Ce Que Vaut Une Femme Traite D Education Morale Et Pratique Des
Chapter 3
Le voisin, lui, n'est pas d'aussi bonne humeur. Aussitôt rentré de son ouvrage, on l'entend crier, et ce ne sont pas de tendres paroles qu'il adresse à sa compagne. C'est le repas, peu confortable, qui n'est jamais prêt à l'heure, ou quelque vêtement dont il a besoin qui n'est ni raccommodé ni blanchi. Sa femme inactive et dépensière gaspille l'argent qu'il gagne avec tant de peine et crée partout des dettes. Parfois un commerçant, perdant patience, s'adresse à lui pour être payé, et ce sont alors dans le ménage des scènes sans fin, des querelles à scandaliser le voisinage. N'ayant rien qui le retienne chez lui, ne ressentant plus pour sa femme ni affection ni respect, il s'adonne à la boisson. À quoi bon me gêner, dit-il, je n'en aurai jamais davantage. Sur ce il part au cabaret et revient ivre, aussi l'existence de la malheureuse est-elle la plus triste que l'on puisse imaginer. Si du moins elle pouvait profiter de l'exemple que lui donne cette autre jeune femme, si courageuse et si digne, mais au contraire elle la jalouse, la hait, et pourtant elle n'est pas née méchante. En la voyant heureuse et estimée de tous, il lui semble qu'elle lui fait du tort, elle ne veut pas convenir qu'il eût pu en être de même pour elle, et qu'en négligeant ses devoirs elle a causé sa perte. De là ce sentiment d'envie, de basse jalousie, qui fait de si cruelles blessures au coeur des femmes.
Voyez là, le dimanche, après que son mari, las et découragé, est parti en lui adressant de durs reproches. Les cheveux en désordre, la figure décomposée, versant des larmes de rage, elle s'installe à sa fenêtre, soulève son rideau et épie le moment auquel va partir celle qu'elle considère comme son ennemie. Elle veut voir «sa toilette». Elle sort enfin au bras de son mari, charmante et distinguée dans le frais costume de coton à bon marché qu'elle porte l'été depuis son mariage, et qu'elle-même a confectionné. Rien dans sa mise n'est ni extravagant ni coûteux, mais tout est agencé avec goût et disposé avec art. Elle ne se doute guère que là, tout près d'elle, quelqu'un l'observe d'un oeil malveillant, car elle ne s'occupe pas des voisins et n'a jamais fait de mal à personne. Puis, pendant qu'elle s'éloigne, l'autre s'en va auprès des voisines. «--L'avez-vous vue?... Est-elle d'une coquetterie?... Elle n'a pas toujours été comme cela...» etc., etc. Et les commentaires d'aller leur train, et les commérages stupides, les inventions odieuses de continuer jusqu'au moment où il faudra rentrer pour attendre le mari qui va revenir ivre et abruti. Ainsi, non-seulement cette femme souffre de tous les maux qu'entraîne l'oisiveté, mais sous leur influence son caractère s'aigrit, son coeur devient mauvais. L'envie, la jalousie, la médisance, le mensonge font cortège à l'ennui et au découragement; elle devient capable des plus méchantes actions, et l'on frémit en pensant au gouffre de vices et d'avilissement vers lequel la malheureuse s'achemine lentement, à moins que quelque circonstance fortuite, un enfant peut-être, ne vienne l'en détourner.
Ce tableau est bien noir, nous direz-vous. Il est triste, nous en convenons, mais il est vrai, l'expérience de la vie vous le démontrera. Sans le travail qui acquiert, sans l'économie qui conserve, l'ouvrier est fatalement voué à la misère et forcé de renoncer à tout espoir d'améliorer sa situation matérielle et morale. C'est en cela que l'influence de la femme se fait le plus directement sentir, influence bienfaisante si elle est douée de cette qualité indispensable au ménage, l'économie, et désorganisatrice si, par malheur, elle en est privée. Mme Doyen l'a dit avec beaucoup de raison: «une femme pauvre et économe entrant dans une maison l'enrichit, tandis qu'une femme riche et prodigue l'appauvrit.» En effet, il n'est pas de fortune, si considérable soit-elle, qui puisse résister au gaspillage. Que de fois, parmi les besoigneux, n'avez-vous pas rencontré de gens, autrefois dans une situation prospère, pendant que d'autres, partis des derniers rangs, sont, fourmis économes et laborieuses, parvenus à une honorable aisance.
