Caprices d'un Bibliophile

Part 8

Chapter 83,781 wordsPublic domain

--Il y eut un silence;--mon voisin de divan, renversé en arrière, avec une moue d'ennui, sifflotait une sorte de menuet.--Je ne perdis pas courage et fis un nouvel effort.

--Si belle que soit la valse de perfection moderne, hasardai-je, elle ne laisse pas de faire regretter très vivement aux délicats ces mélodies du XVIIIe siècle, mélancoliques, naïves et simples, si séduisantes par le caractère, si pénétrantes de pensée et si gracieuses de style.

Il souriait, semblant m'écouter avec plaisir et même m'approuver;--Je continuai:

--Est-il rien de comparable aux Quintettes de Mozart, aux Gavottes de Rameau, aux Menuets de Boccherini et de Reicha, aux Symphonies de Haydn et de Beethoven, aux Préludes, aux Rondos, Duos, Quatuors, aux Concertos, aux Thèmes variés composés vers 1725, et plus tard par tant de charmants musiciens aujourd'hui ignorés pour la plupart.

--Et les airs pour fifre! et les douces romances! et les motifs pour clavecin! fit le Chevalier en se redressant subitement; les motifs pour clavecin, Monsieur, que de verve amoureuse! que de charmes alambiqués! que de légèreté et en même temps que de nonchalance! Hélas! le piano rend mal toutes ces jolies choses et je préférerais mille fois les voir exécuter sur le clavier d'une Epinette que sur le meilleur Pleyel du monde.

--Sans compter, dis-je, faisant brusquement diversion à la conversation, sans compter que les Clavecins étaient des meubles ravissants, décorés avec un art incomparable par des artistes tels que Boucher, Watteau...

Ajoutez Fragonnard, reprit mon interlocuteur avec passion, Fragonnard, ce peintre divin des lubricités folles, des voluptés égrillardes et spirituelles, Fragonnard qui connaissait si profondément la science du nu et des décolletés piquants, Fragonnard, ce Grécourt de la peinture; ajoutez Fragonnard: je possède un clavecin, un bijou, sur lequel il a tracé des scènes adorables, de charmants camaïeux signés de son nom.

--Je n'ai qu'une toute petite toile de ce maître, osai-je dire modestement, mais c'est une œuvre si blonde de ton, si mignarde dans son déshabillé, si étonnante de facture, si parfaite d'ensemble et enfin si grivoise de composition, que je la tiens pour une merveille véritable.

Le sujet, quel est le sujet? me demanda le Chevalier hors de lui, possédé d'une furieuse curiosité à l'idée de grivoiserie du tableau.--Quel en est le sujet, je vous prie?

Le sujet, mon Dieu, cela est très délicat, répondis-je lentement; vous avez lu Brantôme, n'est-il pas vrai?

Les _Dames Galantes_ sont pour moi un bréviaire.

Alors, repris-je, après ce cynisme d'impiété, vous y avez vu décrit le sujet de mon Fragonnard, dans le _Discours premier_; vous l'avez lu dans la cent dix-neuvième épigramme de Martial, livre I, qui se termine par ce vers:

_Hic ubi vir non est, ut sit adulterium._

Vous l'avez lu dans Lucien, dans Juvénal; enfin mon tableau représente des _fricatrices_; _Donna con Donna_.

La figure du Chevalier Kerhany était bouleversée; ses yeux morts avaient repris un éclat surprenant; ses lèvres s'agitaient d'étonnement, et la sueur ravinait son visage.

--Vous avez un tel tableau de Fragonnard! exclamait-il avec admiration; un sujet si bien traité par un tel maître,--que ce doit être beau!

Il s'approchait plus près, me demandant des détails; il insistait sur les moindres choses, et dans l'ivresse de savoir et peut-être le désir de posséder plus tard, il m'accablait de prévenances.

Ayant voulu prendre par la curiosité cet érotomane effréné, j'avais touché juste; il avait bondi à la description d'un sujet érotique et déjà il s'apprêtait à me réclamer de nouveaux renseignements sur l'origine de cette œuvre d'art, lorsque la foule inonda le petit salon dans lequel nous nous trouvions retirés; la valse venait de finir, le Chevalier fut enjuponné par quelques jolies femmes qui vinrent prendre place à ses côtés.--L'intimité était rompue.

