Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes
Part 6
Si la maladie attaque tout-à-coup & avec violence, si le froid dure plusieurs heures, & s'il est suivi d'une chaleur brulante, si le cerveau s'embarrasse dès le commencement, si le malade a une petite diarrhée avec tenesme, s'il craint le lit, s'il sue trop, ou s'il a la peau extrêmement aride, si son caractere paroît changé, s'il a beaucoup de peine à cracher, la maladie est très dangereuse.
§. 47. Il faut d'abord mettre le malade au régime, & avoir soin qu'il ne boive jamais trop froid. Sa boisson doit être la ptisane d'orge Nº. 2, ou le lait d'amande Nº. 4, ou celle Nº. 7. Les jus d'herbes, qui entrent dans cette derniere, sont un excellent remede dans ce cas; parcequ'ils fondent puissamment ce sang épais qui forme l'inflammation. Pendant que la fievre est extrêmement violente, que le malade ne crache pas suffisamment, qu'il rêve, qu'il a très mal à la tête, ou qu'il crache le sang pur, il faut donner le lavement Nº. 5, trois fois, ou au moins deux fois dans vingt-quatre heures. Mais le remede principal c'est la saignée. Dès que le froid a fini, il faut tirer tout à la fois douze onces de sang du bras, & même, si le malade est jeune & robuste, quatorze ou seize. Cette forte saignée soulage plus, que si on tiroit vingt-quatre onces en trois fois.
§. 48. Quand la maladie est telle qu'elle est décrite §. 45, cette saignée soulage considérablement le malade, pendant quelques heures; mais le mal revient, & pour prévenir cela, il faut, à moins que tout n'aille extrêmement bien, réiterer la saignée au bout de quatre heures, & tirer encore douze onces de sang. Souvent cela suffit. Mais si au bout de huit ou dix heures, la maladie paroissoit se ranimer, il faudroit réiterer une troisieme, même une quatrieme fois. Mais en employant les autres secours nécessaires, j'ai rarement eu besoin de cette quatrieme saignée, & fréquemment je m'en tiens aux deux premieres. S'il y a plusieurs jours que la maladie a commencé, si la fievre est encore forte, la respiration difficile, si le malade ne crache pas, ou s'il crache trop de sang, il faut, sans s'embarrasser du jour, faire une saignée, fût-ce le dixieme. Le sang dans cette maladie, & dans toutes les autres maladies inflammatoires, est extrêmement épais; &, presque d'abord qu'on l'a tiré, il se forme dessus, cette peau blanche, coriace, que chacun connoît, & qu'on appelle _croute pleurétique_. L'on regarde comme un bien, lorsque dans chaque saignée, elle devient moins dure & moins épaisse que dans les précédentes. Cela est généralement vrai, si en même tems le malade se trouve mieux; mais si l'on ne faisoit attention qu'au sang seul, on se tromperoit souvent. Il arrive même, que dans l'inflammation de poitrine la plus violente, cette croute ne se forme point; ce qu'on regarde comme un signe très dangereux. Il y a d'ailleurs, à cet égard plusieurs bisarreries, qui dépendent des plus petites circonstances: ainsi il ne faut point se fonder uniquement sur cette croute, pour regler les saignées; &, en général, il ne faut pas trop croire que l'état du sang dans la palette, puisse nous faire juger avec certitude de son véritable état dans le corps.
§. 49. Quand le malade est dans l'état décrit (§. 46.) non seulement la saignée ne sert à rien; mais quelquefois même elle est nuisible, par le prompt affoiblissement dans lequel elle jette; &, en général, dans ce cas, tous les remedes sont inutiles; & c'est toujours une très mauvaise marque, dans cette maladie, quand la saignée ne soulage pas, ou quand il y a des circonstances qui obligent à la menager.
§. 50. Tous les jours l'on mettra les jambes, une demi heure, dans un bain d'eau tiede, en envelopant exactement le malade, afin que le froid n'arrête pas la transpiration que le bain favorise.
§. 51. De deux en deux heures, il prendra une tasse de la potion Nº. 8, qui facilite toutes les évacuations, & principalement les crachats.
