Part 3
2. Le temps de la confession étant venu, elles invoqueront le secours de Dieu, & rappelleront des examens passés, tout ce en quoy elles pourront se souvenir d'avoir failli. Et elles s'exciteront à une veritable douleur, & repentir, considerant combien elles ont déplû à leur Epoux, & à leur Seigneur qui les aime si fort, & à qui elles doivent donner toute satisfaction; & combien il a fait, & souffert pour effacer leur fautes; & pour les porter aux vertus contraires; priant Notre-Seigneur avec confiance, que pour sa gloire, à laquelle il est convenable que ses Epouses soient sans taches: & par le merite de son Sang precieux, qu'il leur pardonne, & qu'il leur donne la grace d'un vray changement.
3. Les confessions ordinaires des Soeurs n'estant que des reconciliations de deux ou trois jours: chacune tâchera pour plusieurs bonnes raisons d'expédier avec briéveté, afin que le Confesseur n'employe une journée à ce qu'il peut bien, & commodement faire dans un moindre espace de tems, quoi qu'elles fussent au nombre de quarante.
4. Pour cet effet qu'elles évitent de dire des paroles superfluës, & qui ne concernent point la Confession. Et de vouloir à chaque peché raconter une histoire: Par exemple voulant confesser un acte d'impatience, qu'elles ne racontent la façon dont elles ont tombées en impatience, si ce n'étoit qu'il soit nécessaire pour la Confession.
5. Qu'elles évitent encore de certaines clauses générales, lesquelles quoi qu'il semble qu'elles soient faites par un certain suplément: néanmoins sont cause que les confessions ne sont pas faites comme il convient, & que le Confesseur n'entend pas bien clairement, & nettement les pechés commis depuis la derniere confession jusques alors.
6. C'est pourquoi ayant fait le signe de la Croix, & demandé la benediction avec ces paroles, _Benedic Pater &c._ & dit le _Confiteor_ jusques au milieu, se souvenant qu'elles sont en la présence de Dieu, de sa très-sainte Mere, & des Saints, elles diront briévement, entierement, & clairement, avec humilité, respect & douleur, toutes les fautes qu'elles auront commises, commençant par les affections, & passions, du coeur, & continuant par les pensées, par les paroles, par les oeuvres, & par les ômissions, avec le même ordre qu'elles tiennent pour l'examen, ou comme elles le trouveront plus commode; confessant seulement les pechés particuliers qu'elles reconnoîtront, ou qu'elles douteront avoir commis contre chacun de ces articles; disant le certain pour le certain, & le douteux comme douteux. Et touchant seulement les articles sur lesquelles elles auront commis quelques fautes.
7. Dans le cours de la confession qu'elle se garantissent de découvrir sans necessité les défauts des autres.
8. Qu'elles ne s'excusent point, imposant la faute aux autres, mais qu'elles accusent leur fragilité en ce que dans les occasions elles n'en ont pas tiré les fruits d'humilité, de patience, & de charité, comme le désiroit Nôtre-Seigneur.
9. Ayant fini leurs accusations particulieres, elles pourront conclure avec ces paroles, ou de semblables. De ceux ci, & de ma tiédeur dans l'amour de Dieu, & de tous les autres pechés que j'ai commis en ma vie, je dis, _Mea culpa, Mea culpa, Mea maxima culpa_, finissant ainsi le reste de la confession.
10. Qu'avec une grande devotion, & un grand respect elles se persuadent, lors qu'elles recevront l'absolution, qu'elles embrassent les pieds de Nôtre-Seigneur, qu'elles reçoive dans leurs ames son très-précieux Sang, qui du haut du Ciel les purifie de tous leurs pechés.
11. Etant sorties de devant le Confesseur, elles rendront graces à nôtre Seigneur d'un si grand bienfait, invitant la Reine du Ciel, l'Ange Gardien & tous les Bienheureux à le remercier pour elles; & elles accompliront la pénitence le plûtôt qu'elles pourront, renouvellant le bon propos de s'abstenir de pecher.
12. Lors que quelqu'une n'aura rien de particulier, elle pourra dire, Mon Pere il ne m'est rien arrivé en particulier depuis ma derniere confession jusques à cet heure; cependant je m'accuse de toutes mes ingratitudes, des paroles inutiles, du tems perdu, & des autres fautes que j'ai commises par le passé.
