Bref récit et succincte narration de la navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI par le capitaine Jacques Cartier aux îles de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres

Part 7

Chapter 73,395 wordsPublic domain

Durant le temps que la maladie & mortalité regnoit en noz navires, se partirent Donnacona, Taignoagny, & plusieurs autres, faignans aller prendre des Cerfz & Dains: Lesquelz ilz nomment en leur langaige Aiounesta & Asquenoudo, parce que les neiges estoient & que les glaces estoient ja rompues dedans le cours du fleuve, tellement qu'ilz pouvoient naviguer par icelluy. Et nous fut par Dom Agaya [Page 39] & aultres dict, qu'ilz ne seroient que environ quinze jours, ce que croyons, mais furent deux moys sans retourner. Au moyen dequoy eusmes suspicion qu'ilz ne feussent aller amasser grand nombre de gens pour nous faire desplaisir, parce qu'ilz nous veoient si affoibliz, nonobstant que avions mys si bon ordre à nostre faict, que si toute la puissance de leur terre y eust esté, ilz eussent sceu faire autre chose que nous regarder. Et pendent le temps qu'ilz estoient dehors, venoient tous les jours force gens a noz navires, comme ilz avoyent de coustume, nous apportant de la chair fresche de Cerfz & Dains, poissons fraiz de toutes sortes: Lesquelz ilz nous vendoient fort cher, ou autrement myeulx aymoient l'emporter, parce qu'ilz avoyent necessité de vivres pour lors, a cause de l'yver qui avoit esté long.

_Comment Donnacona revint à Stadacone avec grand nombre de gens & feist ledict Donnacona du malade de peur de venir veoir le cappitaine, cuydant que ledict cappitaine allast vers luy_.

Le vingt & ungiesme jour dudict moys d'Avril, Dom Agaya vint à bort accompagné de plusieurs gens lesquelz estoient beaulx & puissans. Et n'avions accoustumé de les veoir: lesquelz dient que le seigneur Donnacona feroit le lendemain venu: & qu'il apporteroit force cher de cerfz & autre venaison. Et le lendemain vingt deuxiesme jour dudict moys, vint le dict Donnacona, lequel admena en sa compaignie grand nombre de gens audict Stadacone, ne scavions à quelle occasion, n'y pourquoy: mais on dict à ung proverbe, qui de tout se garde de aucuns eschappe. Ce que nous estoit de necessité; Car nous estions si affoibliz tant de maladie que de gens mors, qu'il nous a fallu laisser ung de noz navires audict lieu de saincte Croix. Le cappitaine estant adverty de leur venue, & qu'ilz avoient admené tant de gens: & aussy que Dom Agaya le vint dire au cappitaine, sans vouloir passer la riviere qui seroit entre nous & ledict stadaconé: ains feist difficulté de passer, Ce que n'avoit acoustumé de faire, qui nous donna doubte de trahison. Voyant ce, le cappitaine envoya son serviteur accompaigné de Jehan poullet, lesquelz estoient plus que nulz aultres aymez dudict peuple du pais, pour veoir que estoit audict lieu,& qu'ilz faisoient, faignans les dictz [Page 40] poullet & serviteur estre aller veoir ledict Donnacona, parce qu'ilz avoient esté longuement avec luy à leur ville lesquelz luy porterent aucun petit present. Et lors que ledict Donnacona fut adverty de leur venue, feist le malade & se couche: Apres allerent en la maison de Taignoagny pour le veoir, ou par tout trouverent les maisons si plaines de gens, que on si povoit remuer: lesquelz on n'avoit accoustumé de veoir, & ne voulut permettre ledict Taignoagny que ledict serviteur allast es aultres maisons; ains les convoya vers les navires la moytié du chemin, & leur dict que si le cappitaine luy vouloit faire ce plaisir de prendre ung seigneur du pays nommé Agouanna, lequel luy avoit faict desplaisir, & l'emmener en France qu'il seroit tenu à luy: Et feroit tout ce que vouldroit ledit cappitaine, & que ledict serviteur retournast le lendemain dire la responce.