§. 52. Quand l'oppression est considérable, & la toux seche, l'on fait respirer au malade la vapeur de l'eau bouillante, dans laquelle on a mis un peu de vinaigre. Pour cela on s'y prend de deux façons; ou en mettant sous le visage du malade, qui doit être assis, un vase rempli de cette eau chaude, & en envelopant la tête du malade, & le vase avec un linge qui retient la vapeur; ou en lui tenant devant la bouche, une éponge trempée dans cette même liqueur bouillante. La seconde méthode est moins efficace, mais elle fatigue moins le malade. Quand le mal est très pressant, on emploie au lieu d'eau, le vinaigre pur; & souvent cette vapeur a sauvé des malades, qui paroissoient au bord du tombeau: mais il faut qu'elle soit continuée pendant plusieurs heures.
§. 53. L'on applique aussi avec succès, sur la gorge & sur la poitrine, les remedes Nº. 9.
§. 54. Quand la fievre est extrêmement forte, il faut donner toutes les heures, une cuillerée de la potion Nº. 10; mais sans que cela fasse rien diminuer de la quantité des autres boissons qu'on peut prendre immédiatement après, ou auxquelles on peut la mêler.
§. 55. Tant que le mal empire, ou reste dans le même état, il faut continuer les mêmes secours; mais si le troisieme (ce qui est rare), le quatrieme, le cinquieme jour, le mal prend une tournure plus favorable, si les redoublemens sont moins violens, la toux moins forte, les crachats moins sanglans, la respiration plus aisée, la tête plus dégagée, la langue un peu moins seche, les urines moins rouges, & plus abondantes; il suffit alors de se tenir au regime, & de prendre un lavement tous les soirs. Souvent le redoublement du quatrieme jour est le plus fort.
§. 56. La maladie acheve de se dissiper par les crachats; souvent par les urines, qui, le sept, ou le neuf, ou le onzieme jour, quelquefois dans les jours intermediaires, commencent à déposer un sédiment d'un blanc roux très abondant, quelquefois un vrai pus. Ensuite il survient des sueurs, qui alors sont favorables autant qu'elles étoient nuisibles au commencement. Quelques heures avant que les évacuations dont je parle viennent, il survient quelquefois différens accidens très effrayans, comme de l'angoisse, des palpitations, de l'irrégularité dans le pouls, plus d'oppression, des mouvemens convulsifs, (c'est ce qu'on appelle l'état critique); mais ils ne sont pas dangereux, moyennant qu'on ne fasse rien mal-à-propos. Ces accidens dépendent de l'humeur purulente qui se déplace, circule dans les humeurs, & irrite différentes parties, jusqu'à ce que l'évacuation ait commencé; alors tous les accidens finissent, & ordinairement le sommeil revient. Mais je dois insister sur la nécessité de la prudence dans ces circonstances. Quelquefois c'est la foiblesse, d'autres fois les convulsions, ou quelques autres accidens, qui effraient. Si l'on fait, comme il arrive tous les jours, la sottise d'ordonner des remedes particuliers pour ces accidens, comme des cordiaux spiritueux, de la thériaque, des confections, du castor, de la rue, l'on trouble la nature dans ses opérations; la crise ne se fait point; la matiere qui devoit s'évacuer, ou par les selles, ou par les urines, ou par la sueur, ne s'évacue point; mais elle se dépose sur quelque partie interne ou externe. Si c'est sur une partie interne, le malade meurt d'abord, ou il se forme une nouvelle maladie plus facheuse, & moins guerissable que la premiere. Si c'est sur l'extérieur du corps, le malheur est moins grand, & il faut, dès qu'on s'en apperçoit, mettre sur cette partie des cataplasmes émolliens, qui l'amenent à maturité, & l'ouvrir dès qu'on le peut.
§. 57. Pour prévenir ces accidens, il faut quand les symptomes effrayans, dont j'ai parlé surviennent, ne rien changer du tout au traitement, excepté qu'on doit donner le lavement émollient Nº. 5, & appliquer de deux en deux heures, une flannelle trempée dans l'eau tiede, qui couvre tout le ventre, & fasse presque tout le tour du corps, derriere les reins. L'on peut aussi augmenter un peu la quantité de la boisson, & diminuer celle de la nourriture pendant tout le tems que cet état violent dure.
