Bulletin De Lille 1916 05 Publie Sous Le Controle De L Autorite

Chapter 4

Chapter 43,290 wordsPublic domain

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SUCRE Remplacé par le sirop de candi, garanti exempt de tout produit nuisible, vendu en toute confiance. Dervaux-Dannay. 32 bis, rue Neuve, Lille.

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Tailleurs On demande de bons tailleurs et appiéceurs. Reimburg, 13, r. Nationale, Lille.

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IMPRIMERIE WILMOT-COURTECUISSE 4, Boulevard Victor-Hugo. Impressions en tous genres--Billets mortuaires en 2 h. Papeterie demi-gros et détail ________________________________________________________________________

ETAT CIVIL DE LILLE

NAISSANCES

Du 2 Mai.--Rogez Eugene, rue de Bailleul, 17.

DECES

Du 2 Mai.--Dewilde Léon, 15 ans, place des Quatre-Chemins, 7--Leconte Angèle, 45 ans, veuve Dussart, quai Vauban, 11--Beauvais Léontine, 9 ans, rue de Fives, 53--Laplaud Félix, 71 ans, époux Bernard, rue d'Antin, 52--Debacker Charles, 73 ans, rue Basse, 28 bis--Mespouille Désirée, 57 ans, épouse Vennin, quai de la Basse-Deûle, 104--Duval Elise, 37 ans, épouse Loyer, quai de la Basse-Deûle, 104--Louvet Nicolas, 69 ans, époux Laurant, quai de la Basse-Deûle, 104--Barthiet Julie, 79 ans, veuve Willeput, quai de la Basse-Deûle, 104--Paquien Julie, 76 ans, veuve Cornette, quai de la Basse-Deûle, 104--Tiberghien Adèle, 64 ans, épouse Desquiens, rue de Poids, 37--Savary Benoît, 55 ans, époux Vienne, bd Victor-Hugo, 230--Losserand Madeleine, 14 ans, bd Bigo-Danel, 38--Desreumaux Emile, 76 ans, veuf Marlier, rue d'Arras, 40 bis--Lenglois Alice, 44 ans, rue Royale, 20--Guillebaert Lucie, 71 ans, rue St-Sauveur, 59. ________________________________________________________________________

CONSEILS et renseig. sur Héritages, Inventaires testaments, rédaction de tous actes. S'ad. à M. S. Pamart. ex-princip. clerc de notaire 51. rue du Maire-André. de 9 à 10 h. et de 2 à 6 h. ________________________________________________________________________

AVIS MORTUAIRE

On nous prie d'annoncer la mort de Mme Auguste PECQUEUR, décédée à Lille, le 5 mai, dans sa 72e année. Les funérailles auront lieu le lundi 8 mai, à 9 h. (heure nouv.) à l'Eglise St-Maurice. Inhumation au cimetière de l'Est. Réunion 17. rue de Roubaix. Des messes seront célébrées le jeudi 18 mai, toute la matinée, la dernière à 11 h., même Eglise (Chapelle de la Ste-Vierge).

REMERCIEMENTS

--La Famille Heughebaert remercie sincèrement les personnes, qui ont assisté aux funérailles de Lucien HEUGHEBAERT, décédé à La Madeleine, le 30 Avril, dans sa 9e année, ou qui leur ont envoyé leurs condoléances et s'excuse auprès de celles, qui, en raison des circonstances n'ont pu être avisées.

--Mme Van Loo-Galloit et sa fille ont la douleur de faire part de la mort inattendue de Mlle Jeanne VAN LOO, ravie à leur tendresse le 29 avril 1916, dans sa 20e année et dont les funérailles ont eu lieu le 1er mai en l'église Ste-Catherine. Elles remercient vivement les personnes qui leur ont témoigné leurs sympathies et s'excusent auprès de celles qui, en raison des circonstances, n'ont pu être avisées.

--M. Fortuné Tréhout, en campagne et Madame, née Taffin, M. Charles Demulier, en campagne et Madame, née Taffin et leurs enfants, remercient sincèrement les personnes qui leur ont exprimé leurs sympathies en assistant aux funérailles de leur père et aïeul Irénée-Pierre-Joseph TAFFIN, veuf de Félicie Cences, titulaire de la médaille 70-71, décédé à l'âge de 73 ans, et s'excusent auprès de celles, qui, par oubli, ou en raison des circonstances, n'ont pu être avisées.

