Catéchisme libertin à l'usage des filles de joie et des jeunes demoiselles qui se destinent à embrasser cette profession

Part 1

Chapter 13,851 wordsPublic domain

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CATÉCHISME LIBERTIN

A L'USAGE DES FILLES DE JOIE ET DES JEUNES DEMOISELLES QUI SE DÉCIDENT A EMBRASSER CETTE PROFESSION

PAR Mlle THÉROIGNE

THÉROIGNE au district, aussi bien qu'au bordel, De ses talents divers a fait l'expérience; Par sa langue et son CON précieuse à la France, Son nom va devenir à jamais immortel.

Sur la copie imprimée

A PARIS

AUX DÉPENS DE LA VEUVE GOURDAN

1792

AVANT-PROPOS

Le _Catéchisme libertin_ a été plusieurs fois réimprimé. La première édition, publiée vers 1791, sans lieu ni date; ensuite en 1791. Cette seconde édition porte: _par mademoiselle Théroigne_ et est suivie d'une Épître dédicatoire adressée à la première maquerelle de Paris; la troisième édition est datée de 1792; une autre aurait été faite en 1798, et une dernière, abrégée, en 1799, dans le second volume de la _Bibliothèque érotique_, pages 49 à 84.

Théroigne de Méricourt, dite Lambertine, naquit dans le pays de Liége en 1759; elle vint se fixer à Paris, où elle mena une vie fort déréglée; elle se jeta, au début de la Révolution, dans le parti exalté où, par sa grande beauté et son éloquence, elle acquit de l'influence sur l'esprit du peuple. Le 31 mai 1793, ayant voulu prendre la défense de Brissot, dans le jardin des Tuileries, elle fut saisie par les mégères qui l'avaient applaudie jusque là et fustigée publiquement. A la suite de cet outrage elle devint folle.

La grande rareté des exemplaires du _Catéchisme libertin_ a décidé les membres de la Société des Bibliophiles de Chypre, d'en publier une nouvelle édition, imprimée exclusivement pour eux et non mise dans le commerce.

GIOVANE DELLA ROSA.

ÉPITRE DÉDICATOIRE A MADAME L'ABBESSE DE MONTMARTRE

MADAME,

_Vous dédier cet ouvrage, c'est en faire l'éloge; c'est en assurer le succès et le débit. Connue dans cette capitale, je dirai même dans toute la France, pour la plus sensuelle et la plus paillarde des femmes, la plus raffinée dans l'art des Messaline et des Dollone, j'ai cru que ce Catéchisme, à l'usage des putains ou des jeunes demoiselles qui se décident à cette profession, ne pouvait paraître sous des auspices plus heureux et plus favorables._

_Ce serait bien le cas de m'étendre ici sur vos vertus lubriques et sur les talents licencieux qui vous ont mérité, à si bon droit, le titre glorieux de fouteuse incomparable; mais vous n'aimez que le foutre, et tout autre encens vous déplaît; comme vous ne foutez que pour le plaisir de foutre, on ne saurait mieux vous faire sa cour qu'en vous parlant de ce qui intéresse le plus votre passion favorite._

_J'ose donc espérer que ce Catéchisme aura votre approbation; si je n'ai point détaillé ce sujet avec ce sel et ce piquant dont il pouvait être susceptible, vous voudrez bien considérer le peu de temps que j'ai eu à traiter la matière; j'étais d'ailleurs sûr qu'il ne fallait qu'indiquer les premiers éléments d'un art qui est presque inné avec votre sexe, et je ne doute point que, par les heureux commentaires que vous serez à même de suppléer à cet ouvrage, il n'acquière bientôt ce degré de perfection qui lui assurera un des premiers rangs parmi les livres de ce genre; les progrès rapides que vos élèves seront dans le cas de faire par lui dans le libertinage, sous votre vigilance et férule, répondent encore de son succès._

_Agréez, Madame, comme une offrande légitimement due, le sacrifice que je vous fais ici de deux pollutions complètes, et que je jure réitérer chaque jour en votre honneur et intention; c'est un tribut qu'on ne peut refuser au souvenir de vos charmes, dont j'ai tant de fois éprouvé l'empire, surtout dans ces moments d'ivresse et d'abandon général où vous vous plaisiez à les exhiber dans l'état de pure nature. Quelle motte! Quel con! Quel fessier plus attrayant que le vôtre! Vous voir, vous trousser, vous foutre et décharger n'était que l'instant de l'éclair au coup de tonnerre._