Quand le cappitaine fut adverty du grand nombre de gens qui estoyent audict lieu, ne scavoit à quelle fin, se deslibera leur jouer finesse. Et prendre leur seigneur Taignoagny, Dom Agaya & des principaulx. Aussi qu'il estoit bien desliberé de mener le dict seigneur en France pour compter & dire au Roy ce qu'il avoit veu es pais Accidentaulx, des merveilles du monde. Car il nous a certiffié avoir esté à la terre de Saguenay, en laquelle y a infini or, rubis & aultres richesses. Et y sont les hommes blancs comme en France & accoutrez de dras de laynes. Plus dict avoir veu autre pays, ou les gens ne mengent poinct & ne ont point de fondement, & ne digerent point ains font seulement eaue par la verge. Plus dict avoir esté en autre pais de Picquemyans & autres pais, ou les gens n'ont que une jambe. Et autres merveilles longues à racompter. Ledict seigneur est homme ancien, & ne cessa jamais d'aller par pais, depuis sa congnoissance, tant par fleuves, rivieres que par terre.

Apres que lesdictz Poullet & serviteur eurent fait leur message, & dist au cappitaine ce que ledict Taignoagny lui mandoit, renvoya ledict cappitaine son dict serviteur le lendemain dire audict Taignoagny qu'il le vint veoir, & luy dire ce qu'il vouloit, & qu'il lui feroit bonne chere & partie de son vouloir. Ledict Taignoagny luy manda qu'il viendroit le lendemain, & qu'il admeneroit le seigneur Donnacona & celuy qui luy avoit faict desplaisir, ce que ne feist: Ains fut deux jours sans venir, pendant lequel temps ne veint personne es navires dudict Stadacone comme avoient de coustume, mais nous fuyoient comme [Page 41] si les eussions voulu tuer. Lors apperceusmes leur mauvaistié, Et parce qu'ilz furent advertiz que ceulx de Sicadin alloient & venoient entour nous, & que leur avions habandonné le fond du navire que laissions pour avoir les viel cloud, vindrent dudict Stadaconé le tiers jour ensuyvant de l'autre bort de la riviere, & passerent la plus grand partie d'eulx en petis basteaulx sans difficulté: mais ledict Donnacona n'y voulut passer. Et furent Taignoagny & Dom Agaya plus d'une heure à parlementer ensemble, avant que vouloir passer. En fin ilz passerent & vindrent parler audict cappitaine, & pria ledict Taignoagny ledict cappitaine vouloir prendre & emmener ledict homme en France. Ce que reffusa ledict cappitaine: disant que le Roy son maistre luy avoit deffendu de non emmener homme ni femme en France: mais bien deux ou trois petis enfans pour apprendre le langaige, mais que voluntiers l'emmeneroit en terre neufve, & qu'il le mettroit en une ysle. Ces parolles disoit ledict cappitaine pour les asseurer, & acelle fin d'amener ledict seigneur Donnacona, lequel estoit demeuré dela l'eaue desquelles parolles fut fort joyeulx ledict Taignoagny, esperant ne retourner jamais en France, & promist audict cappitaine de retourner le lendemain qui estoit le jour saincte Croix, & admener ledict seigneur Donnacona & tout le peuple dudict lieu.

_Comment le jour saincte Croix, le cappitaine feist planter une croix dedans nostre fort, & comment ledict seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya & leur bende vindrent, & de la prinse dudict seigneur_.

