Catechisme Libertin A L Usage Des Filles De Joie Et Des Jeunes

Chapter 2

Chapter 23,611 wordsPublic domain

Oui; quand la supercherie n'est point de la partie, et que la bonne foi guide toutes ses tentatives, elle peut employer l'art des syrènes; mais il faut qu'elle y joigne aussi l'honnêteté des procédés et point d'escroquerie; elle ne fait alors que son métier, et l'homme n'a point à se plaindre de la faiblesse qui l'a fait céder à ses instances.

DEMANDE.

Une putain doit-elle se livrer à tous les caprices des hommes?

RÉPONSE.

Quoique tous les genres de fouterie doivent être familiers à une putain, il en est néanmoins qui répugnent à la délicatesse de certaines filles, l'enculomanie est de ce genre. Une putain peut donc décemment refuser de se prêter au zèle perforique d'un bardache, à moins qu'elle-même n'ait le cul porté au plaisir sodomique.

DEMANDE.

Jusqu'à quel âge une putain peut-elle exercer cet emploi avec honneur et profit?

RÉPONSE.

Cela peut dépendre du plus ou moins de tempérament; les blondes doivent quitter le commerce avant les brunes, leur chair étant plus sujette à l'affaissement; on doit néanmoins regarder comme hors de service une putain qui a vécu dans les sérails, et y a atteint l'âge de quarante ans; il est temps qu'elle pense à la retraite; une décrépitude livide, des rides bourgeonnant semblent lui en faire un commandement exprès.

DEMANDE.

Que fera donc une putain qui aura vieilli dans les combats de Vénus, blanchi dans les sérails sans avoir eu la sage précaution d'économiser une pomme pour la soif?

RÉPONSE.

Ce défaut, qui est presque celui de toutes les filles de joie, n'est plus réparable alors. Plutus fuit ordinairement les boudoirs que déserte l'amour; il ne reste donc plus à la vieille garce d'autre alternative que d'être maquerelle ou servante de putain; car ne devant plus espérer de faire de dupes, son unique emploi doit se borner à tenir souvent la chandelle et à être quelquefois spectatrice endurante de certains plaisirs, dont la réminiscence doit lui causer les plus vifs picotements et les regrets les plus cuisants. Son seul espoir est de pouvoir enjoler quelquefois un vieillard goutteux ou quelque jeune fouteur, à qui Bacchus aura ce jour-là blasé le goût ou falsifié la visière; mais le lendemain, quel regret et quel affront, lorsque le Narcisse ivrogne, revenu de sa léthargie, dira dans sa surprise en voyant cette tête chenue sur l'oreiller:

O rage, ô désespoir! ô ma pine ma mie, N'as-tu donc tant foutu que pour cette infamie!

La putain au contraire qui aura su profiter de sa fraîche jeunesse et des circonstances pour se réserver un honnête revenu, jouira encore même sous les rides de la vieillesse; son argent lui fournira des fouteurs, avec lesquels elle aura le plaisir de lancer de temps en temps quelque ancien coup de cul, qui, lui faisant pour un moment oublier sa décrépitude, lui retracera le tableau toujours riant et attrayant des voluptueux instants de sa jeunesse. Alors elle pourra espérer ne mourir qu'en foutant; et quelle mort plus douce peut être comparée à celle d'une garce qui meurt en déchargeant!

ORAISON A SAINT GARCELIN

Grand Saint, vous qui êtes le protecteur déclaré des putains, qui ne leur refusez jamais rien, faites, par votre entremise, que jamais la vérole n'altère mon tempérament, que ma chair soit toujours blanche, fraîche et dodue, afin de pouvoir accaparer beaucoup de pratiques et de michés; inspirez-moi cette vive ardeur de foutre qui vous animait ici-bas; donnez-moi la raideur des coups de culs, leurs élancements et le talent admirable de savoir désarçonner par eux une pine bien encrée, et de la renconner aussitôt; suggérez-moi les discours les plus libertins, les postures les plus voluptueuses, les attouchements les plus licentieux, afin que les hommes trouvent dans moi toutes les ressources et le raffinement des plaisirs de la chair et du cul, et viennent de préférence me donner leurs pines; et qu'après avoir bien fait mon truc avec mon con et mon cul, je me repose tranquillement, et n'aie plus d'autre occupation, d'autres jouissances que celle de contempler toutes les parties de notre beau corps, et lire les actions de fouterie qui vous ont valu le titre glorieux de protecteur et consolateur des garces; et que me trouvant un jour réunie près de vous, je décharge paisiblement sous vos yeux pendant la durée des siècles.