_Pardonnez-moi cette petite digression: quiconque vous connaît la trouvera juste. Permettez que je me rappelle aussi à vos amoureuses intentions, ainsi qu'à votre souvenir charnel, dans vos oraisons jaculatoires, et que je me dise avec les sentiments les plus vifs et les plus passionnés, Madame, votre très humble, très obéissant serviteur et fouteur,_

L'abbé COUILLARDIN.

ORAISON A SAINTE MAGDELEINE AVANT DE LIRE LE CATÉCHISME

Grande Sainte, Patronne des Putains, fortifiez mon esprit, et donnez-moi la force de l'entendement, pour bien comprendre et retenir tout le raffinement des préceptes contenus dans ce Catéchisme: faites qu'à votre exemple, je devienne, dans peu, par la pratique, une Garce aussi célèbre dans Paris que vous l'étiez dans toute la Judée, et je vous promets, comme à ma divine Patronne et Protectrice, de donner mes premiers coups de cul en votre honneur et gloire.

Ainsi soit-il.

CATÉCHISME LIBERTIN

DEMANDE.

Qu'est-ce qu'une putain?

RÉPONSE.

C'est une fille qui, ayant secoué toute pudeur, ne rougit plus de se livrer avec les hommes aux plaisirs sensuels et charnels.

DEMANDE.

Quelles qualités doit avoir une putain?

RÉPONSE.

Trois qualités essentielles.

DEMANDE.

Quelles sont ces qualités?

RÉPONSE.

L'effronterie, la complaisance et la métamorphose.

DEMANDE.

Qu'entendez-vous par l'effronterie?

RÉPONSE.

J'entends qu'une fille qui se dévoue à ce commerce libidineux ne doit avoir honte de rien: toutes les parties de son corps doivent être pour les hommes ce qu'elles seraient pour elle-même en particulier; c'est-à-dire que ses tétons, sa motte, son cul doivent lui être aussi indifférents auprès de l'homme inconnu qu'elle amuse, que l'est à l'égard d'une femme honnête la paume de sa main qu'elle ne rougit pas de montrer.

DEMANDE.

Qu'est-ce que la complaisance dans une putain?

RÉPONSE.

C'est une amorce par laquelle elle sait adroitement conserver l'homme passager, faisant usage de sa douceur naturelle, se prêtant librement aux différents désirs de l'homme; par ce moyen elle le retient comme dans des filets, et l'oblige, malgré lui, à retourner une autre fois vers l'objet qui a si bien secondé sa passion momentanée.

DEMANDE.

Qu'entendez-vous par la métamorphose?

RÉPONSE.

J'entends qu'une vraie putain, renfermée dans les ressources de son art, doit être comme un Protée, savoir prendre toutes les formes, varier les attitudes du plaisir, suivant le temps, les circonstances et la nature des tempéraments. Une putain recordée et aguerrie doit se faire une étude particulière de ces différentes variations qui procurent ordinairement le plaisir aux hommes; car il y a de la différence entre amuser un homme froid, un blondin, ou un homme poilu et brun, entre exciter une jeune barbe ou un vieillard sensuel: la nature, plus impérieuse chez les uns et plus modérée chez les autres, exige par conséquent des titillations différentes, des situations plus voluptueuses, des attouchements plus piquants et plus libertins; et telle putain qui découvrant seulement son cul à un jeune Ganymède le ferait décharger jusqu'au sang, n'opérerait qu'une sensation ordinaire à l'égard d'un autre; tandis qu'un tortillement de fesses voluptueusement fait, plongerait l'homme à tempérament dans un torrent de délices, qui causerait la mort au Narcisse fouteur et au paillard décrépit.

DEMANDE.

A quels signes caractéristiques distingue-t-on une putain de celle qui ne l'est pas?

RÉPONSE.