--Sur la fin de la soirée je le rencontrai, et après un échange mutuel de politesses, il me remit sa carte en m'assurant du plaisir qu'il éprouverait à me faire les honneurs de sa Bibliothèque.

III

Quelques jours après, je sonnais à l'huis du Chevalier de Kerhany, dont l'hôtel était situé sur le boulevard Haussman;--un grand diable de laquais vêtu de panne écarlate vint m'ouvrir.--Je traversai d'abord une vaste pièce, sorte d'atrium décoré en style Pompéïen, où se trouvaient rangés des meubles romains de tous les genres; j'aperçus l'_accubitum_, le _biclinium_, le _triclinium_, orné de ses _plagula_; le _lectulus_, et même le _subselium_, le _seliquastrum_, le _scabellum_ et autres siéges fidèlement copiés d'après l'antique.--Le Chevalier était visible; il se tenait dans un petit fumoir tendu de soie havane capitonnée de satin bleu. Il me reçut avec la plus grande cordialité, me félicitant de n'avoir pas craint de le déranger. Nous parlâmes art et littérature, ou plutôt femmes, car toute l'esthétique de mon Erotomane semblait se réunir et se résumer dans l'éternel féminin; il ne voyait la musique, la poésie, la peinture que dans un sens de corrélation voluptueuse qu'il se plaisait à établir malgré lui entre tous les chefs-d'œuvre et l'amour des filles d'Ève;--prenant chaque génie en particulier, il me montrait avec une verve passionnée que, dans les grandes manifestations de l'art, on pouvait répéter le mot d'un policier célèbre: _Cherchez la femme_. Il me parla du sexe charmant comme un habile général le ferait d'une forteresse dont il connaît les coins et recoins; exprimant avec grâce les différentes manières d'attaquer la citadelle, émettant des théories si audacieuses, que je ne pourrais, même en voilant mes phrases comme des femmes turques, les raconter ici.--Je fus entièrement séduit par ce vieil Anacréon; je croyais avoir en face de moi le célèbre Duc de Lauzun donnant des conseils à son petit-neveu, le Chevalier de Riom, tant il annonçait de connaissances approfondies et de crânerie passionnée dans les sujets délicats qu'il avait à traiter.

Cependant, si attrayante que fut la conversation, je ne tardai pas à réclamer du Chevalier Kerhany la faveur de visiter son musée. Il accéda avec la meilleure grâce à ma demande:--«C'est juste, c'est juste, me dit-il en souriant, je vous retiens ici avec mes billevesées. Passons, si vous le voulez bien, dans la galerie des maîtres.»

Je fus introduit dans une superbe salle éclairée par une vaste baie exposée au nord;--étourdi un instant par la splendeur des cadres et l'orgie magistrale des couleurs, je ne tardai pas à me remettre, et je pus considérer à mon aise la plus remarquable collection particulière qu'il m'ait été donné de voir.--Il y avait là des Velazquez et des Murillo, des Titien et des André del Sarte, des paysages éclatants de Ruysdaël, de Hobbema et du Poussin, des petites toiles adorables de Terburg, de Metzu, de Van Ostade, de Wouwermans, de Jan Steen, de Van der Meer; puis, dans un style plus large, des Rembrandt, des Rubens, des Jordaens, des Frans Hals, des Ribera, des Gérard Dow, ainsi que des Antonello de Messine, des Guerchy, des Léonard de Vinci et des Paul Veronèse.--Il m'eut fallu des journées entières pour rassasier mon admiration; il me faudrait des volumes pour exprimer les sensations que j'éprouvai.--Je m'arrachai cependant à cette féerie sublime pour faire remarquer à l'heureux propriétaire de tant de merveilles que l'art plus affadi des maîtres du dix-huitième siècle ne tenait aucune place dans sa galerie.

«Un moment, un moment, répondit-il,--ceci tuerait cela,--suivez-moi, vous ne perdrez rien pour attendre, suivez-moi, je vais vous satisfaire.»