L'économie est une des qualités indispensables à la femme dans toutes les situations de fortune. Elle est relative, bien entendu, et consiste à régler strictement nos dépenses d'après les ressources dont nous disposons. La femme vraiment économe est celle qui, sur ses revenus ou sur son salaire, sait prélever une part pour parer aux éventualités qui peuvent se produire. Ne faut-il pas compter, si l'on est commerçant, avec les pertes possibles; si l'on est capitaliste, avec les diminutions de revenu; si l'on est ouvrier, avec le chômage; et, en tout état de cause, avec la maladie, le surcroît de charges et tous les évènements fâcheux impossibles à conjurer? Et où trouvera-t-on les ressources nécessaires pour y faire face, si on a négligé d'épargner pendant des temps meilleurs?
Le femme la plus économe n'est pas précisément celle qui dépense le moins, c'est celle qui, en raison des ressources dont elle dispose, sait procurer aux siens le plus de bien-être et de confort. Par exemple, il se pourra que de deux femmes dépensant chacune trois francs par jour, l'une soit très économe et l'autre très désordonnée. Si l'une, dont le mari gagne quatre francs par jour, n'en dépense que trois, elle fera preuve d'une sage prévoyance pour l'avenir, tandis que si l'autre dont le mari ne gagne que trois francs les dépense entièrement, elle risquera de se trouver dans une bien pénible situation.
L'économie nous oblige à avoir de l'ordre; ces deux qualités sont inhérentes l'une à l'autre. Ainsi, une femme économe, si elle est commerçante, tiendra exactement ses comptes, de manière à ne rien omettre et à être toujours renseignée sur l'état de ses affaires. Si elle emploie des ouvriers ou des domestiques, elle veillera à ce qu'ils occupent consciencieusement le temps qu'elle leur paie. Elle ne laissera pas celui-ci négliger son service ou tenir l'outillage en mauvais état, et suppléera son mari si, trop occupé, il ne peut avoir l'oeil à tout. Elle ne permettra pas à celle-là de lui manger ses conserves ou de prodiguer l'éclairage et le chauffage. En aucun cas, elle ne lui confiera la bourse de la maison, et fera autant que possible ses provisions elle-même, de manière à les acheter à des conditions plus avantageuses; c'est là de l'ordre. Si elle a la chance de pouvoir se passer d'auxiliaires, elle sera ainsi débarrassée d'une surveillance souvent gênante et ennuyeuse, ainsi que d'une onéreuse dépense. Une femme sérieuse préférera toujours tenir elle-même sa maison, à moins d'impossibilité absolue, plutôt que d'en confier le soin à des étrangers.
N'imitez pas ces petites femmes vaniteuses et sottes qui mettent tout leur amour-propre à avoir une bonne, dépensant ainsi ce qu'elles pourraient épargner des gains de leur mari, petit employé généralement, ne gagnant pas toujours de quoi mettre du beurre sur le pain de la pauvre fille, peu surchargée de besogne à la vérité. Laissez-nous vous mettre en garde contre cette folle vanité qui pousse tant de jeunes femmes à vouloir vivre d'une façon si peu conforme en tout à leur position sociale. Combien agissent ainsi par gloriole plutôt que par amour du confortable, se rendant, par leur ostentation, ridicules aux yeux des gens sensés qui se demandent combien de temps cela pourra durer. Une des maladies de notre siècle, c'est que tout le monde veuille vivre comme si l'on était riche, déplorable système dont le moindre défaut est d'empêcher qu'on le devienne. Un peu de bon sens et de réflexion suffirait pourtant pour dissiper cette erreur et nous faire comprendre cette vérité qu'il ne faut pas manger son blé en herbe ni confondre le point de départ avec l'arrivée. Il est certain que si nous voulons vivre d'une manière supérieure à notre situation pécuniaire, nous ne pouvons rationnellement y arriver qu'en améliorant cette situation elle-même. Il est donc indispensable de savoir borner nos goûts à notre position présente, c'est un des moyens de l'améliorer dans l'avenir et de jouir d'une vraie tranquillité, de ce bonheur du sage qui se contente de peu.
