Part 4
L'animosité que les rivaux de Corneille apportèrent à leur lutte contre l'auteur du _Cid_ le força de garder le silence pendant longtemps. M. Taschereau (_Histoire de Corneille_, 2e éd., p. 94) a reproduit un curieux fragment d'une lettre de Chapelain, conservée dans un recueil manuscrit appartenant alors à M. Sainte-Beuve, et légué depuis à la Bibliothèque nationale, qui permet de supposer que le poëte fut sur le point de renoncer au théâtre. «Il ne fait plus rien, dit Chapelain, et Scudery a du moins gagné cela, en le querellant, qu'il l'a rebuté du mestier, et lui a tari sa veine. Je l'ay, autant que j'ay pu, rechauffé et encouragé à se venger et de Scudery et de sa protectrice, en faisant quelque nouveau _Cid_ qui attire encore les suffrages de tout le monde, et qui montre que l'art n'est pas ce qui fait la beauté; mais il n'y a pas moyen de l'y résoudre; et il ne parle plus que de regles et que des choses qu'il eust pu respondre aux Académiciens, s'il n'eust pas craint de choquer les puissances, mettant au reste Aristote entre les auteurs apocryphes, lorsqu'il ne s'accommode pas à ses imaginations.» Cette lettre, adressée à Balzac, est datée du 15 janvier 1639; elle prouve qu'_Horace_ n'était pas encore commencé à cette époque. Une autre lettre de Chapelain, du 9 mars 1640, nous apprend, au contraire, que la nouvelle tragédie venait d'être jouée pour la première fois devant Richelieu; nous avons ainsi la date certaine de la représentation.
Le sujet d'_Horace_ appartient bien en propre à Corneille, bien qu'il eût été traité auparavant par trois autres auteurs: par l'Arétin (_l'Horazia, tragedia di Pietro Aretino_ [dédiée au pape Paul III]; In Vinegia, appresso Gabriel Giolito de Ferrari, 1546, in-8, et 1549, in-12); par d'Aigaliers (_les Poësies de Laudun d'Aigaliers, contenans deux Tragédies, la Diane, Meslanges et Acrostiches_; à Paris, chez David Le Clerc, 1596, in-12), et par Lope de Vega (_El honrado Hermano, tragi-comedia famosa_, publiée dans la _Decima octava Parte de las Comedias de Lope de Vega Carpio_; Madrid, Juan Gonçalez, 1623, in-4, et reproduite dans le _Tesoro del Teatro español, arreglado por D. Eugenio de Ochoa_; Paris, 1838, in-8, t. II). On a cru à tort que Corneille avait emprunté l'idée du sujet à Lope de Vega: les deux pièces n'offrent aucune ressemblance. Nous pensons plutôt que Corneille aura voulu, de propos délibéré, s'éloigner des auteurs espagnols, et qu'en lisant l'histoire romaine, pour laquelle il avait une prédilection marquée, il aura fait choix de l'épisode qui l'aura le plus frappé, pour donner un pendant au _Cid_. La phrase de _Tite-Live_ qu'il a prise pour épigraphe indique à elle seule cette tendance de son esprit. C'est de l'histoire romaine qu'il tire le sujet d'_Horace_; c'est à la même source qu'il emprunte successivement douze autres de ses pièces. Il vit, pour ainsi dire, dans le monde romain et trace de son passé les plus saisissants tableaux.
Mondory ayant quitté la scène peu de temps après les premières représentations du _Cid_, on suppose qu'_Horace_ fut donné sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Ce qui est certain, c'est que deux acteurs de ce théâtre, _Floridor_ et _Beauchâteau_, le jouaient en 1657 (voy. le passage de d'Aubignac, cité par M. Marty-Laveaux, t. IIIe, p. 251). C'était _Mlle Beauchâteau_ qui remplissait le rôle de Camille, ainsi que nous l'apprend Molière dans l'_Impromptu de Versailles_ (1663). La troupe de Molière en donna, de son côté, quelques représentations. Le Registre de Lagrange en mentionne deux: le mardi 29 juillet 1659, avec une recette de 145 livres, et le mardi 9 décembre de la même année, avec une recette de 867 livres. C'est aux _Précieuses ridicules_, représentées en même temps que la pièce de Corneille, qu'était due l'affluence du public à cette représentation.