Le Chevalier souleva une portière; nous nous trouvions alors dans une chambre octogone dont les boiseries blanches étaient sculptées de festons, de guirlandes et de couronnes relevées d'or mat; une glace immense remplaçait le plafond et tout à l'entour de la pièce jusques à la cimaise étaient suspendus des tableaux du dix-huitième siècle.--C'était, en premier lieu, des portraits de Reynolds, de Gainsborough, et des pastels de Latour; ensuite venaient Vanloo, Pater, Boucher, Lancret, Fragonnard, Largillière, Nattier, Dietrich, Le Barbier, L'Epicié et Boilly.--Ce qui donnait un caractère particulier à cette réunion de chefs-d'œuvre, c'était la nature même du choix des sujets: on ne voyait qu'un éblouissement de chairs roses, qu'un rut de peaux mates, de fossettes gracieuses; qu'une débauche de postures alanguies et enivrantes, qu'une nuée d'amours polissons et rieurs dont les lèvres s'entrebaisaient.--La dépravation de tout un siècle s'étalait dans la lubricité de ces peintures, souriantes de luxure et aimablement vicieuses; les torses cambrés, lascifs, endiablés émergeaient des cadres, se reflétant dans la grande glace du plafond, tandis que les jambes velues des faunes et des sylvains nerveusement gonflées d'un priapisme intense, semblaient secouer dans l'air une odeur âcre de bouc qui montait au cerveau.

Il y avait près d'une heure que je me trouvais là, ivre de tant de beautés entrevues, brisé, anéanti, dans un état de prostration impossible à décrire. Le Chevalier de Kerhany jouissait de ma surprise et de mon admiration passive, à force d'être surexcitée: «Eh bien! jeune homme, me disait-il, eh bien! que dites-vous de mon dix-huitième siècle? Ne croyez-vous pas que votre Fragonnard Lesbien serait en fort belle compagnie dans mon modeste petit musée?--Ce n'est pas tout, ajoutait-il, nous allons visiter ma Bibliothèque qui compte certaines curiosités qui seront de votre goût.--Mais... qu'avez-vous?--on dirait que vous vous sentez mal?

Je répondis furtivement, m'excusant de ne pouvoir visiter ce jour-là les livres de mon hôte, j'invoquai un rendez-vous pressant, et remerciant le Chevalier, je sortis après avoir pris rendez-vous pour le lendemain à la même heure.

Le fait est que j'éprouvais un violent mal de tête et un malaise général; ce que j'avais vu m'avait transporté dans un monde idéal, loin du Paris moderne et de sa civilisation, loin du banal et du convenu odieux. Mon imagination s'était fatiguée dans une course échevelée à travers l'Eden de mes rêves, et ma cervelle dansait encore à soulever mon haute-forme lorsque je me trouvai sur le boulevard.

Le Chevalier de Kerhany me paraissait, à cette heure, un magicien sinistre, une sorte de Méphistophélès régence qui s'était amusé à plaisir de mon enthousiasme juvénile.--Je lui en voulais presque de m'avoir promené un instant dans le verger des fruits défendus, car je ne voyais plus devant moi que les petites pommes d'api, c'est-à-dire des petites parisiennes trop vêtues selon la mode, qui trottinaient allègrement, suivies par les faunes d'aujourd'hui, de gros boursiers enflés de bourse et de ventre, jouisseurs hâtifs, prêts à pénétrer dans le boudoir des Danaés sous la forme d'une pluie d'or.

IV

Le lendemain, à l'heure fixée, l'esprit plus calme et de sens plus rassis, je me trouvais chez le chevalier qui m'attendait dans sa Bibliothèque. Cette librairie était disposée dans un salon ovale; une fenêtre aux vitraux multicolores y distribuait le jour dans un prisme joyeux et le soleil tamisé par des losanges roses, jaunes ou bleus, semblait éclabousser les tapis d'orient de reflets contrariés. Les parois de la pièce étaient entièrement rayonnées de planchettes de bois de rose, recouvertes de cuir de Russie, et ornées sur les rebords de coquets lambrequins de moire vert myrte, dentelés et effrangés, dont l'élégance se joignait à l'avantage de préserver les livres de la poussière. Tout en haut, près de la corniche, sur le dernier rayon, dans un désordre charmant et fait pour le plaisir des yeux, des petites statuettes se montraient dans toute l'impudence de l'impudicité; c'étaient de sveltes Vénus n'ayant rien du rigide classique, des groupes de baigneuses affolées, des Sapho... avant l'amour de Phaon, des Narcisses pâles et blêmes, des Hercules puissants et aussi des suites de Phallus en bronze ayant l'esprit et le caractère singulier de ceux que l'on voit dans _Le Musée Secret du Roi de Naples_. Je me croyais chez un juge d'instruction après la saisie de figurines portant atteinte à la morale publique, tant était chaude et déréglée la composition de cette statuaire unique.--La pièce n'avait pour tous meubles qu'un divan circulaire, large, profond, rebondi, habillé d'une épaisse étoffe des Indes ravissante de tons, sur laquelle étaient jetés des coussins nombreux et variés. Çà et là quelques X de Cèdre supportaient des cartons à estampes et une table liseuse, aux pieds torses, à sabots d'or, occupait le centre de la salle. Au plafond, d'une rosace ayant la bizarrerie obscène de certaines gargouilles moyen-âge, tombait un lustre de bronze d'une si effrayante lubricité qu'on l'eut dit ciselé par quelque Benvenuto Cellini atteint de satyriasis.

