Calligrammes: Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)

Part 2

Chapter 23,339 wordsPublic domain

Le petit saltimbanque fit la roue Avec tant d'harmonie Que l'orgue cessa de jouer Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains Aux doigts semblables aux descendants de son destin Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe Nouveaux cris de Peau-Rouge Musique angélique des arbres Disparition de l'enfant

Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout de bras Ils jonglèrent avec les poids

Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant miraculeux Siècle ô siècle des nuages

TOUR

_À R. D._

Au Nord au Sud Zénith Nadir Et les grands cris de l'Est L'Océan se gonfle à l'Ouest La Tour à la Roue S'adresse

À TRAVERS L'EUROPE

_À M. Ch._

Rotsoge Ton visage écarlate ton biplan transformable en hydroplan Ta maison ronde où il nage un hareng saur Il me faut la clef des paupières Heureusement que nous avons vu M. Panado Et nous sommes tranquilles de ce côté-là Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D... 90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers le ventre de sa mère

J'ai cherché longtemps sur les routes Tant d'yeux sont clos au bord des routes Le vent fait pleurer les saussaies Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre Regarde mais regarde donc Le vieux se lave les pieds dans la cuvette Una volta ho inteso dire Chè vuoi Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances

Et toi tu me montres un violet épouvantable

Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et rouges Où je m'en allais à la campagne avec une charmante cheminée tenant sa chienne en laisse Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes La chienne aboie contre les lilas La veilleuse est consumée Sur la robe ont chu des pétales Deux anneaux d'or près des sandales Au soleil se sont allumés Mais tes cheveux sont le trolley À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores

ÉTENDARDS

LA PETITE AUTO

Le 31 du mois d'Août 1914 Je partis de Deauville un peu avant minuit Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque Des géants furieux se dressaient sur l'Europe Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil Les poissons voraces montaient des abîmes Les peuples accouraient pour se connaître à fond Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient Avec les forêts les villages heureux de la Belgique Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons Région par où se font toujours les invasions Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir Saluaient encore une fois la vie colorée Océans profonds où remuaient les monstres Dans les vieilles carcasses naufragées Hauteurs inimaginables où l'homme combat Plus haut que l'aigle ne plane L'homme y combat contre l'homme Et descend tout à coup comme une étoile filante

Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité Bâtir et aussi agencer un univers nouveau Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse Disposait un étalage extraordinaire Et des bergers gigantesques menaient De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route Et quand après avoir passé l'après-midi Par Fontainebleau

Nous arrivâmes à Paris Au moment où l'on affichait la mobilisation Nous comprîmes mon camarade et moi Que la petite auto nous avait conduits dans une époque Nouvelle Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs Nous venions cependant de naître

FUMÉES

Et tandis que la guerre Ensanglante la terre Je hausse les odeurs Près des couleurs-saveurs

Et je fu m e

du

ta bac de ZoNE

Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées Mais je connais aussi les grottes parfumées Où gravite l'azur unique des fumées Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour. Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour Tu fascines les flammes Elles rampent à les pieds Ces nonchalantes femmes Tes feuilles de papier

À NÎMES

_À Emile Léonard_

Je me suis engagé sous le plus beau des cieux Dans Nice la Marine au nom victorieux

Perdu parmi 900 conducteurs anonymes Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes

L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus Épousent ardemment et sans cesse les buts

J'attends que le printemps commande que s'en aille Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille

Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons

Un bel après-midi de garde à l'écurie J'entends sonner les trompettes d'artillerie

J'admire la gaîté de ce détachement Qui va rejoindre au front notre beau régiment

Le territorial se mange une salade À l'anchois en parlant de sa femme malade

4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux

Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures

Je flatte de la main le petit canon gris Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris

Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine Des obus dans la nuit la splendeur argentine

Je mâche lentement ma portion de bœuf Je me promène seul le soir de 5 à 9

Je selle mon cheval nous battons la campagne Je te salue au loin belle rose ô tour Magne

2e CANONNIER CONDUCTEUR

Me voici libre et fier parmi mes compagnons Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue

Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis sur l'avant-train Et conducteur par mont par vol sur le porteur Au pas au trot ou au galop je conduis le canon Le bras de l'officier est mon étoile polaire Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois la figure Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du sous-verge Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit

Fantassins Marchantes mottes de terre Vous êtes la puissance Du sol qui vous a faits Et c'est le sol qui va Lorsque vous avancez Un officier passe au galop Comme un ange bleu dans la pluie grise Un blessé chemine en fumant une pipe Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime Et cette jeune femme nous salue charretiers La Victoire se tient après nos jugulaires Et calcule pour nos canons les mesures angulaires Nos salves nos rafales sont ses cris de joie Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses

J'ENTENDS C H A L N E TER l'oiseau B E EL OISEAU RAPAC

VEILLE

Mon cher André Rouveyre Troudla la Champignon Tabatière On ne sait quand on partira Ni quand on reviendra

Au Mercure de France Mars revient tout couleur d'espérance J'ai envoyé mon papier Sur papier quadrillé

J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant au trot sur la grand-route où moi je veille Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe jusqu'à l'oreille

Quel Ciel Triste Piste Où Va le Pâle Sou- rire De la lune qui me regarde écrire

OMBRE

Vous voilà de nouveau près de moi Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre L'olive du temps Souvenirs qui n'en faites plus qu'un Comme cent fourrures ne font qu'un manteau Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article de journal Apparence impalpable et sombre qui avez pris La forme changeante de mon ombre Un indien à l'affût pendant l'éternité Ombre vous rampez près de moi Mais vous ne m'entendez plus Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante Tandis que moi je vous entends je vous vois encore Destinées Ombre multiple que le soleil vous garde Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter Et qui dansez au soleil sans faire de poussière Ombre encre du soleil Écriture de ma lumière Caisson de regrets Un dieu qui s'humilie

C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT

Il est des loups de toute sorte Je connais le plus inhumain Mon cœur que le diable l'emporte Et qu'il le dépose à sa porte N'est plus qu'un jouet dans sa main

Les loups jadis étaient fidèles Comme sont les petits toutous Et les soldats amants des belles Galamment en souvenir d'elles Ainsi que les loups étaient doux

Mais aujourd'hui les temps sont pires Les loups sont tigres devenus Et les Soldats et les Empires Les Césars devenus Vampires Sont aussi cruels que Vénus

J'en ai pris mon parti Rouveyre Et monté sur mon grand cheval Je vais bientôt partir en guerre Sans pitié chaste et l'œil sévère Comme ces guerriers qu'Épinal

Vendait Images populaires Que Georgin gravait dans le bois Où sont-ils ces beaux militaires Soldats passés Où sont les guerres Où sont les guerres d'autrefois

CASE D'ARMONS

La 1re édition à 25 exemplaires de _Case d'Armons_ a été polygraphiée sur papier quadrillé, à l'encre violette, au moyen de gélatine, à la batterie de tir (45e batterie, 38e Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et le tirage a été achevé le 17 juin 1915.

RECONNAISSANCE

_À Mademoiselle P..._

Un seul bouleau crépusculaire Pâlit au seuil de l'horizon Où fuit la mesure angulaire Du cœur à l'âme et la raison

Le galop bleu des souvenances Traverse les lilas des yeux

Et les canons des indolences Tirent nies songes vers les cieux

SAILLANT

_À André Level_

Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude Mais un dragon à pied sans armes Parmi le vent quand survient la

S torpille aérienne A Le balai de verdure Grain Salut L T'en souviens-tu de La Rapace U Il est ici dans les pierres blé T Du beau royaume dévasté

Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée

Vive comme un cheval pif Un trou d'obus propre comme une salle de bain Berger suivi de son troupeau mordoré Mais où est un cœur et le svastica

Aÿ Ancien nom du renom Le crapaud chantait les saphirs nocturnes

Lou [Illustration: VIVE LE CAPISTON] Lou Verzy

Et le long du canal des filles s'en allaient

GUERRE

Rameau central de combat Contact par l'écoute Ou tire dans la direction «des bruits entendus» Les jeunes de la classe 1915 Et ces fils de fer électrisés Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre Avant elle nous n'avions que la surface De la terre et des mers Après elle nous aurons les abîmes Le sous-sol et l'espace aviatique Maîtres du timon Après après Nous prendrons toutes les joies Des vainqueurs qui se délassent Femmes Jeux Usines Commerce Industrie Agriculture Métal Feu Cristal Vitesse Voix Regard Tact à part Et ensemble dans le tact venu de loin De plus loin encore De l'Au-delà de cette terre

MUTATION

Une femme qui pleurait Eh! Oh! Ha! Des soldats qui passaient Eh! Oh! Ha! Un éclusier qui pêchait Eh! Oh! Ha! Les tranchées qui blanchissaient Eh! Oh! Ha! Des obus qui pétaient Eh! Oh! Ha! Des allumettes qui ne prenaient pas Et tout A tant changé En moi Tout Sauf mon Amour Eh! Oh! Ha!