§. 58. Je n'ai point parlé d'émétique, ni de purgatifs; parcequ'ils sont tout-à-fait contraires dans cette maladie. Les anodins, ou remedes propres à faire dormir, sont aussi généralement mauvais. Il y a quelques cas cependant, dans lesquels ils peuvent être utiles; mais ils sont si difficiles à connoître, qu'on ne doit jamais se les permettre, quand on n'a pas un Medecin. J'ai vu plusieurs malades, que ces remedes pris mal-à-propos, ont jettés dans une étisie incurable. Lorsque tout a bien été, ordinairement le malade est très bien le quatorzieme jour; & alors on peut, s'il a appetit, le mettre au regime des convalescens §. 42. S'il a encore du dégoût, la bouche mauvaise, la tête pesante, on doit le purger avec la potion Nº. 11.
§. 59. Il survient quelquefois des saignemens de nez, même après plusieurs saignées, qui sont très favorables, & soulagent ordinairement beaucoup plus que les saignées. On doit s'attendre à ces saignemens, lorsqu'après les saignées, le malade est mieux à plusieurs égards, & qu'il reste encore un grand mal de tête, avec les yeux vifs & le nez rouge. Il ne faut rien faire pour les arrêter; ce qui seroit très dangereux. Ils s'arrêtent d'eux-mêmes. D'autres fois, mais plus rarement, la maladie se dissipe par une diarrhée, legerement douloureuse, de matieres bilieuses.
§. 60. Si les crachats se suppriment tout-à-coup sans qu'il survienne aucune autre évacuation, l'oppression & l'angoisse reviennent d'abord, & le danger est pressant. Si la maladie n'est pas fort avancée, si le malade est robuste, s'il n'a pas été beaucoup saigné, s'il y avoit encore du sang dans les crachats, si le pouls est fort ou dur, il faut sur-le-champ saigner, faire respirer continuellement la vapeur d'eau chaude & de vinaigre, & faire boire beaucoup de la ptisane Nº. 2, plus chaude qu'à l'ordinaire. Si les circonstances sont opposées; au lieu de la saignée, il faut appliquer deux vesicatoires aux jambes, & faire boire beaucoup de la ptisane Nº. 12. Les causes qui produisent le plus souvent cette suppression des crachats, sont 1. un refroidissement subit; 2. l'air trop chaud; 3. les remedes trop échauffans; 4. les sueurs trop abondantes; 5. un purgatif pris mal à propos; 6. quelque passion trop vive.
§. 61. Quand on n'a pas saigné suffisamment, ou assez tôt, quelquefois même, comme je l'ai vu, quand on a si fort affoibli le malade, par trop de saignées, que les évacuations par les selles, les urines, les crachats, la transpiration, ne sont pas bien faites; quand ces évacuations ont été dérangées par quelqu'autre cause, ou que la maladie n'a pas été bien traitée, les vaisseaux enflammés ne se débarrassent pas de l'humeur qui les engorge; mais il arrive, dans le poulmon, ce que chacun voit arriver tous les jours sur la peau. Si une tumeur inflammatoire ne se résout pas, si elle ne se dissipe pas insensiblement, elle devient abcès. Il en est de même du poulmon; si l'inflammation ne se dissipe pas, elle se change en abcès, qu'on appelle vomique; & cet abcès, comme ceux qu'on voit à l'extérieur, reste souvent enfermé long-tems dans son sac, sans que ce sac se creve & que le pus s'épanche.
