Part 9
Et pour mademoiselle _Chameton_, à six cents soixante-quinze francs, cinquante-cinq centimes.
Mais qu'est-ce que tout cela, en comparaison des reines et des impératrices de l'antiquité?
Tenez, en voici une très belle, qui voyageait aussi en Égypte.
Eh bien! comparez la pompe qui l'entoure à la pompe moderne, mesquine et chicanée, qui va entourer l'Impératrice des Français voyageant dans les mêmes contrées. C'est à rougir de notre mesquinerie, sans avoir à payer des notes chez mademoiselle Martin et chez mademoiselle Chameton.
Feuilletons un gros Plutarque in-folio, traduction d'Amyot, qui fait ma gloire; c'est une édition de 1583, dix ans avant la mort d'Amyot.
Et parlons un peu de Cléopâtre.
«La reine d'Egypte se mit sur le fleuve Cydnus dedans un bateau, dont la pouple étoit d'or, les voiles de pourpre, les rames d'argent, qu'on manioit au son et à la cadence d'une musique de flustes, hautbois, cythres, violes et autres instruments dont on jouait dedans. Et au reste, quant à sa personne, elle étoit couchée dessous un pavillon d'or tissu, vestue et accoustrée toute en la sorte qu'on peint ordinairement Vénus; et auprès d'elle, d'un costé et d'autre de jolis petits enfantelets, habillés ne plus ne moins que les peintres ont accoustumé de portraire les amours, avec des esventaux en leurs mains, dont ils l'esventoyent. Ses femmes et damoiselles semblablement les plus belles estoyent habillées en nymphes néréides qui sont les fées des eaux, et comme les Grâces, les unes appuyées sur le timon, les autres sur les chables et cordages du bateau, duquel il sortait de merveilleusement douces et souefves odeurs de perfums, qui remplissoient les rives toutes couvertes d'une foule innumérable.»
A la bonne heure, ça vaut la peine d'être reine et d'être belle. Tandis qu'aujourd'hui, une impératrice ne peut pas s'habiller mieux, ne peut pas s'habiller autrement que la femme d'un banquier, d'un gros industriel,--disons mieux--que les beautés vénales, maîtresses du public: c'est à dégoûter d'être reine et impératrice.
Croyez-vous que mesdemoiselles Marion et de Lermina, lectrices de Sa Majesté, seront habillées en néréides?
Croyez-vous que mesdames de la Poëze et de Saulcy, ses dames d'honneur, seront en courtes tuniques de pourpre s'arrêtant au genou, appuyées sur les câbles et cordages?
Pas le moins du monde: elles seront habillées comme tout le monde, les voiles du bâtiment seront en toile blanche, et, en fait de «souefves odeurs et perfums», il y aura la fumée de la vapeur.
Pouah!
C'est comme cela aujourd'hui, les peuples ont fait leurs maîtres comme ils ont fait leurs dieux, à leur image; un homme plus grand, plus gros, plus méchant, mais toujours un homme.
Tenez, cette fête du centenaire de Napoléon Ier dont on fait tant de bruit, eh bien! qu'est-ce que cela en comparaison des fêtes que donnaient les Césars romains?
Les mêmes mâts de cocagne, les mêmes saucissons, les mêmes pièces de théâtre jouées entre quelques planches aux Champs-Élysées, par des acteurs de 99e ordre, les spectacles gratis, ceux qu'on donne tous les jours au public moyennant un ou deux francs par personne.
Certes, Napoléon Ier était un grand cueilleur de palmes et de lauriers, un grand guerrier. Il est vrai que dans le jeu qu'il jouait contre le sort, il joua double, triple, quintuple à la fin dans une martingale effrénée, et qu'il a perdu les dernières parties; de sorte que le total se solde pour la France en appoint de défaites, en dépopulation d'hommes et d'argent, en diminution de territoire.
Mais enfin il a tué au moins autant d'hommes que ceux qui en ont tué le plus dans ce genre d'industrie si prisé, si admiré par les hommes.
Je n'ai pas le compte de Napoléon Ier.
Mais César se vantait d'avoir tué onze cent quatre-vingt douze mille hommes, dit Pline, et il ne parle pas des guerres civiles: _stragem civilium bellorum non prodendo_.