Nous reviendrons plus loin sur la nécessité pour la femme de pratiquer les vertus qui assurent la paix du foyer domestique, mais en ce qui concerne l'économie, prenez pour règle de conduite que le travailleur n'est assuré du nécessaire qu'autant qu'il sait se refuser le superflu.
Ces considérations sur lesquelles nous insistons, vous seront utiles dans l'avenir, pour soutenir le grand combat de la vie. Elles vous serviront d'arguments pour ramener à des idées plus saines ce grand gamin qui est votre mari, dont le coeur n'est pas mauvais, mais dont la tête, peut-être un peu folle, s'est laissé égarer par les élucubrations d'écrivains sans scrupules ou les extravagances d'orateurs qui mériteraient qu'on leur jetât des pommes cuites et des bottes de foin. Ils sont bien coupables ces gens qui, dans un but d'intérêt personnel, exploitent la crédulité et l'ignorance de l'ouvrier, et jettent le trouble dans sa conscience. Peu leur importent les résultats de leurs inepties, pourvu qu'ils en profitent; ils savent fort bien, du reste, que ce n'est pas eux qui en subiront les conséquences. C'est à vous, jeunes femmes, qu'il appartient de combattre les funestes doctrines qui, si vous n'y preniez garde, iraient jusqu'à compromettre l'existence même de votre foyer, car ces gens, ennemis de la propriété, sont en même temps les détracteurs de la famille. Si, par malheur, votre mari pouvait devenir leur dupe, si au lieu des gais propos qu'il apportait autrefois à la table de la famille, il faisait entendre de folles revendications, il faudrait user de votre influence pour éclairer sa conscience et sa raison, et le détourner de la voie périlleuse au bout de laquelle il ne trouverait que mécomptes et déceptions.
Il vous sera facile de réfuter les idées fausses qu'il aura contractées par la lecture de journaux qui s'intitulent socialistes, sans que cette dénomination soit bien comprise de la plupart de ceux qui l'emploient, ou au sein de certaines assemblées de «travailleurs» ainsi que se nomment souvent les ouvriers qui ne travaillent pas. Il est de toute évidence que nous ne pouvons être tous égaux dans le sens absolu de ce mot, l'échelle sociale serait ainsi la seule qui n'aurait qu'un échelon. Cela ne signifie pas que l'ouvrier doive renoncer à améliorer sa position, mais que de moyens s'offrent à lui plus honnêtes et plus sûrs que celui qui consisterait à dépouiller de leur propriété ceux qui légitimement la possèdent. Il est un fait prouvé, c'est que la fortune change de mains au bout de cinq générations. À quoi cela tient-il, si ce n'est que l'enfant du riche, habitué au luxe et à l'oisiveté, diminue ainsi son patrimoine et transmet de père en fils une situation amoindrie, tandis que l'ouvrier, désireux de sortir de son infériorité, conquiert une position meilleure par la seule force de sa volonté, de son travail opiniâtre, de son économie. Et lors même que, par impossible, le partage des biens parviendrait à s'effectuer entre tous les citoyens, ainsi que certains le demandent, savez-vous quelle serait la part de chacun? Les économistes ont calculé qu'elle s'élèverait à la somme de deux francs soixante centimes, de sorte qu'au lieu de trouver des capitalistes et des patrons pour faire vivre l'ouvrier, nous serions tous égaux... dans la misère; c'est là probablement ce qu'on entend par la suppression du prolétariat. Si même, contestant cette évaluation, l'on admet que le partage puisse produire des résultats plus appréciables, il arriverait ceci: c'est qu'au bout de quinze ans, de vingt ans peut-être, le grand génie qui se nomme Travail aurait encore changé la face de la nouvelle société. De la part reçue les uns n'auraient plus rien et seraient redevenus misérables, pendant que les autres se seraient enrichis, de sorte que l'effroyable tuerie serait toujours à recommencer. Ils se gardent bien, ceux qui prêchent le désordre et la guerre civile, de faire valoir ces arguments; c'est à vous, jeunes femmes, qu'il appartient de les produire. Dites à votre mari, à votre frère, que c'est par la paix et la concorde qu'ils pourront arriver à la réalisation de leurs voeux, et qu'il faut que les ouvriers s'unissent, non pour détruire, mais pour édifier.