Le troisiesme jour de May, jour & feste saincte Croix, pour la solempnité de la feste: le cappitaine feist planter une belle croix de la haulteur d'environ trente cinq piedz, soubz le croisillon de laquelle y avoit ung escusson en bosse des armes de France: & sur icelluy estoit escript en lettre attique _Franciscus primus Dei gratia Francorum rex regnat_. Et celluy jour environ mydi vindrent plusieurs gens de Stadacone, tant hommes, femmes, que enfans, qui nous dirent que leur seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya et aultres qui estoient en sa compaignie venoient, dequoy feusmes joyeulx, esperant nous en [Page 42] saisir: lesquelz vindrent environ deux heures apres mydi. Et lors qu'ilz furent arrivez devant noz navires, nostre cappitaine alla saluer ledict seigneur Donnacona, le quel pareillement luy feist grande chere, mais avoit tousjours l'oeil au boys, et une craincte merveilleuse. Tost apres arriva Taignoagny, lequel deist audict seigneur Donnacona, qu'il n'entrast point dedans le fort. Lors fut par l'ung de leurs gens, apporté du feu hors du fort, & allumé par ledict seigneur. Nostre cappitaine le pria de venir boyre & manger dedans les navires, comme avoit de coustume. Et semblablement en prya ledict Taignoagny, lequel dist que tantost il entreroit: Ce qu'ilz feirent & entrerent dedans ledict fort: Mais au paravant avoit esté notre cappitaine adverty par Dom Agaya, que ledict Taignoagny avoit mal parlé & qu'il avoit dict au seigneur Donnacona qu'il n'entrast point dedans les navires. Notre dict cappitaine voyant ce, sortist hors du parc ou il estoit, & veit que les femmes s'en fuyoient par l'advertissement dudict Taignoagny: & qu'il ne demouroit que les hommes: les quelz estoient en grand nombre. Et lors commanda ledict cappitaine à ses gens prendre ledict seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya, & de deux autres des principaulx qu'il monstra, puis que on feist retirer les autres. Tost apres ledict seigneur entra dedans le fort avec le dict cappitaine: mais tout soudain ledict Taignoagny veint pour le faire sortir. Nostre cappitaine voyant qu'il n'y avoit autre ordre, se print à cryer que on les print: Auquel cry sortirent les gens dudict cappitaine: lesquelz prinsdrent ledict seigneur & ceulx que l'on avoit desliberé prendre. Lesdictz Canadians voyant la prinse, commencerent à fuyr & courir, comme brebis devant le loup: les ungs le travers la rivière, les autres parmy le boys serchant chascun son advantage. Ladicte prinse faicte des dessusdictz & que les autres se furent retirez, furent mys en seure garde.

_Comment les Canadians vindrent la nuict devant les navires, sercher leurs gens: durant laquelle ilz hurloyent & cryoient comme Loups, & le parlement & conclusion qu'ilz feirent le lendemain, & des presens qu'ilz feirent à nostre cappitaine_.

La nuict veneue vindrent devant noz navires, la riviere entre deux grand nombre du peuple dudict Donnacona huchant & hurlant toute la [Page 43] nuict comme Loups cryant sans cesse: Agouhanna pensent parler à luy, ce que ne permist le cappitaine pour l'heure, n'y lendemain jusques environ mydi: parquoy nous faisoient signe que les avions tuez & penduz. Et environ l'heure de mydi: retournerent de rechef en aussi grand nombre qu'avions vu de voyage pour ung coup: eulx tenans cachez dedans le boys, fors aucuns d'eulx qui cryoient & appelloient à haulte voix ledict Donnacona. Lors commanda le cappitaine faire monter ledict Donnacona hault pour parler a eulx. Et luy dist le cappitaine qu'il feist bonne chere, & que apres avoir parlé au Roy de France & compté ce qu'il avoit veu au Saguenay & aultres qu'il reviendroit dedans dix ou douze lunes: & que le Roy luy feroit ung grand present: de quoy feust fort joyeulx ledict Donnacona, & le dist es autres en parlant à eulx lesquelz en feirent trois merveilleux crys, en signe de joye. Et à l'heure feirent ledict peuple & Donnacona entre eulx plusieurs predications & preschemens: lesquelz il n'est possible d'entendre par faulte de langue: nostre cappitaine dist audict donnacona qu'ilz vissent seurement de l'autre bort pour mieulx parler ensemble, & qu'il les asseuroit, ce que leur dist ledict Donnacona: & sur ce vindrent une barquée des principaulx à bort desdictes navires. Lesquelz de rechief commencerent plusieurs preschemens, donnant louange audict cappitaine; & luy feirent present de vingt quatre colliers de Esurgny, qui est la plus grand richesse qu'ilz ayent en ce monde: Car ilz l'estiment plus que or & argent. Apres qu'ilz eurent assez parlementé & devise les ungs avec les aultres, & veu qu'il n'y avoit remede audict seigneur d'eschapper & qu'il failloit qu'il veint en France, Il commanda que on luy apportast le lendemain vivres pour menger par la mer. Nostre cappitaine feist present audict Donnacona de deux paisles d'arain & de huict hachotz, & autres menues besongnes comme cousteaulx, & patenostres. Dequoy fut fort joyeulx en sou semblant: Et les envoya ledict cappitaine à ceulx qui estoyent venuz parler audict Donnacona, aucuns petis presens; Dequoy remercierent fort ledict cappitaine. A tant se retyrerent & s'en allerent à leurs logis. [Page 44]