Son habillement trop peu gazé, son maintien trop peu retenu, ses gestes libres, sa conversation trop enjouée et trop lascive, son regard décidé et sa marche effrontée sont les signes visibles qui la font reconnaître. Il est cependant nécessaire pour son propre intérêt qu'elle en agisse ainsi; car il est des hommes si timides auprès des femmes, que si une putain tranchait avec eux de l'_Honesta_, ces hommes, qu'on peut comparer à des puceaux, n'oseraient leur faire aucune proposition, et par conséquent elles perdraient l'occasion de faire quelquefois une bonne pratique, pour avoir affecté une modestie malentendue.

DEMANDE.

Mais, n'est-il pas possible qu'une putain imite en tout la décence et le maintien réservé d'une honnête femme?

RÉPONSE.

Oui: et celles de ce genre sont les plus fines; elles amorcent par là le nigaud qu'elles veulent duper; elles paraissent s'effaroucher de ses propositions; mais c'est pour mieux l'enchaîner: et combien sont pris au trébuchet, et s'imaginent aller cueillir la rose sans danger, tandis que l'épine y tient fortement. Ces sortes de putains tirent beaucoup de profit de ce commerce; mais aussi il n'appartient qu'à celles qui peuvent tenir d'abord un certain ton de jouer ce personnage hypocrite.

DEMANDE.

Toutes les femmes ont-elles un penchant décidé à devenir putain?

RÉPONSE.

Toutes le sont ou désirent l'être; il n'y a guère que les convenances, les bienséances qui retiennent la plupart; et toute fille qui succombe même la première fois, dans un tête-à-tête, est déjà, dès le premier pas, putain décidée; la chemise, une fois levée, la voilà familiarisée avec son cul, autant que celle qui a joué du sien pendant dix ans.

DEMANDE.

La putain qui procure de la jouissance à l'homme, peut-elle s'y livrer avec tous, sans s'exposer à altérer son propre tempérament?

RÉPONSE.

Il est un milieu à tout; il serait très imprudent à une putain de se livrer avec excès au plaisir de la fouterie: une chair flasque et molle serait bientôt le fruit de ce désordre; mais il est un raffinement de volupté qui tient à la volupté même, et dont une adroite putain doit faire usage. Une parole, un geste, un attouchement fait à propos, offre à l'homme l'illusion du plaisir; il prend alors l'ombre de la volupté pour la volupté même; et comme le coeur est un abîme impénétrable, la putain consommée dans son art remplit souvent, par une jouissance factice, les vues luxurieuses de l'homme, qui se contente de l'apparence. Les femmes étant plus susceptibles et plus propres que tout autre à ce genre d'escrime, il dépend d'elles de donner le change à l'homme.

DEMANDE.

Une putain doit-elle procurer autant de plaisir à un fouteur de vingt-quatre sous, qu'à celui qui la paie généreusement?

RÉPONSE.

Il est certain que la putain devant vivre de son métier, et le foutre n'étant pas une substance qui puisse servir d'aliment, elle doit agir avec ce fouteur comme avec le père Zorobabel, et lui dire;

NESCIO VOS...

«Je vis du con comme vous de l'autel.»

Cependant le grand art d'une putain qui veut se faire un nom, n'est pas toujours de mettre à contribution les hommes qu'elle raccroche. Il en est qui sont susceptibles de cette délicatesse; et touchés du désintéressement qu'une putain leur témoigne, ils s'imaginent alors que cette Laïs de rencontre est tout à coup éprise et coiffée de leur physique, bien plus que du numéraire; leur amour-propre est flatté de cette préférence. Le plaisir qui ne leur paraît pas acheté, se fait mieux sentir; son aiguillon est plus mordant, et quelquefois la putain gagne beaucoup à ce manège; au surplus, c'est à elle à discerner et à connaître ses pratiques. Une putain bête ne fera jamais fortune; la rusée peut essayer d'être dupe une ou deux fois, pour reprendre vingt fois sa revanche avec d'autres. Il est constant aussi qu'un vieillard cacochyme n'a pas le droit d'exiger qu'une jeune et fraîche putain se harcelle après son chétif engin pour un modique salaire: Hercule et Psyché peuvent quelquefois entrer chez elle pour y faire un coup fourré; mais

Le forgeron atrabilaire, Qui de son antre ténébreux, Tout en boitant, vint à Cythère Attrister les Ris et les Jeux, De Vénus salir la ceinture, Effaroucher la volupté, Et souiller le lit de verdure Qui sert de trône à la Beauté,

je ne lui connais point de charmes qui puisse le faire recevoir _gratis_; il faut qu'il paie au poids de l'or le plaisir qui le suit: c'est le prix de sa turpitude. Qu'une putain donc le plume, qu'elle en tire pied ou aile, c'est le secret de son art. Il lui doit sans doute ce tribut pour les outrages qu'il fait chaque jour à la volupté.