Un des meilleurs moyens, pour l'ouvrier, d'améliorer sa situation présente et d'assurer l'avenir, c'est sa participation aux sociétés mutuelles. Fondées pour la plupart par d'anciens ouvriers, hommes intelligents comprenant la nécessité de l'union et de la solidarité, elles offrent à leurs adhérents des facilités de toute nature, des combinaisons diverses qui leur permettent de se mettre à l'abri de la maladie, du chômage, de la cherté de la vie, et d'assurer en même temps le pain de leur vieillesse. Le but de ces bienfaisantes associations n'est pas seulement pratique et humanitaire, il est aussi moral. Ceux qui en font partie apprennent à se connaître et à s'estimer, en même temps qu'à s'entr'aider et à se soutenir. Ils forment, dans la grande famille française, une famille d'élite, honorable entre toutes, dont les membres s'écartent si rarement de la voie du devoir, qu'un de nos mutualistes les plus distingués, M. H. Maze, député de Seine-et-Oise, disait que parmi eux il n'en avait presque pas rencontré ayant un casier judiciaire. Cela s'explique par le fait que chacun tient à conserver l'estime de tous, et aussi par la force et la tranquillité que donne l'assurance du lendemain.
Nous ne saurions trop insister auprès de vous pour vous engager à faire partie de quelque société mutuelle, dans votre intérêt et celui des vôtres. C'est si peu de chose que d'épargner un ou deux sous par jour, et on en dépense tant d'autres pour des choses inutiles, parfois nuisibles. Si modeste que soit votre salaire, un prélèvement aussi insignifiant ne peut vous gêner beaucoup, il vous sera au contraire favorable en vous accoutumant à l'économie. Des personnes généreuses autant qu'éclairées ont pris, depuis quelques années, la louable habitude de distribuer aux élèves les plus méritants de nos écoles des livrets de caisse d'épargne ou de quelque société mutuelle. Vous êtes peut-être parmi ces heureux lauréats, mais si vous n'avez pas eu ce plaisir, la somme à verser est tellement minime que vous mettrez votre amour-propre à ne pas vouloir rester en arrière. De grâce, ne laissez pas passer le collecteur sans lui donner l'obole qu'il réclame, faites-vous à vous-même l'aumône que vous retrouverez plus tard. Nous voudrions vous donner sur les sociétés mutuelles de notre ville, tous les renseignements nécessaires concernant leur but spécial et leur fonctionnement, mais cela nous entraînerait trop loin et sortirait quelque peu des limites que nous nous sommes assignées.--Toutefois, plusieurs de ces sociétés s'occupant de l'alimentation à bon marché, nous vous engageons vivement à leur donner la préférence sur les commerçants ordinaires. On ne s'expliquerait pas, en effet, que l'on allât chez l'épicier ou le charcutier payer une marchandise un certain prix tandis que d'autres établissements l'offrent à qualité égale ou meilleure à des conditions plus avantageuses. L'on ne comprendrait pas davantage que vous attachiez quelque importance à ce fait que ces commerçants peuvent vous offrir quelque crédit, car il faut toujours le solder (nous ne pouvons supposer que vous ayez l'intention d'agir autrement), et alors vous en aurez chèrement payé l'intérêt. Il faut bien, du reste, qu'il en soit ainsi pour compenser les pertes occasionnées par les malhonnêtes gens qui ne paient pas.--Dans tous les cas, les sociétés mutuelles ont une influence essentiellement moralisatrice, puisqu'elles assurent le bien-être et exigent en échange la probité.