Cette Bibliothèque me parut renfermer près de deux mille volumes dont je m'approchais déjà curieusement afin d'en parcourir les titres lorsque le Chevalier de Kerhany m'arrêta:

«Mon jeune ami, me dit-il doucement, cette bibliothèque est un enfer bibliographique dont je suis le Pluton égoïste; ici, j'ai donné rendez-vous à tous les affamés du vice, à tous les grotesques de libertinage, à tous les condamnés de l'indignation bourgeoise, aux conceptions maladives et honteuses des cerveaux surmenés de plaisirs. Peu de visiteurs ont franchi cette enceinte; quelques jolies pécheresses seules y ont traîné l'élégance de leurs pantoufles; et si une sympathie particulière me permet aujourd'hui de faire en votre faveur ce que je n'ai fait jusqu'alors pour aucun autre Bibliophile, votre érudition sage vous placera, je l'espère, au-dessus de vos sens; cependant, je crois devoir vous prévenir: réfléchissez comme si vous alliez prendre de l'opium pour la première fois de votre vie.--Mon coupé est en bas, venez-vous faire un tour de lac?

Faites dételer, lui répondis-je en riant; je vais rendre visite à vos pestiférés.

--Dans ce cas, commencez par la droite, ajouta le Chevalier en m'indiquant les rayons les plus proches; ma Bibliothèque est graduée,--les incurables sont à gauche à l'extrémité du lieu où vous vous trouvez;--je vous laisse seul ici, dans une heure je reviens vous prendre.

La première rangée des livres que j'ouvris formait ce qu'on pourrait appeler la série des anodins: c'étaient pour la plupart des romans ou contes piquants, écrits dans cette période voluptueuse comprise entre la Régence et la Révolution, des fantaisies Turques, Persanes ou Chinoises, de bonnes et inoffensives polissonneries imprimées à Cythère avec l'approbation de Vénus, à Érotopolis, à Cucuxopolis, ou au Palais Royal chez une petite Lolo, marchande de galanterie. Je vis _Grigri_; _Thémidore_; _Le Noviciat du Marquis de *** ou l'apprenti devenu maître_; _Les Œuvres galantes de Bordes_; _Le Grelot_; _Le Roman du Jour_; _Le Sopha_; _Le Tant pis pour lui ou les spectacles nocturnes_; les différents _Codes_: _Code de la Toilette_; _Code des Boudoirs_; _Code du Divorce_; _Code des mœurs ou la prostitution régénérée_; _Code de Cythère ou lit de justice d'Amour_; puis la _Bibliothèque des petits maîtres_, la Bibliothèque des _Bijoux_: _Les Bijoux indiscrets_; _Le Bijou des Demoiselles_, _Les Bijoux des neuf Sœurs_; _Le Bijou de Société ou L'Amusement des Grâces_; les _Bijoux des petits neveux d'Arétin_ et autres; les _Caleçons des Coquettes du jour_, les _Calendriers de Cythère_, _L'Almanach cul à tête, ou étrennes à deux faces pour contenter tous les goûts_ ainsi qu'une foule d'œuvres scatologiques et d'_ana_ orduriers.