_Comment le lendemain cinquiesme jour de May, ledict peuple retourna parler à leur seigneur, & comment il veint quatre femmes à bort luy apporter des vivres_.

Le cinquiesme jour dudict moys au plus matin, ledict peuple retourna en grand nombre, pour parler à leur seigneur, & envoyerent une barque, qu'ilz appellent en leur langaige Casnouy, en laquelle ilz estoient quatre femmes, sans y avoir aucuns hommes, pour doubte qu'ilz avoient qu'on ne les retint: lesquelles apporterent force vivres, scavoir gros mil (qui est le bled duquel ilz vivent) chair, poisson, & aultres provisions à leur mode. Lesquelles estre arrivees es navires, le cappitaine leur feist bon recueil, & pria Donnacona audict cappitaine qu'il dist ausdictes femmes, que dedans douze lunes il retourneroit, & qu'il admeneroit ledict Donnacona a Canada: Ce disoit à celle fin de les contenter: Ce que feist ledict cappitaine, dont lesdictes femmes feirent grand semblant de joye, en montrant par signes & parolles audict cappitaine, mais qu'il retournast & admenast ledict Donnacona qu'ilz lui feroient plusieurs presens. Lors chascune dicelles donna audict cappitaine ung collier desurgny, puis s'en allerent de l'autre bort de la riviere ou estoit le peuple dudict Stadacone, & se retirerent prenant congié dudict seigneur.

Le samedy sixiesme jour dudict moys, nous appareillasmes du havre saincte Croix, & vinsmes à l'ysle es Couldres, ou avons esté jusques au seziesme dudict moys, laissant amortir les eaues, lesquelles estoient trop courantes & dangereuses pour avaller ledict fleuve; et attendans bon temps. Pendent lequel temps vindrent plusieurs barques des peuples subjectz audict Donnacona lesquelz venoient de la riviere du Saguenay: Et lors que par Dom Agaya furent advertiz de la prinse de eulx, & la facon & maniere comme on menoit Donnacona en France, furent bien estonnez mais ne laisserent à venir le long des navires, parler audict Donnacona, qui leur dist que dedans douze lunes il retourneroit, & qu'il avoit bon traictement avec le cappitaine & compaignons, dequoy à une voix remercierent ledict cappitaine, & donnerent audict Donnacona trois pacquetz de peaulx de byevres & loups marins avec un grand cousteau de cuyvre rouge, qui vient du Saguenay & autres choses. Semblablement donnerent audict cappitaine ung collier Desurgny, pour [Page 45] lesquelz presens leur feist ledict cappitaine donner dix ou douze hachotz, desquelz furent fort contens & joyeulx, & en remercierent ledict cappitaine.