--Madame Arthur Degroux et sa famille remercient sincèrement toutes les personnes qui ont assisté aux funérailles de M. Arthur DEGROUX, décédé le 29 avril, et s'excusent auprès de celles, qui, par oubli, ou en raison des circonstance, n'ont pu être avisées.

--Les Familles MELCHIOR et BATTET, profondément touchées des marques de sympathie reçues à l'occasion de la mort de Madame Pierre MELCHIOR, née Antoinette Battet, remercient sincèrement les personnes qui ont assisté aux funérailles, célébrées le 24 avril 1916 et s'excusent auprès de celles, qui, en raison des circonstances, n'ont pu être avisées.

Nº 158 Prix du Numéro: 0,05 Jeudi 11 Mai 1916 ========================================================================

BULLETIN DE LILLE

ORGANE BI-HEBDOMADAIRE PARAISSANT LE DIMANCHE & LE JEUDI publié sous le contrôle de l'autorité allemande

_En vente chez Madame TERSAUD, 14, rue du Sec-Arembault_

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AVIS DE LA MAIRIE

VILLE DE LILLE Cartes d'Identité--Reconstitution des Souches

Par ordre de l'Autorité allemande, toutes les personnes munies de Cartes d'identité devront se présenter, entre le 10 et le 31 Mai 1916, dans un des bureaux ci-après désignés, avec les pièces qui ont servi à établir leurs Cartes:

_Bureaux_: Mairie de Lille (Salle des Fêtes de la Préfecture); Conservatoire; Union de Lille, rue d'Arras; Rue d'Artois, 117; Rue du Marché, 20 (Cercle Saint-Louis); Rue Cabanis (Ecole); Poste d'Octroi (Pont de Canteleu); Rue du Faubourg-de-Béthune, 40; Asile de nuit.

Les bureaux sont ouverts de 10 heures du matin à 6 heures du soir (heure des horloges publiques).

Tickets de pain.--Il est recommandé aux familles de s'approvisionner de tickets de pain pour une semaine au moins.

Ci-dessous le barème du nombre de tickets à acheter _par semaine_:

Nombre de Poids du Tickets Sommes Rations pain 1 K.--1.500 1 3 kg. 3 » 1 f.20 2 6 » 6 » 2.40 3 9 » » 6 3.60 4 12 » 3 6 4.80 5 15 » 6 6 6 » 6 18 » » 12 7.20 7 21 » 3 12 8.40 8 24 » 6 12 9.60 9 27 » » 18 10.80 10 30 » 3 18 12 »

Les familles de 3 personnes et plus, doivent surtout s'approvisionner de tickets de 1500 grammes.

Bibliothèque municipale de prêt.--Les détenteurs de livres provenant de la Bibliothèque de prêt de la Mairie, sont priés de vouloir bien les déposer d'urgence au Commissariat central, contour de l'Hôtel de Ville. ________________________________________________________________________

Comité d'alimentation du Nord de la France

Une distribution de denrées, lard et épiceries, aura lieu à partir du _Lundi 8 Mai_ 1916, pendant la période du 8 au 19 Mai, de 8 h. 1/2 à midi, dans les conditions ci-après: Riz, ration 455 gr. Prix: 0.30, 2 _rations par personne_. Café, ration 85 gr. Prix: 0.20, 2 _rations par personne_. Sucre en poudre, rat. 250 gr. Prix: 0.25, 1 _rat. par pers_. Lard, ration 250 gr. Prix: 0.70, 1 _ration par personne_. Haricots, ration 312 gr. Prix: 0.30, 2 _rations par pers_. Saindoux, ration 320 gr. 0.75, 1 _ration par personne_. Savon. Prix: 0.15, 1 _ration par personne_. Cristaux de soude, ration 500 gr. Prix: 0.10, 1 _ration par personne_. Céréaline, ration 180 gr. Prix: 0.10, 2 _rations par pers_. ________________________________________________________________________

Lille, le 5 mai 1916.

Au Comité d'Alimentation du Nord de la France à Bruxelles

Messieurs,

Le 5 mai 1915, nous distribuions, pour la première fois, dans presque toutes les communes du District de Lille, le pain provenant de la farine fournie par le C. R. B. Depuis un an, nous avons assuré aux 660.000 habitants de la partie occupée de l'arrondissement de Lille, leur pain quotidien, en y ajoutant quelques autres données indispensables. Parmi les tristesses de l'heure présente, cette pensée est pour nous un réconfort.

