et qu'il en est en tout cas de très utiles à rappeler, puisque la plupart des personnes les oublient si facilement.
Si nous sommes spirituelles, aimables, d'égale humeur, nous serons certainement charmantes, mais cela ne saurait suffire. Ventre affamé n'a pas d'oreilles, dit-on. Notre père, notre mari, si sensibles à nos prévenances, à nos caresses, ne le seront pas moins à un bon dîner, à leur habitation bien tenue. Ils apprécieront même d'autant mieux les agréments de notre esprit et de notre caractère que nous saurons les faire jouir d'un plus grand bien-être, d'une aisance relative.
Le travail, l'ordre et l'économie sont les vertus indispensables à toute femme soucieuse de son bonheur et de celui des siens. Bien souvent, les gains du chef de la famille sont insuffisants pour subvenir a tous les besoins; notre devoir est alors évident: il nous faut travailler pour gagner quelque argent et augmenter nos ressources. Nous vous ferons remarquer qu'il est préférable de travailler, même durement, que de s'exposer à subir des privations dont les conséquences seraient d'altérer notre santé et d'assombrir notre humeur, car on ne peut être ni bien portant, ni gai, quand on manque du nécessaire. Lors même que les ressources dont nous disposons pourraient suffire à notre existence, il faudrait travailler encore pour réaliser quelques économies, ne serait-ce que pour donner satisfaction au brave travailleur qui ne nous marchande ni ses sueurs, ni ses peines. L'homme qui gagne convenablement sa vie n'aime pas à penser qu'à la moindre adversité il peut tomber dans la misère. S'il peut dire: je gagne tant par jour et il n'en reste rien, ce n'est pas encourageant pour lui; n'est-il pas à craindre qu'il se croie autorisé à détourner une partie de son salaire, à se relâcher de ses habitudes d'économie, en arguant, pour ne pas se gêner, que nous ne nous gênons pas nous-même? Ce raisonnement serait peut-être excusable de sa part, si nous y donnions lieu par quelque négligence dans l'accomplissement de nos devoirs.
Nous devons donc travailler dans la mesure du possible, à moins que, surchargées de famille, le soin de nos enfants et de notre ménage ne nous en laisse pas le temps. Toutefois, nous estimons qu'une femme ayant moins de trois enfants, doit pouvoir gagner quelque argent. Il ne manque pas, dans notre grande ville, de métiers faciles à exercer, même si nous n'avons pas de profession, ou si celle-ci, trop minutieuse, ne peut se concilier avec nos obligations de mère de famille. Ne vous laissez pas décourager par la modicité de votre salaire, ne dites pas: à quoi bon se donner tant de peine pour gagner si peu? Votre gain ne serait-il que de cinquante centimes par jour en moyenne, cela fait quinze francs par mois, de quoi payer une petite location, et n'est-ce pas là ce qui, généralement, embarrasse le plus les petits ménages? L'on se nourrit toujours, l'on s'habille comme on peut, mais lorsqu'il faut à jour fixe trouver l'argent du loyer, que de gêne et de contrariété, et quelle vilaine figure on trouve à son propriétaire quand on n'a pu économiser de quoi le payer. Si donc vous pouvez par votre travail subvenir à cette obligation ou à toute autre, vous auriez grand tort de vous en dispenser.
Le travail acquiert et l'économie conserve: ces deux qualités nous sont donc indispensables si nous voulons améliorer notre situation. Nous ajouterons qu'elles sont inhérentes l'une à l'autre, surtout chez la femme, moins exposée que l'homme aux entraînements du dehors. La femme qui travaille et qui sait combien de peines représente une pièce de monnaie, y regardera à plusieurs fois avant de la dépenser inutilement. De même si, par extraordinaire, une femme pouvait être économe sans être travailleuse, elle le deviendrait en raison du profit qu'elle en peut retirer.