ORACLES

Je porte votre bague Elle est très finement ciselée Le sifflet me fait plus plaisir Qu'un palais égyptien Le sifflet des tranchées Tu sais Tout au plus si je n'arrête pas Les métros et les taxis avec Ô Guerre Multiplication de l'amour

PETIT Avec un fil SIFFLET on prend à 2 trous la mesure du doigt

14 JUIN 1915

On ne peut rien dire Rien de ce qui se passe Mais on change de Secteur Ah! voyageur égaré Pas de lettres Mais l'espoir Mais un journal Le glaive antique de la Marseillaise de Rude S'est changé en constellation Il combat pour nous au ciel Mais cela signifie surtout Qu'il faut être de ce temps Pas de glaive antique Pas de Glaive Mais l'Espoir

DE LA BATTERIE DE TIR

_Au maréchal des logis F. Bodard_

Nous sommes ton collier France Venus des Atlantides ou bien des Négrities Des Eldorados ou bien des Cimméries Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie Diamants qui éclosent la nuit Ô Roses ô France Nous nous pâmons de volupté À ton cou penché vers l'Est Nous sommes l'Arc-en-terre Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel Signe de nos origines profondes Étincelles Ô nous les très belles couleurs

ÉCHELON

Grenouilles et rainettes Crapauds et crapoussins Ascèse sous les peupliers et les frênes La reine des prés va fleurir Une petite hutte dans la forêt Là-bas plus blanche est la blessure

Le Ciel

Coquelicots Flacon au col d'or On a pendu la mort À la lisière du bois On a pendu la mort Et ses beaux seins dorés Se montrent tour à tour

[VERT. gauche et droite]

On tire contre avions Verdun

L'orvet _Le sac à malice_ _La trousse à boutons_

Ô rose toujours vive Ô France Embaume les espoirs d'une armée qui halète

Le Loriot chante

N'est-ce pas rigolo

Enfin une plume d'épervier

VERS LE SUD

Zénith Tous ces regrets Ces jardins sans limite Où le crapaud module un tendre cri d'azur La biche du silence éperdu passe vite Un rossignol meurtri par l'amour chante sur Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier Et les fleurs de grenade en nos regards écloses En tombant tour à tour ont jonché le sentier

LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR

C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier Auprès des canons gris tournés vers le nord Que je songe au village africain Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour Et de longs discours Nobles et joyeux

Je revois mon père qui se battit Contre les Achantis Au service des Anglais Je revois ma sœur au rire en folie Aux seins durs comme des obus Et je revois Ma mère la sorcière qui seule du village Méprisait le sel Piler le millet dans un mortier Je me souviens du si délicat si inquiétant Fétiche dans l'arbre Et du double fétiche de la fécondité

Plus tard une tête coupée Au bord d'un marécage Ô pâleur de mon ennemi C'était une tête d'argent Et dans le marais C'était la lune qui luisait C'était donc une tête d'argent Là-haut c'était la lune qui dansait C'était donc une tête d'argent Et moi dans l'antre j'étais invisible C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde Similitudes Pâleurs Et ma sœur Suivit plus tard un tirailleur Mort à Arras

Si je voulais savoir mon âge Il faudrait le demander à l'évêque Si doux si doux avec ma mère De beurre de beurre avec ma sœur C'était dans une petite cabane Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants J'ai connu l'affût au bord des marécages Où la girafe boit les jambes écartées

J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste Le Village Viole les femmes Emmène les filles Et les garçons dont la croupe dure sursaute J'ai porté l'administrateur des semaines De village en village En chantonnant Et je fus domestique à Paris Je ne sais pas mon âge Mais au recrutement On m'a donné vingt ans Je suis soldat français on m'a blanchi du coup Secteur 59 je ne peux pas dire où Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir Pourquoi ne pas danser et discourir Manger et puis dormir Et nous tirons sur les ravitaillements boches Ou sur les fils de fer devant les bobosses Sous la tempête métallique Je me souviens d'un lac affreux Et de couples enchaînés par un atroce amour Une nuit folle Une nuit de sorcellerie Comme cette nuit-ci Où tant d'affreux regards Éclatent dans le ciel splendide