§. 62. Si l'inflammation n'étoit pas extrêmement profonde dans le poulmon, & qu'elle s'étendît jusques à sa surface, c'est-à-dire près des côtes, le sac creve à l'extérieur du poulmon, & le pus se répand dans la cavité de la poitrine, entre le poulmon, les côtes & le diaphragme (c'est cette membrane qui sépare la poitrine du ventre). Quand l'inflammation est plus profonde, alors l'abcès se creve dans l'intérieur même du poulmon. Si l'ouverture est petite, de façon qu'il ne puisse sortir que peu de pus à la fois, si la quantité totale du pus n'est pas considérable, si le malade est encore fort, il crache ce pus & se trouve soulagé. Mais si la vomique est considérable, ou si l'ouverture est grande, & qu'il se répande une grande quantité de pus à la fois, ou si le malade est très foible, il meurt dans le moment où la vomique s'ouvre, & cela quelquefois lorsqu'on s'y attend le moins. J'ai vu un malade mourir, en portant une cuilleree de soupe à sa bouche; un autre en se mouchant. Il n'y avoit aucun symptome, qui pût faire croire leur mort plus prochaine dans ce moment que quelques heures auparavant. Le pus sort ordinairement par la bouche, après la mort; & les cadavres sont très promptement corrompus.
L'on appelle _vomique couverte_, celle qui n'a pas percé; _ouverte_ celle qui est rompue. Il est important de traiter exactement cette matiere, parceque ces vomiques tuent beaucoup de gens dans les campagnes, sans qu'on soupçonne même dequoi ils meurent. J'en ai eu un exemple, il n'y a que quelques jours, chez un Regent de village. Il avoit une vomique couverte, très considérable dans le poulmon gauche, qui étoit la suite d'une inflammation de poitrine mal conduite dans les commencemens. Il me parut qu'il ne pouvoit pas vivre vingt-quatre heures; & il mourut en effet dans des angoisses inexprimables. J'ai lieu de croire, qu'il mourut quand la vomique creva; il sortit beaucoup de pus de sa bouche après sa mort.
§. 63. L'on ne peut ni voir, ni toucher, ce qu'il y a dans la poitrine; c'est ce qui fait que souvent l'on n'a pas connu les vomiques. Les signes suivans font présumer qu'elles se forment. Les évacuations qui sont nécessaires pour la guerison n'ont pas eu lieu dans les quatorze premiers jours. Au bout de ces quatorze jours, le malade n'est pas gueri, ni même considérablement soulagé; mais au contraire, la fievre continue d'être assez forte, avec un pouls toujours vite, ordinairement mol & foible, quelquefois cependant assez dur, souvent ondoyant; la respiration est encore gênée, avec de petits frissons de tems en tems, un redoublement de fievre le soir, les joues rouges, les levres seches, de l'altération.
L'augmentation de ces mêmes symptomes, annonce que le pus est tout formé; la toux est plus continue; elle redouble au moindre mouvement, ou dès que le malade a pris quelque nourriture; il ne peut se coucher que du côté malade, souvent il ne peut point se coucher du tout; mais il est obligé d'être tout le jour assis, quelquefois même sans oser s'appuyer sur les reins, crainte d'augmenter la toux & l'oppression; il ne peut point dormir; il a une fievre continue, & souvent des intermittences dans le pouls. Non-seulement la fievre augmente tous les soirs; mais la plus petite dose d'alimens, le plus leger mouvement, un peu de toux, une legere agitation de l'ame, un peu de chaleur dans la chambre, un bouillon un peu trop fort ou un peu trop salé, augmentent dans le moment la vitesse du pouls. Le malade est inquiet, il a des momens d'angoisse terribles, accompagnés & suivis de sueurs sur la poitrine, & surtout au visage. Il sue pendant la nuit; ses urines sont rougeâtres, quelquefois écumeuses, d'autres fois huileuses. Il lui monte tout à coup des feux au visage; il a ordinairement un gout horrible dans la bouche, chez les uns, de vieux fromage, chez les autres, d'oeufs pourris ou de viande corrompue: ils maigrissent considérablement. Il y en a que rien ne désaltere, ils ont la bouche & la langue seches, la voix foible & rauque, les yeux enfoncés, souvent quelque chose d'un peu égaré dans la vue; ils ont un dégout général; & s'ils desirent certains alimens avant que de les voir, ils les rebutent dès qu'on les leur offre; les forces se perdent.
Outre ces symptomes, l'on remarque quelquefois, du côté malade, une très legere enflure, & un changement de couleur presqu'insensible. Si la vomique est placée tout à fait au bas du poulmon, dans la partie intérieure, c'est-à-dire, près du milieu de la poitrine, on peut sentir, dans quelques sujets, du gonflement, en pressant le creux de l'estomac, surtout quand le malade tousse.
