Bulletin De Lille 1916 05 Publie Sous Le Controle De L Autorite
Chapter 3
«On discute fort, en ce moment, au sujet de projet de loi de M. Honorat, qui veut, qu'à partir du 10 avril, toutes les pendules de France soient avancées d'une heure pendant la durée de la guerre. Les uns tressent à cet honorable député des couronnes de dithyrambes, auxquelles les autres mêlent les épines de leurs quolibets. A la vérité, il ne mérite ni cet excès d'honneur ni cette indignité. Car si quelque chose, en cette affaire, honora M. Honorat, c'est d'avoir présenté cette loi, mais non d'en avoir eu l'idée. C'est, en effet, _le Matin_ qui, le premier, a accroché dans la presse ce grelot qui, présentement, fait tant de bruit. L'idée d'avancer d'une heure l'heure légale de l'Europe occidentale est due à un savant hollandais, le professeur Hubrecht, mort il y a quelques semaines, sans avoir eu la joie de voir réaliser cette conception si juste et si ingénieuse. Les avantages de ce projet sont clairs: Il est évident que les agriculteurs mis à part, qui seuls règlent leur vie sur les heures du lever et du coucher du soleil, notre vie sociale est réglée sur la pendule, non sur la marche réelle du soleil. La preuve, c'est qu'à Nancy et à Brest, les mêmes heures correspondent aux mêmes occupations dans les industries, les administrations, les familles, bien que le soleil se lève et se couche dans la première de ces villes 43 minutes plus tôt que dans la seconde. Une autre preuve est que les bureaux de poste qui ouvrent, comme on sait, de 8 heures à 20 heures, ouvrent et ferment, en réalité, 10 minutes plus tard depuis qu'on a adopté officiellement l'heure du méridien de Greenwich. Or, en ce moment, le soleil se lève à 6 heures 15 et se couche à 6 heures 30 à Paris; si donc on avançait les pendules d'une heure, les bureaux de poste useraient de lumière artificielle pendant une heure de moins chaque jour. Ce qui est vrai des bureaux de poste, l'est de la plupart des industries, des administrations et de presque toutes les familles, car nous nous levons presque tous après le soleil, et nous nous couchons bien après lui. C'est donc par millions que se compteront les économies réalisées par la nouvelle loi, sans aucun trouble dans nos habitudes qu'un petit changement fait aux pendules, une fois pour toutes. On dit que les relations internationales seront perturbées par cette loi et on a allégué qu'elle nuirait à la concordance des heures de nos marchés commerciaux et financiers avec celles des marchés étrangers. C'est absurde et faux. Cette concordance sera, au contraire, améliorée, puisque, par cette mesure, qui sera, sans aucun doute, bientôt généralisée, l'Europe occidentale aura la même heure que les pays qui ont l'heure de l'Europe centrale. Le seul défaut, à mon sens, du projet présenté, c'est qu'il ne prévoit cette mesure que pour la durée de la guerre: il faudrait, au contraire, qu'elle fut prise une fois pour toutes. La Chambre adoptera, certainement, ce projet qui est utile et ne présente, d'ailleurs, aucun inconvénient scientifique, comme l'a démontré, devant la Commission de la Chambre, M. Painlevé, dont on ne contestera pas la compétence».
Cette idée de pratiquer une heure différente de l'heure solaire paraît faire son chemin dans divers pays.
Les journaux italiens recommandent cette réforme qui permettrait, en cette saison, de mettre la journée légale en harmonie avec la journée astronomique, et de réaliser, en même temps, une économie d'une centaine de millions sur l'éclairage.
_La Gazette de Cologne du 15 Avril 1916_, indiquait qu'en Hollande, le Ministre de l'Intérieur avait annoncé à la deuxième chambre, un projet de loi ordonnant d'avancer les horloges d'une heure pendant l'été.
_Et en France, qu'a-t-on fait_? Le projet de loi de M. Honnorat, dont parle l'article du _Matin_, publié ci-dessus a-t-il été adopté? Nous n'en savons rien.
_La Gazette de Cologne_ publiait à la date du 10 avril, l'information suivante:
«La proposition d'avancer l'heure d'avril à septembre a été rapportée en France, par le député des Basses-Alpes, M. Honnorat, d'accord avec le Ministre de l'Instruction publique Painlevé. La Commission parlementaire de l'Instruction publique l'a, d'après le Journal du 6, adoptée à l'unanimité. A partir du 10, donc à dater d'aujourd'hui, toutes les pendules seront avancées d'une heure. Cette mesure a surtout pour objet, en France, de limiter les dépenses d'éclairage et de réaliser une économie sur les charbons anglais, devenus si épouvantablement chers, grâce à la guerre des sous-marins et dont, cependant, l'armée ne peut se passer».