Ainsi soit-il.

LITANIES DES FILLES DE JOIE

Sainte Madeleine, patronne des garces, soyez-nous propice.

Sainte Messaline, l'exemple des fouteurs, protégez-nous.

Sainte Dolonne, dont le con brûlait d'ardeur, secondez nos efforts.

Sainte Julie, miroir des putains de Rome, donnez-nous votre chaleur.

Sainte Manon, modèle des impudiques, inspirez-nous votre lubricité.

Sainte Duthé, la volupté même, ne nous abandonnez point.

Bienheureuse duchesse de Berry, vous qui foutiez avec vos gardes, faites que nous en puissions faire autant.

Saintes Maintenon, Pompadour et Du Barry, consacrées aux pines royales, ayez pitié de nous.

Saintes Sorel et Jeanne d'Arc, et vous charnelle Dorothée, dont les cons belliqueux auraient affronté une armée de pines, donnez-nous votre courage.

Bienheureuse Héloïse, vous qui avez si peu goûté les joies du con, préservez-nous de votre malheur.

Toutes les Saintes Concubines des sultans et des rois, exaucez nos voeux.

Saint Joseph, patron des cocus, préservez-nous d'être cornettes.

Saint Saturnin et saint Conculix, pensez à nous.

Saint Salomon, roi des fouteurs, prenez-nous sous votre garde.

Saint Loth et ses dignes filles, souvenez-vous de nous.

Tous les saints maquereaux et bardaches, préservez-nous de votre colère.

Tous les sodomistes et les gamahucheurs, intercédez pour nous.

Saints branleurs et branleuses, donnez-nous la délicatesse du poignet.

Saintes maquerelles et avanceuses, jetez les yeux sur nous.

Toutes les filles d'opéra, danseurs et danseuses qui avez si bien gigoté et remué le croupion, donnez-nous votre élasticité.

Divin Girard, et vous illustre Cadière, mortifiez notre chair.

Tous les saints célibataires et coureurs de bordel, protégez nos taudions.

De tout enculeur, délivrez-nous.

De tout fouteur en bouche, préservez-nous.

De toute pine vérolée, garantissez-nous.

Des fouteurs impuissants, sauvez-nous.

Saint Priape, qui nous avez si bien instruits, nous vous prions.

Saint Arétin, qui réunissez à vous seul les qualités des deux autres, nous vous prions.

FIN DU CATÉCHISME.

POÉSIES LIBRES ET NOUVELLES Pour faire suite au Catéchisme libertin

L'OUTIL DÉSIRÉ

Ha! qu'un bon vit Me serait ici nécessaire, Ha! qu'un bon vit Me guérirait de tout souci. Il m'en faut un, malgré ma mère; Car, ma foi, l'on ne peut rien faire Sans un bon vit.

Mon pauvre con Le jour et la nuit me démange, Mon pauvre con Soupire après un bon luron. J'ai beau frotter, rien ne l'arrange, Il n'a pas la vertu d'un ange, Mon pauvre con.

Saint Garcelin, Daignez exaucer ma prière; Saint Garcelin, Donnez-moi bientôt un engin. En votre honneur, sur la fougère, Je veux remuer la croupière, Saint Garcelin.

LA FOUTEUSE INFATIGABLE

Je fouterai sans cesse, En dépit de maman. Non, rien ne m'intéresse Que le vit d'un amant Quand je sens ses deux couilles, Je pâme de plaisir, Et bientôt je m'embrouille, Son vit me fait mourir.

Maman, dans son jeune âge, Foutait sans doute aussi; Et mon père, je gage, Dut avoir un bon vit. Il n'est plus de ce monde; Mais je vois que maman, Dans sa douleur profonde, Le voudrait voir vivant.

Je n'ai point de richesse; Mais mon con, n'est-ce rien? Mes tétons et mes fesses M'en procureront bien. Une pine nerveuse, Et deux couillons dodus, Sont pour une fouteuse Les trésors de Crésus.