Et Pompée a consacré lui-même dans le temple de Minerve un monument pour qu'on n'oublie pas qu'il a tué, mis en fuite ou forcé à se rendre: _fusis, occisis aut in deditionem acceptis_ douze cent quatre-vingt-trois mille hommes.
Ajoutons, malgré les mensonges des bulletins--qui ne sont pas inventés d'hier,--qu'il faut compter un nombre sinon tout à fait égal, du moins correspondant, de leurs concitoyens, dont ils ne parlent pas.
Si on pouvait prévoir de pareils grands hommes, ne serait-il pas sage, et d'une bonne police, de les étouffer le jour de leur naissance?
Eh bien! quoique Napoléon vaille bien César et Pompée, que sera-ce que ces fêtes du centenaire? Tenez, à côté d'ici, à Nice, le maire-député Malausséna a adressé une proclamation au peuple Niçois, proclamation dans laquelle il annonce qu'on ne reculera devant aucuns frais pour donner à cette fête du grand homme tout l'éclat, toute la magnificence, etc.
Et alors, ça finit par des «courses de vélocipèdes».
Les courses de vélocipèdes manquaient aux Romains.
Mais Pompée, quand il donnait une fête, faisait tuer 600 lions et 410 panthères dans le Cirque. Héliogabale représentait des batailles navales sur des canaux remplis de vin. Néron jetait au peuple des boules de loto avec des numéros qui correspondaient à des lots d'oiseaux, de mets rares, de mesures de blé, de riches vêtements, de l'or, de l'argent, des maisons, des esclaves, des îles, des terres, etc.
Héliogabale, quand il donnait à dîner, faisait mêler des topazes aux lentilles, des perles au riz, des pois d'or aux pois verts, et, à la fin du dîner, il se retirait brusquement, parce que du plafond tombaient des violettes en telle quantité que les convives étaient étouffés dessous.
Le même faisait répandre de la poudre d'or sur le chemin qu'il avait à parcourir pour aller à son cheval ou à sa voiture.
Quand le gouvernement actuel a voulu embellir Paris, l'orner de rues larges et droites, bordées de palais et de casernes, que d'affaires! que de difficultés! que de jugements et expropriations! que d'arbitrages! que de délais! et, après la chose faite, que de critiques, que de réclamations!
Tandis que, du temps des Romains, Néron trouve un jour que les vieux édifices sont laids, que les rues sont étroites et tortueuses. _Offensus deformitate veterum ædificiorum et angustiis flexurisque vicorum._
Eh bien! il met tranquillement le feu à la ville _incendit_ et on la reconstruit.
En comparaison de ces grands Césars romains, c'est un bien humble métier aujourd'hui que le métier de roi et d'empereur, et on ne saurait témoigner assez de reconnaissance à ceux qui poussent encore le dévouement pour leur pays assez loin pour en accepter la corvée sans compensation.
Autre point de vue. Octave trahit, tue, proscrit; il s'arrête quand il est fatigué. Eh bien! avec quelques bouts de terre confisqués, avec quelques dîners, quelque peu d'argent distribué à une douzaine d'écrivains et de poètes, il n'a plus tué, il n'a plus proscrit; c'est un dieu.
Louis XIV a refait le même coup. De son temps, ça valait encore la peine, et si la postérité l'a remis à sa taille, c'est par la bêtise de quelques-uns de ses écrivains gagés, qui ont voulu diminuer ses petitesses au lieu de les cacher; de même que, de ce temps-ci, la publication des lettres de l'empereur Napoléon Ier, publication faite par sa famille, a été, pour sa mémoire, un coup terrible.
Mais aujourd'hui le métier n'en vaut plus rien, le gouvernement n'a avec lui, c'est-à-dire à lui, qu'une demi-douzaine d'écrivains de troisième ordre, et, derrière ceux-là, une troupe inconnue.
Pour ce qui est des Virgile, des Ovide, des Horace, des Racine, des Molière, des Corneille de ce temps-ci il faut s'en passer.
Revenons donc à ceci: pour montrer aux populations lointaines de l'Orient une impératrice française avec une magnificence digne de sa beauté et de la vanité de la France, quelques millions, c'est pour rien..., au prix où est le beurre, comme disait Rabelais.