Le Répertoire dressé pour le Dauphin au commencement de l'année 1685 (voy. no 9) ne mentionne pas _Horace_. Peut-être cette pièce était-elle du nombre de celles qui devaient être inscrites dans les feuillets laissés en blanc dans ce volume.
Parmi les acteurs modernes qui se sont particulièrement distingués dans _Horace_, on doit citer _Monvel_ (m. en 1812), qui a laissé de grands souvenirs dans le rôle du vieil Horace, et _Mlle Rachel_, qui a joué 69 fois le rôle de Camille, dans lequel elle débuta au Théâtre-Français (12 juin 1838).
D'après le tableau déjà cité de M. Despois, la Comédie-Française a donné 624 représentations d'_Horace_, de 1680 à 1875, savoir sous Louis XIV: 123 à la ville et 22 à la cour;--sous Louis XV: 121 à la ville et 12 à la cour;--sous Louis XVI: 19 à la ville et 2 à la cour;--pendant la Révolution: 3;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: 135 à la ville et 4 à la cour;--sous la Restauration: 58 à la ville;--sous Louis-Philippe: 66;--sous la République: 8;--sous le second Empire: 28;--sous la République: 3.
Vendu: 95 fr., exemplaire à relier, Huillard, 1870 (no 591).
16. HORACE, || Tragedie. || _A Paris, || Chez Augustin Courbé,_ _Libraire & Imprimeur || de Monsieur frere du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme._ || M. DC. XXXXI [1641]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 103 pp.
Cette édition, dont la collation est la même que celle de l'édition qui précède, en diffère entièrement. Ce n'est pas un simple tirage avec des remaniements, mais une composition faite à nouveau. Nous avons eu la bonne fortune de trouver des exemplaires de l'une et de l'autre à la Bibliothèque de l'Institut (Q. 150.B). Voici comment on peut les distinguer.
Le frontispice de la véritable édition originale (éd. A), est d'un meilleur tirage; dans B, l'impression est moins noire et la planche paraît fatiguée. La marque de _Courbé_, qui se voit sur le titre, est au contraire plus noire dans B, mais on voit que le cuivre a été retravaillé. L'observation que nous avons faite pour le frontispice s'applique aussi aux fleurons, qui sont les mêmes, mais qui sont usés dans B. Quant aux caractères, ils sont très-différents; on peut surtout comparer la forme des z minuscules, des Q et des T majuscules. Le texte des deux éditions ne présente pas de véritables variantes; on relève toutefois dans B un certain nombre de fautes qui nous semblent indiquer que le libraire _Courbé_, voyant ses exemplaires in-4 sur le point d'être épuisés, aura fait faire une réimpression en toute hâte. Ainsi seulement peuvent s'expliquer les différences suivantes:
P. 5, 8e vers:
A: Ny d'obstacle aux vainqueurs, ni d'espoir aux vaincus, B: Ny d'obstacle_s_ aux vainqueurs, etc. (ce vers est imprimé en deux lignes);
P. 11, 13e vers:
A: Ie pris sur cet Oracle vne entiere asseurance, B: Ie pris cet Oracle, etc.
P. 17, 8e vers:
A: D'horreur pour la bataille & d'ardeur pour ce choix B: D'horreur pour la bataille, d'ardeur, etc.
Ces fautes sont nombreuses, et jamais ni Corneille, ni les personnes qu'il aurait pu charger de la révision des épreuves, ne les auraient commises, si l'impression ne s'était faite avec une grande précipitation. Sur un point seulement B est plus correct:
P. 10, 16e vers:
A: Et nous faisant amant, il nous fit ennemis, B: Et nous faisant amant_s_, etc.
C'est là une légère faute qui a pu échapper à Corneille, beaucoup plus facilement que des vers faux. Du reste, les typographes se sont astreints à reproduire l'original ligne pour ligne; ils ont même reproduit, dans B, des fautes bizarres, comme celle-ci, p. 10, 12e vers:
Vnissant nos maisons il des vnit nos Rois.