TOUJOURS

_À Madame Faure-Favier_

Toujours Nous irons plus loin sans avancer jamais

Et de planète en planète De nébuleuse en nébuleuse Le don Juan des mille et trois comètes Même sans bouger de la terre Cherche les forces neuves Et prend au sérieux les fantômes

Et tant d'univers s'oublient Quels sont les grands oublieurs Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle partie du monde Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli d'un continent

Perdre Mais perdre vraiment Pour laisser place à la trouvaille Perdre La vie pour trouver la Victoire

FÊTE

_À André Rouveyre_

Feu d'artifice en acier Qu'il est charmant cet éclairage Artifice d'artificier Mêler quelque grâce au courage

Deux fusants Rose éclatement Comme deux seins que l'on dégrafe Tendent leurs bouts insolemment IL SUT AIMER quelle épitaphe

Un poète dans la forêt Regarde avec indifférence Son revolver au cran d'arrêt Des roses mourir d'espérance

Il songe aux roses de Saadi Et soudain sa tête se penche Car une rose lui redit La molle courbe d'une hanche

L'air est plein d'un terrible alcool Filtré des étoiles mi-closes Les obus caressent le mol Parfum nocturne où tu reposes Mortification des roses

LES SAISONS

C'était un temps béni nous étions sur les plages Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau Et vite comme va la langue d'un crapaud L'amour blessait au cœur les fous comme les sages

As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était militaire As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était artiflot À la guerre

C'était un temps béni Le temps du vaguemestre On est bien plus serré que dans les autobus Et des astres passaient que singeaient les obus Quand dans la nuit survint la batterie équestre

As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était militaire As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était artiflot À la guerre

C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues Les marmites donnaient aux rondins des cagnats Quelque aluminium où tu t'ingénias À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues

As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était militaire As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était artiflot À la guerre

C'était un temps béni La guerre continue Les Servants ont limé la bague au long des mois Le Conducteur écoute abrité dans les bois La chanson que répète une étoile inconnue

As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était militaire As-tu connu Guy au galop Du temps qu'il était artiflot À la guerre

LA NUIT D'AVRIL 1915

_À L. de C.--C._

Le ciel est étoilé par les obus des Boches La forêt merveilleuse où je vis donne un bal La mitrailleuse joue un air à triples-croches Mais avez-vous le mot Eh! oui le mot fatal Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches

Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance Et tes mille soleils ont vidé les caissons Que les dieux de mes yeux remplissent en silence

Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons

Les obus miaulaient un amour à mourir Un amour qui se meurt est plus doux que les autres Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir

Les obus miaulaient Entends chanter les nôtres Pourpre amour salué par ceux qui vont périr

Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque

Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts

Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque

Couche-toi sur la paille et songe un beau remords Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque

Mais orgues aux fétus de la paille où tu dors L'hymne de l'avenir est paradisiaque

LUEURS DES TIRS

LA GRACE EXILÉE

Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel Allez-vous-en couleurs charmantes Cet exil t'est essentiel Infante aux écharpes changeantes

Et l'arc-en-ciel est exilé Puisqu'on exile qui l'irise Mais un drapeau s'est envolé Prendre ta place au vent de bise

LA BOUCLE RETROUVÉE

Il retrouve dans sa mémoire La boucle de cheveux châtains T'en souvient-il à n'y point croire De nos deux étranges destins

Du boulevard de la Chapelle Du joli Montmartre et d'Auteuil Je me souviens murmure-t-elle Du jour où j'ai franchi ton seuil

Il y tomba comme un automne La boucle de mon souvenir Et notre destin qui t'étonne Se joint au jour qui va finir

REFUS DE LA COLOMBE

Mensonge de l'Annonciade La Noël fut la Passion Et qu'elle était charmante et sade Cette renonciation

Si la colombe poignardée Saigne encore de ses refus J'en plume les ailes l'idée Et le poème que tu fus

LES FEUX DU BIVOUAC