Et _La Gazette du 14 avril_, publiait, sur la question de _l'heure d'été_ en France, le renseignement suivant:
«La question de l'introduction de l'heure d'été en France n'est pas encore décidée. Ces jours-ci, l'Académie des Sciences et la Commission du budget de la Chambre se sont prononcées _contre_, tandis que l'Académie des sports et la Commission de l'Enseignement et Beaux-Arts ont approuvé le projet de loi à l'unanimité».
D'après ces renseignements, il n'y aurait encore rien de décidé. On consultera peut-être encore l'Académie de Médecine et celle des Sciences morales. Comme c'est l'heure que marque l'horloge, qui règle la vie, l'avance de l'heure doit avoir pour conséquence que les gens se coucheront plus tôt, et se lèveront plus tôt (peut-être). L'Académie de Médecine approuvera le projet pour raison d'hygiène, car il faut vivre avec la lumière solaire. Se lever et se coucher avec elle, c'est s'assurer la santé. Ce serait le retour bienfaisant aux préceptes salutaires, de l'école de Salerne. L'Académie des sciences morales, donnera sans doute un avis favorable; elle appuiera son opinion de cette citation: «que se lever tôt assure la santé et la sainteté». Après tous ces avis, votera-t-on quelque chose ou rien du tout? Nous le saurons peut-être un jour.
P. S.--L'article était composé, lorsque la _Gazette de Cologne_, nous a apporté un renseignement complémentaire:
«A la proposition de loi de M. Honorat d'avancer d'une heure l'heure légale française, M. Breton, député du Cher, avait ajouté un article additionnel autorisant le Gouvernement à introduire l'heure d'été par simple décret. Cette mesure était prise, d'accord avec M. Painlevé, ministre de l'Instruction Publique; mais, le 22 avril, le Sénat, avant de s'ajourner au 18 mai, a renvoyé l'examen de la proposition à une commission. Les membres de cette commission devaient être désignés par les bureaux. Les membres nommés sont, d'après l'_Humanité_, hostiles à la proposition. Le 4e bureau n'a pu se réunir, les membres en faisant parti étant en vacances. Comme l'été ne commence que le 22 juin (quand le jour commence déjà à diminuer), l'heure d'été ne peut être voté pour cette date.»
Enfin, on a été étonné d'apprendre que le Gouvernement luxembourgeois n'avait pas adopté, en temps, l'heure d'été. Comme les chemins de fer, les bureaux de poste et les industries privées se règlent sur celle-ci, il en résulte, dans la vie courante, un véritable chaos. Les chambres y mettront vraisemblablement bon ordre, en décidant à bref délai, l'adoption de l'heure d'été. ________________________________________________________________________
Nécrologie française
Dans sa _Victoire_ du 6 avril, Hervé, cherche à répondre aux murmures qui circulent de plus en plus nettement en France, sur le fait qu'on épargne les riches et qu'on sacrifie les pauvres, en publiant la liste suivante des fils et gendres de généraux tués à l'ennemi:
Le général de Castelnau a perdu 3 fils; Foch, 1 fils et 1 gendre; Dessirier, 3 fils; de Pouydraguin, 2 fils; Renouard, 2 fils; de Lardemelle, 2 fils; Nayraud, 2 fils; Ganeval, tué lui-même aux Dardanelle, 1 gendre; Bailloud, 1 fils et 1 gendre; de la Nouvelle, 2 gendres; de Maudhuy, 1 fils; Damade, 1 fils; Ebener, 1 fils; de Benoit, 1 fils; Bonal, 1 fils; de Mondésir, 1 gendre; de Bassard, 1 gendre; Falque, 1 fils; Margoulet, 1 fils; Chaey, 1 fils; le contre-amiral Amet, 1 fils; le général de Morlincourt, 1 gendre; Louis, 1 fils; Corvisard, 1 fils; Delestrac, 1 fils; Delestapier, 1 fils; Bonfait, 1 fils; Dieudonné, 1 fils. ________________________________________________________________________
Les Prix Nobel (_Suite_).
Les prix Nobel ont encore un autre avantage: ils rappellent, chaque année, l'attention vers une des plus expressives figures de l'humanité contemporaine, celle de leur fondateur. J'ai parfois entendu dire ceci: Nobel était tout simplement un industriel, qui a réussi à édifier une immense fortune, en profitant de la rage sanguinaire qui porte les hommes à s'entre-tuer, et les prix qu'il a fondés ne sont qu'une réclame posthume, ou peut-être le fruit d'un remords tardif. Pour parler ainsi, il faut ne rien savoir de la vie de cet homme, poursuivie dans un labeur incessant et au milieu des plus terribles dangers; il faut n'avoir jamais connu sa bonté, qui retombait autour de lui en pluie généreuse; il faut, surtout, n'avoir jamais vu transparaître son âme rêveuse et humanitaire dans les lettres qu'il échangea pendant vingt ans avec Mme Bertha von Suttner, l'apôtre allemand de la paix internationale. C'est un fait, paradoxal en apparence, que ceux qui ont créé les plus formidables engins de destruction et de mort ont vu dans leur oeuvre le moyen le plus pratique et le plus sûr d'assurer la paix entre les peuples: John Ericsson, le grand constructeur des _monitors_ et des _destroyers_, déclarait que ces engins avaient «pour but principal de rendre impossible la guerre maritime, et de faire reconnaître par toutes les nations la neutralité de la mer», et il ajoutait: L'art de la guerre est encore dans l'enfance. Perfectionné, il obligera l'homme à vivre en paix. Ce but sublime, qui a toujours été le rêve chéri de ma vie, sera atteint, je l'espère, avant la fin de ce siècle.»