Avis sur la maniere de détruire quelque vice, par le secours de l'examen particulier.
Chapitre XIV.
Lors que quelqu'une se sentira travaillée de quelque vice, imperfection, on mauvaise inclination, comme seroit de colere, d'impatience, d'envie, ou d'autres semblables.
Qu'elle considere souvent combien ce vice est laid en soi-même, & comme il est peu séant à une personne Religieuse, qui est obligée de s'avancer dans la voye de la perfection.
Combien il déplaît à Dieu & au prochain, les dommages qu'il lui cause & aux autres, empêche beaucoup son progrès dans la perfection.
Et par le moïen de telles considérations, qu'elle s'excite à une grande hayne contre ce défaut; & qu'elle se resolve de lui faire une vigoureuse guerre; ne se contentant pas de le reprimer, à ce qu'il ne paroisse plus dans les actions exterieures: mais encore qu'elle fasse son possible pour le déraciner parfaitement du coeur.
Et pour cela. Premierement qu'elle tâche de reconnoître les causes, & les racines d'un tel vice, afin de les ôter. Puisqu'elle cherche divers remédes; pour les effectuer, entre lesquels elle se servira des suivans.
Premierement, tous les matins étant levée, qu'elle propose de ne jamais consentir à ce défaut, en demandant la grace à Nôtre-Seigneur, & une assistance particuliere à la très-Sainte Vierge.
2. Aussi-tôt que durant le jour elle se sentira tentée d'un tel vice, qu'elle se tienne sur ses gardes, & qu'elle ait recours à Dieu avec quelque oraison jaculatoire, principalement avec celle-ci qui est si fructueuse. Pere Eternel, je vous offre tous les mérites de nôtre Seigneur, de la très-Sainte Vierge, & de tous les Saints, pour moi, & pour tous mes prochains, vivans & trépassés.
3. Lors qu'elle sera tombée en ce défaut, que tout aussi-tôt elle s'en repente de tout son coeur, s'imposant quelques pénitences exterieures, comme celles de se fraper la poitrine; de dire un _Ave Maria_. Ce qu'elle pourra même faire en présence des autres; ou bien de baiser la terre, ou d'autres choses semblables selon sa dévotion, & sa commodité.
4. Dans le tems de l'examen, qu'elle s'examine particulierement sur tel défaut, & connoissant n'y être point tombée, qu'elle en remercie singulierement Notre-Seigneur & qu'elle invite sa bien-heureuse Mere à le remercier pour elle.
Si elle trouve qu'elle y soit tombée, qu'elle remarque combien de fois, conferant un examen avec l'autre sur ce défaut, afin de voir le fruit qu'elle aura tirée; s'imposant toujours quelque penitence particuliere pour cela.
5. Quand elle aura demeuré quinze jours sur un défaut, de la même maniere elle pourra passer à un autre, conformément à son plus grand besoin, & puis à un autre; aprés elle retournera à combattre le premier, renouvellant la bataille de quinze en quinze jours, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, prenant toujours garde à celui qui la moleste davantage, jusqu'à ce qu'ils soient tous détruits autant qu'il sera possible.
Et s'il y avoit quelque Soeur, qui eût quelque vice exterieur, comme de murmurer, ou d'autres semblables, qui causât du scandale aux autres, la Mere fera en sorte qu'elle se serve de cet examen, jusqu'à ce qu'elle en ait tiré du fruit.
Avis pour le regard de la conscience.
De la maniere de faire tous les soirs l'examen de conscience.
Chapitre XV.
Que l'on repasse briévement dans sa memoire tous les bienfaits generaux & particuliers; & principalement ceux de ce jour, soit corporels, soit spirituels, avec une affection interieure de reconnnoissance.
1. Remerciant Notre-Seigneur, de ce qu'il a bien voulu nous aimer de toute éternité; de ce qu'il nous a créé à son image, de ce qu'il nous a racheté par son Sang précieux: regenerées par son saint Esprit, conservées & nourries jusqu'à cette heure par lui-même, & par le moyen de ses créatures, employant tout le monde à notre service.