DEMANDE.

Comment doit se comporter une putain lorsqu'elle a donné dans l'oeil à quelque bon fouteur?

RÉPONSE.

Il faut d'abord qu'elle mette celui-ci à son aise, et qu'elle le soit aussi avec lui. On sait que le premier compliment d'un luron qui entre chez une fille, est de lui prendre les tétons, et de passer de là lestement au cul, de farfouiller ensuite sa motte. Ces petites agaceries d'usage sont les avant-coureurs et les prémices du plaisir. La fille alors doit, par de lascives caresses, de tendres attouchements, achever la conquête de cet amoureux du moment; d'une main subtile elle doit faire sauter le bouton de la culotte, tandis que de l'autre elle retient en bride sa pine, irritée déjà par les premiers attouchements. C'est alors qu'elle doit saisir ce moment favorable pour demander son salaire, et le fouteur s'empressera de lui donner, pour ne point mettre de retard entre les apprêts du plaisir et l'instant de la jouissance[1].

[1] Un défaut néanmoins dans la plupart des filles de joie, dont il est bon de dire un mot pour leur gouverne, c'est de n'être jamais contentes de ce qu'on leur donne. Présentez-leur trois livres, elles en demandent six. Si vous cédez, leur importunité augmente; c'est un ruban qu'il leur faut encore; c'est une bagatelle qu'elles réclament pour leur guenon; mais ces contributions importantes leur sont très souvent nuisibles, en ce que l'homme qui veut jouir n'est occupé que de cet objet; se voyant arrêté dans sa marche, il regrette alors et son argent et son foutre. C'est ainsi que les putains éloignent très souvent d'excellentes pratiques de leurs taudions.

DEMANDE.

Quels sont les attributs et les ustensiles qui doivent orner la chambre d'une putain?

RÉPONSE.

Elle doit avoir derrière son miroir deux bonnes verges, l'une ornée d'un ruban rose, et l'autre bleu. Aujourd'hui que tout est à la patriote, que l'on fout même patriotiquement, il suffit d'un ruban aux trois couleurs.

Dans les tiroirs de sa commode il doit y avoir des martinets, des disciplines de cordes à petits noeuds, et d'autres armées d'épingles; elle doit avoir aussi des lisières et des cordons de résistance; à côté de sa cheminée doivent se trouver, dans une petite armoire, plusieurs capotes anglaises; les peintures licencieuses, les estampes les plus voluptueuses et les plus lubriques doivent entourer son lit; plusieurs glaces opposées l'une à l'autre doivent servir à répéter les attitudes du plaisir.

DEMANDE.

Quels usages doit faire une fille de joie de tous ces petits meubles?

RÉPONSE.

Lorsqu'il se présente chez elle quelques fouteurs à la glace, qui démontrent par l'attitude paresseuse de leur pine leur impuissance, ou un épuisement de force, la putain, après avoir tenté les voies ordinaires, voyant que l'exercice de sa main ne peut rendre à ce vit son front et sa majesté, doit recourir aux remèdes violents, il en est de très opératifs; voyant donc qu'elle ne peut, ou faire bander, ou faire décharger son jean-foutre, elle se saisit d'une bonne verge, et commence d'abord par lui en appliquer une trentaine de coups sur le gros des fesses; si cet essai ne produit pas un meilleur effet, les martinets, les disciplines épinglées doivent être employés.

Il est même quelquefois de l'astuce et de l'adresse d'une putain de deviner le caprice de certains hommes qui, bien qu'ils bandent naturellement, et déchargeraient sans le secours administratif de ces sortes de remèdes, trouvent néanmoins une jouissance plus sensuelle à se faire fouetter; les abbés surtout ont une propension plus décidée pour la fustigation; il en est qui se font lier et garrotter de part en part, et qui ne sont satisfaits que lorsqu'une putain leur a macéré et écorché le cul, jusqu'au point d'en faire ruisseler le sang le long des cuisses[2].

