Avis pour les religieuses de l'ordre de l'Annonciade celeste, fondé à Genes l'année de notre Salut 1604 R'imprimés en ladite Ville, & accomodés à la pratique de l'observance des Constitutions; pour l'instruction des exercices spirituels, à l'usage des Monasteres du même Ordre.

Part 2

Chapter 23,668 wordsPublic domain

Et parce que les Novices dans la Méditation, du moins celles qui n'en ont pas encore un grand usage ont besoin d'y être aidées particulierement, on juge à propos que la Maîtresse des Novices fasse la Méditation séparément avec elles, (comme il a été dit dans ses instructions) afin que de point en point, elle leur enseigne ce qu'elles doivent faire jusques à ce qu'elles ayent la pratique de toutes les matieres, conformément aux régles de l'Oraison.

Et la Mere devra faire en sorte que cet ordre soit observé pour décharger sa conscience, afin que les Novices ne demeurent pas ignorantes par sa faute dans une chose de si grande importance, & à laquelle elles sont obligées d'employer deux heures chaque jour.

L'ordre donc de l'Oraison sera, que toutes étant à genoux au Choeur, la Mere Prieure (ou bien celle qui la representera) y donnera commencement avec l'Antienne. _Veni sancte Spiritus, reple tuorum corda Fidelium, & tui amoris in eis ignem accende._

[V] _Emitte Spiritum tuum & creabuntur._ [R]. _Et renovabis faciem terræ_, avec l'Oraison, _Deus qui corda Fidelium &c._ Et comme la Superieure commencera l'Antienne, ainsi elle dira encore l'Oraison. Puis après la Soeur désignée par la Mere lira les points de la Méditation d'une voix haute, claire & distincte.

Les points étant lûs chacune fera la préparation à l'Oraison.

Puis s'il y avoit quelque prélude à faire comme des dispositions de lieu, ou demander quelque grace, qu'elles prétendent d'obtenir dans cette Oraison, elles la feront brievement, & commençant la Méditation par les points, elles discoureront sur ces points, ainsi qu'elles auront apris aux régles de la Méditation, & comme le saint Esprit leur suggerera, tâchant en tous les discours de s'exciter à diverses saintes affections, & à en tirer plusieurs instructions, corrections & saints propos, avec la demande de quelque grace pour elle, & pour le prochain, ainsi qu'il est traité aux Régles de la Méditation, & comme il est dit au second Chapitre de la seconde Partie des Constitutions.

L'Oraison étant finie, la Superieure, (ou une autre en sa place) la terminera avec ces paroles: _Tu autem Domine miserere nobis_. Et elle commencera l'antienne, _Sub tuum præsidium confugimus &c._ laquelle étant finie elle dira le verset, _Ora pro nobis sancta Dei genitrix_. [R] _Ut digni efficiamur promissionibus Christi_. Et conclura disant, _Oremus. Concede nos famulas tuas quæsumus Domine Deus perpetuâ mentis & corporis sanitate gaudere, &c._

Et parce que l'exercice de la Méditation est caché, & que la Mere ne peut pas penetrer les coeurs des Soeurs pour voir comme elles s'en acquittent: que les Soeurs pensent que Dieu les voit, & qu'il remarque comme chacune s'y comporte; & qu'ainsi elles y demeurent avec une grande humilité, prosternées aux pieds de sa Divine Majesté, s'imaginant que durant cette heure là il n'y a que Dieu seul au monde, s'efforçant de s'unir à lui autant qu'il leur sera possible par le moïen de cet exercice.

Obstacles à la Méditation.

Et parce que ces exercices intérieurs peuvent mal aller ou par ignorance, ou par sommeil, ou par lâcheté, ou par distractions, & à cause du déréglement des passions, que chacune ôte d'elle-même ces empêchemens autant qu'elle le pourra avec la faveur Divine.

Remedes contre l'ignorance.

Chapitre VII.

Pour ôter l'obstacle qui suit l'ignorance, il est nécessaire que chacune tâche de bien étudier le traité de l'Oraison, & qu'elle prenne garde à bien pratiquer toutes les régles de la Méditation, qui sont données pour la faire en diverses matieres propres à méditer.