§. 64. Quand une vomique est formée, tant qu'elle ne se vuide pas, tous les accidens que j'ai détaillés augmentent, & la vomique s'étend; tout le côté du poulmon malade devient quelquefois un sac de pus; le côté sain est comprimé; le malade meurt suffoqué, après des angoisses terribles, avec le poulmon plein de pus, sans en avoir jamais craché.
Il est important, pour éviter ces malheurs, de procurer la rupture de la vomique, dès que l'on est sûr qu'elle existe; & comme il vaut mieux qu'elle se rompe dans le poulmon, parcequ'alors on peut la cracher, que dans la cavité de la poitrine, par les raisons que je détaillerai plus bas, il faut faire en sorte que cette rupture se fasse intérieurement.
§. 65. Les moyens les plus efficaces pour cela, sont 1. de faire respirer continuellement au malade la vapeur d'eau chaude. 2. Quand on a, par ce moyen, ramolli la partie du sac de l'abcès, où l'on souhaite que la rupture se fasse, on donne au malade une grande quantité de liquide, & d'un liquide fort émollient; comme ptisane d'orge, lait d'amande, bouillon gras, eau & lait. Par là on tient l'estomac toujours plein, & la résistance au poulmon étant considérable de ce côté, les matieres se portent naturellement du côté de la trachée artère, ou conduit de l'air, où il y a moins de résistance. D'ailleurs, cette plénitude de l'estomac contribue à exciter la toux; ce qui est un bien. 3. On cherche à faire tousser le malade, en lui faisant flairer du vinaigre chaud, ou en injectant, dans la gorge, au moyen d'une petite seringue, telle que les enfans en font partout avec du sureau, un peu d'eau ou de vinaigre. 4. On le fait crier, lire, rire; tous ces moyens contribuent à faire rompre l'abcès, aussi bien que le suivant. 5. On le met dans une voiture qui le secoue, mais après avoir eu le soin de lui faire prendre beaucoup des boissons que je viens d'indiquer. Les secousses décident quelquefois tout-à-coup cette rupture.
§. 66. J'ai vu, il y a quelques années, une servante de campagne, qui après une inflammation de poitrine, restoit languissante, sans qu'on soupçonnât son mal; s'étant mise sur une charrette, qui alloit chercher du foin, la roue heurta violemment contre un arbre; elle s'évanouit, & au même instant, rendit beaucoup de pus. Elle continuoit à en cracher; c'est alors que je fus instruit de son mal, & de ce qui lui étoit arrivé. Elle guerit très bien.
Un Officier de ce pays, servant en Piemont, languissoit depuis quelques mois, & venoit chez lui pour essayer de se remettre, sans l'esperer beaucoup. En entrant au pays, par la route de S. Bernard, étant obligé de faire quelques pas à pied, il fit une chute, resta évanoui pendant plus d'un quart d'heure, rendit une grande quantité de pus, & se trouva dans le moment même extrêmement soulagé. Je lui ordonnai un regime, & des remedes, il se rétablit parfaitement, & dut peut-être la vie à cet accident. 6. On fait prendre de deux en deux heures une cuillerée à soupe de la potion Nº. 8.
§. 67. Plusieurs malades ont un évanouissement au moment où la vomique s'ouvre. On peut leur faire flairer un peu de vinaigre.
§. 68. Si le malade n'étoit pas trop affoibli avant la rupture de l'abcès, si le pus est blanc, bien conditionné, si la fievre diminue, si l'angoisse, l'oppression, les sueurs finissent, si la toux est moins violente, si le malade a plus d'aisance dans sa situation, s'il recouvre le sommeil, & l'appetit, si ses forces reviennent, si la quantité des crachats diminue journellement par degrés, si les urines redeviennent meilleures; l'on doit espérer, qu'en employant les secours que je vais prescrire, le malade se guerira radicalement.
§. 69. Mais, au contraire, quand les forces sont épuisées avant la rupture, que la matiere est trop claire, brune, verte, jaune, sanglante, puante; que le pouls reste vîte & foible; que l'appétit, les forces, le sommeil ne reviennent pas, l'on ne doit point espérer de guérison, & les meilleurs remedes sont inutiles: l'on doit cependant les tenter.