De ce qu'il nous a tant de fois suportées, & pardonnées nos pechés, pour laquelle grace nous lui sommes autant de fois redevables de la vie.
De ce qu'il nous a appellées à la Réligion dans son Esprit primitif, sous la protection de la Reine du Ciel.
De ce qu'il nous y a jusques à cette heure conservé avec l'abondance de tant de biens temporels & spirituels, principalement du très-Saint Sacrement, & préservées de tant de pechés.
2. Puis après descendant aux bienfaits corporels du jour présent. Nous le remercierons de ce qu'il nous a conservé la vie & la santé: comme aussi des infirmités quand il nous en sera survenuës, le tout étant pour nôtre bien, nous le remercierons encore du lit, de l'habitation; du vêtement, de la refection corporelle, du service qui nous est rendu, & des commodités qui ont manqué à tant d'autres.
Quant aux bienfaits spirituels du même jour. Nous le remercierons de ce qu'il nous a donné sa grace, & de ce qu'il nous y a conservé: de ce qu'il nous a préservé de beaucoup de tentations, & de pechés dans lesquels nous pouvions tomber: nous le remercierons encore des Oraisons, des Méditations, de la Messe, des Sacremens, de la parole de Dieu, des lumieres, des inspirations, & autres choses semblables, selon qu'elles seront arrivées.
Et encore des peines, des travaux, & des afflictions spirituelles qu'il a permis qui nous soient arrivées pour nôtre plus grand profit, exercice & humiliation. Enfin des biens qu'il nous eût fait, si nous eussions été disposées.
2. Avec une grande soumission & confiance en Dieu, nous lui demanderons la lumiere pour connoître nos fautes, & la grace de nous en repentir, & de nous corriger.
3. En commençant depuis le dernier examen, parcourant d'heure en heure, d'exercices à autres; tant les spirituels, que les temporels, & considerant les personnes avec lesquelles nous avons traité; nous examinerons comme nous nous sommes comportées envers Dieu, avec nôtre prochain & avec nous-même, sur nos voeux, sur nos regles, dans nos propres offices, à la garde de nos sens, & de nos puissances; si en quelque chose nous avons offensé Notre-Seigneur, ou par pensées, ou par quelques affections déreglées, ou par les paroles, ou par les oeuvres, ou par les omissions; faisant singulierement attention sur le défaut auquel nous sommes plus sujettes, afin d'en faire l'examen plus particulierement.
Premierement, quant aux pensées; si quelques pensées impures nous ont passées par l'esprit, ou d'autres de dédain, d'aversion, de jugement téméraire, de superbe, de propre estime, de présomption, d'ambition, de vaine gloire, d'envie, de gourmandise, de paresse & autres semblables, & comme nous nous y sommes comportées, si nous les avons rejettées promptement, ou avec quelque négligence, ou bien si nous y avons donné quelque consentement exprès ou tacite.
2. Quant aux affections; quelles affections nous avons envers Dieu, d'amour, de confiance, de respect, de crainte, de joye, &c. D'humilité envers nous, de mépris de nous-même. De bienveillance & de compassion envers le prochain; ou bien le contraire, si nous avons ressenti quelque affection déreglées envers quelque creature, ou envers quelque chose de ce monde.
3. Quant aux paroles; si nous avons dit des paroles inutiles, picquantes, dédaigneuses, inconsidérées, de mocquerie messeantes, de murmure, & d'autres semblables.
4. Quant aux oeuvres; comme nous nous sommes comportées dans nos offices, & dans nos actions journalieres, si nous y avons eu une droite intention, & si nous nous en sommes bien acquitées. Si nous avons été modestes & édifiantes dans la conversation. Si nous avons mortifiées nos sens, examinant ces articles.
5. Quant aux ômissions; si nous avons ômis de faire envers Dieu, ce à quoi nous étions obligées soit pour l'Office, soit à l'Oraison pour la reception des Sacremens, à la Messe & aux autres exercices de piété: si nous avons manqué à l'obéïssance envers nos Superieurs & envers les régles: ou bien à quelque chose que nous devions faire à l'égard de notre prochain: si nous avons évité la mortification, ou la peine en quelque chose que nous devions suporter pour l'amour de Notre-Seigneur, & d'autres choses semblables.