Je veux, quoiqu'on en dise, Foutre jusqu'au tombeau. Mourir dans cette crise, Est-il un sort plus beau! Que sur ma tombe on grave, Pour toute inscription: Ici gît le plus brave Et déterminé con.

GAILLARDISE

Le gros Lucas allant au bois, S'amusait à cueillir des noix Quand sa bergère il rencontra; Alleluia.

Philis sur un lit de gazon Reposait d'un sommeil profond, Lucas aussitôt s'écria: Alleluia.

La friponne était sans mouchoir, Son cotillon laissait tout voir: Palsangué comme la voilà; Alleluia.

Sa bouche respirait l'amour, Et Zéphir soufflait alentour; Et vite, et toc, boutons-nous là: Alleluia.

Sur son sein un globe incarnat, De la rose imitait l'éclat: Ouf! quels jolis boutons voilà; Alleluia.

Son petit coeur faisait tic-tac; Il redoublait ce doux mic-mac: Voyez donc comme son coeur bat; Alleluia.

Le paillard d'aise bondissait, Son coeur tout bas se trémoussait; Je n'en puis plus, embrassons-la; Alleluia.

Il se penche amoureusement, Et baise Philis tendrement; Mordienne! on ne s'en tient pas là: Alleluia.

Déjà Lucas est en devoir; Il franchit l'amoureux boudoir, Quand la bergère s'éveilla: Alleluia.

Philis qui se plaisait au jeu Voudrait se fâcher, mais ne peut; Car le berger disait tout bas: Alleluia.

Mon Dieu! Lucas, laisse-moi donc, Car tu chiffonnes mon jupon, Et puis que viens-tu chanter là? Alleluia.

Bon: laisse faire, ma Philis, Ce beau jeu l'Amour me l'apprit: A ton tour tu répéteras: Alleluia.