Et Nobel écrivait, de son côté: «Plus les moyens de destruction seront terribles, plus on évitera d'assumer la responsabilité d'une déclaration de guerre: du jour où deux armées pourront, par la découverte d'explosifs perfectionnés, s'entre-détruire complètement, toutes les nations civilisées reculeront avec effroi devant les conflits belliqueux.»
Ainsi, c'est dans l'âme de ces grands destructeurs qu'il faut aller chercher la petite fleur bleue[1]. Mais on peut trouver autre chose encore dans la vie d'Alfred Nobel: une grande et belle leçon d'opiniâtreté et de courage.
[Note 1: Une preuve encore: Nobel fut profondément épris, dans sa jeunesse, d'une jeune fille que la mort lui enleva; il ne se maria jamais.]
Il avait, d'ailleurs, de qui tenir; son père, Emmanuel Nobel, l'avait précédé dans l'étude des explosifs; il avait construit, pour la Russie, les premiers modèles pratiques de torpilles sous-marines qui, immergées à l'embouchure de la Neva, firent reculer la flotte anglaise pendant la guerre de Crimée; ses travaux, qui le firent passer par des alternatives de fortune et de noire misère, se poursuivaient au milieu d'épouvantables dangers, dont nous n'avons plus l'idée, aujourd'hui qu'une technique prudente permet de manier aisément les plus formidables explosifs: c'était le temps où notre compatriote, le grand physicien Dulong, se faisait enlever la moitié de la main en étudiant le chlorure d'azote. Emmanuel Nobel produisait, dans sa maison de Stockholm où il procédait à ses essais, de si dangereuses détonations, qu'il fut contraint d'aller les continuer sur un chaland amarré à quelque distance du rivage. C'est au milieu de ces dangers qu'Abel Nobel grandit; il devait en connaître de pareils pendant une grande partie de sa vie; en 1867, son laboratoire d'Helsingborg sauta, et il retrouva dans les décombres plusieurs cadavres atrocement mutilés, parmi lesquels était celui de son frère cadet Oscar.
(_A suivre_) ________________________________________________________________________
Annonces diverses
--Les annonces et réponses aux annonces _sont reçues au Bureau du Journal, spécialement installé à cet effet à la Préfecture (entrée par la grille, place de la République)._
Annonce légale.--Cession de part sociale
Suivant acte reçu par Me Pasteau, notaire à Lille, le 22 avril 1916, intervenu entre:
Madame Marie-Louise Couteel, fabricant de limes, demeurant à Lille St-Maurice, rue de la Briqueterie, nºl, veuve de M. Charles-Gustave Bergues. et M. Théodore-Charles Bergues, son fils, fabricant de limes, demeurant à Lille St-Maurice, rue St-Druon, 26.
Madame veuve Bergues a cédé à son fils et co-associé sus nommé tous ses droits actifs et passifs dans la société en nom collectif existant entre eux à Lille rue de la Briqueterie, nº 1, pour la fabrication de limes, sous la raison et la signature sociale Veuve Charles Bergues et fils, en vertu d'un acte sous signatures privées, en date à Lille du 28 décembre 1910, portant la mention suivante «Enregistré à Lille T. E. le 29 décembre 1910, folio 73 nº 6032 reçu 8 francs 75 centimes, décimes compris, signé Monsel» et déposé pour minute avec reconnaissance d'écritures et de signatures à Me Pasteau, notaire à Lille, pour valoir authenticité suivant acte reçu par lui, le 26 janvier 1911, enregistré et publié conformément à la loi.
Cette cession a été faite moyennant prix et conditions insérées audit acte, pour l'acquéreur en avoir la jouissance à compter du 15 avril 1916. jour à partir duquel ledit M. Bergues fils est devenu seul propriétaire de tout l'actif social.
Dissolution de Société
et, _en conséquence de cette cession ladite société Veuve Charles Bergues et fils, a été déclarée et s'est trouvée dissoute à compter dudit jour 15 avril 1916_.
Deux expéditions dudit acte de cession de part et dissolution de société ont été déposées, l'une au greffe du Tribunal de Commerce de Lille et l'autre au Greffe de la Justice de paix du 1er arrondissement judiciaire de Lille, le 2 mai 1916. Pour extrait: PASTEAU.
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