Les volumes étaient reliés admirablement en maroquin plein, en veau uni ou agrémenté; chacun d'eux était orné de petits fers spéciaux, d'une composition fine et originale, quelquefois brutalement grossiers par esprit de couleur locale; ils étaient placés sur le dos, entre les nervures, en forme de culs-de-lampes ou frappés en plein maroquin sur le plat des volumes en guise d'armoiries.--Des gravures licencieuses étaient ajoutées aux passages les plus colorés des ouvrages auxquels elles convenaient; les gardes même, subissaient quelquefois l'effronterie d'un dessin graveleux et je ne pouvais m'empêcher de songer que le livre de la plus chaste gauloiserie se fut trouvé impitoyablement transformé par l'érotomanie invétérée du Chevalier de Kerhany.

Au fur et à mesure que j'inclinais vers la gauche, la graduation libertine s'accentuait; déjà j'avais franchi les poésies gaillardes: _La Muse folâtre_; _L'élite des poésies héroïques et gaillardes de ce temps_ (1670); _Le Parnasse satyrique du sieur Théophile_; _Le Cabinet satyrique_; _Les Œuvres de Corneille Blessebois_; _Dulaurens_; _Les Muses en belle humeur ou Elite des poésies libres_; _le Pucelage nageur_; _L'Anti-Moine_; _Le Parnasse du XIXe siècle_ et tous les ouvrages imprimés en Belgique, à Neufchâtel, à Freetown, avec eaux-fortes de Rops, auxquelles s'ajoutaient de nouvelles gravures. Déjà j'avais parcouru la majeure partie de la Bibliothèque et mes mains commençaient à trembler en ouvrant chaque livre qui s'offrait à moi; les petits fers prenaient des allures cyniques et effrayantes; j'eus peur de ne pas arriver au but et j'abandonnai quelques centaines de volumes pour atteindre l'extrême gauche.

Je me trouvais bien en effet parmi les incurables, comme me l'avait dit le Chevalier, c'était à l'extrême gauche, le suprême du genre, le _nec plus ultra_ de la dépravation et à la fois du luxe artistique des livres et des gravures; _Les Œuvres badines d'Alexis Piron_ touchaient _L'Amour en Vingt Leçons_ et le _Meursius François_; _L'Arétin_ y était représenté par le _Recueil de postures érotiques d'après les gravures à l'eau-forte d'Annibal Carrache_; par l'_Alcibiade Fanciullo à Scola_; par l'_Arétin français_ et par le livre dit: _Bibliothèque d'Arétin_; près du _Divus Arétinus_ je remarquai _Félicia ou Mes Fredaines_; _Monrose ou le Libertin par fatalité_; _les Monuments de la vie privée des Douze Cæsars_ et les _Monuments du Culte secret des Dames Romaines_; plus loin je vis _Justine ou Les Malheurs de la vertu_; _Cléontine ou La Fille malheureuse_; _Juliette ou la suite de Justine_; _Le Portier des Chartreux_; _La France fout..._; _La Philosophie dans le Boudoir_; _Les crimes de l'amour ou le délire des Passions_; en un mot toutes les œuvres sadiques du Marquis de Sade, en éditions originales, avec reliures à petits fers de torture.--J'allais me livrer au plaisir de regarder les manuscrits et les dessins originaux; je mettais la main sur l'un des trois exemplaires connus du _Recueil de La Popelinière_: _Tableaux des Mœurs du Temps dans les différents âges de la vie_, 1 vol. grand in-quarto, j'admirais les vingt gouaches mignardement impudiques de Carême, lorsque le possesseur de cette étonnante rareté se présenta:

--«Ah! ah! s'écria-t-il, vous n'y allez pas à la légère, mon cher enfant, non-seulement vous avez vu la droite, le centre droit, la gauche de mon cabinet, mais encore vous contemplez en vrai gourmet, en délicat amoureux de la chose, la merveille des merveilles, le plus rare de mes livres rares après l'_Anti-Justine_ de Restif de la Bretonne; savez-vous que la possession de mon _La Popelinière_, imprimé sous les yeux et par ordre du fermier général, m'a coûté dix ans de recherches, dix longues années de fatigues et de luttes et deux mille écus sonnants.»

--C'est à peu près le prix de mon Fragonnard Lesbien, sans omettre les luttes et les fatigues, soupirai-je avec intention.

Vous n'allez pas, je suppose, me proposer un échange?

Qui sait?

* * * * *

Aujourd'hui le Chevalier de Kerhany est possesseur de mon Fragonnard;... mais, outre mes grandes et petites entrées dans son cabinet, je suis, _de par son testament_, héritier présomptif de l'_Anti-Justine_ et du fameux _La Popelinière_.