JOUISSANCE

Mon mat presque abattu du coup de la tempête, Baisse languissamment sa rubiconde tête. Tandis que ma paillarde au sein de la langueur, Goûte d'un calme heureux la tranquille douceur: C'en est fait, foutu gueux, tu triomphes, dit-elle; Tu triomphe à l'instant que mon honneur chancelle, Je le sens, tu le vois, et je résiste en vain; Où la couille paraît, la vertu va grand train. A ces mots, dans l'ardeur du transport qui m'enchante, Je donne cent baisers à sa bouche brûlante, Et pressant tendrement sa langue entre mes dents, Je m'enivre à longs traits du plaisir de mes sens. D'un charme plein d'appas, la séduisante atteinte, Dans mon coeur enflammé, se forme sans contrainte; Et je puis promener et mes mains et mes yeux Sur son corps, où l'Amour folâtre avec les Jeux. Climène cependant, par un soin charitable, Flatte légèrement mon engin effroyable: L'approche avec un doigt, qui l'enfle sous sa peau Du brasier où l'amour allume son flambeau. Alors plein d'un beau feu, je prends au corps la belle, La jette sur un lit, et me jette sur elle. Mes efforts triomphant découvrent à mes yeux Le séjour enchanté du plus puissant des Dieux. En cet instant heureux, dans l'antre de Cyprine, Je darde avec fureur ma turbulente pine. Tout craque, tout s'étend, mon vit pour s'ébaudir, Bourre ce con battu, qui craint de s'entr'ouvrir. De ce choc foudroyant, la Vestale éperdue, S'écrie tout en feu, foutu chien, tu me tue! Arrête! dans tes bras tu me verras mourir: Mais moi, sourd à la voix qui voulait m'attendrir, De mon membre nerveux ranimant le courage, Je le presse, l'excite et l'enflamme de rage, Et par un dernier bond, ce bougre furieux, Se précipite entier dans l'antre ténébreux. La belle en cet instant voit la fin de ses peines; Les plaisirs renaissants se glissent dans ses veines: Ses sens sont obsédés d'une tendre langueur, Déjà mille soupirs s'exhalent de son coeur. Déjà ses yeux éteints se couvrent de nuages, Ses sons entrecoupés s'arrêtent au passage. Ce doux ravissement qu'enfante le plaisir, Ne paraît l'animer que de brûlants désirs; Et poussant au travers d'une joie naissante, Les restes soupirants d'une vertu mourante, Du foutre, me dit-elle, ah! ah! cher greluchon, Précipite tes coups, enfonce tes couillons. Arrête... quel plaisir chatouille l'orifice! Inonde, si tu peux, ma brûlante matrice. Ah! quelle volupté s'empare de mon coeur... Je décharge... je fous... décharge donc... je meurs... A ces mots inspirés d'une amoureuse rage, Les traits d'un doux trépas sont peints sur son visage, Je la vois succomber, et j'admire interdit, L'effort prodigieux de la force d'un vit. Cependant de mon vit je branle la machine, Je bande avec effort les ressorts de ma pine. Mille élans redoublés font gémir le chalit, Où le foutre du con raidement s'ébaudit; La belle de retour du pays de foutaise, Se sentant harceler d'un vit chaud comme braise, Bougraille en vrai lutin, et mille sacredieux Composent de sa voix les sons harmonieux. Elle empoigne à deux mains mes fesses bondissantes, Puis presse entre ses doigts mes couilles palpitantes; L'on dirait à la voir agiter le croupion, Qu'elle veut m'engloutir tout vivant dans son con. Le foutre en cet instant, en haut de mon échine, Ramasse sans efforts sa moussante ravine: Je le sens voiturer ses grumeleux bouillons, Et prendre son logis au fond de mes couillons. A ce renfort charmant j'anime mon audace, Je barre en conquérant les dehors de la place; Climène, cher amour! m'écriai-je, il est temps, Ranime ton ardeur, règle tes mouvements: Un désir tout de feu s'empare de mon âme, Mon coeur est absorbé... doux objet de ma flamme, Serre-moi dans tes bras... je jure par les Cieux, Que de tous les mortels je suis le plus heureux... Tu ne me réponds point... attends... quoi donc, cruelle, Tu veux me prévenir... que cette gorge est belle!... Que ne suis-je tout vit dans ton amoureux con... Là je foutrais mille ans à triple carillon... Donne-moi pour garant de ton amour extrême De ces baisers de choix... Ah! volupté suprême... Ah! foutre, poursuis donc... que je sens de douceur... Je n'en puis plus... je cède... mes délices... mon coeur... Unissons nos plaisirs... la force m'abandonne... Le jour s'évanouit, et la nuit m'environne... Pousse, achève... grands dieux... quel ravissant retour... Qu'attends-tu? je décharge... ah!... j'expire d'amour...

LA PREMIÈRE FOIS

L'amour me prête encor ses armes: Mais ce Dieu m'a fait éprouver, Qu'un premier triomphe a des charmes Qui ne peuvent se retrouver.

La première fois que Lisette Vint frapper mes yeux innocents, Mon coeur sortit de sa cachette, Et je sentis naître mes sens.

La première fois que Lisette Me laissa toucher deux tétons, Dont une ardeur douce et secrète Agitait les petits boutons, Je m'écriai dans mon ivresse: «Heureux corset de ma maîtresse, Arrête ce sein qui veut fuir, Il est vrai que ma main le presse, Mais elle voudrait le couvrir.»

La première fois que Lisette Me dit d'être plus hasardeux, Mes mains dessous sa chemisette, Regrettaient de n'être que deux; Et lorsque la plus vagabonde Eut trouvé deux globes par là, Je n'aurais pas lâché cela Pour découvrir le nouveau monde.

En un mot, la première fois Que Lisette combla ma flamme, Je sentis jusqu'au bout des doigts Son âme s'unir à mon âme... Ici mon pinceau reste court. Tous les auteurs jusqu'à ce jour Ont parlé du prix de Cythère: Le moyen de peindre l'amour! On ne saurait plus que le faire.

ÉPIGRAMME

Certain marinier malotru, Contre un con à son vit rebelle, Dieu jurait et se plaignait dru, Que la mariée était trop belle. La fillette disait: Hélas! L'amant criait: Saint Nicolas! Vainqueur n'en pourrai-je point être? Bougresse, lâche-moi du con, Je te quitte de la façon; Mon vit n'est point vit petit-maître.