Il est convenable que l'on fasse souvent en commun des répétitions de ce qui aura été médité, parce que faisant ainsi, l'une aidera l'autre.

Ce seroit encore un bon moyen pour recevoir de plus grande lumiere de s'humilier quelquefois auprès de la Mere Prieure, lui rendant compte comme elles se comportent à l'Oraison, lui découvrant quel progrès elles y font, & quels sont leurs défauts; puisque par le moyen de telle humiliation Notre-Seigneur leur conferera de plus grandes graces. Et s'il y avoit quelque Religieuse si timide qu'elle n'eut pas la hardiesse de se manifester à la Supérieure; la Mere fera ensorte qu'il y ait quelque Religieuse bien experimentée, à laquelle elle puisse recourir pour être aidée dans ses exercices spirituels.

Outre ceci la Superieure aura soin que celles qui ne possederoient pas encore assez la pratique de l'Oraison (quoique Professes) soient instruites par quelqu'une bien experimentée en cela, jusques à ce qu'elles y soient bien dressées; & toutes doivent regarder comme une grande faveur d'être aidées en ce saint exercice.

Remede contre le Sommeil.

Chapitre VIII.

Pour être aidée contre le sommeil, il convient de faire autant qu'il sera possible, que les Soeurs reposent convenablement au tems ordonné.

Lorsque quelqu'une s'apercevra qu'une autre dormira, elle tâchera de l'éveiller, & celle qui aura été éveillée fera effort sur elle-même, afin de demeurer vigilante, se servant à cet effet de quelque remede, tel cependant qu'il ne trouble point les autres; comme seroit de se tenir sans être apuyée, étendre les bras, se serrer les mains, & choses semblables.

Remede contre la lacheté dans le Service Divin.

Chapitre IX.

Pour s'aider contre la lâcheté, il sera bon de s'exciter à la ferveur par diverses considerations; comme seroit de se souvenir souvent que l'on est en presence de cette adorable Majesté, à l'aspect de laquelle les puissances Angeliques tremblent.

Se representant entendre les Seraphins chanter à haute voix, _Sanctus, Sanctus, Sanctus_, faisant en quelque façon de même, & comme à l'envi prononcer ces paroles avec eux.

Et par une maniere de concevoir noble, haute & magnifique de la dignité; & de l'excellence de l'Oraison, s'exciter à un désir ardent de la bien faire à la gloire de la Divine Majesté qui daigne y assister.

Croire qu'elle nous regarde continuellement.

Penser aussi à l'excellence de la matiere qui nous est proposée, soit qu'elle concerne la vie & la passion de notre Seigneur, ou de sa très-sainte Mere.

Peser enfin l'importance de l'affaire que l'on traite avec Dieu, qui est pour notre propre bien, & pour l'assistance de la Sainte Eglise, & de tout le monde. Et avec combien de sollicitude les mondains traitent les affaires qui les interessent, quoi qu'elles soient souvent frivoles, passageres, & bien éloignés de ce que nous prétendons, qui est de glorifier Dieu, & d'acquerir les biens éternels.

On pourra s'exciter à la ferveur avec d'autres & semblables considerations.

Remedes contre les distractions.

Chapitre X.

Pour les distractions, outre que la ferveur dont nous avons parlé y servira beaucoup, il est nécessaire de pratiquer quelque chose dans le tems qui précede la méditation, & quelque autre dans le tems que l'on médite.

Quant au tems qui la précede, telles que nous voulons être à l'Oraison, telles aussi faut-il que nous soyons avant que de la faire, comme nous en averti Cassien; & comme nous désirons d'être attentives à l'Oraison, ainsi faut-il que durant le jour nous faisions ensorte d'être recuëillies autant qu'il nous sera possible, & de marcher toujours en la presence de Dieu; nous imaginant de le voir dans chacune de nos Soeurs, & qu'il est toujours present en nous, agissant avec nous dans ce que nous faisons: ce que dit St Paul étant une vérité de la Foy, que nous vivons en Dieu, que nous nous mouvons en Dieu, & que nous sommes en Dieu.

Et parce que nous ne pouvons pas toujours demeurer facilement dans cette recollection, du moins que chacune se garantisse de ce qui lui peut causer de la distraction dans ce tems. Prenant soin durant le jour d'éloigner de soi tout ce qu'elle ne veut pas qui lui vienne dans l'esprit au tems de la Méditation, ainsi que le conseille l'Abbé Cassien.