Nous donnons avec soin tous ces détails, au risque d'être accusé de minutie excessive; outre qu'ils ne sont pas sans intérêt pour les éditeurs de Corneille, ils peuvent exercer une certaine influence sur le prix des livres dans les ventes.
17. HORACE || Tragedie. || _A Paris, || Chez Augustin Courbé, Impr. || & Libraire de Monseigneur Frere Vnique || du Roy au Palais, à l'entrée de la || Gallerie des Prisonniers, à la Palme._ || M. DC. XXXXI [1641]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. prél., 106 pp., inexactement chiffrées, et 1 f. pour le privilége.
Collation des feuillets prélim.; frontispice gravé qui représente Romulus et Rémus, supportés par des attributs guerriers, et tenant un rideau sur lequel on lit: _Horace, tragedie_; une banderole enroulée autour des attributs contient ces mots: _Nec ferme res antiqua alia est nobilior titus liu' l-p^o_ [_sic_], enfin un bouclier porte le nom de Courbé, avec la date de 1641; titre imprimé; 4 ff. pour la dédicace et les noms des _Acteurs_.
Nous avons vu, à la librairie Caen, un exemplaire, où l'adresse du libraire était ainsi disposée: _A Paris, || Chez Augustin Courbé, || Impr. & Libraire de Monseigneur || Frere Vnique du Roy, au Palais, || à l'entrée de la Gallerie des || Prisonniers, à la Palme._
Le privilége, qui occupe le dernier feuillet, est le même que dans l'édition in-4, avec l'achevé d'imprimer du 15 janvier 1641.
La pagination est régulière jusqu'à la p. 96, dernière du cahier H; puis elle reprend, par erreur, à 79, et se continue ainsi jusqu'à la fin du cahier I (79-88). Cette erreur se trouve dans les deux catégories d'exemplaires.
La justification est de 105 mm. sur 58.
18. HORACE. || Tragedie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || à Paris, || Chez Augustin Courbé, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Palme._ || M. DC. XLVII. [1647] || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff., 74 pp. et 1 f.
Au titre, un fleuron représentant un panier fleuri. La dédicace à Monseigneur le Cardinal Duc de Richelieu, occupe les 5 pp. suivantes. Au verso du 4e f., les noms des _Acteurs_. Le feuillet non chiffré qui suit les 74 pp. est occupé par le privilége reproduit in extenso. Ce privilége, daté du 11 décembre 1640, est donné à _Courbé_. A la fin: _Acheué d'imprimer le quinziéme Ianuier, mil six cens quarante-vn_.
Cette édition fait partie du recueil de 1647.
19. HORACE, || Tragedie. || Par P. Corneille. || _A Paris, || Au Palais. || Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations, || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune || proche le Greffe des Eaux et Forests._ || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff et 64 pp., chiffr. de 77 à 140.
Extrait de l'édition du _Théâtre_ de 1682, précédé d'un feuillet de titre et d'un feuillet pour l'_Extrait du Privilége_.
XI
20. CINNA || OV || LA CLEMENCE || D'AVGVSTE || Tragedie. || Horat. -- -- -- cui lecta potenter erit res || Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. || _Imprimé à Roüen aux despens de l'Autheur, & se vendent. || A Paris, Chez Toussainct Quinet, au Palais, soubs || la montée de la Cour des Aydes._ || M. DC. XLIII [1643]. Auec Priuilege du Roy, in-4 de 8 ff., 110 pp. et 1 f. blanc.
L'édition est précédée d'un frontispice gravé, qui représente les conjurés implorant la clémence d'Auguste, avec ce titre en haut: _Cinna ou la Clemence d'Auguste_, et dans le coin inférieur de droite: _A Paris, Chez Tous. Quinet, au Palais, auec Pri_. 1643. Ce frontispice est compris dans la sign. [=a], et précède 7 autres feuillets prél. contenant: le titre, 1 f.; la dédicace à M. de Montoron, 3 ff., dont le dernier est blanc au verso; l'extrait de Sénèque, _de Clementia_, 1 f.; l'extrait de Montaigne, _Essais_, liv. Ier, 1 f.; l'_Extrait du Privilége_ et la liste des _Acteurs_, 1 f. Les 110 pp. sont entièrement imprimées en caractères italiques.