Voilà pour le cas où le voyage en Égypte et en Turquie serait un voyage d'agrément.
Mais si, comme beaucoup le croient, c'est un voyage ayant une portée et un but éminemment politiques et civilisateurs, vous êtes mille fois plus pingres que pleutres.
Si ce voyage a pour but de revendiquer et de reconquérir les saints lieux, Jérusalem, le Saint-Sépulcre; si c'est la dixième croisade, au lieu de chicaner la dépense, supputez l'économie en vous rappelant un peu les autres.
Surtout si cette croisade et cette revendication de Jérusalem ont pour résultat de résoudre la grande difficulté de Rome.
Si l'on a pris en considération une idée que j'ai émise ici même.
Si Jérusalem, rendue par le Sultan et le titre de roi de Jérusalem donné par le roi Victor-Emmanuel, qui le porte dans ses titres, on décide ensuite le pape à aller établir le siège de l'Église là où fut son berceau, à aller garder lui-même le Saint-Sépulcre, Rome redevient naturellement la capitale de l'Italie, sans secousse, sans révolution et la parole de la France est dégagée.
En ce cas-là, chicanez donc sur vos mauvais millions.
Voyez ce que vous ont coûté les autres croisades.
A la deuxième croisade, la femme de Louis VII, Éléonore d'Aquitaine, mène une vie tellement gaie, que le roi la répudie, qu'elle épouse Henry, duc de Normandie, qui devient roi d'Angleterre, lui porte en dot les plus belles provinces de France, et cause entre les deux nations plus de deux cents ans de terribles guerres.
Il y avait alors quelque chose de bien commode pour les rois. Aujourd'hui, si un irrespectueux, un maladroit, un impie attaque la majesté royale, on ne peut que le mettre en jugement et le condamner à l'amende et à la prison, tandis qu'en ce temps-là, le pape vous l'excommuniait bel et bien.
A la troisième croisade, Philippe Auguste lève _la saladine_, l'impôt du dixième des meubles et immeubles et des revenus de ses sujets.
A la septième, Louis IX, qui fut assez s...aint pour faire deux fois la même s...ainteté, se laisse prendre et il faut donner 8 000 besans d'or pour sa rançon, à peu près huit millions comme on croit les dépenser aujourd'hui, mais on a de plus les frais de la guerre, et la perte des hommes tués par le cimeterre des Sarrasins et par la peste.
Pour la neuvième croisade, celle contre les Albigeois, le crime odieux du pape Innocent III, qui donna la croix aux fanatiques, et de l'église catholique,--cette croisade des chrétiens contre les chrétiens, des Français contre les Français, pendant laquelle, rien que dans la ville de Béziers, en 1209, on massacre 60 000 hommes: je pense qu'elle a coûté assez cher.
D'autres politiques veulent voir dans le voyage d'agrément de l'impératrice un voyage de distraction... politique.
L'impératrice est Espagnole, et d'une piété qui ne peut que s'accroître à ce moment de la vie dont elle doit approcher, où la beauté ayant acquis tout son développement, tout son épanouissement, n'a plus aucune chance de croître encore: et les femmes aiment à s'occuper d'autre chose.
Les prêtres, dit-on, l'attendent là, et, déjà, comptent sur son influence légitime pour faire prolonger l'occupation de Rome. Quelques essais, à ce sujet, assure-t-on, leur ont déjà réussi.
D'autre part, l'occupation de Rome devient bien embarrassante, et on profiterait de ce que l'impératrice serait... sortie, pour prendre un parti auquel, présente, elle mettrait obstacle.
Tout cela n'est peut-être pas vrai, peut-être même faudra-t-il retrancher quelques centimes des huit millions.
Mon but, en traitant ce sujet, a été simplement de reprocher aux huit millions de Français qui ont élu Louis-Napoléon, leur pingrerie et leur pleutrerie; ils n'étaient pas forcés d'avoir un empereur, ils l'ont élu volontairement, ils ont voulu en avoir un. Leurs plaintes et leurs chicanes, aujourd'hui, sont du plus mauvais goût; ils n'ont même pas un franc à donner par tête, car nous qui n'avons pas voté avec eux, nous en donnerons notre part.
Allons, j'ai pitié des faiseurs de cantates, et je vais leur dire les rimes que je sais à _pingres_ et à _pleutres_.