Ne s'interressant point, ni ne se souvenant pas de ce qui ne la concerne point.

Evitant non seulement les murmures, mais encore les paroles inutiles, & ridicules, parce que le démon les represente toutes au tems de l'Oraison.

Et beaucoup plus les paroles piquantes, & injurieuses, lesquelles la détruise tout-à-fait.

Que l'on observe la régle de ne se point informer curieusement des actions d'autruy, & de ne point raporter dans le Monastere [sans permission] ce que l'on aura entendu aux Grilles, ou au Tour.

Que l'on ne parle pas en vain des choses du monde. Et que hors les tems de la récréation les Soeurs ne s'arrêtent pas à faire ensemble de longs discours inutiles mais qu'elles parlent toujours, à voix basse, ainsi qu'il est bienséant à des Religieuses, de ce qui est seulement nécessaire à leurs Offices, & de choses spirituelles & édifiantes.

Il sera encore très-utile contre les distractions d'avoir le sujet de la méditation bien préparé, & distingué en divers points, auparavant que de la commencer.

C'est pourquoi après les Matines une Soeur destinée à cela, lira d'une voix haute le mistere, ou le point que l'on doit méditer à l'Oraison suivante, & après Vêpres elle lira celui de l'Oraison du soir; quoique chacune devra préparer ses points & les lire, afin de s'y mieux disposer.

Et pour procéder encore avec ordre aux sujets: on pourra méditer durant l'Avent les mistéres qui sont propres à ce tems, sçavoir, l'Incarnation de Notre Seigneur, distinguez en diverses méditations.

La Vigile de Noël, le voyage de la bienheureuse Vierge à Bethléem.

Puis la Nativité de notre Seigneur, avec les mistéres de son enfance, & les autres de sa vie jusques à la Septuagesime.

A la Septuagesime il faut commencer les mysteres de la Passion. Méditant premierement tout ce qui arriva au Cenacle avec l'ordre des points qui sont marqués au livre de la Meditation.

Et parce que les douleurs que Notre-Seigneur souffrit dans son corps, de même la honte & le mépris; sa trés-sainte Mere les suporta, & souffrit dans son coeur, il sera bon que le mystere qui aura été médité le matin en ce qui concerne Notre-Seigneur, soit réïteré le soir, par raport à la trés-sainte Vierge; d'où il arrivera encore, qu'avec une telle répétition, la Passion s'imprimera plus aisément dans le coeur, & les affections en seront plus vives & plus fortes.

La semaine de Pâques, il faut méditer le mistere de la Resurrection avec les aparitions. Puis aprés les exercices du Paradis, & de là passer aux autres mysteres de la vie de Notre-Seigneur inserés aux exercices, & distingués en differens points.

Comme aussi les meditations sur les perfections divines, & sur les Mysteres du sacré Rosaire.

De même pour ce qui concerne Notre-Dame, on pourra méditer le soir les points, & les circonstances de sa sainte vie; ses vertus; & les mysteres de ses solemnités au tems convenable.

Quoique la méditation du matin soit destinée pour la vie de Notre Seigneur, & celle du soir pour la vie de sa très sainte Mere; cependant il y a des matieres si communes à l'un & à l'autre, que l'on les pourra suivre, soir & matin, jusques à ce qu'elles soient finies: comme le mistere de l'Incarnation; ceux de l'enfance de Notre Seigneur, & du sacré Rosaire de notre Dame.

De même quand il arrivera quelque solemnité de notre-Dame, on pourra les méditer soir & matin, jusqu'à ce qu'elles soient finies.

Quant aux vertus elles pourront être méditées deux fois, l'une avec les exemples de la vie de notre Seigneur, & l'autre par maniere de répetition, avec les exemples que la Sainte Vierge nous en a donné dans sa vie. Puis après au tems que l'on fait l'Oraison; il servira beaucoup contre les distractions, de demander humblement à notre Seigneur, & à sa très-sainte Mere la grace d'y être attentive; de se souvenir que l'on est en leur presence; de tenir les sens recuëillis; & toute les fois que l'on se trouvera distraite, de s'humilier de demander pardon, & retourner toujours au point que l'on avoit quitté par distraction.