§. 70. Ces remedes sont: 1º. Si la matiere paroit épaisse, gluante, qu'elle ait de la peine à se détacher, il faut donner de deux en deux heures, une cuillerée à soupe de la potion Nº. 8, & boire entre deux, de demi-heure en demi-heure, une tasse de la boisson Nº. 13. L'on prend de quatre heures en quatre heures, un peu de crême d'orge, ou de ris. 2º. Quand la matiere n'a pas besoin de ces remedes pour être évacuée, on ne les emploie pas, mais on continue la même nourriture qu'on mêle avec parties égales de lait, ou à laquelle, ce qui est beaucoup plus efficace, on substitue la même quantité de lait fraîchement tiré d'une bonne vache, qui dans ce cas fait la seule nourriture du malade. 3º. On lui donne quatre fois par jour, de deux en deux heures, en commençant de bon matin, une prise de la poudre Nº. 14, délayée dans un peu d'eau, ou réduite en bol avec un peu de syrop ou de miel. Sa boisson ordinaire est, ou un lait d'amande, ou une ptisane d'orge, ou de l'eau avec un quart de lait. 4º. Il faut se promener tous les jours à cheval, en voiture, en charrette, suivant que les forces & les circonstances le permettent. Mais de tous ces exercices, celui du trot du cheval est sans comparaison le plus utile & le plus à la portée de tout le monde.
§. 71. Le peuple, peu instruit, ne regarde comme reméde, que ce qu'on avale. Il a peu de foi au régime & aux autres secours diététiques; il regardera l'exercice du cheval comme inutile. C'est une erreur dangereuse, dont je voudrois le désabuser. Ce secours est le plus efficace de tous; celui sans lequel on ne doit point espérer de guérir ce mal, quand il est grave; celui qui peut presque le guérir seul, moyennant qu'on ne prenne point d'alimens contraires; enfin on l'a regardé, avec raison, comme le vrai spécifique de cette maladie.
§. 72. 5º. Les influences de l'air sont plus considérables dans cette maladie que dans aucune autre; ainsi l'on doit chercher à le rendre bon dans la chambre du malade. Pour cela il faut l'airer très souvent, la parfumer de tems en tems, mais très legerement, avec un peu de vinaigre, & y mettre dans la saison le plus d'herbes, de fleurs, de fruits qu'il sera possible. Si l'on a le malheur d'être dans un air mal-sain, il y a peu d'espoir de guérir, à moins qu'on n'en change.
§. 73. Il y a des malades qui se sont guéris de ces maladies, les uns en ne prenant quoi que ce soit que du petit lait de beure, (de la battue); les autres, des melons & des concombres, ou des fruits d'été de toute espece. Mais je conseille de s'en tenir à la méthode que je viens d'indiquer, comme la plus sûre.
§. 74. Il suffit que le malade aille à la selle de deux, ou même de trois jours l'un: ainsi il ne faut pas prodiguer les lavemens, ils pourroient procurer une diarrhée qui seroit très à craindre. Quand le pus diminue, & que le malade se trouve mieux à tous égards, c'est une preuve que la plaie se nettoie & se cicatrise peu à peu. Si la suppuration continue à être abondante, si le pus paroît moins beau, si la fievre revient tous les soirs, il est à craindre que la plaie, au lieu de se cicatriser, ne dégénere en ulcere; ce qui est très fâcheux. Le malade tombe alors dans l'étisie confirmée, & meurt au bout de quelques mois.
§. 75. Je ne connois point de meilleur remede, dans ce cas, que la continuation des mêmes §. 70. & sur-tout le cheval. On peut, dans quelque cas, employer les parfums d'eau chaude avec les herbes vulnéraires & un peu d'huile de térébenthine Nº. 15. Je les ai vu réussir; mais le plus sûr est de consulter un Médecin, qui examine s'il n'y a point quelque complication qui met obstacle à la guérison. Si la toux empêche le malade de dormir, on peut lui donner le soir deux ou trois cuillerées à soupe du remede Nº. 16, dans un verre de lait d'amande ou de ptisane d'orge.