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Une des raisons d'être de notre existence et qui en consacre l'utilité, c'est d'être mère. De même que sur l'arbre on cherche le fruit, auprès de la femme on cherche les enfants, sans lesquels il semble qu'il lui manque quelque chose. Quoi de plus noble et de plus doux que de voir s'entr'ouvrir ces jeunes intelligences et de les diriger vers le bien? Si nous ne reconnaissions la nécessité de faire en toutes choses notre devoir pour les différentes raisons que nous venons d'énumérer, il faudrait encore y rester fidèle pour les chers petits êtres auxquels nous devons, avec la subsistance, l'exemple d'une vie irréprochable et digne. Nous n'avons jamais rencontré une mère n'aimant pas ses enfants, mais nous en connaissons un grand nombre qui croient avoir rempli leurs obligations maternelles quand elles les ont comblés de caresses et satisfait à tous leurs caprices.
Votre premier devoir envers vos enfants en bas âge est de leur donner tous les soins propres à leur assurer une bonne santé pour le présent et pour l'avenir. Si vos occupations ni aucune autre circonstance ne s'y opposent, et sauf avis contraire du médecin, nourrissez-les de votre lait, votre santé s'en trouvera bien et outre une sérieuse économie, vous en retirerez des satisfactions de toute nature. Votre enfant sera ainsi plus avenant et à l'abri de la plupart des causes de mortalité qui font tant de petites victimes, surtout pendant la période estivale. Quelle que soit la manière dont vous les nourrissiez, n'oubliez pas que la propreté, les soins hygiéniques et le grand air leur sont indispensables.
La première année est toujours la plus difficile; mais que de douces joies lorsque le petit être commence à comprendre, à vouloir vivre! Ses petites jambes s'agitent, il veut marcher; sa bouche bégaie les mots qu'il entend le plus souvent, et c'est vous la première qu'il appelle. Sans être partisan de la théorie de Darwin qui nous fait descendre du singe, il est vraiment intéressant d'observer la faculté d'imitation innée chez l'homme dès son berceau. Voyez votre petit enfant encore incapable de marcher, s'il peut s'échapper de vos bras, ce sera pour se traîner jusqu'à l'endroit où vous déposez votre balai, votre essuie, votre brosse ou tout autre objet dont vous vous servez fréquemment, et pour essayer d'en faire l'usage qu'il vous en voit faire à vous-même. Cette disposition naturelle s'accentuera au fur et à mesure qu'il avancera en âge, c'est pourquoi il importe de ne lui donner que de bons exemples. Ne faites rien, ne dites rien devant lui que vous ne voudriez lui voir faire ou lui entendre répéter. Étudiez avec soin les premières manifestations de sa volonté naissante, de ce qui sera son caractère propre; appliquez-vous à le diriger, à en corriger les défauts. Gardez-vous de cet excès de sensiblerie qui porte tant de mères à fausser l'éducation de leurs enfants dans la crainte de leur causer un léger désagrément, facile à supporter à cet âge. De même qu'il est plus aisé d'arracher un bourgeon qu'un vieil arbre, vous extirperez plus facilement un défaut dès son apparition, que si vous le laissez s'enraciner. Ce qui, dès le début, n'est qu'un petit défaut, finit généralement par devenir un grand vice; or, les vices sont comme les gens de mauvaise compagnie, il ne faut leur laisser prendre pied nulle part, dès qu'ils paraissent, chassez-les au plus tôt. Votre enfant vous saura gré dans l'avenir des efforts que vous aurez faits pour le bien élever, pour former son caractère et son coeur et lui inspirer de bons sentiments. Les enseignements d'une mère ne sont jamais perdus. L'enfant étourdi plutôt que mauvais peut parfois n'en pas tenir compte, mais plus tard, devenu homme, il se souviendra avec attendrissement des soins dont vous entouriez son enfance, des sages conseils que vous prodiguiez à sa jeunesse et qui seront dans la vie son guide le plus sûr.