Car nous nous demandons ce que seraient devenus nos malheureux concitoyens, surtout les familles privées de ressources, s'ils n'avaient pas pu compter sur l'activité secourable de la C. R. B. et du C. F. Ce soutien matériel est d'autant plus précieux, qu'il aide en même temps à relever le moral et à faire supporter, avec plus de patience et avec plus d'espoir, les misères inévitables.

Bien souvent, nous avons reçu, des riches comme des pauvres, le témoignage ému de la gratitude qu'ils éprouvent pour le Comité Américain. A l'occasion de l'anniversaire de notre fonctionnement, nous désirons être les interprètes fidèles de nos concitoyens qui vous doivent tout. En leur nom, veuillez remercier la C. R. B. et lui dire combien les Français du Nord sont touchés de toute la sympathie qu'elle leur a si efficacement manifestée. Veuillez prendre aussi, Messieurs, votre part de reconnaissance, car nous sommes placés mieux que quiconque, pour savoir la somme de travail et de dévouement que dépensent les délégués du C. F. à Bruxelles, pour assurer le ravitaillement de nos Districts.

Avec l'expression de notre gratitude personnelle, pour vous et pour les membres de la C. R. B., nous vous prions, Messieurs, d'accepter l'assurance de nos sentiments les plus dévoués. LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL. ________________________________________________________________________

NÉCROLOGIE

M. Crépy-St-Léger, Adjoint au Maire de Lille, Conseiller général du Nord, vient d'avoir la douleur de perdre son père, M. Eugène CRÉPY, filateur de coton à Lille. M. Eugène Crépy était âgé de 77 ans. Les obsèques ont eu lieu à Lille, le mercredi 10 mai, en l'église Sainte-Catherine. Nous présentons à M. Lucien Crépy et à sa famille, l'expression de nos sentiments de bien vives condoléances. ________________________________________________________________________

Les Prix Nobel (Fin)[1]

Pourtant, il ne connaissait pas la frayeur; il s'était attaché à la fabrication de la nitroglycérine, explosif liquide découvert en 1847 par l'italien Sobrero, et il voyageait dans le monde entier, emportant avec lui des échantillons de ce terrible produit, qui cache son humeur irascible sous l'aspect débonnaire d'une huile doucereuse; mais les hôteliers se méfiaient de ce voyageur en explosifs, et, plus d'une fois, repoussé de toutes les portes, Nobel se vit forcé de coucher à la belle étoile.

[Note 1: Voir les Bulletins nos 154 et 155 d'avril.]

Ses voyages l'attirèrent plusieurs fois à Paris, où il tenta d'intéresser les financiers à ce produit avec lequel il pourrait «faire sauter notre globe». Mais les banquiers, qui ont de bonnes raisons pour tenir à la stabilité de notre planète, se moquèrent de lui; seul, l'empereur Napoléon III s'intéressa à ses essais, et il décida Pereire à lui prêter cent mille francs; c'est avec cette somme que fut établi le laboratoire d'essais d'Helsingborg, dont je rappelais tout à l'heure l'explosion. Plus tard, après la guerre de 1870, Nobel revint en France, et cette fois pour s'y fixer définitivement; Gambetta, qui sentait la nécessité d'attacher à son pays ce génie puissant et inventif, lui obtint l'autorisation de fonder, auprès de Port-Vendres, une fabrique d'explosifs et d'établir un laboratoire d'essais à Sevran-Livry; mais Nobel fit bientôt connaissance avec les tracasseries administratives; on lui reprocha d'avoir établi son laboratoire dans le voisinage d'une poudrière de l'Etat; le service des poudres et salpêtres, investi d'un monopole légal pour la fabrication des explosifs, défendit âprement ses droits, et le préfet de Seine-et-Oise alla jusqu'à menacer notre inventeur de deux mois de prison pour infraction à je ne sais plus quels règlements. La conséquence ne se fit pas attendre: la France perdit Nobel, qui alla, en 1891, installer sa demeure et son laboratoire à San-Remo; c'est là et en Suède qu'il passa le restant de sa vie, toujours laborieuse, partagée entre les recherches scientifiques, et le souci des grandes affaires qu'il avait établies dans le monde entier. Et voici qui consolera les inventeurs impatients: Nobel n'a pas pris, dans sa vie, moins de 129 brevets, et outre ces travaux d'ordre technique, il a noté, dans ses registres de laboratoire, un grand nombre d'inventions et d'idées qu'il destinait à «ceux qui ont des loisirs».