Remedes contre les passions déreglées.

Chapitre XI.

Comme il n'y a rien qui empêche davantage la méditation, & même qui la détruise entierement que les passions déreglées; puisqu'il est très-véritable que l'Oraison & la mortification sont comme des soeurs, que l'une aide l'autre, & qu'elles sont les deux aîles avec lesquelles l'ame s'éleve à la perfection: il est nécessaire que chacune s'adonne toujours & sincerement à la mortification extérieure & intérieure; mortifiant extérieurement ses sens; & les mouvemens de son corps, de façon que les assujettissant à la raison, & à la prudence, elle s'éloigne de tous excès; & intérieurement, en détruisant la racine de toutes les mauvaises habitudes, & inclinations par des actes des vertus contraires, moderant les passions; en faisant mourir l'amour propre & la sensualité; la propre volonté, & le propre Jugement, par les moyens qui ont été proposés dans la premiere partie des instructions; faisant qu'à leur place succede l'amour de Dieu, & le zéle de sa gloire, s'accoutumant à la chercher dans toutes choses; comme nous voyons, que notre Seigneur & notre Epoux, pour nous procurer la gloire éternelle, s'est si fort mortifié, que l'on peut bien dire de lui, _Propter te mortificamur tota die_, c'est-à-dire, pour l'amour de vous je me suis mortifié tout le jour. Et par la bouche du Prophete il dit de lui même. _Ego autem sum vermis, & non homo._ C'est-à-dire. Je suis un vermisseau, & non pas un homme.

Et comme nous sommes par la grace divine faites membres d'un tel Chef; considerons souvent, que celle qui par la mortification lui donne de la gloire, parvient à une grande paix interieure, & est toujours joyeuse à cause de la bonne conscience, & procure de la joye & de la consolation à tous ceux qui conversent avec elle; où au contraire, celles qui sont peu mortifiées sont un poids fort pesant à Jesus-Christ leur Chef, à cause de leur ingratitude, & ont des peines continuelles, & des remords de conscience; car la mortification est semblable à l'ombre, laquelle fuit ceux qui la cherchent, & suit ceux qui la fuyent.

Et parce que la parfaite mortification s'acquiert par le moyen de la destruction des susd. passions, & des vices, & avec l'exercice des vertus contraires, comme pour cet effet plusieurs instructions ont été données pour le secours particulier de ce Monastere, aussi il est nécessaire que chacune s'affectionne beaucoup à les lire souvent, les préferant à plusieurs autres livres spirituels; & de plus à les méditer conformément à sa nécessité, étant pour cet effet distinguez en divers points. Parce que là elle trouvera des remedes très-abondans pour toutes ses infirmités spirituelles, & des moyens fort efficaces pour l'extirpation de tous les vices, & pour l'acquisition des vertus; toutes les doivent étudier avec d'autant plus d'affection, qu'elles ont été faites pour elles, & annexées à leur profession, afin de les conduire à la perfection que l'institut demande. Puisqu'il contient des régles que Dieu lui-même a données par le moyen des Supérieurs, afin que par de telles Régles comme par autant d'échellons nous puissions monter au Ciel notre patrie; où les peines suportées en cette vie, pour l'amour de celui qui a tant souffert pour nous, finiront pour jamais; & où chacune possedera une joye éternelle en Dieu d'autant plus grande qu'elle l'aura plus aimé, & qu'elle se sera davantage peinée, & mortifiée pour son amour.

Avis sur la maniere d'entendre fructueusement la Sainte Messe.

Chapitre XII.

La Sainte Messe étant la plus haute, & la plus précieuse action qui soit dans la Ste Eglise, parce qu'en elle est offert à Dieu par les mains du Prêtre, pour le salut du monde, le sacré Corps, & le précieux Sang de son Fils unique sous les espèces du pain, & du vin; il est convenable que chaque Soeur se dispose à l'entendre avec la plus grande dévotion qu'il lui sera possible; s'excitant à une vive foi d'un si grand mystere; à une grande charité, pensant que l'on y represente la Passion que son cher Epoux a souffert avec tant d'amour; à une grande dévotion & respect, y reconnoissant le Roy de gloire au milieu des Anges, lesquels sont descendus du Ciel pour l'honorer.