_Malingres_ et _Ingres_ pour la première; _feutres_ et _neutres_ pour la seconde.
Du reste, le sujet et le point de vue que je leur fournis les _sortiraient_ un peu du vulgaire et du ressassé.--J'attends des remerciements.
«M. de Lamartine a été contre les fortifications courageux et éloquent, M. Dufaure a été vrai et raisonnable, mais n'a pas tardé à s'en repentir, M. Garnier-Pagès[7] a été non seulement spirituel et sensé, mais il s'est intrépidement séparé de son parti, etc...........»
[7] Le frère de celui d'aujourd'hui.
Je disais encore:
«Paris sans fortifications peut être pris, mais impossible à garder.»
Puis j'ajoutais,--et là j'ai été glorieusement démenti par les Parisiens:
«Paris fortifié au prix de la fortune publique, Paris attaqué ne tiendra pas une semaine;--que les fraises manquent pendant trois jours, et Paris ouvrira ses portes.»
J'ai assez, pendant trente ans, dit la vérité, prédit ce qui devait arriver pour n'être pas embarrassé de dire: cette fois je me suis trompé.
Plaidons cependant les circonstances atténuantes:
Si vous voulez ne prendre ma phrase que pour une hyperbole et lui accorder l'indulgence que l'on a pour les hyperboles, en se réservant de les réduire à une proportion légitime et raisonnable,--vous y verrez alors que ce qui devait faire succomber Paris ce n'était pas le défaut ou l'insuffisance des fortifications, c'était la famine;--les Prussiens ne sont pas entrés de vive force dans Paris;--Paris s'est rendu après avoir souffert de la faim et après avoir élevé l'habitude de manger des rats et l'habitude aussi de ne pas manger aux proportions de l'héroïsme et même d'une mode.
Les fortifications eussent été doubles, triples,--elles n'eussent pas arrêté la famine.
Pendant que je fais ma confession, je dois la faire entière.
«Les propriétaires, disais-je, ne voudront pas exposer leurs maisons: aussitôt qu'une bombe descendra par la cheminée se mêler aux légumes du pot-au-feu,--ils capituleront.»
«Ceux qui se battront à Paris sont ceux qui n'y possèdent rien.»
Presque autant d'erreurs que de mots, la classe aisée et la classe riche, ont fourni pour une grande part les traits individuels de dévouement et même d'héroïsme qui, s'ils n'ont pas sauvé la France, ont sauvé l'honneur du nom et du caractère français,--tandis qu'une partie du peuple,--une faible partie je veux le croire,--enivrée, empoisonnée, abrutie par les orateurs de club et de balcon, se réservait pour la guerre civile, l'assassinat, le vol et l'incendie.
Tout en reconnaissant que je me suis trompé sur les détails,--je persiste à me montrer contraire aux fortifications de Paris--et je répéterais encore aujourd'hui ce que je disais alors:
«Paris non fortifié, c'est le roi des échecs,--quand il est mat la partie est perdue, on ne le prend pas.
»Paris c'est une ville de rendez-vous pour le monde entier, c'est la capitale du plaisir, de l'esprit, etc.
»C'est là que viennent se reposer les Rois exilés par les peuples, et les peuples destitués par les Rois;--c'est là que de toute part on vient étaler ses joies et cacher ses misères.
»Paris c'est la grande _canongate_ du monde entier.
»L'ennemi! mais, Parisiens, mes bons amis, il est au milieu de vous;--l'invasion! mais elle est faite;--votre ville! mais elle est prise par les brouillons, par les bavards, par les ambitieux de bas étage, par les avocats plus ou moins parvenus, par les fabricants de chandelles enrichis et mécontents.
»Invasion plus cruelle mille fois que celle de l'étranger, car l'étranger respecterait Paris;--Paris où il vient s'amuser.--Paris son rêve, son Eldorado,--Paris qui appartient au monde et auquel le monde appartient.
Et là,--je ne me trompais pas assez;--Paris pris, mat;--les Prussiens s'en sont retournés;--peut-être craignaient-ils plus les Parisiens dans leurs murs que derrière leurs murs. Toujours est-il qu'ils s'en sont retournés;--le roi-Paris était mat, la partie était perdue pour nous; nous avons payé l'enjeu énorme mis sur table par l'empire--et doublé, quand la partie était évidemment perdue, par Me Gambetta et consorts.