Il mourut le 10 décembre 1896, âgé de 63 ans; dans sa vie laborieuse, il avait deux fois seulement rencontré sous sa main «le cheveu de l'occasion»; il ne l'avait pas laissé glisser entre ses doigts. La première fois, c'était en 1863; il était alors dans la plus déplorable situation d'esprit et de fortune; sa nitroglycérine effrayait tout le monde; partout elle produisait d'épouvantables explosions; il cherchait par tous les moyens à museler le dogue, sans pouvoir y réussir; il avait essayé d'incorporer l'huile explosive à la poudre noire, mais celle-ci n'en absorbait que 10 % de son poids, ce qui était insuffisant. Finalement, il se contentait d'expédier le dangereux liquide dans des touries, emballées soigneusement avec une espèce de terre siliceuse, nommé _kieselghur_; cette terre, qu'on trouve en abondance en Allemagne, aux environs de Hanovre, est formée en majeure partie par les carapaces fossiles d'algues unicellulaires, qu'on nomme les diatomées. Elle s'est formé dans les lacs et les étangs qui existaient à l'époque glaciaire, dans ce qui est aujourd'hui la vallée de l'Elbe. Or, il se trouva une fois, qu'une tourie fêlée avait laissé écouler son contenu dans la terre siliceuse, qui l'avait absorbé en formant une sorte de mortier épais. Nobel passant par là, remarqua l'accident; il mania le mortier, l'essaya, et en constata la remarquable stabilité; le choc d'un marteau ne parvenait pas à le faire détonner, et il fallait, pour provoquer l'explosion, recourir au choc plus brutal d'une capsule de fulminate: la dynamite était trouvée, et la fortune de Nobel faite; il ne restait plus qu'à purifier le kieselguhr en séparant, par lévigation, les fines carapaces siliceuses des matières étrangères, à chasser l'eau par une calcination ménagée, et à triturer à la main avec l'huile explosive; les légères diatomées en absorbaient des quantités considérables et constituaient le meilleur des emballages. Quand on voit maintenant, sur tous les chantiers, avec quelle rudesse les cartouches d'explosif sont maniées par des mains malhabiles et rendues imprudentes par l'accoutumance, on ne peut qu'admirer à quel point le brutal explosif a été assagi par la réclusion dans sa prison de silice.

A partir de ce moment là, la dynamite, _the giant powder_, comme disent les Américains, fut demandée sur les chantiers des deux mondes; Nobel installait partout des fabriques et ne pouvait suffire à satisfaire les demandes. Pourtant, il regrettait toujours l'introduction de cette matière inerte, qui diminuait sensiblement la puissance explosive de la nitroglycérine, et il cherchait, toujours en vain, à faire mieux; un jour en 1875, s'étant coupé un doigt, il avait envoyé chercher chez le pharmacien du collodion pour recouvrir sa blessure d'un enduit imperméable; mais la douleur l'empêcha de dormir pendant la nuit qui suivit, et ramena son esprit vers ses préoccupations coutumières. On sait que le collodion est constitué par du fulmicoton, ou coton-poudre, dissous dans un mélange d'alcool et d'éther. La vue du corps explosif qui formait, sur son doigt blessé, une pellicule transparente, lui suggéra sans doute l'idée d'associer ce corps à la nitroglycérine; toujours est-il qu'à deux heures du matin, il se rendit à son laboratoire et essaya l'expérience, qui réussit à souhait; le mélange de fulmicoton et de nitroglycérine donnait une substance gélatineuse, relativement stable, et qui réunissait en elle, les vertus explosives de ses deux constituants: c'est ainsi que fut trouvée la _dynamite-gomme_, qui, dans la plupart des applications, s'est substituée à l'ancienne dynamite au kieselguhr.

La dynamite-gomme, qui contenait 8 à 10 % de fulmicoton, était un explosif détonant, c'est-à-dire que la brusquerie de sa décomposition limitait son emploi aux travaux industriels. De cet ouvrier, Nobel rêvait de faire un soldat; il y parvint en élevant jusqu'à 50 %, la proportion de fulmicoton: chose curieuse et inexpliquée, le mélange des deux explosifs brisants, donnait alors une poudre non brisante, qui se contentait de brûler, à la manière d'un feu de Bengale, en donnant des quantités énormes de gaz, mille litres par kilo d'explosif. Ce produit pouvait donc être employé à l'intérieur des canons, comme poudre propulsive: ce fut la _poudre Nobel_, ou _balistite_, qui fut adoptée par un grand nombre de nations, entre autres par l'Allemagne et par l'Italie; en même temps, l'Angleterre adoptait, sous le nom de _cordite_, un explosif qui présentait avec celui-là les plus grandes analogies, à tel point que Nobel engagea un procès long et compliqué pour faire reconnaître ses droits; il le perdit, plus les frais qui montèrent à 500.000 francs, ce qui montre, par parenthèse, que la justice n'est pas plus gratuite en Angleterre qu'en France.