RECETTE POUR RESTER SAGE

CONTE DÉDIÉ AUX DAMES

Oh! mes amis, pourquoi faut-il sans cesse Que le plaisir soit contraire au devoir? --Pour s'en défendre, on n'a qu'à le vouloir, Disent les gens auxquels on s'en confesse. --Propos menteur, et ridicule espoir. La liberté que cet attrait nous laisse, N'est qu'un vain mot qu'on ne peut concevoir. De résister avons-nous le pouvoir?

Quand le désir à chaque instant nous presse; Sexe adoré, vous qu'un tendre penchant Porte à l'amour dès votre plus jeune âge, Je m'en rapporte à votre sentiment: Comment jamais pouvez-vous être sage? En vous flattant, on sait vous décevoir, Et tour à tour, séduit avec adresse, Par votre amant et par votre faiblesse, Par vos désirs et par votre miroir, A chaque instant forcé de vous défendre, Du piège adroit d'un heureux séducteur, Il vous faudrait, pour ne jamais vous rendre, Ou plus de force, ou n'avoir pas un coeur.

Il est pourtant quelques femmes prudentes Qui, nous dit-on, échappent à ces lois. Boileau, cherchant ces vertus étonnantes, Dans Paris même, en compta jusqu'à trois. C'était beaucoup, et maintenant je pense Que, pour aider leur fragile innocence, Elles avaient quelque secret moyen Qui les faisait persister dans le bien.

Ces ruses-là, ces heureuses recettes Ne doivent point, amis, rester secrètes Quand on les fait, il faut les indiquer. J'en connais une, et je croirais manquer A mes devoirs, à la vertu des dames, Si mon secret, facile à pratiquer, Restait toujours un secret pour nos femmes. L'exemple seul peut le bien expliquer. C'est pour cela qu'en historien fidèle, Sans plus longtemps du sujet m'écarter, Discrètement je vais le raconter.

Alix était aussi jeune que belle, Ses yeux charmants promettaient le plaisir; Partant, Alix inspirait le désir. Dire qu'elle eut mille amants d'importance, Ce serait prendre un inutile soin. Un d'eux bientôt obtint la préférence; Et pour sauver sa trop faible innocence, D'un prompt hymen Alix eut grand besoin. Son père était homme d'expérience, Il se disait en voyant leurs amours: --Son coeur est pris, le reste est sans défense, Il faut voler bien vite à son secours.

Si cet amant me donne l'espérance De voir ma fille heureuse pour toujours, N'hésitons pas, et de ma vigilance, De mes frayeurs n'allongeons pas le cours. L'examen fait avec soin et prudence, Sur chaque point a comblé tous ses voeux, L'amant aimé promet une constance, Gage certain du bonheur de tous deux; Il est bien fait, aimable et généreux, Riche de plus et de haute naissance; Pour nos enfants trouvant tels amoureux, Ce serait bien de quoi nous satisfaire. Mais ce fut trop pour notre digne père, Il voulut voir, voir de ses propres yeux, Si pour forcer sa fille à rester sage, Son gendre avait ces talents merveilleux Qui, selon lui, fixaient une volage, Ces dons brillants, dont le fréquent usage, De deux époux fait des amants heureux. Il voulut voir... et ne vit que miracles. Bien sûr alors de la vertu d'Alix, A leur hymen il ne mit point d'obstacles; Et des époux lui donna le Phénix.

Pendant longtemps la troupe rebutée Ne troubla point les plaisirs du vainqueur; Mais à la fin, d'un doux espoir flattée, Elle revint à l'attaque d'un coeur, Qu'elle croyait aussi facile à prendre Que tous les coeurs de nos femmes de bien. On ignorait l'invincible moyen Que notre Alix avait pour se défendre. On fit venir près d'elle tour à tour Ces gens charmants qui ne mettent leur gloire Qu'à vaincre un jour, puis chanter leur victoire. Soins superflus! rebelle à leur amour, L'or même, l'or ne put obtenir d'elle Ce que toujours il obtient d'une belle.

Lasse à la fin de sa nombreuse cour, Elle voulut mettre un terme à son zèle, Et repousser d'une façon nouvelle Ce peuple amant qui venait chaque jour La tourmenter et la nommer cruelle. Elle voulut donner une raison Pour excuser sa longue résistance, Mais raison telle, et de telle évidence, Que s'en tenant à si bonne leçon, On ne vînt plus lui faire violence, Ni déranger la paix de sa maison.

