Part 2
Ou bien ils parlaient de la mort. J’étais surpris de voir combien ces savants prenaient, en ce qui les concernait, peu de précaution contre elle. Pas une minute l’idée ne leur vint de tirer un bénéfice personnel, ne fût-ce que contre les coryzas, de leurs recherches, ou, par un suicide bien calculé, d’éviter toute lutte avec la déchéance. Ils s’étaient donnés sans réserve au sort commun. Ils refusaient toujours d’admettre qu’ils étaient souffrants, se jugeant injuriés quand on les soupçonnait d’avoir un rhume, allant à leurs conseils d’administration ou à leurs séances d’immortels avec des joues gonflées par la fluxion, ce dont à la rigueur ils pouvaient ne pas s’apercevoir, aucun d’eux n’usant du miroir. Selon leur humeur du moment, ils acceptaient la maladie chez les autres ou en étaient un peu irrités. Mais si, au lieu de les convaincre de rhume ou de névralgie, on leur avait annoncé une maladie mortelle, ils auraient pris la révélation avec enjouement et se seraient confiés à ce mal comme à un nouveau sens. Beaucoup de mes aïeux d’ailleurs étaient morts subitement. La tension de la vie était si grande en eux qu’elle amenait un jour, aux approches de la vieillesse, quelque déchirement. Ou bien leur vie, cette vie qui semblait un acier inflexible, cédait à une raison morale, et la mort du mari entraînait, parfois dans la journée, celle de sa compagne. On ne saurait trop se réjouir d’un destin antique dans une famille moderne. L’embolie pour les parents, l’aviation pour les fils, nous n’étions pas trop mal servis. Tous d’ailleurs savaient où ils allaient, c’est-à-dire au néant. Dans les discours d’apparat, pour satisfaire la foule émue, en Sorbonne, ils voulaient bien l’appeler le Néant Éternel, mais en fait ils savaient que ce mot ne comporte pas plus d’adjectif que le vide ne supporte de couronne. La vue de cent nouvelles cornues ou de dynamos monstres dans leur laboratoire, la découverte d’un nouveau remède, l’échec d’une expérience, ne les incitait pas davantage à accoler au mot Néant le mot Provisoire, ou le mot Hostile, ou le mot Insondable. Ils allaient à une fin sans épithète, à une dissolution sans couleur. Ils ne nous en aimaient pas moins, mes cousins et moi. Ils étaient même tendres. On n’a pas tous les jours des fils forts et habiles qui vont au néant, des nièces qui s’y acheminent de quel pas heureux et souple! Ils cherchaient au contraire à projeter sur nous le plus de lumière humaine. Ils parlaient devant nous sans restriction. Ils traitaient la vie par la lumière comme un cancer. Pas de secrets dans cette famille. Nous étions, dès qu’arrivait l’âge de comprendre, au centre du plus vif cercle de clarté qui ait été dirigé sur les événements et les hommes. C’étaient des secrétaires perpétuels de l’Académie des sciences qui répondaient consciencieusement et sans se lasser à nos pourquoi d’enfant. Ils aimaient aussi, le soir, sur la terrasse, unissant leur expérience, à nous donner, en sages chinois, les définitions de la sagesse, de la bonté, de la popularité, de la vertu. Ils soulevaient pour nous ces pierres étincelantes, ils en chassaient les cloportes. Pas un seul des secrets de seconde main dont vit la conversation et le monde qu’ils n’aient revisé à notre usage. Pas une indication sur Pasteur, sur Meredith, sur Nietzsche qu’ils n’aient obtenue par leur contact avec ces hommes-là eux-mêmes. Nous étions d’ailleurs rarement seuls, à Paris ou à la campagne. D’abord nous avions le droit d’amener nos camarades. Le bruit des jeux et des disputes leur importait peu. Oncles et père travaillaient dans le tumulte, ne faisaient leurs découvertes que bousculés. Nos amis étaient les descendants des