Cette mission, la plus noble que nous puissions être appelées à remplir, demande de notre part les plus sérieuses réflexions, nous ne saurions y apporter trop de zèle et de sagesse.--Une grande dame romaine se trouvant au milieu de femmes futiles occupées à se faire voir leurs bijoux, fut sollicitée de montrer aussi les siens. Elle se fit amener ses trois enfants qu'elle avait élevés avec le plus grand soin pour l'honneur de la patrie et leur dit: Voici mes bijoux, ma plus belle parure. Imitons l'exemple de cette noble femme, apprenons à nos enfants à aimer notre France humiliée et amoindrie, et à vouloir contribuer à son relèvement, afin que, quand sonnera l'heure de la justice, elle trouve des défenseurs prêts à la venger. Parlons-leur souvent de son histoire, de sa gloire passée, de ses malheurs, et inspirons à ces jeunes coeurs un patriotisme ardent et éclairé jusqu'au jour où tous les peuples seront frères par la liberté.
DES QUALITÉS QU'IL FAUT ACQUÉRIR
Pour remplir convenablement les devoirs que la famille nous impose, ainsi que nos autres obligations sociales, il est indispensable que nous possédions les qualités morales qui font le charme de la jeune fille, de la femme, et l'agrément du foyer domestique. Et parmi ces qualités nous citerons plus particulièrement l'amabilité, la bienveillance et l'égalité d'humeur. Nous ne reviendrons pas sur la question de l'affection et du dévouement que nous devons à ceux qui nous entourent, mais nous dirons que ces sentiments eux-mêmes paraîtraient imparfaits s'ils étaient pratiqués avec des manières brusques et un air grincheux. Mais, nous direz-vous, ce sont là des qualités natives que l'on ne saurait acquérir. C'est une erreur; une femme d'esprit l'a dit avec beaucoup de raison: l'on apprend tout, même à être bon[2]. Non pas que d'un tempérament froid et dissimulé l'on puisse faire une nature franche et généreuse, nous ne le pensons pas; mais que de fois nos défauts sont-ils plus apparents que réels et ne paraissons-nous mauvaises que parce que nous sommes irréfléchies. De même que par le travail nous pouvons nous procurer le bien-être matériel, nous pouvons également, par la réflexion, qui est un travail intellectuel, acquérir les qualités qui, au premier abord, paraissent nous manquer complètement.
[Note 2: Marie Vallière (_Les Heures Grises_).]
Habituons-nous donc à pondérer notre caractère, à surveiller notre humeur; ne faisons rien par emportement ni par caprice. N'agissons pas et ne disons rien avant d'avoir mûrement pesé les conséquences de nos actes et de nos paroles. Croyez-vous que telle jeune femme se laisserait si facilement aller à la médisance, si elle réfléchissait à l'inconséquence de sa conduite? Nos pères, dans leur langage imagé, disaient qu'il faut se mordre la langue sept fois avant de parler, pour indiquer que nous ne saurions trop réfléchir avant d'incriminer les actions de notre prochain; aussi l'obligation de veiller sur notre langue est-elle la première que nous devons nous imposer. Toutes les fois que nous entendons une femme faire sur quelqu'un des observations défavorables, nous sommes invariablement portée à supposer qu'elle a beaucoup de choses à se reprocher, et qu'elle imite ainsi ce charbonnier qui, pour se nettoyer, se frotte contre le mur; il ne réussit pas à se blanchir, mais seulement à salir le mur. De même la personne qui n'a pour les autres que blâme et condamnation se fera sévèrement juger; elle ne rencontrera aucune sympathie, même dans les circonstances les plus pénibles. Que de fois n'avez-vous pas entendu dire: C'est vrai, c'est un grand malheur qui lui arrive, mais, après tout, c'est bien fait pour elle, elle était trop médisante! elle avait une langue de vipère!