Elle fit faire en grandeur naturelle, Par un artiste habile complaisant, De son époux une image fidèle. Ce beau portrait était intéressant. Ce n'étaient point les traits de sa figure, Qui sur la toile étaient représentés. On sait assez que la bonne nature Nous a donné de plus grandes beautés. La sage Alix ne veut dans cette image Que... le garant de sa fidélité, Ce doux lien du plus heureux ménage, Ce trait brûlant, qui de la volupté, Porte le trouble en son sein agité. Il était peint, vermeil comme l'aurore, Et couronné de myrte et de laurier, Sa tête haute, et son maintien altier, Le vif carmin dont son teint se colore, Sa riche taille, un embonpoint flatteur, Deux arsenaux où l'amour créateur Vient préparer ses foudres en silence, Foudres charmants que la volupté lance, Tout annonçait un superbe vainqueur, Sûr à jamais de maîtriser un coeur.

Alix, alors contente de l'ouvrage, A ses amants découvrit son secret. --Je cesserai, dit-elle, d'être sage, Quand vous aurez plus beau que ce portrait. A cet aspect la trop faible cohorte Honteusement alla gagner la porte.

Alix plaça l'image à son chevet, Et quand parfois, quelque amant se trouvait Qui, ne sachant l'innocente malice, Voulait encor tourmenter notre Alix, Il suffisait de montrer le phénix, Sans répliquer, il se rendait justice.

Par cette ruse, avec cet heureux soin, Alix toujours fut et sage et discrète. Sexe enchanteur, très bonne est ma recette. D'autres moyens vous n'avez pas besoin. Quand vous aurez chez vous telle merveille, Faites-en vite un bel épouvantail... Si ne l'avez... votre ami vous conseille De la chercher, pour le moins en détail.

FIN DES POÉSIES

APPROBATION

Nous, docteurs en fouterie, et de la faculté des branleurs, enculeurs, gamahucheurs, certifions avoir lu et relu un livre intitulé: PETIT CATÉCHISME LIBERTIN, à l'usage des putains et des jeunes demoiselles qui se décident à cette profession, et n'y avons rien trouvé qui puisse en empêcher l'impression, la morale étant conforme au plan de l'auteur, et ne pouvant dans tout son contenu que servir à l'instruction des toupies, et à leur faire faire des progrès rapides dans la paillardise; pourquoi nous l'avons approuvé.

MAURY, D'AUTUN, docteurs foutimaces.

FIN

INVENTAIRE DES LIVRES DU BOUDOIR DE TRÈS VÉNÉRÉE ET TRÈS AMOUREUSE DAME CYPRIS, A LA BIBLIOTHÈQUE APHRODISIENNE DE LARNACA, AU CHATEAU DE LA COLOMBE ET DU MYRTE, PLACE DE CUPIDON, RÉDIGÉ PAR G. DELLA ROSA, CHEVALIER DE L'ÉTOILE DE VÉNUS ET GRAND AUGURE (IN PARTIBUS) DE CYTHÈRE ET DE PAPHOS.

ANTHOLOGIE SATYRIQUE. Répertoire des meilleures poésies et chansons gaillardes parues en français depuis Clément Marot jusqu'à nos jours. Publié par et pour la Société des Bibliophiles cosmopolites. _Luxembourg_, 1878, 8 volumes pet. in-12, tirés à 300 exempl., tous numérotés et sur papier vergé de Hollande.

_Cet ouvrage, qui est le plus curieux et le plus important paru, a coûté quinze années de recherches à son éditeur littéraire; il renferme 485 pièces, très libres, anonymes, et plus de 1,400 pièces signées._

L'ANTI-JUSTINE, par Restif de la Bretonne, in-12, papier vergé, 6 figures.

CHANSONS BADINES de Collé. Nouvelle édition revue et corrigée. _Utrecht_, chez Jean Plecht, in-8, papier vergé de Hollande, joli frontispice gravé à l'eau-forte par Fél. R.....

_Collé est, sans contredit, le premier chansonnier français du XVIIIe siècle. Cette édition est complète, et renferme toutes les chansons libres et satyriques. Il n'en n'est pas de même de certaines éditions populaires, qui n'ont de Collé que son nom sur leurs titres._