amis de nos parents ou de nos grands-parents, les petits Hugo, les petits Claude Bernard, les petits Renan, les petits Gobineau. Mes oncles aimaient voir la jeunesse, l’espièglerie, l’entêtement crier et gesticuler chez nous avec le timbre de voix et les gestes des plus grands hommes. Leur esprit de recherche et de découverte baignait dans cette jeunesse géniale. Cette danse devant l’arche scientifique qu’ils portaient, ils aimaient la voir exécuter par les pages de la science, et installaient des dancings dans le laboratoire. Nous valsions autour de cornues célèbres par leur contenu et leur passé. Eux se mêlaient à tous nos jeux, faisaient avec nous des courses à pied, de la boxe, prétendaient nous battre. Nous avions aussi des visites moins agréables. C’étaient des curieux, qui arrivaient avec ces lettres dont on se munit pour visiter les monuments interdits au public, entraient avec précaution dans cette cathédrale invisible, examinaient chaque tête de mes oncles comme un chapiteau, comme un chapiteau d’un style futur, du trentième, du cinquantième siècle, se reprochant intérieurement de ne pas deviner l’acte de politesse qui correspondait dans notre maison au signe de la croix ou à l’ablation des chaussures. C’étaient ceux encore que la société déconcertait ou réprouvait, et qui se réfugiaient en vertu du droit d’asile dans un des rares points de l’univers où mouraient les préjugés, c’était Verlaine qui venait prendre son premier verre de vin au sortir de prison, Oscar Wilde, qui venait manger son premier toast après sa geôle, Ferdinand de Lesseps, qui venait dormir son premier sommeil après le procès. Souvent aussi c’étaient des espions, car certains jugeaient indispensable d’espionner la clarté; c’étaient des gens du monde délégués par le monde pour connaître les dessous de notre famille. Ils flattaient mes oncles et mon père. C’étaient des agents provocateurs de l’orgueil, ils disaient devant eux du mal de Madame Curie, de Cuvier. Ils les amenaient à ces carrefours où la franchise ressemble à de l’orgueil, où une restriction sur l’écriture et les pattes de mouches de Pasteur ressemble à l’envie pour ses travaux sur la rage. Par mille aiguillages sournois, ils essayaient de diriger vers la vanité le rapide familial. Mais souvent la sérénité de mes oncles les déconcertait. Mes oncles, dans leurs jugements et leurs expériences, faisaient la part la plus large à l’hypocrisie, à la bassesse, à l’ingratitude humaine, aux déchets humains. Tout cela, c’était en effet la base de l’humanité actuelle. Mais, dès que le problème se posait devant eux sous la forme d’un homme, ils oubliaient que cet homme était la personnification de cette humanité qu’ils connaissaient pour vile, ils le traitaient en lui supposant toutes les qualités qu’ils estimaient le plus, ils le traitaient non comme s’il était nouvellement arrivé à Argenton, mais bien nouvellement créé, traitaient ses oreilles, son cœur comme des oreilles nouvelles, un cœur nouveau et parfois l’un de ces espions était conquis. Il entreprenait de les admirer. Incapable de soutenir chaque jour le train de loyauté le plus rude que famille française ait mené vis-à-vis de la création, du théâtre moderne, de l’affaire Malvy, de l’inceste et de l’adultère, il cessait d’être familier, mais reparaissait tous les trois mois, et prenait part une heure par trimestre à cette course sans relâche, se donnant ce jour-là des allures d’entraîneur. Puis les vacances finissaient, chacun se précipitait à nouveau à la bataille, et sous ces prénoms de petits rentiers, l’oncle Jules, l’oncle Émile, l’oncle Charles et l’oncle Antoine, tout ce qu’il y a de moins mortel en France, travaillait.