Et quant à l'extérieur chacune y assistera avec modestie, & décence du corps, avec le silence, & la récollection des sens convenable; faisant attention autant qu'il sera possible de ne point faire de bruit.

Au son de la cloche, pour l'entrée du Prêtre à l'Autel, chacune pourra se representer la sortie de notre Seigneur Jesus-Christ pour aller au Mont de Calvaire avec la Croix sur ses épaules, afin de l'accompagner, & de s'y crucifier avec lui.

A la Confession du Prêtre, toutes s'accuseront devant Dieu de leurs défauts, lui demandant pardon, & détachant leurs coeurs de toutes affections déreglées.

Durant le cours de la Messe; lorsque le Prêtre lira à voix haute, chacune y sera attentive, s'excitant aux affections, & aux actes que les paroles expriment. Par exemple. Au _Kyrie eleison_, il faudra demander misericorde pour soi, & pour son prochain. Durant le _Gloria in excelsis_, & la Préface, rendre gloire à Dieu de toutes ses oeuvres.

Lorsque l'on dira _Dominus vobiscum_; s'humilier, afin d'attirer notre Seigneur en soi. Désirer d'obtenir les graces qui sont demandées par les oraisons, pendant que le Prêtre les dira.

Durant l'Epître, s'imaginer entendre prêcher saint Jean-Baptiste, ou les Apotres, tâchant d'en tirer divers instructions. Lorsque l'on dira le Graduel, entre l'Epître & l'Evangile, désirer de croître en vertus.

Pendant l'Evangile, il faut se souvenir que notre Seigneur nous parle. Au _Credo_ produire des actes de Foy, & désirer qu'elle soit dilatée par tout le monde, & ainsi du reste.

Et parce que le sacrifice de la Messe fut institué. Premierement en reconnoissance des divines perfections, & de l'empire que ce grand Dieu a sur nous. En second lieu, en mémoire de la Passion de notre Seigneur Jesus-Christ. Troisiémement, afin qu'elle fût un instrument par lequel ses mérites, & ses satisfactions nous fusses apliquées. Quatriéme lieu, pour l'expiation des pechés. Cinquiéme, pour le remercier de ses bienfaits. Sixiéme, pour obtenir diverses graces.

Conformément à tout ceci; lorsque l'on sera arrivé à l'Offertoire tandis que le Prêtre prépare la matiere du sacrifice, & qu'il dit les oraisons secrettes, nous ferons l'offrande du même sacrifice, distinguée en trois parties.

Premierement, nous l'offrirons à la très Sainte Trinité, à la loüange & au honneur des trois divines Personnes; à la gloire des infinies perfections de Dieu, & de l'empire qu'il a sur nous comme Souverain Seigneur de toutes choses. A l'honneur & à la loüange du Verbe incarné, de tous ses sens & puissances, & des actions qu'il a faites étant en ce monde; en action de grace de tous les bienfaits accordés à sa très-sacrée Humanité, & de ce qu'elle a fait, & souffert pour nous. En mémoire, & en reconnoissance des bienfaits, & de la gloire dont il a comblée sa très-sainte Mere, les Anges, & tous les Bienheureux.

2. Pour ce qui nous concerne, considerant l'agonie que notre Seigneur souffrit au Jardin, chacune offrira ce sacrifice en action de grace de tous les bienfaits corporels, & spirituels qu'elle a reçus. Pour l'expiation de ses péchés, & pour la satisfaction des peines qui leur sont dûës. Pour l'augmentation de la grace, & des vertus, singulierement de celles dont elles ont plus besoin, & pour toutes les nécessités corporelles & temporelles, selon la plus grande gloire de Dieu, & le bien de l'ame.

3. Pour ce qui regarde le prochain, en nous rapellant la flagellation de son sacré corps, nous l'offrirons pour la Sainte Eglise, & pour son augmentation. Pour les justes afin qu'ils perseverent, & qu'ils croissent en grace. Pour les pecheurs qui sont en peché mortel, afin qu'ils se convertissent.

Envisageant son Chef couronné d'épines nous l'offrirons pour notre S. Pere le Pape, pour tous les Prelats, & Ministres de la Sainte Eglise, & spécialement pour notre Illustrissime Archevêque, & autres Peres spirituels.