Le privilége de _Cinna_ est accordé directement à Corneille, et les conditions en sont aussi favorables que celles du privilége du _Cid_. Il y est dit: «Il est permis à nostre amé et feal Pierre Corneille nostre Conseiller et Advocat general à la Table de Marbre des Eaues et Forests de Rouen, de faire imprimer une Tragedie de sa composition intitulée _Cinna_, ou _La clemence d'Auguste_, durant le temps de _vingt_ ans, à compter du jour que ladite piece sera achevée d'imprimer. Et deffenses sont faictes à tous Imprimeurs et Libraires d'en imprimer, vendre et distribuer d'autre impression que celle qu'aura fait faire ledit Corneille, ou ses ayans cause, sur peine de quinze cens livres d'amende, confiscation des exemplaires, et de tous despens, dommages et interests, ainsi qu'il est porté par les lettres de Privilége. Donné à Fontaine-bleau, le premier aoust 1642. Signé _Clier_. Et scellé du grand sceau de cire jaune.» Corneille fit imprimer la pièce à ses frais, comme l'indique la mention portée sur le titre, mais il s'entendit avec _Quinet_, au moment de la mise en vente. Il est fait mention, à la fin du Privilége, de la cession consentie par le poëte, en faveur de ce libraire. Corneille déclare lui transporter tous ses droits «ainsi qu'il a esté accordé entre eux». L'achevé d'imprimer est du 18 janvier 1643. On a lieu d'être surpris de cette date, si l'on observe que l'arrangement intervenu entre Corneille et Quinet ne fut conclu que le 27 janvier. Voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans les _Mémoires_ de Mathieu Molé:
«Le 16 juin [1643], sur la requête de _Toussaint Quinet_, marchand-libraire à Paris, il y eut arrêt de la Cour, ainsi qu'il suit: «Vu par la Cour les lettres patentes du Roi, données à Paris le 21 juillet 1642, signées: Par le Roi en son Conseil, Le Brun, et scellées sur simple queue de cire jaune, par lesquelles et pour les causes y contenues, ledit Seigneur auroit permis à _Toussaint Quinet_, marchand libraire à Paris, d'imprimer, vendre et débiter, pendant sept années entières, les _Harangues héroïques des hommes illustres, tant anciens que modernes_, tirées de plusieurs auteurs et en plusieurs volumes, en telles marques, caractères et autant de fois que bon lui semblera, durant ledit temps, à compter du jour que lesdites _Harangues_ seront achevées d'imprimer, et fait défenses à toutes personnes de les imprimer, ou faire imprimer, vendre ni débiter, sans le consentement dudit _Quinet_, sous les peines y contenues. Vu aussi autres lettres patentes du Roi, données à Paris, le 1er août dudit an 1642, par lesquelles ledit Seigneur auroit aussi permis à maître Pierre Corneille, conseiller du Roi et avocat général du siége de la Table de marbre des eaux et forêts de Rouen, de faire imprimer, vendre et débiter une tragédie de sa composition, intitulée: _Cinna, ou la Clémence d'Auguste_, aussi en telles marques et caractères et autant de fois qu'il voudra, pendant l'espace de vingt ans, aussi sous les peines et aux charges y contenues; la cession et transport fait par ledit Corneille dudit Privilége audit _Quinet_ de faire imprimer ladite tragédie, du 27e janvier, passée entre eux sous seing privé, requête présentée à ladite Cour par ledit _Quinet_ à fin d'entérinement desdites lettres, conclusions du procureur général du Roi, tout considéré: ladite Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres des 21e juillet et 1er août dernier seront enregistrées au greffe d'icelle, pour jouir par ledit _Quinet_ de l'effet et contenu en icelles, selon leur forme et teneur, aux charges y contenues.» _Mémoires de Mathieu Molé_, publiés par Aimé Champollion-Figeac, t. IIIe. (_Paris_, 1856, in-8, pp. 66 sq.)
Il ne serait pas impossible que l'achevé d'imprimer eût été antidaté de quelques jours, pour bien constater que l'impression s'était faite aux frais de l'auteur.