Telle était ma famille, occupant terriblement son temps, car la plupart de ses membres ne dormaient que trois heures par nuit, comme dans une cabane d’aiguilleur. C’est qu’elle surveillait les aiguillages des venins, des théories politiques, des atomes. Par certains, elle était crainte et détestée. Ces âmes stérilisées paraissaient des ferments d’indiscipline, des virus d’orgueil. Le curé de Meudon, l’actuel, obligeait les femmes à se signer quand passait l’oncle Jacques. Tout prenait d’ailleurs aisément un air de défi dans leur conduite, à leur insu. Ce fut le jour où la Bertha commença de bombarder Paris que l’oncle Antoine se mit à installer dans des vitrines une collection de petits objets en verre filé dont on lui avait fait cadeau longtemps auparavant. C’est le jour du raz de marée de Biarritz que l’oncle Émile prit sa première leçon de natation. Mon oncle Charles, dans sa jeunesse, avait parié de sortir déguisé dans la rue en sonnant du cor. Il s’aperçut que les passants étaient scandalisés, c’était le jour des Morts. Par dépit contre ces gens assez injustes pour croire qu’il se moquait de leurs pratiques, il sonna, comme l’autre, jusqu’à ce qu’un petit vaisseau se fût rompu dans sa gorge. Une famille éplorée qui sortait du Père-Lachaise le vit cracher le sang, le soigna et la fille devint amoureuse... Ce qui leur valait le plus de haine et aussi le plus de dévouement, c’est qu’ils ne croyaient pas que la science, le détachement des honneurs, la loyauté dussent les éloigner de la vie publique. Ils appartenaient à un parti. Ils se mêlaient à tous les grands remous sociaux avec l’à-propos de l’oncle Émile à son premier bain, apprenant la politique dans l’affaire Dreyfus et la banque dans Panama. L’oncle Charles apportait dans les finances une méthode d’audace et d’innovations qui froissaient aussi violemment les dynasties banquières protestantes que les juives et les catholiques. Ces trois variétés d’argentiers étaient habitués à considérer l’or bien plus en raison de leur religion que des qualités de l’or même. C’était avec des vêtements sacerdotaux qu’ils s’approchaient du capital. Avec leurs barbes de pope, leurs mains de prélat, rien ne ressemblait plus à un conseil de fabrique que leurs conseils d’administration. Ils avaient pour l’or des égards rituels: toute augmentation de leur capital était pour eux une augmentation de leur Dieu et de leur propre sainteté, et seul le caissier, gardant une idée juste dans les pouvoirs bas de l’or, se précipitait le samedi après-midi jouer aux courses. L’oncle Charles révisa ces catéchismes d’avarice et d’usure. On n’avait jamais vu cela, un banquier contre le veau d’or; et ce que Charles avait fait pour l’or, Antoine le fit pour le radium, et l’oncle Jules, qui était général, lutta toute la guerre contre certains mots également divins, qui amenèrent à la mort, en mots divins qu’ils étaient, les vagues de dix de nos classes. Ce fut le rôle de mon père à Versailles de fondre les mots archi-saints de Question Balkanique, de Question du Rhin, de Question d’Autriche en des termes plus humains et plus simples. Contre tout ce qui prenait la forme d’une granulation dans l’air, d’un fibrome dans l’organisme, d’une entité dans l’état, on pouvait être sûr que l’oncle présent, suivant sa spécialité, y allait carrément. On s’en aperçut quand l’oncle Émile fut préfet de police, à propos de certains groupements communistes et même du simple docteur Macaura... Mais le vulgaire pardonne difficilement à la cohorte qui fonce avec cette vigueur et cette simplicité contre le Pulsokôn, l’Offensive, et l’Or...