Le lendemain, 16e jour dudict moys de May nous appareillasmes de ladicte ysle es couldres, & veinsmes poser a une ysle qui est a environ quinze lieues de ladicte ysle es couldres, laquelle est grande d'environ cinq lieues de long, & la passasmes celluy jour pour passer la nuict, esperant le lendemain passer les dangier du Saguenay, lesquelz sont grandz. Le soir feusmes à ladicte ysle, ou trouvasmes grand nombre de lievres, desquelz eusmes quantité: & par ce la nommasmes l'ysle es lievres. Et la nuict le vent vint contraire & en tourmente tellement qu'il convint relacher à l'isle es couldres dont estions partis, par ce qu'il n'y avoit autre passage entre lesdictes ysles. Et y feusmes jusques au 21 dudict moys que le vent vint bon, & tant feismes par noz journées que passasmes jusques a Honguedo, lequel passage n'avoit par cy devant esté descouvert. Et feismes courir le travers du Cap de Prato, qui est le commencement de l'abbaye de Challeur. Et pource que le vent estoit bon & convenable, feismes porter le jour & la nuict. Et le lendemain veismes querir au corps l'ysle de Bryon. Ce que ne voulions faire pour l'abbregé de nostre chemin: Et sont les deux terres gisantes Suest & Noronaist ung quart de l'Est & de l'Onest. Et y a entre eulx 50 lieues. Ladicte ysle est en. 47 degrez demye de latitude. Le jeudi 26e jour dudict moys, jour & feste de l'ascention nostre Seigneur, nous traversasmes à une terre & sablon de basses araynes, qui demeurent au Suronaist de ladicte Ysle de Bryon environ huict lieues. Par dessus lesquelles y a de grosses terres plaines d'arbres, & y a une mer enclose dont n'avons veu aucune entrée ny ouverture pour entrer en icelle. Et le vendredy. 27. par ce que le vent changeoit à la coste, retournasmes à ladicte ysle de Bryon, ou feusmes jusques au premier jour de Juing, & vinsmes querir une terre haulte qui demeure au Suest de ladicte ysle, qui nous apparoissoit estre une ysle, & la rengeasmes environ deux lieues & demye, faisant lequel chemin eusmes congnoissance de trois haultes ysles qui demeurent vers les Araynes. Apres lesquelles choses congneues, retournasmes au cap de ladicte terre qui se faict à deux ou trois caps haultz à merveilles & grand parfond d'eaue & la marée si courante, qu'il n'est possible de plus. [Page 46]

Nous arrivasmes celluy jour au cap de Lorraine, que est environ 46 degrez demye au Su, duquel cap y a une basse terre & semblant d'entrée de riviere: mais il n'y a hable que vaille. Parsus lesquelles terres vers le Su, veismes ung aultre cap de terre que nous nommasmes le cap de Sainct Paul, qui est environ 47 degrez ung quart. Le dimenche 4e jour dudict moys, jour & feste de la Pentecouste, eusmes congnoissance de la coste Dest Suest de terre neufve, qui estoit à environ vingt deux lieues du cap, & pource que le vent estoit contraire, feusmes a ung hable que nous nommasmes le hable de sainct esperit, jusques au mardi que appareillasmes dudict hable, & rengeasmes ladicte coste jusques aux ysles Sainct Pierre, lequel chemin faisant trouvasmes le long de ladicte coste plusieurs ysles & basses fort dangereuses estans en la routte Dest, Suest & Onaist, Noronaist à une, vingt trois lieues à la mer. Nous feusmes esdictes ysles sainct Pierre, ou trouvasmes plusieurs navires, tant de France que de Bretaigne, depuis le jour Sainct Barnabé unziesme jour de Juing, jusques au 16e jour dudict moys, que appareillasmes, des dictes ysles Sainct Pierre & vinsmes au Cap de Raze & entrasmes dedans ung hable nomme Rougnoze, ou prinsmes eaues & boys pour traverser la mer & la laissasmes l'une de noz barques & appareillasmes dudict hable le lundi 19e jour dudict moys. Et avec bon temps avons navigué par la mer, tellement que le 6e jour de Juillet 1536 sommes arrivez au hable de Sainct Malo la grace du createur. Lequel prions faisant fin à nostre navigation, nous donner sa grace, & paradis à la fin. Amen.

_Ensuyt le langage des pays & Royaulmes de Hochelaga & Canada, aultrement appellée par nous la nouvelle France_.

_Premier leur nombre de compter_.