6. Conformement aux defauts que nous trouverons avoir commis, nous nous exciterons à la douleur, sentant leur laideur; & combien ils déplaisent à Dieu, & sont indignes d'une personne Religieuse, consacrée à Dieu & à la bien-heureuse Vierge, & laquelle est obligée de tendre à une si grande perfection. Combien ils nous causent de dommage; & aux autres de quels grands biens ils nous privent, & qu'ils empêchent notre avancement dans la vertu, nous ferons un ferme propos de nous corriger.
7. Nous aurons recours aux sources sacrées des cinq playes de Notre-Seigneur pour purifier en elles toutes nos fautes. Et commençant par la playe du sacré côté: nous le prierons que par le mérite du Sang qui sortit de cette playe, & de ses sacrées pensées: aussi par celles de sa très-sainte Mere, & de tous les Sts il nous pardonne toutes les mauvaises pensées que nous avons eu en ce jour, & durant toute notre vie: & qu'il nous fasse la grace d'en avoir de bonnes & saintes à l'avenir, de même aussi à notre prochain.
Nous ferons de même pour les mauvaises affections, à la playe du pied droit. Des mauvaises paroles à la playe du pied gauche. Pour les mauvaises oeuvres à celle de la main droite. Et des omissions à la playe de la main gauche. Sçavoir, que par le mérite de ces playes, de la ferveur & de la dévotion, avec laquelle il exécuta tout ce que le Pere éternel lui avoit ordonné: & avec laquelle sa très-sainte Mere accomplit tout ce qui lui étoit convenable: qu'il nous pardonne toutes nos omissions, & qu'il nous fasse la grace, & à notre prochain d'exécuter promptement tout ce que nous devons pour son saint service. Et à la fin nous dirons un _Pater_, & un _Ave Maria_, que l'on pourra encore dire à chaque playe s'il y a du tems.
Quand le signal de la fin de l'examen sera donné on dira le _Confiteor_, le _Misereatur_, l'_Indulgentiam_, _De profundis_, ou autres prieres, avec trois oraisons à la volonté de la Prieure, selon que les constitutions ordonnent.
Puis elle ira autour du Choeur ou du Chapitre donnant de l'eau benite aux Soeurs, lesquelles pendant ce tems diront le verset, _Asperges me Domine, &c._ avec les deux premiers versets du _Miserere_, le _Gloria Patri, &c._ Et le _Requiem aternam_ à la fin, qui étant achevé elle donnera la benediction avec ces paroles _Benedicat nos omnipotens Deus, Pater, & Filius, & Spiritus sanctus_. Amen. Et toutes s'en iront deux à deux, observant inviolablement le silence, comme disent les constitutions.
Devotions que l'on pourra faire le soir dans le tems que l'on va reposer, & le matin aprés que l'on est levées.
Chapitre XVI.
Le soir après l'examen en nous retirant dans nos cellules, nous nous souviendrons de la devotion des cinq _Ave Maria_, placée dans les avis pour le Refectoire.
1. Avant que d'entrer au lit; étant à genoux avec une grande devotion; nous prierons la Reine du Ciel Notre-Dame, & notre Protectrice, de nous bénir, & de nous obtenir la benediction de son très-cher Fils; par le mérite de laquelle, nous, & tous ses serviteurs & servantes, singulierement notre Prélat, & autres Superieurs, soyons conservés dans sa grace; par le mérite de la benediction qu'ils se donnerent l'un à l'autre, lors qu'il lui demanda permission pour aller à la mort, recitant à la fin un _Ave Maria_.
2 Nous prierons Notre-Seigneur Jesus-Christ, notre Médiateur, & notre Epoux qu'il nous bénisse, & qu'il nous obtienne la même bénediction du Pere éternel, par les mérites de celle que reçut sa très-sacrée Humanité, lors qu'elle fut unie à la Nature divine, en la personne du Verbe éternel, disant, à la fin, _Anima Christi_, &c.
3. Nous demanderons la même benediction au Pere éternel, par son infinie bonté, & par les mérites de son Fils unique, disant à la fin un _Pater noster_.
En nous deshabillant, nous prierons Notre-Seigneur, que par ses écorchures, & par les douleurs qu'il souffrit lors qu'il fût dépoüillé pour être crucifié: il nous dépoüille de nos vices, & de toutes nos imperfections, disant un _Pater noster_.