Mais Paris a cependant subi réellement le sort d'une ville assiégée et prise par les Barbares,--mais ce ne sont pas les Prussiens qui ont tué les prêtres, les sénateurs et les généraux;--ce ne sont pas les Prussiens qui ont incendié les monuments de Paris.
Ce sont les électeurs de Me Gambetta;--c'est cette queue de piliers d'estaminet, de souteneurs de filles, de gredins, de voleurs, d'assassins, dont Me Gambetta a osé dire en pleine Assemblée des représentants de la France qu'il ne voulait pas se séparer.
En quoi il ne disait cependant pas la vérité, car il a eu soin de se séparer d'eux lorsqu'ils ont dû faire le coup de fusil; il s'est séparé d'eux lorsqu'ils lui criaient du fond des cachots:--O vous dont les paroles nous ont conduits où nous sommes, venez nous défendre, venez parler pour nous.
Je redirais encore aujourd'hui ce que je disais en 1841.
«Les grands peuples libres se sont défendus avec des murailles de poitrines et de bras--les peuples dégénérés, fatigués, déchus, se cachent derrière des montagnes de pierre.»
Les murailles de poitrines et de bras--que le canon peut abattre, mais que le tambour relève.
Aujourd'hui, toute ville, toute capitale assiégée surtout, se rend dans un temps plus ou moins long, si elle ne reçoit pas de secours du dehors.--Et je dis: les capitales surtout, parce que l'agrandissement incessant qu'elles subissent, et l'agglomération de la population les condamnent rapidement à la famine.
On a plus ou moins fortifié toutes les capitales, et à bien peu d'exceptions près, chaque fois qu'un peuple a laissé arriver l'ennemi jusque devant sa capitale, elle a été prise.
Londres--dans une île cependant, sans parler de l'invasion de Jules César, a été prise par les Danois, en 1013, et par les Normands, en 1066.
Vienne a été prise par Rodolphe Ier, en 1277; par Mathias Corvin, en 1485; sans Sobieski, les Turcs la prenaient en 1683; les Français l'ont prise en 1805 et en 1809.
Moscou a été prise en 1367, en 1382, en 1408, en 1451 et en 1477 par les Tartares; en 1611 par les Polonais; en 1812, par les Français.
Madrid, par les Maures, en 1109; par les Français en 1808.
Turin, saccagée par Annibal et prise par les Français en 1640, en 1796, en 1798, en 1800.
Berlin a été prise par les Autrichiens et les Russes, en 1760, et par les Français, en 1806.
Lisbonne, par les Maures, au VIIIe siècle; reprise aux Maures par Alphonse, en 1145 et par les Français en 1807.
Et Paris--Paris fut sauvé, dit-on, par une sainte Geneviève, lorsque Attila faisait mine de l'attaquer; mais il fut pris en 486 par Clovis; en 1420, par les Anglais; en 1593, par Henri IV; puis en 1814, en 1815 et en 1871.
Parlerons-nous des capitales anciennes;--de Rome, prise par les Gaulois;--de Carthage, détruite par Scipion, l'an de Rome 146, détruite de nouveau par les Vandales en 439 et par les Arabes en 693;--d'Athènes, prise par les Lacédémoniens et plus tard par Sylla.
Oui, mais pour faire remarquer que
Sparte, la ville sans murailles,
Seule n'a jamais été prise tant qu'il y a eu des Spartiates,--et que ce ne fut qu'en 1460 que Mahomet II s'en empara et en 1463 que Sigismond-Malatesta la brûla de rage de ne pouvoir la prendre; mais alors, en 1460 et en 1463, il y avait plusieurs siècles qu'elle n'existait plus.
La presse, depuis l'invention des _reporters_ et l'émulation qui s'établit entre eux, met tout le monde dans une maison de verre, et de verre grossissant. Je crois qu'il n'est personne, je parle de ceux dont la vie est le plus simple, pure, honnête, qui aime à penser que ce qu'il fait dans les vingt-quatre heures, jour et nuit, sera imprimé et raconté et publié.