M. Édouard Fournier (_Notes sur la vie de Corneille_, pp. CXVII sq.) s'est efforcé de démontrer que le sujet de _Cinna_ avait été inspiré par les événements dont Rouen fut le théâtre en 1639, et qu'en mettant sur la scène la clémence d'Auguste, l'auteur du _Cid_ avait eu la pensée de protester indirectement contre les exécutions que le chancelier Séguier ordonna contre les partisans de _Jean-va-nu-pieds_. Il n'est pas impossible que le poëte ait été guidé dans ses développements par le désir d'inspirer la modération aux agents du cardinal; mais nous croyons, quant à nous, qu'il n'aura puisé son sujet, comme celui d'_Horace_, que dans ses lectures journalières sur l'histoire romaine. Nous ne pensons pas qu'il ait pu songer à faire la leçon à Richelieu, qu'il s'appliquait au contraire à ménager depuis la querelle du _Cid_.
_Cinna_ fut joué sur le théâtre du _Marais_, vers la fin de 1640. Les frères Parfaict (_Histoire du Théatre François_, t. Ve, p. 92) placent la représentation à la fin de 1639; mais, comme _Horace_ venait à peine d'être joué le 9 mars 1640, c'est là une erreur évidente.
De même que le _Cid_, _Cinna_ fut représenté en costumes de cour de l'époque, c'est-à-dire que les hommes avaient la fraise plate, les hauts-de-chausse à bouts de dentelle, le justaucorps à petites basques, la longue épée, les souliers à noeuds énormes; et les femmes le corsage court et rond, le sein découvert, la grande, ample et solide jupe à queue, les talons hauts, les cheveux crêpés et bouffants ou retombant en boucles. Auguste portait une couronne de lauriers par-dessus sa vaste perruque. (Voy. _Curiosités théâtrales anciennes et modernes, françaises et étrangères_, par V. Fournel; Paris, Adolphe Delahays, 1859, in-16.)
On ne peut dire avec certitude quels acteurs eurent l'honneur d'interpréter pour la première fois cette tragédie. On sait seulement que _Bellerose_ remplit le rôle de _Cinna_ (_le Théatre François_, par Chapuzeau, p. 123); _Floridor_ et _Beauchâteau_ lui succédèrent (_Pratique du Théatre_, par l'abbé d'Aubignac, p. 52).
Du 3 mai 1659 au 28 mai 1680, la troupe de Molière donna 10 représentations de _Cinna_. Les détails que nous fournit le Registre de Lagrange nous prouvent que la vogue des pièces de Corneille ne fut pas constante. Le mardi 18 novembre 1659, un spectacle composé de _Cinna_ et des _Précieuses ridicules_, alors dans leur nouveauté, rapporta aux comédiens 533 livres, tandis que le mardi 3 octobre 1662, _Cinna_, donné seul, ne produisit qu'une recette de 65 livres!
Le Manuscrit du Dauphin, dont nous avons parlé plus haut (no 9), nous donne pour _Cinna_, au commencement de 1685, la distribution suivante:
DAMOISELLES.
Emilie: _Chanmeslé_. Fulvie: _Poisson_. Julie [Livie]: _Guiot_, ou _Bertrand_.
HOMMES.
Cinna: _Baron_. Auguste: _Chanmeslé_. Maxime: _Villiers_, ou _la Torilliere_. Euphorbe: _Raisin_. Policlette: _Beauval_. Evandre: _Hubert_.
_Cinna_ subit à la scène des coupures analogues à celles qui furent pratiquées dans le _Cid_. Le rôle de Livie fut supprimé, comme celui de l'Infante. Voltaire dit, en parlant de cette suppression, qu'elle remonte à plus de trente ans (_OEuvres de Corneille_, édition de 1764). Les actrices chargées du personnage d'_Émilie_ n'hésitèrent pas à retrancher le grand monologue placé en tête de la pièce; mais Voltaire obtint qu'il fût conservé. Quant au rôle de Livie, il fut rétabli pour une représentation donnée à Saint-Cloud en 1806, sans que les sociétaires du Théâtre-Français eussent l'idée de le remettre à la scène. Ce n'est que le 21 novembre 1860 que la pièce a reparu dans son intégrité.