Etant au lit, nous nous recommanderons à notre Ange Gardien, aux Saints auxquels nous avons devotion, & à toute la Cour céleste, les priant que tandis que nous dormirons ils loüent la trés-sainte Trinité pour nous, & la remercient de tous les biens qu'elle nous a fait, par les mérites de Notre-Seigneur Jesus-Christ; & qu'il nous obtienne la grace d'être vigilantes au tems convenable, afin de pouvoir loüer Notre-Seigneur: & nous ferons en sorte de toujours nous endormir sur quelque bonne pensée.
Lors que nous nous éveillerons la nuit, il sera bon de nous accoûtumer à dire, Jesus & Marie soient toujours loüés; ou bien, _Jesus sis nobis Jesus_; lesquels paroles nous devons avoir si fort gravées dans le coeur, qu'en marchant, en nous arrêtant, en travaillant, & en mangeant nous prononcions souvent, nous plongeant avec affection nous-même, & notre prochain dans le Sang précieux de Notre-Seigneur Jesus-Christ, avec un grand désir que tous soient sauvés, pendant que nous disons, Jesus, soyés-nous Jesus. Ces paroles nous pourrons encore servir dans la Méditation au tems de quelque grande distraction; faisant quelque pause, & nous y arrêtant un peu, comme en cüeillant un petit bouquet. Et dans le tems de quelque tentation que ce soit.
Aussi-tôt que nous entendons le signal du lever, nous nous habillerons; remerciant Notre-Seigneur, de ce qu'il lui a plû nous conserver la nuit. En nous habillant, il sera bon de nous accoûtumer à dire le _Te Deum laudamus. &c._ en action de grace de l'Incarnation du Verbe Eternel. Et à la fin, nous le prierons que par le mérite de son Incarnation, il nous revête de ces saintes Vertus, disant un _Pater noster_.
Après cela un _Magnificat_ en action de grace de tous les bienfaits accordés à sa très-sainte Mere. Et à la fin nous la prierons de nous obtenir la robe de pureté sur la terre, & celle de gloire au Ciel, disant un _Ave Maria_.
Aussi-tôt que nous serons habillées étant à genoux, nous demanderons trois benedictions pour nous, & pour notre prochain; l'une à Notre-Dame l'autre à son très-cher Fils, & la troisiéme au Pere Eternel.
Premierement, nous nous présenterons à la bien-heureuse Vierge, comme ses servantes, & la prierons qu'elle nous benisse par le mérite de la benediction qu'elle reçût de Dieu, lors qu'elle fut conçuë, quand elle nâquit, lorsqu'elle fut présentée au Temple, à son Annonciation, & lors qu'elle passa de cette vie dans l'autre; & qu'elle nous présente à son très-cher Fils, en union de l'offrande qu'il fit de lui-même au Pere Eternel au tems de sa Conception, & de sa mort, & qu'elle nous obtienne trois grace de son fils bien-aimé.
La premiere qu'il lui plaise de nous garantir, & tous ses serviteurs & servantes, singulierement notre Prélat, & autres Supérieurs ce jour & pour toujours de tous pechés. Et que nous dirigions nos sens, & nos puissances, nos pensées, nos affections, nos paroles, nos oeuvres & travaux, à sa pure gloire.
La seconde, qu'il nous fasse la grace de converser avec notre prochain comme avec autant d'images de Dieu, & de membres vivants de Notre Seigneur rachetés par son Sang précieux.
La troisiéme, qu'il nous fasse la grace de nous servir de toutes les autres créatures, comme d'autant de dons reçûs de sa divine main, pour sa pure gloire, & pour notre bien, puis qu'il les a données afin qu'en toutes choses & dans toutes occasions nous puissions dire avec l'Epouse: _Dilectus meus mihi, & ego illi_, c'est-à-dire mon bien-aimé est à moi, & moi à lui, disant à la fin un _Ave Maria_.
2. Nous prierons Notre-Seigneur Jesus-Christ notre Médiateur, & notre Epoux, qu'il nous benisse & qu'il nous accorde ces trois graces, par le mérite de la benediction que reçût sa trés-sacrée Humanité, lors qu'elle fut unie au Verbe Eternel, disant à la fin, _Anima Christi_, comme il sera mis ci-après.