Dernièrement, je voyais rapporter dans un journal un propos tenu à table par un des convives;--cette publicité avait changé la nature du propos, qui, jeté au milieu de cent autres dans un dîner, n'était qu'une fusée éteinte en parlant, mais imprimée devenait une insulte que son auteur n'avait pas voulu faire. Le convive réclama,--le _reporter_ répliqua en établissant la véracité de son assertion, et en prenant à témoins et les autres convives et le maître de la maison. Il me semble que l'hospitalité souffre beaucoup de semblables procédés, que toute liberté est ainsi enlevée aux improvisations gaies d'un repas en commun,--que c'est un attentat contre les plaisirs de la société.
Et ajoutons plus sérieusement:
Un manque de loyauté.
Chez les anciens, ce qui s'était dit à table ne devait pas être répété au dehors;--je ne sais plus si c'est Plutarque qui a dit:
«Je hais le convive qui a trop de mémoire.»
Dans beaucoup de salles à manger alors et depuis, une rose était sculptée ou peinte au milieu du plafond et au-dessus de la table.
La rose était l'emblème du silence.--Harpocrate, le dieu muet, que les anciens plaçaient à la porte des temples et sur leurs cachets,--est presque toujours représenté avec une rose à la main.--Les poètes ont dit que cette rose lui avait été donnée par l'Amour, pour qu'il ne divulgât pas une aventure dont le hasard l'avait rendu témoin.
Newton, explique une locution familière aux Allemands et aux Anglais «sous la rose», ou «ceci soit dit sous la rose».
«Quand d'aimables et gais compagnons, se réunissent pour faire bonne chère, ils conviennent qu'aucun des joyeux propos tenus pendant le repas ne sera divulgué, et la phrase qu'ils emploient,--est que ces propos sont tenus «sous la rose»,--on a coutume, en effet, de suspendre une rose au-dessus de la table, afin de rappeler à la compagnie l'obligation du secret.»
Peacham, dans son ouvrage intitulé: «La vérité de notre temps--the truth of our times», rapporte qu'il a vu souvent (1638), en beaucoup d'endroits de l'Angleterre et des Pays-Bas, une rose peinte au milieu du plafond de la salle à manger.
J'ai lu autrefois que M. de Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon, refusa de faire, selon l'usage, l'éloge de son prédécesseur..... parce qu'il était roturier.
On vient d'ériger sur une des places de Paris une statue équestre, destinée à consacrer la mémoire légendaire de la Pucelle d'Orléans.
Je regrette qu'on n'ait pas pensé à une chose: Un jour que je visitais le château d'Eu, je vis sur une cheminée une petite statuette, ouvrage de la princesse Marie, fille du roi Louis-Philippe, qui était morte quelque temps auparavant.
Cette statuette n'est pas celle que l'on connaît et qui a été reproduite à un si grand nombre d'exemplaires. Dans celle dont je parle, la Pucelle est à cheval; elle vient de frapper de sa hache un Anglais qui est étendu devant les pieds du cheval;--elle est à la fois glorieuse et saisie d'épouvante de son premier meurtre,--elle retient d'une main son cheval qui s'irrite,--elle ne veut pas qu'il marche sur l'ennemi vaincu,--son autre main laisse pendre sa hache teinte de sang pour la première fois. Son attitude, son visage expriment à la fois l'orgueil, l'horreur, l'étonnement.
J'aurais voulu qu'on choisît cette statue pour le monument élevé à Jeanne d'Arc.
L'État, marchand d'allumettes, n'a peut-être pas fait d'aussi bonnes affaires qu'on le lui avait promis,--parce que, avant de vendre, il faut beaucoup payer,--sans parler de la fraude qu'encourage, par de magnifiques primes, ce système absurde d'impôts variés,--et que les marchands, réputés honnêtes, ne se font que peu ou point de scrupules de pratiquer directement ou indirectement.
La Banque de France a pensé que si la France pouvait, sans honte, se faire marchande d'allumettes, elle pouvait, elle, à plus forte raison et sans déroger, entreprendre une petite industrie à peu près de même valeur.
Depuis quelque temps, elle vend de petits sacs de toile sur lesquels elle ne doit pas gagner moins de 75 à 100 pour 100,--la question serait d'en vendre assez, et ce serait une de ses plus fructueuses opérations.