La véritable économie ne consiste pas, comme certaines personnes paraissent le croire, à nous refuser les choses nécessaires à la vie; c'est là une erreur qui constitue ce que l'on est convenu d'appeler une économie coûteuse. Il faut au contraire chercher à nous procurer tout le bien-être compatible avec nos ressources, à condition toutefois de ne les pas absorber complètement, et d'épargner toujours quelque chose pour la vieillesse et les moments difficiles. Le bien-être est un besoin inné chez l'homme, et plus ou moins développé selon son degré d'intelligence et d'éducation. Il exerce une influence considérable sur notre santé, notre caractère, nos moeurs et les conditions générales de notre existence. Nous ne pouvons nous le procurer, si nous sommes pauvres, qu'à des conditions déterminées. La première est de savoir en régler également toutes les parties, car il ne consiste pas seulement à bien manger, à se bien vêtir, à se loger confortablement, mais en toutes ces choses réunies dans la mesure du possible. Si vous dépenser trop pour l'une d'entre elles, vous serez forcément obligée de vous restreindre sur les autres, et vous n'aurez pas un bien-être complet. C'est en cela que consiste l'art de la vraie ménagère; il lui faut, pour réaliser cet idéal, une certaine intelligence et une assez longue pratique du ménage. Cette expérience pouvant faire défaut à la plupart des jeunes personnes, c'est pour y suppléer et en vue de faciliter votre tâche que nous vous donnerons plus loin quelques conseils appuyés de quelques chiffres.
Établissez donc votre budget de manière à avoir de tout un peu, si vous ne pouvez davantage, sans oublier de porter une certaine somme à la réserve. Ne dites pas: j'épargnerai s'il m'en reste; mais, au contraire, je ne dépenserai que ce qui me restera après avoir prélevé sur mon salaire de chaque mois ou de chaque semaine quelque chose pour l'avenir.
Cette question de l'avenir est celle qui sans cesse doit nous préoccuper. Nous ne serons malheureusement pas toujours jeunes et valides, la vieillesse arrivera, amenant avec elle son cortège d'infirmités. Peut-être même, jeunes encore, serons-nous accablés par la maladie, par des adversités de toutes sortes; peut-être aurons-nous à souffrir du chômage ou d'une diminution de notre salaire. Ce sont là toutes choses qu'il convient de prévoir, car, il faut bien l'avouer, l'imprévoyance de l'ouvrier est souvent la cause de ses maux. Combien parmi eux qui, après avoir eu pendant longtemps des gains relativement élevés, se sont trouvés, dans leur vieillesse ou au moindre revers, précipités dans la plus profonde misère. Epargnons donc pendant que nous le pouvons; si nous sommes dans une situation relativement aisée, profitons-en pour réaliser des économies plus appréciables, et si nous nous trouvons dans une condition difficile, songeons qu'elle peut le devenir encore davantage. Epargnons toujours si peu que ce soit.
La sage économie dont vous ferez preuve sera d'un bon exemple pour votre mari, qui osera moins se permettre des dépenses inutiles. Encouragé d'ailleurs par les bons résultats de votre prévoyance, il aura à coeur de contribuer à votre oeuvre, sa conduite sera meilleure, la paix de votre ménage plus assurée. Ainsi, l'économie, l'ordre et le travail vous procurent à tous les points de vue d'incontestables avantages.
LA JOURNÉE D'UNE MÉNAGÈRE.--TENUE DE LA MAISON ET TENUE PERSONNELLE
Il ne suffit pas, dit un vieux proverbe, de se lever matin, il faut arriver à l'heure. Nous ne vous conseillerons donc pas de suivre l'exemple de certaines personnes qui, debout dès l'aube et se couchant tard, ne produisent néanmoins qu'une somme de travail tout-à-fait insuffisante. Ce régime ne tarderait pas à altérer votre santé; vous avez tout intérêt à vous occuper sérieusement pendant la journée et à ne pas la prolonger outre mesure. Il sera généralement suffisant que vous vous leviez à cinq heures en été, à six heures en hiver, et quant à continuer fort tard votre travail, nous ne saurions vous y engager. Votre vue s'affaiblirait bientôt et les dépenses de lumière et de chauffage en hiver qu'occasionneraient vos veilles absorberaient la plus grande partie de votre supplément de gain, vous auriez ainsi travaillé sans profit; le mieux est de ne pas prolonger votre journée au delà de neuf heures du soir. Vous ne pouvez du reste pas faire davantage, la force humaine a une limite qu'il ne faut pas dépasser; nous risquerions, en voulant l'excéder, de compromettre notre santé, de contracter quelque maladie qui coûterait fort cher à soigner et nous empêcherait de gagner notre vie. Le soin de notre santé est sans contredit la meilleure économie que nous puissions faire; il faut chercher à le concilier avec nos autres obligations. Il existe une hygiène spéciale pour tous les actes de la vie, il faut s'y conformer rigoureusement, c'est le moyen de conserver ce grand bien, la santé, qui tient lieu de beaucoup d'autres, et sans lequel les autres ne sont rien. Vous agirez donc sagement en occupant consciencieusement votre temps, en ne perdant pas une minute pendant la journée et en prenant d'autre part le repos nécessaire pour récupérer vos forces. De cette façon, vous travaillerez mieux et plus vite.