3. Nous prierons le Pere Eternel qu'il nous benisse, & qu'il nous accorde ces trois mêmes faveurs, par son infinie bonté, & par les mérites de Notre-Seigneur Jesus-Christ, disant à la fin un _Pater noster_.
Lors que l'on ne pourra pas accomplir ces devotions le matin dans le tems prescrit, on y satisfera au commencement de l'Oraison Mentale.
Au dedans de chaque cellule, à la porte il y aura de l'eau benite, afin qu'en y entrant, & en sortant, chacun en prenne faisant le signe de la Croix avec, disant _Aqua benedicta dele mea delicta_, c'est-à-dire Eau benite effacé mes pechés; & auprès du benitier une image de la bien-heureuse Vierge avec son Fils Jesus, afin qu'en entrant, & sortant, elle les saluë selon sa devotion, comme disant à Notre-Seigneur, _Jesus sis nobis Jesus_; & à Notre-Dame, _Monstra te esse matrem_, ayant intention avec ces paroles de prier pour les vivans & pour les morts.
_Anima Christi sanctifica me. Corpus Christi salva me. Sanguis Christi inebria me. Aqua lateris Christi lava me. Passio Christi conforta me. O bone Jesu exaudi me, intra vulnera tua absconde me, ne permittas me separari a te, ab hoste maligno defende me; in horâ mortis mea, voca me. Et jube me venire ad te, ut, una cum sanctis tuis, laudem te in sæcula sæculorum._
Ame de Jesus-Christ sanctifiez-moi. Corps de Jesus-Christ sauvez-moi. Sang de Jesus-Christ enyvrez-moi. Eau du côté de Jesus-Christ lavez-moi; Passion de Jesus-Christ fortifiez-moi; O bon Jesus exaucez-moi; cachez-moi dans vos sacrées playes, & ne permettez que jamais je sois séparée de vous; défendez-moi de mes ennemis, appelez-moi à l'heure de la mort; & commandez que j'aille vers vous, & que je chante avec vos Saints, vos loüanges dans tous les siécles des siécles. Ainsi soit-il.
Des secours spirituelles que l'on doit donner aux malades.
Chapitre XVII.
Quand une Soeur sera malade & alitée, les Soeurs prieront Dieu tous les jours particulierement pour elle.
2. Lorsque le mal croîtra considerablement, on dira à toutes les Messes l'Oraison pour les infirmes, excepté aux fêtes doubles.
3. Quand le mal sera tel, qu'elle ne pourra être portée dans l'endroit où on reçoit la sainte Communion, le Confesseur la confessera, & la communiera une fois tous les huit jours, la reconciliant premierement, & puis la communiant, afin de ne point entrer si souvent dans la cloture; si ce n'est que les Supérieurs jugeassent à propos de faire autrement.
4. L'on fera ensorte de donner l'extrême-Onction à la malade auparavant qu'elle ait perdu la connoissance, & lors qu'elle la recevra, on commencera l'Oraison continuelle à son intention, laquelle durera jusqu'à ce qu'elle rende l'ame, y ayant continuellement deux Soeurs devant le très-Saint Sacrement durant le jour, & même la nuit lors qu'il semblera à propos à la Mere Prieure; on les changera d'heure en heure, ou bien de demie heure en demie heure, conformément à l'ordre de la Mere Prieure, tant la nuit que le jour, & les deux premieres ne sortiront point jusqu'à ce que deux autres Soeurs leur succedent; lesquelles oraisons pourront être vocales, ou mentales apliquées à la malade; vocales, comme divers Pseaumes, Litanies, & Oraisons, faites pour les agonisans, la Passion, & autres choses semblables.
Et si elles ne veulent pas lire, elles pourront prier par maniere de fervante suplication, parcourant en détail la vie & la Passion de notre Seigneur, & celle de la sainte Vierge, les priant par tels, & tels mysteres de leur vie, de secourir leur servante; & quelque fois elles pourront convenir ensemble, que l'une prenne la vie de notre Seigneur, & l'autre celle de notre Dame, afin que la malade étant mise entre les deux ressente un secours plus efficace.