Voyant comme il a porté la Croix, & comme il a été dépoüillé, nous offrirons ce sacrifice pour tous les Religieux, & Religieuses.

A la vûë de la playe de la main droite, nous l'offrirons pour tous les Princes Chrêtiens, & Gouverneurs temporels, singulierement pour notre Monarchie très Chrêtienne.

Considerant la playe de la main gauche, nous l'offrirons pour nos parens, amis, bienfaiteurs, & ceux qui se sont recommandez à nos prieres.

Considerant celle du pied droit, nous l'offrirons pour les affligés, pauvres, infirmes, prisonniers, esclaves du Turc, & pour tous ceux qui sont en quelque danger ou nécessité.

Considerant celle du pied gauche, nous l'offrirons pour l'extirpation de tous schismes, héresies & infidelités.

Considerant la playe du sacré coté (au _Memento_ des Morts) nous l'offrirons pour les ames du Purgatoire, & spécialement pour celles de nos parens & bienfaiteurs, & pour ceux à qui nous avons obligation particuliere.

A l'élevation de l'Hostie nous ferons une profonde adoration, nous soumettant entierement à notre Seigneur, l'offrant pour toutes les intentions ci-dessus spécifiées de loüanges, de remerciment, & de demande, invitant tous les Bienheureux à faire de même avec nous, & demandant les graces dont nous connoissons avoir plus besoin.

A l'élevation du Calice, nous ferons de même, priant que ce sang précieux descende sur nous & sur notre prochain. Qu'il éteigne en nous les désirs terrestres, & toutes les affections déreglées, qu'il nous fasse produire toutes sortes de vertus.

Après l'élevation si quelqu'une ne se sent attirée à un sujet qui lui soit plus profitable, elle pourra s'entretenir sur les sept paroles que notre Seigneur prononça sur la Croix, demandant par le mérite de chacune, quelque grace qui y soit conforme, pour elle, ou pour son prochain.

A la Communion du Prêtre, nous nous exciterons au désir de communier, & prierons notre Seigneur qu'il entre dans nous spirituellement, qu'il nous communique sa grace, & ses saintes vertus. Et qu'à la resemblance de son ancien sépulchre, notre coeur en soit un nouveau, par un renouvellement de vie, qu'il soit taillé dans un rocher par l'humilité, & la constance dans les bons propos; qu'il soit ferme avec la pierre des saintes, & fermes resolutions, n'y laissant entrer aucune chose qui puisse offenser ses yeux divins; qu'il soit scélé avec le seau de la Charité, par laquelle nous entrons en Dieu, & Dieu en nous; & qu'il soit entouré des gardes, par la garde du coeur, & des sens; afin que nous ne perdions pas ce divin thrésor qui contient toute sorte de bien.

A la benediction du Prêtre; nous demanderons que les benédictions célestes dont chacun a besoin, descendent sur nous, & sur nôtre prochain.

Au dernier Evangile, _In principio_. Nous adorerons la très-sainte Trinité, la priant qu'elle éclaire tout le monde, par la Prédication de l'Evangile, envoyant des Prédicateurs par toute la terre.

Que chacun travaille à devenir enfant de Dieu; & que nous le portions continuellement dans le coeur.

Avis sur la maniere de se bien confesser.

Chapitre XIII.

Le Sacrement de la Confession étant de si grande importance, & si souvent fréquenté par les Religieuses, il est nécessaire que chacune tâche de s'en aprocher de la meilleure façon qu'il lui sera possible pour en tirer du fruit; & pour ce sujet il sera bon d'en donner quelques avertissemens.

1. Qu'elles évitent d'avoir une conscience scrupuleuse, laquelle fait des pechés où il n'y en a point, & détruit la devotion; comme aussi une conscience large, qui ne fait de cas que de pechés considerables, ce qui est une grande disposition à faire tomber l'ame dans le pechez mortel: mais que chacune ait une conscience tendre qui ressente tous pechés quelques petits qu'ils soient, avec déplaisir, & avec desir de s'en corriger comme d'une chose qui déplait à son Epoux, & dont elle seroit tres confuse s'il falloit qu'elle comparût dans cet état au Ciel parmi les Bien-heureux.