FIN

[Décoration]

RONDEAU

AU LECTEUR

_Dans mes_ Caprices _rédigés, Imprimés, revus, corrigés, Je m'aperçois avec grand peine Que j'ai fait plus d'une fredaine Dont mes Lecteurs sont affligés._

_Des_ Errata _mal fustigés, En maint endroit se sont logés; Je les puis compter par vingtaine Dans mes_ Caprices,

_Car ces écrits très-négligés, Ont été conçus, colligés, Et bâclés dans une quinzaine; S'ils courent trop la pretentaine, C'est que je les ai propagés Dans mes caprices._

[Décoration]

ERRATA[9]

Page 22, ligne 5, au lieu de: _si l'un de ses Bibliophobes_, lire: _si l'un de ces Bibliophiles_.

Page 35, _sous-titre_, au lieu de: _Gauchemar à la manière de Goya_, lire: _Cauchemar à la manière de Goya_.

Page 37, ligne 24, au lieu de: _Les lettres sont..._, lire: _Ses lettres sont..._

Page 46, ligne 1, au lieu de: _Germe lui_, lire: _Germe en lui_.

[Décoration]

[9] _Nous n'indiquons ici que les principaux_ Errata. _Sans aucun doute, il s'en trouve quelques autres, mais leur importance est moindre et nous ne voulons pas les souligner._

(Note de l'Éditeur.)

[Décoration]

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE AU LECTEUR 1

UNE VENTE DE LIVRES A L'HÔTEL DROUOT 1

LA GENT BOUQUINIÈRE 19

LES GALANTERIES DU SIEUR SCARRON 25

LE QUÉMANDEUR DE LIVRES 35

LE VIEUX BOUQUIN 43

LE LIBRAIRE DU PALAIS 47

UN EX-LIBRIS MAL PLACÉ 55

LES QUAIS EN AOUT 63

LES CATALOGUEURS 65

SIMPLE COUP-D'ŒIL SUR LE ROMAN MODERNE 81

LE BIBLIOPHILE AUX CHAMPS 91

LES PROJETS D'HONORÉ DE BALZAC 99

VARIATIONS SUR LA RELIURE DE FANTAISIE 107

RESTIF DE LA BRETONNE ET SES BIBLIOGRAPHES 119

LE CABINET D'UN EROTO-BIBLIOMANE 127

RONDEAU 147

[Décoration]

ACHEVÉ D'IMPRIMER

Sur les presses de BLUZET-GUINIER

Typographe

A DOLE-DU-JURA

le 10 février 1878

[Décoration]

Pour ÉDOUARD ROUVEYRE, éditeur

A PARIS

EXTRAIT DU CATALOGUE

DES LIVRES

DE FOND ET EN NOMBRE

DE LA LIBRAIRIE

ÉDOUARD ROUVEYRE

PARIS

LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE

ÉDOUARD ROUVEYRE

1, RUE DES SAINTS-PÈRES, 1

PUBLICATIONS LITTÉRAIRES

DE M. OCTAVE UZANNE

POËTES DE RUELLES AU XVIIe SIÈCLE

_Publiés par Octave Uzanne, tirés à 500 sur papier vergé._

Le volume in-18 jésus, 10 fr.--Sur papier de Chine, 20 fr.

BENSERADE, _Poésies_, avec un portrait et 2 vignettes à l'eau-forte. 1 vol. Les derniers exemplaires à 12 fr.

GUIRLANDE DE JULIE (La), avec un portrait inédit de Julie d'Angennes et deux compositions à l'eau-forte. _Épuisé._

F. SARASIN, _Poésies_, avec un portrait et deux compositions à l'eau-forte 10 fr.

_Du Mariage, par un philosophe du_ XVIIIe _siècle_, avec préface.

1 charmant volume in-18 écu 3 fr. 50 Ex. sur Whatman, numérotés 6 fr.

En préparation, _Poésies de Mlle de Scudéry, Montreuil_, etc.

SOUS PRESSE

_Bibliographie anecdotique de Alfred de Musset._

Ce petit volume formera le tome XII de la jolie édition de Musset, éditée par A. LEMERRE.

_Contes de Voisenon._

EN PRÉPARATION