[2] Parmi les bizarreries de caprices dont la fouterie est susceptible, il est bon de rapporter le fait suivant; je le tiens de la putain à qui cette scène comique est arrivée. Voici comme elle me l'a conté.

Un soir, me dit-elle, que j'étais à raccrocher dans la rue Saint-Martin, j'abordai un petit homme, dont je ne pus discerner le physique que lorsqu'il fut monté chez moi. Figurez-vous un vrai polichinelle, bancal, bossu, borgne, une tête grosse comme celle d'un boeuf, âgé au moins de cinquante ans, enfin un vrai remède d'amour; cependant sa mise honnête fit que je passai légèrement sur ses défauts naturels; enfin il me jeta six francs, et me demanda si je voulais satisfaire son caprice. Je tremblai à cette proposition, je crus que j'allais servir d'holocauste pour assouvir la passion de ce vilain crapaud. Mais point du tout, il tire alors de sa poche une belle plume de queue de paon et déboutonne sa culotte, puis se couche le cul en l'air sur mon lit, il me dit alors de lui insérer le bout de cette plume dans le fondement, ce que je fis; ensuite de lui caresser le cul avec la main, en prononçant ces paroles: _Ah! le beau paon!_ Ce que je ne pus faire sans éclater moi-même de rire; enfin ce vieux blafard, à force de se sentir caresser le cul et d'entendre prononcer _Ah! le beau paon!_ déchargea sur mon lit, en imitant dans le fort de sa passion les cris d'une chouette: ce caprice bizarre devrait bien être observé par les naturalistes.

DEMANDE.

La putain n'a-t-elle pas le droit d'exiger un double salaire pour remplir une fonction aussi fatigante?

RÉPONSE.

Oui, sans doute; car il est sûr que quoique une putain puisse trouver quelquefois un certain délice à flageller un beau cul qu'elle tient en posture, et qui ne peut éviter la grêle des coups qu'on lui applique, que quoiqu'elle décharge souvent en s'acquittant de cette fonction joyeuse, cependant il est de ces paillards capables de fatiguer le bras de la putain la plus vigoureuse et même la plus passionnée pour ce genre de plaisir; elle peut donc, alors, et elle a le droit d'exiger de l'homme qu'elle sangle, un salaire différent, et se faire payer des balais employés à cette cérémonie tragi-comique.

DEMANDE.

Quel langage doit tenir une putain en fouettant?

RÉPONSE.

Sa conversation doit être conforme au caractère et à l'humeur du paillard qu'elle fustige: il est de ces bougres-là qui veulent qu'on jure après leur cul comme après un cheval de brancard, qu'on les traite de jean-foutre, de maquereaux, et qu'on assaisonne ces épithètes d'une dégelée de coups de verges des mieux appliqués; on peut dire que ceux-ci bandent comme des bêtes et déchargent de même. D'autres, au contraire, qui ont les passions et les humeurs plus douces, veulent qu'on renouvelle avec eux ces jeux innocents de l'enfance, en feignant d'employer à leur égard ces corrections enfantines, et rien ne les excite plus à décharger que ces mots qui ont tant d'énergie dans la bouche des femmes. «Petit coquin, petit polisson... vous serez fouetté jusqu'au sang... allons, point de grâce... bas les culottes... obéissez vite...» Et mille autres propos de cette nature, qu'une adroite et fine putain sait et peut toujours employer avec succès[3].

[3] Les fouteurs de cette espèce peuvent être regardés comme les plus chauds et les plus vifs; les filles prennent ordinairement plaisir à les fouailler, parce que leurs cris plaintivement modulés, leurs propos enfantins, les pardons, les promesses qu'ils n'en feront plus, sont comme autant d'aiguillons qui provoquent la fille à la luxure, et la font décharger malgré elle. Tel est l'empire de la femme sur l'homme quand la passion le maîtrise. Hercule filait aux pieds d'Omphale, Samson dormait sur les genoux de Dalila, Marc-Antoine était l'esclave de Cléopâtre, et je suis sûr que ces robustes paillards ont plus d'une fois déposé leur fierté et leur faste aux genoux de leurs garces, et reçu d'elles, sans se plaindre, de très bonnes et amples fessées dans cette posture humiliante; ce qui prouve que la fouterie est la seule passion qui rend les hommes égaux en faiblesse ou en vertu.