Segada 1 Tigneny 2 Asche 3 Honnacon 4 Ouiscon 5 Indahir 6 Ayaga 7 Addegue 8 Madellon 9 Assem 10

_Ensuit les noms des parties du corps de l'homme_

La teste Aggourzy [Page 47] Le frons Herguenyascon Les yeulx Hegata Les oreilles Ahontascon La bouche Escahe Les dentz Esgougay La langue Osvache La gorge Agouhon Le menton Hebehin Le visaige Hogouascon Les cheveulx Aganiscion Les braz Ajayascon Les esselles Hetnanda Les coustez Aissonne L'estomach Aggruascon Le ventre Eschehenda Les cuisses Hetnegradascon Le genouil Agochinegodasion Les jambes Agouguenehonde Les piedz Onchidascon Les mainz Aignoascon Les doidz Agenoga Les ongles Agedascon Le vit Aynoascon Ung con Chastaigne Ung homme Aguehan Une femme Agrueste Ung garson Addegesta Une fille Agnyaquesta Ung petit enfant Exiasta Une robbe Cabata Ung propoinct Coioza Des chausses Henondoua Des soullyers Atha Des chemises Anigoua Ung bonnet Castrua Ilz appellent leur bled Osizy Pain Carraconny Eaue Ame Chair Quahouascon Poisson Queion Prunes Honnesta Figues Absconda Raisins Ozaba Noix Quaheya Une poulle Sahomgahoa Une lamproye Zysto Ung saulmon Ondaccon Une ballaine Ainnehonne Une anguille Esgneny Ung escureul Caiognem Une couleuvre Undeguezy Des tortues Heuleuxime Ilz appellent le boys Conda Feuilles de boys Hoga Ilz appellent leur dieu Cudragny Donnez moy a boyre Quazahoa quea [Page 48] Donnez moy a desjuner Quazahoa quascahoa Donnez moy a souper Quazahoa quatsream Allons nous coucher Casigno Agnydahoa Bon jour Aignaz Allons jouer Casigno Caudy Venez parler a moy Asigni quaddadia Regardez moy Quatgathoma Taisez vous Aista Allons au basteau Quafigno Casnouy Donnez moy ung cousteau Quazahoa agoheda Ung hachot Addogne Ung harc Ahena Ung fleche Quahetam Allons a la chasse Quafigno donassent Ung Cerf Aionnesta De dains ilz disent que se sont moutons & les appellent Asquenondo Ung liepvre Sourhamda Ung chien Agayo Des ouyayes Sadeguenda Le chemin Adde Ilz appellent la graine de concombres ou mellons Casconda Qand ilz veullent dire demain Ilz dient Achide Le ciel Qenhia La terre Damga Le soleil Ysnay La lune Assomaha Les estoilles Siguehoham Le vent Cahoha La mer Agogasy Les vagues de la mer Coda Une ysle Cohena Une montaigne Ogacha La glace Honnesca La neige Canisa Froid Athau Chault Odazan Feu Azista Fumee Quea Une maison Canocha Ilz appellent leurs febves Sahe Ilz appellent une ville Canada Mon pere Addatht Ma mere Adanahoe Mon Frere Addagnin Ma seur Adhoasseue Ceulx de Canada disent qu'il fault une lune a naviger depuis Hochelaga, jusques à une terre ou se prend la canelle & le giroffle. Ilz appellent la canelle Adhotathny Le giroffle Canonotha

Fin.

NOTES VARIANTES, CORRECTIONS ET ADDITIONS

Nous avons déclaré, dans l'introduction placée en tête de ce petit volume, que l'édition originale de 1545, dont il offre une reproduction scrupuleusement fidèle, est loin de représenter un texte irréprochable sous le rapport de la correction typographique; elle n'est pas non plus à l'abri de tout reproche d'inexactitude au point de vue d'une rigoureuse conformité aux textes manuscrits encore existants de la relation de Cartier; & nous avons annoncé que l'éditeur d'aujourd'hui avait résolu de porter remède aux défaillances de l'ancien éditeur, en ajoutant à la réimpression actuelle un appendice destiné à corriger ces fautes, & à signaler les variantes des mss; ces variantes acquièrent en certains cas une étendue qui leur donne l'importance d'additions considérables, puisqu'elles fournissent jusqu'à deux chapitres entiers restés en lacune dans l'édition de 1545, & par conséquent dans les versions de Ramusio & de Hakluyt auxquelles elle a servi de type.