Remarquons que les brevets de la poudre Nobel datent de 1889; ils sont donc postérieurs de trois ans à la découverte française de la poudre sans fumée, trois ans pendant lesquels, grâce à la supériorité de son armement, la France était incontestablement le maître de l'heure. Ce sont les travaux de Nobel, inspirés très probablement par la découverte de Vieille, qui ont rétabli l'équilibre. Nous avions le droit de lui en garder rancune, car Nobel était alors l'hôte de la France; mais cet homme n'avait jamais su ce que c'est qu'une patrie, et comment on l'aime: «Je suis, disait-il, un citoyen universel; ma patrie est où est mon travail, et je travaille partout.» Pourtant, au lieu de l'expulser, nous eussions peut-être été plus sages en le conservant chez nous; un pays n'a jamais trop d'hommes de cette trempe.

L. HOULLEVIGUE.

Quelle bizarre destinée que celle du Suédois Nobel? Il passa son existence à rendre maniable, sous forme de dynamite, la trop pétulante nitroglycérine, si impétueuse que le frôlement d'une plume à sa surface liquide suffit à faire détonner. Il dota l'humanité d'une puissance de destruction qui accrut l'horreur des guerres et favorisa les crimes des anarchistes. Puis, après sa vie, peut-être à titre de réparation, il veut que son oeuvre de mort et de brutalité devienne oeuvre de vie, de fraternité, d'intelligence. Les millions, nés de l'affreuse dynamite, devront servir à pensionner les grands penseurs, les grands philanthropes, les grands médecins.

Et pour être juste, reconnaissons que l'histoire de la poudre ne tient pas tout entière dans les mots ruines et destruction; grâce aux puissants explosifs que lui donne chaque jour la science, l'homme réalise de gigantesques entreprises, autrefois irréalisables: le percement des montagnes (tunnels), la percée des isthmes, le forage de puits de mine jusqu'aux entrailles de la terre. Comme en tout, ici-bas, de l'excès du mal naît le bien, et de ce qui nous semble la mort, sort une nouvelle floraison de la vie. ________________________________________________________________________

L'Influence prétendue de la Lune rousse sur la Végétation

Quels que soient les progrès de la science météorologique, il faut reconnaître que cette science n'a pas encore exercé sur les croyances populaires une influence suffisante pour dissiper les erreurs et amener les cultivateurs à apprécier, comme il convient, les causes des phénomènes qui se produisent dans l'atmosphère. Il en résulte des croyances erronées qui ont court dans les campagnes et que les pratiques culturales se trouvent plus ou moins contrariées.

La question des influences lunaires ou des influences prétendues sur la végétation, est aussi vieille que le monde, pourrait-on dire, et il ne semble pas que, jusqu'ici, les cultivateurs, si préoccupés cependant d'éviter les causes nuisibles à leurs opérations de culture, aient cherché à se rendre compte des raisons qui les induisent à attribuer aux phases de la lune, une influence, bonne ou mauvaise, sur la végétation.

Il convient donc d'examiner cette question, non pas en s'inspirant de données purement scientifiques ou théoriques, mais en simple observateur des phénomènes météorologiques ayant une répercussion, une influence plus ou moins marquée sur la végétation.

La lune rousse, qui commence le 25 avril, dure jusqu'au 25 mai. Mais elle n'arrive pas toujours aux mêmes dates, et il se peut que la lunaison, commencée en avril, finisse le dernier jour de mai. Elle coïncide avec les «saints de glace», qui, suivant l'opinion populaire, ont lieu les 11, 12 et 13 mai, provoquant des refroidissements de la température, plus ou moins irréguliers, plus ou moins intenses, suivant les années. Le point intéressant, pour l'agriculteur, est de savoir si la lune rousse a vraiment une influence aussi néfaste qu'on le croit généralement, si elle roussit les jeunes bourgeons et, enfin, si c'est à elle que doit être attribuée la cause déterminante des gelées printanières, des gelées tardives qui, en mai, ont parfois des effets désastreux sur la végétation.