CHAPITRE II
Je décidai ce jour-là d’aller à l’inauguration du monument aux élèves de mon lycée morts à la guerre, car j’avais tout mon temps. Ces rendez-vous que les jeunes gens donnent pour cinq ou six heures du soir et qui les absorbent tout le cours du jour, je les avais à sept heures du matin... Mon amie ne trouvait de liberté qu’à l’aurore... Les joies réservées aux amants dans la ville déjà fatiguée et sursaturée, elles nous venaient dans une heure où nous étions seuls, mon amie et moi, à nous aimer dans Paris. J’allais à notre entresol avec les terrassiers qui se rendent au travail, et les billets à demi-tarif ouvrier étaient valables pour cette passion. Chaque orme de square, chaque tilleul de cour, le Bois, le parc Monceau nous avaient, par douze heures d’aspiration et de distillation spéciale, préparé l’air le plus pur dans lequel à Paris deux amants se soient embrassés. Elle, quand je l’accueillais, n’avait encore aucun parfum. C’était en se précipitant de son lit, en ouvrant ses yeux endormis, affolée par le réveille-matin, qu’elle faisait sa toilette pour l’amour. Amour qui exigeait seulement de chacun de nous deux qu’il vît lever le soleil. J’allais par des rues où seuls les laitiers étaient éveillés, où il n’y avait à taquiner que les mamelles de la ville endormie, où tous les appartements qui contiennent des psychologues, des industriels, des actrices, avaient leurs volets fermés, contenaient des morts. Cette marche à crémaillère vers leurs amantes qui mène d’habitude les amants par des boutiques d’antiquaires, de perles ou de livres rares, je l’accomplissais tous les jours par des rues à magasins fermés, tous les jours par un dimanche. C’était la seule heure où l’on entende les cloches sonner dans Paris. Le soleil seul se distribuait sur les devantures closes comme la seule denrée, le seul vêtement, la seule antiquité à vendre. J’achetais tout sans concurrence. Cette force de la première heure que le jockey emploie à monter son cheval le plus rétif, le bûcheron à abattre le plus gros chêne, seul dans Paris j’étais assez heureux pour l’employer à l’amour. Je traversais le pont de la Concorde, j’étais arrivé. Personne n’a eu à franchir un pont plus bref entre le dernier de ses rêves et son amie. Elle débarquait au métro des Champs-Élysées, la station à cette heure aussi la plus select, presque réservée aux maçons et aux plâtriers dont elle portait parfois le plâtre sur sa robe, son seul fard. Je lui pardonnais de s’être laissée effleurer par le travail. Nous nous étreignions non pas dans l’atmosphère de la Bourse, dans les relents du change, des courses, dans les nouvelles d’un jour déjà gâté pour les hommes qu’annoncent le _Temps_ et _l’Intransigeant_, mais dans les grandes lumières nouvelles qu’apporte le matin, tremblement de terre au Japon, révolution au Brésil, ou naufrages de cuirassés. Une nuit d’une heure se ranimait pour nous, bâtie de tout ce que l’aurore et le soleil pouvaient offrir de plus éclatant. Nous étions à jeun. Nous n’avions vu personne. Nous n’avions parlé qu’à des hommes qui plus qu’employés de Paris et serviteurs du Conseil municipal étaient les fonctionnaires de la terre même, les arroseurs, les jardiniers. Nous tirions les rideaux, nous fermions les yeux, nous plongions de toute notre âme dans cette nuit que nous rattrapions dans le passé!... Neuf heures sonnaient. Il fallait partir. Au lieu de se dissoudre dans les frivolités du soir, dans le sommeil, dans le luxe, l’amour pour nous s’épanouissait sur des êtres travailleurs et vivants, et toute notre journée en était satisfaite. Nous étions les deux seuls humains dans Paris déchargés de son souci, lourds de sa grâce. La liberté morale allait abonder pour nous dans les tramways et les restaurants. Nous redescendions dans cette foule active et jeune née de notre étreinte. Pas une jeune fille avec son cartable, pas un élève partant pour Condorcet qui ne nous en parût le fruit. Nous avions enfanté des pompiers, une bouquetière, un cycliste bossu... Nous nous quittions. Elle me laissait soudain devant la matinée ensoleillée, avec la pudeur et la modestie d’une jeune et tendre appareilleuse, se retirant devant cette journée comme devant la fille qu’elle m’avait amenée. Elle ne se retournait pas, elle ne voulait rien voir. Jamais femme ne comprit mieux le rôle de la femme. Elle m’amenait pour une étreinte solitaire l’amertume dans toute sa complaisance, la joie dans toute sa soumission, et toute la postérité qu’on peut avoir de ces filles, je les avais dans l’heure. On ne lui connaissait pas d’amant. On ne me connaissait pas de maîtresse. Nous échappions à tous les regards, roulés dans l’aurore.