DEMANDE.

Qu'entendez-vous par capote anglaise?

RÉPONSE.

Ce sont de petits sachets ou espèces de fourreaux de peau de mouton, avec lesquels on enveloppe la pine du fouteur, qui craint le danger en foutant une femme de laquelle il n'est pas sûr: au moyen de cette chemise il se garantit des accidents de la vérole: cette précaution, quoique sage, ne plaît pas beaucoup aux filles chaleureuses dans le coït; il est vrai que cette jouissance est amortie de part et d'autre, et il faut une imagination très vive pour se faire illusion dans ce genre de fouterie: on peut même comparer la fille qui fout, au malheureux Tantale; elle est embrasée d'ardeur, et son con bâille au milieu d'un fleuve de foutre qui lui échappe à l'instant où elle croit en arroser sa matrice.

DEMANDE.

Une putain qui a la chaude-pisse ou la vérole doit-elle et peut-elle sans remords baiser avec un homme sain?

RÉPONSE.

Non: et telle luxurieuse que soit une fille, telle passionnée qu'elle puisse être, elle doit toujours se faire un crime de communiquer sa corruption à un homme; elle doit préférer plutôt perdre sa pratique que de l'empoisonner, et souvent un aveu naïf de sa part lui gagne l'estime du fouteur, qui se contente alors du plaisir idéal et du service de la main qui supplée à celui du con malade. La fille n'en reçoit pas moins son tribut ordinaire.

DEMANDE.

La fille qui a ses ordinaires peut-elle aussi se laisser baiser?

RÉPONSE.

Non; car il faut dans la fouterie observer certaine bienséance de propreté et d'usage: est-il rien en effet qui répugne tant à l'homme que cette maladie périodique des femmes? quel spectacle plus dégoûtant qu'une pine barbouillée d'ordinaires? Je sais que les femmes dans ce temps sont beaucoup plus passionnées, qu'elles bandent avec plus de luxure; mais il ne faut pas que l'envie de foutre les portent à occasionner aux hommes des regrets cuisants et à s'en faire haïr. Lorsqu'une fille se sera déclarée au fouteur pour être au temps de ses règles, si le satyre veut néanmoins qu'elle fasse le service, que sa pine barbotte alors dans son con, la fille n'a plus rien à se reprocher; qu'elle profite même de cet instant de rage foutative pour se servir de ce vit enragé comme d'un excellent frottoir pour se débarbouiller la matrice. Cet expédient lui est permis, parce que le fouteur a voulu passer par-dessus les _règles_. Elle doit néanmoins, après le coup tiré, avoir soin d'offrir un vase et de l'eau à ce laveur de con, afin qu'il puisse décrasser sa pine; elle doit aussi en faire autant de son côté; l'empressement qu'elle doit avoir d'être bientôt quitte de cette plaie mensuelle, lui en fait naturellement un devoir.

DEMANDE.

Une putain est-elle tenue de foutre avec un homme vérolé?

RÉPONSE.

S'il ne lui est pas permis de baiser avec un homme sain lorsqu'elle-même est gâtée, elle a le même privilège de ne point foutre avec celui qui a mal au vit; c'est à elle à y voir clair et à s'assurer avant de la propreté de son fouteur; pour vérifier ses reliques, elle doit elle-même décalotter le vit, pressurer le bout du prépuce pour voir s'il n'en sort pas de la matière; elle doit en outre considérer la chemise, et si elle s'aperçoit que cette chemise ressemble à une carte géographique, c'est un signe visible que la pine est malade et qu'elle ne peut, sans s'exposer au danger, foutre avec un tel homme. Le seul expédient qui lui reste, c'est le service de la main, ou la fouterie en cuisses ou en tétons.

DEMANDE.

Une fille peut-elle se servir de toute la finesse de son sexe et de l'art enchanteur qu'elle possède, pour soutirer de son fouteur ou de son miché le plus d'argent qu'elle peut?

RÉPONSE.