De tous les acteurs modernes qui ont joué dans _Cinna_, celui qui a laissé les plus durables souvenirs est _Joanny_ (m. en 1849), qui donnait au rôle d'Auguste une grandeur qu'aucun artiste n'a su lui donner depuis. Quant au rôle d'Émilie, il a été joué 60 fois par _Mlle Rachel_.
Les 692 représentations de _Cinna_ données au Théâtre-Français, de 1680 au 28 février 1875, se décomposent de la manière suivante: sous Louis XIV: à la ville, 139; à la cour, 27;--sous Louis XV: à la ville, 92; à la cour, 22;--sous Louis XVI: à la ville, 43; à la cour, 9;--sous la Révolution: 7;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 130; à la cour, 5;--sous la Restauration: à la ville, 57;--sous Louis-Philippe: 110;--sous la seconde République: 8;--sous le second Empire: 36;--sous la République: 7.
Vendu: 300 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 592);--135 fr., mar. r. ancien, exempl. court de marges et raccommodé, Potier, 1870, no 1227.
21. CINNA || OV || LA CLEMENCE || D'AVGVSTE. || Tragedie. || Horat.... cui lecta potenter erit res || Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. || _A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, soubs la montée de la || Cour des Aydes._ || M. DC. XLIII [1643]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. prélim. et 76 pp.
Collation des feuillets préliminaires: frontispice gravé représentant une aigle romaine qui abrite, à l'aide d'une draperie qu'elle tient dans ses serres, la louve dont Romulus et Rémus prennent le lait; sur la draperie on lit: _Cinna, ou la Clemence d'Auguste_, et au bas, dans un cartouche: _A Paris, chez Tous. Quinet, au Palais. Auec Priuilege du Roy._ 1643; 1 f. pour le titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace; 4 ff. pour les extraits des auteurs; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.
L'extrait du privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.
Cette édition in-12 fait partie du recueil de 1647.
Vendu: 14 fr., vélin, exempl. taché, B*** [Bordes], 1873 (no 356).
22. CINNA || OV || LA CLEMENCE || D'AVGVSTE || Tragedie. || Horat.--cui lecta potenter erit res || Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes._ || M. DC. XLVI [1646]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. et 96 pp.
Collation des feuillets préliminaires: titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur de Montoron; 1 f. pour l'extrait de Sénèque; 1 f. pour l'extrait de Montaigne; 2 ff. pour la _Lettre de Monsieur de Balzac à Monsieur Corneille, sur le sujet de cette Tragedie_ (imprimée ici pour la première fois); 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.
Ce qui fait le prix de cette édition, c'est la lettre de Balzac à Corneille, dont voici le début:
«Monsieur,
«J'ay senty un notable soulagement depuis l'arrivée de vostre paquet. Je crie donc miracle, dés le commencement de ma Lettre: Vostre _Cinna_ guérit les malades: Il fait que les paralytiques battent des mains: Il rend la parole à un enrumé, qui l'avoit perdue avec la voix; et la luy rend pour les employer l'une et l'autre en perpetuelles exclamations, et pour dire sans cesse, _La belle chose_. Vous avez peur neantmoins d'estre de ceux qui sont accablez par la majesté des choses qu'ils traittent. Vous croyez estre inferieur à vostre matiere, et n'avoir pas apporté assez de force pour soutenir la grandeur Romaine. Quoy que cette modestie me plaise, elle ne me persuade pas, et je m'y oppose pour l'interest de la vérité. Vous estes trop subtil examinateur d'une composition universellement approuvée: Et s'il estoit vray qu'en quelqu'une de ses parties vous eussiez senty quelque foiblesse, ce seroit un secret entre vos Muses et vous, car je vous asseure que personne ne l'a reconnue.»
L'extrait du privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition de 1643.
Vendu: 27 fr. mar. r. (_Capé_), Giraud, 1855 (no 1636).
23. CINNA, OV LA CLEMENCE D'AVGVSTE, Tragedie. Horat.--cui lecta potenter erit res Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. _Imprimé à Roüen, & se vend A Paris, Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la Cour des Aydes._ M. DC. XLVI [1646]. Auec Priuilege du Roy. In-12.
Édition citée par les bibliographes, en particulier par M. Marty-Laveaux (t. XII, p. 524). Nous ne sommes pas parvenu à en trouver un exemplaire.