C’était Rebendart qui inaugurait le monument. Rebendart, avocat, ancien Ministre des Travaux publics, hier Président de la Chambre, depuis un mois Ministre de la Justice, poursuivait de sa haine mon père, qui avait été avec lui plénipotentiaire au Traité de Versailles. Mais, sans parler même de cette querelle, je souffrais, dès que j’avais à penser à Rebendart. Je l’entendais si souvent dans ses discours répéter qu’il personnifiait la France, je lisais dans tant de journaux que Rebendart était le symbole des Français, que des doutes m’avaient pris sur mon pays. Mon pays était donc cette nation où il n’était d’échos que pour la voix des avocats! Les avocats de mon pays étaient donc ces hommes au visage toujours tourné vers le passé, au veston plus couvert de pellicules que Loth après qu’il eut étreint sa femme changée en sel gemme, son passé aussi à lui, et qui déplaçaient la nuit, du côté du Rhin et même dans les âmes des Français, les bornes mitoyennes. Le champ de l’hypocrisie, de la mauvaise humeur croissait à Rebendart, dans tous les corps constitués français, dans les Conseils généraux, dans les maisons de passe, dans les cœurs d’enfants à l’école. Tous les dimanches, au-dessous d’un de ces soldats en fonte plus malléable que lui-même, inaugurant son monument hebdomadaire aux morts, feignant de croire que les tués s’étaient simplement retirés à l’écart pour délibérer sur les sommes dues par l’Allemagne, il exerçait son chantage sur ce jury silencieux dont il invoquait le silence. Les morts de mon pays étaient donc rassemblés par communes, pour une conscription d’huissiers, et se chicanaient aux Enfers avec les tués allemands. Il était effroyable de penser comment Rebendart, qui, pendant son passage aux Travaux publics, avait tenu à descendre dans les mines d’Anzin en plein travail, dans les mines de Lens en réparation, dans les mines de Courrières inondées, se représentait les Enfers, et le repos éternel, et l’arrivée au gué des fantômes, et le repêchage par Caron de l’ombre bousculée jetée par-dessus bord. Alors, au nom de ces morts réunis à cette minute même en longs brouillards, ou en massifs ombreux, ou en ruisseaux incolores, il faisait l’éloge de la clarté, de notre système numéraire, du latin, dans une langue faussement précise, adipeuse, acariâtre, qui laissait regretter le langage radical-socialiste dont les termes les plus simples sont le mot _sublime_ et le mot _éperdu_. Quand le soleil rayonnait, tout ce que le printemps ou l’été pouvaient obtenir de lui, c’était qu’il lâchât dans sa harangue des féminins pluriels. Les Réalités, les Probabilités directrices, les Directives, s’y rencontraient alors avec mille caresses, et ce saphisme des abstractions les plus bureaucratiques le comblait de volupté. Adossé aux marbres de Bartholomé, marbres plus froids que jamais ne l’a été cadavre, porté à sa plus haute température par leur contact, la mort de tous ces Français était pour Rebendart ce qu’était une mort dans une famille, ce qu’avait été pour lui, en dépit de toute sa souffrance, la mort de son père et la mort de son fils: une querelle d’héritage. La guerre? On n’a pas tous les jours, pour justifier à ses propres yeux le plus détestable des caractères politiques, une pareille excuse! Mais je n’oubliais pas que même dans la paix, même dans ses discours de jeunesse, le ton était déjà aigre, et quand il inaugurait alors des expositions, des monuments à nos grands hommes, on percevait déjà dans sa harangue un soupçon de réclamation vis-à-vis de l’Europe, comme si l’Europe nous devait des réparations parce que nous avions produit Pasteur, le pont Alexandre, ou Jeanne d’Arc.